Le multiculturalisme ou le tribalisme des sociétés anglo-saxonnes

27 décembre 2020

Introduction

Dans son édition de février 2015, le bimestriel La Revue publiait une entrevue accordée par le poète syrien Ali-Ahmad Saïd-Esber.

À la question : « Que reprochez-vous aux (sociétés) arabes ?», celui-ci répondait :

D’abord une culture fondée sur une conception du pouvoir liée à l’argent et à la tribu (…).

Les Arabes n’ont pas réussi à créer un seul État de citoyenneté. Seulement des régimes basés sur des alliances tribales où la valeur de l’individu ne se définit pas par ses qualités intrinsèques mais par sa couleur ethnique et religieuse, et par sa relation avec le zaïm [NDLR – mot qui signifie chef charismatique ou leader politique].

La logique intérieure de la vie arabe est une logique fondée sur l’appartenance. C’est un monde habité par une peste sociologique et ethnique.

À la manière des sociétés arabes vues par le poète syrien, il suffit de syntoniser la télévision américaine pour être frappé par l’importance accordée aux divers groupes ethniques qui composent ce pays.

L’importance ethnique

Au Québec et en France, dès qu’un nouveau chef de gouvernement annonce la composition de son Conseil des ministres, on y évalue la compétence des titulaires et la place faite aux femmes.

Le reste (l’ethnie, la religion, voire l’orientation sexuelle) est jugé secondaire.

Aux États-Unis, la place des femmes est également prise en considération. Mais ce qui retient surtout l’attention, c’est la nomination de ministres issus de divers groupes ethniques; première femme Autochtone à occuper tel poste, premier Latino-Américain ou premier ‘Noir’ à occuper tel autre poste, et ainsi de suite.

Avec ses 328 millions d’habitants, les États-Unis sont suffisamment populeux pour qu’on puisse y trouver des gens compétents au sein de n’importe quel groupe ethnique.

Mais l’accent porté à l’ethnie contribue à enraciner son importance en tant que facteur identitaire. C’est ainsi que les études ont démontré que les entrepreneurs américains issus de divers groupes ethniques privilégient les liens d’affaires avec leurs semblables.

L’importance de la pigmentation de la peau

Chez nos voisins du Sud, on distinguait autrefois les ‘Noirs’ et les ‘Blancs’ : depuis l’abolition officielle de la discrimination raciale, les unions interethniques ont fait en sorte qu’on parle de plus en plus des ‘Black and Brown people’ (des gens Noirs ou Bruns).

En vertu de la même logique, on peut anticiper qu’il sera bientôt question des ‘Black, Brown and Beige people’. Et finalement, des ‘Black, Brown, Beige and Off-White people’. Parce qu’on réalise très vite qu’aux États-Unis, on perd le statut de ‘Blanc’ dès qu’on n’est pas ‘pure-race’.

Quand la ‘race’ sert de paravent à la pauvreté

Au sujet du Covid-19, la télévision américaine rapporte parfois les taux de mortalité selon la race; chez les ‘Blancs’, les ‘Noirs’ et les Latino-Américains. Mais jamais ou presque selon le revenu familial.

Or il n’existe aucune preuve que les ‘Noirs’ et les Latino-Américains souffrent d’une vulnérabilité intrinsèque (c’est-à-dire génétique) au virus.

S’ils sont plus atteints, c’est en raison de leur condition sociale; appartements surpeuplés, promiscuité intergénérationnelle, de même que l’éloignement des cliniques où ils pourraient être diagnostiqués précocement, des pharmacies où ils pourraient se faire vacciner, et des épiceries offrant des aliments frais (d’où l’obésité et le diabète prédisposant à la pandémie).

Dans ce pays dominé par la droite ou l’extrême droite, on juge préférable de ne pas parler de l’influence de la pauvreté sur les taux de mortalité au Covid-19. Car cela alimenterait le discours de ceux qui réclament plus de justice sociale.

En mettant l’accent sur l’effet de la ‘race’, cela fait qu’on n’y peut rien; si les ‘Noirs’ et les Latino-Américains sont plus atteints, c’est parce que Dieu les a faits ainsi…

L’assimilation idéologique du Québec

Comme une ile entourée par un océan d’Anglophones, le Québec est à la frontière de ce tribalisme auquel nous sommes exposés par le biais de l’énorme influence culturelle et politique de nos voisins.

L’appropriation culturelle

On se rappellera de la controverse au sujet des pièces SLĀV et Kanata, accusées d’appropriation culturelle.

Appliqué aux arts de la scène, ce concept consiste à interdire aux créateurs québécois d’aborder des sujets sensibles — le KKK, l’esclavagisme noir américain, les réserves indiennes, les pensionnats autochtones — qui correspondent aux squelettes que le colonialisme anglo-saxon cache dans ses placards.

Colliger des données selon la ‘race’

En juin dernier, le Nouveau Parti démocratique (NPD) réclamait que le gouvernement fédéral punisse le Québec en raison de son refus de compiler des données au sujet du Covid-19 en fonction des ‘races’ et des origines ethniques.

Lorsque l’Institut national de Santé publique lance une campagne de sensibilisation dans l’arrondissement de Montréal-Nord, il ne le fait pas parce qu’on y trouve des ‘Noirs’, mais parce que le nombre de cas y est plus élevé qu’ailleurs.

Et les masques qu’on y distribue gratuitement ne sont pas donnés exclusivement aux minorités ‘visibles’, mais à tous puisque la contagion affecte tous les pauvres du quartier, peu importe la pigmentation de leur peau.

Concrètement, ce que demandait le NPD, c’est qu’en remplissant des questionnaires à ce sujet, on estime à quelle ‘race’ appartient la personne qu’on évalue. Ce qui contribue à entretenir ce concept fallacieux.

En effet, le racisme ne consiste pas à observer une différence de pigmentation de la peau, mais à y attacher une importance particulière.

L’exemple de McGill

Dans une lettre publiée récemment dans le quotidien Le Devoir, le professeur Martin Drapeau de l’université McGill écrit :

…voici que cette année, nos programmes comptent introduire une nouvelle échelle (…) pour favoriser l’admission d’étudiants issus de groupes dits minoritaires et adhérant à une définition de la « justice sociale » selon laquelle toute minorité est de facto opprimée.

Ce dont il s’agit, ce n’est pas d’une politique de discrimination positive en faveur de groupes ethniques victimes jusqu’ici de discrimination à l’admission, mais d’une politique favorisant le multiculturalisme, perçu comme un idéal en soi au sein de la communauté universitaire.

En réalité, qu’elle soit positive ou non, la discrimination a toujours fait partie de l’ADN de McGill.

Au cours de la première moitié du XXe siècle, dans chaque faculté, l’admission des étudiants de ‘race juive’ (comme on disait à l’époque) était contingenté; la majorité des étudiants y devait être de ‘race britannique’.

Hier comme aujourd’hui, la discrimination ethnique à McGill découle du même tribalisme qui, selon l’époque, donne des résultats différents, voire opposés.

