Le radicalisme des rebelles syriens

Publié le 23 décembre 2015 | Temps de lecture : 3 minutes

La Tony Blair Faith Foundation est une organisation sans but lucratif qui vise à étudier et combattre l’extrémisme religieux.

Le 20 décembre 2015, cet organisme publiait les résultats d’une étude portant sur l’idéologie des groupes rebelles en Syrie (indigènes ou venus de l’Étranger).

Il est à noter qu’il ne s’agit pas d’un sondage effectué auprès de répondants choisis par échantillonnage, mais d’une analyse de la propagande (écrite ou verbale) issue de 48 groupes de rebelles.

L’État islamique (ÉI) et 15 autres groupes — totalisant 96 000 combattants — partagent une idéologie identique. C’est le tiers des groupes étudiés.

Ils combattent afin de reproduire en Syrie le monde musulman idéalisé qui prévalait au temps de Mahomet, soit ce que fait déjà l’ÉI dans le territoire qu’il contrôle.

Parmi eux, huit (excluant l’ÉI) déclarent ouvertement souhaiter commettre des attentats terroristes en Occident. Ces huit groupes comptent 30 000 combattants. Si on ajoute l’ÉI, cela fait 61 000 terroristes potentiels.

À cela s’ajoutent douze autres groupes qualifiés d’islamistes; sans chercher à reproduire les coutumes qui prévalaient il y a 1 500 ans dans cette partie du monde, ils souhaitent néanmoins que le Coran et la charia aient dorénavant force de loi en Syrie.

Douze autres groupes de rebelles luttent pour renverser le régime de Bachar el-Assad, sans professer d’idéologie particulière.

Suivent trois groupes de rebelles qui luttent pour l’indépendance du Kurdistan, et cinq groupes de milices qui ne visent qu’à assurer la protection de leur communauté.

Au total, la majorité des groupes rebelles dits ‘modérés’ (excluant donc l’ÉI et Al-Qaida) visent à remplacer le régime séculier de Bachar el-Assad par un régime où les textes de la doctrine et de la jurisprudence musulmane auront force de loi auprès de l’ensemble de la population.

Seuls 38% des groupes de rebelles souhaitent diriger une démocratie parlementaire.

Et puisque ces groupes s’unissent et s’affrontent selon les circonstances, les auteurs du rapport écrivent : « Toute tentative de faire la distinction entre des rebelles ‘modérés’ d’une part et des extrémistes de l’autre, est impossible. »

Les lecteurs assidus de ce blogue ne seront pas surpris par cette conclusion puisque c’est exactement ce que j’écris depuis deux ans.

En s’alliant aux pétromonarchies et à la Turquie pour renverser Bachar el-Assad, les pays occidentaux sont en train de commettre une grave erreur; celle de transformer un régime séculier brutal par un régime islamiste tout aussi brutal, voire barbare.

Références :
Most Syrian rebels sympathise with Isis, says thinktank
If the Castle Falls: Ideology and Objectives of the Syrian Rebellion


Compléments de lecture :
L’ABC de la guerre syrienne (1re partie)
L’ABC de la guerre syrienne (2e partie)
L’ABC de la guerre syrienne (3e partie)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Qui aime Donald Trump ?

Publié le 18 décembre 2015 | Temps de lecture : 4 minutes


 
De propriété privée et située au New Jersey, l’université Monmouth est une maison d’enseignement universitaire fréquentée par plus de six mille étudiants.

Parmi les organismes qui logent sur son campus se trouve le Monmouth University Polling Institute (MUPI), ce qui signifie l’Institut de sondage de l’université Monmouth.

Ses sondages sont renommés pour leur précision et leur exactitude.

Entre le 10 et le 13 décembre dernier, cet organisme a effectué un sondage téléphonique auprès de 1 006 adultes américains, dont 385 sympathisants républicains. Ce sondage portait sur la popularité des candidats à la chefferie du Parti républicain.

En comparant ses résultats à ceux des sondages antérieurs effectués par le MUPI, on apprend que le meneur de la course républicaine, Donald Trump, a accru de treize points son avance sur ses rivaux à la suite du scandale provoqué par sa suggestion d’interdire temporairement l’immigration de Musulmans aux États-Unis.

En d’autres mots, en dépit de la condamnation universelle de ses propos, Donald Trump est encore plus populaire qu’il l’était auprès de l’électoral républicain, passant d’une intention de vote de 28% (à la mi-octobre 2015) à 41% (la semaine dernière).


 
Au-delà du millionnaire extravagant et de l’homme politique qui agit comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, Donald Trump est un phénomène social.

Pour essayer de le comprendre, voyons quelles sont les caractéristiques de ses partisans.

Les intentions de vote en sa faveur (41%) se retrouvent un peu plus chez les hommes (44%) que chez les femmes (37%).

Il existe une relation directe entre la sympathie pour le mouvement radical américain appelé Tea Party et l’appui à Donald Trump, passant de 36% chez les Républicains qui n’aiment pas le Tea Party, à 52% chez ceux qui en sont de fervents partisans.

Les résultats les plus étonnants du sondage du MUPI concernent la relation entre le niveau de scolarité et l’appui à Donald Trump.

Chez ceux qui ont fait des études collégiales — l’équivalent des CÉGEPs au Québec ou des lycées en France — sans toutefois s’être rendus à l’université, entre 31% et 34% appuient Donald Trump. Mais cette popularité grimpe à 54% chez les détenteurs de diplômes universitaires.

Pour tenter d’expliquer cette popularité, j’émettrais l’hypothèse suivante.

Le système éducatif américain se distingue de tous les autres à travers le monde par son ‘USA-centrisme’.

Il forme des citoyens parfaitement aptes au travail, capables d’un esprit critique et de beaucoup de créativité.

Mais les Américains ne connaissent à peu près rien du monde à l’extérieur de leurs frontières. Ils ne s’intéressent à un autre pays que lorsque leurs armées décident d’y faire la guerre.

Et le peu qu’ils connaissent de l’histoire récente du monde ne leur permet pas de tirer des leçons de leurs erreurs tant la machine de propagande républicaine est efficace à déformer les faits et à brouiller les esprits.

En somme, même les Américains les plus intelligents sont en fait des abrutis lorsqu’il s’agit de politique étrangère.

Selon un autre sondage, réalisé par Public Policy Pooling, 41% des partisans de Donald Trump sont favorables à ce qu’on bombarde l’Agrabah. Seulement 13% s’y opposent.

Les 46% d’indécis ont bien raison car le royaume arabe d’Agrabah n’existe pas. Il a été créé par les studios Disney pour étoffer le scénario du film d’animation Aladin, ce personnage fictif des Mille et une nuits.

Aux États-Unis, d’innombrables groupes de réflexion conservateurs, très bien financés, attirent les intellectuels dans le but de créer une idéologie simple qui contribue à cet abrutissement collectif, illustré par les résultats de ce deuxième sondage.

Depuis des années, cette idéologie simpliste se répand grâce à Fox News, à la démagogie primitive des radio-poubelles, aux forums de discussion noyautés par ses adeptes, et aux films hollywoodiens où la rigueur historique cède la place à la romance et aux sentiments patriotiques.

