Pensionnats autochtones : le froid entre le Canada et le Vatican

11 juin 2021

La leçon papale

Afin d’honorer une promesse faite trois ans plus tôt, le pape Jean-Paul II avait rencontré cinq-mille Autochtones venus l’accueillir à Fort-Simpson le 20 septembre 1987.

À cette occasion, après avoir idéalisé le travail des missionnaires catholiques, le pape déclarait :

…j’affirme votre droit à une juste et équitable mesure d’auto-gouvernement et à la possession des terres propres et des ressources appropriées, indispensables pour le développement d’une économie vitale, adaptée aux besoins de l’actuelle génération et de celles de l’avenir.
(…)
Je voudrais rappeler qu’à l’aube de la présence de l’Église dans le Nouveau Monde, mon prédécesseur Paul III proclama en 1537 les droits des peuples indigènes de cette époque. Il affirma leur dignité, défendit leur liberté et déclara qu’on ne pouvait pas les réduire à l’esclavage ou les priver de leurs biens ou de leurs propriétés.

Ceci a toujours été la position de l’Église.

Tout comme le fameux ‘Vive le Québec libre’ du général de Gaulle en 1967, les appels vingt ans plus tard de Jean-Paul II en faveur de l’autodétermination des peuples Autochtones du Canada avaient créé un froid diplomatique entre notre pays et le Vatican.

Le charnier de la honte

Justin Trudeau est le premier chef d’État du pays à reconnaitre les sévices dont ont été victimes les Autochtones du pays.

Alors que ses efforts de réconciliation n’ont pas encore donné grand-chose de concret, la découverte d’un charnier dans lequel les corps de 215 enfants autochtones ont été jetés a ravivé les plaies vives des Autochtones et suscité l’indignation internationale.

Après avoir réagi par de l’embarras, le premier ministre canadien s’est rapidement ressaisi en exigeant des excuses du Vatican.

C’est comme si Ottawa disait : “Ce charnier est une initiative de cette communauté religieuse catholique. C’est de sa faute. Le Vatican doit s’en excuser.

Effectivement, aucune loi, aucun règlement, ni aucune norme fédérale n’a jamais exigé qu’on manque à ce point de respect pour la dépouille des Autochtones du pays.

Après s’être fait faire la morale par Jean-Paul II en 1987, voilà qu’Ottawa remet au Vatican la monnaie de sa pièce.

La véritable faute des autorités religieuses

Les Autochtones ont le plus faible niveau de vie au pays. Ils n’ont jamais eu la volonté ni les moyens d’envoyer leurs enfants pensionnaires dans des écoles privées.

Fondamentalement, si des communautés religieuses ont fait construire et mis sur pied des pensionnats autochtones, c’est parce qu’elles se sont laissé corrompre par l’argent du fédéral.

Autrement, ces maisons d’enseignement n’auraient jamais existé parce que non rentables.

De plus, c’est Ottawa qui peuplait ces pensionnats en ordonnant aux forces policières d’arracher littéralement les enfants autochtones des bras de leurs mères.

La création des pensionnats autochtones découle d’une volonté étatique de procéder au génocide culturel des peuples autochtones du pays. D’en faire de nouveaux citoyens, parlant anglais, capables de lire et d’écrire, mais incapables d’effectuer les tâches nécessaires à leur survie en forêt.

Du point de vue autochtone, on en faisait des bons à rien.

Au début, créer un pensionnat autochtone était payant. Voilà pourquoi ils se sont multipliés rapidement partout au Canada, surtout dans les provinces anglophones.

Le Québec fut la dernière province où une communauté religieuse se laissa corrompre. Un siècle après le premier pensionnat autochtone au Canada anglais, c’est en 1931 que les Oblats de Marie Immaculée créèrent le premier établissement du genre au Québec.

Et parce que ces maisons d’enseignement dépendaient exclusivement de l’argent d’Ottawa, dès qu’elles étaient créées, elles étaient prises dans l’engrenage des politiques génocidaires canadiennes.

Il suffisait à Ottawa d’adopter une certaine rigueur budgétaire pour que les sommes allouées aux pensionnats diminuent.

Alors que fait-on ? Eh bien, on économise, par exemple, sur les frais de chauffage l’hiver. On se justifie en se disant qu’après tout, ces ‘gens-là’ sont habitués à vivre au froid.

Aux compressions budgétaires fédérales suivantes, on diminue la qualité de la nourriture ou les portions. Souvent les deux.

Et de compressions en compressions, les pensionnats autochtones sont passés d’établissements carcéraux en camps de concentration pour la durée des études de leurs pensionnaires.

Conclusion

Lorsqu’on prétend à l’infaillibilité, il est difficile de reconnaitre ses torts…

D’une manière ou d’une autre, les excuses du Vatican viendront. Elles viendront pour les principales victimes; les enfants autochtones.

Mais elles ne viendront jamais pour ces centaines de religieuses — victimes collatérales — qui croyaient entrer en religion pour accomplir le bien, mais dont la vie a été gâchée.

Une vie qui a été gâchée par des prélats corrompus par l’argent d’Ottawa et qui ont transformé ces religieuses en agentes de répression, distribuant les punitions corporelles et assujettissant les élèves aux privations les plus diverses au fur et à mesure que diminuait l’aide d’Ottawa.

Du coup, tout cela ne doit pas détourner notre attention vers les vrais coupables, au premier rang desquels le père de la Confédération canadienne, le premier ministre John-A. Macdonald, créateur de cette machine génocidaire.

Une machine sur laquelle reposent les assises du Canada puisque depuis la conquête anglaise, le Canada s’est construit sur la dépossession violente des terres occupées par les Autochtones.