Conclusion

Les États-Unis et le Canada sont nés de l’épuration ethnique des Autochtones par des colons européens.

De manière générale, l’appartenance ethnique est la fondation sur laquelle sont édifiées les sociétés anglo-saxonnes; ce sont des sociétés inégalitaires au sein desquelles chacun doit demeurer à sa place.

Lorsqu’un ‘Noir’ accède à la présidence américaine, il provoque immédiatement l’explosion du nombre de milices d’extrême droite partout à travers le pays. Des milices qui se donnent la mission de rétablir la suprématie violente de la ‘race blanche’.

Ce tribalisme est omniprésent. Dans ce pays, même l’antiracisme perpétue involontairement l’importance démesurée attachée à la pigmentation de la peau.

Strictement parlant, ce n’est pas la faute des peuples anglo-saxons; ceux-ci sont nés dans ce tribalisme qui les accompagne toute leur vie. Au point qu’ils ne le voient plus.

Lorsqu’on examine l’évolution du Québec depuis le dernier référendum, on constate que pour l’élite anglophone du Canada, il ne suffit pas que le Québec renonce à faire son indépendance politique; il lui faut ensuite abandonner ses valeurs républicaines (dont sa conception de la laïcité) et adopter l’idéologie raciste de nos colonisateurs.

De manière à ce que l’idée même de société distincte soit vide de sens, parallèlement à la bilinguisation de Montréal, étape intermédiaire vers l’extinction irréversible du peuple francoQuébécois.

Défendre ce que nous sommes, ce n’est pas seulement défendre le français. C’est défendre les idéaux de la Civilisation occidentale à laquelle nous appartenons contre le tribalisme barbare qui nous entoure.

Références :
Adonis (poète)
Appropriation culturelle et racisme anglo-saxon
Diversité ou discrimination? le cas universel de McGill
Le néo-racisme multiculturel du NPD
L’invention des races humaines

Paru depuis :
Des organisations « pas suffisamment noires » écartées d’un programme fédéral (2021-01-16)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Ce que la défaite de Trump représente pour les ‘Noirs’ américains

8 novembre 2020

Avocat de formation, Van Jones est commentateur politique sur CNN, la chaine américaine de nouvelles en continu.

Conseiller d’Obama en matière d’environnement, il est également un ardent défenseur des droits civiques.

En direct sur les ondes de CNN, voici sa réaction hier à l’annonce de la défaite électorale de Donald Trump.

Cliquez sur l’image pour démarrer

Traduction littéraire :

C’est plus facile d’être un parent ce matin. C’est plus facile d’être un papa. C’est plus facile de dire à ses enfants : l’intégrité compte. (…) Dire la vérité compte. Être une bonne personne compte.

Et c’est plus facile pour un bon nombre de gens.

Si vous êtes musulman, vous n’avez plus à vous soucier que le président ne veut plus de vous dans ce pays.

Si vous êtes un immigrant, vous n’avez plus à craindre que le président se fasse un plaisir de vous arracher votre enfant ou d’expulser sans raison des jeunes qui vivent ici depuis des années.

C’est un soulagement pour bien des personnes qui ont vraiment souffert.

Vous vous rappelez d’I can’t breath (Je ne peux plus respirer). Vous savez, ce n’était pas seulement le cas de George Floyd. Beaucoup de gens étouffaient dans ce pays.

Chaque matin, vous vous leviez et il y avait tous ces gazouillis [présidentiels]. Et vous ne saviez pas…

Vous alliez magasiner et les gens qui [autrefois] n’osaient pas afficher leur racisme devenaient de plus en plus méchants envers vous.

Vous vous inquiétiez pour vos enfants.

Vous vous inquiétiez pour votre sœur; peut-elle simplement aller chez Walmart et revenir à son auto sans que quelqu’un lui fasse [une remarque désobligeante].

Et vous gaspilliez tellement de vos énergies à éviter que votre vie s’effondre.

C’est très important pour nous de juste vivre en paix. (…) Le climat [social] de pays compte.

Être une bonne personne compte. Vous savez, je veux pouvoir dire à mes fils : « Regarde, c’est facile d’être minable et de s’en tirer. Mais cela finit toujours par se retourner contre toi.»

(…)

Je suis désolé pour ceux qui ont perdu; pour eux, c’est un mauvais jour. Mais pour bien du monde, c’est un bon jour.

Référence : Van Jones

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le mot en ‘n’ dans la littérature anglo-américaine

2 novembre 2020

Introduction

Vendredi dernier, le ministre de l’Éducation du Québec a vivement réagi à la décision de deux commissions scolaires anglophones de bannir le manuel scolaire Journeys Through the History of Quebec and Canada.

Pourquoi cette mise à l’index ? Parce que ce manuel mentionne le titre jugé offensant d’un essai écrit en 1968 par Pierre Vallières.

Cette mention ne visait pas à inciter les élèves à lire cet essai. Jamais celui-ci n’a fait partie des lectures obligatoires ou recommandées par ces deux institutions scolaires.

La simple mention du titre N… blancs d’Amérique servait à illustrer comment se sentaient de nombreux Canadiens français à l’époque face à l’exploitation dont ils étaient victimes et à tracer un parallèle entre leur condition et celle des ‘Noirs’ américains.

À l’adolescence, si on m’avait laissé le choix entre lire ce livre et Les Trois mousquetaires d’Alexandre Dumas, devinez ce que j’aurais préféré…

Effectivement, le livre ‘scandaleux’ de Pierre Vallières est une œuvre qui a été lue par moins d’un pour cent des étudiants, qu’ils soient francophones ou anglophones.

Toute cette controverse est donc une tempête dans un verre d’eau… ou dans une tasse de thé, selon les gouts.

Mais si on estime raisonnable de bannir un livre québécois dont le titre est jugé offensant, ne devrait-on pas faire de même à l’égard des nombreux ouvrages tirés de la littérature anglo-américaine qui utilisent le mot en ‘n’ et que ces élèves ont beaucoup plus de chance de consulter parce qu’écrits dans leur langue ?

Les titres romanesques contenant le mot en ‘n’

Our n…: Sketches from the Life of a Free Black

En 1859 paraissait ce roman, écrit par Harriet-E. Wilson. Selon les historiens, ce serait la première œuvre littéraire écrite par une femme à la peau très pigmentée aux États-Unis.

De nos jours, ce livre est complètement oublié. Toutefois, il serait important que les bouquins consacrés à l’histoire de la littérature américaine qui mentionnent son titre soient retirés des étagères des bibliothèques de ces commissions scolaires afin de n’offenser personne.

Tout comme les romans suivants, qu’on prendra soin de retirer des étagères :
The N… of the Narcissus de Joseph Conrad (1897),
N… Heaven de Carl von Vechten (1926),
The Artificial N… de Flannery O’Connor (1955),
N…: An Autobiography by Dick Gregory (1964),
Up from N… de Dick Gregory (1976),
N… de Labi Siffre (1993).

