Québec solidaire et les animaux de compagnie

Publié le 8 mars 2023 | Temps de lecture : 5 minutes


Avant-propos : Depuis quelques années, pour célébrer la Journée internationale des femmes (le 8 mars), ce blogue inverse ce jour-là la règle grammaticale selon laquelle le genre masculin l’emporte sur le genre féminin. En conséquence, dans ce texte qui suit, le féminin inclut le masculin.

Introduction

La semaine dernière, Québec solidaire annonçait son intention de déposer, d’ici la fin de la présente session parlementaire, un projet de loi qui autorisera la présence d’animaux de compagnie dans tous les logements du Québec.

À l’heure actuelle, 65 % des propriétaires acceptent, avec certaines restrictions, la présence d’animaux; les chattes sont acceptées dans 71 % des cas et les chiennes, dans seulement 25 %.

Dans le cas des chattes, elles sont souvent interdites dans les appartements meublés par la propriétaire en raison de leur tendance à ‘faire leurs griffes’ sur le mobilier.

Entre la souris silencieuse et la chienne jappeuse

Québec solidaire souligne les avantages médicaux et psychologiques de la zoothérapie pour la propriétaire d’un animal de compagnie. Toutefois, cette formation politique passe sous silence les inconvénients causés par les conflits entre voisines au sujet d’une bête bruyante.

En somme, si elle fait du bien à sa propriétaire, une chienne jappeuse perturbe la quiétude de la locataire du haut, de celle du bas, et de celles à l’étage, soit beaucoup plus de personnes.

Pour la SPCA (la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux), faire opérer une chienne parce qu’elle jappe est de la cruauté.

Lorsque les chiennes sont interdites par le bail, cela ne signifie pas qu’elles sont systématiquement expulsées; généralement, elles sont tolérées tant que personne ne s’en plaint.

Mais dès que des voisines sont incommodées par le tapage nocturne causé par les jappements d’une bête, la propriétaire de l’immeuble possède une base légale pour obliger la locataire à s’en départir ou à déménager. Sans une disposition à sujet dans le bail, la propriétaire est impuissante.

Les voisines incommodées sont alors obligées de s’adresser à la police — réduisant sa disponibilité à régler des conflits plus graves — ou de déposer une plainte devant les tribunaux. Signalons qu’à la Cour des petites créances, les délais sont de deux ans pour qu’une cause soit entendue.

En somme, on remplace ici le pouvoir discrétionnaire de la propriétaire de l’immeuble par le pouvoir arbitraire d’une magistrate.

Une anecdote

Il y a quelques années, dans sa cour arrière, une personne laissait japper sa chienne tous les matins dès que la clarté du jour paraissait, soit entre 5h30 et 6h15 (selon les saisons).

Dotée d’un mauvais caractère et d’un gabarit impressionnant, cette personne faisait fi des plaintes répétées de ses voisines.

Après plus d’un an à ronger son frein, l’une d’entre elles a lancé dans la cour arrière une boulette de viande hachée mélangée à du poison à rate. Et la chienne, dit-on, serait morte en pissant du sang par les yeux et les oreilles.

Au grand soulagement des voisines, majoritairement réprobatrices quant au moyen utilisé, mais unanimement favorables quant au résultat.

La personne propriétaire de la bête empoisonnée a toujours soupçonné la responsable mais n’a jamais eu la preuve que, parmi les dizaines de personnes qui haïssaient sa chienne, c’était cette voisine-là qui était la coupable.

Conclusion

Autrefois, on ne protégeait les droits individuels que dans la mesure où ils n’allaient pas à l’encontre des droits collectifs (comme le droit au sommeil).

De nos jours, on ne prend plus cette précaution; on compte sur les magistrates pour dresser une préséance entre les droits des unes et des autres.

Le recours à la justice là où une simple clause de bail suffisait correspond à une judiciarisation inappropriée.

Et ce, pour deux raisons.

Premièrement, en raison des délais et des lenteurs du processus judiciaire. Et deuxièmement, en raison de son inaccessibilité économique; demander qu’un conflit mineur soit arbitré par une juge payée un quart de million$ par année et plaidée de part et d’autre par des avocates dont les tarifs dépassent 150$ de l’heure est du gaspillage.

De plus, en rendant extrêmement difficile la résolution de conflits mineurs entre voisines, on favorise l’apparition de comportements asociaux entre des personnes qui se font alors justice elles-mêmes.

Références :
Interdire les animaux dans un logement est discriminatoire, juge Québec solidaire
Levons les interdictions d’animaux de compagnie dans les logements
Logement : devrait-on retirer l’interdiction des animaux domestiques du bail ?
Repenser les tribunaux

Paru depuis : Les délais continuent de s’allonger aux petites créances (2023-09-02)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’indice Québec 30 et la CDPQ

Publié le 6 mars 2023 | Temps de lecture : 5 minutes

Introduction

Créée en 1965, la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) gère les sommes investies dans le Régime des rentes du Québec. C’est le deuxième plus important fonds de pension du Canada.

Après avoir beaucoup spéculé sur le ‘papier commercial’ (des créances hypothécaires douteuses adossées à des actifs financiers), la CDPQ a perdu le quart de la valeur de ses actifs (soit quarante-milliards de dollars) au cours de la Grande Récession de 2007-2008.