Voilà pourquoi aujourd’hui les Républicains sont heureux d’entendre enfin un homme politique qui leur dit ce qu’ils veulent entendre et qui partage avec eux leur vision simpliste du monde. Faut-il s’en étonner ?

Références :
Monmouth University Polling Institute
Trump Lead Grows Nationally; 41% of His Voters Want to Bomb Country From Aladdin; Clinton Maintains Big Lead
Les Mille et Une Nuits

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’ABC de la guerre syrienne (3e partie et fin)

Publié le 16 décembre 2015 | Temps de lecture : 8 minutes

Histoire de l’État islamique

En 2006, l’État islamique (EI) nait de la cristallisation de plusieurs groupes rebelles autour de la branche irakienne d’Al-Qaida.

À ses débuts, l’ÉI vivote. Harcelé par les bombardements américains, privé de financement appréciable, il se discrédite aux yeux de la population irakienne par ses méthodes brutales qui s’attaquent autant aux Musulmans chiites qu’aux tribus sunnites jugées complices de l’occupant américain.

Au printemps de 2011, la Syrie — le pays voisin — devient l’Eldorado des rebelles sunnites.

Les pétromonarchies veulent en finir avec Bachar el-Assad. Elles font pleuvoir les dollars sur tous ceux qui veulent renverser le gouvernement de ce pays. Et les convois de camions turcs — officiellement chargés d’aide humanitaire — transportent en réalité tout le matériel militaire dont les rebelles ont besoin.

L’ÉI, réduit à quelques dizaines de combattants, quitte l’Irak afin de se ressourcer en Syrie; il en profite pour faire le plein d’armement, de devises et de mercenaires qui acceptent de combattre dans ses rangs.

En orange, territoire aux mains de l’État islamique en 2015

En mars 2013, l’ÉI est devenu suffisamment puissant pour s’emparer de Racca — au centre de la Syrie et peuplée de plus de 200 000 habitants — qui devient alors la première ville importante à tomber entre ses mains.

L’ÉI fait la conquête du centre de la Syrie, principalement désertique, où se concentrent ses champs pétroliers.

À la fin de 2013, de nombreuses tribus sunnites de révoltent contre le gouvernement irakien, qu’elles jugent discriminatoire à leur égard. Tablant sur ce contexte insurrectionnel, une partie des milices de l’ÉI retournent faire la conquête du nord et de l’ouest de ce pays.

Alors que l’ÉI avait quitté l’Irak discrédité, il y revient en héros, apportant du ravitaillement pour la population.

Le 10 juin 2014, l’ÉI s’empare de Mossoul, 2e ville d’Irak. À cette occasion, l’ÉI prend possession des réserves de devises de la Banque centrale de Mossoul, estimées à 492 millions$, devenant ainsi l’organisation terroriste la plus riche au monde.

Et ce, en plus de la quantité colossale de matériel militaire abandonné par l’armée irakienne, ce qui comprend 250 jeeps blindés Humvee, trente chars M1-Abrahams et des chars de combat M1129 Stryker.

Fier de cette conquête, le 29 juin 2014, l’ÉI annonce la création d’un califat sur le territoire qu’il contrôle (215 000 km²), à cheval entre la Syrie et l’Irak, soit presque autant que le Royaume-Uni (243 610 km²).

Après une progression fulgurante depuis 2013, l’ÉI commence cette année à essuyer ses premiers revers en Irak, notamment par la perte de la ville de Sinjar (à l’ouest de Mossoul), de même que Tikrit et Baïji (au sud de Mossoul). Selon le secrétaire d’État américain John Kerry, l’ÉI aurait perdu 25% des territoires qu’il occupait en Irak depuis 2014.

Parallèlement, l’ÉI s’internationalise; des milices rebelles dans d’autres pays lui prêtent allégeance. Les territoires éloignés qu’ils contrôlent sont qualifiés de ‘provinces’ par le califat.

De plus, l’ÉI réalise ses premiers attentats terroristes à l’étranger.

Le 18 mars 2015, l’ÉI revendique l’attentat au musée du Bardo, dans la capitale tunisienne : 24 morts. Le 26 juin 2015, l’ÉI commet un attentat près de la ville tunisienne de Sousse : 39 morts. Le même jour, l’ÉI fait exploser une mosquée chiite au Koweït : 27 morts. Le 31 octobre 2015, un avion russe à destination de Saint-Pétersbourg explose dans le Sinaï égyptien : 320 morts. Le 12 novembre 2015, l’ÉI commet un attentat-suicide en banlieue de la capitale libanaise : 43 morts. Le lendemain, c’est le carnage de Paris : 130 morts. Le 23 novembre 2015, l’ÉI fait exploser un autobus dans la capitale tunisienne : 13 morts.

L’ÉI, une occasion d’affaires

Né en Irak, l’ÉI n’est devenu puissant qu’après quitté ce pays pour la Syrie, bénéficiant là-bas des largesses des pétromonarchies, aveuglées par leur hostilité à l’égard de Bachar el-Assad.

Les dirigeants américains sont conscients que l’ÉI illustre le fiasco de leur intervention militaire au Moyen-Orient. Indéniablement, l’ÉI est né contre leur gré.

Toutefois, les dirigeants américains sont des gens pragmatiques. Très vite, ils comprennent que cette organisation terroriste constitue une occasion d’affaires pour leur complexe militaro-industriel.

La coalition anti-ÉI est dirigée par des pays producteurs d’armements. En bombardant l’ÉI de manière à limiter son expansion territoriale sans toutefois chercher à l’anéantir, les pays de cette coalition font perdurer l’insécurité qui amène les pays voisins à multiplier les contrats militaires auprès d’eux afin de se protéger.

Les trois principales sources de financement de l’ÉI sont les suivantes :
• la vente de pétrole extraite du califat,
• les taxes et impôts collectés auprès des résidents du califat, et la saisie des biens de ceux qui fuient à l’Étranger, et
• la vente des objets antiques pillés sur les sites archéologiques.

De ces trois sources de financement, la première est la seule sur laquelle il est facile d’agir; il suffit de bombarder les sites d’extraction pétrolière situés sur le territoire que contrôle l’ÉI.

Pourtant, la coalition anti-ÉI a très peu ciblé cet objectif. Entre aout 2014 et octobre 2015, la coalition a procédé à 10 600 frappes aériennes dont seulement 196 — moins de deux pour cent — ont ciblé les infrastructures pétrolières de l’ÉI.

Au contraire, en bombardant des villes syriennes densément peuplées, on a contribué à la pire crise migratoire depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Si la coalition avait ciblé le pétrole, cela aurait causé très peu de pertes civiles et les coffres de l’ÉI seraient vides depuis longtemps.

Alors pourquoi ne l’a-t-on pas fait ? Pour plusieurs raisons.

Premièrement parce que l’objectif de la coalition n’a jamais été de détruire l’État islamique, du moins jusqu’à la récente série d’attentats terroristes en Occident.

Deuxièmement, parce ce qu’on ne voulait pas irriter la Turquie, principale bénéficiaire du pétrole de contrebande exportée à l’Étranger.

Troisièmement, pour ne pas nuire aux rebelles islamistes dits ‘modérés’.

Que viennent faire les autres milices islamistes là-dedans ?