Prancing N…

On fera de même pour le roman britannique Sorrow in Sunlight, un navet écrit par Carl von Vechten en 1924 et renommé aux États-Unis Prancing N…, un titre jugé plus vendeur.

Ten Little N…

Ce célèbre roman-policier d’Agatha Christie échappera à cet opprobre puisque son titre a été modifié dans les années 1980 à And Then There Were None.

Si les bibliothèques scolaires en ont de très vieux exemplaires (notamment de la rare et précieuse édition originale), on verra à les détruire.

Les romans dont le texte renferme le mot en ‘n’

Ce mot offensant est très prévalent dans la culture anglo-américaine. Des milliers d’œuvres l’utilisent ; des opérettes, des comédies musicales, des chansons populaires, des films, des pièces de théâtre, des contes pour enfants et évidemment, des romans.

Parmi ces derniers, le plus connu est Adventures of Huckleberry Finn, chef-d’œuvre de la littérature américaine écrit par Mark Twain en 1885.

Ce roman utilise le mot en ‘n’ plus de deux-cents fois.

On trouve également ce mot dans des œuvres de Wilbert Awdry, Graham Green, Carson McCullers, Rudyard Kipling, Arthur Ransome, et Virginia Wolf, entre autres.

Conclusion

Lorsqu’une personne se dit offensée par l’utilisation d’un mot, on peut soit la désensibiliser à ce mot ou la protéger de cette microagression.

La désensibiliser signifie lui faire réaliser que le mot en ‘n’ n’a pas toujours été une insulte raciste.

Mais si on préfère la protéger, il faut le faire non seulement à l’égard d’œuvres en français — qu’elle est peut-être incapable de lire de toute manière — mais surtout de la multitude des produits culturels anglo-américains.

Nous, francoQuébécois, devons accepter le fait que nos concitoyens anglophones ont le droit à l’autonomie interne. Cela signifie le droit de posséder leurs propres institutions et de prendre les décisions qui les concernent.

En contrepartie, la paix sociale au Québec exige qu’ils le fassent de manière respectueuse à l’égard du peuple francoQuébécois.

En d’autres mots, si des commissions scolaires anglophones veulent bannir un essai québécois en raison de son titre jugé offensant, ils devront bannir également la multitude d’œuvres tirées la littérature anglo-américaine dont le titre ou le texte sont susceptibles d’offenser leurs élèves sensibles.

Sinon, l’exercice n’a pour but véritable que de contribuer à la propagande angloCanadienne qui se plait à nous décrire comme des arriérés et des racistes.

Ce matin même, j’ai commandé N… blancs d’Amérique afin de voir dans quelle mesure on devrait le juger plus offensant qu’Adventures of Huckleberry Finn.

Sans cette controverse, je n’aurais sans doute pas cru bon me procurer cet essai. Je remercie donc les commissions scolaires Lester-B. Pearson et English-Montréal d’avoir suscité ma curiosité et d’avoir sans doute incité de nombreux Québécois à lire les écrits révolutionnaires de Pierre Vallières…

Références :
Appropriation culturelle et racisme anglo-saxon
L’époque troublée du premier Irlandais au Canada
Roberge dénonce la censure à l’école
Use of n… in the arts

Sur le même sujet : Le mot en haine

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le mot en haine

26 octobre 2020
Microagressions (du peintre congolais Mode Muntu)

La leçon de cinquième

En première année du primaire, j’étais le dernier de ma classe. En quatrième année, j’étais devenu parmi les trois meilleurs. Et en cinquième, j’étais le numéro un.

Mon institutrice était alors sœur Pierre-de-Bethsaïde. Celle-ci nourrissait une dévotion spéciale pour saint Joseph.

À l’avant de la classe, près d’une grande fenêtre, il y avait en coin une petite tablette triangulaire sur laquelle cette religieuse avait placé une statue de son saint préféré.

Chaque jour, elle lui demandait la même faveur; de faire en sorte que le lendemain soit ensoleillé.

En début d’une journée pluvieuse, elle grondait publiquement la statue, la retournait vers le coin, mettant ainsi saint Joseph en pénitence.

Cette religieuse m’aimait beaucoup.

Quand j’étais bon élève, elle s’adressait à moi en disant d’un air extasié : ‘Ah ! Mon p’tit prince de Galles’.

Mais quand je n’avais pas appris correctement mes leçons, elle fronçait les sourcils et me traitait d’espèce de prince de Galles.

Dès l’âge de dix ans, je découvrais la relativité du langage, qu’une même épithète puisse être péjorative ou flatteuse selon le contexte. Tout dépendait du ton. Et surtout, de l’intention de la personne qui l’utilise.

Parce qu’en réalité, les mots ou les gestes offensants ne sont que des conventions sociales. Si tous les hommes efféminés partaient à rire lorsqu’on les traite de ‘fifs’, on les qualifierait autrement.

Toute insulte qui perd son pouvoir offensant devient inutile.

Le mot en ‘n’

Pendant des siècles, les ‘Blancs’ américains ont utilisé l’épithète n… pour insulter ou dénigrer les ‘Noirs’.

Autrefois, l’équivalent français n’était pas une insulte. Voilà pourquoi l’auteur haïtien Dany Laferrière a écrit en 1985 un roman intitulé ‘Comment fait l’amour avec un n… sans se fatiguer’.

Vingt ans plus tard, je ne suis pas convaincu que chez les jeunes Québécois de descendance haïtienne, ce mot soit demeuré tout aussi inoffensif.

Au fil du temps, sous l’influence du cinéma américain, le mot s’est chargé d’un sens péjoratif, soit celui qu’il possède au sud de nos frontières.

Car toute langue évolue.

On aura beau reprocher aux Américains de vouloir nous faire éprouver la culpabilité de leur lourd passé esclavagiste, cela ne change pas le fait que le mot puisse offenser certaines personnes qui l’entendent.

Or il n’appartient pas aux gens au teint pâle d’en juger. Seuls ceux qui ont la peau très pigmentée peuvent distinguer l’intention offensante de ceux qui les traitent ainsi.

Bref, il y a tellement de synonymes en français que si une épithète blesse des gens, il suffit d’utiliser un autre mot à la place. Pourquoi insister ?

Quand doit-on l’utiliser quand même ?

Dimanche dernier, à l’émission ‘Tout le monde en parle’, un chanteur hip-hop qualifiait de maladresse le choix du titre ‘N… blancs d’Amérique’ par Pierre Vallières.

En réalité, quand l’auteur écrit son essai séditieux, il est incarcéré aux États-Unis parmi des Black Panthers américains (avec lesquels il fraternise).

Son titre fait une analogie entre l’exploitation des ‘Noirs’ américains et celle de la classe ouvrière québécoise de l’époque. Pour ses compagnons de cellule, il mène fondamentalement le même combat qu’eux.

Penser que Pierre Vallières aurait dû choisir un autre titre, c’est n’avoir rien compris aux propos de l’auteur; si Pierre Vallières s’était toujours soumis à la rectitude politique, on ne l’aurait pas emprisonné. Et qui se rappellerait de lui ?

