La responsabilité de l’attentat terroriste au Métropolis

Publié le 11 septembre 2012 | Temps de lecture : 5 minutes
Funérailles de Denis Blanchette

Préambule

À l’époque où j’étudiais à l’université de Montréal, je m’étais assis un jour à la table d’un de mes professeurs. Ce dernier — dont je ne me rappelle plus du nom — avait les traits et la peau pigmentée des peuples du sous-continent indo-pakistanais.

Nous avions été rejoints par un de ses amis. Très tôt, ce dernier s’était lancé dans une tirade hostile à mon égard, me reprochant — en tant qu’Occidental blanc — d’avoir profité et d’être complice (donc responsable) de l’impérialisme anglais qui avait tant humilié, pillé, et torturé son peuple.

Étudiant, j’étais plutôt nationaliste. Il m’apparaissait donc étonnant qu’on puisse m’accuser des méfaits de l’impérialiste britannique. Estomaqué par l’accusation, je n’avais rien trouvé à lui répondre : pour moi, l’incident se résumait à un manque de politesse, de la part d’une personne frustrée.

Dès cette époque et depuis ce temps, j’ai toujours refusé de porter quelque responsabilité que ce soit dans les méfaits commis par des inconnus avec lesquels je partage certaines caractéristiques. Ce n’est pas parce que je suis homme, blanc, et francophone, que je mérite d’être blâmé par un crime commis par un autre homme, un autre blanc ou un autre francophone. Lui c’est lui, et moi c’est moi.

Voilà pourquoi j’ai toujours été complètement imperméable au discours de certaines féministes à l’effet que tous les hommes seraient des irresponsables, des violeurs potentiels, et des abuseurs-nés. Et j’ai toujours fait la sourde oreille à ceux qui voudraient me convaincre que je suis complice de tous les abus contre lesquels je ne m’élève pas.

C’est donc avec un manque total de sympathie que j’ai lu les thèses de ceux qui cherchent à trouver des responsabilités collectives à l’attentat terroriste au Métropolis.

C’est la faute des autres

Dans mon billet du 7 septembre, j’ai déjà parlé de la thèse stupide d’un ex-ministre libéral à l’effet que les Péquistes « ont couru après ».

D’autre part, sous le prétexte que le tireur au Métropolis était non seulement anglophone, mais se prétendait être le bras armé du réveil des Anglophones, certains y voient une responsabilité de ces derniers ou de leurs institutions. À mon avis, une telle accusation relève de la chasse aux sorcières.

C’est ainsi que la Société Saint-Jean-Baptiste blâme les média canadiens-anglais de diffuser des commentaires haineux de lecteurs qui ne se gênent pas de faire des parallèles entre le mouvement indépendantiste et les mouvements fascistes, voire néo-nazis. Malheureusement, la SSJB elle-même est bien connue pour ses excès langagiers comme l’accusation lancée à tous les députés québécois au gouvernement fédéral d’être des « traîtres ».

Et puisqu’il y a probablement aussi des déséquilibrés chez les partisans de l’indépendance du Québec, que dirait la SSJB si l’attentat avait été perpétré par l’un d’eux contre un rassemblement libéral ou caquiste ?

C’est de notre faute

À l’autre extrémité du spectre des opinions, ils y a les « auto-flagellateurs » c’est-à-dire ceux qui croient que nous portons tous la responsabilité de cet attentat.

Le philosophe Nicolas Lévesque déclare : « Le délire de cet homme n’aurait pas pris cette forme-là si le Québec était une société où on pouvait vraiment discuter. Nous sommes tous responsables : les intellectuels qui n’osent prendre leur place, les médias qui ont abandonné les idées, les gouvernements, les universités, les Québécois qui n’osent plus discuter à table.»

Prétendre que tout le monde est responsable, cela revient à dire que personne ne l’est véritablement.

Si la responsabilité de tous les crimes sur Terre sont la faute des collectivités humaines dans lesquels ces crimes sont perpétrés, les criminels sont alors des marionnettes dont les comportements ne sont que la conséquence d’un avilissement dont toute la société est responsable. Et leurs victimes ne sont que les cibles aléatoires de leurs bourreaux.

Quelle conception masochiste du monde…

Conclusion

Pour moi, les choses sont simples. Il y a une cible : un rassemblement de sympathisants péquistes. Il y a un tueur, un mort et un blessé. C’est tout. Si d’autres attentats surviennent, on cherchera des similitudes, des causes communes et des solutions. Mais pour l’instant, on ne cherchera pas à tirer des lois générales d’un fait particulier.

Les média anglophones ne sont pas responsables. Les Anglophones du Québec ne sont pas responsables. La société québécoise n’est pas responsable. Je ne suis pas responsable et vous ne l’êtes pas non plus. Pour l’instant, seul le tueur l’est. Dans quelle mesure est-il lui-même responsable de ses actes ? C’est ce que son procès nous révélera.

Au-delà du tueur, tout au plus pourra-t-on blâmer les lacunes de la protection de Mme Marois par la Sécurité du Québec.

Références :
Attentat au Métropolis: la SSJB pointe les médias anglophones
L’aveuglement partisan d’un imbécile
Lettre – Nous ne sommes pas tous responsables
«Nous sommes tous responsables» de l’attentat du Métropolis

Paru depuis : Au Métropolis, une police de pee-wee (2022-12-02)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’aveuglement partisan d’un imbécile

Publié le 7 septembre 2012 | Temps de lecture : 4 minutes
Funérailles de Denis Blanchette

Il y a des jours où je me rends compte que je ne devrais pas consulter les journaux.

Je suis furieux. Je viens de lire les commentaires de l’ex-ministre libéral Serge Simard relativement à la tuerie au Métropolis.

L’ex-ministre, qui s’est déjà fait remarqué pour avoir félicité le maire de la ville de Saguenay pour ses propos xénophobes, a accusé le Parti Québécois d’être responsable de la mort cette semaine de Denis Blanchette au Métropolis.

Sa déclaration exacte est : « Les derniers mois, on a cultivé la violence et certains partis à l’Assemblée nationale ont favorisé la violence. Ça, c’est regrettable parce que, regardez qu’est-ce que ça fait; ça amène des individus qui ont des difficultés mentales à poser des gestes semblables à ceux qui ont été posés.»

Si nous avions affaire ici à un partisan péquiste qui avait tenté de faire bruler vif des centaines de partisans libéraux, je comprendrais la réaction de l’ex-ministre. Mais ce n’est pas le cas. Pas plus que la tuerie à l’Assemblée nationale en 1984 n’était causée par un Indépendantiste.

Puisque l’ex-ministre y fait allusion, parlons de la violence de la crise étudiante. Ce conflit social est né d’une hausse substantielle des frais de scolarité décrétée dans le dernier budget du gouvernement Charest.

Cette mesure ne découle pas d’une promesse électorale explicite. Il ne s’agit donc pas d’un choix de société — c’est-à-dire d’un mandat que le peuple a confié au Parti libéral, réélu sur la base de cette promesse — mais simplement d’un choix budgétaire.

Peu importe la valeur et la pertinence de cette décision, un choix budgétaire n’est qu’un choix budgétaire. Rien ne justifie que l’État s’entête et provoque un chaos social à moins que la survie de la Nation passe absolument par la mise en œuvre de cette mesure, ce qui n’est pas le cas ici.

Le Parti libéral a été élu en 2008 par 42% des votes exprimés lors d’un scrutin dont le taux de participation n’était que de 57%; conséquemment, seulement 24,6% des citoyens adultes ont donc voté pour cette formation politique (comme 23,8% de ces derniers ont voté pour le PQ mardi dernier).

Aveuglé le succès de sa stratégie électorale et heureux d’être enfin majoritaire à l’Assemblée nationale, le gouvernement Charest a oublié l’essentiel : la faible caution populaire qui le privait de l’autorité morale de chambarder quoi que ce soit.