C’est que les rebelles ne reçoivent pas de pétrole de l’Étranger; le pétrole consommé par leurs véhicules et leurs génératrices est du pétrole de contrebande provenant indirectement du califat. Sans le vouloir, ces rebelles enrichissent l’ÉI chaque fois qu’ils font le plein.

Si on détruisait tous les sites d’extraction pétrolière de l’ÉI, on paralyserait non seulement l’ÉI, mais également toutes les autres milices rebelles qui dépendent de son pétrole.

Bref, on arrêterait cette guerre, ce qui constituerait une catastrophe pour les marchands de canons qui dictent la politique étrangère de nos gouvernements.

Références :
Attentat de Sousse
Attentat revendiqué par l’EI, «un mode opératoire nouveau au Liban»
Au Koweït, 27 morts et 222 blessés dans un attentat anti-chiite dans une mosquée
Bataille de Mossoul (2014)
Crash de l’Airbus russe en Egypte : ce que l’on sait, ce qu’on ignore
Enemy of Enemies: The Rise of ISIL
État islamique (organisation)
Guerre Iran-Irak
Guerre d’Irak
Irak – La main mise des groupes américains
ISIS Has Lost 25 Percent of Territory It Once Held in Iraq, US Says
Isis Inc: how oil fuels the jihadi terrorists
Is Vladimir Putin right to label Turkey ‘accomplices of terrorists’?
L’État islamique – Une histoire violente
Maliki est responsable de la prise de Mossoul par Daech
Mosul commander was on vacation despite warnings of attack, report says
Un journal turc publie les images d’armes livrées par la Turquie aux djihadistes en Syrie

Parus depuis :
If the Castle Falls: Ideology and Objectives of the Syrian Rebellion (2015-12-21)
US-led airstrikes against Islamic State in Syria and Iraq – interactive (2016-01-08)
Frédéric Pichon : « L’avenir de l’Occident se joue en Syrie » (2017-03-10)
Weapons of the Islamic State (2017-12-14)
Syrie, cette guerre qui n’en finit pas de finir (2020-03-11)

Dans le même ordre d’idée :
Iraqi invasion of Kuwait in 1990 used by UK to boost weapon sales

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’ABC de la guerre syrienne (2e partie)

Publié le 14 décembre 2015 | Temps de lecture : 8 minutes

Importance géostratégique de la Syrie

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Au Moyen-Orient, qui dit guerre dit hydrocarbures.

Situés de part et d’autre du Golfe persique, le Qatar est rival de l’Iran dans l’exploitation d’un des principaux champs gaziers du monde, situé à cheval entre ces deux pays.

Le projet ‘sunnite’ du Qatar (en rouge sur la carte)

Le Qatar projetait la construction d’un gazoduc partant de ce pays et qui aurait traversé l’Arabie Saoudite, la Jordanie, la Syrie et la Turquie afin d’approvisionner l’Europe en gaz naturel.

Au Proche et au Moyen-Orient, ce trajet n’aurait traversé que des pays dont la population est majoritairement musulmane sunnite.

Désireuse de bénéficier des retombées économiques de la construction d’un gazoduc traversant son territoire et soucieuse d’avoir l’Europe à sa merci, la Turquie soutenait le projet qatari. De plus, cela lui aurait permis de s’affranchir de la Russie, responsable de 60% de ses approvisionnements en gaz naturel.

Le projet ‘chiite’ de l’Iran (en vert sur la carte)

De son côté, afin d’acheminer le gaz de ce même gisement à partir de son territoire, l’Iran projetait la construction d’un gazoduc traversant plutôt l’Irak et la Syrie. Le gaz naturel liquéfié aurait finalement atteint l’Europe par bateau, sans passer par la Turquie.

Ce projet ne traversait que des pays dont les dirigeants sont des musulmans chiites.

À l’époque où le président syrien Bachar el-Assad dirigeait son pays avec une main de fer, ces deux projets concurrents de gazoducs attendaient son approbation.

Le feu vert en 2010

Bachar el-Assad aurait pu autoriser les deux. Mais à la fin de 2010, son gouvernement décida de ne permettre qu’un seul projet, celui de son allié iranien. Cette décision était également un pied de nez à la Turquie, avec laquelle la Syrie entretient des relations conflictuelles depuis plus d’un demi-siècle.

Ce fut une grave erreur.

Cumulativement, au cours de la durée totale de son fonctionnement, le gazoduc qatari devait rapporter des revenus de l’ordre de centaines de milliards de dollars au Qatar. Furieux du refus syrien, les dirigeants de cette pétromonarchie décidèrent de renverser le régime de Bachar el-Assad.

À la merci de la Russie pour son approvisionnement en gaz naturel, l’Europe occidentale ne gagnait rien à se libérer de la Russie si c’était pour devenir dépendante du gaz iranien. Voilà pourquoi, les pays occidentaux, avec la complicité de la Turquie, décidèrent de soutenir discrètement les visées subversives des pétromonarchies.

Le printemps arabe en 2010-2011

Quelques semaines après le feu vert donné au projet de gazoduc iranien, éclate un événement totalement imprévu dont l’importance historique est considérable : le Printemps arabe.

Déclenchée en Tunisie le 17 décembre 2010, cette révolte se solde par la démission du chef d’État tunisien moins d’un mois plus tard, le 13 janvier 2011.

En janvier et février 2011, une série de manifestations d’une ampleur inégalée se déroulent en Égypte. Les manifestations les plus importantes de déroulent le vendredi — le jour de la prière chez les Musulmans — au sortir des mosquées.

En effet, l’Arabie saoudite utilise son influence sur le clergé égyptien pour transformer les prêches du vendredi en discours incendiaires où les imams incitent les fidèles à la révolte. Le 11 février 2011, le chef de l’État égyptien démissionne.

Comme une trainée de poudre, le Printemps arabe atteint la Syrie en mars 2011. Les premières manifestations antigouvernementales y sont organisées. Celle de Deraa, le 23 mars, est la première réprimée dans le sang; 50 à 100 opposants sont tués.

Le vendredi suivant, le 25 mars, le clergé sunnite de Syrie appelle les fidèles à la révolte; c’est le Jour de la colère. Quatre jours plus tard, le gouvernement syrien présente sa démission au président Bachar el-Assad (qui lui, demeure en poste).

Dans les mois qui suivent, les manifestations se succèdent, toujours réprimées brutalement par l’armée. Parallèlement, dès le mois d’avril, on assiste à l’apparition de groupes rebelles armés.

La guerre en Syrie

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Alors que le Printemps arabe piétine en Syrie, les pétromonarchies se voient obligées d’adopter une autre stratégie; celle d’y transformer ce début de guerre civile, en guerre par procuration où des milices financées par elles — provenant de n’importe où — combattront le régime de Bachar el-Assad.

En 2011, s’il était possible de parler de rebelles ‘modérés’, cela n’est plus possible aujourd’hui. Comme dans toute guerre qui s’éternise, les scrupules et principes de départ ont fait place depuis longtemps à une haine impitoyable; tous les moyens sont bons pour tuer l’ennemi.

À l’époque de la répression du Printemps arabe, la grande majorité des pertes civiles ont été causées par le régime de Bachar el-Assad. Cet argument a souvent été utilisé pour prouver la barbarie de ce dernier. En réalité, cela ne faisait que refléter la supériorité militaire du régime en ce début de guerre.

