Manitoba : droits fondamentaux et laïcité

29 novembre 2019
Monument à sir John-A. Macdonald

La dépossession territoriale des Métis au Manitoba

Tôt après la naissance du Manitoba, sa population — composée essentiellement de Métis — a été dépossédée de ses terres, confiées aussitôt par Ottawa à des colons européens.

Les Métis s’appelaient ainsi parce qu’ils étaient nés du métissage entre les Autochtones nomades qui y vivaient et des explorateurs venus de Nouvelle-France.

La révolte contre cette dépossession, dirigée par Louis Riel, fut écrasée dans le sang.

Le Manitoba, site des premières réserves indiennes

On enferma les survivants dans des ‘réserves’ qui, beaucoup plus tard, servirent de modèle à la création de l’apartheid en Afrique du Sud.

À une époque où les moyens de subsistance étaient limités à la chasse, à la pêche et à l’agriculture, confiner une population à un territoire restreint, c’était une manière de limiter sa croissance démographique.

En effet, toute explosion démographique ne pouvait entrainer que la famine et la mort.

En 2013, le professeur James Daschuk de l’Université du Manitoba publiait la thèse universitaire intitulée ‘La destruction des Indiens des Plaines. Maladies, famines organisées, disparition du mode de vie autochtone’.

Cette publication de 366 pages est un accablant réquisitoire qui accuse le père de la Confédération canadienne, John-A. Macdonald, d’avoir voulu exterminer par la famine les Amérindiens des Prairies et notamment, ceux du Manitoba.

Les provinces de l’Ouest, sites des premiers pensionnats autochtones

C’est dans l’Ouest canadien, en 1883, que le gouvernement fédéral établit les trois premiers pensionnats autochtones qui servirent de modèles à l’ensemble du pays.

Au cours des années qui suivirent, le système connut une croissance considérable.

Les derniers pensionnats financés par le gouvernement fédéral disparurent à la fin des années 1990.

Leur but était d’assimiler de force les Autochtones. La police venait littéralement arracher les enfants des bras de leurs mères.

On interdisait aux pensionnaires de parler autre chose que l’anglais. On séparait les membres d’une même famille en différents pensionnats pour qu’ils n’aient plus rien sur lequel s’accrocher.

Puis, à la fin de leurs études, on les renvoyait dans leurs communautés alors que tout ce qu’on leur avait enseigné (religion, lecture, écriture) n’avait aucun rapport avec la lutte pour leur survie.

Loin de leur famille et de leur communauté, sept générations d’enfants autochtones ont été privés de leur identité à la suite d’efforts systématiques et concertés visant à anéantir leur culture, leur langue et leur esprit.

Plus de 150 000 enfants autochtones ont été placés dans ces pensionnats. On estime qu’environ six-mille d’entre eux y sont morts de maltraitance, de maladie ou par suicide.

En décembre 2015, la Commission de vérité et réconciliation du Canada remettait son rapport dévastateur à ce sujet.

Ce génocide culturel s’est pratiqué partout au pays, mais a été particulièrement efficace au Manitoba.

Le résultat des politiques génocidaires au Manitoba

De nos jours, les Autochtones y forment un sous-prolétariat dont la misère sociale s’exprime par leur surreprésentation dans les prisons de cette province à la suite d’accusations de vagabondage, si ce n’est d’avoir commis des méfaits mineurs.

Selon des rapports internes du ministère des Affaires indiennes, de tous les Autochtones du pays, ceux du Manitoba sont les plus à risque de grandir dans la pauvreté, d’abandonner l’école, de dépendre de l’aide sociale, de vivre dans des logements délabrés et d’être victimes de violence familiale.

Dans cette province, 62 % des enfants Autochtones vivent sous le seuil de pauvreté alors que cette proportion est de 25 % dans l’ensemble des enfants Autochtones du pays.

Si les pensionnats autochtones ont y disparu dans les années 1990, les services sociaux de la province utilisent encore tous les prétextes pour confier des enfants Autochtones à des familles d’accueil hors des réserves indiennes. Ce qui a le même effet.

Parmi les Autochtones du pays, ceux du Manitoba détiennent le plus bas taux de diplomation du secondaire.

Le taux de bénéficiaires de l’aide sociale y est également le plus élevé au pays; dans certaines communautés, 80 % de la population autochtone en dépend.

La croisade du Manitoba contre la loi 21

2019-11-29-21-raisonsDepuis plusieurs semaines, le premier ministre du Manitoba critique publiquement la loi 21 du Québec qui interdit le port de signes religieux aux fonctionnaires en position d’autorité et aux enseignants.

À mon avis, le port de signes religieux ne devrait être interdit qu’aux détenteurs des pouvoirs répressifs de l’État : policiers, soldats, gardiens de prison et juges.

Même si je trouve la loi 21 excessive, elle n’est pas déraisonnable puisqu’elle est semblable à celles adoptées par de nombreux pays démocratiques. Notamment en Europe, où les lois à ce sujet ont été validées par les plus hautes instances constitutionnelles.

La loi 21 respecte les droits de la personne. Elle permet la pratique de n’importe quelle religion. Elle n’interdit que l’expression de l’appartenance confessionnelle à certains employés de l’État.

Bref, la chicane au sujet de la loi 21 est une querelle de chiffon et de breloques.

Malheureusement, le droit de porter ces artifices de religiosité a été érigé au rang de droit constitutionnel au Canada en 1982.

Normalement, lorsqu’une constitution est bien écrite, les droits constitutionnels sont synonymes de droits fondamentaux.

Ce n’est pas le cas au Canada; de simples croyances, retrouvées dans aucun texte sacré — par exemple, le port du niqab et de la burka — ont été promues au rang de droits constitutionnels, au même titre que le droit à la vie.

En somme, la loi 21 viole des caprices constitutionnels et non des droits fondamentaux.

Pour l’élite politique et médiatique du Canada anglais, tout défi lancé contre l’ordre constitutionnel canadien est une menace à l’existence même du pays.

D’une certaine mesure, ils ont raison. Malheureusement pour eux, les assises juridiques du Canada reposent sur une constitution illégitime qui, sous certains aspects, a très mal vieilli.

Une bonne partie des angloCanadiens partagent déjà l’avis des francoQuébécois au sujet de l’interdiction du port de signes religieux ostentatoires.

D’où l’urgence de lutter contre une contamination (québécoise) jugée séditieuse aux yeux de ceux qui se donnent la mission sacrée de défendre l’ordre établi, au premier rang duquel l’ordre constitutionnel canadian.

Conclusion

Comme la verrue qu’on finit, avec le temps, par ne plus voir au bout de son nez, le premier ministre du Manitoba semble avoir oublié le triste bilan de sa province au chapitre du respect des droits fondamentaux des 175 000 personnes qui composent sa population autochtone.

Références :
Aboriginal nutritional experiments had Ottawa’s approval
À quand le limogeage de John A. Macdonald?
John A. Macdonald
La destruction des Indiens des Plaines. Maladies, famines organisées, disparition du mode de vie autochtone
Le Manitoba achète des publicités au Québec contre la loi 21
Les autochtones du Manitoba vivent dans les maisons les plus délabrées au pays
Les Premières Nations du Manitoba ont les pires conditions de vie du Canada
Les Premières Nations du Manitoba ont les pires conditions de vie du Canada
L’uniforme laïque des forces de l’ordre
Relations Québec-Manitoba: le PQ rappelle la pendaison de Louis Riel

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 25mm F/1,2 — 1/400 sec. — F/1,2 — ISO 200 — 25 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les peuples autochtones du Québec

16 octobre 2018

Le territoire québécois est habité par treize peuples : les francoQuébécois, les angloQuébécois et onze peuples autochtones.

Ces derniers comptent environ cent-mille personnes, soit 1,5% de la population québécoise.

Ils sont plus nombreux au Canada anglais. Leur importance démographique est de l’ordre de cinq pour cent dans les provinces anglophones du pays, pour une moyenne canadienne (incluant donc le Québec) de quatre pour cent.

Dix peuples autochtones ont été reconnus par l’Assemblée nationale sous René Lévesque en 1985. Un onzième s’est ajouté quatre ans plus tard sous le gouvernement péquiste de Pierre-Marc Johnson.

En ordre alphabétique, ces onze peuples autochtones sont :
• les Abénaquis (près de Trois-Rivières)
  les Algonquins -> voir les Anishnabés
• les Anishnabés (en Abitibi et en Outaouais)
• les Attikameks (en Haute-Mauricie)
• les Cris (région de la Baie-James)
  les Hurons -> voir les Wandats
• les Innus (au Lac-Saint-Jean, sur la Côte-Nord et à Schefferville)
• les Inuits (au Nunavik)
• les Malécites (Bas-du-Fleuve)
• les Micmacs (en Gaspésie)
• les Mohawks (près de Montréal)
• les Naskapis (à Schefferville)
• les Wandats (à Québec).

Leur population varie beaucoup d’un peuple autochtone à l’autre, passant de vingt-mille Cris à quelques centaines d’Abénaquis, de Malécites et de Naskapis.

Si on exclut le cas particulier de l’ile de Montréal, seule l’Estrie était complètement inhabitée à l’arrivée de Champlain car cette région était le théâtre d’une longue guerre que se livraient les Innus et les Anishnabés (qui vivaient au nord du Saint-Laurent) contre les Mohawks (qui habitaient le nord de l’État de New York actuel).

Juridiquement, les peuples autochtones se divisent en trois catégories.

Le premier groupe comprend les signataires des traités modernes que sont la Convention de la Baie-James (les Cris et les Inuits) et la Convention de Nord-Est québécois (les Naskapis).

En échange de la renonciation à leurs droits ancestraux, ces peuples ont reçu d’importantes compensations financières qui leur assurent un niveau de vie plus élevé que la plupart des autres peuples autochtones au Canada.

Ils jouissent également d’une autonomie exceptionnelle qui leur permet de gouverner, par le biais d’institutions publiques où ils sont majoritaires, de vastes territoires à l’extérieur de leurs villages. Ces territoires représentent environ le tiers du Québec.

Contrairement à la loi fédérale sur les Indiens, basée sur la race, les traités québécois sont conformes aux Droits de la personne; rien ne s’oppose, par exemple, à ce que des citoyens non autochtones soient élus à la tête des institutions autonomes de ces territoires si ce n’est que les Autochtones forment 90% de la population.

Un deuxième groupe comprend des peuples autochtones qui étaient présents sur leurs territoires actuels, mais qui n’ont pas signé de traité avec le gouvernement du Québec : les Anishnabés, les Attikameks, les Innus, les Malécites et les Micmacs.

Le dernier groupe est celui des Abénaquis, des Mohawks et des Wendats. Ceux-ci n’étaient pas présents au Québec à l’arrivée des colonisateurs français.

Originaires des États-Unis actuels, certains Mohawks se sont établis près de Montréal en fuyant l’hostilité des autres Mohawks après leur conversion au catholicisme.

De manière analogue, les Wendats se sont réfugiés au Québec après avoir fui l’Ontario.

Les Abénaquis sont originaires de la Nouvelle-Angleterre.

Les droits de ces peuples découlent des chartes seigneuriales accordées à des communautés religieuses qui leur ont permis de s’installer au Québec.

Il est donc inexact de croire que le territoire montréalais est un territoire mohawk non cédé.

Références :
Binette A. Le droit des peuples autochtones et l’indépendance du Québec. L’Action Nationale 2017; vol 57 no 9: 24-50.
Droits ancestraux et issus de traités à Montréal
Montréal n’est pas un territoire mohawk non cédé
Montréal, un territoire mohawk ?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Une injustice de moins

5 février 2011

Partout dans le monde, de jeunes gens sont déshérités et rejetés par leur communauté parce qu’ils ont contracté un mariage (souvent inter-religieux) à l’encontre de la volonté de leurs parents. Dans des cas extrêmes, ce rejet peut aller jusqu’à la lapidation de la personne qui a enfreint ainsi les tabous de sa secte.

Au Canada, les rejets les plus fréquents concernent les autochtones expulsés de leur réserve.

Depuis toujours, un autochtone de sexe masculin peut épouser une « blanche », conserver son statut d’indien et le transmettre à ses enfants. À l’opposé, avant 1985, une autochtone de sexe féminin qui épousait un « blanc » perdait automatiquement son statut d’indien. Cette « malédiction » s’étendait également à sa progéniture.

Dans certains cas, elle pouvait bénéficier de la tolérance de sa communauté et demeurer dans la réserve pendant un certain temps. Mais inévitablement, un ordre d’expulsion la chassait de sa communauté. Certaines réussissaient à refaire leur vie à l’extérieur : d’autres, moins chanceuses, connaissaient la misère.

En 1985, on a aboli partiellement cette différence de traitement : les femmes pouvaient conserver leur statut d’indien. Toutefois, elles ne pouvaient toujours pas transmettre ce titre à leurs « bâtards », contrairement à la progéniture née de l’union entre un homme indien et une « blanche ».

Il a fallu un jugement de Cour d’appel de la Colombie-Britannique, en 2009, pour forcer le gouvernement fédéral à corriger cette discrimination.

Depuis l’entrée en vigueur, le lundi 31 janvier dernier, de la Loi sur l’équité entre les sexes relativement à l’inscription au Registre des Indiens, 45 000 descendants autochtones ont retrouvé leur statut d’indiens.

Cette bonne nouvelle ne doit pas nous faire oublier que le contexte législatif canadien concernant chaque indien — dont l’identité est consignée dans un registre national — découle de vieux traités anglais coloniaux. Leurs dispositions racistes, basées sur la pureté du sang, seraient aujourd’hui invalidées par n’importe quel tribunal international.

On doit se rappeler que le pape Jean-Paul-II a condamné publiquement le sort que réserve le Canada aux premières nations de ce pays et que le système des réserves indiennes au Canada et aux États-Unis a servi de modèle à la création de l’apartheid en Afrique du Sud.

Donc à défaut d’avoir renégocié ces vieux traités honteux à la satisfaction de toutes les parties concernées, on en est rendu à rapiécer une législation raciste pour lui donner un semblant de justice et d’équité.

Référence : 45 000 Canadiens pourront retrouver le statut d’Indien

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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