La Chine et la Troisième guerre du Golfe

Publié le 29 mars 2026 | Temps de lecture : 14 minutes

Les importations chinoises de pétrole

La Chine est un pays producteur de pétrole. Celui-ci assure environ 30 % des besoins du pays. Le reste, soit 70 %, doit être importé.

Selon l’Administration générale des douanes chinoises, les principaux fournisseurs de pétrole à la Chine sont les pays suivants.


 
Dans le camembert ci-dessus, on remarquera l’absence de l’Iran. Pourtant, on nous dit que la Chine achèterait 80 % du pétrole iranien. Qu’en est-il ?

En réalité, pour contourner les sanctions américaines, le pétrole importé d’Iran est étiqueté comme provenant de Malaisie. C’est ainsi que la Chine importe 2,4 fois plus de pétrole ‘malaisien’ que la Malaisie en produit.

On estime que le pétrole iranien représente officieusement 15 % des importations de Chine. Ce qui assure environ 11 % de ses besoins.

Les réserves stratégiques chinoises

À l’exception de la route arctique de la soie (qui longe les côtes arctiques de la Fédération de Russie), tous les océans du monde sont sous contrôle américain.

Ce qui signifie que Washington est capable d’exercer des pressions considérables sur la Chine puisque celle-ci ne peut compter que sur son propre pétrole et sur celui qu’elle importe de Russie. Ce qui est insuffisant pour assurer ses besoins.

D’où les efforts (beaucoup plus important qu’on pense) de la Chine pour décarboner son économie. Entretemps, la Chine pallie sa vulnérabilité en accumulant les plus importantes réserves stratégiques de pétrole au monde.

Près des villes de Zhejiang, Shandong, Guangdong et Fujian, la Chine a créé d’immenses réservoirs capables d’entreposer, au total, 1,3 milliard de barils de pétrole. Ce qui correspond à six mois de consommation chinoise ou, avec rationnement, à un an d’autonomie pour le pays.

Parce que souterraines, ces réserves échappent à la surveillance satellitaire américaine, incapable de les géolocaliser.


 
Le blocage du détroit d’Ormuz ne représente donc pas un danger immédiat pour la Chine. D’autant plus que son allié iranien laisserait passer, dit-il, les pétroliers et les méthaniers à destination de la Chine.


Aparté au sujet des réserves stratégiques américaines

Lorsqu’elles sont à leur maximum, les réserves stratégiques américaines représentent la moitié des réserves stratégiques chinoises.

De plus, avant la décision récente de Washington de puiser dans les réserves américaines pour tenter de faire baisser le prix du pétrole, les réservoirs étaient déjà à moitié vides.

Les réserves stratégiques américaines ont été créées à l’époque où les États-Unis dépendaient du pétrole saoudien. Ce n’est plus le cas.

Depuis que les États-Unis sont devenus des exportateurs de pétrole, ces réserves sont moins stratégiques qu’autrefois puisque maintenant, en tout temps, la production américaine est capable de répondre à 100 % des besoins industriels et civils du pays.

Les exportations chinoises d’engrais

En raison du blocage du détroit d’Ormuz, les pays du Golfe sont dans l’impossibilité d’exporter non seulement leurs hydrocarbures, mais également les sous-produits de leur industrie pétrolière et gazière que sont les engrais et l’hélium.

Selon nos médias, le tiers du transport maritime des engrais transiterait par le détroit d’Ormuz.

Puisque la Russie est un des principaux producteurs mondiaux d’engrais, son boycottage par les pays occidentaux fait en sorte que toute interruption de l’approvisionnement en provenance des pays de rechange à la Russie prend une importance démesurée.

Or c’est actuellement le temps des semis dans les pays tempérés. La simple crainte de manquer d’engrais a provoqué une augmentation spéculative du prix des engrais sur les marchés mondiaux.

En 2021, la Chine était le quatrième producteur mondial d’engrais potassiques et le principal producteur mondial d’engrais azotés et d’engrais phosphatés.

À la mi-mars, ce pays a placé un embargo sur ses exportations d’engrais afin de protéger ses producteurs agricoles de la montée des prix de leurs intrants.

Puisque le territoire de la Chine ne suffit pas à assurer l’autosuffisance alimentaire de sa population, on s’attend à ce que les pays qui ont vendu des terres à des intérêts étatiques chinois — pour approvisionner la Chine en huile de palme, notamment — soient exemptés de cet embargo.

La même chose devrait être également vraie pour les alliés les plus fidèles de Beijing. Ce qui renforce la position de la Chine au sein du Sud Global.

Les effets économiques indirects sur la Chine

Les impacts directs de la Troisième guerre du Golfe sur la Chine ne doivent pas nous faire oublier ses effets indirects.

La Chine est le plus important exportateur mondial de biens manufacturés.

Une récession mondiale causée par une augmentation importante du prix du pétrole affectera la Chine indirectement. En effet, si les acheteurs de biens chinois rencontrent des difficultés financières, ils vont remettre à plus tard l’achat de ce qu’ils comptaient acheter dès maintenant.

Donc, tout ralentissement de l’économie mondiale est une mauvaise nouvelle pour la Chine.

Mais à l’opposé, l’augmentation importante et prolongée du prix des hydrocarbures rend plus avantageuse la décarbonation de l’économie. Or la Chine est le plus important fournisseur des moyens pour y parvenir (voitures électriques, panneaux solaires, batteries au lithium, etc.).

Les pays qui, sous la menace de tarifs douaniers américains, ont retardé leur transition écologique se rendent maintenant compte que cela était une erreur.

Si, à l’exemple de Cuba, ces pays veulent se procurer massivement des outils de décarbonation, la Chine est le pays qui peut répondre le plus rapidement à cette demande, autant en raison de ses capacités industrielles que de son expertise en logistique.

Voilà pourquoi, dans une certaine mesure, la Troisième guerre du Golfe sert les intérêts économiques de la Chine.

L’exemple du transport aérien

Depuis quatre ans, en réaction aux sanctions européennes contre la Russie, ce pays a interdit aux compagnies aériennes occidentales de survoler son territoire, de même que celui de l’Ukraine.

Le détour que doivent emprunter leurs avions pour relier la Chine à l’Europe prend deux à trois heures de plus. Or chaque heure de vol coute dix-mille dollars américains.
 

 
Depuis le début de la Troisième guerre du Golfe, ces avions doivent également éviter le Moyen-Orient. Au total, c’est tout le territoire en rouge sur la carte ci-dessus.

Ce qui les oblige à un détour encore plus grand par le sud.

De leur côté, les avions chinois doivent eux aussi éviter le Moyen-Orient et l’Ukraine. Mais ils peuvent survoler le territoire de la Fédération de Russie et ainsi, relier directement la Chine à l’Europe.