Plutôt que de reculer — comme il l’a fait dans le dossier aujourd’hui oublié de la privatisation du Mont-Orford — le gouvernement s’est entêté et à répondu à la bruyante désobéissance civile des étudiants en déchaînant les pouvoirs répressifs de l’État.

Loin de moi l’idée d’excuser les méfaits commis à l’occasion des protestations étudiantes. Mais le gouvernement Charest porte une lourde part de responsabilité dans le climat social qui s’est installé au Québec depuis quelques temps.

Même le port symbolique d’un petit carré de tissus coloré représentait à ses yeux un geste subversif et un acte violent. Et dans sa rhétorique belliqueuse, l’État s’en prenait verbalement — non pas aux Témoins de Jéhovah et aux Communistes, comme sous le gouvernement de Maurice Duplessis — mais aux « Carrés rouges » et aux anarchistes. Sans le pouvoir rassurant des tribunaux, le Québec aurait reculé 60 ans en matière de droits civiques.

C’est donc pour moi un sujet de scandale qu’un ex-ministre xénophobe, répudié par ses électeurs, ait l’audace de tenter d’excuser un acte terroriste commis une fois de plus par un défenseur armé de l’unité canadienne, et tente de récupérer cet attentat à des fins politiques par un raisonnement aussi tortueux que faux.

Références :
Affaire de la privatisation du Mont-Orford
Attentat au Métropolis : la SSJBM met en cause la presse anglophone
Denis Lortie
Serge Simard salue le courage du maire Jean Tremblay

Sur le même sujet : La responsabilité de l’attentat terroriste au Métropolis

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Interprétation des résultats du scrutin québécois de 2012

Publié le 6 septembre 2012 | Temps de lecture : 5 minutes

Le pragmatisme de l’électeur

L’opinion favorable selon laquelle le gouvernement Charest a bien géré l’économie québécoise est tellement ancrée dans l’esprit des Québécois, que le Parti libéral aurait été très certainement reporté au pouvoir mardi dernier s’il n’avait pas subi la concurrence d’un autre parti fédéraliste (la Coalition avenir Québec).

Pourquoi un si grand nombre d’électeurs préfèrent-ils voter pour un parti corrompu à l’os ? Tout simplement parce qu’ils croient qu’ils y ont personnellement intérêt.

La corruption représente toujours une injustice envers l’entrepreneur honnête et un gaspillage des fonds publics parce qu’elle limite la concurrence au bénéfice des contributeurs à la caisse du parti au pouvoir. Toutefois, pour de nombreux électeurs, ce jugement moral défavorable ne fait pas le poids devant des considérations pragmatiques.

Lorsqu’un parti au pouvoir est en mesure de prouver aux contribuables qu’ils deviendront riches s’ils acceptent de fermer les yeux sur des petites pratiques moralement discutables, beaucoup d’entre eux préféreront ne pas s’en offenser.

En somme, contrairement au scandale des commandites, la corruption libérale a été commercialisée comme un mal bénéfique à chacun d’entre nous. Comme s’il s’agissait de payer des honoraires nous permettant de bénéficier de l’expertise de gestionnaires hors du commun. On doit donc reconnaître ici le génie des stratèges libéraux.

Le silence étonnant du Parti québécois

À aucun moment important de la campagne électorale, le Parti québécois n’a critiqué le bilan économique du gouvernement Charest. Comme si le PQ lui-même était d’accord pour reconnaître que le Parti libéral avait fait un bon travail. Or la perception qu’ont les électeurs du bilan économique des Libéraux était la clé du pouvoir pour le PQ.

Seule la CAQ a présenté l’envers de la médaille. Mais sa voix n’a pas été entendue parce qu’elle ne fut relayée par personne. De plus, j’ai été estomaqué d’entendre le président de cette formation politique faire tout un drame d’une paire de billets de spectacle donné par un entrepreneur véreux à une ministre libérale alors que par exemple, un contributeur à la caisse du parti libéral a obtenu sans appel d’offres une série de contrats totalisant 360 millions$ — vous avez bien lu : un tiers de milliards$ sans appel d’offres — pour obtenir 120 place pendant 25 ans dans un foyer pour personnes âgées situé dans la région de Québec.

Madame Marois a bien souligné qu’en tant que ministre des Finances d’un gouvernement péquiste, elle avait présenté en 1999 un budget qui dégageait un surplus de 500 millions$. Mais qu’en est-il du bilan global du gouvernement Charest ? Pas un mot de la part du PQ.

Si le PQ est incapable de dire fièrement que la croissance économique du Québec a dépassé la moyenne canadienne au cours de neuf des dix dernières années du gouvernement péquiste de Lucien Bouchard et de Bernard Landry, qui le dira ?

Par contre, si le PQ ne souligne pas que sous les Libéraux de Jean Charest, la croissance économique du Québec a été inférieure à la moyenne canadienne de 2003 à 2008, comment les Québécois l’apprendront-ils ? Et la belle performance de 2008 à 2011 dont se vante M. Charest (4,7% au Québec vs 3,5% pour l’ensemble du pays), qui dira que cet avantage d’un pour cent sur trois ans (0,3% annuellement) n’a pas été suffisant pour réparer les dommages subis de 2003 à 2008 ? Pas le PQ, apparemment.

Pourtant, c’est ce qui a fait chuter le Québec du quatrième rang canadien en 2003, à l’avant-dernier rang du pays actuellement (devant l’Île-du-Prince-Édouard) quant au revenu disponible par personne (comme le soulignait si justement la CAQ).

Au cours de la récente crise économique, la Caisse de dépôt et de placement a perdu 25% de la valeur de ses actifs, comparativement à 18,4% pour la moyenne des grandes caisses de retraite canadiennes. C’est une perte de 40 milliards$ de nos épargnes en vue de notre retraite. Cette perte colossale, apparemment, n’émeut pas le PQ.

Lorsque la Parti libéral a pris le pouvoir en 2003, le portefeuille de la Caisse comprenait 20% d’actions québécoises (si ma mémoire est bonne). En 2007-2008, cette proportion avait chuté à 12%. Des milliards$ de nos épargnes servaient à créer des emplois ailleurs qu’au Québec. Pourquoi ? Parce que la caisse préférait spéculer sur les rendements extraordinaires du « papier commercial » plutôt que ceux plus faibles des entreprises d’ici. Au moment de la crise, la Caisse possédait à elle seule le tiers de tous les titres toxiques détenus au Canada (13 milliards$ sur 30 milliards$). Je ne peux pas croire que le PQ n’y voit pas matière à scandale et si oui, pourquoi elle n’a pas cru bon le rappeler aux électeurs.

Conclusion

Du strict point de vue économique, le gouvernement Charest est le plus incompétent que le Québec ait connu depuis quarante ans. Mais en l’absence de critiques à ce sujet, un nombre appréciable d’électeurs ont pensé qu’il était dans leur intérêt de voter pour le Parti libéral. Conséquemment, le PQ a été élu à la tête d’un gouvernement minoritaire.

Faut-il s’en étonner ?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le gouvernement à l’essai

Publié le 5 septembre 2012 | Temps de lecture : 7 minutes


 
Tout comme le Parti libéral en 2008, le Parti Québécois a été porté hier au pouvoir par une minorité de l’électorat. Il y a quatre ans, Jean Charest avait recueilli 42,8% des voix : hier Pauline Marois a obtenu 31,9% des voix.

Lorsqu’on tient compte du taux de participation (57,4% en 2008 et 74,6% hier), le Parti libéral avait formé un gouvernement majoritaire avec l’appui de 24,6% des personnes aptes à voter, alors que le Parti québécois formera un gouvernement minoritaire grâce à 23,8% de la population adulte.

