Appropriation culturelle et racisme anglo-saxon

8 juillet 2018

Naissance du concept

Depuis le début de la controverse relative à la production SLĀV au TNM, on peut lire des commentaires à l’effet que le concept d’appropriation culturelle serait né de groupes américains d’extrême gauche.

Il existe bien un parti communiste aux États-Unis. Mais l’idée selon laquelle le gouvernement américain devrait acquérir tous les moyens de production du pays — en d’autres mots, étatiser toutes les compagnies américaines — n’est soutenu que par une poignée d’illuminés.

En somme, l’extrême gauche, aux États-Unis, ça n’existe pas.

Ce qui existe, c’est une droite omnipuissante qui voit des gauchistes partout.

Apparu il y a quelques décennies au sujet de l’appropriation d’artefacts autochtones par les musées et la prise de brevets pharmaceutiques sur des médicaments traditionnels, le concept d’appropriation culturelle s’est répandu depuis 2015 avec force à l’industrie du divertissement.

À partir de la constatation que les Noirs étaient sous-représentés dans cette industrie, certains intellectuels américains ont critiqué la manie de confier à des Blancs les rôles qui devraient revenir à des Noirs.

Dans la mesure où ces gens voulaient que les Noirs aient davantage accès à la manne hollywoodienne — ce qui entraine plus de justice sociale — on peut les considérer comme gauchisant, voire de gauche.

Mais l’adoption du concept d’appropriation culturelle s’est généralisée aux États-Unis parce qu’il faisait l’affaire de bien du monde.

L’autodafé des chants d’esclaves

Littéralement, appropriation culturelle signifie vol de la culture de quelqu’un d’autre.

En prenant l’exemple des chants d’esclaves noirs américains, l’accusation d’appropriation culturelle a pour conséquences d’étouffer la voix d’outre-tombe de ces esclaves et de les enfermer dans le carcan ethnique de leurs descendants, seuls autorisés à l’exprimer.

Loin d’ouvrir des espaces de création et de laisser la place aux Noirs qui voudraient aborder le thème de l’esclavage, cette controverse rendra frileux tout commanditaire privé qui sera sollicité pour financer une production abordant ce sujet sensible.

On doit donc s’attendre à ce qu’un lourd silence de plomb tue toute nouvelle production à ce sujet. À la grande joie de ceux qui préfèrent qu’on n’en parle pas.

Depuis quelques années, Betty Bonifassi est la seule artiste au monde à enregistrer et à faire connaitre ce patrimoine musical.

Ces chants font partie de l’immense collection amassée au XIXe siècle et au début du XXe siècle par trois générations d’anthropologues blancs américains membres d’une même famille.

Ceux-ci ont recueilli ces chants auprès d’esclaves et, après l’abolition de l’esclavage, auprès de prisonniers noirs puisque les condamnés aux travaux forcés utilisaient les mêmes chants pour maintenir la cadence du travail sur de longues périodes sans s’épuiser.

Si le concept d’appropriation culturelle avait existé à l’époque, ces chants auraient complètement disparu puisqu’aucun Noir n’avait accès aux ressources de la famille Lomax pour conserver leur trace.

Aux États-Unis, tout est possible. Il ne faudrait pas se surprendre qu’on en vienne à réclamer l’autodafé de tous les chants ‘volés’ aux Noirs par la famille Lomax.

L’attribution des rôles

Pour un acteur, l’art de l’interprétation repose sur une supercherie; celle de faire croire qu’il est quelqu’un d’autre.

Pour éviter les accusations d’appropriation culturelle, il est toutefois nécessaire — comme on l’a vu dans le cas de SLĀV — d’attribuer les rôles en fonction de critères raciaux.

Peut-on incarner un Noir lorsqu’on est mulâtre ? Et à quel moment cesse-t-on d’être un ‘vrai’ Noir ?