Cet avantage concurrentiel fait en sorte qu’il y a deux jours, les transporteurs aériens chinois annonçaient l’ajout, d’ici le mois d’octobre, de près de trois-mille vols reliant la Chine à l’Europe. Pendant ce temps, leurs concurrents européens annulent une partie des leurs.

Géostratégie chinoise au Moyen-Orient

La doctrine chinoise en matière de politique étrangère

L’idée de privilégier le commerce avec des pays dont les valeurs morales ou les régimes politiques sont apparentés au nôtre découle de la longue tradition coloniale des puissances européennes.

À l’exception de l’époque de Mao Zedong, la politique extérieure de la Chine a toujours consisté à commercer avec tous ceux qui étaient prêts à échanger leur or pour des marchandises chinoises. Que ces clients soient des monarques éclairés, des empereurs tyranniques, des seigneurs de la guerre, ou de simples marchands.

C’est ce qui explique que la Chine fut la plus grande puissance économique du monde jusqu’au milieu du XIXe siècle.

Pour rassurer les pays inquiets du retour de la Chine en tant que première puissance mondiale, les dirigeants chinois essaient de différencier leur pays de son belliqueux rival, les États-Unis.

Voilà pourquoi la Chine n’a jamais pris part aux coalitions mises sur pied par les États-Unis pour imposer l’ordre mondial par la force.

La stratégie secrète de la Chine

Dans le cas de la Troisième guerre du Golfe, la stratégie chinoise consiste à contribuer à l’affaiblissement militaire des États-Unis en aidant clandestinement l’Iran à se défendre. Comme les pays occidentaux soutiennent l’Ukraine pour affaiblir militairement la Russie.

C’est ainsi que l’amélioration considérable de la précision des missiles iraniens depuis la guerre des Douze Jours s’expliquerait par la fourniture de données de géolocalisation à l’Iran par la Chine.

La perte de confiance envers l’Occident

Les réserves d’équipement militaire des pays européens sont à leur plus bas en raison de leur fourniture d’armement à l’Ukraine depuis quatre ans. Si bien que ces pays doivent importer des armes américaines pour les donner à l’Ukraine tellement ils en manquent.

Lorsque les États-Unis redéploient leurs intercepteurs les plus puissants de la Corée du Sud vers le Moyen-Orient, les voisins de la Chine réalisent qu’ils ont intérêt à développer de bonnes relations avec la Chine plutôt que de chercher à devenir ses ennemis militaires. Puisqu’en pareil cas, ils ne peuvent pas compter sur un appui indéfectible de Washington.

Les États-Unis ont été pris de court par la guerre israélo-palestinienne et entrainés par Israël dans une guerre prématurée contre l’Iran. Voilà pourquoi ils sont incapables d’assurer la défense des pétromonarchies.

Ils réservent actuellement leurs intercepteurs et leurs missiles sol-air à la protection de leurs bases militaires. Ce qui tombe ailleurs…

Les pays du Golfe croyaient que de permettre l’installation d’une base militaire sur leur territoire leur donnait des garanties de sécurité. Ils réalisent maintenant qu’ils ne peuvent compter que sur leurs propres moyens.

Pour éviter une généralisation du conflit, Washington refuse de leur accorder les clés numériques, valables pour 48 heures, qui leur permettraient d’utiliser leurs bombardiers américains pour répliquer à l’Iran. Cette impuissance les irrite au plus haut point.

Limités à ne recourir qu’à des moyens défensifs (déjà épuisés), les Émirats et le Koweït ont dernièrement passé une commande de seize-milliards de dollars pour acheter des radars, des intercepteurs, des missiles de moyenne portée et accessoirement des munitions pour les bombardiers F-16 (qu’ils espèrent éventuellement pouvoir utiliser).

Même si les pays du Golfe n’ont pas renoncé à leur alliance avec Washington (qui leur a été précieuse en d’autres circonstances), leur désillusion actuelle est une aubaine pour la Chine.

Celle-ci espère que ces pays hésiteront moins à dédollariser partiellement leur économie et à acheter éventuellement de l’équipement militaire chinois.

Au sujet de la dédollarisation, la pression vient de l’intention iranienne d’instaurer un péage au détroit d’Ormuz (payable en yuans). Un tel péage pourrait rapporter annuellement l’équivalent de 80 milliards de dollars.

Puisque les eaux territoriales de l’Iran et d’Oman s’étendent sur 21 km de part de d’autres du détroit d’Ormuz, la largeur de celui-ci (55 km) laisse une dizaine de kilomètres de navigation en eaux internationales. Malheureusement, ces dernières ne sont pas suffisamment profondes.

C’est seulement dans les eaux territoriales de l’Iran que la navigation est réellement sécuritaire, particulièrement dans les étroits chenaux que ce pays a aménagés.

D’autre part, la course aux armements, déclenchée en 2014 par les pays de l’Otan et accélérée sous la pression de Donald Trump, se bute maintenant à un obstacle insurmontable; les limites imposées par la Chine à ses exportations de terres rares.

Concrètement, si les pays du Golfe comptent sur l’industrie militaire occidentale pour leur fournir tout ce dont ils ont besoin pour se protéger, ils devront s’attendre à des délais d’approvisionnement. Par opposition, l’industrie militaire chinoise ne souffre pas de cette contrainte.

Pour comparer l’efficacité des armes produites par la Chine, on doit analyser les rares conflits au cours desquels elles ont été utilisées.

L’an dernier, lors d’un court affrontement entre l’Inde et le Pakistan, un avion de chasse chinois de dernière génération a permis au Pakistan d’abattre à lui seul cinq avions de chasse indiens (trois Rafale français, de même qu’un MiG-29 et un Soukhoï SU-30 russes).

De manière générale, la Chine diplôme 1,3 million d’ingénieurs par année. Conséquemment, ce n’est plus qu’une question de temps pour que les armes chinoises les plus perfectionnées dépassent leurs équivalents occidentaux.

Du point de vue géostratégique, la Chine compte émerger comme première puissance mondiale par quatre moyens :
• en investissant massivement dans les industries d’avenir,
• en se dotant d’une main-d’œuvre disciplinée et compétente ou, à défaut, de robots humanoïdes,
• en créant les infrastructures qui sont nécessaires à ses exportations et à son approvisionnement en matières premières,
• en évitant de déclencher des guerres ruineuses comme celles dans lesquelles s’enlise l’Occident.