PQ PLQ CAQ QS etc.
2012 – Pourcentage des votes 31,9% 31,2% 27,1% 6,0% 3,8%
2012 – Pourcentage de l’électorat 23,8% 23,2% 20,2% 4,5% 2,8%
2008 – Pourcentage des votes 35,2% 42,8% 16.4% 3,8% 1,9%
2008 – Pourcentage de l’électorat 20,2% 24,6% 9,4% 2,2% 1,1%

Note : dans le tableau ci-dessus les données dans la colonne de la CAQ sont celles de la CAQ (en 2012) et de l’ADQ (en 2008).

 
Diriger un gouvernement minoritaire, ce n’est pas ce que souhaitait le PQ, mais c’est la meilleure chose qui pouvait lui arriver dans le contexte actuel.

Le PQ stagne aux alentours de 33% dans les intentions de vote dans toutes les élections générales depuis une décennie. Tout au long de la récente campagne électorale, le PQ a fait du surplace. On peut même dire que sans la CAQ, le Parti libéral aurait été réélu hier soir.

La raison est simple. La grande majorité des Québécois sont en faveur du maintien du Québec au sein de la fédération canadienne. Les mois qui viennent sont une occasion pour le PQ d’apprivoiser les Québécois, très majoritairement fédéralistes, donc méfiants à l’égard d’un parti indépendantiste.

Parce que le talon d’Achille du PQ, c’est l’empressement. Si le PQ s’était retrouvé à la tête d’un gouvernement majoritaire, ses militants les plus ardents l’auraient pressé à s’engager dans des réformes controversées qui auraient handicapé sa réélection au scrutin d’après.

Mais un gouvernement minoritaire est un gouvernement condamné à se faire aimer. S’il est vrai que ses adversaires politiques ont intérêt à ce qu’il se trompe, ils n’ont pas intérêt à voter en faveur de ses erreurs.

Il est donc prévisible que les projets de loi adoptés l’Assemblée nationale seront des mesures aimables, susceptible de rallier malgré eux les adversaires politiques du gouvernement.

Ce gouvernement n’imposera le bâillon que pour les raisons pour lesquelles cette mesure draconienne a été conçue, soit pour faire taire une minorité bruyante qui fait obstacle à l’intérêt national et à la volonté du peuple.

Un allié libéral de mauvais gré

Le sort de ce gouvernement minoritaire péquiste sera facilité par une opposition officielle décapitée. Tant que le Parti libéral n’aura pas trouvé un successeur à M. Charest (battu dans son propre comté), cette formation politique n’a pas intérêt à provoquer la chute du gouvernement et conséquemment, à déclencher des élections précipitées.

Le Parti libéral devra condamner les mesures gouvernementales… tout en votant pour elles à chaque fois que le gouvernement transformera le projet de loi en une motion de confiance. Rappelons qu’un projet de loi se transforme en motion de confiance lorsque le gouvernement menace à l’avance de démissionner si un projet de loi devait être rejeté par l’Assemblée nationale.

On peut imaginer la frustration des députés libéraux au cours des mois qui viennent à chaque fois que cela se produira.

S’il est habile, le gouvernement actuel s’empressera à accorder l’immunité aux personnes qui voudront témoigner à la Commission Charbonneau (sur la corruption dans l’industrie de la construction). Jusqu’ici, les témoins qui nomment des personnes ou des entreprises à cette Commission, s’exposent à être poursuivies pour diffamation. Avec un projet de loi qui garantit l’immunité des témoins, les langues se délieront.

Pour favoriser l’adoption d’un tel projet de loi, le gouvernement Marois pourra compter sur l’appui de la Coalition avenir Québec (deuxième parti d’opposition), heureuse de contribuer au déclin du Parti libéral et d’augmenter ainsi sa popularité à ses dépens.

D’ici à ce que Mme Marois se sente suffisamment confiante pour déclencher de nouvelles élections afin d’obtenir un mandat majoritaire, le gouvernement péquiste pourra donc compter sur une opposition officielle qui collaborera officieusement avec elle par dépit.

La CAQ, un trésor à piller

Aucun parti politique n’a le monopole des bonnes idées. Le PQ serait sage de regarder attentivement les promesses électorales de ses rivaux pour y voir des mesures à adopter.

Je l’ai dit et je le répète : la promesse de la CAQ de donner un médecin de famille à chaque québécois est une de ses bonnes idées.

Il est inconcevable que le quart de la population québécoise soit privé de l’accès à des soins de première ligne et, conséquemment, doive choisir entre endurer son mal ou attendre des heures pour être soigné à l’urgence d’un hôpital ou dans une clinique sans rendez-vous. La promesse de la CAQ respecte un droit fondamental : celui du droit à la santé.

L’idée de forcer chaque médecin à prendre en charge un nombre fixe de 1 000 patients était simpliste mais l’intention de fond était louable. En réalité, il faut que l’État s’entende avec la corporation professionnelle et les syndicats de médecins pour augmenter la charge de travail moyenne des omnipraticiens de manière à ce que tout le monde ait accès à un médecin de famille, prévoir un pourcentage minimal de rendez-vous consacrés aux urgences et adopter des mesures accessoires — plus précisément la délégation d’actes — qui permettent d’alléger la tâche des médecins et d’éviter d’allonger les délais pour obtenir un rendez-vous.

Bref, réaliser les meilleures promesses des partis rivaux est un moyen de les priver de munitions lors d’un prochain scrutin et de diminuer les raisons de voter pour eux.

Mme Marois pourrait aussi songer à la possibilité de répéter le coup d’éclat du Premier ministre Robert Bourassa qui, en 1970, avait nommé Jean Cournoyer, ministre du travail quelques mois plus tôt dans le gouvernement d’un parti rival, à ce même poste dans son propre cabinet nouvellement élu.

La Première ministre pourrait donc offrir un poste ministériel à certaines vedettes caquistes. Ceux-ci auront le choix entre réchauffer les bancs de la deuxième opposition officielle et souffrir de son manque de visibilité ou, dès maintenant, travailler au progrès du Québec dans un gouvernement d’union nationale.

S’ils sont en nombre suffisant, ces transfuges pourraient même donner au PQ ce qui lui manque pour former un gouvernement majoritaire.

Conclusion

Privés du mandant de s’aventurer dans des réformes importantes, les gouvernements minoritaires représentent des gouvernements faibles, condamnés à se faire aimer du peuple ou à disparaitre.

Pour diriger l’État en dépit des pièges qui leur tendent leurs ennemis, ces gouvernements doivent faire preuve d’habilité et de diplomatie afin d’unir la population derrière eux et ainsi faire hésiter ceux qui voudraient replonger le Québec dans une nouvelle élection.

De tous les partis politiques, le PQ est celui qui possède le plus de gens dont l’intelligence, l’habilité et la ruse sont capables de lui permettre de naviguer dans les eaux tortueuses d’un gouvernement minoritaire.

Les mois qui viennent s’annoncent donc très intéressantes pour ceux qui s’intéressent à l’actualité politique au Québec.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les résultats imprévisibles de l’élection québécoise du mardi 4 septembre 2012

Publié le 1 septembre 2012 | Temps de lecture : 5 minutes

Lorsque le Parti québécois a été élu pour la première fois en 1976, les Québécois francophones étaient sous le choc d’un fait divers qui avait passionné l’opinion publique.

Dans les mois qui avaient précédé cette élection, on avait appris que la Canadian Air Transport Security Authority (c’est-à-dire la régie fédérale des transports aériens) avait émis une directive interdisant à un pilote et à un contrôleur aérien, tous deux francophones, de se parler en français entre eux. Les contrevenants s’exposaient à des pénalités et, ultimement, au congédiement. Je crois comprendre que, de nos jours, cette pratique est universelle : les communications dans le transport aérien international se font toujours en anglais, même en France. Je compte sur les lecteurs européens de ce blogue pour me corriger si je me trompe.