Références :
La destruction des Indiens des Plaines. Maladies, famines organisées, disparition du mode de vie autochtone
Nettoyer la statue de Macdonald, un gaspillage des fonds publics
Pape Jean-Paul II – Visite apostolique 1987
Pensionnats : après la douleur et la honte, quoi ?
Pensionnats autochtones : la honte canadienne
Téléjournal, 20 septembre 1987
Trudeau déçu du refus du Vatican de s’excuser pour les pensionnats autochtones

Complément de lecture : Le génocide des Béothuks à Terre-Neuve

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le génocide des Béothuks à Terre-Neuve

5 juin 2021

Au nombre estimé entre mille et dix-mille avant la colonisation anglaise, les Béothuks peuplaient autrefois l’ile de Terre-Neuve.

Pendant des siècles, des Européens (essentiellement des Basques) avaient pris l’habitude de pêcher la morue au large de l’ile.

L’attitude relativement pacifique des Béothuks changea à l’arrivée en 1497 du navigateur génois Giovanni Cabotto (ou John Cabot), accostant l’ile pour le compte du roi Henri VII d’Angleterre.

Cette année-là, les hommes armés de Cabotto ayant capturé trois Béothuks afin de les montrer au roi à titre de curiosités, les familles des prisonniers tentèrent en vain de les libérer. Du coup, les Béochuks furent considérés comme des rebelles.

Wikipédia écrit : “Trois ans après, en 1500, deux autres bateaux conduits par Gaspar Corte-Real attaquent, de nuit et par surprise, un groupe d’une soixantaine de Béothuks. Hommes, femmes et enfants sont embarqués de force ou abattus par les marins. L’hiver d’après, en représailles de ce carnage, Corte-Real est tué avec son équipage et ses deux bateaux sont brulés. Les exactions et les rapts pour être ramenés de force en Europe se poursuivront les années suivantes.

Dès lors, tous les marins européens qui s’approchèrent de l’ile — peu importe le pavillon sous lequel ils naviguaient — furent considérés comme des ennemis venus piller les ressources maritimes appartenant aux Béothuks.

En 1697, le Traité de Ryswick fit de Terre-Neuve une colonie anglaise.

Dans les années qui suivirent, Béothuks et Anglais se livrèrent à une série d’attaques et de représailles au cours desquels les Anglais, mieux armés, tuèrent des dizaines, voire des centaines d’Autochtones.

Par exemple, en 1768, une jeune mère Béothuk fut décapitée devant son fils de cinq ans pour avoir refusé de se plier à l’esclavage sexuel auquel on voulait la soumettre.

Les relations entre les Béothuks et les Anglais étaient tellement mauvaises, que l’année suivante, la couronne britannique sentit le besoin d’adopter un édit interdisant explicitement de les chasser (au sens littéral du terme).

Les exactions et les maladies contagieuses apportées par les Anglais eurent raison de ce peuple dont le dernier représentant disparut en 1829.

Le génocide des Béothuks fut donc le premier réussi au Canada.

Strictement parlant, ce génocide n’a pas été commis par le Canada puisque Terre-Neuve ne fit partie du territoire canadien qu’à partir de 1949, année de son annexion, par voie de référendum, au pays.

Les Béothuks s’ajoutent plutôt au nombre incalculable des victimes du colonialiste anglo-saxon en Amérique, que ce soit la déportation des Acadiens (pour faire place à des colons anglais), l’esclavage de millions de ‘Noirs’, ou les politiques génocidaires à l’égard des peuples autochtones, tant au Canada qu’aux États-Unis.

Référence : Béothuks

Compléments de lecture :
Gabriel Sagard en Huronie
L’époque troublée du premier Irlandais au Canada

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Pensionnats autochtones : la honte canadienne

3 juin 2021

L’ordre établi

Depuis la conquête anglaise, le Canada a revêtu plusieurs formes gouvernementales dont l’avant-dernière fut le Dominion du Canada.

Ce dernier est né en 1867 d’une loi britannique appelée le British North America Act. Pendant plus d’un siècle, cette loi fit office de constitution.

Parallèlement, le parlement canadien adoptait en 1876 la Loi sur les Indiens en vertu d’un article de cette constitution.

Parce qu’elle découle explicitement de la constitution de 1867, cette loi en constitue un volet et conséquemment, possède une valeur constitutionnelle.

Elle définit le Droit autochtone canadien, cet apartheid juridique qui servait d’assise légale aux politiques exterminatrices du Canada.

La découverte d’un premier charnier

Dans les pensionnats autochtones mis sur pied par le gouvernement canadien dans le cadre de ses politiques génocidaires, environ six-mille enfants autochtones y sont morts de maltraitance, de maladie ou par suicide.

La dépouille de ces victimes n’était pas retournée aux parents; on expliquait simplement que l’enfant avait disparu parce qu’il s’était enfui. Au sein des communautés autochtones, personne n’y a jamais cru.

La nouvelle récente de la découverte d’un charnier dans lequel on avait jeté les cadavres de 215 enfants autochtones a fait le tour du monde.

Toutefois, 215 sur six-mille décès, c’est peu. Et c’est peu parce que la recherche à ce sujet ne fait que commencer.

Cette découverte possède l’avantage de frapper les esprits et de rendre concrètes des statistiques froides qui laissent la majorité de la population indifférente.

Propager la maladie

Gabriel Sagard est ce récollet qui a habité en Huronie en 1623-1624, à l’époque où les Hurons-Wendats avaient très peu été exposés à la culture européenne.

Tout comme lui, les explorateurs de l’époque sont unanimes à présenter les Autochtones comme beaux, fiers et vigoureux.

Mais le contact avec les Européens fut l’occasion d’un choc microbien qui décima des millions d’Autochtones en Amérique. Une propagation qui ne fut volontaire que dans le cadre de la stratégie militaire des troupes anglaises.

À cela, on doit ajouter au Canada le rôle spécifique de la tuberculose.

En 1907, le médecin en chef du Département des Affaires indiennes signalait que dans un des quinze pensionnats visités, l’insalubrité était telle que 69 % des enfants admis mourraient de tuberculose.

À la fin de leurs études, les survivants retournaient dans leurs communautés propager cette maladie qu’ils avaient contractée sans toutefois en mourir.

