Ottawa, nid de corruption

25 juillet 2020

Introduction

UNIS (en anglais WE Charity) est un organisme de bienfaisance mandaté — sans appel d’offres — par le gouvernement Trudeau pour gérer un programme fédéral d’aide financière totalisant plus de 900 millions de dollars destinés à encourager le bénévolat étudiant en lien avec la pandémie au Covid-19.

Annulé en raison de la controverse, UNIS aurait eu la responsabilité de distribuer des bourses allant de 1 000$ à 5 000$ aux étudiants qui font du bénévolat. Et il devait payer 12 000$ par enseignant afin de recruter et gérer ces étudiants.

Même si UNIS est un organisme de bienfaisance sans but lucratif, cela ne veut pas dire que ses dirigeants travaillent gratuitement.

Si le scandale n’avait pas éclaté, UNIS aurait empoché 43,5 millions en frais de gestion pour administrer ce fonds

En 2018, Graig Kielburger, le cofondateur d’UNIS, recevait une rémunération de 125 173$. Mais avec un pactole de 43,5 millions$, a-t-on prévu des mécanismes qui empêcheront les dirigeants d’UNIS de s’en mettre plein les poches ?

Ce qui est certain, c’est qu’en confiant la gestion de ce fonds à un organisme privé, cela soustrayait automatiquement cette gestion à la Loi fédérale d’accès à l’information (comme c’est le cas du Programme de contestation judiciaire, administré par l’université d’Ottawa).

Le ministre des finances pris la main dans le sac

Lorsque vous et moi voulons prendre l’avion, il faut payer d’avance. Mais pas les membres du cabinet Trudeau.

En 2017, alors que Bill Morneau était ministre des Finances,
sa famille et lui ont effectué deux voyages (au Kenya et en Équateur) qui ont occasionné des déboursés de 52 000$.

Convoqué par le comité des Finances, Bill Morneau s’est rappelé in extremis qu’il avait oublié de rembourser UNIS pour ces voyages.

Le 22 juillet 2020, avec trois ans de retard, il a posté un chèque de 41 366$ pour régler la note, juste avant sa convocation devant le comité.

Quand un organisme fait un cadeau personnel de plus de 40 000$ au ministre des finances d’un pays, et paie 300 000$ à la mère et au frère de Justin Trudeau pour qu’ils prononcent des conférences promotionnelles en faveur d’UNIS, et qu’en retour, cet organisme reçoit sans appel d’offres un contrat de 900 millions$, cela porte un nom; c’est de la corruption.

D’autant plus que ni Bill Morneau ni Justin Trudeau n’ont pas cru bon de se retirer des discussions du Conseil des ministres lorsque ce contrat gouvernemental a été accordé, en dépit de leurs conflits d’intérêts évidents.

Une corruption répandue

À Ottawa, Bill Morneau n’est pas le seul parlementaire corrompu.

L’ex-président de la Société des ponts fédéraux a été accusé d’avoir accepté pour 1,5 million$ de pots-de-vin de la part de SNC-Lavalin.

En aout 2005, le Devoir révélait que la nomination à la magistrature fédérale se faisait après consultation d’une liste d’avocats partisans du Parti libéral du Canada.

Selon le ministre fédéral actuel de la Justice, David Lametti, cette consultation n’affecte aucunement l’issue du choix effectué par le Conseil des ministres.

Vraiment ? On se demande pourquoi on se donne la peine de consulter la liste des avocats ‘amis’ avant de procéder à une nomination si cela est inutile…

En réalité, à Ottawa, on ne peut pas s’acheter un poste de juge. Mais en contribuant à la caisse au Parti libéral, cet investissement augmente vos chances de le devenir.

Dans un autre ordre d’idées, l’émission The Fifth Estate révélait en 2017 que le juge Randall Bocock (de la Cour de l’impôt), de même que le juge Denis Pelletier (de la Cour d’appel fédérale), avaient participé à Madrid à un cocktail financé par un cabinet d’avocats spécialisé dans la fraude fiscale destinée à tromper le fisc canadien.