Pour distinguer les rôles qui peuvent être attribués aux Noirs, aux Mulâtres ou aux Blancs, doit-on se baser exclusivement sur la pigmentation de la peau ou doit-on faire appel également à l’anthropométrie, à la recherche de traits négroïdes ou aryens ?

Le terrain de l’appropriation culturelle glisse inexorablement vers des préoccupations quant à la pureté de la race.

Le désir de voir les rôles représentant des membres d’une minorité interprétés par des acteurs issus de cette minorité conduit inévitablement à privilégier, pour éviter toute contestation, l’embauche de figurants juifs qui ont l’air juif, de figurants autochtones qui ont l’air indien, et ainsi de suite, perpétuant les stéréotypes à leur sujet.

Se cantonner dans les styles musicaux de sa race

À 99,9%, ce que nous appelons la musique classique est le patrimoine musical de Blancs européens.

N’importe qui peut interpréter, par exemple, les œuvres de Bach ou de Beethoven parce qu’on croit qu’il agit d’un legs universel qui témoigne du génie humain.

Le critique musical blanc du Montreal Gazette estime au contraire que l’appartenance à la race détermine les styles musicaux qu’on peut interpréter.

Il soutient cette thèse raciste depuis des années sans que son quotidien n’y voit d’objection.

Culturellement, les Noirs ne forment pas un tout homogène. Par exemple, le reggae fait partie du patrimoine culturel des Noirs jamaïcains alors que le hip-hop fait partie de celui des Noirs américains.

Il en découle que le classique, le folk, le country et le western sont bons pour les Blancs, le reggae pour les chanteurs noirs jamaïcains, la musique créole pour les Noirs haïtiens, et à peu près tout le reste pour les Noirs américains.

Ce critique peut bien accuser Elvis Presley et les Rolling Stones d’appropriation culturelle. Mais ce qu’il oublie de dire, c’est qu’à chaque fois qu’un Blanc interprète la chanson d’un Noir, ce dernier reçoit des royautés. À moins que cette chanson ne soit tombée dans le domaine public.

Poussant plus loin l’anathème, ne peut-on pas trouver inacceptable que des radiodiffuseurs blancs s’enrichissent sur le dos des Noirs en diffusant leur musique ? N’y a-t-il pas là appropriation culturelle ?

Donc le concept de l’appropriation culturelle, née d’une volonté d’avantager les acteurs noirs injustement sous-représentés au théâtre et au cinéma, correspond inversement à un boycottage raciste des créateurs de la minorité noire par les interprètes et les radiodiffuseurs de la majorité blanche américaine lorsqu’on l’applique au domaine de la musique.

J’invite les lecteurs bilingues de ce blogue à consulter les textes en référence qui témoignent de la pensée de ce critique.

Je soupçonne qu’il est à l’emploi du Montreal Gazette en dépit de son racisme parce qu’il participe avec zèle au dénigrement et au mépris des francoQuébécois que propage son quotidien.

Son importance vient du fait qu’il est au cœur de la controverse au sujet de SLĀV.

Il existe une multitude de publications anglophones. Mais la communauté anglophone de Montréal n’est desservie que par un seul quotidien local dont il est le critique officiel en matière d’arts et spectacles.

Or le thème de l’appropriation culturelle est sa marotte; chez lui, c’est un thème récurrent depuis des années. Avec les conséquences qu’on voit chez les jeunes angloMontréalais blancs qu’il influence.

Conclusion

Le concept de l’appropriation culturelle appliqué à l’industrie du divertissement, c’est le retour triomphal de la ségrégation raciale.

Une ségrégation qui n’est plus territoriale comme l’était l’ancienne; les quartiers blancs protégés par un mur et des caméras de surveillance, et les quartiers noirs dotés d’infrastructures municipales à l’abandon.

Non, la nouvelle ségrégation raciale est celle du partage du territoire, de la coexistence fine, mais où chacun garde son rang dans une société inégalitaire qui vise à le demeurer.

La controverse autour de SLĀV est destinée à nous assujettir à l’idéologie raciste anglo-saxonne et sa manie de créer des ghettos, sur scène ou en ville.