Si les avions, les bombes et les gaz toxiques de l’armée syrienne avaient été aux mains des rebelles — notamment ceux qui se sont ultérieurement joints à Al-Qaida ou à l’État islamique — ce serait eux qui auraient causé la majorité des morts parmi la population civile dès le début de la guerre.

Territoires contrôlés par les forces en présence

De nos jours, chaque fois qu’une ville ou qu’un village syrien tombe entre les mains des rebelles islamistes dits ‘modérés’, les Alaouites (le groupe confessionnel auquel appartient Bachar el-Assad) y sont systématiquement massacrés.

Contrairement à ce que soutient la propagande officielle de nos pays, la guerre en Syrie n’oppose pas le méchant régime de Bachar el-Assad à de bons rebelles luttant pour la démocratie parlementaire; elle oppose un régime brutal à des mercenaires étrangers pires que lui.

En excluant Al-Qaida et l’État islamique (dont on connait bien l’idéologie barbare), les autres milices rebelles, si elles prenaient le pouvoir, se proposent toutes d’implanter la charia (autrement, elles ne seraient pas financées par l’Arabie saoudite) et d’exterminer les Alaouites, soit 12% de la population syrienne (c’est-à-dire deux millions de personnes).

Évidemment, dans une telle éventualité, beaucoup d’Alaouites fuiraient à l’étranger. Mais ceux restés sur place seraient l’objet d’un génocide.

Dans un pays divisé — non pas par des rivalités interconfessionnelles — mais plutôt par des haines interconfessionnelles (attisées par des pays étrangers), la seule manière de pacifier ce pays est de le soumettre au joug d’un régime brutal. Or ce régime existe déjà, c’est celui de Bachar el-Assad.

En claquant des doigts, si on pouvait faire cesser cette guerre et tenir des élections demain, Bachar el-Assad serait réélu facilement parce que les dirigeants des milices rebelles sont soit des étrangers ou de parfaits inconnus.

Les pays occidentaux le savent très bien. Impuissants le renverser militairement, ils insistent pour que Bachar el-Assad quitte volontairement ses fonctions. Un vœu que le dirigeant syrien a ignoré jusqu’ici.

On peut remplacer l’homme. Mais remplacer son régime autoritaire signifie livrer le pays au chaos, à l’anarchie et au carnage.

Références :
Declassified Department of Defense Report (2012-07-30)
La Syrie, pays de tous les enjeux
Qatar-Turkey pipeline
Révolution tunisienne de 2010-2011
Syria’s Pipelineistan war

Parus depuis :
If the Castle Falls: Ideology and Objectives of the Syrian Rebellion (2015-12-21)
“Échanges entre militaires” : les révélations de Seymour Hersh sur la Syrie (2015-12-28)
Report on Syria conflict finds 11.5% of population killed or injured (2016-02-11)
Russia is the big winner in Syria’s flawed ‘truce’ (2016-02-12)
Des rebelles islamistes accusés de crimes de guerre (2016-07-05)
Revealed: the £1bn of weapons flowing from Europe to Middle East (2016-07-27)
Les forces françaises ont tué au moins 2 500 djihadistes de l’EI en Irak et Syrie (2016-12-13)
Syrie : la guerre des intérêts (2017-04-10)
DGSE, Espions, Secrets des Affaires, Crises mondiales (vidéo) (2018-04-07)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’ABC de la guerre syrienne (1re partie)

Publié le 12 décembre 2015 | Temps de lecture : 7 minutes

Présentation de la Syrie

La Syrie est un pays arabe situé au Moyen-Orient. Ce pays possède une superficie 185 180 km², soit l’équivalent du tiers de la France.

Environ 22% du territoire est désertique ou semi-désertique. Le reste est composé de pâturages (44,6%), de terres arables servant à des cultures provisoires (25,4%) et de terres agricoles permanentes (5,8%).

Depuis 1964, la superficie des terres arables a diminué de 34,9% à 25,4% en raison de la désertification.

En juillet 2014, le pays était peuplé de 17 millions de personnes, urbanisées dans une proportion de 57,7%. L’âge moyen y est de 23,8 ans en raison de l’importance démographique des jeunes de moins de quinze ans (32,5%). L’alphabétisation y est de 90% chez les garçons et de 80% chez les filles.

Les Arabes y forment 90,3% de la population. Le reste est composé de Kurdes, d’Arméniens et d’autres minorités ethniques.

L’État syrien, se voulant laïc, ne procède à aucun recensement confessionnel. Officieusement, on estime que les principales confessions religieuses sont les suivantes :
• 75,0% Musulmans sunnites
• 12,0% Alaouites (Musulmans chiites)
• 10,0% Kurdes (Musulmans à 80% sunnites)
•   5,4% Syriaques (Catholiques orthodoxes)
•   3,0% Druzes (Mulsulmans chiites)

Selon le CIA Word Factbook, en 2014, le secteur tertiaire (soit les services) représentait 62,9% du produit intérieur brut. Suivaient le secteur industriel avec 19% (pétrole, textile, agroalimentaire, tabac, phosphate, ciment, extraction des huiles alimentaires, assemblage automobile), et l’agriculture proprement dite avec 18,1% (blé, orge, coton, légumineuses, betterave à sucre, élevage du mouton, œufs, volaille et production laitière).

Le produit intérieur brut par personne était de 5 100$US en 2011, ce qui plaçait la Syrie au 165e rang mondial. Depuis, la situation s’est considérablement dégradée.

Les sanctions économiques internationales contre le régime de Bachar el-Assad ont fait chuter officiellement les exportations de 98%, passant de 11,3 milliards$ en 2010 à 185 millions$ en 2012. Toutefois, cela ne tient pas compte de la contrebande de pétrole dont l’importance est estimée entre 120 et 500 millions de dollars, selon les sources consultées.

Présentation des pays voisins de la Syrie

Carte de la Syrie

Au nord, le pays voisin est la Turquie. La Turquie et la Syrie entretiennent une relation conflictuelle pour différentes raisons, mais surtout depuis le rattachement en 1939 d’une province syrienne à la Turquie.

Cette bande de terrain prive la Syrie d’environ la moitié de son accès à la Méditerranée. Cette annexion est reconnue internationalement mais la Syrie ne l’a jamais acceptée.

Cette animosité se reflète par la nature des échanges commerciaux entre ces deux voisins, qui se limitent essentiellement de nos jours à la contrebande de pétrole.

À l’est et au sud-est, le pays voisin est l’Irak. Avant les sanctions économiques contre la Syrie, c’était en Irak que la Syrie expédiait la majorité de ses exportations.

Au sud, se trouve la Jordanie. Pays fragile, la Jordanie essaie de vivre harmonieusement avec tous ses voisins. Lorsqu’elle doit choisir, elle se range du côté du plus puissant.

À l’ouest, se trouvent le Liban et Israël. Celui-ci a annexé illégalement le Golan (le sud-ouest de la Syrie) en 1981 après l’avoir occupé pendant des années.

À l’époque où la Syrie était une puissance régionale, celle-ci faisait la pluie et le beau temps au Liban, n’hésitant pas à assassiner ou à faire tuer les dirigeants libanais qui ne lui convenaient pas.