En d’autres mots, des juges fédéraux responsables de lutter contre l’évasion fiscale acceptent des faveurs de cabinets qui aident les riches canadiens à frauder le fisc sous le couvert du secret professionnel.

À la suite de ces révélations, le juge Bocock s’est récusé dans une cause qu’il avait pourtant accepté d’entendre et dans laquelle l’accusé était justement défendu par ce cabinet d’avocats.

Le député conservateur Pierre Poiliève et son épouse ont profité de 11 705 $ de voyages payés par le gouvernement de Taïwan. Quant à la députée NPD Ruth-Ellen Brosseau, elle a fait un voyage de 11 705 $ en Israël, gracieuseté d’intérêts israéliens.

Au total, c’est plus de 600 000$ en voyages gratuits qui ont été payés par des gouvernements étrangers à des parlementaires fédéraux. Le tout de manière parfaitement légale parce que rien ne s’y oppose.

Bill Morneau est un multirécidiviste

En octobre 2017, plus de deux ans après son élection, le ministre des Finances possédait toujours des dizaines de millions de dollars d’actifs qu’il avait négligé de placer dans une fiducie sans droit de regard, comme l’exige la loi.

En novembre 2017, il était condamné à payer une amende symbolique (200$) pour avoir oublié de déclarer une luxueuse villa en France qu’il s’était acheté pour son usage personnel, mais avec l’argent d’une de ses sociétés.

Conclusion

À Ottawa, des fonctionnaires fédéraux se font corrompre. Des députés fédéraux se font corrompre. Des ministres fédéraux se sont corrompre. Des sénateurs se font corrompre. Et même des juges se font corrompre.

Cela est compréhensible; l’État canadien représente des dizaines de milliers de personnes et les êtres humains sont imparfaits.

Ce qui est anormal, c’est la réaction de l’État canadien à la corruption.

Quand ce sont des juges, le Conseil de la magistrature n’y voit pas d’objection. Quand ce sont des parlementaires (députés, ministres et sénateurs), le gouvernement n’y voit pas d’objection.

Depuis toujours, le champion des conflits d’intérêts est le parti de Justin Trudeau.

Le Parti libéral du Canada est corrompu pour les mêmes raisons que le Parti libéral du Québec l’a été sous Jean Charest.

La commission Charbonneau a révélé que l’assujettissement des ministres à rapporter 100 000$ par année à la caisse du Parti libéral du Québec (PLQ) s’est soldé par un vaste pillage du Trésor public.

Ce système permettait à des entrepreneurs de gonfler le cout des contrats d’infrastructures moyennant le paiement d’une modeste contribution à la caisse du PLQ.

L’obligation de rapporter annuellement 100 000$ créait une relation d’assujettissement du ministre à la caisse du Parti libéral du Québec plutôt qu’à la nation. La contribution de l’entrepreneur était d’autant plus appréciée que sans elle, le ministre se trouvait relégué au rang de simple député.

Justin Trudeau a mis en place un système semblable; en vue de la récente campagne fédérale, chaque député libéral sortant devait générer 51 000$ de financement politique.

Dans le cas précis du ministre Morneau, celui-ci est un pourri; il n’a plus la crédibilité pour demander aux contribuables de payer leur juste part d’impôt alors qu’il a violé à de multiples reprises les règles élémentaires d’intégrité politique.

Références :
Affaire UNIS : le ministre Morneau rembourse plus de 40 000 $ en frais de voyages
Corruption fédérale : les voyages forment la vieillesse
Corruption : le ‘verrou’ libéral
Inside The “Cult” Of Kielburger
Juges et cocktails commandités : le Conseil de la magistrature n’y voit pas de problème
Le Bloc menace de faire tomber les libéraux
Les «affaires» Bill Morneau: les scandales collent à la peau du ministre des Finances du Canada
Réforme de la nomination des juges de la Cour suprême – La transparence rendra-t-elle la sélection moins partisane?
Trudeau comparaitra devant un comité, Morneau rembourse 41 000$
Trudeau demande 51 000$ à chaque député
UNIS administre un généreux programme fédéral pour les élèves et les professeurs

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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