Rappelons qu’à partir du XVIIe siècle, les trois principaux ports européens impliqués dans la traite des Noirs, ont été les ports anglais de Londres, de Bristol et de Liverpool.

Il est donc paradoxal que de jeunes Blancs anglo-saxons — comme des loups voulant protéger la bergerie — tentent de nous imposer un concept raciste au nom des descendants d’esclaves alors que ces derniers ne seraient justement pas des descendants d’esclaves si leurs ancêtres n’avaient pas été réduits à la servitude par des Blancs anglo-saxons.

Lorsque je pense à l’appropriation culturelle, l’image qui me vient à l’esprit est celle d’un chef d’État qui se déguise en hindoue et qui mime la gestuelle des gens de l’Inde à l’occasion d’un voyage dans ce pays.

D’un bout à l’autre du Canada, tout le monde a souligné le ridicule dont ce chef d’État s’était couvert. Mais personne ne l’a accusé d’appropriation culturelle. Pourquoi ?

Parce que l’accusation d’appropriation culturelle n’est qu’un prétexte, invoqué lorsqu’il s’agit de sujets sensibles (le KKK, l’esclavagisme noir américain, par exemple) qui correspondent aux squelettes que la droite anglo-saxonne cache dans ses placards.

Références :
Dunlevy: Jazz fest cancels SLĀV, but questions remain
Dunlevy: SLĀV director Robert Lepage just doesn’t get it
Jazz fest review: SLĀV misses the mark, and precious opportunity
Jazz Fest: SLĀV isn’t cultural appropriation, singer Bonifassi says
Opinion: SLĀV: Whose songs are these to sing?

Parus depuis :
Appropriation culturelle et rapports de domination (2018-07-10)
À propos de l’annulation de Kanata (2018-07-31)
Les faits historiques ne sont la propriété exclusive d’aucune communauté (2018-08-02)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le transport aérien d’urgence d’enfants autochtones malades : la cruauté de l’État québécois

4 mai 2018

Introduction

En 1981, le gouvernement du Québec mettrait sur pied un programme de transport aérien d’urgence appelé Évacuations automédicales au Québec (ÉVAQ).

Ce service transporte 3 700 patients par an, soit environ dix par jour.

Financé par le ministère de la Santé, l’ÉVAQ couvre toutes les régions éloignées du Québec, dont le Grand Nord.

Afin de s’acquitter de son mandat, l’ÉVAQ possède ses propres aéronefs équipés d’instruments médicaux puisque ce sont des ambulances volantes. Dans un cas, il s’agit même d’un avion-hôpital.

Chaque vol de celui-ci coute environ sept-mille dollars. En comparaison, le transport aérien d’un cas ‘ordinaire’ coute en moyenne deux-mille dollars.

En 1985, le Québec inaugurait un hôpital dans le Grand Nord (à Puvirnituq). Parmi les services offerts, on y effectue des chirurgies d’un jour. Son centre de santé dessert sept communautés dispersées le long du littoral de la Baie d’Hudson.

Ailleurs, les soins de santé sont assurés par des infirmières à l’emploi de dispensaires dispersés à quelques endroits sur ce vaste territoire.

Toutefois, les cas urgents et lourds doivent être transférés vers les centres hospitaliers du Sud, situés à quatre heures d’avion.

À cette fin, l’ÉVAQ effectue des vols à partir des quatorze aéroports régionaux créés le long du littoral du Nouveau-Québec (le Nunavik).

Les enfants séparés de leur mère

Lorsqu’un enfant autochtone tombe à ce point malade qu’il faut d’urgence le transporter par avion à un hôpital situé dans le Sud, le Québec est la seule province canadienne qui refuse que l’enfant soit accompagné de sa mère.

Imaginez le contexte. Un enfant blessé ou susceptible de mourir — dont la langue maternelle n’est ni le français ni l’anglais — est arraché à son village afin de prendre l’avion pour la première fois de sa vie sans la présence rassurante de sa mère.