La difficile abrogation de l’apartheid canadien

À l’époque où il était premier ministre du Canada, Pierre-Elliott Trudeau — le père de l’actuel premier ministre — avait voulu abolir la Loi sur les Indiens.

À cette fin, il avait nommé Jean Chrétien, un de ses plus proches collaborateurs, au titre de ministre des Affaires indiennes.

Mais ils échouèrent. Modifier un ordre constitutionnel est une tâche colossale.

Car depuis l’adoption de la Loi sur les Indiens, se sont ajoutés tout un spaghetti de lois, de règlements et de jurisprudence croisée qui rendent presque impossible son abolition par Ottawa.

Pour ce faire, le fédéral devra affronter la profession juridique, gardienne de l’ordre établi, qui considère que son contrepouvoir est un rempart contre l’absolutisme de l’État et qui est toujours heureuse d’en faire la démonstration.

À titre d’exemple, s’il est possible de déplacer une réserve indienne (notamment sur des terres de moindre valeur économique), il est pratiquement impossible d’en augmenter la taille.

Quand Grégoire Gollin a voulu donner à la réserve de Kanesatake la partie de la pinède d’Oka dont il était propriétaire, il s’est buté à l’incroyable complexité juridique que cela représentait.

En dépit des témoignages, des enquêtes et des rapports, peu de choses ont réellement changé depuis un siècle. À titre d’exemple, un Autochtone ne peut toujours pas léguer des biens à ses héritiers sans que son testament soit approuvé par le ministre des Affaires indiennes.

Le blocage du droit autochtone canadien est un argument de plus en faveur de l’indépendance du Québec. En effet, l’indépendance est un moyen de faire table rase du passé et de construire un nouveau pays sur des bases nouvelles : justes, laïques, écologiques et républicaines.

Et c’est une occasion de tisser avec les peuples autochtones du Québec des relations dignes de celles, étonnantes pour l’époque, de nos ancêtres en Nouvelle-France et de leur faire oublier le cauchemar canadien.

Références :
Droit autochtone canadien
Gabriel Sagard en Huronie
L’histoire d’un crime national
Loi sur les Indiens
Manitoba : droits fondamentaux et laïcité
Pensionnats autochtones : découverte « déchirante » des restes de 215 enfants
Un promoteur veut faire un « don écologique » de terrains à Kanesatake

Paru depuis :
La reconnaissance d’un génocide par Trudeau peut avoir des conséquences graves (2021-06-05)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Racisme : la poupée sacrificielle

27 mars 2021

Ce qui est en cause derrière les accusations de racisme portées contre les Québécois, c’est la justification des politiques coloniales de l’État canadien.

Pendant des décennies, ces politiques ont consisté, entre autres, à subventionner outrageusement les institutions anglo-québécoises au nom de la défense des minorités… en oubliant que la plus importante minorité du Canada, c’est le peuple francoQuébécois.

En réalité, la ‘minorité’ anglophone du Québec n’est que l’annexe québécoise de la majorité canadienne.

Aux yeux de bien des citoyens de ce pays, l’extinction en cours du peuple francoQuébécois ne fera qu’éliminer un peuple sans intérêt qui vit paresseusement aux dépens de la péréquation canadienne.

Lorsqu’on veut déposséder un peuple ou le faire disparaitre, la première étape est de le diaboliser ou de susciter le mépris à son égard. C’est précisément pour cette raison que le concept de race a été développé au XIXe siècle.

C’est ainsi que selon de jeunes bourgeois blancs et anglophones de l’université McGill, nous sommes coupables de racisme lorsque nous prenons fait et cause en faveur des victimes du colonialisme anglo-saxon. Sous l’accusation d’appropriation culturelle, nos créateurs doivent se taire et laisser ces victimes se défendre elles-mêmes.

L’impérialisme anglo-saxon nous oblige même à partager des tabous culturels (le Blackface) dont les racines sont complètement étrangères à notre histoire. En somme, nous devons nous sentir coupables des politiques esclavagistes des autres.

À partir du titre d’un pamphlet anticolonial qui fait le parallèle entre le sort des ‘Noirs’ américains et le nôtre — N… blancs d’Amérique de Pierre Vallières — on suggère que l’ensemble de la littérature québécoise serait raciste alors que le mot en ‘N’ est omniprésent dans la littérature américaine et rare dans celle d’ici.

En raison de leur opposition à ce colonialisme, le FLQ et les indépendantistes québécois sont jugés ‘racistes’ comme sont jugés ‘terroristes’ les patriotes qui s’opposent par les armes à l’envahissement de leur pays par des soldats américains.

Quant aux paroles malheureuses prononcées il y a un quart de siècle par un premier ministre à moitié ivre un soir de défaite référendaire, disons-le une fois pour toutes; elles ne sont pas plus un exemple du racisme des Québécois que le reflet de ce qu’il était véritablement.

Fondamentalement, le Canada s’est construit sur la dépossession territoriale violente des peuples autochtones et leur génocide culturel dans des pensionnats autochtones.

De plus, le multiculturalisme actuel du Canada n’est rien d’autre que l’expression du tribalisme des sociétés anglo-saxonnes.

Pour oublier son racisme, l’ethnie dominante du Canada doit habiller le Québec des attributs du racisme anglo-saxon et, comme la poupée sacrificielle, la détruire pour se sentir soulagée de ses propres fautes.

Le dénigrement du Québec existe parce qu’il fait du bien à ceux qui le pratiquent. Et ce phénomène sera récurrent tant que le Québec ne sera pas devenu une province anglophone comme les autres.

Références :
Appropriation culturelle et racisme anglo-saxon
Colonisation et esclavage en Nouvelle-France
Le colonialisme économique ‘canadian’
Le mot en ‘n’ dans la littérature anglo-américaine
Le multiculturalisme ou le tribalisme des sociétés anglo-saxonnes
Le néo-racisme multiculturel du NPD
L’invention des races humaines
Maquillage et Blackface
Nettoyer la statue de Macdonald, un gaspillage des fonds publics
Une présentation sur le mot en n sème l’émoi dans une école anglophone

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Ouïgours : la résolution-boomerang

24 mars 2021

Justin Trudeau et tous ses ministres ont fait preuve de sagesse en s’abstenant de voter en faveur de la résolution que le Parti conservateur a fait adopter par la Chambre des Communes au sujet du ‘génocide’ des Ouïgours.