Mais à l’époque, ce sujet déchaînait l’opinion publique. Si bien que le PQ était alors porté au pouvoir sur la vague du mécontentement que cette « discrimination » provoquait.

Depuis quarante ans, la proportion de citoyens favorables à l’indépendance du Québec oscille entre le tiers et le quart de la population. Si le PQ a gagné plusieurs élections depuis ce temps, c’est que cette formation politique garantissait à chaque fois que le scrutin portait exclusivement sur sa compétence à gouverner et qu’elle promettait que tout projet d’indépendance serait soumis spécifiquement à l’approbation ou au rejet populaire.

En 1995, 49,5% des Québécois finissaient par voter « oui » à une question référendaire alambiquée, à la suite d’une période intense de propagande et de propos rassurants à l’effet qu’un « oui » ne donne le feu vert qu’à un processus de négociation qui, en cas d’échec donnerait suite à un deuxième référendum, décisionnel cette fois-là.

Depuis une décennie, le PQ stagne aux alentours de 33% dans les intentions de vote de toutes les élections générales.

Cette fois-ci, les sondages indiquent que le PQ est en tête tout simplement parce que le vote fédéraliste, très majoritaire, est divisé entre la CAQ et le Parti libéral en décomposition. Si les électeurs n’avaient le choix qu’entre le PQ et le Parti libéral, une majorité de Québécois voteraient probablement libéral en se bouchant le nez.

À l’heure actuelle, le PQ a fait le plein de tous les indépendantistes qui, par choix ou par dépit, votreront pour cette formation politique. À quelques jours du vote, le quart des électeurs sont indécis. Mais qui sont-ils ?

Ils sont fédéralistes, n’ont pas suivi les débats télévisés, sont peu instruits et craignent le changement.

Une minorité d’entre eux sont indécis parce que cela est dans leur nature. Dès leur réveil, on les imagine hésitants entre se lever ou rester couchés. Alors on peut imaginer le choix déchirant que sera pour eux d’aller voter.

Quant au reste, ils ont le profil du fidèle électeur libéral qui ne s’est pas encore résigné à changer de parti et qui se déclare indécis parce qu’il a honte d’avouer sa préférence. Si tel est le cas, on peut deviner que dans l’isoloir, ils auront tendance à voter pour le parti le plus près idéologiquement du Parti libéral, soit la CAQ. En effet, la CAQ, c’est le Parti libéral javellisé.

D’ici au scrutin, le Parti Québécois n’a pas grand chose à gagner à poursuivre ses appels à l’unité des indépendantistes : depuis quarante ans, il est impossible de prendre le pouvoir en ne s’appuyant que sur le vote indépendantiste.

Si Mme Marois veut devenir la première Première ministre, il lui faudra élargir sa base électorale aux fédéralistes et souligner ce que tout le monde devrait savoir — mais sur lequel Mme Marois n’a pas beaucoup insisté — soit qu’un vote péquiste est simplement un vote en faveur d’un gouvernement compétent et responsable. Si elle échoue, cette élection pourrait lui réserver des désagréables surprises.

En effet, il faut se méfier des sondages qui répartissent le vote des indécis comme s’ils allaient voter comme le reste de la population. Après les appels au vote caquiste d’à peu près tous les quotidiens du Québec (sauf Le Devoir), les indécis pencheront certainement plutôt vers la CAQ.

Les indécis qui songent à voter pour le Parti québécois constituent probablement moins du cinquième de l’ensemble de ceux qui hésitent encore. Mais dans la présente élection, chaque vote compte.

Motiver ceux qui pourraient voter péquiste à passer à l’acte est d’autant plus facile que s’il est élu, le PQ sera certainement à la tête d’un gouvernement minoritaire, c’est-à-dire d’un gouvernement dont les politiques seront mises en échec à chaque fois qu’elles ne réussiront pas à rallier l’un ou l’autre des deux autres grands partis que sont la CAQ et le Parti libéral.

Cette présence « rassurante » pourrait bien motiver certains indécis à voter péquiste mardi prochain si Mme Marois a l’habilité d’utiliser cet argument.

Sur le même sujet : Interprétation des résultats du scrutin québécois de 2012

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le vote décisif des 18 à 24 ans

Publié le 26 août 2012 | Temps de lecture : 4 minutes

Plus tôt cette année, lors d’une élection partielle, le Parti Québécois a ravi le bastion libéral d’Argenteuil avec seulement 35% des votes; c’est le résultat de la fonte de la majorité libérale par la Coalition avenir Québec (33% PLQ et 21% CAQ).

Dans l’ensemble de la province, la CAQ a gagné de nombreux partisans en grugeant la clientèle libérale. De fait, qui peut dire la différence entre la « réingénierie de l’État », promise en 2003 par les Libéraux, et la promesse actuelle de la CAQ de « faire le ménage » dans l’appareil de l’État ? Idéologiquement, la CAQ, c’est le Parti libéral javellisé.

Or ce dernier est en mauvaise posture. L’autobus de monsieur Charest se dirige pleine vitesse vers le mur bétonné de la réprobation populaire. Ses thèmes néo-duplessistes de la peur des Carrés rouges et de l’anarchie sont tombés à plat avec une rentrée scolaire sans incident. Le Plan Nord, cette idée pharaonique de transformer la toundra québécoise en goulag nordique au prix de 40 à 63 milliards$ n’a pas suscité l’enthousiasme populaire non plus. Avec des minières si ouvertement empressées à faire transformer le minerai à l’étranger et conséquemment, à ne créer que le minimum d’emplois au Québec, la population ne perçoit ces compagnies que comme de gros citrons à presser.

Le Parti libéral conserve de nombreux appuis dans la communauté anglophone, reconnaissante pour l’application imperceptible de la Loi 101, la légalisation des écoles passerelles, et les cours d’anglais aux immigrants alors que les cours de français leur ont été supprimés (sauf en entreprise).

La région de Québec était aussi un bastion libéral. Il semble acquis que la CAQ y fera une percée importante en surfant sur la rhétorique hostile à l’État que diffusent depuis des années les influenceurs radiophoniques de la vieille capitale. En 2008, le Parti libéral y avait gagné presque tous les comtés avec 39,5% des votes. Présentement, 46% des électeurs de cette région s’apprêtent à voter pour la CAQ. Un véritable tsunami politique mettra donc à la retraite tous (ou presque tous) les députés libéraux de la région.

Partout au Québec, les rats quittent le navire libéral. D’anciens organisateurs politiques suggèrent de voter pour la CAQ afin d’empêcher la prise du pouvoir par le Parti Québécois. D’ici au scrutin, la CAQ pourrait encore grandir aux dépens du Parti libéral. Avec seulement 7% de votes de plus, grugés dans les intentions de vote libéral — en d’autres mots, avec 35% des votes comme dans Argenteuil — la CAQ pourrait former le prochain gouvernement du Québec.

Mais la véritable surprise pourrait venir d’ailleurs.

Les 23 et 24 août dernier, une maison de sondage a analysé les intentions de vote selon l’âge. Les résultats démontrent que les retraités préfèrent le Parti libéral. Par contre, les vieux Indépendantistes sont toujours fidèles au Parti Québécois. Quant aux autres, ils se répartissent à peu près de la même manière sauf pour les jeunes électeurs : 30 à 33% voteront PQ, 32% voteront pour la CAQ, et 23 à 25% voteront pour le PLQ.