Dernièrement, à l’université d’Ottawa, une professeure d’histoire et de théorie de l’Art a mentionné le mot en ‘n’ comme exemple de transformation d’une insulte en marqueur identitaire par des ‘Noirs’ américains.

Le tollé déclenché par cet exemple parmi des internautes (principalement anglophones) est typique du manque de culture de notre époque.

Contribuer à un torrent de haine contre cette enseignante sous le prétexte qu’elle est coupable d’une ‘microagression’, c’est faire preuve de peu de jugement.

C’est également typique des gens qui cherchent à donner un sens à leur vie et qui s’enflamment pour la moindre cause.

Se sont-ils donné la peine de chercher à comprendre le sens de la démarche intellectuelle de cette professeure ?

L’enseignement universitaire est inutile s’il se limite à renforcer les préjugés des étudiants; les médias sociaux s’en chargent déjà.

Le propre de la culture est d’élargir l’esprit. À sa manière, l’enseignement universitaire y contribue.

Imaginez des élèves qui entreraient à l’université avec la conviction que la terre est plate et qui en ressortiraient plus convaincus que jamais que c’est vrai; on devrait en conclure que l’université a failli à sa mission.

Références :
Dany Laferrière sur le « mot en n » : « Un tel mot va plus loin qu’une douleur individuelle »
L’invention des races humaines
Reappropriation
Silence à CBC, prudence à Radio-Canada

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Kenosha : les mauvaises fréquentations policières

28 août 2020

Les supplétifs

Tout comme la marine royale anglaise comptait autrefois sur des corsaires pour attaquer de leur côté les navires de la flotte ennemie, le système répressif américain compte sur des supplétifs pour faire les sales besognes.

Ces supplétifs sont des justiciers (ou ‘vigilantes’ en anglais) qui estiment que la criminalité n’est pas suffisamment punie et qui se donnent comme mission de faire respecter la loi à leur manière.

La relation entre les supplétifs et les forces de l’ordre est incestueuse.

Selon un rapport du FBI, depuis vingt ans, les groupes suprémacistes blancs ont infiltré les forces de l’ordre dans toutes les régions des États-Unis, plus particulièrement dans les États suivants : l’Alabama, la Californie, le Connecticut, la Floride, l’Illinois, la Louisiane, le Michigan, le Nebraska, l’Oklahoma, l’Oregon, le Texas, la Virginie, l’État de Washington, et la Virginie-Occidentale.

Depuis le début de ce millénaire, des centaines de policiers américains ont été pris à poster des messages racistes sur les médias sociaux.

Le cas de Kenosha

Kenosha est une ville de cent-mille habitants située au Wisconsin (au sud-ouest des Grands Lacs).

L’État du Wisconsin est voisin du Minnesota, où George Floyd a trouvé la mort le 25 mai dernier.

Le 23 aout, à Kenosha, un policier blanc tire sept balles à bout portant dans le dos de Jacob Blake, un ‘Noir’ américain de 29 ans non armé qui refusait de lui obéir.

Après deux jours de protestations qui se sont terminées, la nuit tombée, par des actes de vandalisme, 250 soldats de la Garde nationale du Wisconsin se sont joints aux policiers de la ville.

Parallèlement, sur des médias sociaux, les milices de justiciers ont été appelées en renfort. Pour l’instant, on ignore l’identité des personnes qui ont lancé cet appel aux armes.

Dès le soir du 25 aout, des justiciers ont accouru de toute la région et se sont postés loin des manifestants, mais à dix pas des véhicules blindés de la Garde nationale du Wisconsin.
 

Cliquez sur l’image pour démarrer

Un de ces justiciers a 17 ans. Il vient d’Antioch, une petite ville située à 35 km en auto. Il est venu seul puisque dans cet État, on obtient son permis de conduire à 15 ans.

C’est lui qu’on voit de dos dans l’image-titre du clip vidéo ci-dessus.

On le suit alors qu’il va réclamer une des bouteilles d’eau que les soldats de la Garde nationale distribuent gratuitement aux justiciers venus les aider.

Un des militaires se permet alors cette confidence : « We appreciate you.» (traduction : Nous vous apprécions).

Le jeune justicier les quitte pour se diriger droit vers les manifestants. Croyant naïvement que la seule vue de sa Kalachnikov AK-15 les ferait fuir, il s’est bientôt retrouvé seul, entouré de manifestants hostiles.

Au cours de la confrontation qui a suivi, il tue deux personnes et en blesse une autre.

Maintenant craint pour vrai, le jeune tueur poursuit sa route vers les policiers de la ville postés à l’autre bout de la rue.

L’arme à feu bien en vue, les policiers le laissent passer en dépit des passants qui leur crient que ce gars-là venait de tuer des gens. Ce qu’ils savent déjà, ayant vu cela d’eux-mêmes à l’aide des jumelles dont sont équipées toutes les autopatrouilles de la ville.

Le lendemain, en conférence de presse, le chef de police de Kenosha résume les évènements de la veille :

« Le couvre-feu [que nous avons imposé] sert à protéger des vies. S’il n’y avait pas eu ces personnes sur la rue en violation du couvre-feu [en parlant des manifestants], la situation d’hier ne serait pas arrivée.

Par ailleurs, la nuit dernière, un individu de 17 ans d’Antioch, en Illinois, a été impliqué dans l’usage d’une arme à feu afin de résoudre le conflit

Ses mots exacts : « …to resolve whatever conflict was in place.»

Alors récapitulons.

À Kenosha, un policier tire sept balles dans le dos d’un jeune ‘Noir’ non armé alors que ce dernier n’était pas une menace à la sécurité de ce policier.

Trois jours plus tard, un jeune ‘Blanc’ déambule publiquement alors qu’un couvre-feu est en vigueur, tue deux personnes sous les yeux des policiers qui le laissent calmement rentrer chez lui pour la nuit.

Pendant ce temps, les forces policières se sont assurées que Jacob Blake — paralysé de la taille aux pieds et sous forte médication antidouleur — ait la cheville enchainée à son lit d’hôpital comme s’il s’agissait d’un animal.

Conclusion

Le cas de Kenosha illustre la connivence qui existe présentement entre les forces de l’ordre et des supplétifs armés appartenant généralement à des organisations d’extrême droite.

Cette connivence est la partie visible et éloquente du racisme systémique qui s’est enraciné profondément dans la société américaine.

Changer cela prendrait une révolution. Celle-ci est en cours; c’est le mouvement Black Lives Matter.

Mais avant même que cette révolution ait porté le moindre fruit, les forces policières — infiltrées depuis des décennies par des suprémacistes ‘blancs’ — s’allient à des extrémistes armés pour étouffer ce mouvement de libération et tenter de perpétuer ce racisme systémique qui prévaut aux États-Unis depuis des siècles.