C’est que le Canada cache des squelettes dans ses placards.

Les politiques assimilatrices de la Chine à l’égard de l’ethnie ouïgoure miment celles du Canada à l’égard de ses peuples autochtones.

Les douze-millions de Ouïgours représentent moins d’un pour cent de la population chinoise. Selon les statistiques raciales du Canada, les Indiens, les Inuits et les Métis comptent pour 1,6 million de personnes, soit quatre pour cent de la population canadienne.

Créés à l’initiative d’Ottawa, les pensionnats autochtones avaient comme but avoué le génocide culturel de ces peuples.

Les enfants y étaient amenés de force après avoir été arrachés des bras de leur mère. Parler une langue autochtone (même lors des récréations) était défendu. Et on séparait les membres d’une même famille en différents pensionnats pour qu’ils n’aient plus rien sur lequel s’accrocher.

Loin de leur famille et de leur communauté, sept générations d’enfants autochtones ont été privées de leur identité à la suite d’efforts systématiques et concertés visant à anéantir leur culture, leur langue et leur esprit.

Plus de 150 000 enfants autochtones ont été placés dans ces pensionnats. On estime qu’environ six-mille d’entre eux y sont morts de maltraitance, de maladie ou par suicide.

D’où la question : quelle est la différence fondamentale entre les ‘pensionnats autochtones’ et les ‘camps de rééducation chinois’ ?

D’autre part, selon le Washington Post, on poserait des stérilets aux femmes ouïgoures sans leur consentement. Les députés canadiens qui, à juste titre, s’en scandalisent semblent oublier que la Chine imite ainsi le Canada.

Ce matin, Radio-Canada nous rappelait qu’en novembre 2018, une étude avait montré que la stérilisation forcée de femmes autochtones n’est pas seulement une partie honteuse de l’histoire canadienne, mais qu’elle a encore cours en Alberta, en Saskatchewan, au Manitoba, en Ontario et dans les territoires nordiques du pays.

Au lieu de faire la morale à la Chine, la résolution adoptée par la Chambre des Communes ne fait que souligner l’hypocrisie du Canada.

Elle remet dans l’actualité des pratiques médicales que notre pays devrait bannir au plus tôt au lieu d’accuser la Chine de crimes contre les femmes qu’il tolère sur son propre territoire depuis 150 ans.

Références :
« Je ne me sentais plus femme », raconte une Autochtone stérilisée malgré elle
Le ‘génocide’ des Ouïgours en Chine
L’ONU s’inquiète de la stérilisation forcée des femmes autochtones au Canada
Manitoba : droits fondamentaux et laïcité

Paru depuis :
Une femme algonquine et crie dénonce une stérilisation sans son consentement (2021-05-13)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le racisme systémique en mode binaire

11 février 2021

Racisme et racisme

Lorsque j’étais adolescent, le racisme, c’était tout ou rien; ou bien on était raciste, ou bien on ne l’était pas.

Depuis, je me suis rendu compte qu’il y a des degrés dans le racisme.

On peut être indifférent aux problèmes éprouvés par les membres d’une communauté ethnique. Ce manque d’empathie généralisé est une forme minimale de racisme.

On peut aussi craindre ou ne pas aimer leur présence. Ou croire qu’ils partagent les mêmes défauts ou les mêmes insuffisances. Parce que, dit-on, ils sont tous comme ça

Au-delà du préjugé, on peut leur souhaiter collectivement du mal.

Et finalement, on peut prendre des moyens pour leur infliger soi-même des sévices ou leur causer la mort.

À des degrés divers, tout cela est du racisme.

Même si chaque personne raciste est susceptible d’évoluer (positivement ou non), on doit distinguer les degrés de sévérité du racisme. En effet, on n’applique pas les mêmes remèdes lorsqu’une maladie est bénigne ou sévère.

Il en est de même du racisme systémique.

Les degrés du racisme systémique

Le Canada et les États-Unis sont deux pays nés de la dépossession violente de territoires occupés par des peuples autochtones et l’assujettissement de ces derniers à un apartheid juridique qui vise à leur extermination physique ou à leur assimilation culturelle.

Sans entrer dans de longues discussions quant au sens qu’on doit donner au qualificatif systémique, il est clair qu’une politique coloniale l’est toujours dans la mesure où elle s’appuie sur tous les pouvoirs répressifs de l’État.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada, a donc raison de reconnaitre le racisme systémique exercé contre les peuples autochtones du pays.

Là où le Canada se distingue de son voisin du Sud, c’est à l’égard des groupes ethniques dispersés au sein de la population, notamment les personnes à la peau pigmentée.

Depuis des décennies, les Québécois qui sont membres de la communauté haïtienne de Montréal sont l’objet de contrôles d’identité alors qu’aucun méfait n’a été commis.

Ceux-ci ont raison de s’en plaindre puisqu’il s’agit de microagressions qui, à la longue, constituent une forme de harcèlement. Un harcèlement contre lequel les autorités politiques n’ont pas fait grand-chose jusqu’ici.

À titre de comparaison, de toute ma vie, il ne m’est jamais arrivé d’être interpelé par un policier pour rien.

Comparons cela à la situation aux États-Unis.

Le cas de George Floyd — étranglé publiquement par un policier (avec la complicité de trois autres) — est mondialement connu.

Ce qu’on ignore généralement, c’est que dans ce pays, tous les parents ‘Noirs’ doivent un jour procéder à The Talk auprès de leurs adolescents.