Dans certains cas, on prendra en charge un enfant qui sanglotera durant tout le vol et ne cessera de pleurer que sous anesthésie générale.

Pour l’hôpital de Montréal ou de Québec, cette séparation occasionne des difficultés à obtenir le consentement éclairé des parents.

De plus, ces derniers doivent — à leurs propres frais sur des vols commerciaux — se rendre à l’hôpital et y arriver après leur enfant. Parfois, après que tout soit terminé.

Depuis les années 1970, certains groupes de pression ont organisé un boycottage international de la vente de fourrure par les Inuits canadiens.

Puisqu’il s’agissait essentiellement de leur seule source de revenus, ce boycottage a ruiné les communautés inuits du Québec, poussant les taux de suicide à des sommets historiques.

Conséquemment, le cout d’un vol aérien est prohibitif pour une bonne partie d’entre eux. Et dans les rares cas où leur enfant décède dans le Sud, ils n’ont même pas les moyens financiers de rapatrier son corps.

Aveuglement partisan

Il y a trois mois, après avoir essuyé de sévères critiques, le ministre de la Santé du Québec avait annoncé sa décision de permettre qu’un parent accompagne son enfant lors du transport d’urgence dans le Sud. Comme cela se fait déjà partout ailleurs au Canada.

Mais on apprend aujourd’hui que rien n’a été fait.

Depuis ce temps, il ne se passe pas une journée à l’Assemblée nationale sans que le ministre de la Santé reproche à la Coalition Avenir Québec d’être un parti d’extrême droite.

Mais qu’est-ce qu’un parti de droite ? C’est un parti du côté des possédants plutôt que du côté du peuple.

Ces partis assèchent les finances de l’État par des réductions d’impôts qui profitent aux riches, ce qui oblige l’État à couper dans le filet de protection sociale. Et surtout, ils s’acharnent contre les citoyens les plus pauvres avec une cruauté proportionnelle à leur vulnérabilité.

Or, ce dont on parle ici, c’est d’humains qui font souffrir d’autres humains sous le principe de la rigueur budgétaire.

Si le ministre se croit à gauche, j’ai vu mieux…

Références :
Avion-ambulance: de jeunes patients sont encore évacués du Nunavik sans leurs parents
Évacuations automédicales au Québec
Notre (véritable) position sur la chasse au phoque
Programme EVAQ : naître dans le ciel

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’absence d’empathie du ministre Gaétan Barrette

7 février 2018

Ces jours-ci, le public québécois découvre l’ampleur du système de type esclavagiste que le ministre de la Santé du Québec a mis en place dans nos établissements de santé pour contraindre nos infirmières à travailler dans n’importe quelles conditions.

Puisque ce sujet est abondamment commenté, le texte qui suit porte sur sujet qui a moins attiré l’attention mais qui, à mon avis, est hautement significatif de l’incapacité du ministre de se mette à la place des autres.

Dans le Grand-Nord québécois, lorsqu’un enfant autochtone tombe à ce point malade qu’il doive d’urgence être transporté par avion à un hôpital situé dans le Sud, le ministre Barrette refuse que l’enfant soit accompagné de sa mère.

Imaginez le contexte. Un enfant blessé ou susceptible de mourir doit quitter le milieu naturel auquel il est habitué et prendre l’avion pour la première fois de sa vie sans la présence rassurante de sa maman.

À l’hôpital, si on s’aperçoit que la condition de l’enfant exige le recours à une procédure qui comporte un certain risque d’échec ou de conséquences graves, qui donnera le consentement éclairé ? Les parents dont l’iglou, le tipi ou la maison n’est peut-être pas raccordé à un système de téléphonie ? Ou qui, parallèlement, ont pris un avion commercial et qui sont donc dans l’impossibilité d’être rejoints en vol ?

À moins qu’on le demande directement à l’enfant.