Références :
California police worked with neo-Nazis to pursue ‘anti-racist’ activists, documents show
En marge du meurtre de George Floyd
Hidden in Plain Sight: Racism, White Supremacy, and Far-Right Militancy in Law Enforcement
Jacob Blake : ce que l’on sait sur les événements qui ont précédé les tirs de la police
Less than 3 minutes passed between when Kenosha police arrived and when Jacob Blake was shot, according to dispatch audio
Portland suffers serious street violence as far right return ‘prepared to fight’
White supremacists and militias have infiltrated police across US, report says

Paru depuis :
Nearly 1,000 instances of police brutality recorded in US anti-racism protests (2020-10-29)

Complément de lecture :
Far-Right Extremism Taints German Security Services in Hundreds of Cases (2020-10-06)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Racisme systémique : la complicité de Washington à l’égard du KKK

16 juin 2020

L’exécution publique de George Floyd a déclenché un vaste mouvement en Occident contre le racisme systémique.

Aux États-Unis, ses racines remontent aux fondements esclavagistes de la nation américaine.

Le racisme des forces policières à l’égard des ‘Noirs’ est bien documenté par des enregistrements vidéos qui alimentent la contestation actuelle.

Tout comme la marine royale anglaise comptait autrefois sur des corsaires pour attaquer de leur côté les navires de la flotte ennemie, le système répressif américain compte sur des supplétifs. Le plus important est le Ku Klux Klan.

À ce jour, le KKK n’est toujours pas classé comme organisation terroriste par le département d’État américain.

Le 31 mai 2020, des manifestations contre le meurtre de George Floyd ont eu lieu pour la première fois dans la petite ville californienne de Victorville, située à 30 km de Palmdale.

Le jour même, un ‘Noir’ de 38 ans est trouvé pendu à un arbre près d’un camp pour sans-abris à Victorville.

Le 13 juin, à Palmdale, un ‘Noir’ de 24 ans est également trouvé pendu à un arbre près de l’Hôtel de Ville. Aussitôt, le shérif du comté de Los Angeles a imputé cette mort à un suicide.

Contrairement à l’immolation par le feu, les personnes qui songent à s’enlever la vie par pendaison ne le font jamais sur la voie publique parce qu’ils ‘risquent’ qu’un bon samaritain contrecarre leur projet.

La pendaison publique est la caractéristique du terrorisme exercé par le KKK envers de la population noire américaine. C’est la signature séculaire du KKK.

Et parce qu’il s’agit d’une organisation parfaitement légale, tout journaliste qui oserait émettre l’hypothèse que ces pendaisons seraient l’œuvre de cette organisation est assuré de recevoir une mise en demeure des avocats du KKK — exigeant une rétraction immédiate — en plus de recevoir des menaces de mort sur les médias sociaux.

Seuls des quotidiens de la taille du New York Times ou du Washington Post sont en mesure de braver le KKK, une organisation terroriste dont l’existence n’est encore possible que grâce à la complicité des plus hautes autorités américaines.

Voilà un exemple parfait de racisme systémique.

Références :
Black man found hanging from tree is 2nd in California over 2-week span
En marge du meurtre de George Floyd
Families Challenge Suicide in Deaths of Black Men Found Hanging From Trees
George Floyd protests in California
Ku Klux Klan

Paru depuis :
California: half-brother of black man found hanged killed in police shooting (2020-06-18)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le meurtre de Rayshard Brooks

15 juin 2020

Introduction

Vendredi soir dernier, à Atlanta, des clients se plaignent qu’une voiture bloque la file des commandes à l’auto d’un Wendy’s.

Un policier arrive sur les lieux. Effectivement, un jeune ‘Noir’ est endormi au volant de sa voiture. Un deuxième policier le rejoint au bout de dix minutes.

Un peu plus d’une heure plus tard, le suspect est abattu par les policiers.

Que s’est-il passé entre les deux ?

Du réveil à la tentative d’arrestation

Lorsque le premier policier cogne à la vitre de l’automobile blanche, le conducteur dort d’un sommeil profond.

Même après que le policier ait ouvert sa portière et s’être adressé à lui à plusieurs reprises, le conducteur mettra plus d’une minute à se réveiller.

Encore confus, le conducteur se rendort et doit être réveillé de nouveau.

Mais après s’être garé à la demande du policier, le voilà réveillé pour de bon. Il déclare ne pas être armé et consent à la fouille corporelle.

Son haleine sent l’alcool. Pourtant son élocution est normale. Il ne montre pas de signe évident d’ébriété et la discussion est respectueuse.

Il a 27 ans. Il s’appelle Rayshard Brooks. Il est propriétaire du véhicule.

Il revient de la fête célébrant le 8e anniversaire de naissance d’une de ses trois fillettes, fête à l’occasion de laquelle il a consommé de l’alcool. Et il vient ici acheter la bouffe du repas du soir pour toute la famille.

À son arrivée, un deuxième policier, Garrett Rolfe, procède au test d’alcoolémie.

L’ivressomètre révèle qu’il a une alcoolémie de 108 mg %, ce qui est au-delà de la limite légale de 80 mg %.

À Montréal, les policiers auraient appelé un taxi, lui aurait demandé de rentrer à la maison et de revenir chercher son auto une fois sobre. Peut-être lui auraient-ils expédié une contravention par la poste.

Mais les deux policiers d’Atlanta voient les choses autrement; ils décident d’arrêter Rayshard Brooks pour ivresse au volant.

Strictement parlant, les policiers n’en ont pas la preuve.

Le suspect a bien une alcoolémie excessive. Mais alors qu’il ne circule plus sur la voie publique. Tout au plus, les policiers l’ont vu se garer tout près, à leur demande, dans un stationnement privé.

Avait-il une alcoolémie excessive en route vers le Wendy’s ? C’est possible, mais ce n’est pas certain.

Le seul devoir des policiers, c’est de s’assurer que le suspect ne prend pas la route dans l’état où il est. Ce n’est pas nécessairement de le placer en état d’arrestation.

Une tentative d’arrestation qui tourne au vinaigre

Au moment où les policiers allaient lui passer les menottes, nous sommes deux semaines après le décès de George Floyd, coopératif au moment de son interpellation, mais étranglé quand même après être devenu, une fois menotté, à la merci de ses bourreaux.

Rayshard Brooks panique alors et résiste à son arrestation.

Pendant que les deux policiers et lui sont tombés au sol et luttent au corps-à-corps, un des policiers tente d’activer son pistolet à impulsion électrique.

Rayshard Brooks frappe un des deux policiers, s’empare du Taser du premier policier arrivé sur les lieux et réussit à s’échapper.

L’agent Garrett Rolfe décharge son Taser sur Brooks, sans résultat apparent.

Dans sa fuite, Rayshard Brooks pointe le Taser quelque part derrière lui.

Voyant le suspect courir plus vite qu’eux, Garrett Rolfe sort son arme à feu et tire trois coups consécutifs dont deux atteignent mortellement le fuyard dans le dos.

Coup de pied de Garrett Rolfe à Rayshard Brooks agonisant

Encore sous l’effet de l’adrénaline, Garrett Rolfe déclare fièrement : « Je l’ai eu », puis frappe violemment du pied Rayshard Brooks, aggravant volontairement les dommages internes causés par ses deux coups de feu alors que Brooks est allongé au sol, agonisant.

