Laïcité et droits constitutionnels

21 octobre 2018

Introduction

Les moyens répressifs de l’État sont la police, l’armée, les tribunaux et les prisons.

Leur but est de faire en sorte que les citoyens respectent l’ordre établi, un ordre protégé par un encadrement législatif dont le socle est la constitution du pays.

En défendant le respect des lois, la profession juridique est donc le gardien de l’ordre établi.

Aussi n’est-on pas surpris de voir plus de soixante-dix juristes s’indigner de l’intention du nouveau gouvernement québécois d’invoquer la clause dérogatoire de la constitution afin d’instituer une laïcité à la québécoise. Une laïcité qui, autrement, serait anticonstitutionnelle.

Pour les protestataires, les droits constitutionnels sont sacrés. Conséquemment, le recours à la clause dérogatoire pour les suspendre est un abus de pouvoir intolérable.

Les droits fondamentaux

Les avocats ne sont pas les seuls à croire que rien n’est plus sacré qu’un droit constitutionnel.

Pourtant, grâce à l’internet, chaque citoyen peut découvrir que certains droits constitutionnels au Canada ne le sont pas dans d’autres pays démocratiques.

Pour prendre un exemple précis, le port du niqab est un droit fondamental au Canada. Pourtant, des pays comme l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, le Danemark, et la France ont adopté des législations bannissant le port du niqab. Des législations qui furent validées par les plus hautes instances juridiques européennes.

Dans ces pays, la pratique religieuse est un droit fondamental lorsqu’il s’exerce dans la sphère domestique. Dans ce sens, ces pays respectent leurs obligations internationales.

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Il y a moins d’une semaine, l’Algérie interdisait le port du niqab aux employés de sa fonction publique. Le Maroc interdit déjà la vente de la burka.

Pourquoi le Canada fait-il bande à part ?

La Canadian Constitution de 1982 a été adoptée par les provinces anglophones du Canada à l’issue d’une séance ultime de négociation à laquelle le Québec n’a pas été invité.

Les idéologues qui l’ont rédigée voulaient consacrer la suprématie absolue des droits individuels afin de bloquer les dispositions les plus importantes de la Loi 101. En effet, cette dernière proclamait la préséance de certains droits collectifs — ceux nécessaires à la pérennité de la langue française au Québec — sur certains droits individuels, notamment celui de s’assimiler au groupe linguistique de son choix.

En vertu de cette constitution illégitime, toutes les formes de laïcité préconisées par les partis politiques du Québec sont anticonstitutionnelles. Même le parti le moins exigeant à ce sujet (le Parti libéral du Québec) doit céder devant l’ordre constitutionnel canadian.

L’accommodement raisonnable le plus pernicieux exigé du peuple francoQuébécois, c’est d’être constamment en deçà de ce qu’il aspire à être dans le but de se soumettre à l’idéologie de l’ethnie dominante du pays, imposée par le biais d’une camisole de force constitutionnelle.

Voilà le prix du fédéralisme.

En matière de laïcité, la question à se poser est simple : voulons-nous capituler devant un ordre constitutionnel étranger ou invoquer une clause dérogatoire qui nous donne une idée de la liberté dont nous jouirions en nous affranchissant de l’État pétrolier canadien…

Références :
Algérie : Le niqab “interdit” sur les lieux de travail
Denmark passes law banning burqa and niqab
La CEDH juge «nécessaire» l’interdiction du voile intégral dans l’espace public
La laïcité républicaine
L’Allemagne interdit le voile intégral dans la fonction publique
Le Danemark veut interdire le voile intégral dans les lieux publics
Le Maroc interdit la fabrication et la vente de la burqa
Neutralité religieuse : un juge suspend l’application de l’article clé de la loi
Signes religieux et neutralité de l’État
Sondage: les Canadiens et les Québécois favorables au projet de loi 62
Zunera Ishaq, who challenged ban on niqab, takes citizenship oath wearing it

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les peuples autochtones du Québec

16 octobre 2018

Le territoire québécois est habité par treize peuples : les francoQuébécois, les angloQuébécois et onze peuples autochtones.

Ces derniers comptent environ cent-mille personnes, soit 1,5% de la population québécoise.

Ils sont plus nombreux au Canada anglais. Leur importance démographique est de l’ordre de cinq pour cent dans les provinces anglophones du pays, pour une moyenne canadienne (incluant donc le Québec) de quatre pour cent.

Dix peuples autochtones ont été reconnus par l’Assemblée nationale sous René Lévesque en 1985. Un onzième s’est ajouté quatre ans plus tard sous le gouvernement péquiste de Pierre-Marc Johnson.

En ordre alphabétique, ces onze peuples autochtones sont :
• les Abénaquis (près de Trois-Rivières)
  les Algonquins -> voir les Anishnabés
• les Anishnabés (en Abitibi et en Outaouais)
• les Attikameks (en Haute-Mauricie)
• les Cris (région de la Baie-James)
  les Hurons -> voir les Wandats
• les Innus (au Lac-Saint-Jean, sur la Côte-Nord et à Schefferville)
• les Inuits (au Nunavik)
• les Malécites (Bas-du-Fleuve)
• les Micmacs (en Gaspésie)
• les Mohawks (près de Montréal)
• les Naskapis (à Schefferville)
• les Wandats (à Québec).

Leur population varie beaucoup d’un peuple autochtone à l’autre, passant de vingt-mille Cris à quelques centaines d’Abénaquis, de Malécites et de Naskapis.

Si on exclut le cas particulier de l’ile de Montréal, seule l’Estrie était complètement inhabitée à l’arrivée de Champlain car cette région était le théâtre d’une longue guerre que se livraient les Innus et les Anishnabés (qui vivaient au nord du Saint-Laurent) contre les Mohawks (qui habitaient le nord de l’État de New York actuel).

Juridiquement, les peuples autochtones se divisent en trois catégories.

Le premier groupe comprend les signataires des traités modernes que sont la Convention de la Baie-James (les Cris et les Inuits) et la Convention de Nord-Est québécois (les Naskapis).

En échange de la renonciation à leurs droits ancestraux, ces peuples ont reçu d’importantes compensations financières qui leur assurent un niveau de vie plus élevé que la plupart des autres peuples autochtones au Canada.

Ils jouissent également d’une autonomie exceptionnelle qui leur permet de gouverner, par le biais d’institutions publiques où ils sont majoritaires, de vastes territoires à l’extérieur de leurs villages. Ces territoires représentent environ le tiers du Québec.

Contrairement à la loi fédérale sur les Indiens, basée sur la race, les traités québécois sont conformes aux Droits de la personne; rien ne s’oppose, par exemple, à ce que des citoyens non autochtones soient élus à la tête des institutions autonomes de ces territoires si ce n’est que les Autochtones forment 90% de la population.

Un deuxième groupe comprend des peuples autochtones qui étaient présents sur leurs territoires actuels, mais qui n’ont pas signé de traité avec le gouvernement du Québec : les Anishnabés, les Attikameks, les Innus, les Malécites et les Micmacs.

Le dernier groupe est celui des Abénaquis, des Mohawks et des Wendats. Ceux-ci n’étaient pas présents au Québec à l’arrivée des colonisateurs français.