Mais comment fait-on comprendre à un enfant de cinq ans qu’on doit absolument lui ouvrir le corps pour le sauver, mais qu’il a un risque de mourir de cette procédure chirurgicale ?

Et à la mère qui arrive à l’hôpital trop tard, alors que son enfant a succombé, lui dit-on qu’on est désolé, qu’on a tout fait, mais que ce n’est pas bien grave puisqu’il serait mort de toute façon si on l’avait pas amené… Est-ce de nature à la consoler de ne pas avoir partagé les derniers instants de la vie de son enfant ?

Depuis plus d’un siècle, les peuples autochtones du Canada sont soumis aux politiques génocidaires du gouvernement canadien.

Après les pensionnats autochtones où de nombreux jeunes ont été abusés sexuellement, d’où tous (abusés ou non) revenaient ignorants des tâches nécessaires à leur survie dans la nature sauvage canadienne, comment la séparation d’un enfant peut ne pas susciter les plus vives inquiétudes chez ses parents ?

Pressé par les sociétés canadienne et québécoise de pédiatrie, le ministre Barrette a fait savoir qu’il est en réflexion.

Pour tout observateur doté de la moindre dose d’empathie, il est évident que l’enfant doit être accompagné de sa mère et, si celle-ci ne parle ni français ni anglais, d’une personne capable de lui servir d’interprète.

Mais pour le ministre, cela n’est pas évident et nécessite sa réflexion. Cette réflexion dure depuis trois ans.

Signalons que le Québec est la seule province canadienne où il est strictement interdit aux parents d’accompagner leur enfant lors d’évacuations médicales aériennes d’urgence.

Références :
Aboriginal nutritional experiments had Ottawa’s approval
La destruction des Indiens des Plaines. Maladies, famines organisées, disparition du mode de vie autochtone
Les pédiatres pressent Québec de permettre la présence des parents dans les ambulances aériennes
Québec est interpellé au sujet des parents à bord des ambulances aériennes

Parus depuis :
Barrette accusé de nourrir les préjugés anti-autochtones (2018-06-21)
Nunavik: plates excuses (2018-06-26)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Trois viols masculins célèbres aux États-Unis

27 février 2017

New York 1997

Il y a vingt ans cette année, un noir de trente ans était sodomisé dans la toilette d’une station de police new-yorkaise à l’aide d’un manche à balai brisé.

La victime eut la vessie et le colon perforés et passa deux mois à l’hôpital.

Le policier responsable fut condamné à trente ans d’emprisonnement et la ville versa 8,7 millions$ à la victime.

Chicago 2004

Le 28 aout 2004, un policier de Chicago et un patrouilleur ont arrêté un suspect noir de vingt ans, l’ont menotté, l’ont amené dans une ruelle où ils l’ont dévêtu, puis lui ont inséré profondément un tournevis dans le rectum.

La plainte en déontologie policière a été rejetée pour insuffisance de preuve.

Le plaignant s’est alors tourné vers les tribunaux civils. En dépit du parjure des policiers, le plaignant a eu gain de cause en raison de la présence de matières fécales trouvées dans le coffre à gants où se trouvaient plusieurs tournevis dans la voiture de police utilisée ce soir là.

La ville de Chicago a été condamnée à payer au plaignant quatre-millions$ plus ses frais d’avocat. Mais les policiers blâmés par le tribunal n’ont pas été punis; l’officier a conservé son poste (rémunéré à raison de 90 618$US), de même que le patrouilleur (87 384$US).

Dietrich 2015

Le village de Dietrich, dans l’État américain de l’Idaho, compte 334 habitants.

Le 22 octobre 2015, trois étudiants blancs (dont deux mineurs) ont attaqué le fils adoptif d’un de leurs professeurs de sciences.

Âgé de 17 ans au moment de l’incident, ce jeune noir attardé était victime de harcèlement à l’école. En plus d’insultes raciales, on le forçait à réciter les paroles de chansons célébrant le lynchage de noirs par le Ku Klux Klan.