The Talk est un exposé au sujet de la soumission dont doit faire preuve tout ‘Noir’ interpelé par un policier ‘Blanc’; s’adresser à lui en l’appelant ‘Sir’, ne pas élever la voix, obéir sans discussion à chacune de ses requêtes même celles qui semblent humiliantes, ne faire aucun geste brusque, etc.

À défaut de quoi ce dernier pourrait abattre le ‘Noir’ sans préavis et être innocenté ultérieurement de toute accusation sous le prétexte qu’il s’est senti menacé.

Références :
En marge du meurtre de George Floyd
Kenosha : les mauvaises fréquentations policières
Le meurtre de Rayshard Brooks
Le transport aérien d’urgence d’enfants autochtones malades : la cruauté de l’État québécois
Racisme systémique : la complicité de Washington à l’égard du KKK
Risk of being killed by police use of force in the United States by age, race–ethnicity, and sex
Trois viols masculins célèbres aux États-Unis

Paru depuis :
Des jeunes Inuits interdits de parler l’inuktitut (2021-05-19)

Complément de lecture : L’invention des races humaines

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le marécage du multiculturalisme canadien

25 janvier 2021

L’impureté du sang

En tant qu’Atikamek (un des onze peuples autochtones du Québec), Alexandra Lorange signait dans La Presse un texte collectif accusant d’appropriation culturelle la pièce Kanata, présentée à Paris en décembre 2018.

Récipiendaire d’une bourse réservée aux étudiants autochtones, Mme Lorange était coresponsable d’un cours féministe et anticolonial intitulé Femmes autochtones du Québec : débats et enjeux, enseigné à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM).

Mais en février 2020, un groupe d’étudiants a fait scandale en accusant la militante de n’avoir aucun ancêtre autochtone avant la 12e génération de sa lignée. Selon eux, le plus récent ancêtre autochtone de Mme Lorange est Marguerite Pigarouiche, née en 1646.

En raison de la dilution excessive de son sang, la militante a été congédiée de l’UQÀM. Officiellement pour des raisons académiques.

La rectitude raciale

Inconveniant Indian (ou L’Indien malcomode) a remporté le prix du meilleur film canadien à la dernière édition du Festival international du film de Toronto.

Au Canada anglais, sa réalisatrice, Michelle Latimer, est depuis vingt ans une tête d’affiche des œuvres autochtones. Or selon certaines critiques, il s’agit ici de son meilleur long métrage.

Alors qu’on songeait à choisir ce film pour représenter le Canada aux Oscar, voilà que la chaine de nouvelles CBC News révélait qu’il fallait remontrer au XVIIe siècle pour trouver des parents autochtones à Michelle Latimer.

Comme une œuvre soudainement perçue comme dégénérée, son film a été retiré du circuit de distribution par le producteur, l’Office national du film du Canada.

Une multiculturaliste pure et dure

Parmi plus d’une centaine de candidats, Mme Bochra Manaï vient d’être choisie par l’administration Plante pour occuper la fonction de Commissaire à la lutte contre le racisme et la discrimination systémiques à Montréal.

Dès l’annonce de sa nomination, le premier ministre du Québec a déploré ce choix.

Sans exagérer (ou si peu), Mme Manaï affirme que le Québec est devenu rien de moins qu’une référence pour les suprémacistes et les extrémistes du monde entier…

De plus, la loi 21 — qui interdit le port de signes religieux par les employés de l’État en position d’autorité — serait une loi raciste.

Mais ce n’est pas tout. Selon la nouvelle commissaire, toute critique du wahhabisme — l’idéologie haineuse de l’Arabie saoudite — est également du racisme. Selon Mme Bochra Manaï :

Les détracteurs du terme islamophobie évoquent l’idée qu’il est possible de « critiquer » l’islam, sans pour autant « détester » les musulmans. Or, cette hostilité qui s’exprime à l’encontre de l’islam comme religion semble directement liée au rejet des musulmans eux-mêmes.

Dans un texte paru dans Huffpost en 2015, Mme Manaï nie même qu’un imam puisse contribuer à la radicalisation de ses fidèles. Selon elle :

Formule magique, s’il en est, qui voudrait que la conversion théologique constitue la voie royale vers la violence politique.

Mais comment donc Al-Qaida recrute-t-elle ses djihadistes si ce n’est par le biais des imams inféodés à son idéologie ? De plus, on se demande pourquoi des gens sont assassinés à la suite d’une fatwa émise contre eux…

Conclusion

Au printemps de 2020, ce qui a fait la force du mouvement Black Lives Matter, c’est qu’il a fait alliance avec une multitude de gens, principalement jeunes, qui exprimait leur indignation face à ce qu’il découvrait; un pays où des gens sont tués simplement parce qu’ils ont la peau ‘trop’ pigmentée.

Si on avait exigé que seules les ‘Noirs’ aient le droit de s’en plaindre, ce mouvement n’aurait pas eu l’impact qu’il a eu.

Plutôt que de promouvoir l’égalité de tous les citoyens aux yeux de l’État, le multiculturalisme exacerbe la tendance naturelle au repli ethnique et renforce le sentiment d’appartenance à sa tribu.

Comme en Inde, on aboutit donc à une série de castes régies par des tabous, dont celui d’accomplir des tâches réservées aux gens d’une caste différente de la sienne.

Se porter à la défense des peuples autochtones est donc interdit aux metteurs en scène (ex.: Robert Lepage), aux enseignants universitaires (ex.: Alexandra Lorange) et aux cinéastes (ex.: Michelle Latimer) qui n’appartiennent pas à la caste ou à la tribu appropriée.

Concrètement, voilà l’effet du multiculturalisme canadien. Celui-ci n’est rien d’autre que l’expression du tribalisme des sociétés anglo-saxonnes.