Références :
China’s airlines add 2,900 flights to Europe as Russia access pays dividends
Énergie en Chine
Et si la Chine profitait du conflit au Moyen-Orient?
Guerre des Douze Jours
Inde-Pakistan : l’opération militaire indienne a révélé les faiblesses de son armée de l’air
Iran war could boost China’s ‘petroyuan’ and weaken US dollar dominance, analysts say
La Chine, leader de la décarbonation des économies du Sud
La Chine restreint ses exportations d’engrais, accentuant les tensions sur une offre déjà réduite par la guerre
Le blocage du détroit d’Ormuz menace de fortes perturbations le marché des engrais et les importations agricoles au Moyen-Orient
Le signal de la famine : l’embargo chinois sur les engrais et la crise alimentaire mondiale à laquelle personne ne se prépare
Pakistan secures Iran deal to send 20 ships through Strait of Hormuz
Pentagon considers diverting Ukraine military aid to thr Middle East
Regard sur la dynamique du commerce international des engrais
Tehran’s ‘toll booth’: How Iran picks who to let through Strait of Hormuz
Washington approuve une nouvelle vente d’armes de trois milliards de dollars à Israël
Where China Gets Its Oil: Crude Imports in 2025 Reveal Stockpiling and Changing Fortunes of Certain Suppliers, Including Those Sanctioned
Why China’s strategy to stay out of Iran war is working – and crisis may spur opportunity

Parus depuis :
Will Iran’s strikes on Gulf smelters strengthen China’s aluminium trade? (2026-03-30)
China’s shipyards secure wave of oil tanker orders as Iran war drives demand (2026-04-22)
How the Middle East crisis is expanding China’s agrochemical influence (2026-05-05)
Patriot missile shortage has created ‘window of vulnerability’ Russia is exploiting in Ukraine (2026-06-02)

Complément de lecture : Les dessous de la Troisième guerre du Golfe

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la Troisième guerre du Golfe, veuillez cliquer sur ceci.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


De 2000 à 2020 : principal partenaire commercial

Publié le 26 octobre 2024 | Temps de lecture : 1 minute
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En vingt ans, le commerce international s’est recentré sur l’Asie.

Au début du millénaire, les États-Unis étaient le principal partenaire commercial de la majorité des pays du monde.

De nos jour, c’est la Chine.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La surtaxe canadienne de 100 % sur les voitures chinoises

Publié le 8 septembre 2024 | Temps de lecture : 6 minutes

Introduction

À la suite de Washington, Ottawa a décidé d’imposer une surtaxe qui doublera le prix canadien des véhicules électriques (VE) chinois.

Cette mesure entrera en application dans deux mois et s’appliquera aux VE importés de Chine et non aux VE fabriqués en Amérique du Nord par des fabricants chinois.

Le message est clair : « Si vous voulez éviter la surtaxe, venez fabriquer vos voitures chez nous.»

Dans sa chronique dans le Journal de Montréal, Michel Girard critique cette guerre commerciale, lui reprochant de se faire sur le dos des consommateurs.

Le chroniqueur suggère également qu’Ottawa a pris cette décision en se basant sur la considération suivante.

En 2023, nos échanges commerciaux avec les États-Unis représentaient 595 milliards$ d’exportations et 374 milliards$ d’importations.

Alors qu’en Chine, ces échanges étaient de 30,5 milliards$ d’exportations (vingt fois moins) et 89 milliards$ d’importations (quatre fois moins).

Évidemment, cela ne tient pas compte du fait que beaucoup des produits américains que nous importons sont des produits chinois portant une étiquette américaine qui nous sont revendus beaucoup plus cher.

Les raisons officielles d’Ottawa

Malgré sa manière toute ‘trumpienne’ de faire de la politique, le chef de l’opposition officielle s’est bien gardé de critiquer le premier ministre Justin Trudeau.

Pour la simple et bonne raison que s’il était au pouvoir, il ferait pareil.

Officiellement, Ottawa justifie sa décision en accusant la Chine de subventionner la fabrication de ses VE et conséquemment, de surproduire.

De plus, la surtaxe canadienne serait une bonne chose puisqu’elle servirait à protéger les emplois des travailleurs œuvrant dans l’industrie automobile.

Protéger nos emplois

Le protectionnisme crée un marché captif qui protège nos industries de la concurrence étrangère.

Toutefois, classé selon la taille de sa population, le Canada occupe le 39e rang mondial. La petitesse de son marché intérieur ne permet pas à nos industries de profiter d’économies d’échelle. Pour ce faire, le Canada doit exporter.

Voilà pourquoi le Canada est un apôtre de la libre circulation des biens et des services.

Ceci étant dit, il y a souvent de très bonnes raisons pour faire exception à une règle, si bonne soit-elle.

À l’époque encore récente où nos politiciens de droite niaient la réalité des changements climatiques et soutenaient que les gaz à effet de serre aidaient les plantes à mieux pousser (sic), la Chine misait sur la voiture électrique.

Lorsque les pays occidentaux ont été confrontés, concrètement, aux effets couteux des changements climatiques et ont tardivement décidé de décarboner leur économie, la Chine était prête à leur fournir ce qu’il leur fallait pour y parvenir, dont des VE.

Pour pallier leur retard industriel dans ce domaine, les États-Unis ont donc décidé d’ériger des barrières commerciales derrière lesquelles ils peuvent tenter de rattraper la Chine. Une fois qu’ils se sentiront moins menacés, on peut s’attendre à ce qu’ils baissent la garde.

D’ici là, l’idée selon laquelle il faut recourir au protectionnisme pour protéger nos emplois alimente les milieux qui prêchent le repli sur soi.

Les subventions

Il est vrai que la Chine subventionne les secteurs de pointe voués à assurer sa suprématie commerciale, dont la construction des VE.

De leur côté, les pays riches d’Occident se sont lancés dans une surenchère aux subventions pour attirer chez eux les constructeurs de VE ou de batteries électriques.

De plus, jusqu’à tout récemment, les pays occidentaux subventionnaient l’achat d’un VE.

Lorsque Canada pointe un doigt accusateur et fronce les sourcils contre les pays qui accordent des subventions à leurs carrossiers, il aurait intérêt à ne pas le faire devant un miroir.

La surproduction chinoise

Tous les pays exportateurs au monde produisent au-delà des besoins de leur marché intérieur. Lorsqu’on limite la production aux besoins de ses propres consommateurs, cela s’appelle la gestion de l’offre.

Pour les États-Unis, la gestion de l’offre, c’est du communisme.

Voilà pourquoi, à chaque nouveau traité de libre-échange avec nos voisins du Sud ou avec l’Union européenne, le Canada ampute toujours un peu plus la gestion de l’offre sur l’autel du néolibéralisme.

Mais surprise ! Voilà que nos dirigeants politiques aimeraient que la Chine — déjà communiste selon la rumeur — le devienne davantage en adoptant la gestion de l’offre. Mao Zedong serait ravi…

Ce qui montre bien qu’il ne s’agit pas des vrais motifs de la surtaxe canadienne.