Au cours de l’attaque, son harceleur principal a inséré un cintre dans l’anus de sa victime après que ses deux complices aient plaqué au sol l’adolescent noir.

En échange d’un plaidoyer de culpabilité sous des chefs d’accusation réduits, les procureurs ont laissé tomber les accusations de nature sexuelles contre l’accusé, ce qui aurait pu lui valoir un emprisonnement à perpétuité puisque la victime était encore mineure au moment de l’incident.

Si bien que dans le jugement rendu le 24 février dernier, l’accusé s’en est sorti avec 300 heures de travail communautaire et une période de probation de trois ans.

La famille du jeune noir a quitté l’Idaho depuis. La victime vit maintenant en institution après plusieurs tentatives de suicide.

Une pétition en ligne destinée à obtenir la destitution du juge a recueilli plus de 150 000 signatures en trois jours.

Références :
Idaho judge rules attack on high school football player was ‘not a rape’ or racist
The Abner Louima Case, 10 Years Later
US police officer who ‘sodomised black man with screwdriver’ allowed to keep working
White classmate avoids jail in coat-hanger assault of disabled black teenager

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Quand les relations publiques servent de paravent au racisme

2 juillet 2015

Jacky Alciné est un jeune noir américain. En voulant trier ses photos à l’aide de Google Photos, ce dernier fut choqué de voir que le module de reconnaissance faciale l’identifiait — lui et une de ses amies — comme des gorilles.

Très vite, Google a réagi en présentant ses excuses et en retirant la catégorie « gorille » parmi la multitude de catégories offertes par défaut par Google Photos.

Alors que les géants de Silicone Valley essuient des critiques de plus en plus vives relativement à la place insignifiante des Noirs au sein de leur personnel, ces compagnies ont adopté un certain nombre de mesures qui, malheureusement, se limitent au domaine des relations publiques.

Ainsi, Twitter a créé un poste de vice-président à la Diversité et à l’Inclusion. La titulaire, Janet Van Huysse, a publié l’an dernier un texte relatif aux efforts de sa compagnie pour augmenter la proportion de femmes et de membres de minorités ethniques au sein du personnel.

À la lecture de ce document, on ne peut que constater le gouffre qui sépare les propos dithyrambiques de Mme Van Huysse en faveur de Twitter, et les données factuelles qui illustrent ce texte et qui prouvent exactement le contraire.

Diversite_ethnique_Twitter
 
Ci-dessus, en jaune, la proportion de Noirs employés de Twitter (entre 2 et 4%, selon les catégories), alors que les Noirs constituent 13,6% de la population américaine.

L’exagération des propos de la vice-présidente de Twitter est à ce point grotesque que son texte en est drôle.

Mais Twitter n’est pas la seule compagnie à nier l’évidence.

Facebook est très fier d’annoncer qu’il a presque doublé le nombre de ses employés Afro-Américains au cours de la seule année de 2014. En embauchant cinq fois plus de Noirs en 2014 — comparativement aux 7 embauchés en 2013 — la compagnie a fait passer le nombre de ses employés Noirs de 45 à 81… parmi les 5 479 personnes de son personnel américain.

En raison de la croissance générale de ses effectifs, la proportion des Noirs est demeurée tout aussi insignifiante, passant de 1,1% à 1,5%.

Ce qui n’empêche pas Maxine Williams — la chef globale de la Diversité chez Facebook — d’affirmer que sa compagnie est déterminée à créer un environnement de travail qui reflète la diversité ethnique et culturelle du pays.

Quant à Google, seulement 2% de son personnel est de race noire. On murmure que si davantage de ses programmeurs étaient Noirs, Google Photos saurait peut-être distinguer les Noirs des gorilles…

Références :
Building a Twitter we can be proud of
Facebook’s black employees still only 1.5% of staff despite diversity gains
Google confond le portrait d’Afro-américains avec des gorilles et s’excuse
La technologie de reconnaissance faciale est-elle raciste?
Twitter employs only 49 African Americans despite diversity pledges

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Partout où il y a des (…), il y a du trouble

17 octobre 2013


 
Dans les années 1960, le Front de libération du Québec faisait exploser des bombes dans des boites postales à Montréal. À cette époque, les Brigades rouges commettaient des attentats et des assassinats en Italie. L’Irlande du Nord était déchirée par une guerre civile entre Catholiques et Protestants.