C’est par le biais de la Syrie que l’Iran fait parvenir armes et financement à un mouvement terroriste chiite libanais appelé le Hezbollah. Comme beaucoup de mouvements qui font la promotion de l’Islam politique, le Hezbollah est à la fois un organisme caritatif et paramilitaire.

Guerre_syrienne_zUn peu moins de 200km de la frontière occidentale de la Syrie donne directement sur la Méditerranée. C’est sur cette rive qu’est construite — à Lattaquié, quatrième ville du pays — la seule base maritime russe en Méditerranée.

De plus, le port syrien de Tartous, à 60km plus au sud, accueille en permanence des navires de la flotte russe. C’est là que se trouve aussi une base de radars russes.

En aout et septembre derniers, la Russie a construit sa première base aérienne en Syrie, autour de l’aéroport de Jableh, une ville située à 25km au sud de Lattaquié, et qui est également un port maritime.

De plus, la Russie a entamé la construction d’une deuxième base aérienne. Celle-ci est située à Shayrat, à l’intérieur du pays, près de la troisième ville la plus populeuse (Homs) et à environ 100km de la capitale (Damas). Cette nouvelle base militaire protège ces deux villes et bloque l’avancée des milices de l’État islamique vers l’ouest.

Sur ses bases militaires, la Russie déploie ses missiles sol-air les plus sophistiqués, d’une portée de 400km et d’une précision remarquable. Dans les faits, depuis le déploiement récent de ces missiles, la Russie — allié du gouvernement syrien — a pris le contrôle de l’espace aérien du pays. Ses missiles peuvent également tirés à partir du sous-marin Rostov-on-Don, stationné à l’intérieur des eaux territoriales de la Syrie.

En comparaison, les bombardiers américains se ravitaillent sur des bases militaires turques situées en Turquie. Les États-Unis sont donc soumis au bon vouloir et aux caprices de leur hôte.

La Grande-Bretagne, entrée officiellement depuis peu dans la guerre syrienne, stationne ses bombardiers sur une base militaire britannique située sur l’île de Chypre. Celle-ci est à 187km des côtes syriennes. On voit donc l’avantage que possède la Russie d’avoir plusieurs bases militaires situées beaucoup plus près des zones de combat.

Quant à la France, ses bombardiers se ravitaillent sur le porte-avion Charles-de-Gaulle, stationné au large des côtes syriennes.* La position de la France, hostile à la fois au régime de Bachar el-Assad et à l’État islamique a pour conséquence que ses chasseurs doivent rester hors de portée des défenses antiaériennes syriennes en faisant le détour par la Turquie au nord ou par la Jordanie au sud.

L’influence générale de la Russie dans les affaires internationales n’est plus ce qu’elle était aux beaux temps de l’URSS. Toutefois, dans le cas particulier de la Syrie, ses avantages stratégiques sont tels qu’il ne peut avoir de résolution de la crise syrienne sans elle.

*Post-scriptum du 2016-01-12 : Le porte-avion Charles-de-Gaulle a quitté la Méditerranée; il est maintenant en route pour le golfe Persique. La Russie ayant pris le contrôle de la presque totalité de l’espace aérien de Syrie, il devenait plus prudent pour la France (hostile à Bachar-el Assad), d’aller œuvrer en Irak.


Ce redéploiement est également un autre signe annonciateur de la reconquête de Mossoul (la deuxième ville irakienne, actuellement aux mains de l’État islamique).

Références :
Chute de près de 100% du commerce extérieur syrien
CIA World Factbook – Syria
La Russie a frappé des cibles en Syrie pour la première fois depuis un sous-marin
La Russie a installé une deuxième base militaire en Syrie
Le porte-avions français Charles de Gaulle est entré en action en Syrie et en Irak
Les Kurdes, un peuple éclaté entre quatre pays
Les missiles S-300 russes et la neutralisation de la suprématie militaire américaine
Russia is building a second military airbase in Syria
Russia’s Expanding Military Presence in Syria
Russian S-400 missiles turn most of Syria into no-fly zone, halt US air strikes
Syrie

Parus depuis :
Le chef du Pentagone en visite pour la première fois sur le « Charles-de-Gaulle » (2015-12-19)
Opérations aériennes contre l’EI depuis le porte-avions « Charles-de-Gaulle » (2016-09-30)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les propos haineux d’un père

Publié le 10 décembre 2015 | Temps de lecture : 2 minutes

Interrogé par le quotidien Le Parisien, le père du troisième membre du commando terroriste qui causé le carnage au Bataclan a déclaré : « Si j’avais su qu’il commettrait un jour une chose comme ça, je l’aurais tué avant.»

À mon avis, cette déclaration doit être interprétée de manière littérale.

En vertu de la Charia, l’homicide est punissable de la peine de mort sauf quand il s’agit du mari qui tue sa femme ou du père qui tue son enfant.

Ce témoignage du père suggère que le fils a grandi à Strasbourg dans un milieu familial où règne une conception rigoriste de la religion. Or justement, ce rigorisme fut probablement un terreau fertile à la radicalisation ultérieure du fils.

En comparaison, lorsqu’un père québécois apprend que son fils est un criminel, ses réactions sont le déni (‘mon fils n’est pas comme ça’), la déculpabilisation du fils (‘il s’est laissé influencer’), ou la honte.

Mais réagir en disant qu’on aurait préféré le tuer, cela trahit un sens aigu de l’honneur familial, aujourd’hui à peu près complètement disparu chez nous, mais jugé sacré dans d’autres sociétés.

Dans une famille où règne le fondamentalisme religieux, le pas à franchir pour commettre un attentat terroriste est plus facile (sans toutefois être inéluctable) : que ce soit un attentat contre une clinique d’avortement américaine (s’il s’agit du fondamentalisme chrétien) ou contre les symboles de la dépravation occidentale (s’il s’agit du wahhabisme).

Il est important de se rappeler que le terrorisme religieux n’est pas une exclusivité musulmane; elle est associée à tous les milieux qui se croient investis de la mission divine de réaliser la Colère de Dieu.

Référence :
Le père du troisième kamikaze du Bataclan : «Si j’avais su, je l’aurais tué avant»

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La sympathie discrète du gouvernement israélien pour Al-Qaida

Publié le 9 décembre 2015 | Temps de lecture : 2 minutes

Le très sérieux Wall Street Journal révélait en mars dernier que les combattants d’Al-Qaida blessés au sud-ouest de la Syrie trouvaient refuge en Israël pour y être soignés.

Amos Yadlin — ancien chef du Renseignement militaire israélien dont Le Monde publie ce matin une entrevue — déclarait plus tôt cette année que l’Iran et le Hezbollah étaient des menaces bien plus graves pour Israël que les islamistes radicaux sunnites (dont Al-Qaida et l’État islamique font partie).

Ce qui est vrai pour Al-Qaida, l’est moins pour le califat parce ce territoire n’est pas situé près des frontières israéliennes; les blessés graves de l’ÉI sont plutôt soignés en Turquie, plus proche.

Si le territoire de l’ÉI s’approchait des frontières israéliennes, ses combattants blessés seraient soignés en Israël selon la politique obsessionnelle de Benyamin Netanyahou d’appuyer tout ce qui pourrait nuire à l’Iran et à son allié Bachar el-Assad.

En vertu du serment d’Hippocrate, les médecins sont tenus de soigner tout être humain, quelles que soient ses convictions religieuses et ses idées politiques.