Références :
Alexandra Lorange perd son poste à l’UQAM
Appropriation culturelle et racisme anglo-saxon
Art dégénéré
Héritage autochtone contesté de Michelle Latimer : l’ONF retire son film
La crise identitaire de Michelle Latimer
L’authenticité, notre plus grand atout
Le multiculturalisme ou le tribalisme des sociétés anglo-saxonnes
Le prosélytisme de l’Arabie saoudite
Le quiproquo de la radicalisation
Les peuples autochtones du Québec
L’inquiétante intolérance de la nouvelle commissaire antiracisme
Montréal: la conseillère Marie-Josée Parent se retire du dossier de la réconciliation
POL4105 – Femmes autochtones du Québec : Débats et enjeux
Prendre congé de la gauche identitaire
Remise en doute des origines d’une militante autochtone; des chefs dénoncent
Un professeur émérite de l’Université McGill s’attire l’ire d’étudiants

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le multiculturalisme ou le tribalisme des sociétés anglo-saxonnes

27 décembre 2020

Introduction

Dans son édition de février 2015, le bimestriel La Revue publiait une entrevue accordée par le poète syrien Ali-Ahmad Saïd-Esber.

À la question : « Que reprochez-vous aux (sociétés) arabes ?», celui-ci répondait :

D’abord une culture fondée sur une conception du pouvoir liée à l’argent et à la tribu (…).

Les Arabes n’ont pas réussi à créer un seul État de citoyenneté. Seulement des régimes basés sur des alliances tribales où la valeur de l’individu ne se définit pas par ses qualités intrinsèques mais par sa couleur ethnique et religieuse, et par sa relation avec le zaïm [NDLR – mot qui signifie chef charismatique ou leader politique].

La logique intérieure de la vie arabe est une logique fondée sur l’appartenance. C’est un monde habité par une peste sociologique et ethnique.

À la manière des sociétés arabes vues par le poète syrien, il suffit de syntoniser la télévision américaine pour être frappé par l’importance accordée aux divers groupes ethniques qui composent ce pays.

L’importance ethnique

Au Québec et en France, dès qu’un nouveau chef de gouvernement annonce la composition de son Conseil des ministres, on y évalue la compétence des titulaires et la place faite aux femmes.

Le reste (l’ethnie, la religion, voire l’orientation sexuelle) est jugé secondaire.

Aux États-Unis, la place des femmes est également prise en considération. Mais ce qui retient surtout l’attention, c’est la nomination de ministres issus de divers groupes ethniques; première femme Autochtone à occuper tel poste, premier Latino-Américain ou premier ‘Noir’ à occuper tel autre poste, et ainsi de suite.

Avec ses 328 millions d’habitants, les États-Unis sont suffisamment populeux pour qu’on puisse y trouver des gens compétents au sein de n’importe quel groupe ethnique.

Mais l’accent porté à l’ethnie contribue à enraciner son importance en tant que facteur identitaire. C’est ainsi que les études ont démontré que les entrepreneurs américains issus de divers groupes ethniques privilégient les liens d’affaires avec leurs semblables.

L’importance de la pigmentation de la peau

Chez nos voisins du Sud, on distinguait autrefois les ‘Noirs’ et les ‘Blancs’ : depuis l’abolition officielle de la discrimination raciale, les unions interethniques ont fait en sorte qu’on parle de plus en plus des ‘Black and Brown people’ (des gens Noirs ou Bruns).

En vertu de la même logique, on peut anticiper qu’il sera bientôt question des ‘Black, Brown and Beige people’. Et finalement, des ‘Black, Brown, Beige and Off-White people’. Parce qu’on réalise très vite qu’aux États-Unis, on perd le statut de ‘Blanc’ dès qu’on n’est pas ‘pure-race’.

Quand la ‘race’ sert de paravent à la pauvreté

Au sujet du Covid-19, la télévision américaine rapporte parfois les taux de mortalité selon la race; chez les ‘Blancs’, les ‘Noirs’ et les Latino-Américains. Mais jamais ou presque selon le revenu familial.

Or il n’existe aucune preuve que les ‘Noirs’ et les Latino-Américains souffrent d’une vulnérabilité intrinsèque (c’est-à-dire génétique) au virus.

S’ils sont plus atteints, c’est en raison de leur condition sociale; appartements surpeuplés, promiscuité intergénérationnelle, de même que l’éloignement des cliniques où ils pourraient être diagnostiqués précocement, des pharmacies où ils pourraient se faire vacciner, et des épiceries offrant des aliments frais (d’où l’obésité et le diabète prédisposant à la pandémie).

Dans ce pays dominé par la droite ou l’extrême droite, on juge préférable de ne pas parler de l’influence de la pauvreté sur les taux de mortalité au Covid-19. Car cela alimenterait le discours de ceux qui réclament plus de justice sociale.

En mettant l’accent sur l’effet de la ‘race’, cela fait qu’on n’y peut rien; si les ‘Noirs’ et les Latino-Américains sont plus atteints, c’est parce que Dieu les a faits ainsi…

L’assimilation idéologique du Québec

Comme une ile entourée par un océan d’Anglophones, le Québec est à la frontière de ce tribalisme auquel nous sommes exposés par le biais de l’énorme influence culturelle et politique de nos voisins.

L’appropriation culturelle

On se rappellera de la controverse au sujet des pièces SLĀV et Kanata, accusées d’appropriation culturelle.

Appliqué aux arts de la scène, ce concept consiste à interdire aux créateurs québécois d’aborder des sujets sensibles — le KKK, l’esclavagisme noir américain, les réserves indiennes, les pensionnats autochtones — qui correspondent aux squelettes que le colonialisme anglo-saxon cache dans ses placards.

Colliger des données selon la ‘race’

En juin dernier, le Nouveau Parti démocratique (NPD) réclamait que le gouvernement fédéral punisse le Québec en raison de son refus de compiler des données au sujet du Covid-19 en fonction des ‘races’ et des origines ethniques.

Lorsque l’Institut national de Santé publique lance une campagne de sensibilisation dans l’arrondissement de Montréal-Nord, il ne le fait pas parce qu’on y trouve des ‘Noirs’, mais parce que le nombre de cas y est plus élevé qu’ailleurs.