Le quart des électeurs de 18 à 24 ans ont l’intention de ne voter pour aucun des trois principaux partis politiques. C’est énorme. Les jeunes savent bien que ces partis marginaux — Québec Solidaire, Parti vert et Option nationale — n’ont aucune chance de former le prochain gouvernement mais ils s’apprêtent à voter pour eux parce qu’ils veulent encourager des formations politiques aux idées neuves, près des leurs.

D’ici au scrutin, tous les partis politiques chercheront à rallier les indécis. La tâche du PQ sera plus ardue : ce sera de convaincre les jeunes qui souhaitent voter pour des partis marginaux — il ne s’agit pas d’indécis, donc ce sera plus difficile — qu’ils doivent sacrifier ce vote au nom de la stratégie électorale : voter « inutilement » pour l’un ou l’autre de ces partis favorise l’élection de la CAQ plutôt que le PQ. Si le PQ échoue à les convaincre, nous aurons un gouvernement caquiste. S’il réussit, ce sera un gouvernement péquiste. C’est aux jeunes de choisir.

Groupes d’âges PQ CAQ PLQ QS PV ON
les 18 à 24 ans inclusivement 35% 27% 12% 10% 4% 11%
les 25 à 34 ans inclusivement 31% 32% 23% 7% 3% 3%
les 35 à 44 ans inclusivement 30% 32% 25% 8% 3% 1%
les 45 à 54 ans inclusivement 33% 32% 24% 7% 2% 1%
les 55 à 64 ans inclusivement 40% 29% 23% 7% 0% 0%
les 65 ans et plus 30% 18% 46% 4% 0% 1%
Moyenne 33% 28% 27% 7% 2% 2%

Tableau ci-dessus : © 2012 — Léger Marketing et Agence QMI

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La campagne électorale au Québec : les 23 et 24 août 2012

Publié le 26 août 2012 | Temps de lecture : 5 minutes


 
Parti libéral : promesses agroalimentaires

Sous le thème de « Promouvoir les aliments du Québec », monsieur Jean Charest a présenté ses engagements agricoles, évaluées à plus de 44 millions$ sur cinq ans :
• 10 millions pour prolonger le Plan de la relève agricole pendant cinq autres années,
• 15 millions$ sur cinq ans pour promouvoir le réseau de marchés publics,
• 13 millions$ sur trois ans pour subventionner l’achat d’équipements et l’appui de services d’experts par le secteur de la transformation alimentaire,
• 6 millions$ supplémentaires sur trois ans afin de soutenir l’innovation et la commercialisation des produits de la pêche maritime, et
• perte de revenu non-précisée pour relever de 750 000$ à un million$ l’exonération fiscale d’impôts sur les gains en capital lors d’un transfert familial d’une entreprise agricole.

Référence : Charest pilonne Marois sur son cadre financier et la question référendaire

La CAQ augmentera les pouvoirs patronaux des municipalités

Estimant que les syndicats municipaux sont trop puissants, la CAQ propose de rétablir l’équilibre des forces entre les villes et les employés municipaux en donnant aux municipalités un pouvoir législatif approprié, ainsi qu’une marge de manœuvre accrue en matière de relations de travail.

François Legault propose de créer une charte des municipalités afin de définir les pouvoirs qui pourraient être transférés aux municipalités, en échange de plus de transparence et d’imputabilité.

Le chef de la CAQ a promis également de créer un centre d’expertise pour Transports Québec et de relancer, grâce à un PPP (partenariat privé-public), le zoo de Québec afin d’en faire un site récréotouristique.

Référence : La CAQ donnerait plus de pouvoirs aux municipalités

Le PQ dévoile son cadre financier

Les nouvelles dépenses promises par le Parti Québécois sont les suivantes :
• 388 millions$ au remboursement de la dette,
• 177 millions$ pour les 15 000 places supplémentaires en garderie,
• 119 millions$ de plus pour les soins à domicile des personnes âgées,
• 96 millions$ pour compléter le réseau de groupes de médecins de famille,
• 40 millions$ pour la création de 500 logements sociaux de plus par année,
• 37,5 millions$ pour financer le déploiement de l’internet à haute vitesse dans les régions où elle n’est pas encore disponible,
• 37,5 millions$ pour l’embauche de professeurs dans les écoles,
• 35 millions$ à des travaux forestiers,
• 30 millions$ pour des programmes de résidence d’artistes dans les écoles,
• 25 millions$ d’intérêts pour des emprunts du Fonds d’investissement régional,
• 20 millions$ pour ses maternelles dès l’âge de 4 ans dans les milieux défavorisés,
• 20 millions$ à la relève agricole,
• 16 millions$ pour améliorer l’accès à la justice,
• 15 millions pour augmenter la fréquentation d’élèves à des activités culturelles,
• 15 millions$ à l’identification des produits agricoles québécois et au développement d’appellations contrôlées québécoises,
• 13 millions$ d’intérêts pour le développement économique du centre du Québec (pour compenser pour la fermeture de la centrale nucléaire Gentilly-2),
• 13 millions$ de plus pour le Conseil des arts et des lettres du Québec,
• 10 millions$ pour la mise sur pied d’un service de nouvelles à Télé-Québec,
• 8 millions$ de plus pour la Société de développement des entreprises culturelles,
• 5 millions$ pour augmenter le budget de l’Office de la langue française, 
• 5 millions$ pour la promotion culturelle du Québec à l’étranger,
• 6 millions$ à l’indemnisation des victimes d’actes criminels,
• 5 millions$ au Plan de développement de la Gaspésie.

À cela s’ajoutent des pertes de revenus :
• 1 005 millions$ à l’abolition de la taxe santé,
• 150 millions$ pour l’annulation de la hausse des frais de scolarité (et des mesures compensatoires destinées à compenser pour cette hausse),
• 47 millions$ pour la non-indexation du tarif des garderies,
• 25 millions$ à un crédit d’impôt maximal de 500$ par enfant pour rembourser les frais d’activités sportives,
• 22 millions$ à un crédit d’impôt maximal de 500$ par enfant pour rembourser les frais d’activités culturelles.

Le cadre financier comporte de nouveaux revenus :
• 610 millions$ en taxant davantage les riches,
• 388 millions$ en haussant les redevances minières,
• 225 millions$ en taxant davantage les gains de capital,
• 140 millions$ en réduisant les crédits d’impôts pour dividendes.

Ce cadre financier repose sur une croissance anticipée de 1,4% annuellement pour l’économique québécoise pendant les cinq prochaines années. Même si ce taux est légèrement inférieur à celui sur lequel reposent les cadres financiers des partis rivaux, il est irréaliste, lui aussi, du moins dans un avenir prévisible compte tenu du ralentissement économique de nos principaux partenaires commerciaux (l’Ontario et les États-Unis).

Référence : Cadre financier du PQ : 2 milliards $ d’engagements

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La campagne électorale au Québec : les 21 et 22 août 2012

Publié le 23 août 2012 | Temps de lecture : 6 minutes


 
Face à face Legault-Marois

Ayant oublié de programmer l’enregistrement du face à face entre monsieur Legault et madame Marois, je n’ai vu que la vingtaine de minutes d’extraits publiés sur le site du réseau TVA.

La confrontation semble avoir été intéressante quoique par moments, elle ressemblait trop à une discussion privée entre collègues qui se sont laissés voilà longtemps sur un différend non résolu.

Le Parti québécois a tort de discréditer la promesse de la CAQ d’offrir un médecin de famille à chaque personne. En elle-même, cette mesure — qui n’est pas si compliquée que cela à mettre en exécution — ne fait pas grand-chose si ce n’est de respecter un droit fondamental : celui du droit à la santé.

Il est inconcevable que le quart de la population québécoise soit privé de l’accès à des soins de première ligne et, conséquemment, doive choisir entre endurer son mal ou attendre des heures pour être soigné à l’urgence d’un hôpital ou dans une clinique sans rendez-vous.

