La présence sournoise de l’amiante

29 février 2012
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En Ontario, tous les propriétaires d’immeubles publics ou privés doivent faire l’inventaire des matériaux contenant de l’amiante et en faire part aux occupants. Ce n’est pas le cas au Québec; les précautions et les avis sont prévus seulement s’il y a des travaux susceptibles de libérer l’amiante dans l’air, ce qui, théoriquement, devrait être suffisant.

Dans les faits, les acheteurs d’immeubles sont rarement informés de la présence d’amiante parce que l’information à ce sujet s’est perdue le long de la chaine des propriétaires successifs.

L’Université de Montréal a établi un registre des immeubles publics qui contiennent de l’amiante. Les chercheurs ont répertorié 1500 bâtiments. Toutefois, cette liste est maintenue secrète.

Entretemps, l’amiante continue de faire des morts au Québec. Officiellement, de 2005 à 2010, l’amiante a causé 559 morts, soit d’avantage que tous les accidents de travail réunis (548 morts), selon la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST).

Officieusement, le nombre de ces décès est sans aucun doute plus élevé. En effet, la CSST estime que seulement 21% des cas de mésothéliome — le cancer du poumon causé exclusivement par l’amiante — lui sont déclarés.

Ces morts surviennent en industrie — principalement chez les ex-travailleurs de l’amiante — et de façon croissante dans le secteur de la construction.

Selon le Dr Yves Bonnier-Viger, de la direction de santé publique de Chaudière-Appalaches, le nombre de cas de mésothéliome est en progression constante au Québec, ce qui indique que l’exposition de la population à l’amiante continue d’augmenter.

« Il y a beaucoup de bâtiments qui arrivent à une étape où ils commencent à s’user et on commence à faire beaucoup de travaux de rénovation. Alors on remet beaucoup d’amiante en circulation. C’est ça, le problème.»

Un cas patent est celui de Diane Turcotte. Atteinte de mésothéliome, celle-ci subit l’ablation du poumon droit et du diaphragme, le 24 janvier 2008. Après 144 jours passés aux soins intensifs, elle meurt le 13 juin suivant.

Elle ne travaillait pas dans une mine, ni dans l’industrie de la construction. Elle servait les repas dans la cafétéria d’une polyvalente en Outaouais dont les plafonds contenaient de l’amiante.

« Les gens pensent que ça arrive juste aux travailleurs de la construction, mais on est tous à risque, juste à travailler dans un bâtiment », a déclaré à La Presse Nadia Tassé, fille de Mme Turcotte.

Il y a deux semaines, plus précisément le 13 février dernier, dans le cadre d’un procès à Turin contre le fabricant d’amiante-ciment Eternit, deux ex-propriétaires de l’entreprise ont été condamnés chacun à seize ans de prison. En effet, le milliardaire suisse Stephan Schmidheiny et le baron belge Jean-Louis de Cartier de Marchienne ont été jugés responsables de la mort de près de 3,000 ouvriers ou habitants des villes où Eternit-Italie avait des usines.

Il y a un an, le 3 avril 2011, le ministre du Développement économique du Québec annonçait que le gouvernement Charest acceptait le projet de relance de la mine Jeffrey d’Asbestos et qu’il accordait une garantie de prêt de 58 millions de dollars nécessaire à la relance de ses activités.

Post scriptum : Puisqu’aucune banque ne s’est montrée intéressée à financer ce projet — même avec la garantie de l’État québécois — le gouvernement Charest s’est résolu, en juin 2012, à prêter lui-même l’argent nécessaire à la réouverture de la mine Jeffrey.

Références :
Amiante: On est tous à risque
Amiante : 16 ans de prison pour deux ex-responsables d’Eternit
Le Québec doit faire son deuil de l’amiante
Québec d’accord pour relancer la mine d’amiante Jeffrey

Paru depuis la publication de ce billet :
Québec prête 58 millions pour relancer la mine Jeffrey

Détails techniques de la photo : Panasonic GH1 + tube d’espacement de 16 mm + objectif Voigtländer 50mm f/1,1 — 1/13 sec. — F/16,0 — ISO 800 — 50 mm.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Québec doit faire son deuil de l’amiante

15 avril 2011
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L’amiante cause des cancers broncho-pulmonaires, le cancer de la plèvre ou, plus rarement, du péritoine, et des cancers digestifs. Toutes les variétés d’amiante sont cancérigènes, que ce soit la chrysotile (dont les gisements du Québec sont riches) ou la crocidolite (ou amiante bleu, que l’on rencontre au Brésil, entre autres).

Comme pour toute autre substance cancérigène, il n’existe pas de seuil en dessous duquel la présence de fibres d’amiante est sécuritaire. Même les épouses des travailleurs de l’amiante ont un risque augmenté de faire un mésothéliome, probablement parce qu’elles s’occupent du soin des vêtements du mari imprégnés de poussières d’amiante.

La nocivité de l’amiante est augmentée par l’exposition à d’autres agents cancérigènes. En comparaison avec un non-fumeur non exposé à ce minerai, le risque de cancer du poumon est multiplié par 5 pour le travailleur exposé aux taux « sécuritaires » d’amiante, par 10 pour le fumeur, et par 50 pour le travailleur de l’amiante qui fume.

Dans les villes minières québécoises où l’activité économique dépendait de l’extraction de l’amiante, les médecins subissaient des pressions pour que les mortalités soient simplement diagnostiqués comme des victimes de cancer (sans précision de la cause) afin de ne pas nuire au développement économique de leur région.

La Confédération des syndicats nationaux (CSN) a du faire venir des médecins du Mont Sinaï Hospital pour faire pression sur la CSST afin qu’elle indemnise correctement les mineurs atteints d’amiantose.

Selon l’Association médicale canadienne, le Canada est la seule démocratie occidentale à s’être constamment opposée aux efforts internationaux visant à réglementer le commerce mondial de l’amiante en manipulant honteusement les connaissances scientifiques.

De nos jours, l’amiante est bannie dans de nombreux pays et son utilisation est limitée à des usages très restreints : par exemple, l’isolation thermique des navettes spatiales et véhicules orbitaux de la NASA.

Le Québec est encore aujourd’hui le quatrième producteur mondial d’amiante, derrière la Russie, le Kazakhstan, et la Chine, mais devant le Brésil.

Il y a deux jours, le ministre du Développement économique du Québec annonçait que le gouvernement Charest acceptait le projet de relance de la mine Jeffrey d’Asbestos et qu’il accorde une garantie de prêt de 58 millions de dollars nécessaire à la relance des activités. Quelque 425 emplois seront créés à Asbestos avec la relance de Mine Jeffrey.

L’extraction de ce minerai n’a aucun avenir. Inévitablement, Mine Jeffrey cessera ses opérations et les contribuables québécois auront à payer cette garantie de prêt. De plus, peu importe comment l’État dépense, cela crée des emplois. Le choix n’est donc pas entre créer des emplois ou non, mais de créer de l’emploi dans l’extraction de l’amiante ou d’en créer autrement.

Ce qui nous amène à la question fondamentale : Ne devrait-on pas laisser à d’autres pays le soin d’extraire ce minerai dangereux et utiliser plutôt l’argent de nos impôts à soutenir les entreprises tournées vers des technologies d’avenir ?

Cette position est partagée par la Confédération des syndicats nationaux (CSN), dont la présidente éclarait récemment : « La vie d’un travailleur (…) ne peut être sacrifié au nom de l’emploi.»

Références :
Amiante
L’amiante a tué 373 travailleurs entre 2007 et 2010
Mine Jeffrey – Clément Gignac défend son choix
Le scandale de la CSST
Mine Jeffrey – Québec est critiqué
Québec d’accord pour relancer la mine d’amiante Jeffrey

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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