Une aggravation des dommages internes qui a probablement contribué à rendre irréversible la descente de Rayshard Brooks vers la mort.

Analyse

L’incident a duré 75 minutes : 40 avant la tentative d’arrestation et 35 minutes après.

Rayshard Brooks a commis trois délits, tous trois survenus dans la seconde partie de cette affaire : il a volé un Taser, il a frappé un policier et il a résisté à son arrestation.

Trois délits qui ne sont pas punissables de la peine de mort.

Il s’agit également de trois délits qui n’auraient pas été commis si le suspect avait été traité à la manière montréalaise plutôt qu’américaine.

En vertu de la jurisprudence des États-Unis, le Taser n’est pas une arme létale.

Donc, à aucun moment, Rayshard Brooks ne représentait une menace mortelle pour les policiers. Conséquemment, il n’existe pas de justification légale pour son exécution.

S’il avait réussi à leur échapper, les policiers auraient pu demander des renforts, faire établir un périmètre dans les environs, utiliser des chiens renifleurs et effectuer une recherche assistée d’un hélicoptère…

Mais pourquoi faire appel à tous ces moyens ‘hollywoodiens’ ? Ils ont sa voiture blanche. Ils ont le numéro de sa plaque d’immatriculation. Ils connaissent son nom. Ils savent où il demeure.

Quelle était l’importance de tuer Rayshard Brooks avant qu’il leur échappe ?

Conclusion

Jusqu’à la fin de sa vie, une des trois fillettes de Rayshard Brooks pensera à la mort de son papa à chacun de ses anniversaires de naissance.

Un papa qui rêvait peut-être à elle, endormi paisiblement au volant de sa voiture, moins d’une heure avant de mourir.

Référence : What do we know about Rayshard Brooks?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le néo-racisme multiculturel du NPD

10 juin 2020

C’est en 2004 qu’on a fait la preuve scientifique que les races n’existent pas.

Depuis le séquençage du génome humain cette année-là, on sait qu’un ‘Blanc’ typique et un Noir ‘pure race’ ont en commun entre 99,5% et 99,9% de leurs chromosomes. Or cette proportion est la même entre deux membres d’une même ‘race’.

Le racisme ne consiste pas à distinguer des différences de pigmentation de la peau entre deux personnes, mais à y attacher une importance démesurée.

Les États-Unis trainent un lourd passé de ségrégation raciale dont ils n’arrivent pas à se libérer. Même quand ses citoyens croient lutter contre le racisme, ils perpétuent involontairement cette importance démesurée.

Alors on ne parle pas de race, mais de personnes ‘racisées’, ce qui revient au même.

Dans ce pays, il n’est pas étonnant qu’on ait senti le besoin de colliger des données relatives aux taux d’infection et de mortalité au Covid-19 selon la ‘race’. Ces données ont révélé, sans surprise, que les personnes considérées comme ‘Noires’ étaient davantage victimes du Covid-19.

Lorsqu’on est persuadé que la vulnérabilité aux infections dépend de caractéristiques physiques inhérentes à l’individu, on est probablement moins motivé à entreprendre la lutte contre les inégalités sociales, cause véritable des taux d’infection différents.

Au Québec, l’Institut national de Santé publique ne compile pas de données en fonction des ‘races’ ni des origines ethniques.

Lorsqu’on lance une campagne de sensibilisation dans l’arrondissement de Montréal-Nord, on ne le fait pas parce qu’on y trouve des ‘Noirs’, mais parce que le nombre de cas y est plus élevé qu’ailleurs.

Et les masques qu’on y distribue gratuitement ne sont pas donnés exclusivement aux minorités ‘visibles’, mais à tous puisque la contagion affecte tous les pauvres du quartier, peu importe la pigmentation de leur peau.

Certains ne le voient pas ainsi. Le député néo-démocrate Matthew Green souhaite que le gouvernement fédéral force les provinces à colliger des données au sujet des décès au Covid-19 dans les ‘communautés racialisées’ (sic).

Concrètement, en remplissant le questionnaire, l’employé de la Santé publique devrait évaluer quel choix de réponses raciales définit le mieux la personne devant lui ou, si c’est cette dernière qui répond elle-même, elle devra préciser à quelle race elle appartient.

Bref, on entretient le concept de la race.

Le député Matthew Green devrait se mêler de ses affaires et éviter de nous forcer à adhérer au néo-racisme multiculturel de sa formation politique.

Dans les milieux défavorisés, la promiscuité est plus grande que dans des milieux aisés.

La raison en est simple; les personnes riches ont les moyens d’habiter une résidence spacieuse alors que les gens pauvres ont tendance à louer des appartements trop petits parce qu’ils n’ont pas les moyens d’en louer de plus grands.

Si on devait colliger des données au sujet du taux d’infection au Covid-19 selon les milieux socio-économiques, on découvrirait que la pandémie fait davantage de victimes au sein des milieux défavorisés.

Peut-on croire sérieusement qu’une personne à la peau foncée qui habite une luxueuse maison à Outremont est plus à risque d’attraper le Covid-19 que son voisin à la peau claire ? Ou à l’inverse, que deux mendiants au centre-ville de Montréal ont des risques différents d’être atteints de la pandémie selon la couleur de leur peau ?

Colliger des données selon les ‘communautés racialisées’ favorise les stéréotypes. Par exemple, que les ‘Noirs’ ou les ‘Latinos’ sont plus contagieux (donc plus dangereux) que les autres.

Je n’arrive pas à comprendre comment les milieux qui se disent de gauche peuvent être à ce point aveugles pour ne pas réaliser que le multiculturalisme est le nouveau visage du racisme anglo-saxon.

Références :
Appropriation culturelle et racisme anglo-saxon
COVID-19 : les provinces devraient-elles colliger des données sur l’ethnicité?
L’invention des races humaines
Plaidoyer pour recueillir les données sur la COVID-19 liées à l’ethnicité

Complément de lecture :
Des organisations « pas suffisamment noires » écartées d’un programme fédéral (2021-01-16)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


En marge du meurtre de George Floyd

4 juin 2020

Les types d’homicides

Dans le système judiciaire américain, il y a trois sortes d’homicides.

Le meurtre au troisième degré est l’équivalent de l’homicide involontaire.

Imaginez que vous tirez au hasard dans une foule. Votre balle pourrait simplement blesser quelqu’un. Mais vous pourriez tout aussi bien tuer une personne. Si c’est le cas, vous n’avez pas délibérément décidé de tuer cette personne. Vous avez simplement tiré dans le tas, faisant ainsi preuve d’une grave imprudence entrainant la mort. Voilà un homicide au troisième degré.

Le meurtre au second degré survient lorsqu’on tue quelqu’un intentionnellement, mais sans l’avoir prémédité. Une bagarre éclate, vous frappez votre adversaire un peu trop longtemps. Vous vous doutiez que vos derniers coups pouvaient entrainer sa mort. Mais vous avez choisi de continuer, sans avoir choisi au départ de provoquer son décès.