Pauline Marois réplique en disant qu’on ne peut pas demander à des femmes médecins de sacrifier leurs obligations familiales sur l’autel de la volonté de l’État. De plus, au Québec, les médecins sont obligés de travailler à l’hôpital, ce qui diminue d’autant leur disponibilité pour leur cabinet privé.

À mon avis, ce ne sont pas là des arguments contre le droit fondamental à l’accessibilité aux soins médicaux de première ligne : c’est un argument contre le chiffre fixe de 1 000 patients par médecin. Dans les faits, la charge médicale devra être modulée en fonctions de critères à définir.

Quant au chef de la CAQ, il radote lorsqu’il répète ad nauseam qu’un gouvernement péquiste vivrait dans l’obsession d’organiser sournoisement un référendum sur la souveraineté du Québec. Le Parti québécois est un parti responsable qui a déjà été au pouvoir et a donné au Québec plusieurs des meilleurs gouvernements de son histoire.

La Loi sur la citoyenneté québécoise

Pauline Marois a déclaré qu’un gouvernement péquiste adopterait une loi en vertu de laquelle, certains droit fondamentaux — celui de financer un parti politique, d’adresser une pétition à l’Assemblée nationale ou d’être candidat aux élections québécoises, municipales et scolaires — serait nié à quiconque ne possédant pas une connaissance appropriée de la langue française.

Devant le tollé que cette nouvelle a provoqué, les dirigeants du Parti québécois ont corrigé la chef de ce parti en précisant que cela n’affecterait pas la minorité anglophone actuelle, ni les peuples autochtones.

Ainsi, tous les citoyens vivant sur le territoire du Québec au moment de l’adoption éventuelle de la loi obtiendraient automatiquement la citoyenneté québécoise. Toutefois les nouveaux arrivants devraient respecter certaines conditions pour avoir cette citoyenneté.

En somme, le PQ propose une nouvelle catégorie de personne habitant le Québec : le sans-papier. Celui-ci aura des droits moindres. Et pour gérer cette nouvelle classe de citoyens sans « citoyenneté québécoise », on embauchera des fonctionnaires qui évalueront chez le requérant, sa connaissance « appropriée » du français.

Lorsque des néoQuébécois parlant français supportent l’immigration de leurs vieux parents chinois, slaves ou autres, trop vieux pour apprendre notre langue, on fera donc de ces derniers des citoyens de deuxième classe.

Dans les pétitions en ligne du gouvernement québécois, on permettra au signataire de certifier qu’il possède bien la citoyenneté québécoise en cochant une case prévue à cette fin. Et pour éviter les accusations de fraude, les responsables devront prendre des moyens raisonnables pour empêcher qu’une telle pétition ne soit noyautée par des sans-papiers déclarant faussement posséder leur carte. Une simple recherche de noms de famille suspects pourrait suffire, rassurant ainsi les maires xénophobes de l’arrière pays.

Lors des campagnes de financement, les partis politiques devront exiger la présentation de la carte de citoyenneté avant d’accepter le chèque de quelqu’un. Pas de carte, pas de contribution. Celles reçues par la poste devront être accompagnées d’une photocopie de la carte de citoyenneté, à défaut de quoi le chèque devrait être retourné à l’expéditeur. On imagine que la proportion d’argent « sale » versé illégalement aux partis politique pourrait augmenter.

Les personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer se verront refuser le droit de voter si elles ont égaré leur carte de citoyenneté québécoise, comme ce sera le cas pour n’importe quelle autre personne qui l’aura perdue.

Les jeunes adultes qui auront négligé de demander leur carte de citoyenneté lors de leur majorité, se verront également refuser le droit de voter… à moins qu’on prévoie dans chaque bureau de vote, des officiers dotés du pouvoir d’accorder temporairement le droit de vote à ceux qui n’auraient pas leur carte.

En préambule, la Charte québécoise des droits et libertés déclare : « tous les êtres humains sont égaux en valeur et en dignité et ont droit à une égale protection de la loi ». Je vais donc être clair. Afin d’être fidèle à ce principe, je promets de déchirer cette « carte-de-république-de-banane » le jour où je la recevrai si jamais celle-ci m’accorde un statut discriminatoire par rapport à d’autres personnes qui aiment le Québec et qui aspirent à y vivre. Et si jamais ce geste me porte préjudice, je m’engage à en contester la constitutionnalité douteuse.

Pour terminer, je me demande si par hasard, le Parti Québécois aurait oublié que l’objectif cette campagne, c’est de nous débarasser d’un gouvernement pourri et non de diviser la province en vrais et en faux Québécois.

Références :
Charte des droits et libertés de la personne
Citoyenneté québécoise: réactions et réajustements

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La campagne électorale au Québec : le face-à-face Charest-Legault

Publié le 22 août 2012 | Temps de lecture : 10 minutes

Hier soir sur les ondes de TVA se tenait le second des trois confrontations prévues, soit celle qui opposait Jean Charest et François Legault.

La corruption

Mon premier étonnement, c’est la facilité avec laquelle Jean Charest a enfirouapé François Legault au sujet de la corruption.

Monsieur Legault a attaché une importance démesurée à un fait divers : les billets pour un spectacle de Céline Dion qu’une ministre du gouvernement Charest a acceptés de la part d’un promoteur. Il ne fait aucun doute que la ministre aurait dû refuser ce cadeau. Mais tout cela est une niaiserie. On ne répudie pas de gouvernement pour un cadeau insignifiant accepté par un ministre.

De plus, est-ce vraiment le pire cas de corruption rapporté au sujet du gouvernement sortant ?

En contre-attaque, monsieur Charest a évoqué les informations révélées hier soir par Radio-Canada, relativement au financement de la campagne électorale municipale de Jacques Duchesneau en 1998. Voilà le genre de « scandale-de-la-dernière-minute » dont je me méfie et que j’ai déjà critiqué quand ce genre de révélation — qui pue la manipulation — concernait le Parti libéral.

Le décrochage scolaire

Jean Charest : « Le Québec a le meilleur taux de diplomation pour l’ensemble de la population, au Canada et dans les pays de l’OCDE. Ça c’est la population de 20 ans et (plus). Le problème se situe à un niveau très précis : c’est pour les jeunes qui ont moins de 20 ans… »

Pierre Bruneau (animateur): « …Exact, 32% des jeunes garçons de 20 ans sont sans diplôme Taux de décrochage (en) 2009 (pour les) garçons : 21,5% ont décroché.»

Jean Charest : « Et le score est meilleur qu’il l’était, même à l’époque où monsieur Legault était au gouvernement. Nous avons réussi à augmenter le taux de diplomation. Nous avons une politique où l’objectif, c’est d’arriver à un taux de diplomation de 80% pour ces jeunes-là qui sont à l’intérieur du programme. Mais (…) il faut mettre les choses en perspective : le Québec a un des meilleurs taux de diplomation pour l’ensemble de sa population. »

Étrangement, messieurs Charest et Bruneau ont raison tous les deux. Il peut sembler évident que « décrochage scolaire » et « diplomation » soient les contraires l’un de l’autre. Ce n’est pas le cas.

Le taux de diplomation est obtenu en analysant les données des recensements : c’est la proportion de la population canadienne détentrice d’un diplôme universitaire ou collégial. Le Québec n’a pas le plus haut taux au pays — contrairement à ce qu’affirme M. Charest — mais il est plus élevé que la moyenne canadienne, ce qui n’est pas si mal.

Le taux de décrochage concerne les gens qui n’ont pas réussi à obtenir leur diplôme plus d’un certain nombre d’années après l’âge où ils devraient l’avoir. Ce taux ne tient pas compte de tous ceux qui ont abandonné leurs études mais qui ont réussi à obtenir leur diplôme beaucoup plus tard, grâce aux cours pour adultes ou à la suite d’un retour aux études.