Originaires des États-Unis actuels, certains Mohawks se sont établis près de Montréal en fuyant l’hostilité des autres Mohawks après leur conversion au catholicisme.

De manière analogue, les Wendats se sont réfugiés au Québec après avoir fui l’Ontario.

Les Abénaquis sont originaires de la Nouvelle-Angleterre.

Les droits de ces peuples découlent des chartes seigneuriales accordées à des communautés religieuses qui leur ont permis de s’installer au Québec.

Il est donc inexact de croire que le territoire montréalais est un territoire mohawk non cédé.

Références :
Binette A. Le droit des peuples autochtones et l’indépendance du Québec. L’Action Nationale 2017; vol 57 no 9: 24-50.
Droits ancestraux et issus de traités à Montréal
Montréal n’est pas un territoire mohawk non cédé
Montréal, un territoire mohawk ?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Appropriation culturelle et racisme anglo-saxon

8 juillet 2018

Naissance du concept

Depuis le début de la controverse relative à la production SLĀV au TNM, on peut lire des commentaires à l’effet que le concept d’appropriation culturelle serait né de groupes américains d’extrême gauche.

Il existe bien un parti communiste aux États-Unis. Mais l’idée selon laquelle le gouvernement américain devrait acquérir tous les moyens de production du pays — en d’autres mots, étatiser toutes les compagnies américaines — n’est soutenu que par une poignée d’illuminés.

En somme, l’extrême gauche, aux États-Unis, ça n’existe pas.

Ce qui existe, c’est une droite omnipuissante qui voit des gauchistes partout.

Apparu il y a quelques décennies au sujet de l’appropriation d’artefacts autochtones par les musées et la prise de brevets pharmaceutiques sur des médicaments traditionnels, le concept d’appropriation culturelle s’est répandu depuis 2015 avec force à l’industrie du divertissement.

À partir de la constatation que les Noirs étaient sous-représentés dans cette industrie, certains intellectuels américains ont critiqué la manie de confier à des Blancs les rôles qui devraient revenir à des Noirs.

Dans la mesure où ces gens voulaient que les Noirs aient davantage accès à la manne hollywoodienne — ce qui entraine plus de justice sociale — on peut les considérer comme gauchisant, voire de gauche.

Mais l’adoption du concept d’appropriation culturelle s’est généralisée aux États-Unis parce qu’il faisait l’affaire de bien du monde.

L’autodafé des chants d’esclaves

Littéralement, appropriation culturelle signifie vol de la culture de quelqu’un d’autre.

En prenant l’exemple des chants d’esclaves noirs américains, l’accusation d’appropriation culturelle a pour conséquences d’étouffer la voix d’outre-tombe de ces esclaves et de les enfermer dans le carcan ethnique de leurs descendants, seuls autorisés à l’exprimer.

Loin d’ouvrir des espaces de création et de laisser la place aux Noirs qui voudraient aborder le thème de l’esclavage, cette controverse rendra frileux tout commanditaire privé qui sera sollicité pour financer une production abordant ce sujet sensible.

On doit donc s’attendre à ce qu’un lourd silence de plomb tue toute nouvelle production à ce sujet. À la grande joie de ceux qui préfèrent qu’on n’en parle pas.

Depuis quelques années, Betty Bonifassi est la seule artiste au monde à enregistrer et à faire connaitre ce patrimoine musical.

Ces chants font partie de l’immense collection amassée au XIXe siècle et au début du XXe siècle par trois générations d’anthropologues blancs américains membres d’une même famille.

Ceux-ci ont recueilli ces chants auprès d’esclaves et, après l’abolition de l’esclavage, auprès de prisonniers noirs puisque les condamnés aux travaux forcés utilisaient les mêmes chants pour maintenir la cadence du travail sur de longues périodes sans s’épuiser.

Si le concept d’appropriation culturelle avait existé à l’époque, ces chants auraient complètement disparu puisqu’aucun Noir n’avait accès aux ressources de la famille Lomax pour conserver leur trace.

Aux États-Unis, tout est possible. Il ne faudrait pas se surprendre qu’on en vienne à réclamer l’autodafé de tous les chants ‘volés’ aux Noirs par la famille Lomax.

L’attribution des rôles

Pour un acteur, l’art de l’interprétation repose sur une supercherie; celle de faire croire qu’il est quelqu’un d’autre.

Pour éviter les accusations d’appropriation culturelle, il est toutefois nécessaire — comme on l’a vu dans le cas de SLĀV — d’attribuer les rôles en fonction de critères raciaux.

Peut-on incarner un Noir lorsqu’on est mulâtre ? Et à quel moment cesse-t-on d’être un ‘vrai’ Noir ?

Pour distinguer les rôles qui peuvent être attribués aux Noirs, aux Mulâtres ou aux Blancs, doit-on se baser exclusivement sur la pigmentation de la peau ou doit-on faire appel également à l’anthropométrie, à la recherche de traits négroïdes ou aryens ?

Le terrain de l’appropriation culturelle glisse inexorablement vers des préoccupations quant à la pureté de la race.

Le désir de voir les rôles représentant des membres d’une minorité interprétés par des acteurs issus de cette minorité conduit inévitablement à privilégier, pour éviter toute contestation, l’embauche de figurants juifs qui ont l’air juif, de figurants autochtones qui ont l’air indien, et ainsi de suite, perpétuant les stéréotypes à leur sujet.

Se cantonner dans les styles musicaux de sa race

À 99,9%, ce que nous appelons la musique classique est le patrimoine musical de Blancs européens.

N’importe qui peut interpréter, par exemple, les œuvres de Bach ou de Beethoven parce qu’on croit qu’il agit d’un legs universel qui témoigne du génie humain.

Le critique musical blanc du Montreal Gazette estime au contraire que l’appartenance à la race détermine les styles musicaux qu’on peut interpréter.

Il soutient cette thèse raciste depuis des années sans que son quotidien n’y voit d’objection.

Culturellement, les Noirs ne forment pas un tout homogène. Par exemple, le reggae fait partie du patrimoine culturel des Noirs jamaïcains alors que le hip-hop fait partie de celui des Noirs américains.

Il en découle que le classique, le folk, le country et le western sont bons pour les Blancs, le reggae pour les chanteurs noirs jamaïcains, la musique créole pour les Noirs haïtiens, et à peu près tout le reste pour les Noirs américains.

Ce critique peut bien accuser Elvis Presley et les Rolling Stones d’appropriation culturelle. Mais ce qu’il oublie de dire, c’est qu’à chaque fois qu’un Blanc interprète la chanson d’un Noir, ce dernier reçoit des royautés. À moins que cette chanson ne soit tombée dans le domaine public.

Poussant plus loin l’anathème, ne peut-on pas trouver inacceptable que des radiodiffuseurs blancs s’enrichissent sur le dos des Noirs en diffusant leur musique ? N’y a-t-il pas là appropriation culturelle ?

Donc le concept de l’appropriation culturelle, née d’une volonté d’avantager les acteurs noirs injustement sous-représentés au théâtre et au cinéma, correspond inversement à un boycottage raciste des créateurs de la minorité noire par les interprètes et les radiodiffuseurs de la majorité blanche américaine lorsqu’on l’applique au domaine de la musique.

J’invite les lecteurs bilingues de ce blogue à consulter les textes en référence qui témoignent de la pensée de ce critique.

Je soupçonne qu’il est à l’emploi du Montreal Gazette en dépit de son racisme parce qu’il participe avec zèle au dénigrement et au mépris des francoQuébécois que propage son quotidien.

Son importance vient du fait qu’il est au cœur de la controverse au sujet de SLĀV.

Il existe une multitude de publications anglophones. Mais la communauté anglophone de Montréal n’est desservie que par un seul quotidien local dont il est le critique officiel en matière d’arts et spectacles.

Or le thème de l’appropriation culturelle est sa marotte; chez lui, c’est un thème récurrent depuis des années. Avec les conséquences qu’on voit chez les jeunes angloMontréalais blancs qu’il influence.

Conclusion

Le concept de l’appropriation culturelle appliqué à l’industrie du divertissement, c’est le retour triomphal de la ségrégation raciale.

Une ségrégation qui n’est plus territoriale comme l’était l’ancienne; les quartiers blancs protégés par un mur et des caméras de surveillance, et les quartiers noirs dotés d’infrastructures municipales à l’abandon.

Non, la nouvelle ségrégation raciale est celle du partage du territoire, de la coexistence fine, mais où chacun garde son rang dans une société inégalitaire qui vise à le demeurer.

La controverse autour de SLĀV est destinée à nous assujettir à l’idéologie raciste anglo-saxonne et sa manie de créer des ghettos, sur scène ou en ville.

Rappelons qu’à partir du XVIIe siècle, les trois principaux ports européens impliqués dans la traite des Noirs, ont été les ports anglais de Londres, de Bristol et de Liverpool.

Il est donc paradoxal que de jeunes Blancs anglo-saxons — comme des loups voulant protéger la bergerie — tentent de nous imposer un concept raciste au nom des descendants d’esclaves alors que ces derniers ne seraient justement pas des descendants d’esclaves si leurs ancêtres n’avaient pas été réduits à la servitude par des Blancs anglo-saxons.

Lorsque je pense à l’appropriation culturelle, l’image qui me vient à l’esprit est celle d’un chef d’État qui se déguise en hindoue et qui mime la gestuelle des gens de l’Inde à l’occasion d’un voyage dans ce pays.

D’un bout à l’autre du Canada, tout le monde a souligné le ridicule dont ce chef d’État s’était couvert. Mais personne ne l’a accusé d’appropriation culturelle. Pourquoi ?

Parce que l’accusation d’appropriation culturelle n’est qu’un prétexte, invoqué lorsqu’il s’agit de sujets sensibles (le KKK, l’esclavagisme noir américain, par exemple) qui correspondent aux squelettes que la droite anglo-saxonne cache dans ses placards.

Références :
Dunlevy: Jazz fest cancels SLĀV, but questions remain
Dunlevy: SLĀV director Robert Lepage just doesn’t get it
Jazz fest review: SLĀV misses the mark, and precious opportunity
Jazz Fest: SLĀV isn’t cultural appropriation, singer Bonifassi says
Opinion: SLĀV: Whose songs are these to sing?

Parus depuis :
Appropriation culturelle et rapports de domination (2018-07-10)
À propos de l’annulation de Kanata (2018-07-31)
Les faits historiques ne sont la propriété exclusive d’aucune communauté (2018-08-02)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


‘Shame!’ ou l’expression du mépris

6 juillet 2018

Introduction

C’est sous les huées et aux cris de ‘Shame!’, que les personnes venues assister au spectacle SLĀV ont été prises à partie récemment par des jeunes anglophones devant le Théâtre du Nouveau Monde.

Indépendamment de savoir qui a tort et qui a raison, on doit se demander qu’est-ce qui motive un groupe majoritairement blanc à dénoncer violemment une ‘appropriation culturelle’ alors que, dans ce cas-ci, cela ne les concerne pas ?

L’explication simpliste, qu’on lit partout ces jours-ci, c’est qu’il agit de ‘gauchistes extrémistes’ auxquels on attache trop d’importance.

Au contraire, je pense que l’agressivité des protestataires repose sur quelque chose de plus profond et qu’il y aurait tout lieu de s’en inquiéter.

Le formatage des esprits

Ceux qui participent à des forums de discussion les choisissent en fonction des sujets qu’ils abordent.

Dans le cas des forums d’idées, ils sont une occasion de rencontrer des alter ego, c’est-à-dire des personnes avec lesquels il est facile d’établir une communion d’esprit.

L’intervenant est incité à adopter l’opinion dominante du groupe par l’attribution de ‘J’aime’. Ceux-ci correspondent à une rétroaction positive comme l’est la friandise donnée au caniche méritoire.

Or ces médias sociaux sont autopurificateurs. Dès qu’un intervenant publie un point de vue anticonformiste, la confrontation des idées n’est pas perçue comme stimulante mais plutôt comme une agression qui met en péril l’harmonie de la meute.

Sous les propos désobligeants, les insinuations malveillantes et les insultes, le déviant quittera finalement les lieux au grand soulagement de tous.

Et ceux qui auront le plus efficacement attaqué l’intrus seront perçus comme des héros.

Résultat : le forum de discussion, au lieu d’être une occasion d’élargir son esprit, devient un moyen d’ancrer ses préjugés.

Il est significatif que l’action militante des protestataires contre SLĀV ait pris forme sur les médias sociaux.

Le mépris envers les francoQuébécois

À juste titre, les jeunes angloQuébécois estiment qu’ils ont le droit d’être servis en anglais. Mais ils sont nombreux à oublier que leur droit de parler leur langue n’a plus préséance lorsque ce sont eux qui servent un client francophone.

Le Parti libéral est au pouvoir au Québec de manière presque continue depuis seize ans. Au cours de cette période, il n’a rien fait pour défendre et promouvoir le français au Québec.

Si bien qu’un nombre croissant de jeunes angloQuébécois ont perdu de vue leur statut minoritaire au Québec et se considèrent plutôt comme membre de la majorité anglophone du pays (ce qui est également vrai).

Ces jeunes ont entendu ad nauséam les propos regrettables tenus au soir d’une défaite référendaire. Au point d’ignorer à quel point tous les Québécois — y compris eux — sont redevables au premier ministre qui les a prononcés.

Ils ont lu tout le mal qu’on peut en dire du projet de Charte de la laïcité du PQ (auquel je me suis moi-même opposé).

Et ils ont appris avec horreur la nouvelle de l’attentat terroriste antimusulman de Québec.

Bref, depuis leur enfance, on leur décrit le peuple francoQuébécois comme consanguin, arriéré, xénophobe et raciste.

Dans leur esprit, la défense du français au Québec est associée à une lutte tribale contre le progrès.

Pour eux, l’extinction du peuple francoQuébécois est inévitable. Et dès que nous y serons résignés, la voie de la modernité deviendra plus harmonieuse pour tous.

À mon avis, c’est ce mépris profondément ancré qui explique la haine de ces jeunes anglophones contre les spectateurs francophones du TNM.

Le choix des mots est significatif : ‘Shame!’ se traduit littéralement par ‘Honte à vous’. Mais en réalité, il signifie ‘Je vous estime honteux, c’est-à-dire méprisables’.

L’agression n’est pas survenue à n’importe quel moment. On n’a pas défilé contre le TNM en matinée ou dans l’après-midi; on a choisi délibérément le moment précis où les abonnés se présentent pour le spectacle.

Certains spectateurs ont dû pénétrer au TNM sous escorte policière. Ce genre d’intimidation est inacceptable.

Derrière les spectateurs du TNM, c’est tout le peuple francoQuébécois qui est visé par le crachat des protestataires.

Conclusion

Si on m’apprenait que des idéologues fédéraux monitorisent les écrits publiés sur ce blogue, je leur adresserais le message amical suivant : retenez bien les chiens enragés qui tentent de nous intimider dans notre vie privée et notamment lorsque nous nous rendons au théâtre accompagnés d’un être cher. Ce n’est pas vrai que nous allons nous laisser traiter ainsi chez nous.

Nous avons encore de travers dans la gorge la constitution que vous nous avez imposée et qui nous empêche de mettre en application une laïcité minimaliste parfaitement acceptable aux yeux de la plupart des pays occidentaux.

Ceux à qui vous avez affaire, ce n’est plus de pauvres paysans illettrés traumatisés par une conquête militaire et le pillage de soldats anglais. Ce sont des citoyens parfaitement capables de former leur propre pays si vous les poussez à bout.

Sur le même sujet :
La controverse au sujet de SLĀV (2018-06-27)
Appropriation culturelle et néonazisme (2018-07-08)


Annexe : Le dénigrement par The Montreal Gazette :
Opinion: SLĀV: Whose songs are these to sing? (2017-11-30)
Dunlevy: Jazz fest cancels SLĀV, but questions remain (2018-07-04)
Jazz fest review: SLĀV misses the mark, and precious opportunity (2018-07-04)
Jazz Fest: SLĀV isn’t cultural appropriation, singer Bonifassi says (2018-07-04)
Dunlevy: SLĀV director Robert Lepage just doesn’t get it (2018-07-06)
Opinion: Why SLĀV’s cancellation was the right decision (2018-07-06)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’enflure verbale de certains végans

3 juillet 2018

On apprenait le mois dernier que les boutiques de bouchers et de poissonniers français avaient été le théâtre d’actes de vandalisme de la part d’activistes hostiles à la consommation de viande.

L’an dernier, sur les vitrines d’un fromager de Lyon, des adeptes du véganisme avaient peint les slogans ‘Lait = Viol’ et ‘Lait = Meurtre’.

Alors que les fermiers sont familiers avec la violence animale, les habitants des villes vivent souvent dans un monde idéalisé où les seuls animaux qu’ils voient vivants sont les personnages charmants de certains films d’animation ou les accompagnateurs de vedettes à des émissions de variétés.

En réalité, les animaux domestiqués et les espèces végétales que nous consommons ont connu une destinée extraordinaire en s’alliant à l’homme.

Les chiens — qui nous préviennent du danger et gardent nos troupeaux — sont considérablement plus nombreux que les loups et autres espèces canines.

Même chose pour les chats — qui protègent nos récoltes des rongeurs — comparativement aux autres félins.

La superficie des champs de céréales est considérablement supérieure à celle que ces plantes occuperaient si nous étions demeurés des chasseurs-cueilleurs.

Dans la nature, rares sont les herbivores qui meurent de vieillesse.

Il y a plusieurs années, j’avais vu un documentaire dans lequel la femelle d’une espèce de ruminant sur le point de mettre bas s’était retrouvée encerclée par des hyènes.

Plutôt que de s’attaquer à la mère, ils lui avaient laissé la vie sauve, mais avaient dévoré son nouveau-né au fur et à mesure de son expulsion.

Ce sont ces images cruelles que les télédiffuseurs hésitent à montrer aux heures de grande écoute de peur de heurter la sensibilité des enfants et des défenseurs des droits des animaux.

Si bien qu’un grand nombre d’habitants des villes perçoivent la Nature comme une déesse païenne bienveillante.

Même si les conditions d’élevage et d’abattage des animaux de boucherie ont accompli d’immenses progrès depuis quelques années, des lacunes sont souvent observées et constituent un rappel que la quête du confort des animaux doit être constante.

Ceci étant dit, même dans un mode idéal, la mise à mort d’un animal de boucherie sera toujours un spectacle cruel. Dans le pire des cas, cela l’est moins que le sort que cet animal aurait subi s’il avait été déchiqueté par les crocs de ses prédateurs.

Références :
French butchers ask for police protection from vegan activists
“Lait = viol”: le patron de la fromagerie dégradée par des vegans radicaux s’est senti “agressé”

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les prisonnières

26 mai 2018

Sur les 10,5 millions de personnes incarcérées à travers le monde, les femmes en comptent pour 6,8% (vs 5,4% en l’an 2000).

Si je vous dis que la Chine est le pays où le plus grand nombre de femmes sont emprisonnées, cela vous paraitra normal compte tenu de sa population et de son régime politique.

En réalité, la première place est occupée par les États-Unis.

Avec une population quatre fois moindre, les États-Unis enferment 2½ fois plus de femmes qu’en Chine. Une femme court donc un risque dix fois plus grand d’être condamnée à la prison aux États-Unis, comparativement à la Chine.

Le tableau ci-dessous présente les dix pays où le plus grand nombre de femmes sont incarcérées.

Au sein de leur population carcérale respective, la proportion de femmes est la plus importante en Thaïlande et la plus faible (trois fois moins) en Inde.

Pays Population (en millions) Nombre de prisonnières Pourcentage de prisonnières
Chine 1 379 84 600 5,1%
Inde 1 281 15 406 4,1%
États-Unis 326 201 200 8,8%
Brésil 207 35 596 6,9%
Russie 142 59 002 7,8%
Mexique 124 10 072 4,5%
Philippines 104 7 826 8,1%
Vietnam 96 12 591 11,6%
Thaïlande 68 29 175 14,6%
Ukraine 44 9 697 6,1%

Référence : ben Yahmed B. Femmes en prison… La Revue 2017; no 72: 3-4.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le transport aérien d’urgence d’enfants autochtones malades : la cruauté de l’État québécois

4 mai 2018

Introduction

En 1981, le gouvernement du Québec mettrait sur pied un programme de transport aérien d’urgence appelé Évacuations automédicales au Québec (ÉVAQ).

Ce service transporte 3 700 patients par an, soit environ dix par jour.

Financé par le ministère de la Santé, l’ÉVAQ couvre toutes les régions éloignées du Québec, dont le Grand Nord.

Afin de s’acquitter de son mandat, l’ÉVAQ possède ses propres aéronefs équipés d’instruments médicaux puisque ce sont des ambulances volantes. Dans un cas, il s’agit même d’un avion-hôpital.

Chaque vol de celui-ci coute environ sept-mille dollars. En comparaison, le transport aérien d’un cas ‘ordinaire’ coute en moyenne deux-mille dollars.

En 1985, le Québec inaugurait un hôpital dans le Grand Nord (à Puvirnituq). Parmi les services offerts, on y effectue des chirurgies d’un jour. Son centre de santé dessert sept communautés dispersées le long du littoral de la Baie d’Hudson.

Ailleurs, les soins de santé sont assurés par des infirmières à l’emploi de dispensaires dispersés à quelques endroits sur ce vaste territoire.

Toutefois, les cas urgents et lourds doivent être transférés vers les centres hospitaliers du Sud, situés à quatre heures d’avion.

À cette fin, l’ÉVAQ effectue des vols à partir des quatorze aéroports régionaux créés le long du littoral du Nouveau-Québec (le Nunavik).

Les enfants séparés de leur mère

Lorsqu’un enfant autochtone tombe à ce point malade qu’il faut d’urgence le transporter par avion à un hôpital situé dans le Sud, le Québec est la seule province canadienne qui refuse que l’enfant soit accompagné de sa mère.

Imaginez le contexte. Un enfant blessé ou susceptible de mourir — dont la langue maternelle n’est ni le français ni l’anglais — est arraché à son village afin de prendre l’avion pour la première fois de sa vie sans la présence rassurante de sa mère.

Dans certains cas, on prendra en charge un enfant qui sanglotera durant tout le vol et ne cessera de pleurer que sous anesthésie générale.

Pour l’hôpital de Montréal ou de Québec, cette séparation occasionne des difficultés à obtenir le consentement éclairé des parents.

De plus, ces derniers doivent — à leurs propres frais sur des vols commerciaux — se rendre à l’hôpital et y arriver après leur enfant. Parfois, après que tout soit terminé.

Depuis les années 1970, certains groupes de pression ont organisé un boycottage international de la vente de fourrure par les Inuits canadiens.

Puisqu’il s’agissait essentiellement de leur seule source de revenus, ce boycottage a ruiné les communautés inuits du Québec, poussant les taux de suicide à des sommets historiques.

Conséquemment, le cout d’un vol aérien est prohibitif pour une bonne partie d’entre eux. Et dans les rares cas où leur enfant décède dans le Sud, ils n’ont même pas les moyens financiers de rapatrier son corps.

Aveuglement partisan

Il y a trois mois, après avoir essuyé de sévères critiques, le ministre de la Santé du Québec avait annoncé sa décision de permettre qu’un parent accompagne son enfant lors du transport d’urgence dans le Sud. Comme cela se fait déjà partout ailleurs au Canada.

Mais on apprend aujourd’hui que rien n’a été fait.

Depuis ce temps, il ne se passe pas une journée à l’Assemblée nationale sans que le ministre de la Santé reproche à la Coalition Avenir Québec d’être un parti d’extrême droite.

Mais qu’est-ce qu’un parti de droite ? C’est un parti du côté des possédants plutôt que du côté du peuple.

Ces partis assèchent les finances de l’État par des réductions d’impôts qui profitent aux riches, ce qui oblige l’État à couper dans le filet de protection sociale. Et surtout, ils s’acharnent contre les citoyens les plus pauvres avec une cruauté proportionnelle à leur vulnérabilité.

Or, ce dont on parle ici, c’est d’humains qui font souffrir d’autres humains sous le principe de la rigueur budgétaire.

Si le ministre se croit à gauche, j’ai vu mieux…

Références :
Avion-ambulance: de jeunes patients sont encore évacués du Nunavik sans leurs parents
Évacuations automédicales au Québec
Notre (véritable) position sur la chasse au phoque
Programme EVAQ : naître dans le ciel

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La laïcité républicaine

10 avril 2018

Introduction

Dans les pays où s’exerce une séparation entre l’État et l’Église, deux conceptions de la laïcité s’opposent.

Il y a la laïcité républicaine (d’influence française) et la neutralité religieuse de l’État (d’influence anglo-saxonne).

La première vise à reléguer la pratique religieuse à la sphère domestique. La seconde proclame l’indifférence de l’État face aux pratiques religieuses des citoyens.

En réalité, les choses ne sont pas aussi tranchées.

Les deux pays qui constituent les modèles de la laïcité anglo-saxonne sont les États-Unis et la Grande-Bretagne.

Dans le premier cas, ce pays possède comme devise officielle ‘En Dieu nous avons confiance’ (imprimée sur les billets de banque) alors que ses politiciens terminent habituellement leurs discours par la formule de politesse ‘Que Dieu vous bénisse’.

Tout cela n’indique pas d’appartenance à une confession religieuse particulière. Mais ce sont des témoignages publics répétés de la foi en un Être Suprême.

Quant à la Grande-Bretagne, le chef de l’État y est également le chef de l’Église anglicane. Sa devise est ‘Dieu et mon droit’ (en français).

Au Québec, beaucoup de personnes défendent, au contraire, la laïcité républicaine. Très souvent, elles le font sans savoir précisément ce dont il s’agit.

Aujourd’hui, le quotidien Le Monde propose à ces lecteurs un questionnaire qui vise à vérifier leurs connaissances à ce sujet.

Le texte qui suit est principalement basé sur les bonnes réponses à ce questionnaire.

Évolution de la laïcité républicaine

En France, la laïcité est un principe constitutionnel qui repose sur une loi votée en 1905.

À la fin de l’Ancien régime, le catholicisme était la religion d’État de la France.

Au tout début de la Révolution, en 1789, la Déclaration des droits de la personne et du citoyen établissait la liberté de religion pour tous.

Toutefois, sous la Terreur, les églises sont officiellement confisquées, de nombreux religieux sont guillotinés et des moines sont massacrés, dont 115 carmes déchaux dans le jardin de leur monastère parisien, le 2 septembre 1792.

Dans les villes gagnées par la ferveur révolutionnaire, plus personne n’ose porter de signes d’appartenance religieuse, même les plus discrets. Cette déchristianisation atteint son apogée à l’an II de la Révolution.

Sous Bonaparte, le Concordat de 1801 (il y en a eu plusieurs) reconnaissait officiellement les confessions chrétiennes et juive, en rémunérant les prêtres, les pasteurs et les rabbins, de même qu’en finançant les lieux de culte.

Dès la restauration, en 1814, la France adopte une charte constitutionnelle dont l’article 6 proclame que la religion catholique, apostolique et romaine redevient la religion de l’État français. Toutefois, cette reconnaissance ne signifie pas l’interdiction de la pratique des autres religions dans le royaume.

Historiquement, cette charte ne fait pas partie de l’évolution de la laïcité républicaine puisque la France n’est plus alors une république.

Cela entraina que les signes religieux refirent leur apparition là où on n’osait plus les porter. Précisons que dans de nombreux coins de la France — en particulier, là où l’Église constitutionnelle (d’origine révolutionnaire) avait eu peu d’impact — la foi catholique ne s’était pas atténuée; les citoyens n’y ont jamais cessé de manifester leur foi.

La loi de 1905 avait comme objectif principal de révoquer le Concordat de 1801 en faisant cesser les subventions publiques aux cultes religieux. Implicitement, cette loi consacrait définitivement la séparation entre l’État et l’Église, instaurée à la Révolution mais atténuée au XIXe siècle.

Croix du Panthéon

De manière incidente, cette loi interdit également les signes ou emblèmes religieux sur les monuments publics, sauf les édifices religieux, cimetières ou musées. La seule exception à cette règle est le Panthéon de Paris, prévu pour servir d’église, mais qui ne fut jamais consacrée. Le fronton fut refait mais la croix resta là.

Et c’est cet interdit concernant les monuments publics qui, beaucoup plus tard, créera un imbroglio suggérant que la laïcité interdit aux citoyens le port de signes religieux, ce qui n’est pas le cas.

Au contraire, jusqu’à ce que la France se sépare de ses colonies du Maghreb, au début des années 1960, leurs représentants au Parlement français n’hésitaient pas à porter des tuniques berbères et des turbans blancs.

L’abbé Félix-Adrien Kir — qui donna son nom à une boisson célèbre — fut le dernier prêtre élu à l’Assemblée nationale française. De 1945 à 1967, il siégeait en portant la soutane catholique.

C’est en 2004 que la laïcité républicaine prend un nouveau sens. Le président Jacques Chirac fait alors adopter la Loi sur l’interdiction de signes religieux à l’école. Cette loi s’applique aux écoles, aux collèges et aux lycées publics (mais ni aux maisons d’enseignement privé ni aux universités).

Elle interdit tous les types de voiles, les kippas, les turbans, et les grosses croix.

En 2012, une circulaire adoptée sous Nicolas Sarkosy étendait cet interdit aux mères qui accompagnaient leurs enfants lors des sorties scolaires.

Deux ans plus tôt (donc en 2010), l’État français avait également interdit la dissimulation du visage dans l’espace public.

Voile_islamique
 
Deux ans plus tôt, en 2010, la Loi sur la dissimulation du visage interdit le niqab et la burka dans l’espace public mais permet le foulard islamique et le chador. Cette loi, toujours en vigueur, est très peu appliquée.

Toutes ces contraintes ne s’appliquent pas aux entreprises privées puisque la liberté religieuse y est la règle, sous réserve de la nature des tâches à y accomplir.

Cette portée nouvelle donnée à la laïcité républicaine fut ultimement étendue en 2016 à la tenue musulmane de plage (le burkini) par les villes de Nice, de Cannes et d’une trentaine d’autres villes avant que cela ne soit invalidé par les tribunaux français et dénoncé par l’ONU.

Financement religieux et laïcité républicaine

Les Églises chrétiennes ont trois sources de revenus en France; la quête lors des offices, les dons et les legs de particuliers.

À Paris, la plupart des édifices religieux ont une valeur patrimoniale. Ils appartiennent à la ville qui les attribue aux confessions religieuses en vertu d’un pouvoir discrétionnaire.

C’est ainsi qu’une église catholique peut devenir, du jour au lendemain, temple protestant. Et cela peut prendre des années avant que ce lieu, nommé en l’honneur d’un saint catholique, soit renommé par la ville sous une appellation plus acceptable aux yeux du culte protestant.

Sur l’ensemble du territoire français, la majorité des églises catholiques sont la propriété de leurs fidèles. Les collectivités locales assument leurs frais de fonctionnement et d’entretien. Mais elles ne sont pas autorisées à construire de nouveaux lieux de culte.

L’immense majorité des 2 449 mosquées françaises ont été payées par la communauté musulmane. Toutefois, la vingtaine de mosquées qui sont financées de l’Étranger exercent une influence considérable en France par le biais de la redistribution de ce financement.

Si l’État français ne finance plus directement les lieux de culte religieux, il les finance indirectement, comme au Québec, en faisant en sorte que l’argent versé par les fidèles aux Églises (sauf lors de la quête) soit déductible d’impôt.

En vertu de la loi de 1905, tous les aumôniers de l’armée et des établissements publics (asiles, écoles, hospices, et prisons) sont exceptionnellement rémunérés par l’État.

Dans l’armée, il existe des aumôniers catholiques, protestants, juifs et musulmans.

Accommodements religieux et laïcité républicaine

Sur les onze jours fériés définis par le Code du travail français, six sont des fêtes religieuses (Pâques, Ascension, Pentecôte, Assomption, Toussaint et Noël).

Tant dans le secteur public que privé, l’employeur est obligé d’autoriser l’employé qui le désire à s’absenter en raison d’une fête religieuse dans la mesure où cette absence est compatible avec le fonctionnement normal du service ou de l’entreprise.

Dans le secteur privé, cette obligation découle d’une directive émise en 2007 par la Haute autorité de lutte contre les discriminations et l’égalité. Dans le secteur public, l’obligation faite aux chefs de service vient d’un circulaire émise par l’État en 1967.

Depuis le 9 novembre 2016, en vertu d’une directive du Conseil d’État, une crèche de Noël ne peut être installée dans un bâtiment public qu’à la condition de présenter un caractère culturel, artistique ou ‘festif’. En raison de l’ambigüité de cette directive, celle-ci a donné lieu à quelques procès dont les issues ont toutes été dans le sens de l’interdit.

En France, les cantines scolaires peuvent offrir des menus de substitution pour accommoder les élèves soumis à des restrictions alimentaires religieuses. Mais cela n’est pas obligatoire, selon une circulaire ministérielle de 2011.

La plupart des cantines scolaires le font volontairement. Les quelques restaurants scolaires poursuivis pour leur refus de le faire ont tous gagné leur cause devant les tribunaux français.

Les écoles doivent permettre aux enfants qui le souhaitent d’apporter leur repas à la condition de respecter des règles d’entreposage hygiénique. Ces repas peuvent être consommés à la cantine parmi les autres élèves.

Il n’y a pas de cours de religion proprement dit dans les écoles publiques françaises. Toutefois l’émergence historique des trois principales religions monothéistes est obligatoirement enseignée.

Conséquences et conclusion

Les attentats terroristes du 11 septembre 2001 à New York ont eu une profonde influence sur la manière avec laquelle l’Islam est perçu en Occident, passant de religion démographiquement secondaire au sein de nos pays, à menace.

En France, les gouvernements de droite — tant à Paris qu’au niveau municipal — ont considérablement durci la teneur de la laïcité républicaine.

Il faut donc distinguer la laïcité républicaine ‘classique’ de 1905, de cette nouvelle laïcité française, ciblée et beaucoup plus exigeante, qui évolue depuis 2004.

Ce durcissement a probablement contribué à l’ostracisme (réel ou imaginé) dont se croient victimes certains jeunes Français de religion musulmane.

En créant chez ces derniers un schisme entre ‘La France et nous’, cela a probablement contribué au caractère antisocial de certains d’entre eux.

Reste à savoir dans quelle mesure cet ostracisme est responsable du fait que de tous les pays occidentaux, la France est celui qui a été le plus victime d’attentats terroristes causés par un petit nombre de ses propres citoyens.

Aussi outrageante que peut sembler cette question, il est clair que cette hypothèse doit être envisagée dans notre appréciation des vertus de la laïcité républicaine d’aujourd’hui en comparaison avec celle de 1905.

Contribue-t-elle à la cohésion sociale (son objectif principal), ou est-elle contre-productive ?

Références :
Arrêtés «anti-burkini» : l’ONU dénonce une «stigmatisation»
Charte constitutionnelle du 4 juin 1814
Déchristianisation (Révolution française)
Église constitutionnelle
«La loi sur l’interdiction de signes religieux à l’école n’a pas réglé les problèmes»
Loi interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public
Les arrêtés anti-burkini pris en France favorisent la « stigmatisation » des musulmans, selon l’ONU
Le prosélytisme de l’Arabie saoudite
Quand la soutane et la gandoura siégeaient au Palais Bourbon
Quand la soutane siégeait à l’Assemblée nationale
Quiz : savez-vous ce qui est permis ou interdit au nom de la laïcité ?

Paru depuis :
Un regard français sur le modèle de cohabitation à la québécoise (2018-10-18)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Du code vestimentaire à l’uniforme

29 mars 2018

Quelques adolescentes de la région de Québec s’opposent aux codes vestimentaires imposés à leur école.

Celles-ci souhaitent pouvoir porter des culottes courtes qui montent jusqu’aux cuisses; des pantalons moulants sans devoir cacher les fesses d’un chandail; des camisoles à bretelles et des chandails qui révèlent les épaules et le dos.

Les élèves veulent aussi que le vêtement porté au thorax et le pantalon ne soient plus obligés de se superposer, ce qui permettrait de laisser une partie de ventre à découvert. Elles revendiquent également le droit de ne pas porter de brassières ou de laisser paraître les bretelles du soutien-gorge.

Selon Célestine Uhde (une des protestataires), le fait de cacher certaines des parties du corps de la femme — par exemple les seins, le ventre ou les jambes — c’est ce qui les sexualisent.

« Elles sont rendues taboues par la société. Tandis qu’au départ, il n’y a pas grand-chose de plus érotique dans une cuisse que dans un abdo de gars », dit-elle.

Évidemment, si on suit ce raisonnement, l’idéal serait que tout le monde soit tout nu.

Le reproche principal d’un code vestimentaire à l’école, c’est qu’il est toujours plus exigeant pour les filles que les garçons.

Selon une directrice d’école citée par Le Devoir : « Actuellement, la mode est aux gilets bedaine. […] Moi, j’ai vu des filles qui lorsqu’elles lèvent le bras en l’air, on voit leur soutien-gorge. Je ne peux pas accepter ça dans une école.»

Si on abolit le code vestimentaire, la seule alternative au laisser-faire, c’est l’uniforme.

Encore plus contraignant que le code vestimentaire, l’uniforme unisexe a l’avantage d’être juste pour tout le monde. Ou d’être injuste pour tous. C’est selon.

Toutefois, les tentatives d’implanter l’uniforme sans un large consensus des parents ont toujours échoué. Très majoritairement, les parents doivent y consentir. Sinon, c’est l’échec.

D’entrée de jeu, ils y sont habituellement opposés puisque l’uniforme est perçu comme une dépense supplémentaire. En réalité, l’uniforme coute moins cher que tous ces vêtements griffés que les adolescents insistent à porter.

Et on évite le ‘taxage’, c’est-à-dire le vol d’accessoires vestimentaires relativement dispendieux.

C’est d’ailleurs pourquoi les uniformes sont si populaires dans les pays en voie de développement et dans les pays occidentaux les plus pauvres.

Mais les pays riches n’ont pas le monopole des bonnes idées.

Paradoxalement, en imposant l’uniforme — ce qui empêche toute originalité dans la manière de s’habiller — l’école oriente le développement de la personnalité de l’élève autrement que par des artifices vestimentaires, du tatouage et du perçage. L’élève est forcé de se distinguer en développant ses qualités et ses compétences sociales.

Écoliers à La Havane

À Cuba, garçons et filles portent des uniformes semblables sans être parfaitement identiques. Les seules différence sont le col des chemises et la jupe des filles qui se distingue de la culotte courte des garçons.

Étudiants à Porto
Étudiants à Porto

À Porto — et, à quelques exceptions près, dans l’ensemble du Portugal — seule la jupe et les bas nylon noirs des filles les différentient. Précisons que l’uniforme comprend une cape.

J.K. Rowling ayant séjourné à Porto entre 1991 et 1993, cette ville lui a servi d’inspiration pour écrire la saga d’Harry Potter. On ne sera donc pas surpris que l’uniforme des étudiants de Porto aient une ressemblance avec celui porté par les élèves de l’école de sorcellerie de Poudlard…

Au Québec, si des écoles choisissent d’imposer un uniforme unisexe, plutôt que d’imposer soit le pantalon ou le kilt (et non la jupe) à tous, il peut être acceptable de laisser ce choix à chaque élève.

Références :
Au chapitre de l’uniforme scolaire – Une hypersexualisation du vêtement
La révolte de coton: à l’assaut des codes vestimentaires au secondaire
Place aux Carrés jaunes dans les écoles

Paru depuis :
Au lycée, couvrez ces jambes, ces épaules ou ces seins que l’on ne saurait voir (2018-04-23)

Détails techniques : Olympus OM-D, objectif M.Zuiko 12-40 mm F/2,8
1re photo : 1/400 sec. — F/4,0 — ISO 200 — 27 mm
2e  photo : 1/200 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 12 mm
3e  photo : 1/1000 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 19 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les grandeurs et les misères de la Démocratie

21 mars 2018

Introduction

On dit généralement que l’Histoire n’a pas de sens. En réalité, la marche de l’Histoire est erratique. Mais à trop l’observer de près, on finit par perdre de vue l’essentiel.

Si vous et moi n’avions vu de La Joconde de Léonard de Vinci que des photos prises au microscope électronique, personne ne devinerait que ce tableau représente une femme.

L’Histoire, c’est La Joconde. Et l’actualité, ce sont ces photos au microscope électronique.

Le sabotage électoral

Selon l’économiste Paul Collier, la Démocratie amplifie le risque, déjà important, de violences (assassinats, émeutes, guérillas, guerre civile, etc.) dans les pays les plus démunis.

Le seuil de tolérance est un revenu annuel autour de 2 700$ par personne. Au-delà, la Démocratie parlementaire est un actif. En dessous, elle est dangereuse.

Malheureusement, la majorité des pays africains se trouve sous ce seuil de tolérance.

Dans les pays ‘intermédiaires’ (en matière de richesse), de plus en plus de chefs d’État élus se transforment en tyrans au fur et à mesure de leur exercice du pouvoir.

On emprisonne les dissidents. On transforme la presse en encensoir du régime. Et quand arrive le scrutin, le peuple en vient béatement à réélire le ‘père de la Nation’.

Les pays riches ne sont guère mieux.

Des entreprises comme Cambridge Analytica collectent les caractéristiques de millions d’utilisateurs des médias sociaux afin de les manipuler à voter selon ce que souhaitent ses clients.

À l’Étranger, on crée des centres de propagande secrets où des centaines d’employés ont le mandat d’argumenter sur les médias sociaux et les sites web de divers quotidiens en vue d’orienter l’opinion des lecteurs.

À cette fin, ils disposent d’une banque d’arguments préparés par des idéologues, et qu’ils utilisent par couper-coller. Ce qui favorise leur efficacité.

De plus, dans presque tous les pays démocratiques, le financement politique n’est rien d’autre que de la corruption légalisée.

Théoriquement, la personne politique est mandataire du peuple. C’est précisément parce que le peuple a voté pour cette personne que celle-ci a été élue.

Mais en réalité, l’élu est redevable à ceux qui lui ont donné les moyens financiers de convaincre son électorat.

C’est à donc à dire que la Révolution française — qui a remplacé les dirigeants héréditaires par des dirigeants élus par le peuple — est une révolution incomplète.

À quoi sert le pouvoir de choisir ses dirigeants si, dès qu’ils sont élus, on découvre qu’ils sont à la solde d’intérêts particuliers ?

Voilà pourquoi les lois qui encadrent le financement des partis politiques — comme c’est le cas à Québec et à Ottawa — sont les compléments indispensables à la Révolution française.

La démocratie directe

En 2016, des chercheurs de l’université Harvard avaient découvert que beaucoup de Milléniaux — ces jeunes occidentaux nés entre 1980 et 2000 — ne croient plus en la valeur de la Démocratie.

Un coup d’État dans un pays démocratique n’est condamnable qu’aux yeux de 19% des Milléniaux américains et de 36% de ceux en Europe.

En 1995, seulement 16% des jeunes Américains jugeaient que la démocratie était un mauvais système politique pour leur pays. Vingt ans plus tard, 26% des Milléniaux américains jugent sans importance le droit de choisir ses dirigeants politiques.

Après avoir longtemps limité l’utilisation des médias sociaux à des fins narcissiques ou au développement des relations interpersonnelles, on a dernièrement découvert qu’ils sont de formidables outils de démocratie directe.

Alors que pendant des décennies, les tribunaux civils ont été impuissants à punir les comportements sexuels inappropriés, il aura suffi de quelques mois au mouvement #MeToo (en français #BalanceTonPorc et #MoiAussi) pour provoquer la déchéance immédiate de piliers du milieu des arts et du spectacle.

Contrairement aux tribunaux civils, le mouvement #MeToo n’oppose pas simplement la parole d’une victime à celle de son agresseur. Devant le Tribunal de l’opinion publique, ce qui rend la preuve accablante, c’est le poids cumulatif du témoignage de toutes ces victimes qui sortent soudainement de l’ombre et qui pointent unanimement un doigt accusateur vers le même accusé.

De la même manière, les étudiants d’un lycée américain ont, grâce au mouvement #NeverAgain, fait trembler le socle du plus puissant lobby d’armes américain. Du jamais vu.

Grisées par la découverte de l’impact politique des médias sociaux, beaucoup de personnes en viennent à croire que l’action directe est plus efficace pour réaliser la volonté populaire que d’attendre auprès des élus pour ce faire.

En réalité, si le Tribunal de l’opinion publique peut être impitoyable pour ceux qui vivent de l’estime du public (notamment les artistes), il est inefficace contre les chefs d’État et ceux dont le pouvoir peut difficilement être révoqué.

C’est ainsi que même si des centaines de femmes accuseraient Donald Trump de les avoir agressées sexuellement, beaucoup de ses admirateurs n’y verraient qu’un complot politique orchestré par ses adversaires. Qui en Russie croit que Poutine est un despote ? Qui en Turquie le pense d’Erdoğan ? Et qui en Égypte le pense du général al-Sissi ?

Aussi redoutable soit-il, le Tribunal de l’opinion publique est impuissant contre l’aveuglement volontaire.

La Démocratie en perspective historique

Depuis sa naissance dans l’Antiquité, la Démocratie fut un long travail en cours d’élaboration. Une élaboration chaotique, marquée par de longues périodes obscurantistes contrastant avec de soudaines avancées.

Dans la Grèce antique, seuls les citoyens avaient le droit de vote. Ce qui excluait les femmes et les esclaves.

Entre la démocratie grecque et la création de la république des Provinces-Unies (en 1581), que d’asservissements sous le joug d’innombrables tyrans. Pourtant, la Révolution française raviva l’espoir que le peuple pouvait décider de son sort.

Si la défaite napoléonienne fut une occasion de célébrer pour l’aristocratie et la haute bourgeoisie financière européennes, la Révolution russe fit accéder au pouvoir une proportion beaucoup plus grande de la population que ne l’avait fait la Révolution française.

Alors que les mouvements anarchistes et les grèves se multiplient en Europe, une haute bourgeoisie se laisse convaincre d’améliorer les conditions de vie des ouvriers réduits à la misère par l’industrialisation. Plutôt que de compter sur la charité des institutions religieuses, on laissera les États se doter d’un pouvoir de redistribution de la richesse. C’est la naissance de l’État-providence.

Mais beaucoup plus tard, l’effondrement du bloc communiste fit disparaitre l’épée de Damoclès qui menaçait les possédants de nos sociétés. C’est le retour du chacun pour soi. Et le chacun pour soi, c’est toujours la victoire du plus fort sur le plus faible.

Profitant du fait que les achats de titres financiers ne sont pas taxés (contrairement à tout autre achat), le grand capital instaure une fluidité des capitaux qui lui permet d’exacerber la concurrence entre les États et d’obtenir des avantages qui, dans les faits, le soustraient des charges de l’État, de plus en plus supportées exclusivement par la classe moyenne de nos sociétés.

Et le complexe militaro-industriel, grand financier des caisses électorales des dirigeants politiques des pays les plus puissants, incite ces derniers à faire la guerre aux pays qui s’opposent à l’ouverture de leur marché et au pillage de leurs ressources.

Pour se soustraire à la colère du peuple exclu du partage de la richesse, on dévie cette colère contre des boucs émissaires incapables de se défendre : les immigrants, les femmes musulmanes, et les assistés sociaux.

Pour consolider un ordre social de plus en plus défavorable au peuple, les États acquièrent des moyens de surveillance et de contrôle inouïs sous le prétexte de la lutte au terrorisme. Parallèlement, l’extrême droite anglo-saxonne se dote des outils informatiques nécessaires à la manipulation de l’opinion publique.

Il est donc facile d’en conclure que la démocratie est menacée. Il est indéniable qu’elle l’est.

Toutefois, nos États modernes sont des colosses aux pieds d’argile. Privés des revenus qui leur échappent par la réduction de la fiscalité des entreprises et l’évitement fiscal qu’ils ont autorisé, nos dirigeants se sont soumis d’eux-mêmes à une cure d’austérité qui les prive des bras et de la compétence des employés du secteur public.

De plus, ils ont saboté la confiance que les citoyens leur portent et qui incite ceux-ci à la passivité. Donald Trump par ses propos outranciers. Justin Trudeau en se ridiculisant à l’occasion d’un voyage en Inde. Theresa May par son impuissance à dominer les querelles intestines de son cabinet au sujet du Brexit. Et ainsi de suite.

Par contre, jamais la population de nos pays n’a été autant éduquée. De plus, jamais n’a-t-elle disposé de moyens aussi puissants et aussi simples de se mobiliser instantanément. Il faut être aveugle pour ne pas réaliser le potentiel explosif de la situation dans laquelle nous vivons.

À mon avis, les mouvements #MeToo et #NeverAgain sont annonciateurs d’un nouvel ordre social où les populations de nos pays deviendront sourdes à la propagande de nos dirigeants politiques et à celle des médias traditionnels, pour ne compter que sur le gros bon sens.

Or rien n’est plus imprévisible qu’un peuple guidé par son gros bon sens…

Références :
« Dans les pays africains les plus démunis, la démocratie amplifie le risque de violences »
Harvard research suggests that an entire global generation has lost faith in democracy
Histoire de la démocratie
Have millennials given up on democracy?
La démocratie, qu’ossa donne?
#MeToo ou l’explosion de l’autocuiseur
Petite histoire de l’État moderne
What is Cambridge Analytica? The firm at the centre of Facebook’s data breach
The Russian troll factory at the heart of the meddling allegations

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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