Et le meurtre au premier degré est non seulement intentionnel, mais également prémédité. Il n’est pas nécessaire que ce meurtre soit longuement planifié. Quelques minutes pourraient suffire. Mais pour obtenir une condamnation, il faut avoir la preuve (un enregistrement, un écrit, le témoignage d’un témoin) qui fasse la preuve de cette préméditation. Ce qui arrive rarement.

Si la poursuite échoue à faire la preuve de la préméditation, l’accusé d’un meurtre au premier degré sera automatiquement condamné au second degré si son intention criminelle est indéniable.

La preuve en droit criminel

Dans une cause civile, l’accusé sera condamné s’il y a prépondérance de preuve. En d’autres mots, si les preuves de sa culpabilité l’emportent sur les preuves de son innocence.

Dans une cause criminelle, l’accusé sera condamné s’il n’y a aucun doute raisonnable quant à son innocence. S’il subsiste le moindre doute dans l’esprit du juge ou du jury, l’accusé sera innocenté.

Ce qui ne veut pas dire que toutes les preuves doivent aller dans le sens de sa culpabilité. Cela signifie qu’aucune preuve de son innocence ne doit être jugée crédible par le tribunal.

La création du doute

Le système judiciaire américain est profondément raciste. On ne compte plus le nombre de fois que les meurtriers (policiers ou civils) ont été innocentés d’accusations d’homicides de ‘Noirs’ alors que leur culpabilité était flagrante.

Dans 39 États américains, les juges de première instance sont élus par la population, tout comme les procureurs généraux d’État ou de comté. Le procureur du comté d’Hennepin (où est située la ville de Minneapolis) a été élu grâce à l’appui du syndicat des policiers, comme ce fut le cas de la grande majorité des procureurs élus à travers le pays.

Dans l’affaire George Floyd, tout avait été mis en place pour que les dés soient pipés en faveur des policiers.

Dès le départ, le doute avait été semé par l’autopsie officielle.

Le médecin choisi par le procureur du comté concluait que la cause de la mort de George Floyd était : « Cardiorespiratory arrest complicating law enforcement subdual, restraint, and neck compression.»

En d’autres mots, le suspect est mort d’un arrêt cardiorespiratoire. Ce qui est une lapalissade; on meurt tous quand notre cœur cesse de battre et qu’on cesse de respirer.

Dans le cas précis de George Floyd, cet arrêt n’a pas été causé par les forces policières mais est venu compliquer leur travail. C’est du moins l’avis du médecin légiste.

George Floyd était obèse, hypertendu et était atteint d’athérosclérose. Les analyses sanguines ont révélé la présence d’un stupéfiant (le Fentanyl®) et de traces de métamphétamine.

En somme, selon le rapport officiel, George Floyd était très mal en point. Il l’était tellement qu’on peut imaginer qu’il serait peut-être mort de lui-même ce jour-là s’il n’avait pas été arrêté.

Bref, qui peut dire avec certitude que les policiers ont causé sa mort ?

En réaction à ce rapport, la famille de George Floyd a dû commander non pas un, mais deux rapports indépendants concluant unanimement au meurtre de George Floyd, de manière à décrédibiliser l’autopsie complaisante du médecin de mèche avec les forces policières.

Et on peut s’attendre à ce que les policiers viennent dire sous serment que George Floyd résistait à son arrestation alors qu’en réalité, menotté et plaqué au sol, il gigotait comme le ferait n’importe quel pendu encore conscient au bout de sa corde.

La vidéo

La vidéo où on voit clairement le policier Derek Chauvin étouffer à mort George Floyd n’est pas une preuve au sens légal du terme.

Pour être admise par le tribunal, la personne qui l’a prise doit venir témoigner et déposer ce clip vidéo en preuve.

Or d’ici ce procès (qui pourrait débuter dans deux ans), bien des choses peuvent survenir. Il suffit que les forces policières fouillent le passé de la personne qui a filmé la scène, l’appréhendent pour des délits mineurs et la convainquent (sous la menace d’accusations) de simplement s’arranger pour perdre l’original de sa vidéo et de ne plus être absolument certaine que la copie qu’on lui présentera en cour est parfaitement conforme à l’original.

En droit criminel, aucun tribunal ne peut tenir compte d’une preuve qui a peut-être été trafiquée.

Les nouvelles accusations

Si votre voisin tue sa femme en plein jour, sur la rue, à la vue de tous, il faudra combien de jours avant qu’il soit arrêté ?

Le policier Derek Chauvin a été arrêté quatre jours après le meurtre de George Floyd.

De plus, dans le cas de ses trois collègues complices, il a fallu la nomination d’un nouveau procureur (celui de l’État, se substituant à celui du comté) pour qu’ils soient inculpés.

Dans leur cas, c’est un renversement de situation très important.

Leur complicité pour meurtre est passible de plusieurs années d’emprisonnement. Leur sentence pourrait être réduite s’ils collaborent à l’enquête. En d’autres mots, s’ils témoignent contre Derek Chauvin.

Avant leur congédiement et leur arrestation, ces policiers avaient tout intérêt à s’entendre sur une version commune et fallacieuse des faits afin d’innocenter Derek Chauvin et de provoquer son retour triomphal au travail. À défaut de quoi, ils auraient été considérés comme des traitres par les autres policiers de l’État et privés de toute perspective de promotion au sein des forces policières.

Maintenant, ce sont de simples citoyens, accusés de complicité d’un crime. Les choses sont complètement différentes.

La mort de George Floyd


Avertissement : La lecture de cette section du texte est déconseillée aux personnes sensibles. Celles-ci devraient aller directement à sa conclusion.

Menotté dans le dos, couché sur le côté, George Floyd a dû subir le poids de l’ex-policier Derek Chauvin, agenouillé sur son cou, en plus de subir un poids sur son thorax.

Chez l’adulte, il faut une pression de 15 kg pour obstruer complètement la trachée. Strictement parlant, Georges Floyd n’a pas été étranglé. C’est pourquoi la victime pouvait quand même parler.

Après s’être plaint à plusieurs reprises de ne pouvoir respirer, il a fallu à George Floyd quelques minutes pour réaliser que les policiers étaient en train de l’assassiner.

Aux derniers instants de sa vie, tel un petit garçon terrorisé, il urine dans ses culottes et appelle sa maman à l’aide.

Non seulement l’a-t-on tué, mais on l’a privé d’une mort dans la dignité.

En plus de la trachée, les veines carotidiennes passent par le cou. Celles-ci sont responsables de l’irrigation de sang vers le cerveau. Pour les bloquer, il faut une pression entre 2,5 et 10 kg.

L’ex-policier a évité d’appliquer une pression trop grande de son genou gauche, ce qui aurait provoqué l’évanouissement du suspect en moins de 18 secondes. C’est le temps que prennent les pendus à perdre connaissance.

Il s’est contenté de nuire à l’oxygénation du cerveau de Georges Floyd afin de provoquer sa lente agonie.