Quand, au milieu des années 1970, le terroriste Carlos s’est mis à faire exploser des bombes dans le métro de Paris, je me rappelle d’avoir entendu quelqu’un dire : « Partout où il y a des Catholiques, il y a du trouble ». Effectivement, cela était très évident…

Aux lendemains de la Deuxième guerre mondiale, les Juifs européens étaient convaincus d’avoir été trahis par leurs gouvernements. Non seulement l’Allemagne avait créé une machine d’extermination systématique contre eux mais dans les pays qu’ils avaient envahis, les Nazis procédaient avec la complicité ouverte des gouvernements locaux.

À bord de l’Exodus, quand des Juifs européens entreprirent le voyage vers la Palestine (alors un protectorat britannique), leurs représentants furent surpris d’entendre le Ministre des affaires étrangères anglais, excédé, leur déclarer : « Partout où il y a des Juifs, il y a des problèmes ». Effectivement, mêmes victimes, les Juifs étaient responsables de la folie meurtrière d’Hitler.

De nos jours, j’entends certaines personnes dire : « Partout où il y des Musulmans, il y a du trouble ». À mon avis, la question à se demander, c’est plutôt : « Là où il y a du trouble, pourquoi en est-il ainsi ? »

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les euphémismes raciaux

29 mai 2011

La journaliste Caroline Montpetit, blâmée pour avoir utilisé le terme « Blancs » dans un texte traitant du racisme envers les Autochtones, signait hier dans Le Devoir un article qui se moque subtilement des excès de rectitude politique.

La politesse exige qu’on évite d’offenser les gens inutilement. Il est donc normal d’éviter toute appellation péjorative.

Mais quelle est la différence entre parler d’un « Blanc » ou d’une « personne de race blanche » ? On me répondra que le premier réduit la personne à la couleur de sa peau alors que dans le deuxième cas, on insiste pour dire qu’il s’agit d’un être humain : toutefois comme cela est vague, on caractérise cette personne par sa carnation. Quelle belle nuance. Mais à mon avis, c’est un peu « bonnet de couleur blanche, blanche est la couleur du bonnet ».

Il y a des années, à la cafétéria de l’université de Montréal, un étudiant de descendance indienne (c’est-à-dire relatif à l’Inde) m’avait engueulé à cause des sévices que les Blancs ont infligés à son peuple. J’avais été affecté par son agressivité — après tout, nous étions à table — mais pas par ses propos : ce n’est pas parce que des Anglais au XIXe siècle ont massacré des Indiens que je dois me sentir coupable de cela simplement parce que j’ai la même couleur de peau qu’eux.

Donc pour moi, je ne vois rien de péjoratif à être qualifié de « Blanc » et je ne vois pas de raison qui justifie qu’on doive éviter ce terme comme s’il l’était. En Chine, les Occidentaux sont qualifiés de « Long nez » : même si cela ne m’offense pas, je préfère « Blanc ».

De la même manière, à mon avis, il n’y a pas de honte à être « Noir ». Évidemment on peut préférer « personne de race noire », ou « personne de couleur », ou « Afro-machinchouette » mais dans tous les cas, on fait référence plus ou moins subtilement à la pigmentation cutanée. En effet, un Blanc d’Afrique du Sud immigré aux États-Unis ou un Algérien ne sera pas qualifié d’« Afro-Américain » : on fait donc ainsi allusion à la couleur de la peau et non à la lignée ancestrale, comme on voudrait bien le croire.