Je ne reproche donc pas aux médecins d’avoir soigné des terroristes; ils ont fait leur devoir. Je reproche plutôt au gouvernement israélien de Netanyahou de permettre à ces combattants, une fois remis sur pied, de retourner combattre en Syrie plutôt que de les emprisonner et de les accuser de terrorisme.

Si ces derniers, revenus au combat, étaient affectés à la commission d’un attentat terroriste ici même à Montréal, je doute que les excuses d’Israël rencontreraient beaucoup de sympathie au Québec.

Conséquemment, on ne peut que qualifier d’irresponsable la politique du gouvernement de Benyamin Netanyahou à l’égard des terroristes sunnites et espérer qu’il se ressaisisse avant d’avoir à porter l’odieux des conséquences d’une complicité honteuse.

Références :
Al Qaeda a Lesser Evil? Syria War Pulls U.S., Israel Apart
Amos Yadlin : « Bachar Al-Assad fait partie de l’axe radical qui veut détruire Israël »
Wall Street Journal: Israel Caught Red-handed Aiding al-Qaeda in Syria

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’église de Val-de-Grâce (1645-1667)

Publié le 8 décembre 2015 | Temps de lecture : 10 minutes

La naissance d’un dauphin

En 1638, Anne d’Autriche — une princesse espagnole en dépit de son titre — est l’épouse de Louis XIII. Elle a 36 ans. Après 23 ans de mariage, elle n’a toujours pas donné d’héritier au roi de France.

Mariée à celui-ci en 1615 en vertu d’une entente matrimoniale entre l’Espagne et la France, sa nuit de noces fut un désastre.

Elle et le roi n’ont que quatorze ans. Aucun d’eux n’a d’expérience sexuelle. Mais la reine mère — qui assure la régence depuis le décès d’Henri IV en 1610 — ne veut pas qu’on puisse remettre en question cette union dynastique.

Dans la chambre nuptiale, dans des circonstances demeurées obscures, on interviendra afin de s’assurer que la mariage soit consommé dès cette nuit-là.

Traumatisé, le jeune roi portera longtemps rancune à sa mère. Mais surtout, il ne s’approchera plus de son épouse pendant les quatre années suivantes.

À la suite de cette première expérience humiliante, au fil des années, la sexualité de Louis XIII se développera vers un attrait exclusif à l’égard de courtisans de sexe masculin.

Le roi passe la nuit très rarement dans la chambre de la reine, et lorsque c’est le cas, c’est dans le seul but de tenter d’assurer la pérennité de la dynastie par la conception d’un héritier.

Après plusieurs fausses couches, à la surprise générale, la reine donne finalement naissance à un bébé masculin le 5 septembre 1638. Cet héritier règnera à partir de 1643 sous le nom de Louis XIV.

Une réalisation parsemée d’embuches

Au cours de la longue période où elle est délaissée, la reine avait promis à Dieu qu’elle ferait construire une église si elle devait donner un héritier au royaume.

Son choix se porte sur l’abbaye de Val-de-Grâce, en construction depuis 1624 et qui, plusieurs fois, lui a servi de refuge contre les intrigues de la cour.

Avec le décès de Louis XIII en 1643, la reine assure la régence avec l’appui de Mazarin et jouit d’un accès privilégié aux finances du royaume.

Elle achète différents lots qui agrandissent considérablement la superficie de Val-de-Grâce.

De plus, elle confie en 1645 à l’architecte François Mansart le soin de construire un temple magnifique qui complétera l’abbaye.

Mais François Mansart est un perfectionniste, jamais satisfait de ce qu’il est en train de faire.

Relevé de ses fonctions un an plus tard en raison notamment de ses hésitations, François Mansart passe le flambeau à Jacques Lemercier qui conserve les plans de son prédécesseur, n’apportant que des modifications mineures.

Toutefois, de 1648 à 1651, la révolte du parlement de Paris et d’une bonne partie de la noblesse contre le pouvoir royal (soit la Fronde), retarde les travaux. Ceux-ci ne reprendront qu’en 1655.

Entretemps, l’architecte Lemercier décède. Pierre Le Muet est chargé de l’achèvement des travaux.

Celui-ci agrandira le monastère mais poursuivra telle quelle la construction de l’église. Il sera assisté de 1665 à 1667 par Gabriel Le Duc.

L’église Val-de-Grâce est finalement complétée en 1667, vingt-deux ans après la pose de la première pierre et un an après le décès d’Anne d’Autriche (qui y sera inhumée).

Les antécédents

Les premières églises à dôme de Paris furent :
• l’église Saint-Joseph-des-Carmes (1613-1620),
• l’église du couvent des filles de la Visitation (1632-1634),
• l’église Saint-Louis-des-Jésuites (1627-1641), et
• la chapelle de la Sorbonne (1635-1642), propriété du cardinal de Richelieu.

En 1667, l’église de Val-de-Grâce devenait la cinquième.

Description de l’église

Façade de l’église de Val-de-Grâce, en 2003

L’église de Val-de-Grâce a pour thème la Nativité.

Sa façade à deux étages est de style baroque romain. Elle présente en avancée un portique surmonté d’un fronton triangulaire.

Celui-ci porte la dédicace (en latin) : « À Jésus naissant et à sa mère la Vierge », une allusion à la naissance de Louis XIV et à la régente, commanditaire de l’œuvre, en tant que mère.

Les sœurs du Val-de-Grâce étant des Bénédictines, de part et d’autre de ce portique, on trouve des niches qui honorent les deux saints patrons de la communauté; Saint Benoît (à droite) et Sainte Scholastique (à gauche).

Ces sculptures ont été réalisées par François-Théodore Devaulx (1802-1870) en remplacement de celles — en marbre blanc et sculptées par François Anguier — qui honoraient les mêmes saints et qui décoraient originellement la façade de l’église.

Aperçu de l’intérieur
Maitre-autel à baldaquin et coupole

Lorsqu’on pénètre dans cette église, le maitre-autel et son somptueux baldaquin en marbres polychromes attirent immédiatement l’attention. Ils sont l’œuvre de Pierre Le Muet, élève du Bernin.

Autel

Immédiatement au-dessus du tabernacle, on a placé les personnages de la crèche, en marbre de carrare, rappelant le thème de la Nativité.

Il s’agit là d’une copie du chef-d’œuvre de Michel Anguier.

L’original, créé pour Val-de-Grâce, fut transféré en 1805 dans la chapelle de la Vierge de l’église Saint-Roch de Paris. Bien plus tard, le curé de Saint-Roch ayant refusé de rendre la crèche à Val-de-Grâce en dépit de la demande de Napoléon III, on décida d’en sculpter une copie identique qui se trouve donc à Val-de-Grâce en remplacement de l’original.

Couronnement du baldaquin

Ce baldaquin est surmonté d’un couronnement en bois doré, œuvre de Michel Anguier. Les rubans que déploient les angelots portent des citations du Gloria in excelsis Deo (c’est-à-dire Gloire à Dieu au plus haut des cieux). Ils expriment la reconnaissance à Dieu pour la naissance de Louis XIV.

Fresque de la coupole

Au-dessus du chœur, la coupole repose sur un tambour percé de fenêtres. Cette coupole est décorée d’une fresque de Pierre Mignard intitulée La Gloire des Bienheureux.