À la suite de cette débâcle, la caisse s’était engagée à gérer de manière plus rigoureuse ses actifs et à respecter une politique de gestion du risque.

Mais chassez le naturel et il revient au galop.

L’irrésistible envie de spéculer

En octobre 2021, la caisse a investi environ 150 millions de dollars dans Celcius Network, le plus important gestionnaire mondial de prêts libellés en cryptomonnaies. Huit mois plus tard, cette société déclarait faillite.

Comparé à un actif actuel qui totalise 402 milliards$, l’argent placé dans Celcius Network représente un investissement relativement modeste. Mais puisque tout investissement dans les cryptomonnaies est purement spéculatif, cela est un indice que la caisse n’a pas retenu grand-chose de la Grande Récession.

Parcimonie des investissements au Québec

Si on exclut son portefeuille immobilier, ses investissements dans les infrastructures (le REM), et ses obligations municipales ou provinciales, la caisse investit peu au Québec.

Sur son portefeuille de 78,4 milliards$ de titres financiers québécois, la caisse n’a investi que 21,7 milliards$ dans le capital-actions d’entreprises d’ici, soit 5,2 % de l’ensemble de ses actifs de 402 milliards$.

Or, en 2022, la caisse a essuyé une perte de 24,6 milliards$. C’est plus de la moitié de ce qu’elle a perdu au cours de la Grande Récession. Si la caisse avait davantage utilisé notre argent pour soutenir l’économie du Québec, ses pertes auraient été bien moindres.

L’indice Québec 30

L’Indice Québec 30 est un baromètre boursier des plus grandes entreprises québécoises qui, à la fois, sont cotées en bourse et qui ont leur siège social au Québec.

Tout comme l’indice Dow Jones, sa pondération est périodiquement ajustée selon l’importance économique des entreprises qui en font partie; la dernière pondération date du 8 novembre dernier.

Voici sa composition :
• Banque Nationale du Canada (9,17 %),
• le transporteur ferroviaire Canadien National (7,88 %),
• Banque Royale du Canada (7,27 %),
• Alimentation Couche-Tard (7,18 %),
• Bell Canada (5,86 %),
• les épiceries Métro (4,99 %),
• la plateforme de commerce électronique Lightspeed Commerce (4,75 %),
• les conseillers en gestion informatique CGI (4,74 %),
• la société de gestion financière Power Corporation (4,73 %),
• les détaillants Dollarama (4,36 %),
• Banque de Montréal (4,35 %),
• Québécor (3,47 %),
• les simulateurs de vol CAE (3,15 %),
• la Société financière iA (2,80 %),
• Bombardier Produits Récréatifs (2,67 %),
• Groupe WSP Global (2,28 %),
• Air Canada (2,17 %),
• les produits laitiers Saputo (2,15 %),
• les transports par camion TFI International (2,14 %),
• les vêtements Sport Gildan (1,69 %),
• l’avionnerie Bombardier (1,68 %),
• le producteur d’énergie verte Boralex (1,53 %),
• Innergex Énergie Renouvelable (1,39 %),
• Cogeco Communications (1,34 %),
• quincaillerie Richelieu (1,24 %),
• les presses Transcontinental (1,09 %),
• Banque Laurentienne du Canada (1,04 %),
• la brasserie Molson Coors (1,00 %),
• le groupe d’ingénierie SNC-Lavalin (0,99 %)
• la papetière Cascades (0.89 %).

N’importe quel investisseur prudent sait qu’il doit diversifier ses placements. Il n’est donc pas souhaitable que la caisse se limite à n’investir qu’au Québec.

Toutefois, depuis une décennie, pour chaque tranche supplémentaire de huit pour cent de son portefeuille investie en actions québécoises, la caisse serait plus riche d’un milliard$.


Rendements comparés de l’Indice Québec 30 (IQ-30) et de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ)

Période IQ-30 CDPQ
Depuis un an –  1,6 % – 5,6 %
Depuis cinq ans +  7,3 % + 5,8 %
Depuis dix ans +11,0 % + 8,0 %

Références :
Caisse de dépôt et placement du Québec
Conformité chez Celsius Network : l’arrivée d’investisseurs comme la CDPQ n’a pas empêché la tromperie
Doit-on attirer au Québec l’industrie de la cryptomonnaie ?
Indice Québec 30: un indice boursier que vous devriez suivre
IQ-30 : tout savoir sur cet indice boursier du Québec
La Caisse de dépôt et placement du Québec boude l’Indice Québec 30
La Caisse de dépôt battue à plate couture par l’Indice Québec 30
Pierre Fortin : Cinq ans après, le point sur l’annus horribilis de la Caisse de dépôt

Paru depuis : La Caisse de dépôt et placement du Québec légitime de plus en plus les paradis fiscaux (2023-04-29)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le bannissement de TikTok au travail

Publié le 4 mars 2023 | Temps de lecture : 3 minutes

TikTok est une application qui, sur des appareils mobiles (téléphones multifonctionnels ou tablettes électroniques), permet de partager des clips vidéos de 3 à 180 secondes.

C’est au cours du confinement pandémique que TikTok est devenu l’application la plus populaire au monde. Parce que TikTok rime avec oisiveté.

Comme presque toutes les applications pour appareils mobiles, TikTok collige les données personnelles de ses utilisateurs. Ce qui suscite l’inquiétude.

En effet, TikTok est une application de Chine et donc, tenue par la législation de ce pays de transmettre ses données à l’État chinois.

Les États-Unis possédaient une législation équivalente. À la suite de plaintes des défenseurs des droits civiques, la loi américaine a été modifiée de manière à ce que Washington ait dorénavant l’obligation d’obtenir une autorisation préalable des tribunaux.

Dans les faits, les compagnies américaines transmettent volontairement leurs données sans y être forcées par un juge.

De plus, de manière générale, nous savons depuis les révélations d’Edward Snowden que les États-Unis espionnent tous nos courriels, tous nos textos et tous nos appels téléphoniques.

Mais TikTok est considéré comme un risque sécuritaire parce la Chine est perçue comme un pays hostile.

Du coup, le mois dernier, la Commission européenne a ordonné à son personnel de désinstaller cette application sur tous ses appareils professionnels.

Quelques jours plus tard, la Maison-Blanche ordonnait le bannissement de TikTok sur tous les téléphones utilisés par des agences fédérales et par les membres du Congrès américain. Un exemple suivi par Ottawa et Québec quant à leurs fonctionnaires respectifs.

Que TikTok soit véritablement un logiciel espion ou non, la question fondamentale qu’on doit se poser est la suivante :

Pourquoi un fonctionnaire devrait-il utiliser le temps rémunéré par les contribuables à regarder les clips vidéos insignifiants sur TikTok ?

Avant de bannir TikTok, il aurait été utile, par exemple, de mesurer le nombre d’heures par semaine que les préposés à l’émission des passeports canadiens passaient sur cette application pendant que les gens attendaient des jours entiers au froid à l’extérieur de leurs bureaux…

Dans quel monde sommes-nous rendus pour être obligés d’invoquer des risques sécuritaires pour justifier l’interdiction faite à des employés de perdre leur temps au travail ?

Références :
Des jeunes loin de vouloir laisser l’application TikTok
Edward Snowden
Ottawa et Québec interdisent TikTok des téléphones du gouvernement dès mardi
Protection de la vie privée: pourquoi se méfier de l’application TikTok?
Protection des données : la Commission européenne interdit TikTok à son personnel
TikTok
TikTok: un réseau trop payant pour les influenceurs et les entreprises

Complément de lecture : Révélations d’Edward Snowden : dix ans après, «nous sommes tout autant voire plus surveillés» (2023-06-05)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : évolution depuis vingt-six mois

Publié le 1 mars 2023 | Temps de lecture : 2 minutes

Voici la liste des pays les plus durement affectés par la pandémie au Covid-19.

À titre comparatif, cette liste est complétée par le cas de quelques pays d’Extrême-Orient.

Ont été exclus de cette liste, les pays de moins d’un million d’habitants.

Tableau comparatif des pays les plus atteints en nombre cumulatif de morts par million d’habitants au premier janvier de 2021 et de 2022, de même qu’au premier jour de janvier, de février et de mars 2023.

Pays Jan’21 Jan’22 Jan’23 Fev’23 Mars’23
Pérou 1136 6022 6479 6500 6515
Bulgarie 1099 4510 5568 5578 5584
Hongrie 1002 4072 5048 5067 5075
Bosnie-Herzég. 1249 4136 4994 5003 5010
Macédoine du N. 1205 3825 4619 4632 4642
Croatie 968 3091 4337 4405 4427
Géorgie 634 3484 4258 4265 4275
Rép. Tchèque 1093 3369 3924 3941 3952
Slovaquie 412 3050 3814 3836 3850
Lithuanie 588 2777 3564 3586 3603
Roumanie 826 3086 3540 3551 3558
Grèce 469 2015 3371 3454 3497
États-Unis 1074 2537 3339 3388 3423
Slovénie 1312 2692 3372 3396 3403
Lettonie 343 2467 3332 3363 3376
Chili 868 2022 3283 3315 3334
Brésil 916 2882 3222 3237 3247
Pologne 766 2582 3141 3146 3150
Italie 1235 2279 3064 3100 3121
Trinité-et-Tobago 91 2050 3045 3076 3090
Royaume-Uni 1089 2174 2904 2981 3011
Moldavie 746 2558 2973 2978 2987
Arménie 953 2684 2933 2933 2934
Belgique 1681 2429 2848 2876 2890
Argentine 954 2558 2828 2835 2836
Colombie 850 2515 2760 2767 2769
Paraguay 315 2289 2696 2713 2720
Russie 394 2121 2701 2710 2717
Portugal 685 1869 2536 2566 2575
Ukraine 428 2217 2564 2571 2574
Espagne 1087 1911 2506 2535 2555
Mexique 971 2286 2517 2525 2531
France 991 1891 2470 2505 2516
Tunisie 398 2131 2431 2433 2435
Autriche 693 1514 2365 2393 2414
Suède 861 1498 2197 2275 2313
Estonie 180 1459 2159 2203 2224
Uruguay 55 1767 2163 2176 2179
Québec 958 1379 2084 2116 2132
Serbie 373 1467 2025 2046 2060
Allemagne 410 1340 1925 1975 2004
Équateur 790 1867 1984 1984 1988
Panama 1493 1682 1926 1933 1935
Bolivie 780 1652 1859 1864 1865
Costa Rica 427 1424 1751 1767 1781
Hong Kong 20 28 1561 1757 1770
Irlande 453 1178 1652 1686 1719
Afrique du Sud 484 1509 1688 1689 1689
Iran 655 1538 1682 1683 1684
Suisse 882 1404 1638 1647 1647
Liban 240 1348 1608 1614 1620
Finlande 108 314 1428 1555 1601
Namibie 80 1397 1550 1552 1553
Danemark 256 564 1328 1397 1417
Jordanie 376 1010 1371 1371 1371
Pays-Bas 672 1219 1336 1336 1336
Israël 365 957 1291 1307 1318
Albanie 411 1120 1254 1254 1255
Eswatini 185 1110 1200 1200 1201
Turquie 248 584 1186 1186 1186
Jamaïque 101 831 1159 1167 1172
Botswana 18 1009 1145 1147 1147
RoC* 256 639 1082 1119 1143
           
Taïwan 0,3 35,6 639 685 752
Corée du Sud 17,9 110 628 653 662
Japon 27,4 146 458 545 577
Vietnam 0,4 331 436 436 436
Singapour 4,9 140 288 290 290
Chine 3,2 3,2 3,6 58,1 60,4

*— ‘RoC’ signifie le Canada sans le Québec.
Note : Taïwan se distingue ci-dessus par ses 67 morts par million d’habitants survenus en février 2023.

Pour juger de l’évolution de la dangerosité de la pandémie, nous avons regroupé les pays ci-dessus par catégories basées sur le nombre de morts par million d’habitants (MPM) survenus au cours de chacun des cinq derniers mois :

Catégories Oct’22 Nov’22 Déc’22 Jan’23 Fév’23
• entre 0 et 10 MPM 35 pays 28 pays 34 pays 30 pays 40 pays
• entre 11 et 20 MPM 6 pays 15 pays 6 pays 9 pays 15 pays
• entre 21 et 30 MPM 12 pays 6 pays 8 pays 10 pays 7 pays
• entre 31 et 40 MPM 9 pays 12 pays 10 pays 7 pays 3 pays
• entre 41 et 50 MPM 5 pays 4 pays 5 pays 4 pays 2 pays
• entre 51 et 60 MPM aucun 2 pays 2 pays 2 pays aucun
• plus de 60 MPM 4 pays 5 pays 5 pays 8 pays 1 pays

D’octobre 2022 à janvier 2023, respectivement 53 %, 60 %, 57 % et 56 % des pays ci-dessus avaient enregistré vingt morts ou moins par million d’habitants; en février 2023, cette proportion a soudainement grimpé à 81 %.

Références :
Covid-19 Coronavirus Pandemic
Données COVID-19 au Canada
Données COVID-19 au Québec

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés au Covid-19, veuillez cliquer sur ceci

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Roxham : problème ou solution ?

Publié le 24 février 2023 | Temps de lecture : 7 minutes

L’exemple polonais

De tous les pays membres de l’Otan, c’est la Pologne qui a accueilli le plus grand nombre de réfugiés ukrainiens, soit 1,4 million de personnes.

Des centaines de milliers de Polonais ont été chercher en auto les familles ukrainiennes qui se présentaient à la frontière pour leur offrir l’hospitalité. Si bien que l’immense majorité de ces réfugiés logent chez l’habitant.

Pour leur éviter de devenir un fardeau social, l’État polonais leur a aussitôt délivré les permis de travail nécessaires à leur insertion immédiate sur le marché de l’emploi. Ce qui a permis de combler dans ce pays la majorité des demandes pour du personnel non qualifié.

La scolarisation des enfants ukrainiens a permis à leurs parents de travailler. Et ces nouveaux contribuables ont eu accès au système de santé car des ouvriers en santé travaillent de manière plus efficace que s’ils sont malades.

Le résultat, c’est que la croissance économique de la Pologne a été de 4,9 % en 2022. C’est un des taux de croissance les plus élevés parmi les pays occidentaux. À titre de comparaison, ce taux fut de 2,6 % en France, de 2,2 % aux États-Unis, de 1,9 % en Allemagne, et de 1,1 % au Japon.

Le contre-exemple canadien

Le Québec a accueilli en 2022 près de soixante-mille immigrants, dont plus de 39 000 par le chemin Roxham.

Ces derniers représentent 99 % de tous les demandeurs d’asile au Canada.

le permis de travail

Dès leur arrivée en sol canadien, ces immigrants auraient pu, comme en Pologne, contribuer au développement économique du pays. Mais ils ne le peuvent pas en raison de la lenteur d’Ottawa à leur délivrer un permis de travail.

Selon Me Stéphan Handfield, avocat spécialisé en droit de l’immigration depuis trois décennies, les délais d’attente pour un permis temporaire sont actuellement autour de douze à quatorze mois.

Selon cet avocat, les services frontaliers possèdent les compétences et le pouvoir de livrer des permis de travail sur-le-champ. Il suffirait de leur donner des directives claires et simples : exigez la présentation d’une pièce d’identité, vérifiez s’il existe un mandat d’arrestation contre cette personne. Si tout est beau, donnez immédiatement un permis de travail de deux ans.

la répartition territoriale des demandeurs d’asile

Après leur avoir accordé sur-le-champ un permis temporaire de travail, Ottawa aurait pu laisser ceux qui parlent déjà français être pris en charge par le Québec et transporter les autres vers les provinces anglophones du pays.

C’est la suggestion que nous faisions sur ce blogue en septembre 2022.

Mais s’abstenant de le faire, Ottawa faisait en sorte que cet afflux de réfugiés dépasse la capacité de nos classes de francisation et contribue à l’anglicisation du Québec.

Il a fallu une lettre du premier ministre du Québec cette semaine pour qu’Ottawa apprenne officiellement que les organismes québécois d’aide aux réfugiés étaient débordés et qu’il était devenu impossible de trouver des appartements décents pour loger ces nouveaux venus.

Alors qu’Ottawa commence à peine à les répartir à travers le pays, des villes signalent déjà leurs difficultés à les recevoir. D’une crise québécoise, tout cela dégénère rapidement vers une crise canadienne.

Pour l’instant, on trouvera bien quelques hôtels désaffectés pour les loger aux frais des contribuables. Mais ce n’est plus qu’une question de temps pour que la crise du logement épuise toutes les capacités d’accueil au pays.

l’urgence de construire des logements sociaux

En principe, les logements sociaux ne sont pas destinés à loger les néoQuébécois; dans les faits, ils le sont partiellement en raison de la longue disette que leur fait subir l’incurie du fédéral à délivrer des permis de travail.

Mais dès qu’ils obtiennent ce document, l’immense majorité des demandeurs d’asile sont prêts à accepter les emplois qu’on leur offre. Même ceux pour lesquels ils sont surqualifiés. Voilà pourquoi ils ne demeurent pas longtemps sur l’assistance sociale.

En vertu du grand jeu de chaises musicales qu’est le marché locatif, il est important de construire des logements sociaux pour libérer des appartements qu’occuperont ces nouveaux travailleurs que sont les demandeurs d’asile. Parce que notre économie dépend d’eux.

Conclusion

Quand Ottawa ouvre les bras à tous les malheureux de la Terre, ce geste d’empathie s’avère irresponsable quand, au-delà des belles paroles, le pays a négligé de se doter des moyens de les accueillir.

L’exemple polonais nous enseigne que pour être digne de sa réputation surfaite, le Canada doit se doter en premier lieu d’une administration nationale compétente.

Puis il doit se doter des infrastructures d’accueil qui lui sont nécessaires. Ce qui implique que les demandeurs d’asile trouvent là où loger et n’en soient pas réduits à l’itinérance et au travail au noir.

En 2022, la croissance économique du Québec a été de 3,1 %. C’est mieux de bien des pays. Mais cette croissance aurait été encore meilleure sans le boulet des lenteurs administratives d’Ottawa.

En matière d’immigration, le gouvernement québécois n’est pas à l’abri de tout reproche. Mais tant que le Québec n’accèdera pas à l’indépendance, les défauts de son gouvernement ‘provincial’ s’ajouteront à l’incurie qui règne à Ottawa.

Références :
Chemin Roxham: Legault augmente la pression sur Trudeau
Des délais d’attente jusqu’en 2025: plus de 25 000 demandeurs d’asile sans permis de travail
Hausses de loyers abusives: plus de 100 000 logements abordables disparus au Québec en cinq ans
La Pologne passe la barre de 1 million de travailleurs étrangers
Le logement social à Vienne
Le Québec aurait franchi le cap des 300 000 immigrants temporaires
Pénurie de main-d’œuvre: et si on émettait des permis de travail à la frontière?
Roxham Inc.

Parus depuis :
Chemin Roxham : Windsor ne peut plus accueillir de nouveaux demandeurs d’asile (2023-02-28)
Pénurie de main-d’œuvre : il manquerait 18 000 travailleurs immigrants en région (2023-03-06)
50 infirmières prêtes à venir en Gaspésie, mais n’ont pas de logements (2023-03-08)
Des étudiants ne pourront pas étudier à Rimouski, faute de logements: du «jamais-vu» pour l’université (2023-05-23)
Malgré la fermeture du chemin Roxham, un nouveau record de demandeurs d’asile se profile (2023-08-01)
Le Canada ne peut pas loger plus d’immigrants (2023-08-08)
Fermeture du chemin Roxham: «Ça n’a pas donné grand-chose», admet le ministre Roberge (2023-11-10)
Plus de 144 000 demandes d’asile déposées au Canada l’an dernier, un record (2024-01-19)
Un sommet de passages clandestins, mais un creux de policiers à la frontière (2024-06-29)

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés au prix que nous payons pour appartenir au Canada, veuillez cliquer sur ceci.

Un commentaire

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les cinq pires séismes du XXIe siècle

Publié le 23 février 2023 | Temps de lecture : 2 minutes

Le plus violent tremblement de terre enregistré jusqu’ici est celui survenu au Chili au XXe siècle, plus précisément le 22 mai 1960.

D’une magnitude de 9,5 sur l’échelle de Richter, ce séisme et le tsunami qui l’a accompagné ont tué entre trois et six-mille personnes et causé deux millions de sans-abris, principalement au Chili.

Mais qu’en est-il depuis le début du présent siècle ?

Selon la National Oceanic and Atmospheric Administration des États-Unis, le séisme d’une magnitude de 7,8 qui a dévasté la Turquie et la Syrie le 14 février dernier est le cinquième en importance parmi ceux survenus depuis le début du siècle. Il a fait entre quarante et soixante-dix mille morts.

Au premier rang du palmarès des pires séismes du XXIe siècle figure celui survenu à Haïti le 12 janvier 2010. D’une magnitude de 7, il a tué plus de 300 000 personnes et fait 1,5 million de sans-abris.

Au deuxième rang se trouve celui du 26 décembre 2004 au large de Sumatra. D’une violence extrême (9,1 à l’échelle de Richter), il a causé un tsunami dont les vagues de trente mètres de haut ont balayé les côtes de plusieurs pays du Sud-est asiatique, causant 230 000 morts, dont 170 000 en Indonésie.

Au troisième rang, on trouve celui survenu le 12 mai 2008 dans la province du Sichuan, située dans le sud-ouest de la Chine. D’une magnitude de 7,9, il a causé 87 000 morts et 4,45 millions de blessés.

Au Cachemire, le 8 octobre 2005, un séisme d’une magnitude de 7,6 a fait plus de 75 000 morts et jeté à la rue 3,5 millions de personnes.

Références :
Échelle de Richter
Le séisme qui a tué plus de 39 000 personnes en Turquie et en Syrie est le cinquième le plus meurtrier du XXIᵉ siècle
Séisme de 1960 à Valdivia

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La Place des Vosges en noir et blanc

Publié le 22 février 2023 | Temps de lecture : 1 minute





 
Note : Cliquez sur une photo pour l’agrandir.

Détails techniques : Panasonic GH1 infrarouge à 720nm, objectif Lumix 14-42mm
1re photo : 1/125 sec. — F/5,6 — ISO 100 — 22 mm
2e  photo : 1/80 sec. — F/5,6 — ISO 100 — 25 mm
3e  photo : 1/50 sec. — F/5,6 — ISO 100 — 21 mm
4e  photo : 1/400 sec. — F/5,6 — ISO 100 — 24 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Roxham : les prières canadiennes adressées aux États-Unis

Publié le 22 février 2023 | Temps de lecture : 6 minutes

Le chemin Roxham vu des États-Unis

Le chemin Roxham est cette voie terrestre qui relie à pied le Québec à l’État de New York. Elle est empruntée annuellement par des dizaines de milliers de demandeurs d’asile.

L’admission au Canada de réfugiés en provenance des États-Unis est régie par l’Entente sur les tiers pays surs (ETPS), conclue entre ces deux pays en 2002.

Elle s’applique aux réfugiés qui se présentent à un des postes frontaliers officiels du Canada. S’ils accèdent au pays par un point d’entrée non officiel (comme le chemin Roxham), l’entente ne s’applique pas à eux.

Depuis des semaines, on nous répète l’importance de colmater cette faille de l’ETPS. De plus, on presse le premier ministre canadien d’aborder cette question lors de la visite du président américain au Canada prévue le mois prochain.

En réalité, les États-Unis se servent du Canada comme déversoir pour atténuer la crise migratoire à laquelle ils sont confrontés. Que le Canada aime cela ou non, il devra ronger son frein puisque nos voisins du Sud ne voient pas l’intérêt de revoir cette entente qui, renégocié ou non, ne changera rien à leur situation.

La défense de la frontière canadienne

Ottawa feint d’ignorer que les traités internationaux ne servent pas à protéger les frontières; ce qui protège les frontières, ce dont les douaniers et les garde-frontières… de préférence, armés.

Pour la personne qui veut échapper à la guerre, à la persécution, à la misère, ou pour celle qui souhaite tout simplement quitter un pays où ses enfants n’ont aucun avenir, les rêves sont irrépressibles.

Voilà pourquoi, au péril de leur vie, des millions de personnes entreprennent des odyssées au cours desquelles ils traverseront des pays ou des mers dans le but d’atteindre une terre où, selon la Bible, coulent le lait et le miel. C’est, dit-on, le cas du Canada.

Tous les pays au monde aimeraient que leurs demandeurs d’asile se présentent à un point d’entrée unique (officiel ou non). Ce qui leur éviterait de dépenser une fortune à la surveillance de la migration transfrontalière.

La frontière sud du Canada (ce qui exclut celle avec l’Alaska) est longue de 6 414 kilomètres. Elle est facilement franchissable d’un bout à l’autre.

Au lieu de passer par le chemin Roxham, si les demandeurs d’asile pénétraient au Canada de partout, il faudrait des milliers de garde-frontières.

Si ces agents sont distants d’un kilomètre, tout réfugié qui passerait au milieu de deux d’entre eux aurait, dès le départ, un demi-kilomètre d’avance.

Sans compter que le garde-frontière qui se lancerait à sa poursuite devrait alors quitter son poste et laisser un trou (de deux kilomètres de frontière sans protection) entre son collègue à l’ouest et celui à l’est.

Bref, à deux gardes par kilomètre, et à trois duos qui se relaient sur 24 heures, il en faudrait plus de 64 000 pour protéger la frontière canadienne.

Sans compter les pilotes des hélicoptères et les appareils de surveillance sophistiqués à acheter pour traquer les malfaiteurs.

À un salaire de seulement 60 000$ par année, c’est une somme de 3,8 milliards qu’il faudrait dépenser annuellement pour remplacer ce qu’une poignée de garde-frontières font au chemin Roxham. Et ce, à un cout dérisoire.

Et puisque la frontière canado-américaine sera toujours une passoire, peu importe les moyens qu’on consacrera à la protéger, aucun parti politique au pouvoir n’acceptera de porter le blâme des lacunes qu’on constatera à répétition.

Donc, ce que fera Ottawa, c’est de privatiser le contrôle des frontières. Comme la sécurité des aéroports américains était assurée par des agences privée avant les attentats du 11 septembre.

Pour le prix du contrat, l’agence de sécurité (probablement américaine) acceptera implicitement de servir de bouc émissaire pour les lacunes qui, inévitablement, surgiront.

Conclusion

Il y a douze ans, au sujet du blogueur Raïf Badawi (emprisonné en Arabie saoudite), le ministre des Affaires étrangères du Canada ne ratait jamais une occasion de dire qu’il était en discussion avec le ‘gouvernement’ (sic) d’Arabie saoudite et qu’il avait bon espoir qu’il serait libéré par ‘Sa Majesté’ (sic) le prince ben Salmane.

Finalement, Raïf Badawi a purgé l’intégralité de sa peine de dix ans d’emprisonnement et il est toujours incapable de quitter son pays.

L’échec diplomatique du Canada à l’égard de l’Arabie saoudite donne un avant-gout de son impuissance anticipée à forcer les États-Unis à aller à l’encontre de leurs intérêts; en vérité, chaque demandeur d’asile qui emprunte le chemin Roxham est un problème de moins pour les États-Unis.

Plutôt que d’affronter l’opinion publique et de travailler à convaincre les Canadiens que le chemin Roxham est un moindre mal et qu’une bonne partie de ces demandeurs d’asile seront utiles à l’économie canadienne, Ottawa a choisi de nous faire croire qu’il a le pouvoir de convaincre les États-Unis d’aller à l’encontre de leurs intérêts.

Références :
Chemin Roxham: Legault augmente la pression sur Trudeau
Chemin Roxham: Ottawa doute qu’un accord soit conclu lors de la visite de Joe Biden
Des délais d’attente jusqu’en 2025: plus de 25 000 demandeurs d’asile sans permis de travail
Le ministre François-Philippe Champagne, paillasson de l’Arabie saoudite
Le Québec aurait franchi le cap des 300 000 immigrants temporaires
Roxham Inc.

Parus depuis :
Déshabiller Roxham pour habiller l’aéroport Trudeau (2023-12-22)
Un sommet de passages clandestins, mais un creux de policiers à la frontière (2024-06-29)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Montréal en lumière 2023 (en infrarouge)

Publié le 20 février 2023 | Temps de lecture : 2 minutes
Prismaphonik sur l’esplanade de la Place des Arts
Vue du site d’ouest en est
Grande Roue vue de l’intérieur d’Iceberg

Après une première visite vendredi dernier, je suis retourné sur le site de Montréal en lumière le lendemain soir pour expérimenter la photo de nuit à l’infrarouge.

Pour que celle-ci se distingue d’une simple photo en couleur, il doit y avoir une souche de rayonnement infrarouge. Le jour, c’est simple; c’est le soleil.

Mais la nuit…

Dès le départ, j’ai dû renoncer à utiliser les trois filtres de l’infrarouge Rose bonbon car ils assombrissaient trop l’image.

Dans les photos ci-dessus, seul un filtre bleu Hoya C12 a été utilisé.

Dans la première de cette série, la colonnade de la Place des Arts est teintée rose. Ce qui prouve que même la nuit, certaines sources lumineuses émettent du rayonnement infrarouge (partiellement bloqué par le filtre d’Hoya).

Toutes ces photos manquent de netteté comme si le stabilisateur d’image de mon appareil n’avait pas fonctionné. En dépit de ce défaut, j’aime bien le résultat.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 infrarouge à spectre complet, objectif PanLeica 8-18mm + filtre bleu Hoya C12
1re photo : 1/40 sec. — F/3,2 — ISO 6400 — 10 mm
2e  photo : 1/25 sec. — F/4,0 — ISO 6400 — 18 mm
3e  photo : 1/50 sec. — F/3,2 — ISO 6400 — 11 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Victoire éclatante des États-Unis dans la Guerre des ballons chinois

Publié le 19 février 2023 | Temps de lecture : 5 minutes

Introduction

Il y a quelques jours, les États-Unis et le Canada ont utilisé des missiles AIM-9X Sidewinder (au cout unitaire de 400 000 dollars) pour abattre quatre ballons à la dérive au-dessus de l’Amérique du Nord.

Depuis le 2 février, les États-Unis et la Chine se renvoyaient la balle, sinon le ballon; les premiers accusant la seconde d’utiliser ces ballons pour l’espionner alors que cette dernière accusait l’autre d’hystérie au sujet, disait-elle, de simples aérostats météorologiques déviés leur course par des courants atmosphériques.

L’espionnage

Depuis des siècles, les grandes puissances s’épient mutuellement.

Les premières utilisations de l’espace à des fins d’espionnage militaire sont survenues dès la naissance de la conquête de l’espace, à la fin des années 1950.

De nos jours, les grandes puissances de ce monde (dont la Chine) utilisent des centaines de satellites-espions qui épient la planète.

Pourquoi la Chine utiliserait-elle des ballons soumis aux caprices du vent pour espionner (comme on le faisait au XVIIIe siècle) alors que ses 260 satellites-espions peuvent effectuer des trajectoires précises au-dessus de bases militaires ennemies ?

En 2013, Edward Snowden révélait que les cinq pays à majorité anglo-saxonne — les États-Unis, la Grande-Bretagne, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande — avaient mis sur pied un vaste réseau satellitaire qui enregistre et sauvegarde tous nos textos, tous nos courriels et tous nos appels téléphoniques.

La banalité des ballons

Le journaliste Normand Lester publiait mercredi dernier un article où il recensait l’utilisation des ballons atmosphériques.

Chaque année, plus de cinquante-mille ballons sont lâchés dans la stratosphère (au-delà de 50 km d’altitude) par la National Weather Service des États-Unis.

L’Agence spatiale canadienne permet à des étudiants universitaires d’effectuer des expériences scientifiques à l’aide de ballons stratosphériques géants. En 2021, des étudiants de Polytechnique et de l’université Queen’s ont obtenu cette permission.

Au Texas, la Columbia Scientific Balloon Facility lance à 36,5 km d’altitude des ballons de 120 mètres de diamètre, également à des fins de recherche.

La raison invoquée pour abattre les ballons chinois est qu’ils comportaient un risque de collision pour les avions commerciaux. Ceux-ci circulent à une altitude inférieure à 12 km. Ce qui était le cas du quatrième ballon abattu; il voyageait à environ 6 km d’altitude. Les autres à plus de 12 km.

La paranoïa, arme politique

La paranoïa médiatique entourant ces incidents tire sa source dans la polarisation de la politique américaine; depuis deux semaines, les élus républicains et les médias qui relaient leur propagande ont utilisé cet incident pour tenter de dépeindre Joe Biden comme un président faible face à la menace chinoise.

Vue du Canada, cette bulle médiatique devrait nous paraitre risible. Pourtant, nos médias nous en ont parlé comme si nous étions effectivement au bord d’un affrontement cataclysmique entre les États-Unis et la Chine.

À défaut de correspondants à l’Étranger (sauf pour Radio-Canada), nos médias comptent sur les dépêches émises par des agences de presse pour s’approvisionner en nouvelles internationales. Or toutes ces agences répètent de la propagande américaine.

Résultat : insupportable aux yeux de la Chine, l’humeur belliqueuse des États-Unis motive encore plus celle-ci à aider secrètement la Russie en Ukraine.

La nouvelle théorie des dominos

Que ce soit la cybercriminalité russe, la guerre en Ukraine, les lacunes de nos défenses nordiques, la menace d’une invasion chinoise à Taïwan, toutes ces nouvelles ont une chose en commun; le message selon lequel nous sommes menacés de toutes parts.

Depuis un an, nous sommes passés de la confiance triomphaliste — « Nous jetterons l’économie russe par terre.» — à la plus vive inquiétude; « Si l’Ukraine tombe, l’Europe tombera tout entière aux mains de la Russie et l’ordre mondial s’effondrera

Entre les deux, la peur de manquer d’énergie aura convaincu les Européens de leur vulnérabilité.

En faisant flèche de tout bois et en exagérant la puissance militaire de la Russie — qui, rappelons-le, peine à conquérir l’Ukraine — le message subliminal qui nous est répété quotidiennement est le suivant : il est essentiel de consentir à acheter beaucoup plus d’armement américain.

Ce qui signifie qu’il faudra réduire notre ambition à verdir notre économie, à corriger les lacunes béantes de notre système de santé et de notre système scolaire, à investir dans le logement social et le transport en commun, etc.

Voilà comment s’amorce la fabrication du consentement politique en faveur d’un investissement massif en dépenses militaires.

Références :
Ballon abattu : Pékin a refusé un appel téléphonique avec le chef du Pentagone
Des ballons, en veux-tu? En v’là!
Edward Snowden
Incident des ballons chinois de 2023
La fabrication du consentement politique : un exemple américain
Le ballon-espion chinois a profité des « angles morts radar », indique le NORAD
Plouf, le missile à 400.000 dollars: comment les Américains ont traqué les « objets » volants

Parus depuis :
Le FBI espionne encore régulièrement les communications d’Américains (2023-05-19)
Protection de données : une amende de 1,75 milliards $ pour Meta, un record en Europe (2023-05-22)
Le ballon chinois ayant survolé les États-Unis n’aurait pas récolté d’informations (2023-06-29)

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Écrit par Jean-Pierre Martel