Quant au terme « Juif », il ne fait pas référence à une race. Les Juifs forment un groupe religieux, ethnique et culturel largement hétérogène mais, au risque d’offenser quelques lecteurs Néo-Nazis, ils ne forment pas une race. Il n’y a donc pas de « race juive ».

Je travaille à Montréal dans un établissement fréquenté par de nombreux Juifs orthodoxes. Ce qui m’avait frappé au début, c’est que cette clientèle avait généralement une peau laiteuse (je m’attendais à voir des carnations olivâtres typiques de peuples méditerranéens), beaucoup d’yeux bleus (comme chez les peuples nordiques) et des traits fins dans la très grande majorité des cas. En fait, ils auraient des cheveux blonds qu’on les prendrait pour des Scandinaves.

Quant à « Peaux rouges », une expression utilisée pour qualifier les Autochtones qui utilisaient un enduit rouge pour se protéger des moustiques, il est rarement utilisé de nos jours, tout comme le terme « Jaunes » pour parler des peuples asiatiques.

À mon avis, on a tort de privilégier des euphémismes par politesse ou par crainte d’offenser. C’est en évitant d’appeler certains traits physiques par leur nom qu’on suggère — paradoxalement — aux personnes qui les possèdent, qu’il s’agit de caractéristiques honteuses à nos yeux.

Référence :
Faut-il appeler un chat un chat?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Une injustice de moins

5 février 2011

Partout dans le monde, de jeunes gens sont déshérités et rejetés par leur communauté parce qu’ils ont contracté un mariage (souvent inter-religieux) à l’encontre de la volonté de leurs parents. Dans des cas extrêmes, ce rejet peut aller jusqu’à la lapidation de la personne qui a enfreint ainsi les tabous de sa secte.

Au Canada, les rejets les plus fréquents concernent les autochtones expulsés de leur réserve.

Depuis toujours, un autochtone de sexe masculin peut épouser une « blanche », conserver son statut d’indien et le transmettre à ses enfants. À l’opposé, avant 1985, une autochtone de sexe féminin qui épousait un « blanc » perdait automatiquement son statut d’indien. Cette « malédiction » s’étendait également à sa progéniture.

Dans certains cas, elle pouvait bénéficier de la tolérance de sa communauté et demeurer dans la réserve pendant un certain temps. Mais inévitablement, un ordre d’expulsion la chassait de sa communauté. Certaines réussissaient à refaire leur vie à l’extérieur : d’autres, moins chanceuses, connaissaient la misère.

En 1985, on a aboli partiellement cette différence de traitement : les femmes pouvaient conserver leur statut d’indien. Toutefois, elles ne pouvaient toujours pas transmettre ce titre à leurs « bâtards », contrairement à la progéniture née de l’union entre un homme indien et une « blanche ».

Il a fallu un jugement de Cour d’appel de la Colombie-Britannique, en 2009, pour forcer le gouvernement fédéral à corriger cette discrimination.

Depuis l’entrée en vigueur, le lundi 31 janvier dernier, de la Loi sur l’équité entre les sexes relativement à l’inscription au Registre des Indiens, 45 000 descendants autochtones ont retrouvé leur statut d’indiens.

Cette bonne nouvelle ne doit pas nous faire oublier que le contexte législatif canadien concernant chaque indien — dont l’identité est consignée dans un registre national — découle de vieux traités anglais coloniaux. Leurs dispositions racistes, basées sur la pureté du sang, seraient aujourd’hui invalidées par n’importe quel tribunal international.

On doit se rappeler que le pape Jean-Paul-II a condamné publiquement le sort que réserve le Canada aux premières nations de ce pays et que le système des réserves indiennes au Canada et aux États-Unis a servi de modèle à la création de l’apartheid en Afrique du Sud.

Donc à défaut d’avoir renégocié ces vieux traités honteux à la satisfaction de toutes les parties concernées, on en est rendu à rapiécer une législation raciste pour lui donner un semblant de justice et d’équité.

Référence : 45 000 Canadiens pourront retrouver le statut d’Indien

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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