Et les masques qu’on y distribue gratuitement ne sont pas donnés exclusivement aux minorités ‘visibles’, mais à tous puisque la contagion affecte tous les pauvres du quartier, peu importe la pigmentation de leur peau.

Concrètement, ce que demandait le NPD, c’est qu’en remplissant des questionnaires à ce sujet, on estime à quelle ‘race’ appartient la personne qu’on évalue. Ce qui contribue à entretenir ce concept fallacieux.

En effet, le racisme ne consiste pas à observer une différence de pigmentation de la peau, mais à y attacher une importance particulière.

L’exemple de McGill

Dans une lettre publiée récemment dans le quotidien Le Devoir, le professeur Martin Drapeau de l’université McGill écrit :

…voici que cette année, nos programmes comptent introduire une nouvelle échelle (…) pour favoriser l’admission d’étudiants issus de groupes dits minoritaires et adhérant à une définition de la « justice sociale » selon laquelle toute minorité est de facto opprimée.

Ce dont il s’agit, ce n’est pas d’une politique de discrimination positive en faveur de groupes ethniques victimes jusqu’ici de discrimination à l’admission, mais d’une politique favorisant le multiculturalisme, perçu comme un idéal en soi au sein de la communauté universitaire.

En réalité, qu’elle soit positive ou non, la discrimination a toujours fait partie de l’ADN de McGill.

Au cours de la première moitié du XXe siècle, dans chaque faculté, l’admission des étudiants de ‘race juive’ (comme on disait à l’époque) était contingenté; la majorité des étudiants y devait être de ‘race britannique’.

Hier comme aujourd’hui, la discrimination ethnique à McGill découle du même tribalisme qui, selon l’époque, donne des résultats différents, voire opposés.

Conclusion

Les États-Unis et le Canada sont nés de l’épuration ethnique des Autochtones par des colons européens.

De manière générale, l’appartenance ethnique est la fondation sur laquelle sont édifiées les sociétés anglo-saxonnes; ce sont des sociétés inégalitaires au sein desquelles chacun doit demeurer à sa place.

Lorsqu’un ‘Noir’ accède à la présidence américaine, il provoque immédiatement l’explosion du nombre de milices d’extrême droite partout à travers le pays. Des milices qui se donnent la mission de rétablir la suprématie violente de la ‘race blanche’.

Ce tribalisme est omniprésent. Dans ce pays, même l’antiracisme perpétue involontairement l’importance démesurée attachée à la pigmentation de la peau.

Strictement parlant, ce n’est pas la faute des peuples anglo-saxons; ceux-ci sont nés dans ce tribalisme qui les accompagne toute leur vie. Au point qu’ils ne le voient plus.

Lorsqu’on examine l’évolution du Québec depuis le dernier référendum, on constate que pour l’élite anglophone du Canada, il ne suffit pas que le Québec renonce à faire son indépendance politique; il lui faut ensuite abandonner ses valeurs républicaines (dont sa conception de la laïcité) et adopter l’idéologie raciste de nos colonisateurs.

De manière à ce que l’idée même de société distincte soit vide de sens, parallèlement à la bilinguisation de Montréal, étape intermédiaire vers l’extinction irréversible du peuple francoQuébécois.

Défendre ce que nous sommes, ce n’est pas seulement défendre le français. C’est défendre les idéaux de la Civilisation occidentale à laquelle nous appartenons contre le tribalisme barbare qui nous entoure.

Références :
Adonis (poète)
Appropriation culturelle et racisme anglo-saxon
Diversité ou discrimination? le cas universel de McGill
Le néo-racisme multiculturel du NPD
L’invention des races humaines

Paru depuis :
Des organisations « pas suffisamment noires » écartées d’un programme fédéral (2021-01-16)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Ce que la défaite de Trump représente pour les ‘Noirs’ américains

8 novembre 2020

Avocat de formation, Van Jones est commentateur politique sur CNN, la chaine américaine de nouvelles en continu.

Conseiller d’Obama en matière d’environnement, il est également un ardent défenseur des droits civiques.

En direct sur les ondes de CNN, voici sa réaction hier à l’annonce de la défaite électorale de Donald Trump.

Cliquez sur l’image pour démarrer

Traduction littéraire :

C’est plus facile d’être un parent ce matin. C’est plus facile d’être un papa. C’est plus facile de dire à ses enfants : l’intégrité compte. (…) Dire la vérité compte. Être une bonne personne compte.

Et c’est plus facile pour un bon nombre de gens.

Si vous êtes musulman, vous n’avez plus à vous soucier que le président ne veut plus de vous dans ce pays.

Si vous êtes un immigrant, vous n’avez plus à craindre que le président se fasse un plaisir de vous arracher votre enfant ou d’expulser sans raison des jeunes qui vivent ici depuis des années.

C’est un soulagement pour bien des personnes qui ont vraiment souffert.

Vous vous rappelez d’I can’t breath (Je ne peux plus respirer). Vous savez, ce n’était pas seulement le cas de George Floyd. Beaucoup de gens étouffaient dans ce pays.

Chaque matin, vous vous leviez et il y avait tous ces gazouillis [présidentiels]. Et vous ne saviez pas…

Vous alliez magasiner et les gens qui [autrefois] n’osaient pas afficher leur racisme devenaient de plus en plus méchants envers vous.

Vous vous inquiétiez pour vos enfants.

Vous vous inquiétiez pour votre sœur; peut-elle simplement aller chez Walmart et revenir à son auto sans que quelqu’un lui fasse [une remarque désobligeante].

Et vous gaspilliez tellement de vos énergies à éviter que votre vie s’effondre.

C’est très important pour nous de juste vivre en paix. (…) Le climat [social] de pays compte.

Être une bonne personne compte. Vous savez, je veux pouvoir dire à mes fils : « Regarde, c’est facile d’être minable et de s’en tirer. Mais cela finit toujours par se retourner contre toi.»

(…)

Je suis désolé pour ceux qui ont perdu; pour eux, c’est un mauvais jour. Mais pour bien du monde, c’est un bon jour.

Référence : Van Jones

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le mot en ‘n’ dans la littérature anglo-américaine

2 novembre 2020

Introduction

Vendredi dernier, le ministre de l’Éducation du Québec a vivement réagi à la décision de deux commissions scolaires anglophones de bannir le manuel scolaire Journeys Through the History of Quebec and Canada.

Pourquoi cette mise à l’index ? Parce que ce manuel mentionne le titre jugé offensant d’un essai écrit en 1968 par Pierre Vallières.

Cette mention ne visait pas à inciter les élèves à lire cet essai. Jamais celui-ci n’a fait partie des lectures obligatoires ou recommandées par ces deux institutions scolaires.

La simple mention du titre N… blancs d’Amérique servait à illustrer comment se sentaient de nombreux Canadiens français à l’époque face à l’exploitation dont ils étaient victimes et à tracer un parallèle entre leur condition et celle des ‘Noirs’ américains.

À l’adolescence, si on m’avait laissé le choix entre lire ce livre et Les Trois mousquetaires d’Alexandre Dumas, devinez ce que j’aurais préféré…

Effectivement, le livre ‘scandaleux’ de Pierre Vallières est une œuvre qui a été lue par moins d’un pour cent des étudiants, qu’ils soient francophones ou anglophones.

Toute cette controverse est donc une tempête dans un verre d’eau… ou dans une tasse de thé, selon les gouts.

Mais si on estime raisonnable de bannir un livre québécois dont le titre est jugé offensant, ne devrait-on pas faire de même à l’égard des nombreux ouvrages tirés de la littérature anglo-américaine qui utilisent le mot en ‘n’ et que ces élèves ont beaucoup plus de chance de consulter parce qu’écrits dans leur langue ?

Les titres romanesques contenant le mot en ‘n’

Our n…: Sketches from the Life of a Free Black

En 1859 paraissait ce roman, écrit par Harriet-E. Wilson. Selon les historiens, ce serait la première œuvre littéraire écrite par une femme à la peau très pigmentée aux États-Unis.

De nos jours, ce livre est complètement oublié. Toutefois, il serait important que les bouquins consacrés à l’histoire de la littérature américaine qui mentionnent son titre soient retirés des étagères des bibliothèques de ces commissions scolaires afin de n’offenser personne.

Tout comme les romans suivants, qu’on prendra soin de retirer des étagères :
The N… of the Narcissus de Joseph Conrad (1897),
N… Heaven de Carl von Vechten (1926),
The Artificial N… de Flannery O’Connor (1955),
N…: An Autobiography by Dick Gregory (1964),
Up from N… de Dick Gregory (1976),
N… de Labi Siffre (1993).

Prancing N…

On fera de même pour le roman britannique Sorrow in Sunlight, un navet écrit par Carl von Vechten en 1924 et renommé aux États-Unis Prancing N…, un titre jugé plus vendeur.

Ten Little N…

Ce célèbre roman-policier d’Agatha Christie échappera à cet opprobre puisque son titre a été modifié dans les années 1980 à And Then There Were None.

Si les bibliothèques scolaires en ont de très vieux exemplaires (notamment de la rare et précieuse édition originale), on verra à les détruire.

Les romans dont le texte renferme le mot en ‘n’

Ce mot offensant est très prévalent dans la culture anglo-américaine. Des milliers d’œuvres l’utilisent ; des opérettes, des comédies musicales, des chansons populaires, des films, des pièces de théâtre, des contes pour enfants et évidemment, des romans.

Parmi ces derniers, le plus connu est Adventures of Huckleberry Finn, chef-d’œuvre de la littérature américaine écrit par Mark Twain en 1885.

Ce roman utilise le mot en ‘n’ plus de deux-cents fois.

On trouve également ce mot dans des œuvres de Wilbert Awdry, Graham Green, Carson McCullers, Rudyard Kipling, Arthur Ransome, et Virginia Wolf, entre autres.

Conclusion

Lorsqu’une personne se dit offensée par l’utilisation d’un mot, on peut soit la désensibiliser à ce mot ou la protéger de cette microagression.

La désensibiliser signifie lui faire réaliser que le mot en ‘n’ n’a pas toujours été une insulte raciste.

Mais si on préfère la protéger, il faut le faire non seulement à l’égard d’œuvres en français — qu’elle est peut-être incapable de lire de toute manière — mais surtout de la multitude des produits culturels anglo-américains.

Nous, francoQuébécois, devons accepter le fait que nos concitoyens anglophones ont le droit à l’autonomie interne. Cela signifie le droit de posséder leurs propres institutions et de prendre les décisions qui les concernent.

En contrepartie, la paix sociale au Québec exige qu’ils le fassent de manière respectueuse à l’égard du peuple francoQuébécois.

En d’autres mots, si des commissions scolaires anglophones veulent bannir un essai québécois en raison de son titre jugé offensant, ils devront bannir également la multitude d’œuvres tirées la littérature anglo-américaine dont le titre ou le texte sont susceptibles d’offenser leurs élèves sensibles.

Sinon, l’exercice n’a pour but véritable que de contribuer à la propagande angloCanadienne qui se plait à nous décrire comme des arriérés et des racistes.

Ce matin même, j’ai commandé N… blancs d’Amérique afin de voir dans quelle mesure on devrait le juger plus offensant qu’Adventures of Huckleberry Finn.

Sans cette controverse, je n’aurais sans doute pas cru bon me procurer cet essai. Je remercie donc les commissions scolaires Lester-B. Pearson et English-Montréal d’avoir suscité ma curiosité et d’avoir sans doute incité de nombreux Québécois à lire les écrits révolutionnaires de Pierre Vallières…

Références :
Appropriation culturelle et racisme anglo-saxon
L’époque troublée du premier Irlandais au Canada
Roberge dénonce la censure à l’école
Use of n… in the arts

Sur le même sujet : Le mot en haine

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| 2018-202X (années Legault), Politique québécoise, Racisme, Sociologie | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


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