Plus précisément, lorsque le tronc cérébral (situé sous le cerveau et devant le cervelet) est partiellement privé d’oxygène, il ne peut commander correctement la contraction du diaphragme. Ce muscle est responsable de 90 % du travail de la respiration.

De plus, le poids des policiers sur le thorax de George Floyd nuisait également à sa respiration en provoquant la fatigue du muscle.

Recevant de moins en moins d’oxygène, le cœur bat de plus en plus lentement jusqu’à cesser de se contracter.

Les policiers ont continué d’appliquer leur poids sur George Floyd 2 minutes et 53 secondes après que George Floyd ait cessé de respirer.

Les policiers qui ‘assistaient’ Derek Chauvin n’ont pas cru bon mesurer le pouls de la victime. Ce qui fait qu’ils peuvent témoigner sous serment qu’ils ignorent si George Floyd était encore vivant quand l’ambulance est arrivée.

Dans les faits, on sait le moment précis de la mort de George Floyd; c’est quand il s’est arrêté de respirer.

Derek Chauvin s’est assuré que même si les ambulanciers avaient pu ressusciter George Floyd — ce qu’ils ont tenté en vain de faire en chemin vers l’hôpital — les dommages à son cerveau étaient tels (après trois minutes d’anoxie complète), que le ressuscité aurait vécu le reste de son existence tellement tarée intellectuellement qu’il aurait été incapable de livrer en cour un récit cohérent de ce qu’il a vécu.

Conclusion

La collusion entre une police dont le racisme violent s’exerce impunément au quotidien et une profession juridique (juges et procureurs) qui dépend des corps policiers pour son élection, est la base du racisme systémique américain. En d’autres mots, la base d’un racisme érigé en système.

Dans les États où cette collusion existe, le respect de l’ordre établi est l’acceptation implicite de ce racisme systémique.

Voilà le tableau général.

Pour revenir au cas particulier de cette affaire, selon tous les témoignages que j’ai entendus, le procureur du Minnesota (maintenant responsable du dossier) est un homme intègre qui fera tout pour que la famille de George Floyd obtienne justice.

Au départ de cette mobilisation de millions d’Américains, le meurtre sadique de George Floyd n’était que la goutte qui faisait déborder le vase. Et ce, après des décennies (sinon des siècles) d’injustice à l’égard des ‘Noirs’ américains.

Malheureusement, on ne voit pas l’ombre d’une mesure concrète qui puisse garantir aux protestataires que les choses aient profondément changé; le racisme systémique est toujours en place, prêt à resurgir.

Est-ce que leur victoire dans le cas particulier de George Floyd sera suffisante pour que tous ces gens rentrent chez eux satisfaits ?

L’avenir nous le dira…

Parus depuis :
Hopeful that Minneapolis policing will change? Meet the police union’s chief… (2020-06-05)
Revealed: police unions spend millions to influence policy in biggest US cities (2020-06-23)
Mapping fatal police violence across U.S. metropolitan areas: Overall rates and racial/ethnic inequities, 2013-2017 (2020-06-24)
Nearly 1,000 instances of police brutality recorded in US anti-racism protests (2020-10-29)


Compléments de lecture :
L’invention des races humaines
Risk of being killed by police use of force in the United States by age, race–ethnicity, and sex

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La poudrière américaine

1 juin 2020

Préambule

En 2012, George Zimmerman, fils d’un magistrat, s’était donné la mission de sécuriser son quartier. Le soir du 26 février, cette sentinelle bénévole remarque et suit un jeune ‘Noir’ qu’il juge suspect. Excédé par sa longue traque, Trayvon Martin, 17 ans, se retourne contre son harceleur et exprime sa vive contrariété. Les deux en viennent aux coups. George Zimmerman sort alors son arme et tue Trayvon Martin, non armé.

Invoquant la légitime défense, l’assassin sera innocenté par un jury. La cause ne sera pas portée en appel.

La banalité de l’assassinat aux États-Unis

Les émeutes qui perdurent ces jours-ci aux États-Unis étaient parfaitement prévisibles.

Depuis des siècles, ce pays se caractérise par l’exploitation de l’homme par l’homme. Une exploitation verrouillée par un système juridique d’extrême-droite toujours prête à innocenter le meurtre d’un ‘Noir’ américain par un ‘Blanc’, qu’il soit policier ou non.

Les faits relatés en préambule à ce texte ne constituent pas qu’une simple anecdote dans un grand pays où il est normal que quelques bizarreries surviennent; ces faits sont l’illustration parfaite de la violence banale exercée quotidiennement contre les ‘Noirs’ et légitimée par un système juridique raciste.

Les États-Unis sont un pays où règne l’importance démesurée accordée à la pigmentation de la peau. Où même l’antiracisme perpétue malgré lui cette démesure. Ce qui explique, par exemple, le concept d’appropriation culturelle dont l’effet est de museler les artistes ‘Blancs’ qui critiquent l’esclavage.

Ce policier de Minneapolis — agenouillé sur la gorge d’un ‘Noir’ menotté (donc impuissant) qu’il étrangle froidement — se sait filmé. Il opère en plein jour. Il l’assassine publiquement pendant huit longues minutes. Sourd aux supplications de sa victime. Pourquoi le fait-il sans gêne ?

Parce qu’il sait qu’il s’en tirera. Que derrière lui, un système juridique profondément raciste l’innocentera de tout reproche. Qu’il sera même grassement dédommagé pour les sanctions qu’on lui imposera pour calmer l’indignation éphémère de protestataires sans pouvoirs réels.

Ces émeutes ne sont pas les premières contre le racisme aux États-Unis. Depuis des décennies, toutes les autres ont échoué à changer durablement ce pays. Parce que le respect de l’ordre établi y prévaudra. Seule une seconde révolution américaine pourrait y parvenir.

Les Américains y sont-ils prêts ? Je n’en suis pas certain.

Conclusion

Il y a moins de dix jours, j’écrivais un texte prémonitoire intitulé ‘Les États-Unis : sur la voie d’une guerre civile ?’.

Ce texte permet de comprendre que ces émeutes actuelles sont l’expression de la perte de confiance d’une partie des Américains (surtout les jeunes) à l’égard des institutions de leur pays.

Le tout s’inscrivant dans un contexte où les cent-mille morts américains du Covid-19 ont laissé derrière eux un grand nombre de citoyens endeuillés qui croient les dirigeants politiques du pays partiellement responsables de ce bilan meurtrier. Et où plus de quarante-millions de chômeurs — sur une population adulte de 209 millions de personnes — ont tout le loisir d’exprimer leur ras-le-bol et leur colère.

Références :
Affaire Trayvon Martin
Appropriation culturelle et racisme anglo-saxon
De Minneapolis à Washington, une 6e nuit de fureur
Les États-Unis : sur la voie d’une guerre civile ?

Parus depuis :
FBI Affidavit About the Plot to Kidnap and Kill Governor of Michigan (2020-10-07)
Six people charged in plot to kidnap Michigan governor Gretchen Whitmer (2020-10-08)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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