Au sein d’une nuée d’environ deux cents personnages sacrés, au centre de laquelle se trouve la Sainte Trinité, on distingue (ci-dessus à 8h) la reine Anne d’Autriche agenouillée, portant une cape en hermine brodée de fleurs de lys dorés, offrant l’église de Val-de-Grâce à Dieu, réalisant ainsi sa promesse.

Pendentif de Saint Marc

Les quatre pendentifs à la rencontre des arcs qui supportent la coupole représentent les quatre évangélistes (ici Saint Marc, symbolisé par le lion à ses pieds).

Orgue

À gauche du chœur, dans un espace clôturé par une grille dorée, se trouve un orgue de Cavallé-Coll conçu entre 1851 et 1853 et destiné à l’église Sainte-Geneviève. En 1885, cette dernière devint le Panthéon. On transféra l’orgue, devenu inutile, à l’église de Val-de-Grâce.

Avant que cet orgue y soit aménagé, cet espace portait le nom de Chapelle Sainte-Anne (la patronne de la reine). C’est là qu’étaient placés de nombreux monuments au cœur de princes et princesses de la famille royale de France.

Au moment de l’embaumement, le cœur était prélevé, puis placé dans un monument spécial (une urne scellée reposant sur un socle ou sur une sculpture) appelé monument au cœur.

Souvent accompagné d’un message d’affection du défunt, ce monument était destiné à être exposé publiquement.

L’église Val-de-Grâce accueillit plusieurs de ces monuments au cœur.

Après la Révolution, ils ont été profanés puisque leur contenu possédait une valeur marchande. En effet, dans le milieu artistique, les cœurs momifiés, réduits en poudre et mélangés à des huiles et des pigments, avaient la réputation de conférer un glacis extraordinaire aux toiles peintes à l’aide de ces mélanges.

De l’autre côté du chœur, en face l’espace où est logée l’orgue, se trouve le Chœur des religieuses. C’est là que les religieuses, assises sur des stalles, prenaient place afin d’écouter la messe.

Elles étaient séparées du chœur proprement dit par une grille dorée qui les dissimulait partiellement du regard des curieux

On accédait au Chœur des religieuses directement à partir du monastère, sans passer par l’extérieur.

Voûte

La lumière naturelle qui inonde cette église provient d’une série de grands vitraux transparents aménagés immédiatement sous sa voûte richement décorée par Philippe de Buyster.

Allégories de l’Humilité et de la Virginité

De chaque côté du vaisseau central, les piliers sont séparés par des arcades décorées d’allégories représentant dix-huit vertus (l’abnégation, la bonté, la charité, l’espérance, la justice, etc.). Elles furent sculptées par Michel Anguier, responsable (rappelons-le) de la crèche du chœur et du couronnement du baldaquin.

Dans la photo ci-dessus, l’Humilité (à gauche) repousse un ange qui lui présente les lauriers de la Gloire et rejette à ses pieds les attributs du pouvoir (sceptre et couronne). À droite, la Virginité, un lys au bras et un agneau à ses pieds, indique du doigt la voie du salut.

Pour terminer, signalons que le riche pavage en marbre polychrome de l’église est de Nicholas Pasquier.

Dôme de l’église

Originellement, les bandes verticales en relief du dôme étaient décorées d’or, comme seront celles du dôme de l’hôtel des Invalides (dont la construction débutera en 1670). On imagine l’émerveillement des gens de l’époque devant la splendeur et la nouveauté de l’édifice.

De nos jours, l’église de Val-de-Grâce représente le plus bel ensemble conventuel français du XVIIe siècle et la plus importante contribution d’Anne d’Autriche au patrimoine architectural de la capitale.

Elle exprime finalement le talent et la maitrise des artisans français de l’époque.

Détails techniques : Appareils Canon Powershot G6 (1re photo) et Olympus OM-D e-m5 (les autres photos), hypergone M.Zuiko 8 mm F/1,8 (3e photo) et objectifs M.Zuiko 12-40 mm F/2,8 (2e, 5e, 8e et 10e photos), PanLeica 25 mm F/1,4 (4e, 6e et 7e photos), M.Zuiko 7-14 mm F/2,8 (9e photo) et M.Zuiko 75 mm F/1,8 (11e photo)
  1re photo : 1/1000 sec. — F/2,8 — ISO 100 — 7,1 mm
  2e  photo : 1/80 sec. — F/2,8 — ISO 1000 — 12 mm
  3e  photo : 1/80 sec. — F/1,8 — ISO 200 — 8 mm
  4e  photo : 1/80 sec. — F/1,4 — ISO 200 — 25 mm
  5e  photo : 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 500 — 22 mm
  6e  photo : 1/100 sec. — F/1,4 — ISO 200 — 25 mm
  7e  photo : 1/200 sec. — F/1,4 — ISO 200 — 25 mm
  8e  photo : 1/80 sec. — F/2,8 — ISO 1000 — 12 mm
  9e  photo : 1/160 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 7 mm
10e  photo : 1/80 sec. — F/2,8 — ISO 250 — 40 mm
11e  photo : 1/2500 sec. — F/1,8 — ISO 200 — 75 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Temple du Marais (1632-1634)

Publié le 6 décembre 2015 | Temps de lecture : 4 minutes

L’Ordre de la Visitation Sainte-Marie a été fondé en 1610 à Annecy, une ville française située près de la frontière suisse.

À l’origine, les religieuses de cette communauté avaient comme tâche principale de visiter les malades et les pauvres afin de les réconforter.

Trois d’entre elles arrivent à Paris en 1619. Après plusieurs déménagements nécessités par l’accroissement de leurs effectifs, elles acquièrent en 1629 un hôtel particulier situé près de la Bastille.

Grâce à la générosité de leurs mécènes, elles y construisent d’abord un monastère puis, de 1632 à 1634, une église.

L’architecte de celle-ci était François Mansart (1598-1666), membre d’une prolifique famille d’architectes dont le plus connu est son petit-neveu, Jules Hardouin-Mansart.

Temple du Marais
Détail de la façade du temple du Marais

Après l’église Saint-Joseph-des-Carmes (1613-1620), l’église du couvent des filles de la Visitation (qu’on appelle de nos jours Temple du Marais), fut la seconde église à dôme de Paris.

Mais contrairement à la première — qui est une église en croix dont la croisée du transept est surmontée d’un dôme — l’architecte de cette église-ci fit preuve d’une plus grande audace.

À l’examen des plans, on peut voir qu’il s’agit d’une rotonde — c’est à dire d’un espace circulaire surmonté d’un dôme — autour de laquelle d’articulent un vestibule rectangulaire au nord, un autel elliptique du côté opposé, et deux chapelles latérales arrondies, peu profondes, respectivement en est et en ouest.

Entre ces espaces, disposés en ‘X’ autour de la rotonde et séparés d’elle par des portes ou des grilles se trouvent trois autres chapelles et une sacristie (en plus d’une autre sacristie, plus à l’arrière, complètement séparée de la rotonde).

Intérieur du temple du Marais

De la rotonde, on accède à l’autel en montant six marches aux coins arrondis. Cet autel est surmonté d’une coupole elliptique assez basse, dont on entrevoit le pourtour richement décoré sur la photo ci-dessus.

Coupole du temple du Marais

Pour ce qui de la coupole de la rotonde, celle-ci mesure treize mètres de diamètre.

Alors que ses fenêtres sont surmontées d’un chérubin, le pourtour du lanterneau est décoré de huit cartouches sur lesquels sont gravés (en latin) : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté ».

Selon les sources, à la Révolution, l’église fut transformée en club révolutionnaire ou en entrepôt de livres. Toute la décoration intérieure (autre que sculptée) fut détruite.

En 1803, l’ancienne église de la Visitation Sainte-Marie, devenue propriété de l’État depuis la Révolution, redevint un lieu de culte. Celui-ci fut attribué à l’Église réformée sous le nom de « Temple Sainte-Marie », renommé « Temple du Marais » en 1992.

Au cours de la guerre franco-prussienne de 1870-1871, une barricade fut dressée à deux pas du temple. Pour cette raison, son extérieur fut sérieusement endommagé. Mais l’intérieur ne fut pas atteint.

La restauration entreprise quelques années plus tard permit de redonner au temple son lustre d’autrefois.

Détails techniques des photos en couleur : Olympus OM-D e-m5, hypergone 8 mm F/1,8 (3e photo), objectifs M.Zuiko 7-14 mm F/2,8 (2e photo) et M.Zuiko 12-40 mm F/2,8 (1re et 2e photos)
1re photo : 1/2500 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 12 mm
2e  photo : 1/1600 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 12 mm
3e  photo : 1/60 sec. — F/1,8 — ISO 250 — 8 mm
4e  photo : 1/80 sec. — F/2,8 — ISO 320 — 10 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le projet de loi 59 est une passoire

Publié le 2 décembre 2015 | Temps de lecture : 5 minutes

Au début de cette année, on apprenait que des étudiants québécois avaient quitté le pays apparemment pour combattre au sein des milices de l’État islamique.

À la même époque, un arrondissement de Montréal avait dû modifier sa règlementation afin d’empêcher l’ouverture d’un centre communautaire par un imam. Précédemment, ce dernier avait été chassé d’une mosquée existante pour ses propos jugés radicaux par les fidèles : ce centre communautaire devait, dans les faits, servir de mosquée lui permettant d’exprimer ses idées.

Les maisons d’enseignements et les villes se sentent mal outillées lorsqu’on leur demande de servir de remparts contre la radicalisation. Ce n’est pas leur rôle.

En contrepartie, elles n’ont habituellement pas la force de s’opposer à l’islamophobie ambiante quand il s’agit de protéger les droits fondamentaux des Musulmans (environ 3% de la population québécoise).

Voilà pourquoi il est du rôle des gouvernements supérieurs d’agir dans ce domaine.

En réponse à cette inquiétude, le gouvernement du Québec avait promis de s’attaquer à la radicalisation islamiste.

Mais désireux d’éviter les ‘amalgames’ — le dernier mot à la mode — le gouvernement Couillard a préféré agir de manière plus vaste en s’attaquant au discours haineux.

En soi, cette intention est louable.

On a donc présenté un projet de loi intitulé : « Loi concernant la prévention et la lutte contre les discours haineux et les discours incitant à la violence et apportant diverses modifications législatives pour renforcer la protection des personnes ».

Comme son nom bavard l’indique, ce projet de loi contient des dispositions qui n’ont pas de rapport avec la lutte à la haine et qui dépassent donc le cadre de ce texte.

Alors que dit ce projet de loi ?

Tout repose sur son premier article.

Celui-ci établit que cette loi s’applique aux discours haineux et aux discours incitant à la violence concernant les personnes protégées de la discrimination par la Charte québécoise des droits et libertés.

Voyons un exemple concret.

Si un imam québécois prêche qu’un texte est une insulte à l’Islam et que son auteur devrait être puni de la peine de mort, est-ce un discours haineux ou un discours incitant à la violence ? De toute évidence, oui. Mais est-ce contraire au projet de loi 59 ? Malheureusement non.

En effet, le projet de loi n’interdit pas tous les discours haineux, mais seulement ceux qui visent les personnes qui appartiennent à un groupe protégé de la discrimination en vertu de la Charte québécoise des droits et libertés.

Si l’imam précise qu’on devrait assassiner l’auteur peu importe sa race, son sexe, son orientation sexuelle, son état civil, son âge, ses convictions politiques, sa langue, sa religion, etc., il ne commet aucune discrimination. Conséquemment cela n’est pas contraire au projet de loi 59.

Ce qui ne veut pas dire que sa prédication ne serait pas contraire à une disposition actuelle du Code criminel. Mais la loi 59 n’ajouterait rien de plus.

Par peur des ‘amalgames’, cette loi prétend interdire une finalité (la radicalisation) sans rien faire contre chacune des étapes qui conduisent à cette finalité.

Interdirons-nous le financement de mosquées québécoises par l’Arabie saoudite ? Non.

Interdirons-nous la promotion au Québec des interprétations les plus radicales de l’Islam, les interprétations qui font honte à la grande majorité des Musulmans d’ici ? Non.

Interdirons-nous à un professeur de suggérer à ses élèves la lecture d’un texte anodin publié sur l’internet, mais sur lequel apparaissent également des hyperliens vers des discours d’Oussama ben Laden ou des textes de propagande de l’État islamique ? Non.

Et si un professeur impose à ses étudiants un devoir qui consiste à réaliser une affiche de propagande de l’État islamique, est-ce du discours haineux ou violent ? L’affiche réalisée par un élève pourrait l’être mais certainement pas le devoir du professeur.

Les dirigeants d’école, les maires et les officiers d’organismes publics qui espéraient des moyens d’agir sont abandonnés à leur sort par un gouvernement obsédé par son désir de se distinguer de son principal adversaire politique, présenté comme xénophobe et intolérant.

En somme, de la petite politique qui nous protège de rien.


Post scriptum : Dans l’édition de novembre 2015 de L’Action nationale, Marc Laroche — détenteur d’un diplôme d’études supérieures en sciences des religions — suggère l’encadrement législatif suivant :

Ne délivrer un permis de construction ou de location d’un lieu de rassemblement (temple, église, mosquée, synagogue, etc.) — et de tout lieu faisant office de lieu de culte (mon ajout) — que si les responsables de groupes religieux ou idéologiques s’engagent par écrit à ce qu’aucun passage incitant à la violence grave contenu dans leurs textes référentiels n’y soit professé.

S’il est démontré par la suite qu’un tel groupe contrevient à cette règle, il sera condamné pour terrorisme et dissous, et ses biens, meubles et immeubles seront confisqués par l’État.


Références :
De jeunes Québécois soupçonnés d’avoir rejoint des djihadistes en Syrie
L’imam Hamza Chaoui n’aura pas de permis de la Ville de Montréal
Projet de loi 59 (version originelle)
Un professeur demande à ses élèves de réaliser une affiche de propagande de l’EI


Deuxième post-scriptum (26 mai 2016) : La ministre de la Justice du Québec, Stéphanie Vallée, a annoncé aujourd’hui l’abandon de la partie 1 du projet de loi 59. Inefficace, cette la partie de la loi visait à combattre l’intégrisme et la radicalisation.

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Écrit par Jean-Pierre Martel