Pénurie de médecins vs promesse d’un médecin de famille

Dans ce débat, on a invoqué la pénurie de médecins pour discréditer la promesse de la CAQ de forcer chaque médecin omnipraticien à augmenter la liste de ses patients, de manière à ce que chaque Québécois ait un médecin de famille.

Il est évident que la pénurie de médecins est partiellement responsable du fait qu’une minorité importante de la population québécoise n’a pas accès à un omnipraticien. Signalons que la moitié de ceux qui n’ont pas de médecin de famille admettent ne pas en avoir cherché.

Partout en Occident, il y a une pénurie de médecins. Pourtant la suggestion de la CAQ est déjà en application dans certains pays où une pénurie semblable existe. En Grande-Bretagne, non seulement les médecins se voient attribuer les habitants d’un territoire précis mais on leur offre des incitations monétaires s’ils y améliorent la santé des gens qui y vivent, plus précisément s’ils réduisent leur consommation en médicaments et leur besoin en soins hospitaliers.

Le Québec se classe au 4e rang des provinces canadiennes quant au nombre de médecins par 100 000 habitants mais au dernier rang pour ce qui est du pourcentage de sa population qui possèdent un médecin de famille; seulement les trois quarts des Québécois en ont un. Avec moins de médecins, l’Ontario fait mieux puisque 91% des gens y possèdent un médecin de famille.

Évidemment, la suggestion de la CAQ doit être assortie d’autres mesures — certaines sont déjà au programme de ce parti — afin d’alléger la tâche des omnipraticiens. Sans ces autres mesures, allonger la liste des patients d’un médecin ne fait qu’allonger proportionnellement l’attente de ses patients pour obtenir un rendez-vous avec lui.

Revenu disponible

Tout comme lors du débat des chefs à Radio-Canada, monsieur Charest s’est vanté de l’augmentation du revenu disponible des Québécois au cours des neuf dernières années. Ce que dit monsieur Charest, c’est que, sans tenir compte de l’inflation, le Québécois moyen gagne plus d’argent maintenant qu’il y a neuf ans : le contraire serait étonnant.

Plus significative est la réplique de monsieur Legault. Ce dernier a raison d’affirmer que la croissance économique du Québec a été inférieure à la moyenne canadienne au cours des années où monsieur Charest a été au pouvoir, alors que c’était le contraire au cours de la décennie précédante. Lors de l’arrivée au pouvoir de M. Charest, le Québec était au 4e rang au Canada quant au revenu disponible par personne : il a décliné au 9e rang depuis.

L’affaire Provigo

Accusé d’être responsable de la perte de 20% des sièges sociaux au Québec, monsieur Charest a accusé son adversaire d’être responsable de la vente d’une chaine d’épicerie à des intérêts étrangers alors qu’il était ministre d’un gouvernement péquiste.

Tirons les choses au clair. Le peuple du Québec a puni le Parti québécois pour toutes les erreurs qu’il a commises, en le jetant dans l’opposition. L’opposition, c’est le purgatoire des gouvernements déchus.

Il serait futile de reprocher à monsieur Charest les erreurs commises par les premiers ministres libéraux qu’étaient Jean Lesage et Robert Bourassa. Tout comme un condamné qui a purgé sa peine, les erreurs des gouvernements anciens ne sont plus pertinentes à l’élection présente.

Par contre, en voulant se faire élire en 2003, le Parti libéral a critiqué ces erreurs et a été élu sur la promesse de les corriger. C’est maintenant son bilan à lui qui doit être jugé par le peuple.

Les transferts fédéraux

Jean Charest : « S’il y a eu une chose qui a été prouvée au cours des dernières années, c’est qu’à l’époque où vous étiez au gouvernement péquiste, il y a eu un recul du Québec à l’intérieur du Canada puis dans les relations avec le (gouvernement) fédéral, puis les transferts fédéraux. Vous avez même fait partie d’un gouvernement qui a dit que vous acceptiez les coupures que le (gouvernement) fédéral faisait alors que moi, quand j’étais en politique fédérale, en même temps, je combattais les coupures du Fédéral envers le Québec. Les transferts ont augmenté de 70% depuis qu’on est là…»

Mon Dieu, que de demi vérités.

Au cours de neuf des dix dernières années du gouvernement du Parti québécois, la croissance économique du Québec était supérieure à la moyenne canadienne. Si bien que le Québec était devenu la quatrième province la plus riche du pays quant au revenu par personne. Conséquemment, le gouvernement fédéral avait même diminué légèrement la péréquation versée au Québec. En effet, seules les provinces pauvres peuvent bénéficier de ce mécanisme de redistribution de la richesse canadienne. Lorsqu’une province devient moins pauvre, elle reçoit moins de péréquation.

Dès son accession au pouvoir, le gouvernement Charest s’est mis à couper à tort et à travers dans les dépenses publiques pour dégager des milliards de dollars, afin de réaliser sa promesse de réduire les impôts des riches. Ces coupures — tout comme celles auxquelles procèdent actuellement la Grèce, l’Espagne et l’Italie — provoquèrent une contraction de la croissance économique.

Cette contraction n’a pas été suffisante pour provoquer une récession, mais a suffi à ralentir la croissance économique du Québec et à faire revenir cette croissance sous la moyenne canadienne. Cela fut vrai dès la première année du gouvernement Charest. Et cela n’a pas cessé d’être le cas jusqu’en 2008.

De 2008 à 2011, la croissance a toutefois été de 4,7% au Québec (vs 3,5% pour l’ensemble du pays). Cet avantage d’un pour cent ces dernières années n’a pas été suffisant pour réparer les dommages subis de 2003 à 2008, ce qui a fait chuter le Québec à l’avant-dernier rang canadien (devant l’Île-du-Prince-Édouard) quant au revenu disponible par personne.

Et parce que le Québec s’est appauvri comparativement aux autres provinces, le Québec a reçu plus d’argent de la péréquation fédérale. Donc en se vantant d’avoir obtenu plus d’argent du fédéral, monsieur Charest se vante implicitement d’avoir appauvri le Québec. Faut le faire…

Conclusion

Le grand gagnant de ce débat est monsieur Charest. Par des demi vérités, ce dernier a esquivé à peu près toutes les attaques de son adversaire et l’a contraint à répliquer à des reproches (Provigo, Duchesneau) à la suite desquels monsieur Legault n’a pas su rebondir en attaquant efficacement à son tour.

Quant à monsieur Legault, il a trop fait paraitre son agacement en grimaçant et en fronçant les sourcils, ce qui n’est à l’avantage de personne, surtout sur une télévision en haute-définition. De plus, sa manie de hocher de la tête et de dire « oui » lorsqu’il piaffe d’impatience de parler à son tour, fait qu’on peut avoir l’impression qu’il est d’accord avec les reproches qu’on lui adresse.

Le fait qu’il ait mal performé relativement à un sujet aussi facile que la corruption — dans lequel un champion de l’éthique devrait exceller — n’a pas beaucoup d’importance puisque la grande majorité des électeurs sont déjà convaincus des lacunes du gouvernement sortant. Mais cela jette un doute quant à l’aptitude de monsieur Legault à affronter l’adversité pour défendre les intérêts du Québec. L’impression qu’il laisse est celle d’un homme intelligent, sincère et honnête, mais faible devant l’adversaire.

La confrontation avec madame Marois nous donnera l’occasion de modifier cette mauvaise impression.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le rapport Moisan et sa pertinence actuelle

Publié le 21 août 2012 | Temps de lecture : 8 minutes


 
Lors du débat télévisé sur les ondes de la télévision d’État, monsieur Charest a sorti des boules à mites le Rapport Moisan, dont j’ignorais l’existence et que j’ai lu ce matin.

À la Commission d’enquête Gomery (relative au scandale des commandites), les dirigeants d’une agence de publicité avaient affirmé avoir contribué non seulement à la caisse électorale du Parti libéral fédéral, mais également à la caisse électorale du Parti québécois (à l’époque où ce parti était au pouvoir).

Cette révélation a justifié la création, par le Parti libéral du Québec, d’une Commission d’enquête dirigée par Me Jean Moisan dont le rapport est un document de 23 pages rendu public en 2006.

La corruption du PQ

En gros, le Rapport Moisan nous apprend que de 1995 à 2000, l’agence Groupaction a contribué 96 000$ à la caisse du Parti québécois dans l’espoir d’obtenir des contrats de publicité du gouvernement du Québec.

Limitée par la Loi sur le financement des parti politiques (adoptée par le Parti québécois), cette agence incitait ses employés à faire un chèque au PQ pour le maximum permis par la loi et leur garantissait le remboursement de cette contribution. Les chèques étaient remis de main à main à des collecteurs de fonds du PQ. Dans tous les cas, les chèques ont dûment été inscrits dans les registres du PQ.

Le rapport écrit : « Depuis longtemps, les personnes morales contribuent au financement des partis. Incapables de le faire légalement, elles utilisent le moyen détourné de dons par leurs employés et de contributions à diverses activités payées par les employés et remboursées par l’employeur.»

À la lecture du rapport, il ne semble pas que cet investissement ait été très rentable puisque cette agence n’a reçu qu’un seul contrat du gouvernement provincial, pour une publicité de la Société des alcools du Québec en 1997 (dont le montant n’est pas précisé).

Si les contributions Groupaction au PQ après 1997 n’ont rien donné, c’est peut-être moins parce que le PQ était incorruptible, que le fait que Groupaction était connu pour ses liens avec le Parti libéral du Canada.

Si ma mémoire est bonne, l’autre cas de contribution illégale ou suspecte révélé par monsieur Charest, serait la somme de 2 500$ versée par la fille de madame Marois à sa mère.

La corruption du Parti libéral du Québec

Monsieur Charest attache beaucoup d’importance à préciser que le seul cas de corruption prouvée devant les tribunaux concerne le PQ. Si le Premier ministre n’avait pas refusé pendant deux ans de mettre sur pied la Commission d’enquête relative à la corruption dans l’industrie de la corruption, si Jacques Duchesneau n’avait pas eu à se battre pendant 18 mois pour finalement avoir un bureau à lui et les moyens concrets de mener ses enquêtes, et si les élections n’avaient pas été déclenchées avant la reprise des travaux de la Commission Charbonneau, il est absolument certain qu’on aurait aujourd’hui beaucoup plus de décisions judiciaires relatives à la corruption au Québec.

Seulement pour l’année 2008, 64 des employés de CIMA+ (une entreprise de génie-conseil) ont donné un total de 171 795$ au Parti libéral du Québec. CIMA+ a obtenu des dizaines de millions de dollars en contrats du gouvernement Charest, dont plusieurs millions sans appel d’offres du Ministère des transports du Québec.

En 2010, au cours d’une entrevue avec le journaliste Alain Gravel de Radio-Canada, Me Marc Bellemare, ex-ministre de la Justice du Québec, allègue qu’il a été témoin d’importantes sommes d’argent comptant versées par un influent collecteur de fonds du Parti libéral du Québec à un permanent de ce parti. Rappelons que la loi interdit toute contribution d’argent comptant à un parti politique.

Depuis l’accession au pouvoir du Parti libéral, le Ministère des transports a contourné la loi qui l’oblige à procéder à des appels d’offres pour tout projet dont le budget dépasse un certain seuil, en morcelant les projets en plus petits contrats, de manière à ce que ces derniers soient en deçà de ce seuil. C’est ainsi qu’on a triplé le nombre de contrats accordés sans appel d’offres.

De la même manière, on a créé des Agences de santé — que se propose d’abolir la CAQ — pour soustraire l’État à cette obligation. On a donc pu accorder une série de contrats totalisant 360 millions$ — vous avez bien lu : un tiers de milliard$ — sans appel d’offres à un contributeur à la caisse du Parti libéral du Québec.

Le 11 octobre 2011, le directeur des poursuites pénales dépose trois chefs d’accusation contre Tony Tomassi relativement à des actes qu’il aurait commis à l’époque où il était ministre du gouvernement Charest. Le ministre disposait d’une carte de crédit payée par une agence de sécurité qui obtenait des contrats gouvernementaux.

En 2010, on apprenait que 1 600 places de garderie avaient été accordées à 32 garderies privées, dont les administrateurs ont versé 112 000$ au Parti libéral depuis 2003.

En 2007, la ministre de la Justice nommait quinze juges dont treize étaient des donateurs à la caisse du Parti libéral du Québec.

La Commission Bastarache nous a appris que seuls les avocats dont le dossier transmis au Conseil des ministres portait un auto-collant jaune (en fait, un Post-it note) pouvaient espérer être nommés juges. Or seuls les candidats qui ont fait du bénévolat pour le parti au pouvoir, qui ont contribué à la caisse électorale de ce parti ou qui sont parents avec des collecteurs de fonds du parti, bénéficiaient du précieux collant jaune apposé par Mme Chantal Landry (la Directrice-adjointe du cabinet du premier ministre). En somme, tous les candidats plus compétents étaient exclus — y compris ceux recommandés par le ministre de la Justice — s’ils ne faisaient pas partie de la bande libérale.

Conclusion

On ne peut comparer la « corruption » du Parti québécois avec celle du Parti libéral. On n’est tout simplement pas dans le même ordre de grandeur.

De 1976 à 1985 et de 1994 à 2003, soit pendant près de deux décennies, si les seuls cas de corruption péquiste sont ceux rapportés par monsieur Charest, nous sommes en présence d’un scandale raté.

Dans ses recommandations, le Rapport Moisan imputait le contournement de la Loi sur le financement des partis politiques à la trop grande rigueur de cette loi. Il préconisait une augmentation du plafond que peut verser une entreprise.

À mon avis, Me Marsan n’a pas compris que le but de la loi était de libérer nos politiciens du pouvoir de l’argent et de s’assurer de leur loyauté envers la nation québécoise.

Lors du débat des chefs, dimanche dernier, Mme Françoise David, co-présidente de Québec solidaire, émettait l’opinion qu’en plus de limiter les contributions à la caisse des partis politiques, on devait également plafonner les dépenses électorales.

Ces dépenses permettent aux partis politiques d’organiser des rassemblements et de sillonner le Québec à la rencontre de la population québécoise. Il serait malheureux d’empêcher cette expression de la Démocratie.

Toutefois, je suis d’avis qu’on devrait plutôt interdire toute publicité payée, qu’elle soit télévisée, radiophonique ou écrite. Seules les véritables entrevues seraient permises, de même que le compte-rendu des journalistes.

La tendance actuelle de la publicité électorale, c’est vers le dénigrement et la propagande stupide. Cette forme de manipulation et de lavage de cerveaux est superflue. Conséquemment, elle devrait être interdite.

À l’issue d’une élection, toutes les sommes au-delà de celles nécessaires au bon fonctionnement d’un parti durant les cinq années suivantes, devraient être remises à l’État.

Références :
Copinage et contributions politiques en série
Dur contre les étudiants, mou contre la corruption et le gaspillage
Garderies: la version du ministre Tomassi est contredite
L’argent comptant et la corruption du Parti libéral du Québec
L’argent de la corruption libérale
Le parti de l’exclusion
Le Parti libéral du Québec encore dans l’eau chaude
L’UPAC aux portes de la classe politique
Rapport Moisan
Tony Tomassi

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| 2003-2012 (années Charest), Politique québécoise | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel