Éducation, démocratie et médias sociaux

18 septembre 2019

À la suite de l’effondrement de l’Empire romain, seuls les membres du clergé savaient lire. Puis, pendant des siècles, l’alphabétisation s’est répandue lentement au sein des classes aisées, notamment parmi les marchands pour qui savoir compter était essentiel.

L’explosion de créativité que fut la Renaissance n’aurait pas été possible sans l’invention de l’imprimerie puisque celle-ci a considérablement réduit le cout de la diffusion des idées.

Mais il faudra attendre le XVIIIe siècle pour les idéaux démocratiques se répandent parmi les élites d’Europe et pavent la voie à la Révolution américaine, puis à la Révolution française.

Ces deux révolutions correspondent à l’irruption des masses dans la vie politique. Fait intéressant : toutes deux ont été précédées par une hausse importante du taux d’alphabétisation.

Si la Révolution américaine a précédé la Révolution française, c’est même en raison de l’importance que les Églises protestantes attachaient à ce que les fidèles puissent lire la Bible.

Une des grandes leçons de l’Histoire, c’est que l’instruction transmet le pouvoir de la main qui tient l’épée à celle qui tient la plume.

La création de l’instruction publique s’est donc accompagnée de la démocratisation des sociétés occidentales.

Mais à la fin du XIXe siècle, on assiste au déblocage de l’éducation secondaire et universitaire.

Depuis le Moyen-Âge, les guildes professionnelles étaient des milieux fermées, accessibles toutefois à quiconque était adopté par un tuteur membre de cette guilde. Les guildes permettaient donc une certaine ascension sociale.

Avec l’avènement des études supérieures, on a réservé l’accès à certains métiers aux détenteurs d’une formation universitaire fermée à ceux qui n’en avaient pas les moyens.

Ce faisant, on a recréé une société stratifiée en castes sociales définies par le niveau éducatif et jouissant seuls du prestige social associé à leur caste.

Dans sa jeunesse, mon père n’est pas allé plus loin qu’une huitième année du primaire parce que dans ma ville natale, l’instruction publique n’allait pas au-delà.

Avant la réforme de l’éducation (par le ministre Paul-Guérin Lajoie dans les années 1960), les ouvriers du Québec se faisaient dire qu’ils parlaient mal et que leur manque d’éducation était criant dès qu’ils ouvraient la bouche.

La réforme de l’Éducation a permis l’accès aux études supérieures à l’ensemble de la population. Mais cela ne s’est pas accompagné d’un meilleur accès aux médias traditionnels, détenus par d’importants intérêts financiers.

Seuls les lignes ouvertes des radios et le courrier des lecteurs des journaux permettaient au peuple de s’exprimer sur des sujets préalablement définis.

Ce qui a permis à la fois le contrôle de l’information et, par conséquent, celui des masses populaires.

Dans un premier temps, la création de l’internet a libéré la parole des citoyens par le biais de sites web et de blogues. Du moins pour ceux qui possédaient des rudiments de code HTML.

Puis on a inventé les médias sociaux.

Tout comme les blogues et les sites web, les médias sociaux sont des modes de publication sur l’internet. Mais à la différence des premiers, ils sont spécifiquement un moyen de réseautage avec d’autres utilisateurs afin d’échanger des informations et de s’y mettre en valeur.

Or les jeunes d’aujourd’hui se caractérisent, entre autres, par leur grande compétence des rapports interpersonnels, qu’ils gèrent beaucoup mieux par la parole que leurs ainés.

Les médias sociaux permettent aux internautes d’être des participants, et non plus de simples lecteurs passifs de contenus électroniques créés par d’autres.

À regarder les gens qui marchent sur la rue ou qui sont assis dans les transports publics tout en consultant l’écran de leur téléphone ou textant, on réalise que jamais dans toute l’histoire de l’Humanité, les humains n’ont autant lu et écrit.

Mais bombardés d’information, une bonne partie de ces gens sont redevenus des ignorants parce qu’ils n’ont plus le temps d’approfondir les sujets qui les intéressent.

Dans un autre ordre d’idée, les médias sociaux sont régulièrement accusés de propager des nouvelles fallacieuses et de susciter l’expression d’opinions répréhensibles.

En réalité, ils ont libéré la parole du peuple. Celle qui s’exprimait autour d’une table entre amis, sur l’oreiller du lit conjugal, et sur les murs des toilettes publiques.

Cette parole est brute et révèle les secrets de la pensée populaire.

Et les nouvelles fallacieuses qu’ils répandent correspondent à celles répandues autrefois par la rumeur publique. Bref, rien n’a changé sauf la vitesse de la diffusion de celle-ci.

Depuis toujours, il est possible d’instrumentaliser la rumeur publique.

Ce qui est nouveau, c’est que cette instrumentalisation peut s’effectuer de l’Étranger et servir à fragiliser la cohésion sociale d’un autre pays.

Voilà pourquoi l’étau se resserre autour des médias sociaux pour qu’ils cessent d’être des outils de déstabilisation des gouvernements occidentaux, tout en continuant de l’être envers les régimes politiques auxquels s’opposent les États-Unis.

Cela n’est pas la seule menace auxquels font face les médias sociaux.

Autant aux États-Unis qu’en Europe, les gouvernements s’attaquent aux pratiques monopolistiques des géants de l’internet.

Or on ne peut pas diminuer sensiblement leurs revenus colossaux et leur demander d’instaurer un contrôle social extrêmement couteux sans que ceux-ci remettent en cause leur modèle d’affaires basé sur la gratuité de leurs services pour l’internaute, et ce afin de satisfaire la voracité de leurs actionnaires.

Dans un mode en perpétuel changement, on doit donc envisager la possibilité que cette gratuité ait éventuellement une fin.

Sur le même sujet :
Entrevue d’Emmanuel Todd à Thinkerview

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Gloire et déclin des lits jumeaux dans les pays anglo-saxons

22 août 2019

Selon l’historienne Michelle Perrot, le lit conjugal est latin et catholique alors que les lits jumeaux sont protestants et anglo-saxons.

Pendant près d’un siècle, plus précisément de 1850 à 1950, les médecins anglais se sont fait les champions des lits jumeaux.

Dans la société victorienne, on entretenait les plus vives inquiétudes au sujet du lit partagé à plusieurs.

On savait que les paysans et les gens d’origine modeste étaient plus sujets aux maladies. Or ceux-ci vivaient dans la promiscuité.

Alors qu’en Europe continentale, les microbiologistes apportaient la preuve que les microbes causent les infections, les médecins anglais demeuraient plus attachés qu’ailleurs à la théorie des ‘humeurs’ (dont le déséquilibre menace la santé).

Conséquemment, on préférait croire que les dormeurs affaiblis drainaient la vitalité des dormeurs forts avec, comme conséquence, que ces derniers sombraient dans la maladie des premiers.

Les lits jumeaux étaient donc recommandés aux classes bourgeoises pour des raisons hygiéniques.

Quant au sexe, il s’agissait d’un mal nécessaire à la reproduction de l’espèce, au péril de ceux qui s’y adonnaient.

Dès des années 1920, les lits jumeaux Art déco représentaient la modernité alors que le lit à deux places (surtout à baldaquin) rappelait le Moyen-Âge.

Dans les magazines grand public, les films, et les expositions commerciales, on voyait rarement des lits à deux places. Dormir dans son propre lit était devenu aussi normal que de manger dans sa propre assiette.

C’est dans les années 1950 que les lits séparés devinrent le signe d’une union conjugale chancelante. Dès la décennie suivante, la mode du lit à deux places relayait les lits jumeaux au rang de symbole du puritanisme victorien.

Références :
Le lit conjugal est latin et catholique
Microbiologie
Rolled over: why did married couples stop sleeping in twin beds?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le suicide des Inuits : Greenpeace vs Huawei

2 août 2019

Le suicide des Inuits

La partie arctique du territoire québécois porte le nom de Nunavik. C’est là que vivent les 13 000 Inuits du Québec — autrefois appelés ‘Esquimos’ — répartis dans quatorze villages.

En 2018, trente-six Inuits québécois se sont enlevé la vie. Au cours des six premiers mois de cette année, il y en a eu 19, soit légèrement plus qu’au cours de la même période l’an dernier.

Le taux de suicide chez les Inuits est neuf fois plus élevé que dans l’ensemble de la population canadienne. Chez leurs ados, c’est trente fois la moyenne du pays.

Alors on fait des réunions. On adopte des résolutions. On met sur pied des centres d’appels afin d’offrir un support psychologique.

Mais en dépit de tout, l’hécatombe continue.

L’impérialisme culturel de Greenpeace

En 2016, l’avocate Alethea Arnaquq-Baril a réalisé un documentaire de 82 minutes intitulé Inuk en colère (sic).

Ce film est une critique sévère du boycottage par Greenpeace de ce qui constituait la principale source de revenus des Inuits, soit la vente de la fourrure.

Non seulement ce boycottage a ruiné leur économie, mais fait augmenter de manière soudaine et durable le taux de suicide chez les Inuits, particulièrement chez les adolescents.

Toujours en vigueur, ce boycottage se justifie par le désir de protéger les bébés phoques d’une mort cruelle. En réalité, les Inuits n’ont jamais pratiqué la chasse aux blanchons, réservée aux populations du golfe du Saint-Laurent, à mille kilomètres de chez eux.

Accusée de participer au génocide des populations autochtones du Canada, la multinationale néerlandaise tient à préciser qu’elle ne s’oppose qu’à la chasse ‘commerciale’ de la fourrure.

En réalité, la chasse ‘commerciale’ des phoques n’existe pas en tant que telle.

Les phoques sont la seule source alimentaire des Inuits (si on exclut les onéreuses importations aériennes de nourriture).

Le documentaire montre que lorsqu’un Inuit revient de chasse, l’animal est dépecé, partagé immédiatement avec les autres membres de sa communauté et mangé cru (puisque la cuisson détruirait le peu de vitamine C que contient la chair animale).

Cette culture du partage est une caractéristique fondamentale de toutes les sociétés dont la survie est menacée.

Non comestible, la peau des phoques sert à confectionner des vêtements. Et lorsque tout le monde est vêtu chaudement, le reste des peaux constituaient autrefois une source de revenus appréciable.

Ce n’est plus le cas. Sans avenir, un certain nombre d’Inuits préfèrent s’enlever la vie que de poursuivre une existence misérable.

Huawei

Le 22 juillet dernier, la succursale canadienne de la compagnie chinoise Huawei annonçait avoir obtenu la permission d’Ottawa de déployer d’ici 2025 un réseau téléphonique 4G dans plus de soixante-dix villages nordiques canadiens, dont une cinquantaine (la part du lion) au Québec.

Le 4G est une technologie inoffensive déjà utilisée par des milliards d’êtres humains à travers le monde sans aucun problème, même lorsqu’elle repose sur du matériel téléphonique fabriqué par Huawei.

Si on ajoute les neuf villages cris et les onze communautés innus aux quatorze villages inuits, on est loin du compte de cinquante communautés québécoises qui bénéficieront de ce déploiement.

C’est donc à dire qu’un certain nombre de villages québécois peuplés principalement de non-Autochtones en bénéficieront aussi.

Mais oublions le cas de ces derniers puisque c’est hors sujet.

Ce qu’il faut retenir, c’est que d’ici quelques années, l’arrivée du 4G permettra de susciter l’esprit d’entreprise au sein des communautés inuites qui sont actuellement réduites à la misère sociale notamment par l’impérialisme culturel pavé de bonnes intentions de Greenpeace.

L’offre de Huawei, c’est un moyen concret qui aidera les Inuits à faire rayonner leur culture, à offrir des biens et des services au reste de la planète, et lentement bâtir une économie qui fera reculer les problèmes sociaux auxquels ils sont confrontés.

Références :
Huawei sous les projecteurs alors qu’elle déploiera le 4G dans le Grand Nord
Les limites du charme
Suicides: le Nord s’enfonce dans la crise

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Traite humaine et cannabis anglais

30 juillet 2019


 
En Angleterre, des milliers d’usines désaffectées, d’entrepôts inutilisés, et de maisons unifamiliales ‘abandonnées’ servent d’usines à cannabis.

Dans certains cas, la pègre utilise des maisons louées, mais transformées à l’insu de leurs propriétaires.

Environ 92 % des sites britanniques de production sont en Angleterre.

Chaque site est opéré par un jeune immigré.

Annuellement, des centaines d’adolescents vietnamiens sont ‘importés’ clandestinement en Angleterre pour y servir de main-d’œuvre à l’industrie illégale du cannabis.

Cette situation résulte d’un partenariat entre la pègre anglaise et la pègre vietnamienne. Cette dernière est chargée de recruter les mineurs et d’assurer le suivi en sol britannique.

Les victimes ne sont pas des enfants ordinaires. Ce sont des orphelins qui vivent dans la rue. Pour échapper à la misère, on leur offre un voyage vers l’Europe moyennant un prix qu’ils n’ont évidemment pas le moyen de payer, mais qu’ils pourront acquitter par versements.

Dans les faits, jamais ces jeunes n’arriveront à payer leur dette. Et cette dette — croissante en raison des intérêts — justifiera les menaces et les sévices dont ils seront l’objet.

Au départ d’un voyage maritime qui durera deux ou trois mois, on les entasse dans des conteneurs avec de la nourriture de base, et une quantité d’eau embouteillée qui s’avèrera rapidement insuffisante pour la traversée. Ce qui les obligera à boire leur urine ou à mourir déshydratés.

On les fait entrer clandestinement au Royaume-Uni par les ports contrôlés par la pègre.

Pour les ‘casser’, ils feront plusieurs mois de prostitution dans des bordels pour pédophiles.

Puis finalement, ils sont amenés dans l’usine à cannabis dans laquelle ils vivront.

Leur travail se résume à arroser les plants deux fois par jour. Chaque tournée prend de deux à trois heures. Le reste, c’est du temps libre.

Aux deux ou trois semaines, un locuteur vietnamien les appellera ou passera sur les lieux pour les menacer, leur réitérer de bien suivre les instructions, et pour s’informer que tout va bien.

Leur traitement variera selon le propriétaire des lieux.

Au pire, ils sont séquestrés dans des usines où jamais la lumière du jour ne pénètre, et où tout ce qu’ils ont à manger, ce sont des conserves de nourriture pour chien.

D’autres vivront leur solitude dans des lieux où, par exemple, ils disposeront d’une petite cuisine, d’un réfrigérateur plein, d’une minuscule télévision près de laquelle se trouve une pile de DVDs vietnamiens ou une console de jeux vidéos, un matelas au sol, ici un calendrier vietnamien au mur, là un autel bouddhiste, etc.

Dans bien des cas, les portes ne sont même pas verrouillées.

Alors pourquoi ne s’enfuient-ils pas ? Pourquoi n’utilisent-ils pas le téléphone pour appeler la police ?

Pour plusieurs raisons.

Premièrement, ces adolescents ne parlent pas anglais. Deuxièmement, dans leur pays d’origine, ils ont passé toute leur enfance à subir la répression d’une police corrompue qui s’acharnait sur eux en raison de leur vagabondage et des petits méfaits qu’ils commettaient pour survivre.

Mais surtout, ces enfants n’ont jamais connu autre chose que la méchanceté humaine. Or maintenant, ils ont un toit. Ils sont nourris. Ils n’ont jamais froid parce qu’il fait toujours chaud dans une usine à cannabis, même en hiver. Ils se sont fait une petite vie monotone. Même ceux qui mangent de la nourriture pour chien n’ont jamais été mieux traités de leur vie.

Quand ils sont découverts par la police, une partie d’entre eux seront accusés de complicité dans le commerce de la drogue et sont expulsés vers leur pays d’origine après avoir été abusés en prison.

Les autres seront pris en charge par les services sociaux. Beaucoup s’enfuient, persuadés que leurs créanciers les trouveront et les tueront s’ils ne retournent pas travailler pour eux afin payer leur dette.

Dans un cas, par exemple, les ravisseurs avaient entaillé superficiellement les parties génitales d’un adolescent qui avait tenté de s’enfuir en lui faisant croire qu’ils y avaient inséré un émetteur de géolocalisation qui leur permettrait de le retracer, peu importe où il se trouvait.

Références :
Enslaved on a British cannabis farm: ‘The plants were more valuable than my life’
Trafficked and enslaved: the teenagers tending UK cannabis farms

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| Fait divers, Immigration, Prostitution, Sociologie | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Génocide autochtone et indépendantisme québécois

10 juin 2019
Monument à sir John-A. Macdonald

Introduction

La commission canadienne créée pour faire enquête au sujet des femmes autochtones disparues et assassinées a remis son rapport la semaine dernière.

Ce document a fait scandale pour avoir soutenu que ces meurtres seraient la preuve d’un génocide dont le gouvernement canadien serait responsable.

Les opposants à ce rapport estiment que pour qu’on puisse parler de génocide, il faudrait que les morts aient été planifiées et orchestrées plutôt que d’être simplement une série de cas isolés.

D’autant plus que dans la majorité des cas, l’assassin est un autre autochtone (habituellement un conjoint). Ne devrait-on pas parler plutôt de violence conjugale ? Une violence conjugale qui ne serait qu’une conséquence des problèmes sociaux qui sévissent sur les réserves indiennes ?

Ces reproches sont justifiés mais ratent l’essentiel.

Un débat clos depuis 2013

Au Canada, les peuples autochtones sont régis par un apartheid juridique qui vise à leur extinction.

En 2013, le professeur James Daschuk de l’Université du Manitoba publiait la thèse universitaire intitulée ‘La destruction des Indiens des Plaines. Maladies, famines organisées, disparition du mode de vie autochtone’.

Cette publication de 366 pages est un accablant réquisitoire qui accuse John-A. Macdonald, le père de la confédération canadienne, d’avoir voulu exterminer par la famine les Amérindiens des Prairies.

Bref, il ne subsiste plus aucun doute que depuis la conquête anglaise, le Canada s’est édifié sur la dépossession territoriale violente des peuples autochtones.

C’est depuis la publication de ce livre que l’opinion publique canadienne-anglaise s’est retournée contre Macdonald et que ses statues sont vandalisées d’un bout à l’autre du pays.

Le caractère génocidaire des politiques canadiennes à l’égard des peuples autochtones étant reconnu implicitement par l’actuel premier ministre du Canada, le rapport au sujet des femmes autochtones ne fait que documenter les conséquences sociales de cette oppression.

Parmi la panoplie des moyens génocidaires longtemps utilisés, rappelons la stérilisation forcée des Amérindiennes, pratiquée couramment dans les provinces de l’Ouest jusque dans les années 1970. Par exemple, une Autochtone admise à l’hôpital pour une appendicite en sortait stérile sans savoir pourquoi.

Le colonialisme français au Canada

Ailleurs dans le monde, le colonialisme français ne se distingue pas des autres.

Mais en Nouvelle-France, ce colonialisme a adopté un ‘modèle d’affaires’ complètement différent en raison du fait que l’économie des peuples autochtones d’Amérique du Nord était essentiellement une économie de subsistance qui ne générait pas des trésors que des conquérants pouvaient piller.

Du point de vue économique, ce qui intéressait Paris, c’était essentiellement la traite des fourrures au Canada. Ce qui nécessitait des relations harmonieuses avec les peuples avec lesquels la France entretenait le commerce de la pelleterie.

Depuis les écrits de l’historien David Hackett-Fisher, on sait qu’à cela, il faut ajouter les motivations mystiques et utopistes des premiers responsables du peuplement de la colonie.

Pour ceux-ci, la richesse de la Nouvelle-France, ce n’est pas la présence de métaux précieux, mais son réservoir d’âmes à convertir. Non pas par la force, mais par un prosélytisme insistant, mais relativement bienveillant.

Il s’agit là d’une différence fondamentale entre le colonialisme français en Amérique du Nord et les colonialismes anglais, espagnol et portugais.

Doit-on défendre l’Honneur du Canada ?

Le Canada est un pays méprisable justement pour ses politiques racistes à l’égard des peuples autochtones.

Quelle aubaine pour ceux qui militent pour qu’on se libère de l’État pétrolier canadien afin de créer un pays infiniment mieux.

Les Indépendantistes ne doivent jamais rater une occasion d’être solidaires des peuples autochtones du Québec lorsque cela est justifié. Or c’est le cas ici.

Ce n’est pas parce que le rapport pointe un doigt accusateur contre les collabos québécois des politiques fédérales — corrompus par le pouvoir illimité de dépenser d’Ottawa — que nous devons nous sentir interpelés et défendre l’indéfendable.

En somme, le message que nous devons adresser aux peuples autochtones du Québec, c’est que nous sommes les descendants spirituels de Samuel de Champlain et non de John-A. Macdonald.

Dans l’esprit des Autochtones québécois comme dans le nôtre, il doit être évident que l’indépendance du Québec est autant notre libération que la leur.

À chercher des puces dans ce rapport, on sème le doute dans l’esprit de nos concitoyens autochtones suggérant qu’après l’indépendance, le gouvernement québécois ne serait qu’un nouvel Ottawa pour eux.

Conclusion

Dresser le peuple francoQuébécois contre les peuples autochtones du Québec, c’est faire le jeu des Fédéralistes.

Références :
Colonisation et esclavage en Nouvelle-France
La communauté médicale dénonce les stérilisations forcées
Le poids des mots
L’invention des races humaines
Nettoyer la statue de Macdonald, un gaspillage des fonds publics
Un lexique pour mieux comprendre le rapport de l’ENFFADA

Complément de lecture :
Gabriel Sagard en Huronie

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La cuisine de rue en vedette les premiers vendredis du mois

9 juin 2019

Tous les premiers vendredis du mois, de juin à octobre, l’esplanade du stade olympique de Montréal est le site du plus important rassemblement de cantines mobiles au Canada.

Le premier de ces rendez-vous était donc vendredi dernier.

De 16h à 23h, une cinquantaine de cantines attendaient un public principalement composé de jeunes couples ou de jeunes familles.

À l’heure où les photos ci-dessous ont été prises — entre 20h45 et 21h10 vendredi dernier — des milliers de personnes se sustentaient encore, malgré l’heure, dans une atmosphère amicale et sans prétention.

Vue générale
Dilallo Burger
St Jacöb
Blue Homard
Poutine F.A.C.T.O.R.Y
ô sœurs volantes
Boîte à Fromages
Mr Puffs
Poutine Shack
Le Camion Belgo
Churros Montréal
Da Lillo
MASA
Le Repère des Affamés
Fire Twenty-One Smokin’ Grill Cuisine

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 25mm F/1,2
 1re  photo : 1/80 sec. — F/1,2 — ISO 1600 — 25 mm
 2e   photo : 1/80 sec. — F/1,2 — ISO 1600 — 25 mm
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 4e   photo : 1/80 sec. — F/1,2 — ISO 320 — 25 mm
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 7e   photo : 1/60 sec. — F/1,2 — ISO 500 — 25 mm
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 9e   photo : 1/60 sec. — F/1,2 — ISO 3200 — 25 mm
10e  photo : 1/80 sec. — F/1,2 — ISO 2000 — 25 mm
11e  photo : 1/80 sec. — F/1,2 — ISO 200 — 25 mm
12e  photo : 1/80 sec. — F/1,2 — ISO 250 — 25 mm
13e  photo : 1/60 sec. — F/1,2 — ISO 400 — 25 mm
14e  photo : 1/200 sec. — F/1,2 — ISO 200 — 25 mm
15e  photo : 1/60 sec. — F/1,2 — ISO 640 — 25 mm

Sur le même sujet :
La cuisine de rue à Montréal

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| Nourriture, Photos de Montréal, Photos de voyage, Photos du Canada, Sociologie | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


L’invention des races humaines

6 juin 2019

Introduction

Il y eut une époque où la pigmentation de la peau n’était qu’une parmi les nombreuses caractéristiques qui permettaient de distinguer les êtres humains.

Évidemment, il y avait les femmes et hommes, aux attributs vestimentaires et anatomiques très différents. Il y avait aussi les grands et les petits. Les gros et les maigres. Ceux aux yeux noirs, bleus ou gris. Les moustachus, les rasés et les imberbes. Les personnes aux cheveux noirs, châtains, blonds ou blancs.

Pour ce qui est de la peau, elle pouvait être ridée et basanée comme celle du travailleur aux champs ou être lisse et rose comme celle d’une religieuse cloitrée. Et les gens pouvaient avoir différentes carnations, ce qui implique différentes pigmentations cutanées.

Quand le groupe ethnique se fait race

Le mot ‘race’ a toujours été imprécis.

Selon le contexte, le mot pouvait désigner l’ensemble des membres d’une lignée (ex.: ‘Par ses manières, on devinait qu’il était de race noble’), les détenteurs d’une caractéristique physique ou morale (ex.: ‘Rendons hommage à celui qui fut de la race des grands bâtisseurs de la Patrie’), l’appartenance à un groupe ethnique (ex.: ‘Longue vie à la race britannique’), et pouvait même se transformer en insulte (ex.: ‘Race de vipère ! Voilà ce que tu es’).

Dans les trois derniers couplets de l’hymne national canadien —  ceux qu’on ne chante jamais — on fait référence deux fois à la race.

La première fois pour rappeler que le Canadien est né d’une race fière. Et la seconde fois pour en appeler à la loi pour nous guider parmi les races ‘étrangères’.

Le rationalisme du XIXe siècle

Une des grandes obsessions du XIXe siècle fut de comprendre et de chercher à mettre de l’ordre dans le chaos de l’univers.

Dimitri Mendeleïev publie en 1869 son tableau périodique des éléments. Tout le règne minéral y trouve sa place, y compris des métaux alors inconnus.

À la suite des travaux du naturaliste Carl von Linné, des botanistes et des naturalistes s’affairent à découvrir des espèces vivantes et à les hiérarchiser soigneusement en règnes, en embranchements, en classes, en ordres, en familles, en genres et en espèces.

Linné fut le premier à suggérer l’existence de variétés humaines (comme il y avait des races canines), sans suggérer que certaines variétés étaient supérieures à d’autres.

Contrairement à d’autres caractéristiques physiques — retrouvées de manière variable au sein de tous les peuples — la couleur de la peau était une caractéristique spécifique des membres d’une même population.

D’où l’idée que cette caractéristique, associée à la morphologie (largeur du nez, protubérance de l’arcade sourcilière, forme des yeux, etc.) permettait de classer les êtres humains en différentes races.

À l’époque, cette démarche scientifique était soutenue par les pouvoirs publics car elle donnait une justification morale à la domination des Européens sur les peuples des colonies, notamment en Afrique.

La renaissance du racisme

Le grand paradoxe des pays au lourd passé colonial (comme le Canada et les États-Unis), c’est que même en tentant d’échapper à un passé qu’ils jugent honteux, la population de ces pays perpétue l’importance démesurée attachée à la pigmentation de la peau.

C’est ainsi qu’on croit faire mieux en parlant, non pas de races, mais plutôt de ‘peuples racisés’. Ce néologisme signifie ‘peuples à qui une race a été attribuée…’. (sous-entendu : ‘…par ceux qui croient faussement au concept de race’).

Malheureusement, l’utilisation d’euphémismes ou de néologismes pour parler de collectivités définies selon la pigmentation de leur peau perpétue l’importance excessive accordée à cette pigmentation, un excès qui est à la base même du racisme.

Minorités visibles désigne les ‘non Blancs’ dans une société majoritairement blanche. Entre nous, a-t-on déjà vu un être humain invisible ? Il s’agit donc ici d’un pléonasme puisque toutes les minorités raciales sont visibles.

De la même manière, on parlera d’Afro-Américains — une désignation basée sur la géographie — plutôt que sur la pigmentation de la peau.

Le problème, c’est qu’en réalité, le mot ‘Afro-Américain’ signifie ‘Noir’.

Voilà pourquoi un Algérien qui émigre aux États-Unis ne sera jamais un Afro-Américain — même si l’Algérie est en Afrique — si la couleur de sa peau est seulement olivâtre.

Quant au concept d’appropriation culturelle appliquée aux arts de la scène, c’est une manière de perpétuer le racisme anglo-saxon et sa manie de créer des zones d’exclusion pour ceux dont la couleur de la peau n’est pas la bonne.

Conclusion

L’isolement géographique, l’interdiction des mariages interreligieux, et la peine de mort infligée aux coupables de relations sexuelles interraciales maintenaient autrefois la spécificité de la pigmentation cutanée comme vecteur identitaire.

Mais l’abolition de la ségrégation raciale et l’immigration intercontinentale ont brouillé les contours de la race.

S’il est facile de qualifier de ‘Métis’ ou de ‘Mulâtres’ ceux issus d’un premier croisement interethnique, ces mots perdent leur sens après une multitude de croisements qui ont considérablement ‘dilué’ les caractéristiques qui les définissaient.

À partir de quelle pigmentation cutanée cesse-t-on d’être un Blanc ? À partir de quelle ‘dilution génétique’ cesse-t-on d’être Noir ?

Depuis le séquençage du génome humain en 2004, on sait qu’un Blanc typique et un Noir ‘pure race’ ont en commun entre 99,5% et 99,9% de leurs chromosomes. Or cette proportion est la même entre deux membres d’une même ‘race’.

Références :
Carmen vs SLĀV
Histoire du racisme
Ô Canada et la laïcité
Race humaine
Y-a-t-il des races humaines ? Pourquoi autant de couleurs de peau ?

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| Racisme, Sociologie | Mots-clés : | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Carmen vs SLĀV

13 mai 2019

C’est hier que se sont terminées les représentations de Carmen à l’Opéra de Montréal. Dans cette œuvre, le rôle-titre est celui d’une Bohémienne.

Strictement parlant, les Bohémiens sont les habitants de Bohème. Mais couramment, on appelle ainsi les Roms, ce peuple nomade qui serait originaire du sous-continent indien. Le personnage de Carmen est l’un d’eux.

Pour se soustraire aux accusations d’appropriation culturelle, il faut éviter de faire jouer les personnages issus des minorités opprimées par des acteurs ou des chanteurs issus de groupes dominants.

La première fois que le concept d’appropriation culturelle a été appliqué aux arts de la scène, c’est en 2016 à l’université de Bristol.

Des étudiants avaient alors provoqué l’annulation d’une production d’Aïda au motif que des ‘Blancs’ y interprétaient des personnages égyptiens et éthiopiens

Dans Carmen, les rôles de soldats français peuvent être incarnés par n’importe qui puisque le peuple français en est un dominant.

Selon l’orthodoxie de ceux qui combattent l’appropriation culturelle, les rôles de Carmen et de tous ses camarades contrebandiers — soit environ la moitié de la distribution — ne peuvent être interprétés que par des Roms.

Ce n’est même pas une question de race puisque pour une bonne partie des adversaires de l’appropriation culturelle, le concept de race est une invention du XIXe siècle destinée à justifier le colonialisme européen.

Qui donc incarnait le rôle de la belle Rom à Montréal ? Krista de Silva, une soprano ‘blanche’ anglo-canadienne. Passons sous silence l’origine des chanteurs qui se faisaient passer ‘fallacieusement’ pour des Bohémiens…

Le plus étonnant dans tout cela, ce n’est pas la distribution qui, très justement, n’a attiré l’attention de personne. L’étonnant, c’est le silence de ceux qui s’indignaient à pleins poumons contre la distribution de SLĀV.

À l’époque, j’écrivais que l’accusation d’appropriation culturelle n’était qu’un prétexte, invoqué lorsqu’il s’agit de sujets sensibles (l’apartheid autochtone, les pensionnats autochtones et l’esclavagisme noir américain, par exemple) qui correspondent aux squelettes que le colonialisme anglo-saxon cache dans ses placards.

Qu’en est-il lorsqu’on ‘invisibilise’ un peuple (comme celui des Roms) qui n’a pas souffert du colonialisme anglo-saxon ? Eh bien, il ne se passe rien.

L’été dernier, un quotidien anglophone de Montréal battait le tambour de la guerre contre l’appropriation culturelle. Mais au sujet de Carmen, le quotidien n’a pas cru bon souligner qu’aucun ‘Bohémien’ de l’opéra n’était Rom.

De plus, où sont passé tous ces jeunes anglophones qui protestaient contre SLĀV ?

Formés par un système éducatif qui fait l’apologie de l’Empire britannique et des colons prédateurs qu’il a essaimés, les protestataires anglophones tentaient de culpabiliser des créateurs francophones qui prenaient fait et cause pour une partie de ceux que cet empire a exploités.

Qu’aujourd’hui une soprano Canadienne-anglaise ‘vole’ le rôle qui devrait aller à une chanteuse Rom, who cares ?

Cette indifférence est la preuve à postériori des contradictions qui animent ceux qui veulent que le concept d’appropriation culturelle s’applique aux arts de la scène.

En réalité, derrière des justifications qui évitent soigneusement de parler de race — puisqu’il est seulement question de peuples dominés vs peuples dominants — ce dont il est question, ce n’est rien d’autre que de race.

Voilà pourquoi le conflit au sujet d’Aïda, de SLĀV et Kanata, concernait l’insuffisance de la représentation de peuples dits ‘racisés’ alors que les Roms ne sont pas du nombre parce que la couleur de leur peau n’est pas distinctive.

Or comment critiquer la représentation raciale sans parler de race ? En utilisant des euphémismes.

C’est ainsi qu’on parlera d’Afro-Américains — une désignation basée sur la géographie — plutôt que sur la pigmentation de la peau.

Le problème, c’est qu’en réalité, le mot ‘Afro-Américain’ signifie ‘Noir’.

Voilà pourquoi un Algérien qui émigre aux États-Unis ne sera jamais un Afro-Américain — même si l’Algérie est en Afrique — si la couleur de sa peau est seulement olivâtre.

En somme, appliquer le concept d’appropriation culturelle aux arts de la scène, c’est une manière de justifier le racisme anglo-saxon et sa manie de créer des zones d’exclusion pour ceux dont la couleur de la peau n’est pas la bonne.

Et dans le cas de SLĀV, c’était une manière d’étouffer la voix d’outre-tombe de personnes réduites à la servitude en enfermant cette voix dans le carcan racial de leurs descendants, seuls autorisés à l’exprimer.

Références :
La controverse au sujet de SLĀV
Dunlevy: Jazz fest cancels SLĀV, but questions remain
Dunlevy: SLĀV director Robert Lepage just doesn’t get it
Jazz fest review: SLĀV misses the mark, and precious opportunity
Jazz Fest: SLĀV isn’t cultural appropriation, singer Bonifassi says
Opinion: SLĀV: Whose songs are these to sing?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Immigration : l’illusion des prophéties

13 mars 2019

L’approche néolibérale

Pierre Fortin est un des plus brillants économistes du Québec. J’écoutais dernièrement un extrait de son témoignage en commission parlementaire.

Celui-ci faisait valoir l’importance de l’adéquation entre les besoins du marché et les qualifications des candidats à l’immigration.

Pour maximiser la contribution des néoQuébécois au développement du Québec, il faut choisir les candidats qui ont les meilleures chances de refaire leur vie ici.

Et pour en juger, on établirait une grille d’évaluation basée sur les besoins en main-d’œuvre de l’économie québécoise. Plus le candidat est apte à combler ces besoins, plus il serait accueilli à bras ouverts.

Cette approche est exactement celle du système Arrima, élaboré par l’ex-gouvernement libéral et que veut mettre en place le nouveau gouvernement caquiste.

Il s’agit d’une approche néolibérale dans la mesure où elle consiste à transformer les candidats à l’immigration en marchandise. En d’autres mots, elle consiste à dresser la liste du capital humain dont nous avons besoin comme on dresse sa liste d’épicerie.

Le mirage

Le problème fondamental de cette approche, c’est qu’elle se bute à l’imprévisibilité du futur dans un monde évoluant de plus en plus rapidement.

Les délais à l’immigration, qui se calculent en années au fédéral, font en sorte que les compétences utiles que possède le requérant pourraient ne plus être celles recherchées lorsqu’il est finalement accepté au pays.

À titre d’exemple, si Arrima avait été en vigueur il y a vingt ans, nous aurions accordé la citoyenneté canadienne à de nombreuses personnes capables de pourvoir les postes offerts dans le domaine des télécommunications, alors en plein essor.

Mais de 2007 à 2009, le secteur des télécommunications canadiennes s’est effondré. Au point que Nortel, un fleuron de l’économie canadienne, a fait faillite. Aurions-nous retiré la citoyenneté à tous ces gens qui auraient soudainement cessé de correspondre aux besoins du marché ?

D’où l’intérêt de dresser une grille qui tient compte des tendances du marché, de manière à anticiper les besoins du Québec dans un avenir prévisible.

Alors là, c’est pire.

Toujours dans les années 2000, la stratégie industrielle du gouvernement Charest, c’était le Plan Nord. Celui-ci consistait en un vaste projet de soixante-milliards de dollars visant à provoquer artificiellement un boum minier au Québec.

Si nous avions anticipé les besoins en main-d’œuvre du Plan Nord et ‘importé’ des mineurs à l’avance — de manière à ce qu’ils aient eu le temps de s’adapter au Québec et d’être parfaitement opérationnels lorsque les minières auraient eu besoin d’eux — on serait pris à essayer de recycler dans d’autres domaines ces mineurs étrangers devenus chômeurs chez nous en raison du fiasco total du Plan Nord.

Il est utopique de vouloir arrimer une politique migratoire sur une cible aussi fuyante que sont les besoins du marché.

Alors que faire ?

Une alternative humaniste

Depuis 2001, la réforme éducative québécoise repose à la fois sur l’apprentissage des connaissances et sur l’acquisition de compétences jugées importantes au XXIe siècle : la pensée critique, la communication, la collaboration, la créativité, l’innovation, la facilité numérique et technologique, l’apprentissage continu, la flexibilité et l’adaptabilité, la citoyenneté, et l’esprit d’initiative.

On qualifie de transversales les compétences qui, une fois acquises, pourraient être appliquées dans n’importe quel autre domaine.

Depuis près de deux décennies, tous les professeurs du Québec évaluent l’acquisition de compétences transversales chez leurs élèves. Or évaluer cela chez un candidat à l’immigration ou chez un écolier, c’est pareil.

Le système Arrima consacre la suprématie des marchés. Il repose malheureusement sur une illusion; l’aptitude à prévoir rigoureusement les besoins futurs d’une économique dont le rythme de transformation s’accélère.

Plus pertinente, une politique migratoire humaniste consacre la suprématie de l’être humain.

En effet, ce dont le Québec a besoin, ce sont des citoyens capables d’affronter l’avenir, de s’y adapter et de réussir leur vie dans un monde en évolution. Or ce monde sera de plus en plus imprévisible.

Les compétences valorisées par notre politique migratoire devraient être les mêmes que celles inculquées par notre système éducatif à nos propres enfants.

De manière à ce que rien ne distingue l’aptitude à réussir du citoyen né au Québec de celui qui est venu s’y installer plus tard dans son existence.

Références :
Immigration: la CAQ accusée d’agir dans la précipitation
Les compétences du XXIe siècle

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Colonisation et esclavage en Nouvelle-France

19 février 2019
Carte de l’Amérique du Nord, réalisée en 1689 (© — Musée Stewart)

Introduction

Le Canada — qui correspondait en gros à la vallée du Saint-Laurent — de même que l’Acadie et la Louisiane étaient les trois territoires constituants de la Nouvelle-France.

À eux trois, ils formaient un immense croissant qui partait du golfe du Saint-Laurent et qui traversait l’Amérique du Nord jusqu’à l’embouchure du Mississippi.

Le colonialisme ibérique en Amérique du Sud

Règle générale, le colonialisme consiste à asservir des peuples afin de s’emparer par la force de leurs richesses.

Ce fut le cas au Mexique et en Amérique du Sud où sévissait la colonisation ibérique (Espagne et Portugal).

Les bateaux de la flotte royale espagnole en provenance du Mexique et du Pérou — chargés des trésors pillés aux Aztèques et aux Incas — se ravitaillaient à La Havane avant d’entreprendre, chaque printemps, la traversée de l’Atlantique vers l’Espagne, où ces trésors servaient à consolider la puissance du roi.

Cette prédation fut possible parce que les Aztèques, les Mayas et les Incas fabriquaient des parures en or et élevaient des temples sacrificiels aux riches décors sculptés où s’accumulaient les offrandes.

Le colonialisme anglais en Amérique du Nord

Les populations indigènes d’Amérique du Nord pratiquaient une économie de subsistance. Leurs parures étaient en plumes, en dents et en fragments d’os. Leurs habitations temporaires étaient en bois, en peaux et en écorces.

Bref, rien à voler.

À différence de la colonisation ibérique, la colonisation anglaise en Amérique du Nord fut prédatrice d’une autre manière; elle visait à déposséder les Autochtones de leurs territoires afin d’y installer des colons.

La Nouvelle-Angleterre servait alors de déversoir pour accueillir les surplus de population que n’arrivait pas à nourrir le sol anglais. Ce déversement démographique nécessitait la disparition des peuples qui habitaient la colonie jusque là.

Les troupes anglaises ont fait pareil en Acadie en déportant la population française afin de faire place à des colons britanniques.

Le colonialisme anglo-saxon a pour coutume de massacrer les populations qui résistent à leur dépossession et, bien des siècles plus tard, à s’en excuser lorsque ces populations ont disparu ou en voie d’extinction.

Le colonialisme français en Amérique du Nord

Ailleurs dans le monde, le colonialisme français ne se distingue pas des autres.

Mais en Nouvelle-France, ce colonialisme a adopté un ‘modèle d’affaires’ complètement différent.

Du point de vue économique, ce qui intéressait le pouvoir royal au Canada, c’était essentiellement la traite des fourrures.

Depuis les écrits de l’historien David Hackett-Fisher, on sait qu’à cela, il faut ajouter les motivations mystiques et utopistes des premiers responsables du peuplement de la colonie.

Pour ceux-ci, la richesse de la Nouvelle-France, ce n’est pas la présence de métaux précieux, mais son réservoir d’âmes à convertir. Non pas par la force, mais par un prosélytisme insistant, mais relativement bienveillant.

Il s’agit là d’une différence fondamentale entre le colonialisme français en Amérique du Nord et les colonialismes anglais, espagnol et portugais.

Le rêve de Champlain

Au sujet du ‘Rêve de Champlain’, écrit par l’historien David Hackett-Fisher, l’éditeur résume :

Lui qui était né dans un pays ravagé par les guerres de religion, il a encouragé les mariages entre colons et Indiens, il a prêché la tolérance envers les protestants.

Il a inlassablement tenté de maintenir la paix entre les nations indiennes, mais il a su quand il le fallait prendre les armes et imposer un nouvel équilibre politique, se révélant ainsi un guerrier et un stratège redoutables.

Il a été un leader visionnaire, surtout si on le compare à ses contemporains anglais et espagnols, un homme qui rêvait d’un monde plus humain et vivant en paix, dans une époque marquée par la cruauté et la violence.

Le commerce des fourrures a déterminé les liens entre Français et Autochtones.

Les coureurs des bois français étaient des commis voyageurs dont l’activité commerciale exigeait de bons rapports avec leurs clients autochtones.

Si les explorateurs français ont souvent été accompagnés d’un Jésuite (qui leur servait de cartographe), les coureurs des bois préféraient la compagnie d’une conjointe autochtone (qui leur servait d’interprète).

Menacé, le coureur des bois ne pouvait pas appeler personne à l’aide : sa survie dans l’immensité du territoire dépendait d’une attitude amicale réciproque avec les Autochtones.

Les Métis s’appellent ainsi parce qu’ils sont nés de la fusion de deux peuples; les francoQuébécois et des Autochtones. Parce que les Anglais, eux, ne se mêlent pas « à ces gens-là.»

Longtemps, les locuteurs français de ce pays et des autochtones partageaient la même dure condition humaine soumise à l’adversité du climat.

En commentaire à un article du Devoir, Jean-Paul Picard écrit :

Dès le début avec Champlain en Acadie, les relations entre les Français et les premières nations étaient régies par des alliances avec eux. Ces alliances toujours verbales couvraient surtout la coopération militaire, la présence des missionnaires et le commerce des fourrures.

Elles étaient retravaillées, renégociées, améliorées et convenues de nouveau pratiquement chaque année au gré des deux parties. Parfois, ces alliances étaient revues d’un commun accord juste avant chaque campagne militaire.

Conformément à la tradition amérindienne, ces alliances verbales se concluaient par des échanges de wampums. Les Français et les Amérindiens signataires étaient donc des alliés et des amis. (…)

(Contrairement aux Anglais,) les Français ne faisaient pas signer de traités de cession de territoire.

C’est la création des réserves, typique du colonialisme anglo-saxon, qui a fait des autochtones un sous-prolétariat d’une pauvreté extrême avec lequel les autres Québécois ne pouvaient plus avoir les mêmes affinités.

La dépossession des terres occupées par les peuples autochtones, leur caractérisation en fonction de la pureté du sang, leur concentration dans des réserves (où on pouvait les affamer) s’inscrivait dans la grande politique génocidaire de John-A. Macdonald.

Ce colonialisme prédateur est intimement lié à l’histoire du Dominion du Canada, celui des 150 dernières années. Mais cela est étranger à l’histoire de la Nouvelle-France.

Et l’esclavage dans tout cela ?

En 1998, Dorothy-W. Williams publiait ‘Les Noirs à Montréal’. Dans ce livre, l’auteure fait, entre autres, l’historique de l’esclavage en Nouvelle-France.

Les exploitations agricoles du Canada étaient trop petites pour justifier le recours important à des esclaves. À l’époque, seule une production agricole de masse — comme au sud des États-Unis — aurait pu nécessiter une main-d’œuvre abondante.

Le premier Noir au Canada se nomme Matthieu da Costa. Il s’agit d’un marin polyglotte d’origine inconnue que Champlain avait choisi en 1606 pour lui servir d’interprète. Mais il n’est pas un esclave.

Le premier en Nouvelle-France sera Olivier Le Jeune. Celui-ci arrive à Montréal en 1629 en provenance de l’ile de Madagascar.

La naissance officielle de l’esclavage au Canada date du 1er mai 1689. Ce jour-là, Louis XIV accorde le droit à ses sujets de Nouvelle-France d’importer des esclaves africains.

Déjà, au sein de la haute bourgeoisie et du haut-clergé parisien, il est bien vu de posséder un esclave noir.

En 1671, la marquise de Coëtlogon donne naissance à un bébé au teint foncé. Dans sa correspondance, Madame de Sévigny impute ironiquement cet évènement au gout immodéré de la marquise pour le chocolat. Signalons que le majordome de la marquise était originaire des Antilles…

L’esclavage autochtone

Contrairement à la France, les esclaves au Canada sont principalement des Autochtones.

En 1759, à la veille de la conquête anglaise, le nombre d’esclaves au Canada est de 3 604 personnes, dont les deux tiers sont des Autochtones. Ceux-ci servent principalement aux travaux agricoles et aux tâches ardues.

Comment justifiait-on l’esclavage ?

Lorsque Jean de Brébeuf et ses sept compagnons sont torturés à mort par les Iroquois, ils ne font que subir le sort infligé aux vaincus.

Les traditions guerrières amérindiennes voulaient que les vaincus expient la honte de leur défaite en subissant courageusement la torture. Et parfois même la mort.

Pour ces peuples qui avaient quitté l’Asie il y a des millénaires, cela s’apparentait au pouvoir rédempteur du harakiri japonais.

En Nouvelle-France, on justifiait donc l’esclavage autochtone par des motifs ‘charitables’; butins de guerre, ces Autochtones seraient morts sous la torture, disait-on, n’eût été leur achat comme esclave.

En réalité, les perdants des guerres indiennes n’étaient pas systématiquement tués. Ce fut le cas de Jean de Brébeuf. Certains Français, capturés par les Iroquois, ont été libérés après amputation d’un ou de plusieurs doigts. D’autres ont eu plus de chance; en 1661, Tadhg-Cornelius O’Brennan, le premier Irlandais au Canada, alors âgé de 23 ans, est libéré sans une égratignure après des mois de captivité chez les Iroquois.

L’esclavage noir

En 1759, les 1 132 esclaves noirs travaillent dans 962 foyers.

Alors que les esclaves autochtones sont généralement des travailleurs manuels agricoles, les esclaves noirs travaillent en ville en tant qu’aides-domestiques ou aides-soignants.

Au sujet des esclaves noirs, Dorothy-W. Williams écrit :

…ils sont de plus considérés comme des propriétés de valeur : ils sont les symboles de prestige social pour leurs propriétaires.

Compte tenu de leur état de domestique, de leur cout élevé et de la difficulté à s’en procurer, la plupart des esclaves africains bénéficient d’un traitement « indulgent » tout simplement parce qu’on veut les garder longtemps à son service.

Les Noirs en Nouvelle-France n’étaient pas tous esclaves puisque leur émancipation était encouragée et pratiquée par le clergé.

En déclin durant les dernières années de la Nouvelle-France, l’esclavage prit un nouvel essor après la conquête anglaise selon l’auteure.

Conclusion

Depuis la conquête, le racisme anglo-saxon a sournoisement perverti l’ensemble de la société canadienne, y compris au Québec.

Ici comme ailleurs, dès le XIXe siècle, des institutions ont entrepris de collaborer aux politiques génocidaires décidées au plus haut sommet de l’État canadien.

De peuple frère des Autochtones, nous avons laissé la suspicion s’installer entre nous.

Mais qu’en est-il de nous, antérieurement à la conquête ?

L’histoire de la Nouvelle-France n’a pas besoin d’être idéalisée.

De part et d’autre de l’Atlantique, deux civilisations ont vécu leur propre épopée.

D’une part, quelques tribus asiatiques ont traversé le pont de glace et de pierre qui recouvrait le détroit de Béring pour se lancer à la conquête d’un continent vierge et y donner naissance à une grande variété de peuples, de langues et de coutumes.

Et d’autre part, à la Renaissance, des Français traversent un océan capricieux dans l’espoir d’y bâtir un monde meilleur que celui qu’ils quittent.

Au-delà du choc des mentalités, Autochtones et Français se sont liés d’amitié, ont développé des liens commerciaux et ont écrit une des pages les plus lumineuses de l’histoire de l’Humanité. Une page qui s’est terminée par la conquête anglaise.

À ceux qui voudraient nous faire partager la culpabilité qu’ils éprouvent en raison des crimes commis par leurs ancêtres anglo-saxons, notre meilleure manière de résister à cela est de mieux connaitre notre propre histoire, très différente.

Celle-ci a été écrite par des géants qui devraient servir de modèles à l’Humanité tout entière.

Références :
La disparition de l’Empire aztèque
L’époque troublée du premier Irlandais au Canada
Williams DW. Les Noirs à Montréal. vlb éditeur, Montréal, 1998, 212p.
Martyrs canadiens
Olivier Le Jeune
When Winconsin was New France

Paru depuis :
Le Canada accusé de «génocide» envers les femmes autochtones (2019-06-01)

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