Les vraies raisons

Face à la possibilité que la Chine interdise l’importation de canola canadien — ce qui représenterait des pertes d’un milliard de dollars pour nos agriculteurs — on s’inquiète.

En réalité, le Canada n’a pas le choix.

Les voitures électriques chinoises offrent beaucoup plus pour le même prix.

Le Canada ne peut pas se permettre de servir de lieu de transit à la contrebande de voitures chinoises destinées aux États-Unis. Ce qui obligerait Washington à appliquer ses mesures protectionnistes antichinoises contre le Canada.

Ce serait alors une catastrophe pour l’industrie nord-américaine de la construction automobile, dont l’intégration nous est très profitable.

La géographie détermine l’histoire des peuples.

Nous profitons grandement du voisinage de la plus grande économie du monde, soit le marché américain.

Ce qui comporte d’immenses avantages, mais parfois quelques inconvénients. Comme quoi on ne peut pas tout avoir dans la vie.

Si la Chine ferme ses frontières au canola canadien, Ottawa pourra toujours gémir et entretenir sa belle relation sadomasochiste avec la Chine depuis l’affaire Huawei.

En réalité, nous devons assumer notre destin. Si on regarde ailleurs dans le monde, sommes-nous tant à plaindre ?

Références :
Des pressions chinoises sur le canola pourraient coûter 1 G$
L’affaire Huawei : dure pour le Canada, la vie de caniche américain
La guerre aux véhicules électriques chinois se fait sur le dos des consommateurs
Liste des pays par population
Pendant ce temps en Chine : la construction automobile
Tarifs de 100% sur les véhicules chinois: «J’ai peur que ça augmente le prix de beaucoup»

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La nouvelle guerre froide

Publié le 22 mars 2021 | Temps de lecture : 8 minutes

Introduction

Cette semaine, le nouveau président américain a qualifié son homologue russe d’assassin. Pendant ce temps, le secrétaire américain à la Défense sonnait l’alarme au sujet de l’érosion de la suprématie militaire américaine face à la Chine.

Le miroir aux insultes

En réalité, dans tous les états totalitaires, les opposants politiques s’expriment au risque de leur vie.

Parlez-en à la veuve du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, dépecé à la tronçonneuse par des sbires de MBS (Mister Bone Saw). Sans parler de toutes les personnes disparues à l’époque où Washington couvrait l’Amérique latine de dictateurs à sa solde.

Washington aura beau dire qu’en assassinant le général iranien Qassem Soleimani, il a sauvé la vie de tous les civils qu’il s’apprêtait à tuer, le fait demeure que depuis un quart de siècle, les généraux américains ont tué considérablement plus de civils que leurs collègues iraniens en guerroyant en Afghanistan, en Irak, en Libye et en Syrie.

Une suprématie menacée

À l’heure actuelle, l’arsenal militaire américain possède vingt fois plus d’ogives nucléaires que la Chine.

Le tonnage de sa marine de guerre est le double de celui de la Chine, sans tenir compte de la sophistication écrasante de la technologie qui équipe ses navires.

On compte deux-mille chasseurs-bombardiers américains versus 600 chinois.

Et la puissance américaine se déploie dans 800 bases militaires à travers le monde alors que la Chine n’en possède que trois.

Le budget militaire chinois correspond à 1,5 % de son produit intérieur brut, soit moins que la norme au sein des pays de l’OTAN.

De son côté, le budget américain à la Défense équivaut à celui combiné des dix autres pays les plus dépensiers à ce sujet, dont six alliés de Washington; la Chine, l’Inde, la Russie, l’Arabie saoudite (alliée), la France (alliée), l’Allemagne (alliée), le Royaume-Uni (allié), le Japon (allié), la Corée du Sud (alliée), et le Brésil.

Depuis plus de mille ans, le pays dominant l’est en raison de sa puissance économique.

Au cours de son histoire, la Chine a perdu toutes les guerres qui l’opposaient à ses voisins. Ce qui ne l’a pas empêché d’être, pendant des siècles, le pays le plus riche au monde.

En 1820, au sommet de sa puissance économique, le produit intérieur brut de la Chine représentait 32,9 % de l’économie mondiale. Par comparaison, de nos jours, les États-Unis en représentent un peu moins de 20 %.

La Chine commerçait avec tous les marchands prêts à donner de l’or pour se procurer des biens de luxe chinois; de la porcelaine, de la soie et des épices, entre autres.

À l’autre bout du monde, la montée en puissance de l’Angleterre débute au XVIIIe siècle avec l’invention de la machine à vapeur. Celle-ci était alimentée par une ressource naturelle très abondante dans ce pays; le charbon.

Grâce à la tisseuse mécanique, on pouvait produire du textile moins cher que partout ailleurs. Conséquemment, les filatures anglaises firent la conquête du monde.

Contrairement à la Chine qui produisait ses biens de luxe à partir de ses propres ressources naturelles — le ver à soie, le kaolin pour la porcelaine, etc.— et qui vendait ses biens aux caravaniers et aux navires qui venait s’approvisionner chez elle, l’Angleterre ne produisant pas de coton.

La marine marchande anglaise se développa pour importer des matières premières et exporter des produits finis. Et pour protéger ses sources d’approvisionnement et ses marchés d’exportation, l’Angleterre consacra une partie de sa richesse à bâtir des navires de guerre.

Avec la découverte du pétrole et l’invention du moteur à explosion, le centre de gravité de l’âge thermo-industriel bascule aux États-Unis où l’invention de la chaine de montage automobile permet aux États-Unis de faire la conquête du monde.

Par la suite, la suprématie militaire américaine sera la conséquence de la montée en puissance de son économie (et non l’inverse).

Alors que la Chine n’a jamais tenté d’imposer son modèle étatique (sauf à l’époque maoïste), la manie des peuples anglo-saxons d’imposer leurs valeurs morales aux autres les prédisposait à être manipulés par leur complexe militaro-industriel.

Au nom de la défense de la démocratie parlementaire, les États-Unis ont renversé les régimes autoritaires qui ne leur convenaient pas sans jamais réussir à pacifier les pays qu’ils ont longuement occupé militairement.

Malheureusement pour eux (et nous qui en dépendons), les Américains ont ainsi gaspillé des sommes colossales à faire la guerre, de même qu’à imposer au monde les lois écrites par le grand capital international que ce dernier fait adopter ensuite par le Congrès américain.

Une des différences fondamentales entre la Chine et les États-Unis, c’est que la Chine est autoritaire à l’égard de son propre peuple alors que les États-Unis le sont hors de leurs frontières.

Après avoir longtemps piraté la technologie occidentale, la Chine est maintenant devenue une puissance technologique à part entière.

Or, comme nous venons de le voir, la suprématie technologique — et non la puissance militaire — est l’assise de la suprématie mondiale depuis le début de l’âge thermo-industriel.

En 2015, le nombre de brevets chinois était supérieur au nombre de brevets américains, japonais, coréens et européens réunis.

En 2017, les établissements américains d’enseignement supérieur (lycées, universités, écoles spécialisées) ont décerné 3,9 millions de diplômes (dont plus d’un demi-million à des étudiants étrangers).

En 2012, les universités chinoises décernaient 6,2 millions de diplômes, sans compter les 800 000 étudiants chinois diplômés à l’Étranger.

Rien n’illustre mieux le retard technologique des États-Unis que cette contamination de milliers d’ordinateurs gouvernementaux par des virus (probablement russes), une contamination qui s’est propagée pendant des mois sans éveiller des soupçons à Washington.

L’indignation bruyante des Américains ne trompe personne; leur pays n’est plus le symbole de l’excellence.

D’autre part, depuis 1979, les États-Unis ont dépensé 3 000 milliards de dollars en dépenses militaires.

À elle seule, la mise au point du chasseur-bombardier F-35 aura couté 1 700 milliards de dollars au Trésor américain. Ce qui correspond approximativement au cout estimé de la construction (encore embryonnaire) de la nouvelle Route de la soie, ce réseau routier ultramoderne destiné à apporter à la Chine les matières premières dont elle a besoin et à exporter les biens qu’elle fabrique.

La Chine a construit près de 30 000 km de chemins de fer pour ses trains à grande vitesse, mis sur pied le plus vaste réseau de tours de transmission de téléphonie 5G, construit des ponts, des routes, modernisé ses infrastructures et construit des millions de tours résidentielles (dont beaucoup sont encore inoccupées).

Sa gestion draconienne de la pandémie au Covid-19 a non seulement épargné des millions de vies chinoises, mais lui a permis une croissance économique en 2020 alors que l’économie américaine souffrait des politiques sanitaires plus libérales décidées par une classe politique plus intéressée à se quereller au sujet du port du masque qu’à sauver des vies humaines.

En somme, les États-Unis et le Canada peuvent bien se lancer dans une guerre de mots contre la Chine et dresser un rideau de fer technologique contre elle, cela ne l’empêchera pas de nous vendre les produits électroniques qu’elle fabrique (dont nous ne pouvons plus nous passer) et de prélever ses ‘honoraires’ sur tous les produits fait ailleurs, mais dont la fabrication nécessite le recours à des métaux stratégiques dont elle détient le monopole extractif.

Oui, la Chine est une menace à la suprématie américaine. Mais cette suprématie n’est pas celle qu’on pense.

Références :
At war with the truth
Chine ou États-Unis, lequel est plus dangereux ?
Les conséquences géostratégiques du basculement vers les énergies vertes
Jamal Khashoggi
La Chine championne du monde des dépôts de brevet
La Chine, dragon de l’innovation
L’affaire Huawei : dure pour le Canada, la vie de caniche américain
Qassem Soleimani
The Pentagon’s Bottomless Money Pit
The Pentagon is using China as an excuse for huge new budgets

Parus depuis :
Géopolitique de la science : la Chine accélère (2022-06-29)
Géopolitique : « La mobilisation contre la Chine fait l’unanimité aux Etats-Unis » (2022-09-23)
Les défis de la filière des véhicules électriques (2023-05-30)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le procès de l’OMS

Publié le 19 mai 2020 | Temps de lecture : 4 minutes

Ces jours-ci, beaucoup de dirigeants occidentaux — notamment à Washington, à Paris et à Londres — reprochent à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) son manque d’esprit critique envers la Chine.

Se querellant sans cesse avec ses alliés et opposée à toute forme de collaboration internationale, l’administration Trump est irritée par l’attitude bienveillante de l’OMS. Selon la rhétorique belliqueuse américaine, cette collaboration fait figure de trahison puisque les États-Unis paient une bonne partie du budget de cet organisme.

Alors que la transmission communautaire du Covid-19 est évidente depuis le début, l’administration Trump accuse l’OMS d’avoir sous-estimé la dangerosité du Covid-19 et d’avoir ignoré les alarmes des autorités sanitaires de Taïwan, cette ile où est exilé le seul gouvernement légitime de la Chine (selon Washington).

On oppose donc la bonne ile taïwanaise à la méchante Chine. Comme on opposerait la vaillance d’une poignée de guerriers gaulois à la multitude des légionnaires romains.

Il est vrai que Taïwan a très bien fait face à l’épidémie du Covid-19. Mais ce succès a un prix.

Taïwan oblige la géolocalisation de ses 24 millions de citoyens. Parmi ceux en quarantaine, le pays prête même un téléphone multifonctionnel à ceux qui n’en ont pas.

Les personnes en quarantaine qui osent quitter la zone de confinement qui leur est alloué reçoivent alors l’ordre d’appeler la police immédiatement sous peine d’une amende de 33 000$.

Si on faisait la même chose au Canada, de nombreux défenseurs des droits de la personne compareraient les mesures de type taïwanais au contrôle liberticide imposé aux personnages du roman ‘1984’.

Mais revenons aux ‘mensonges’ et aux cachoteries présumées de la Chine. En réalité, cela sert d’excuse à la gestion calamiteuse de cette crise par les dirigeants occidentaux.

Tout comme la Corée du Sud, le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, Taïwan n’a pas eu accès à des informations privilégiées au sujet de la Chine. Pourtant, tous ces pays ont agi promptement. Pas les nôtres.

Lorsque la Chine a mis en quarantaine des dizaines de millions de ses citoyens, la planète tout entière ne pouvait ignorer la dangerosité du nouveau virus.

Le rôle des diplomates américains en Chine n’est pas limité à venir en aide aux Américains dans ce pays; ce sont des espions. Plus précisément, ce sont des experts dans différents domaines qui transmettent à Washington tout ce qu’on doit savoir au sujet du pays où ils sont en fonction.

Dès novembre 2019, les services américains du renseignement ont averti leurs alliés de l’OTAN et Israël au sujet d’une nouvelle épidémie humaine de nature virale en Chine. Une épidémie extrêmement dangereuse. Ces informations ont été détaillées dans un rapport confidentiel du National Center for Medical Intelligence de l’armée américaine, un rapport que celle-ci a tenté par la suite de nier.

Ces alarmes ont été ignorées par Donald Trump comme il a ignoré celles des responsables sanitaires en sol américain. Des responsables qu’il a congédiés lorsqu’ils refusaient de soutenir son aveuglement et son insouciance.

Donald Trump ne peut pas à la fois accuser la Chine de lui avoir caché la dangerosité du Covid-19 alors qu’il a été sourd aux avertissements des experts de son propre pays.

Nous sommes dans un beau pétrin parce que l’Occident en général et le Canada en particulier n’a rien retenu des leçons de l’épidémie du SRAS. Contrairement à Taïwan.

On ne s’est pas équipé de scanneurs thermiques aux aéroports. On a tardé à fermer les frontières. On n’a assuré aucun suivi des personnes contagieuses qui entraient au pays. On a détruit les réserves stratégiques de masques. Et en raison de leur pénurie, on a malicieusement prétendu que les masques n’étaient efficaces que lorsque portés par des professionnels de la Santé.

Mais c’est plus simple de dire que c’est la faute de la Chine…

Références :
ABC News: US intelligence warned of China’s spreading contagion in November
Report: Israeli Health Ministry Ignored US Warning in November of Viral Threat from China

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Canada et les masques N95

Publié le 5 avril 2020 | Temps de lecture : 5 minutes

La guerre des masques

Puisque la pandémie au Covid-19 se propage principalement par l’air que nous respirons, toute personne qui désire se protéger à l’aide d’un masque N95 devrait pouvoir le faire.

Mais voilà, on en manque. Ce qui oblige nos gouvernements à les réserver pour ceux qui sont au front de la lutte contre la pandémie. À juste titre.

« Ça joue dur.» C’est par ces mots que le premier ministre du Québec faisait allusion à la compétition féroce que se livrent les pays afin d’acquérir du matériel médical de protection.

Le 15 mars, on apprenait la tentative des États-Unis de s’approprier l’exclusivité — pour la somme d’un milliard de dollars — d’un vaccin que cherche à mettre au point un laboratoire allemand.

Ces jours-ci, sans viser directement Washington, la présidente du Conseil régional d’Ile-de-France accuse ‘des Américains’ d’avoir détourné des masques destinés à la région parisienne.

Dans un pays aussi contrôlé que la Chine, on voit mal comment des contrebandiers américains pourraient exercer sur le tarmac d’aéroports chinois sans que les États-Unis aient officieusement obtenu la permission des autorités chinoises de les laisser opérer.

Une accusation analogue a été formulée par le ministre terre-neuvien de la Santé et le président français du Conseil régional du Grand Est.

Le 2 avril, un importateur québécois recevait une partie de sa commande de masques chinois; il a bien reçu les masques sanitaires, mais pas les 10 000 masques KN95 qui, eux, ont été expédiés par erreur en Ohio. On ignore si l’erreur a été corrigée par le transporteur.

Le 3 avril, un ministre de la cité-État de Berlin a accusé les États-Unis de piraterie après que 200 000 masques N95 destinés à la police berlinoise eurent été détournés à Bankok vers les États-Unis.

Cette semaine, les États-Unis ont officiellement interdit à un fabricant américain de masques N95 d’exporter une partie de sa production vers le Canada.

La France fait pareil. En vertu d’un décret adopté récemment, les masques fabriqués par la succursale française de Medicom seront uniquement destinés à la France.

La Chine fait l’inverse. Dans ce pays, les simples citoyens ont de la difficulté à obtenir des masques parce que leur pays préfère vendre au plus vite (et aux plus offrants) des milliards$ d’équipement de protection médicale pendant que les pays occidentaux se battent pour en avoir.

Bref, c’est la foire d’empoigne entre les pays pour obtenir des masques.

L’atout secret du Canada

Ces jours-ci, la France attend la livraison de près de deux-milliards de masques chinois.

Dans la lutte contre le Covid-19, vouloir une telle quantité de masques est raisonnable pour un grand pays.

Le Canada pourrait, lui aussi, obtenir autant de masques et même, les obtenir assez rapidement.

Mais comment est-ce possible ?

Parmi tous les pays qui se battent pour obtenir des masques, le Canada possède un atout qui vaut de l’or, à donner à la Chine en plus du prix usuel pour les masques; Mme Wanzhou, une des dirigeantes de Huawei.

Celle-ci est détenue au Canada en vertu d’un mandat d’arrestation que les États-Unis mirent trois mois à justifier.

Essentiellement, cette affaire est une farce, pour les raisons expliquées dans le texte ‘L’affaire Huawei : dure pour le Canada, la vie de caniche américain’.

Donald Trump a déjà déclaré que si elle était détenue aux États-Unis, il l’aurait libérée en échange d’un bon accord commercial avec la Chine.

Au Canada, elle pourrait être exfiltrée vers la Chine et remplacée par un sosie. Cela serait fait clandestinement puisque la résidence où elle est confinée est certainement épiée par des espions américains.

Lorsque la substitution sera découverte après l’élection présidentielle américaine, on fera semblant d’être surpris. Ce qui justifiera une enquête-bidon qui aboutirait à un cul-de-sac, raison d’État oblige.

Tout dépend d’Ottawa : est-ce que les vies de centaines ou de milliers de Canadiens — qu’on pourrait sauver en se procurant suffisamment de masques — valent plus que l’issue d’une affaire juridique qui est une source d’embarras pour le pays depuis plus d’un an ?

Références :
Coronavirus: anger in Germany at report Trump seeking exclusive vaccine deal
COVID-19 : des Américains rachètent en Chine un lot de masques destinés à la France
Des masques destinés au Canada détournés vers d’autres pays?
Des masques perdus à cause d’une erreur informatique?
La guerre des masques
La France a commandé près de 2 milliards de masques en Chine
La République Tchèque aurait détourné des masques et des appareils respiratoires destinés à l’Italie
Les États-Unis demandent à 3M de ne plus envoyer de masques au Canada
US accused of ‘modern piracy’ after diversion of masks meant for Europe
Washington assure n’avoir jamais acheté à la Chine de masques destinés à la France

Parus depuis :
Plus d’un million de masques commandés pour le Canada resteront en Inde (2020-04-23)
90 000 masques destinés au Québec disparaissent à l’aéroport de Toronto (2020-05-28)

Compléments de lecture :
La bataille pour fabriquer du liquide désinfectant québécois (2020-04-20)
Boris Johnson: we considered ‘aquatic raid’ on Netherlands to seize Covid vaccine (2024-09-28)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Isoler les régions en temps de pandémie : l’exemple chinois

Publié le 29 mars 2020 | Temps de lecture : 3 minutes

Introduction

Le gouvernement québécois a annoncé hier l’interdiction de tout déplacement non essentiel entrant ou sortant de huit régions québécoises dites ‘vulnérables’ afin de les protéger de la contamination plus importante ailleurs.

Les politiques néolibérales appliquées depuis des années au secteur de la santé font en sorte que le nombre de lits et les effectifs du personnel soignant suffisent à peine en temps normal. Les ressources deviennent donc insuffisantes en période de crise.

De plus, certaines des régions du Québec peinent à conserver leur population jeune, attirée par les opportunités offertes par les grands centres urbains.

Si bien que les régions éloignées du Québec souffrent d’un vieillissement de la population. C’est ainsi que le quart de la population de la Gaspésie–Côte-Nord est âgé de 65 ans ou plus.

Leurs hôpitaux risquent d’être plus débordés qu’ailleurs par le Covid-19. D’où leur ‘vulnérabilité’.

Le cloisonnement en Chine

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On ignore généralement à quel point la société chinoise est cloisonnée.

Sous Mao Zedong, toute personne née dans une commune y demeurait en principe toute sa vie. Un producteur pouvait aller vendre ses produits dans la commune voisine, mais pas y déménager.

En raison du boum économique des villes côtières de l’Est du pays, la demande en main-d’œuvre a nécessité un assouplissement de ce cloisonnement.

On permet donc au chef de famille d’aller travailler au loin. Mais pour éviter que toute sa famille le suive, on réserve l’école publique d’une ville comme Shanghai aux seuls résidents officiels de la ville. Et c’est par le biais d’une lenteur administrative voulue qu’on décourage la migration familiale.

Voilà pourquoi des centaines de millions de travailleurs chinois envoient de l’argent à leur famille au loin plutôt que de la faire déménager près d’eux. Ces travailleurs ne voient femmes et enfants qu’à l’occasion de la semaine des festivités du Nouvel An.

Ce cloisonnement est valable pour toutes les régions sauf le Tibet, que Beijing veut coloniser.

Déjà, il est évident que la Chine sortira moins meurtrie par la pandémie que n’importe quel pays occidental.

Cela tient en partie à la compétence de son gouvernement basé sur une méritocratie séculaire, mais également à deux facteurs qui sont propres à ce pays : un cloisonnement régional qui fait partie de l’ADN du pays et l’habitude du port du masque, normal pour des millions de Chinois.

On peut donc s’inspirer de l’expérience chinoise, mais on ne doit pas s’attendre à obtenir d’aussi bons résultats.

Références :
Covid-19 Coronavirus Pandemic
Déplacements contrôlés dans certaines régions du Québec
Report of the WHO-China Joint Mission on Coronavirus Disease 2019

Parus depuis :
Le confinement chinois a possiblement évité 700 000 cas de coronavirus (2020-03-31)
Xi Jinping Is a ‘Good Emperor’ (2020-05-14)


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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : la quarantaine ou le laisser-faire ? (2e partie)

Publié le 21 mars 2020 | Temps de lecture : 4 minutes

L’exemple israélien

Au fil des années, Israël s’est doté d’un des meilleurs services de renseignement au monde afin de se protéger d’un environnement hostile.

Israël fait maintenant face à un nouvel ennemi, tout aussi meurtrier et sournois qu’une cellule terroriste.

Conséquemment, les autorités ont décidé de consacrer une partie des capacités d’espionnage du pays à suivre à la trace les téléphones de tous les habitants du pays afin de débusquer ceux qui mettent en péril la vie des autres et afin de prévenir les personnes qu’ils auraient pu contaminer.

Selon les révélations d’Edward Snowden, les services de renseignements de nos pays épient déjà tous nos appels téléphoniques, tous nos textos et tous nos SMS.

De plus, la géolocalisation des appareils multifonctionnels permet aux États de procéder à des assassinats sélectifs.

Ce qui est nouveau, c’est qu’Israël a développé des algorithmes qui permettent, en temps réel, de déceler les personnes contaminées qui négligent de se placer en quarantaine.

Le 19 mars dernier, le ministre de la Santé a annoncé qu’un message sera envoyé à tous les citoyens qui seront demeurés pendant au moins deux minutes à moins de deux mètres d’une personne contaminée.

Le message type est le suivant :

D’après nos données, vous avez été en contact rapproché avec un porteur du Covid-19 le 16 mars dernier. Il est donc nécessaire de vous placer en quarantaine jusqu’au 30 mars 2020 afin de protéger vos proches et le public.

Près de quatre-cents personnes ont déjà reçu ce message.

À la suite d’une plainte d’associations de défense de droits de la personne, la Cour suprême d’Israël a reconnu la pertinence d’avoir recours à ce type de technologie, mais a donné cinq jours au gouvernement pour soumettre les mesures à la Commission parlementaire sur le renseignement (ce qui ne devrait être qu’une formalité).

La surveillance électronique ailleurs dans le monde

Tout comme la Grande-Bretagne, les États-Unis songent à accroitre leur surveillance électronique comme le fait déjà Israël.

En Chine, le déploiement de la 5G dans l’est du pays a tellement fait augmenter la masse de données qui transitent par le réseau téléphonique que l’État a obligé ses citoyens à utiliser une application spécifique qui permet aux autorités de suivre le déplacement des citoyens afin de mieux contrôler les foyers d’épidémie.

Sur la carte géographique des environs où on se trouve, cette application permet de voir les endroits visités par les personnes testées positives pour le Covid-19.

De plus, dans ce pays (comme en France), on a recours à des drones équipés de hautparleurs pour ordonner la dispersion de rassemblements de citoyens.

En Corée du Sud, les dizaines de milliers de citoyens à qui on a ordonné la quarantaine sont obligés d’installer une application qui alerte les autorités s’ils quittent leur domicile.

Taïwan oblige la géolocalisation de ses 24 millions de citoyens. Parmi ceux en quarantaine, le pays prête même un téléphone multifonctionnel à ceux qui n’en ont pas.

Les personnes en quarantaine qui quittent la zone de confinement qui leur est alloué reçoivent alors l’ordre d’appeler la police immédiatement sous peine d’une amende de 33 000$.

À Hong Kong, toutes les personnes en quarantaine sont soumises à la géolocalisation par le biais d’un téléphone mobile ou d’un bracelet électronique.

(à suivre)

Références :
Coronavirus : Israël recourt à la surveillance technologique massive pour freiner la pandémie
Government efforts to track virus through phone location data complicated by privacy concerns
How the U.S. can defeat coronavirus: Heed Asia’s lessons from past epidemics
Translating a Surveillance Tool into a Virus Tracker for Democracies

Parus depuis :
Comment se compare la progression de la COVID-19 à travers le monde? (2020-03-28)
Des leçons pour le Québec dans l’approche sud-coréenne? (2020-03-28)
The missing six weeks: how Trump failed the biggest test of his life (2020-03-28)
«La Corée du Sud a réagi vite et bien» (2020-04-02)
Learning from Taiwan’s Covid-19 response (2020-09-13)
I’ve been in Covid quarantine in South Korea – there’s a lot Britain can learn (2021-02-05)
How Taiwan triumphed over Covid as the UK faltered (2021-03-24)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : la quarantaine ou le laisser-faire ? (1re partie)

Publié le 20 mars 2020 | Temps de lecture : 4 minutes

L’exemple chinois

À l’heure actuelle, la Chine est l’étalon auquel on mesure l’efficacité des autres États à prévenir ou combattre la pandémie du Covid-19.

Depuis des milliers d’années, la Chine est une méritocratie. Que veut-on dire par cela ?

Autant à l’époque impériale qu’à l’ère communiste, le pays est dirigé par des chefs puissants, conseillés par les mandarins, c’est-à-dire par des lettrés qui ont mérité leur influence au sein de l’État par leurs conseils judicieux.

Ce tableau idyllique doit être nuancé par les défauts inhérents à la nature humaine.

Li KeQiang est le premier ministre actuel de la Chine. Note : On doit éviter de le confondre avec le président Xi Jinping.

Lorsque le premier des deux était encore gouverneur de la province du Liaoning, il avait confié à l’ambassadeur américain à Beijing qu’il prenait à la légère certains indices économiques officiels, notamment la croissance du PIB.

Pour évaluer la véritable santé économique de sa province, le gouverneur KeQiang se basait plutôt sur trois données : la consommation d’électricité, le niveau du transport ferroviaire de marchandise et le volume de crédits émis.

Selon M. KeQiang, la concurrence vive que se livraient ses collègues les incitait à embellir la croissance économique de leur région afin de prouver leur compétence de gestionnaire et d’améliorer leurs chances d’une promotion au sein de l’appareil du Parti communiste.

Cet angle mort de la méritocratie chinoise est illustré par la réaction initiale des autorités locales à l’éclosion de l’épidémie au Covid-19.

Au début de la crise, les dirigeants de la province d’Hubei se sont empressés d’emprisonner les lanceurs d’alerte, accusés de saper l’harmonie sociale en répandant des nouvelles inquiétantes.

Mais quand il s’est avéré qu’on avait effectivement affaire à un problème sanitaire majeur, les choses ont été rapidement prises en main par Beijing.

Les autorités locales ont été limogées au profit d’hommes de confiance de Xi Jinping. Et surtout, ce dernier a ordonné la mise en quarantaine de dizaines de millions de personnes.

Parmi toutes les décisions prises par le président chinois, la plus dramatique fut l’annulation des célébrations de la Nouvelle année chinoise en février dernier.

Pendant 50 semaines par année, des centaines de millions de travailleurs chinois s’expatrient loin de leur famille afin de travailler dans une autre région du pays.

La quinzaine des festivités du Nouvel An chinois, c’est l’unique occasion de retrouver femme et enfants après un an d’absence.

Normalement, tous les trains du pays sont réquisitionnés et des centaines de millions de Chinois s’y entassent durant de longs trajets.

L’annulation de ce voyage fut une immense déception. Pourtant, les Chinois s’y sont pliés dans l’intérêt commun.

S’ils s’y étaient opposés ou si cette décision n’avait pas été prise, la Chine connaitrait aujourd’hui un sort analogue à celui de l’Italie.

L’Italie compte aujourd’hui plus de morts qu’en Chine, avec une population 21 fois moindre.

Or la réaction italienne fut un mélange de laisser-faire initial, suivi d’une fermeture des frontières lorsqu’il était déjà trop tard, alors que la contamination se faisait principalement d’Italien à Italien.

Le résultat est une catastrophe sanitaire dont l’Italie ne voit pas l’issue pour l’instant.

De nos jours, la Chine libère des médecins expérimentés afin d’aider les médecins d’autres pays et leur apporte le matériel médical qui leur manque.

Même si le Covid-19 régresse en Chine, l’épidémie pourrait néanmoins revenir puisque l’ensemble de la population chinoise n’y a pas été immunisée. Voilà pourquoi toute personne qui entre dans ce pays est automatiquement mise en quarantaine obligatoire.

C’est brillant !

(à suivre)

Paru depuis :
Have Australia and New Zealand stopped Covid-19 in its tracks? (2020-04-09)


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Écrit par Jean-Pierre Martel


La dette publique chinoise

Publié le 4 janvier 2014 | Temps de lecture : 3 minutes
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Depuis le 15 mars 2013, la Chine est dirigée par un nouveau Premier ministre, soit monsieur Li KeQiang. Lorsque ce dernier occupait le poste gouverneur de la province du Liaoning, il avait confié à l’ambassadeur américain à Beijing qu’il prenait à la légère certains indices économiques officiels.

Selon lui, la concurrence vive que se livraient ses collègues les incitait à embellir la croissance économique de leur région afin de prouver leur compétence de gestionnaire et améliorer leurs chances d’une promotion.

Pour évaluer la véritable santé économique de sa province, le gouverneur KeQiang se basait plutôt sur trois données : la consommation d’électricité, le niveau du transport ferroviaire de marchandise et le volume de crédits émis.

Devenu premier ministre,  monsieur KeQiang a conservé la même méfiance. Quatre mois après son accession au pouvoir, l’ancien gouverneur a ordonné la vérification comptable de 62 000 administrations locales, soit toutes les provinces, préfectures et cantons du pays.

Cette mesure vise non seulement à fournir des données plus fiables sur la santé économique de la Chine, mais cela permet d’assoir l’autorité du nouveau chef de l’État; dorénavant, tous ceux qui ont menti grossièrement sont sujets à la purge. Leur maintien en fonction dépend donc du bon vouloir des nouveaux dirigeants du pays.

Pas moins de 50 000 experts comptables ont donc été dépêchés dans tous les coins du pays. Leurs conclusions ont été rendues publiques il y a six jours.

Au niveau des provinces, des préfectures et des cantons, les emprunts directs sont de l’ordre de 1,9 trillions$ (c’est-à-dire presque deux mille milliards$). À cela s’ajoutent 1,2 trillions$ en garanties de prêts endossées par ces administrations.

Depuis 2010, cet endettement est passé de 20% à 33,2% du produit intérieur brut (PIB) chinois. En somme, afin de compenser la diminution des exportations vers l’Occident, les administrations locales ont soutenu la croissance économique de leur région par des investissements massifs en infrastructures (routes, gares, bâtiments officiels, quartiers résidentiels, etc.).

En ajoutant la dette du gouvernement central, la dette publique chinoise atteint donc 4,6 trillions$, soit 56,2% du PIB. En contrepartie, le gouvernement central possède les plus importantes réserves de devises étrangères et d’or au monde, soit 3,2 trillions$ (en janvier 2012).

Références :
En Chine, la dette des collectivités locales n’en finit pas de s’alourdir
Imprécision des données macroéconomiques chinoises
Réserves de change

Détails techniques : 
Panasonic GF1, objectif Lumix 20mm F/1,7 — 1/80 sec. — F/1,7 — ISO 100 — 20 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel