Carmen vs SLĀV

13 mai 2019

C’est hier que se sont terminées les représentations de Carmen à l’Opéra de Montréal. Dans cette œuvre, le rôle-titre est celui d’une Bohémienne.

Strictement parlant, les Bohémiens sont les habitants de Bohème. Mais couramment, on appelle ainsi les Roms, ce peuple nomade qui serait originaire du sous-continent indien. Le personnage de Carmen est l’un d’eux.

Pour se soustraire aux accusations d’appropriation culturelle, il faut éviter de faire jouer les personnages issus des minorités opprimées par des acteurs ou des chanteurs issus de groupes dominants.

La première fois que le concept d’appropriation culturelle a été appliqué aux arts de la scène, c’est en 2016 à l’université de Bristol.

Des étudiants avaient alors provoqué l’annulation d’une production d’Aïda au motif que des ‘Blancs’ y interprétaient des personnages égyptiens et éthiopiens

Dans Carmen, les rôles de soldats français peuvent être incarnés par n’importe qui puisque le peuple français en est un dominant.

Selon l’orthodoxie de ceux qui combattent l’appropriation culturelle, les rôles de Carmen et de tous ses camarades contrebandiers — soit environ la moitié de la distribution — ne peuvent être interprétés que par des Roms.

Ce n’est même pas une question de race puisque pour une bonne partie des adversaires de l’appropriation culturelle, le concept de race est une invention du XIXe siècle destinée à justifier le colonialisme européen.

Qui donc incarnait le rôle de la belle Rom à Montréal ? Krista de Silva, une soprano ‘blanche’ anglo-canadienne. Passons sous silence l’origine des chanteurs qui se faisaient passer ‘fallacieusement’ pour des Bohémiens…

Le plus étonnant dans tout cela, ce n’est pas la distribution qui, très justement, n’a attiré l’attention de personne. L’étonnant, c’est le silence de ceux qui s’indignaient à pleins poumons contre la distribution de SLĀV.

À l’époque, j’écrivais que l’accusation d’appropriation culturelle n’était qu’un prétexte, invoqué lorsqu’il s’agit de sujets sensibles (l’apartheid autochtone, les pensionnats autochtones et l’esclavagisme noir américain, par exemple) qui correspondent aux squelettes que le colonialisme anglo-saxon cache dans ses placards.

Qu’en est-il lorsqu’on ‘invisibilise’ un peuple (comme celui des Roms) qui n’a pas souffert du colonialisme anglo-saxon ? Eh bien, il ne se passe rien.

L’été dernier, un quotidien anglophone de Montréal battait le tambour de la guerre contre l’appropriation culturelle. Mais au sujet de Carmen, le quotidien n’a pas cru bon souligner qu’aucun ‘Bohémien’ de l’opéra n’était Rom.

De plus, où sont passé tous ces jeunes anglophones qui protestaient contre SLĀV ?

Formés par un système éducatif qui fait l’apologie de l’Empire britannique et des colons prédateurs qu’il a essaimés, les protestataires anglophones tentaient de culpabiliser des créateurs francophones qui prenaient fait et cause pour une partie de ceux que cet empire a exploités.

Qu’aujourd’hui une soprano Canadienne-anglaise ‘vole’ le rôle qui devrait aller à une chanteuse Rom, who cares ?

Cette indifférence est la preuve à postériori des contradictions qui animent ceux qui veulent que le concept d’appropriation culturelle s’applique aux arts de la scène.

En réalité, derrière des justifications qui évitent soigneusement de parler de race — puisqu’il est seulement question de peuples dominés vs peuples dominants — ce dont il est question, ce n’est rien d’autre que de race.

Voilà pourquoi le conflit au sujet d’Aïda, de SLĀV et Kanata, concernait l’insuffisance de la représentation de peuples dits ‘racisés’ alors que les Roms ne sont pas du nombre parce que la couleur de leur peau n’est pas distinctive.

Or comment critiquer la représentation raciale sans parler de race ? En utilisant des euphémismes.

C’est ainsi qu’on parlera d’Afro-Américains — une désignation basée sur la géographie — plutôt que sur la pigmentation de la peau.

Le problème, c’est qu’en réalité, le mot ‘Afro-Américain’ signifie ‘Noir’.

Voilà pourquoi un Algérien qui émigre aux États-Unis ne sera jamais un Afro-Américain — même si l’Algérie est en Afrique — si la couleur de sa peau est seulement olivâtre.

En somme, appliquer le concept d’appropriation culturelle aux arts de la scène, c’est une manière de justifier le racisme anglo-saxon et sa manie de créer des zones d’exclusion pour ceux dont la couleur de la peau n’est pas la bonne.

Et dans le cas de SLĀV, c’était une manière d’étouffer la voix d’outre-tombe de personnes réduites à la servitude en enfermant cette voix dans le carcan racial de leurs descendants, seuls autorisés à l’exprimer.

Références :
La controverse au sujet de SLĀV
Dunlevy: Jazz fest cancels SLĀV, but questions remain
Dunlevy: SLĀV director Robert Lepage just doesn’t get it
Jazz fest review: SLĀV misses the mark, and precious opportunity
Jazz Fest: SLĀV isn’t cultural appropriation, singer Bonifassi says
Opinion: SLĀV: Whose songs are these to sing?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Immigration : l’illusion des prophéties

13 mars 2019

L’approche néolibérale

Pierre Fortin est un des plus brillants économistes du Québec. J’écoutais dernièrement un extrait de son témoignage en commission parlementaire.

Celui-ci faisait valoir l’importance de l’adéquation entre les besoins du marché et les qualifications des candidats à l’immigration.

Pour maximiser la contribution des néoQuébécois au développement du Québec, il faut choisir les candidats qui ont les meilleures chances de refaire leur vie ici.

Et pour en juger, on établirait une grille d’évaluation basée sur les besoins en main-d’œuvre de l’économie québécoise. Plus le candidat est apte à combler ces besoins, plus il serait accueilli à bras ouverts.

Cette approche est exactement celle du système Arrima, élaboré par l’ex-gouvernement libéral et que veut mettre en place le nouveau gouvernement caquiste.

Il s’agit d’une approche néolibérale dans la mesure où elle consiste à transformer les candidats à l’immigration en marchandise. En d’autres mots, elle consiste à dresser la liste du capital humain dont nous avons besoin comme on dresse sa liste d’épicerie.

Le mirage

Le problème fondamental de cette approche, c’est qu’elle se bute à l’imprévisibilité du futur dans un monde évoluant de plus en plus rapidement.

Les délais à l’immigration, qui se calculent en années au fédéral, font en sorte que les compétences utiles que possède le requérant pourraient ne plus être celles recherchées lorsqu’il est finalement accepté au pays.

À titre d’exemple, si Arrima avait été en vigueur il y a vingt ans, nous aurions accordé la citoyenneté canadienne à de nombreuses personnes capables de pourvoir les postes offerts dans le domaine des télécommunications, alors en plein essor.

Mais de 2007 à 2009, le secteur des télécommunications canadiennes s’est effondré. Au point que Nortel, un fleuron de l’économie canadienne, a fait faillite. Aurions-nous retiré la citoyenneté à tous ces gens qui auraient soudainement cessé de correspondre aux besoins du marché ?

D’où l’intérêt de dresser une grille qui tient compte des tendances du marché, de manière à anticiper les besoins du Québec dans un avenir prévisible.

Alors là, c’est pire.

Toujours dans les années 2000, la stratégie industrielle du gouvernement Charest, c’était le Plan Nord. Celui-ci consistait en un vaste projet de soixante-milliards de dollars visant à provoquer artificiellement un boum minier au Québec.

Si nous avions anticipé les besoins en main-d’œuvre du Plan Nord et ‘importé’ des mineurs à l’avance — de manière à ce qu’ils aient eu le temps de s’adapter au Québec et d’être parfaitement opérationnels lorsque les minières auraient eu besoin d’eux — on serait pris à essayer de recycler dans d’autres domaines ces mineurs étrangers devenus chômeurs chez nous en raison du fiasco total du Plan Nord.

Il est utopique de vouloir arrimer une politique migratoire sur une cible aussi fuyante que sont les besoins du marché.

Alors que faire ?

Une alternative humaniste

Depuis 2001, la réforme éducative québécoise repose à la fois sur l’apprentissage des connaissances et sur l’acquisition de compétences jugées importantes au XXIe siècle : la pensée critique, la communication, la collaboration, la créativité, l’innovation, la facilité numérique et technologique, l’apprentissage continu, la flexibilité et l’adaptabilité, la citoyenneté, et l’esprit d’initiative.

On qualifie de transversales les compétences qui, une fois acquises, pourraient être appliquées dans n’importe quel autre domaine.

Depuis près de deux décennies, tous les professeurs du Québec évaluent l’acquisition de compétences transversales chez leurs élèves. Or évaluer cela chez un candidat à l’immigration ou chez un écolier, c’est pareil.

Le système Arrima consacre la suprématie des marchés. Il repose malheureusement sur une illusion; l’aptitude à prévoir rigoureusement les besoins futurs d’une économique dont le rythme de transformation s’accélère.

Plus pertinente, une politique migratoire humaniste consacre la suprématie de l’être humain.

En effet, ce dont le Québec a besoin, ce sont des citoyens capables d’affronter l’avenir, de s’y adapter et de réussir leur vie dans un monde en évolution. Or ce monde sera de plus en plus imprévisible.

Les compétences valorisées par notre politique migratoire devraient être les mêmes que celles inculquées par notre système éducatif à nos propres enfants.

De manière à ce que rien ne distingue l’aptitude à réussir du citoyen né au Québec de celui qui est venu s’y installer plus tard dans son existence.

Références :
Immigration: la CAQ accusée d’agir dans la précipitation
Les compétences du XXIe siècle

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Colonisation et esclavage en Nouvelle-France

19 février 2019
Carte de l’Amérique du Nord, réalisée en 1689 (© — Musée Stewart)

Introduction

Le Canada — qui correspondait en gros à la vallée du Saint-Laurent — de même que l’Acadie et la Louisiane étaient les trois territoires constituants de la Nouvelle-France.

À eux trois, ils formaient un immense croissant qui partait du golfe du Saint-Laurent et qui traversait l’Amérique du Nord jusqu’à l’embouchure du Mississippi.

Le colonialisme ibérique en Amérique du Sud

Règle générale, le colonialisme consiste à asservir des peuples afin de s’emparer par la force de leurs richesses.

Ce fut le cas au Mexique et en Amérique du Sud où sévissait la colonisation ibérique (Espagne et Portugal).

Les bateaux de la flotte royale espagnole en provenance du Mexique et du Pérou — chargés des trésors pillés aux Aztèques et aux Incas — se ravitaillaient à La Havane avant d’entreprendre, chaque printemps, la traversée de l’Atlantique vers l’Espagne, où ces trésors servaient à consolider la puissance du roi.

Cette prédation fut possible parce que les Aztèques, les Mayas et les Incas fabriquaient des parures en or et élevaient des temples sacrificiels aux riches décors sculptés où s’accumulaient les offrandes.

Le colonialisme anglais en Amérique du Nord

Les populations indigènes d’Amérique du Nord pratiquaient une économie de subsistance. Leurs parures étaient en plumes, en dents et en fragments d’os. Leurs habitations temporaires étaient en bois, en peaux et en écorces.

Bref, rien à voler.

À différence de la colonisation ibérique, la colonisation anglaise en Amérique du Nord fut prédatrice d’une autre manière; elle visait à déposséder les Autochtones de leurs territoires afin d’y installer des colons.

La Nouvelle-Angleterre servait alors de déversoir pour accueillir les surplus de population que n’arrivait pas à nourrir le sol anglais. Ce déversement démographique nécessitait la disparition des peuples qui habitaient la colonie jusque là.

Les troupes anglaises ont fait pareil en Acadie en déportant la population française afin de faire place à des colons britanniques.

Le colonialisme anglo-saxon a pour coutume de massacrer les populations qui résistent à leur dépossession et, bien des siècles plus tard, à s’en excuser lorsque ces populations ont disparu ou en voie d’extinction.

Le colonialisme français en Amérique du Nord

Ailleurs dans le monde, le colonialisme français ne se distingue pas des autres.

Mais en Nouvelle-France, ce colonialisme a adopté un ‘modèle d’affaires’ complètement différent.

Du point de vue économique, ce qui intéressait le pouvoir royal au Canada, c’était essentiellement la traite des fourrures.

Depuis les écrits de l’historien David Hackett-Fisher, on sait qu’à cela, il faut ajouter les motivations mystiques et utopistes des premiers responsables du peuplement de la colonie.

Pour ceux-ci, la richesse de la Nouvelle-France, ce n’est pas la présence de métaux précieux, mais son réservoir d’âmes à convertir. Non pas par la force, mais par un prosélytisme insistant, mais relativement bienveillant.

Il s’agit là d’une différence fondamentale entre le colonialisme français en Amérique du Nord et les colonialismes anglais, espagnol et portugais.

Le rêve de Champlain

Au sujet du ‘Rêve de Champlain’, écrit par l’historien David Hackett-Fisher, l’éditeur résume :

Lui qui était né dans un pays ravagé par les guerres de religion, il a encouragé les mariages entre colons et Indiens, il a prêché la tolérance envers les protestants.

Il a inlassablement tenté de maintenir la paix entre les nations indiennes, mais il a su quand il le fallait prendre les armes et imposer un nouvel équilibre politique, se révélant ainsi un guerrier et un stratège redoutables.

Il a été un leader visionnaire, surtout si on le compare à ses contemporains anglais et espagnols, un homme qui rêvait d’un monde plus humain et vivant en paix, dans une époque marquée par la cruauté et la violence.

Le commerce des fourrures a déterminé les liens entre Français et Autochtones.

Les coureurs des bois français étaient des commis voyageurs dont l’activité commerciale exigeait de bons rapports avec leurs clients autochtones.

Si les explorateurs français ont souvent été accompagnés d’un Jésuite (qui leur servait de cartographe), les coureurs des bois préféraient la compagnie d’une conjointe autochtone (qui leur servait d’interprète).

Menacé, le coureur des bois ne pouvait pas appeler personne à l’aide : sa survie dans l’immensité du territoire dépendait d’une attitude amicale réciproque avec les Autochtones.

Les Métis s’appellent ainsi parce qu’ils sont nés de la fusion de deux peuples; les francoQuébécois et des Autochtones. Parce que les Anglais, eux, ne se mêlent pas « à ces gens-là.»

Longtemps, les locuteurs français de ce pays et des autochtones partageaient la même dure condition humaine soumise à l’adversité du climat.

En commentaire à un article du Devoir, Jean-Paul Picard écrit :

Dès le début avec Champlain en Acadie, les relations entre les Français et les premières nations étaient régies par des alliances avec eux. Ces alliances toujours verbales couvraient surtout la coopération militaire, la présence des missionnaires et le commerce des fourrures.

Elles étaient retravaillées, renégociées, améliorées et convenues de nouveau pratiquement chaque année au gré des deux parties. Parfois, ces alliances étaient revues d’un commun accord juste avant chaque campagne militaire.

Conformément à la tradition amérindienne, ces alliances verbales se concluaient par des échanges de wampums. Les Français et les Amérindiens signataires étaient donc des alliés et des amis. (…)

(Contrairement aux Anglais,) les Français ne faisaient pas signer de traités de cession de territoire.

C’est la création des réserves, typique du colonialisme anglo-saxon, qui a fait des autochtones un sous-prolétariat d’une pauvreté extrême avec lequel les autres Québécois ne pouvaient plus avoir les mêmes affinités.

La dépossession des terres occupées par les peuples autochtones, leur caractérisation en fonction de la pureté du sang, leur concentration dans des réserves (où on pouvait les affamer) s’inscrivait dans la grande politique génocidaire de John-A. Macdonald.

Ce colonialisme prédateur est intimement lié à l’histoire du Dominion du Canada, celui des 150 dernières années. Mais cela est étranger à l’histoire de la Nouvelle-France.

Et l’esclavage dans tout cela ?

En 1998, Dorothy-W. Williams publiait ‘Les Noirs à Montréal’. Dans ce livre, l’auteure fait, entre autres, l’historique de l’esclavage en Nouvelle-France.

Les exploitations agricoles du Canada étaient trop petites pour justifier le recours important à des esclaves. À l’époque, seule une production agricole de masse — comme au sud des États-Unis — aurait pu nécessiter une main-d’œuvre abondante.

Le premier Noir au Canada se nomme Matthieu da Costa. Il s’agit d’un marin polyglotte d’origine inconnue que Champlain avait choisi en 1606 pour lui servir d’interprète. Mais il n’est pas un esclave.

Le premier en Nouvelle-France sera Olivier Le Jeune. Celui-ci arrive à Montréal en 1629 en provenance de l’ile de Madagascar.

La naissance officielle de l’esclavage au Canada date du 1er mai 1689. Ce jour-là, Louis XIV accorde le droit à ses sujets de Nouvelle-France d’importer des esclaves africains.

Déjà, au sein de la haute bourgeoisie et du haut-clergé parisien, il est bien vu de posséder un esclave noir.

En 1671, la marquise de Coëtlogon donne naissance à un bébé au teint foncé. Dans sa correspondance, Madame de Sévigny impute ironiquement cet évènement au gout immodéré de la marquise pour le chocolat. Signalons que le majordome de la marquise était originaire des Antilles…

L’esclavage autochtone

Contrairement à la France, les esclaves au Canada sont principalement des Autochtones.

En 1759, à la veille de la conquête anglaise, le nombre d’esclaves au Canada est de 3 604 personnes, dont les deux tiers sont des Autochtones. Ceux-ci servent principalement aux travaux agricoles et aux tâches ardues.

Comment justifiait-on l’esclavage ?

Lorsque Jean de Brébeuf et ses sept compagnons sont torturés à mort par les Iroquois, ils ne font que subir le sort infligé aux vaincus.

Les traditions guerrières amérindiennes voulaient que les vaincus expient la honte de leur défaite en subissant courageusement la torture. Et parfois même la mort.

Pour ces peuples qui avaient quitté l’Asie il y a des millénaires, cela s’apparentait au pouvoir rédempteur du harakiri japonais.

En Nouvelle-France, on justifiait donc l’esclavage autochtone par des motifs ‘charitables’; butins de guerre, ces Autochtones seraient morts sous la torture, disait-on, n’eût été leur achat comme esclave.

En réalité, les perdants des guerres indiennes n’étaient pas systématiquement tués. Ce fut le cas de Jean de Brébeuf. Certains Français, capturés par les Iroquois, ont été libérés après amputation d’un ou de plusieurs doigts. D’autres ont eu plus de chance; en 1661, Tadhg-Cornelius O’Brennan, le premier Irlandais au Canada, alors âgé de 23 ans, est libéré sans une égratignure après des mois de captivité chez les Iroquois.

L’esclavage noir

En 1759, les 1 132 esclaves noirs travaillent dans 962 foyers.

Alors que les esclaves autochtones sont généralement des travailleurs manuels agricoles, les esclaves noirs travaillent en ville en tant qu’aides-domestiques ou aides-soignants.

Au sujet des esclaves noirs, Dorothy-W. Williams écrit :

…ils sont de plus considérés comme des propriétés de valeur : ils sont les symboles de prestige social pour leurs propriétaires.

Compte tenu de leur état de domestique, de leur cout élevé et de la difficulté à s’en procurer, la plupart des esclaves africains bénéficient d’un traitement « indulgent » tout simplement parce qu’on veut les garder longtemps à son service.

Les Noirs en Nouvelle-France n’étaient pas tous esclaves puisque leur émancipation était encouragée et pratiquée par le clergé.

En déclin durant les dernières années de la Nouvelle-France, l’esclavage prit un nouvel essor après la conquête anglaise selon l’auteure.

Conclusion

Depuis la conquête, le racisme anglo-saxon a sournoisement perverti l’ensemble de la société canadienne, y compris au Québec.

Ici comme ailleurs, dès le XIXe siècle, des institutions ont entrepris de collaborer aux politiques génocidaires décidées au plus haut sommet de l’État canadien.

De peuple frère des Autochtones, nous avons laissé la suspicion s’installer entre nous.

Mais qu’en est-il de nous, antérieurement à la conquête ?

L’histoire de la Nouvelle-France n’a pas besoin d’être idéalisée.

De part et d’autre de l’Atlantique, deux civilisations ont vécu leur propre épopée.

D’une part, quelques tribus asiatiques ont traversé le pont de glace et de pierre qui recouvrait le détroit de Béring pour se lancer à la conquête d’un continent vierge et y donner naissance à une grande variété de peuples, de langues et de coutumes.

Et d’autre part, à la Renaissance, des Français traversent un océan capricieux dans l’espoir d’y bâtir un monde meilleur que celui qu’ils quittent.

Au-delà du choc des mentalités, Autochtones et Français se sont liés d’amitié, ont développé des liens commerciaux et ont écrit une des pages les plus lumineuses de l’histoire de l’Humanité. Une page qui s’est terminée par la conquête anglaise.

À ceux qui voudraient nous faire partager la culpabilité qu’ils éprouvent en raison des crimes commis par leurs ancêtres anglo-saxons, notre meilleure manière de résister à cela est de mieux connaitre notre propre histoire, très différente.

Celle-ci a été écrite par des géants qui devraient servir de modèles à l’Humanité tout entière.

Références :
La disparition de l’Empire aztèque
L’époque troublée du premier Irlandais au Canada
Williams DW. Les Noirs à Montréal. vlb éditeur, Montréal, 1998, 212p.
Martyrs canadiens
Olivier Le Jeune
When Winconsin was New France

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Brexit ou l’absence de fabrication du consentement politique

29 janvier 2019


 
Introduction

La géographie forge les peuples.

Pour ces gens insulaires que sont les Anglais, le large a toujours représenté le danger.

Pendant des millénaires, c’était le danger des éléments déchainés qui, plus qu’ailleurs, entrainaient leur lot de victimes parmi ceux qui vivaient de la mer.

Et pendant des siècles, ce fut le danger des invasions barbares et plus particulièrement, celles des Vikings.

Quand le pays fut suffisamment fort pour assurer la sécurité de ses côtes et que sa marine eut pris le contrôle des mers, le peuple anglais s’était transformé en Vikings modernes, pillant les peuples sur son chemin et se butant sur l’animosité de ceux qu’ils dépossédaient.

Bref, la dualité du nous vs eux est profondément encré dans l’ADN du peuple anglais.

Au lendemain du Brexit

Après que la population britannique eut voté à 52% en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, le gouvernement britannique prit une sage décision; celle de réaliser la volonté populaire.

Mais qu’il s’agisse de l’indépendance du Québec ou du Brexit, un peuple ne peut pas entreprendre de profonds changements politiques sans qu’il y ait consensus à ce sujet. Il n’est pas nécessaire que tout le monde soit d’accord (ce qui n’arrive jamais), mais il faut qu’une majorité solide de la population y consente.

Et par ‘solide’, on veut dire que cette majorité doit être suffisamment forte pour demeurer majoritaire en dépit des doutes qui surgiront lorsqu’on fera face aux premières difficultés d’application de la réforme à entreprendre.

Puisque cette majorité solide n’existait pas au moment du référendum, il fallait la créer. En d’autres mots, il fallait entreprendre la fabrication du consentement populaire. Comme la Chine le fit après la prise du pouvoir par les Communistes. Et comme les États-Unis le firent pour rallier le peuple américain à la guerre contre Saddam Hussein.

Le défi de la fabrication du consentement

Combattre une méfiance profondément inscrite dans l’instinct collectif d’un peuple ne peut pas se faire par de simples messages télévisés d’une minute, même répétés ad nauseam. Il fallait convoquer un débat national sous forme de milliers de petites assemblées locales — parfois même une poignée de gens dans une cuisine ou à l’usine — afin de fabriquer ce consentement.

À ces occasions, il fallait écouter les appréhensions des gens, les atténuer si possible et expliquer les choix difficiles à faire, notamment les choses qui devront être sacrifiées en contrepartie des avantages de la réforme espérée.

Le message du gouvernement aurait dû se résumer à ceci : « Le résultat du référendum est irréversible. Dès lors, il faut retrousser nos manches et entreprendre la réussite du Brexit. Que cela nous plaise ou non.»

C’est ce que le gouvernement de Londres n’a pas fait.

Il ne l’a pas fait parce que les deux principaux partis politiques du pays, à l’image de leurs électeurs, étaient déchirés par de profondes divisions internes.

D’un côté, les partisans d’une sortie abrupte avec l’Union européenne, déterminés à saboter tout accord de sortie.

Impuissants à convaincre la population au cours de la campagne référendaire, leurs adversaires opposés au Brexit ont cru que le temps jouerait en leur faveur. Ils ont laissé pourrir la situation et saboté tout effort d’entente de sortie, convaincus que cette sortie n’arriverait jamais et que le peuple retrouverait la raison, selon eux, avant l’ultime échéance des pourparlers.

À quelques semaines du divorce avec l’Union européenne, la population britannique est aussi divisée qu’avant. Si bien qu’un second référendum, même gagné de justesse par les opposants au Brexit, ne changerait rien à la grogne populaire et à la division du pays.

Ces jours-ci, le scénario le plus probable est celui du navire britannique qui s’éloigne des côtes européennes alors qu’à bord, personne ne s’entende sur ce vers quoi mettre le cap.

Référence :
Référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne


© 2010 — Carte de Google Maps (modifiée)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La fabrication du consentement politique : un exemple américain

27 janvier 2019

En 1980, l’Irak est dirigé par le président sunnite Saddam Hussein. Craignant que la Révolution en Iran (le pays voisin) incite la majorité chiite de son pays à se soulever contre lui, Saddam Hussein déclenche la guerre Iran-Irak.

Celle-ci s’est déroulée de 1980 à 1988 et s’est soldée par un nombre de morts estimé entre un demi-million et 1,2 million.

L’effort de guerre de l’Irak a été soutenu par l’Arabie saoudite par crainte d’une contagion révolutionnaire de sa propre minorité chiite. C’est ainsi que la dictature saoudienne a déboursé près de 25 milliards$ pour financer l’armée de Saddam Hussein entre 1980 et 1988.

Malgré le financement saoudien, l’Irak s’est retrouvé en très mauvaise situation financière à l’issue de cette guerre.

Pour renflouer ses coffres, l’Irak décida d’envahir et d’annexer le Koweït en 1990 et d’y déposséder sa richissime pétromonarchie.

L’Arabie saoudite, menacée cette fois par la cinquième plus forte armée du monde, appelle les États-Unis à l’aide.

Dans l’éventualité où les armées irakiennes poursuivraient leur route en se lançant à la conquête de l’Arabie saoudite, l’imprévisible Saddam Hussein constituerait une menace sérieuse pour la stabilité du Monde.

D’où la guerre du Golfe — celle du père Bush et non de G.W.— également financée par la dictature saoudienne.

Alors que les États-Unis déplacent une formidable armada vers le golfe persique, le public américain est déjà convaincu de la nécessité de guerroyer contre Saddam Hussein.

Mais ce consentement est rationnel. Pour convaincre des dizaines de milliers de jeunes Américains de risquer leur vie, il faut une noble cause à défendre.

La stabilité de l’approvisionnement en hydrocarbures des compagnies pétrolières n’est pas susceptible de rallier les jeunes écologistes américains à cette guerre. Il faut une cause qui touche le cœur.

C’est alors que se met en marche la fabrication du consentement politique américain.

En Californie, on tourne un court métrage montrant des soldats gravissant dans l’ombre les marches à l’entrée d’un édifice.

Plus tard, on dira que ces images ont été tournées lors de l’invasion du Koweït par l’Irak et qu’elles montrent très précisément l’entrée de soldats irakiens dans un hôpital pédiatrique koweïtien.

Parallèlement, dans les bureaux d’une firme de relations publiques de New York, une jeune femme pleure. Elle pleure en répétant le rôle d’une jeune infirmière venue visiter sa sœur hospitalisée et qui s’est retrouvée à assister malgré elle à un drame déchirant.

Sous ses propres yeux, des soldats de Saddam Hussein ont ordonné qu’un retire tous les prématurés de leurs incubateurs et qu’on les dépose sur le plancher froid de l’hôpital, condamnant ces pauvres chérubins à une mort certaine par hypothermie.

Juste à l’invocation de ce drame, le regard de la jeune femme se voilait de larmes.

Pendant ce temps à Washington, la Chambre des représentants convoquait une commission chargée d’examiner les motifs qui justifiraient l’intervention américaine au Koweït.

Lorsque la commission fut prête à entendre des témoignages, on fit en sorte qu’une jeune femme appelée Nayirah fut une des premières personnes entendues.

Fraichement descendue de l’avion, la jeune fille s’était précipitée aux pieds de la commission, mue par l’urgent besoin de témoigner de la cruauté de Saddam Hussein.

C’est alors qu’elle raconta qu’au Koweït, alors qu’elle était venue visiter sa sœur hospitalisée, elle s’était retrouvée à assister malgré elle à un drame…

Mais… n’est-ce pas ce qu’on disait plus tôt au sujet de la comédienne de New York ?

Eh oui. De plus, pour documenter son témoignage, on avait ce court métrage qui montre les soldats de Saddam Hussein pénétrant justement dans cet hôpital pédiatrique…

Répété en boucle par la télévision américaine, ce faux témoignage suffit à convaincre des milliers de jeunes Américains qu’ils avaient une occasion unique de participer à changer le cours de l’Histoire en délivrant le monde d’un dangereux tyran.

Plus tard, aucune enquête officielle ne fut entreprise lorsqu’on apprit que la jeune femme en question était la fille de l’ambassadeur du Koweït aux États-Unis et que la priorisation de son témoignage au Congrès avait nécessité la complicité de tout un réseau d’influences.

Références :
Affaire des couveuses au Koweït
Guerre Iran-Irak
Invasion du Koweït

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La fabrication du consentement politique : un exemple chinois

26 janvier 2019
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À l’aéroport de Hong Kong — d’où j’allais partir pour Montréal — j’avais acheté un volumineux coffret consacré au cinéma chinois.

Ses soixante DVDs dataient des premières décennies qui ont suivi l’accession au pouvoir du Parti communiste chinois.

Très tôt, j’ai réalisé que cette somme était composée essentiellement de films de propagande; deux tiers de navets et quelques films plutôt intéressants, du moins pour un cinéphile sinophile.

Au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, pourquoi le cinéma japonais a-t-il produit ses plus grands chefs-d’œuvre alors que la Chine produisait presque exclusivement des films de propagande ?

La réponse est simple. En 1949, après l’accession au pouvoir de Mao Zedong, la priorité du cinéma chinois n’était pas de produire des œuvres d’art mais de contribuer à l’unité du pays, divisé par une guerre civile qui avait débuté en 1927.

Celle-ci s’était soldée par environ six-millions de morts, causées presque également par chacun des deux camps adverses.

On ne pouvait pas s’attendre à ce que les centaines de millions de survivants hostiles au communisme se rallient soudainement à la nécessité de rebâtir le pays sous la gouverne de leurs pires ennemis, contre lesquels ils étaient prêts à mourir voilà peu de temps.

Tout comme les plus grands artistes français se sont prêtés à la glorification du règne de Napoléon Bonaparte, les cinéastes chinois ont prêté leur talent à la glorification des héros de la Révolution chinoise… ou ont été forcés d’exercer un autre métier.

Parfois, il s’agissait de raconter une histoire édifiante. Comme celle de ce villageois qui a convaincu ses concitoyens de construire ensemble un système d’irrigation.

Le plus souvent, ces films dépeignent les combats livrés par les contrerévolutionnaires du Kuomintang, fourbes et cruels, contre les héros communistes qui s’illustrent par leur bravoure et leur dévouement au peuple.

Dans tous les cas, ces films sont tournés en décors naturels ce qui permet de voir l’état en ruine de l’habitat chinois dans les campagnes du pays (où vivait la grande majorité de la population).

Cette fabrication du consentement, destinée à rallier les anciens ennemis à leurs nouveau maitres, peut se faire de différentes manières.

Mais la manière douce, semblable à un lavage de cerveau, est la plus efficace.

De nos jours, des clips vidéos, vus en peu de temps par un grand nombre d’internautes, amènent ces derniers, comme des automates, à publier des milliers de messages haineux, à se déplacer afin d’insulter ceux qui s’apprêtent à voir un spectacle honni, ou à boycotter un produit parce que ses fabricants ont heurté la sensibilité des gens de notre époque.

Comme quoi la fabrication de la discorde, parfois orchestrée de l’Étranger, utilise les mêmes moyens que la fabrication du consentement.

Références :
Guerre civile chinoise
La propagande de “l’usine à trolls” russe

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les changements climatiques et l’ours polaire

9 décembre 2018


 
Le 26 novembre dernier, Valérie Théorêt et sa fillette de dix mois ont été tuées au Yukon par un grizzli. Ces temps-ci de l’année, ces attaques sont rares puisque normalement l’ours brun hiberne.

L’ours polaire est un animal encore plus redoutable. Jamais domestiqué, l’ours blanc ne craint pas l’humain en qui il ne voit qu’une proie.

Même si l’ours polaire n’est pas en voie d’extinction, il est considéré comme une espèce menacée par la modification de son habitat.

On estime entre 20 000 et 25 000 le nombre d’ours blancs dans l’Arctique (puisqu’il n’en existe pas en Antarctique). La majorité, soit 16 000 se trouvent en territoire canadien.

Au Canada, la chasse à l’ours polaire est sévèrement règlementée. Les quotas couvrent à la fois les ours tués par les Inuits pour leur subsistance et ceux tués par les chasseurs sportifs. Dans ce dernier cas, les chasseurs ‘blancs’ doivent être accompagnés d’un guide inuit.

L’unique raison pour laquelle le Canada permet la chasse sportive à l’ours polaire, c’est que c’est une des rares sources de revenus des peuples inuits.

En 2017-2018, pour l’ensemble du Nunavut, un maximum de 497 ours polaires pouvaient être tués. Lorsqu’on dépasse les quotas une année, cela est soustrait des quotas prévus pour l’année suivante.

Le problème est qu’il arrive de plus en plus souvent que les quotas soient dépassés.

Parmi les conséquences du réchauffement climatique, la fonte prématurée des glaces fait en sorte que les ours polaires passent plus de temps sur la terre ferme, à proximité des habitations humaines, à la recherche de nourriture.

Ce qui augmente les occasions où les Inuits doivent abattre des ours pour se protéger. Or même dans ces cas, les ours tués sont comptabilisés dans les quotas.

L’habitat naturel de l’ours polaire est l’Arctique tout entier. De nos jours, si la majorité des ours polaires à travers le monde vivent en territoire canadien, c’est que leur habitat est peuplé également d’Inuits. S’il était peuplé de Blancs, l’ours polaire aurait été décimé ici comme ailleurs.

Notre civilisation est l’unique responsable de la destruction de la planète et, en particulier, du réchauffement de l’habitat des Inuits; ces derniers n’y sont pour rien.

Au nom de la sauvegarde des espèces menacées, certains voudraient qu’on interdise aux Inuits de sécuriser leur environnement en les empêchant de réduire le nombre d’ours rôdeurs près des habitations humaines.

De nos jours, alors que bien des peuples se sentent menacés par les vagues de réfugiés, comment réagiraient-ils si leurs enfants, au retour de l’école, se retrouvaient nez à nez non pas avec un migrant, mais plutôt avec un ours polaire en train de fouiller dans les poubelles de leur cours arrière ?

Bref, le nombre d’ours polaires autrefois jugé sécuritaire devra inévitablement être revu à la baisse, à la recherche d’un nouvel équilibre entre l’humain et l’animal.

Et si nous voulons la croissance du cheptel d’ours polaires canadiens, il nous faudra modifier de manière draconienne nos habitudes de vie, et non de culpabiliser les Inuits pour le tort que nous causons à leur environnement.

Références :
Breaking news: One hunter killed, two injured in polar bear attack in Foxe Basin
Inuit hunters frustrated by polar bear conservation rules that put their lives at risk
Nunavut hunter calls for changes to polar bear rules after fatal summer attacks
Photo of legally hunted polar bear draws social media outrage, racist comments
Trop nombreux, les ours polaires?
Une Québécoise et sa fillette tuées par un grizzly au Yukon
Why Does Canada Still Allow Hunters to Kill Polar Bears for Their Fur?

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| Environnement, Sociologie | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Le cannabis récréatif

1 décembre 2018

De la mari aux cannabis

C’est sous l’influence des Beatles et des groupes psychédéliques que la mode du cannabis récréatif s’est répandue en Occident à partir du milieu des années 1960.

Dans son numéro d’octobre 1971, Mainmise — la publication officielle de la contreculture québécoise — présentait un dossier sur les différents types de hachich (la résine du cannabis).

On y distinguait l’afghan, le libanais, le marocain, le népalais, le pakistanais, et le turc.

Parce qu’à l’époque, le cannabis, ce n’était que du cannabis. On expliquait les différences entre les hachichs par les variations climatiques d’un pays à l’autre, de même que la manière avec laquelle il est recueilli et affiné.

Avec le développement de l’industrie illicite de la marijuana, on a senti le besoin de diminuer les risques de saisie. Ce qui voulait dire raccourcir la chaine d’approvisionnement en produisant localement.

Les producteurs ont alors cherché à donner naissance à des variétés dont la culture était plus facile et dont les taux de THC (l’ingrédient le plus puissant) étaient à la fois élevés et relativement constants d’une récolte à l’autre.

Tout comme la domestication du chien a donné naissance à toutes les races canines qu’on connait aujourd’hui, c’est à partir des deux principales sous-espèces de cannabis (le Cannabis sativa et le Cannabis indica) que sont nés tous les cultivars de cannabis disponibles de nos jours.

Dans le quartier rouge d’Amsterdam

À l’occasion d’un voyage à Amsterdam en 2006, j’avais visité les cafés où se vendait de la marijuana.

Sous un comptoir vitré, dans des récipients carrés de plastique transparent, on offrait en vrac des fleurs séchées de cannabis et des ‘joints’ préroulés.

La marijuana y était vendue sous des noms de fantaisie, et ce à des prix extrêmement différents selon la rareté et la qualité du produit.

Pour inciter le client à s’offrir ce qu’il y avait de mieux, on affichait, bien en évidence, les prestigieuses récompenses qui avaient été attribuées à certains de ces cultivars.

On y trouvait, par exemple, le White Widow (gagnant de la 1re place au High Times Cannabis Cup d’Amsterdam en 1995), le Neville’s Haze (gagnant de la palme d’or de la Seed Company High Times Cannabis Cup de 1998), le Super Silver Haze (gagnant de la 1re place au High Times Cannabis Cup d’Amsterdam en 1999), l’Acapulco Gold, etc.

Seulement à l’évocation de ces noms, l’amateur en avait la bouche sèche…

Contrairement aux plantes découvertes dans la nature — auxquelles les chercheurs attribuent des noms latins — les noms des variétés de cannabis sont ceux donnés arbitrairement par ceux qui les mettent au point. Comme le font les horticulteurs qui donnent naissance à de nouvelles violettes africaines.

Sativa vs Indica : les différences selon l’industrie

La classification scientifique du cannabis est un sujet controversé chez les botanistes. Toutefois, dans l’industrie du cannabis récréatif, on s’entend pour classer le cannabis en deux catégories distinctes; le Cannabis sativa et le Cannabis indica.

De manière simple, le clip vidéo ci-dessus illustre les différences entre ces deux catégories de cannabis, telles que caractérisées par l’industrie du cannabis récréatif.

Le Cannabis sativa est une plante haute dont les feuilles sont étroites. Elle met davantage de temps à atteindre sa maturité et sa culture nécessite un climat chaud et ensoleillé.

Lorsqu’on pense à la marijuana, la feuille caractéristique qui nous vient à l’esprit est celle du Cannabis sativa.

On qualifie ses effets d’énergisants. Consommé en groupe, son effet euphorisant porte au fou rire. Quant à l’augmentation de l’expérience sensorielle, elle peut s’accompagner de paranoïa.

Bref, le Cannabis sativa rend l’utilisateur ‘high’.

Le Cannabis indica est une plante trapue. C’est ce qui explique sa popularité auprès des producteurs illégaux du Québec puisqu’elle se dissimule mieux dans un champ de maïs. De plus, sa floraison survient plus tôt, ce qui est idéal dans un pays où la saison chaude est relativement courte.

Ses feuilles sont plus foncées et possèdent des ‘doigts’ plus larges.

Ses effets sont dits relaxants. Le quotient intellectuel de l’utilisateur semble avoir chuté de moitié. Il semble amorphe, voire abruti; on le décrit comme étant ‘stone’.

Une réalité plus complexe

Puisqu’un plant de Cannabis sativa et un plant de Cannabis indica peuvent contenir la même quantité de THC, la différence de leurs effets ne peut s’expliquer que par la présence d’autres constituants, notamment des molécules apparentées (appelées cannabinoïdes) et des molécules aromatiques appelées terpènes.

Puisque l’industrie du cannabis récréatif a longtemps été illicite, la généalogie de la plupart des cultivars est entourée de mystère.

À défaut du séquençage de son génome, il n’existe aucune certitude qu’un cultivar soit de type sativa ou de type indica; on en juge d’après son aspect physique.

Et les cultivars nés de croisements entre une souche de sativa et une souche d’indica seront qualifiés d’hybrides s’ils n’adoptent pas distinctement l’apparence caractéristique de l’un ou de l’autre.

Pharmacologie du cannabis

La marijuana contient plus d’une centaine de cannabinoïdes dont le plus puissant est le delta-9 tétrahydrocannabinol (THC).

Ces substances peuvent affecter deux types de récepteurs chimiques chez les mammifères. Ils peuvent stimuler les récepteurs endocanabinoïdes et inhiber les récepteurs de l’acétylcholine (probablement en diminuant la sécrétion de ce médiateur chimique).

Ailleurs qu’au cerveau, l’inhibition des récepteurs de l’acétylcholine entraine les effets suivants :
• la dilatation de la pupille de l’œil,
• une difficulté à lire de près (à dose élevée) et une diminution de la lubrification de l’œil (donc les yeux secs),
• la bouche sèche,
• une augmentation du rythme cardiaque (par l’inhibition du nerf vague),
• la diminution des sécrétions pulmonaires,
• la diminution du tonus musculaire du sphincter qui ferme le haut de l’estomac (d’où reflux œsophagien chez les personnes prédisposées),
• la diminution du péristaltisme intestinal (d’où constipation à dose élevée),
• l’hypertrophie de la prostate (chez les hommes âgés),
• les mains et les pieds froids (action indirecte).


 
Les anticholinergiques ne sont pas tous capables d’atteindre le cerveau. Mais ceux qui le peuvent — les cannabinoïdes sont du nombre — ont la capacité de provoquer des hallucinations. Ils y exercent également un effet antiémétique (essentiellement contre le mal des transports).

Tous ces effets sont produits par le plus puissant des cannabinoïdes, soit le THC. Et il existe une relation directe entre les taux de THC et l’intensité de ces effets, peu importe que le THC provienne d’une variété de Cannabis sativa ou de Cannabis indica.

Il en est différemment des propriétés liées à la stimulation des récepteurs endocannabinoïdes, dont les récepteurs CB1 (où s’opposent les substances cannabinoïdes entre elles).

Les récepteurs CB1 sont dispersés partout dans le cerveau, mais de manière très inégale. Leur stimulation entraine les effets suivants :
• une perte de la mémoire à court terme,
• une diminution temporaire de la capacité à apprendre,
• une diminution de l’aptitude à fixer l’attention,
• une perte de l’orientation,
• une réduction de l’anxiété,
• des effets anticonvulsivants,
• une réduction de la douleur,
• une réduction de la nausée (peu importe la cause),
• une augmentation de l’appétit,
• une perte de l’activité motrice.

Les récepteurs CB2 se trouvent dans les cellules du système immunitaire. Leur stimulation aurait des effets immunomodulateurs.

La vente du cannabis récréatif au Québec

Intérieur d’un magasin de la SQDC

Contrairement à la société ontarienne du cannabis qui ne vend ses produits que par la poste, et ce à des adresses civiques situées exclusivement sur le territoire ontarien, la Société québécoise du cannabis (SQDC) a choisi de vendre ses produits à la fois par la poste et dans un nombre limité de boutiques qui ont sobrement pignon sur rue.

Pour l’instant, le cannabis y est vendu sous forme de fleurs séchées, de fleurs moulues, de ‘joints’, de capsules, d’huiles, et d’atomiseurs oraux.

Le cannabis administré par voie pulmonaire

Les fleurs séchées (moulues ou non)

Pot de fleurs séchées

Dans le cas ci-dessus, l’étiquette fournit les informations suivantes :
• le producteur est San Rafael’71,
• ce pot contient du Cannabis sativa,
• le cultivar se nomme Delahaze,
• ce pot contient 3,5 g de cannabis,
• le taux de THC ‘total’ est de 23,10 %,
• le taux de THC actif est de 0,37 %,
• le taux de CBD ‘total’ est de 0,03 %,
• le taux de CBD actif est à peu près nul.

Pourquoi parle-t-on ici de THC ‘total’ et de THC actif ?

Normalement, les cannabinoïdes sont présents dans la plante sous forme de précurseurs relativement inactifs. Dans le cas du THC, son précurseur est l’acide tétrahydrocannabinolique.

Pour devenir actifs, ces précurseurs doivent être décarboxylés. Cela se produit sous l’effet de la chaleur, lorsqu’un joint est fumé.

Puisque le cannabis est un produit naturel, la teneur de ses fleurs en THC et en CBD est variable. Afin de vérifier la qualité du produit, chaque lot est analysé. Et c’est le résultat de cette analyse qui est imprimé sur les contenants.

Voilà pourquoi les pourcentages de THC et de CBD indiqués sur les étiquettes varient d’un lot à l’autre.

Pour ce qui est de la critique des cultivars offerts par la SQDC, les intéressés peuvent consulter la chaine QcCannabis World.

Le cannabis administré par voie orale


 
Un ‘joint’ libère en moyenne neuf milligrammes de THC. Toutefois, par voie orale (et non par voie pulmonaire), la dose équivalente de THC est plus élevée et ses effets sont plus lents à apparaitre.

Le début d’action du cannabis administré par voie orale est d’une à deux heures. Les effets ressentis durent de six à huit heures.

Puisque les formes orales sont destinées à être consommées telles quelles, leur THC et leur CBD sont préalablement décarboxylés.

Les capsules

Les capsules

Appelées ‘pilules’, les capsules d’huile de cannabis que vend la SQDC contiennent soit du THC (exactement 2,5 mg ou environ 10 mg) ou du CBD (approximativement soit 10 mg ou 25 mg).

Comme toutes les formes orales, les capsules d’extraits de cannabis évitent d’aggraver les problèmes pulmonaires des gens qui en sont atteints.

Les vaporisateurs buccaux

Vaporisateur d’huile de cannabis

Dans ce cas-ci, l’étiquette indique que le producteur est Tweed et que le produit est vendu sous le nom commercial de Bakerstreet™.

Il s’agit de Cannabis indica. Sur le site web de la SQDC, on apprend que son cultivar est l’Hindu Kush, ce qui n’est pas indiqué sur l’étiquette.

Le format est de 40 ml.

Par millilitre, le liquide contient 25 mg de THC actif et 25 mg de THC ’total’. En d’autres mots, tout le THC est déjà actif et n’a donc pas besoin d’être décarboxylé. Ce qui est normal puisque ce produit n’est ps destiné à être fumé.

Par millilitre, le liquide contient moins de 0,7 mg de CBD ‘total’ (déjà sous forme active).

Ailleurs sur l’étiquette, on apprend que chaque vaporisation dispense une quantité de 2,5 mg de THC.

Lorsque le timbre d’accise recouvre l’embout du vaporisateur — comme c’est le cas du Bakerstreet™— on doit décoller le timbre afin de briser une languette qui recouvre l’embout du vaporisateur.

Tous les vaporisateurs buccaux vendus par la SQDC sont d’une remarquable précision; jusqu’à ce que le contenant soit presque vide, le volume vaporisé est exactement de 0,1 ml.

Puisque la quantité de liquide par jet est infime, celle-ci passe par une ouverture très petite. Cela a pour but d’augmenter la puissance du jet et de fournir ainsi à l’utilisateur un signal sensitif le prévenant que le vaporisateur a fonctionné correctement.

Malheureusement, la puissance du jet fait en sorte qu’une partie de la dose rebondit hors de la bouche lorsqu’on cherche à l’administrer sous la langue.

La solution est de vaporiser à fond vers l’arrière de la bouche en n’ouvrant celle-ci qu’autour de l’embout du vaporisateur.

Pour déterminer combien il y a d’huile de cannabis résiduel dans votre vaporisateur de 40 ml, vous devez savoir que plein, il pèse 60,6 g : vide, il pèse 23,5 g.

Toutefois, la quantité vaporisée sera fiable jusqu’à 26,5 g. En bas de cela, le vaporisateur est inconsistant. Et vous n’obtiendrez rien (ou presque) en bas de 25 g. Donc, vous perdrez quelques millilitres d’huile de cannabis au fond de votre vaporisateur une fois ‘vide’.

S’il est vrai que beaucoup d’huiles sont beaucoup plus légères que l’eau, ce n’est pas le cas de l’huile de cannabis, dont la densité est proche que celle de l’eau.

Certains vaporisateurs d’huile de cannabis dispensent donc fiablement 34,1 g d’huile sur les 37,1 g contenus au départ dans les formats de 40 ml.

Les huiles en vrac

L’huile de cannabis en gouttes

Disponibles en fioles équipées d’un compte-goutte, les huiles ont des concentrations de THC qui varient de 3 à 30 mg par millilitre et/ou des concentrations de CBD qui varient de 1 à 30 mg par millilitre.

Tout comme les autres formes d’administration orale, les cannabinoïdes des huiles sont préalablement décarboxylés.

De plus, les huiles de cannabis sont très précisément des solutions huileuses de cannabinoïdes extraits du cannabis. En clair, cela exclut leurs terpènes.

L’utilisateur ne doit donc pas craindre la présence d’un gout de mouffette, de chlore ou de benzène qui caractérise certains cultivars; qu’ils soient vendus en gouttes ou sous forme de vaporisateurs buccaux, les huiles de cannabis ne se distinguent en bouche que par un léger gout de hachich qui varie d’une marque à l’autre.

Contrairement aux capsules, les fioles d’huile de cannabis rendent possible l’ajustement précis de la dose. Leur compte-goutte est calibré en multiples de 0,25 ml, soit de 0,25 ml à 1,0 ml.

L’avantage théorique de leur précision est compromis, au Québec, par deux lacunes importantes.

Les repères de mesure à la surface des compte-gouttes sont des moulures ton sur ton. Lorsqu’on retire ces compte-gouttes de leurs fioles, leur surface est recouverte d’une épaisse couche d’huile qui fait disparaître momentanément ces repères, rendant très approximatif tout prélèvement d’huile de cannabis.

Reign Drops 30:0 du distributeur Redecan (indisponible au Québec)

En Ontario, la compagnie Redecan équipe ses fioles d’huile de cannabis d’un dispositif simple qui permet le prélèvement précis d’une dose sans gâchis et sans que de l’huile ne vienne effacer les repères de mesure imprimés sur l’extérieur de la seringue.

Ce dispositif peut être retiré lorsqu’on doit prélever un volume important (à des fins culinaires, par exemple).

Autre inconvénient des huiles : personne n’a cru bon soumettre ces produits à une standardisation des teneurs en cannabis. Ce qui complique la tâche de l’usager qui veut mesurer précisément une dose de 10 mg de produit actif à partir d’un liquide en contenant 27,7 mg par millilitre.

Au Québec, la manière la plus précise de mesurer les huiles de cannabis, c’est à l’aide d’une seringue hypodermique dont on aura retiré l’aiguille (trop fine pour prélever aisément de l’huile de cannabis). Délivrée de son aiguille, la seringue graduée permet le prélèvement exact d’une dose.

Dans le cas d’une huile qui contient 27,7 mg de THC par millilitre, on mesurera 0,36 ml d’huile pour obtenir précisément 10 mg de THC.

Ceci étant dit, les gouttes sont idéales pour l’administration sublinguale (ce qui accélère le début d’action). Contrairement au vaporisateurs buccaux, elles ne comportent aucun risque d’inhalation accidentelle.

Précisons que les bouchons à fermoir de sécurité livrés avec les bouteilles québécoises d’huile sont parfois difficiles à ouvrir. Après l’avoir dévissé au maximum, on est parfois obligé de forcer l’enveloppe extérieure noire du bouchon à se séparer de sa partie interne en plastique translucide pour accéder au contenu de la bouteille.

À titre d’information, précisons qu’un format de 30 ml de gouttes, une fois complètement vide pèse 14,7 grammes (avec son compte-goutte).

Lacunes de l’étiquetage

La légalisation du cannabis au Canada étant toute récente, il est normal que des correctifs soient encore nécessaires.

À l’heure actuelle, l’étiquetage des produits contenant des extraits de cannabis laisse à désirer.

Sur l’étiquette d’une bouteille de capsules, lorsque le producteur indique une dose de cannabinoïde par ‘unité’, c’est quoi l’unité ? Est-ce une bouteille ou une capsule ?

Lorsqu’on parle de la dose d’une substance psychoactive, on doit être clair, c’est-à-dire préciser la dose par capsule.

Puisque certains vaporisateurs oraux portent le nom d’élixir, contiennent-ils de l’alcool ? Si oui, à quelle concentration ?

De plus, l’étiquette du vaporisateur buccal Sunday Special indique bien la concentration en THC et CBD. De plus, elle précise le volume d’une vaporisation (0,1 ml). Tout comme pour les capsules, il serait plus prudent de préciser ici la dose de THC et de CBD par jet au profit de ceux qui ne sont pas forts en calcul.

Toujours au sujet des vaporisateurs, puisque ce sont des extraits de cannabis dans une huile à base de triglycérides à chaines moyennes (‘huile TCM’), est-il dangereux d’inhaler accidentellement ces produits ? Contiennent-ils d’autres ingrédients susceptibles de causer de la stéatose pulmonaire ? Si oui, pourquoi l’étiquette ne prévient-elle pas du danger d’inhaler ?

Conclusion

Après l’Uruguay en 2013, le Canada est devenu cette année le deuxième pays à légaliser le cannabis.

En comparaison avec l’époque récente où la simple possession du cannabis était un acte criminel, la légalisation simplifie considérablement le travail de chercheurs — biologistes, chimistes, cliniciens, experts en séquençage génétique, etc.— qui choisiront d’approfondir nos connaissances au sujet du cannabis.

Pour l’instant, l’industrie du cannabis récréatif projette une image de professionnalisme qui tranche avec le mystère qui entoure les produits offerts sur le marché noir.

Références :
Haschich
Décarboxylation du THC et du CBD : voici comment le cannabis est activé
La petite histoire du jean-guy
Le système endocannabinoïde : qu’est-ce que c’est ? Comment fonctionne-t-il ?
Nouveau regard sur le cannabis
Part 1, Sativa vs. Indica: An Overview of Cannabis Types
Why the labels ‘sativa’ and ‘indica’ tell you very little about your pot

Sur le même sujet :
La légalisation des produits dérivés du cannabis (2018-12-31)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Laïcité et droits constitutionnels

21 octobre 2018

Introduction

Les moyens répressifs de l’État sont la police, l’armée, les tribunaux et les prisons.

Leur but est de faire en sorte que les citoyens respectent l’ordre établi, un ordre protégé par un encadrement législatif dont le socle est la constitution du pays.

En défendant le respect des lois, la profession juridique est donc le gardien de l’ordre établi.

Aussi n’est-on pas surpris de voir plus de soixante-dix juristes s’indigner de l’intention du nouveau gouvernement québécois d’invoquer la clause dérogatoire de la constitution afin d’instituer une laïcité à la québécoise. Une laïcité qui, autrement, serait anticonstitutionnelle.

Pour les protestataires, les droits constitutionnels sont sacrés. Conséquemment, le recours à la clause dérogatoire pour les suspendre est un abus de pouvoir intolérable.

Les droits fondamentaux

Les avocats ne sont pas les seuls à croire que rien n’est plus sacré qu’un droit constitutionnel.

Pourtant, grâce à l’internet, chaque citoyen peut découvrir que certains droits constitutionnels au Canada ne le sont pas dans d’autres pays démocratiques.

Pour prendre un exemple précis, le port du niqab est un droit fondamental au Canada. Pourtant, des pays comme l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, le Danemark, et la France ont adopté des législations bannissant le port du niqab. Des législations qui furent validées par les plus hautes instances juridiques européennes.

Dans ces pays, la pratique religieuse est un droit fondamental lorsqu’il s’exerce dans la sphère domestique. Dans ce sens, ces pays respectent leurs obligations internationales.

Voile_islamique
 
Il y a moins d’une semaine, l’Algérie interdisait le port du niqab aux employés de sa fonction publique. Le Maroc interdit déjà la vente de la burka.

Pourquoi le Canada fait-il bande à part ?

La Canadian Constitution de 1982 a été adoptée par les provinces anglophones du Canada à l’issue d’une séance ultime de négociation à laquelle le Québec n’a pas été invité.

Les idéologues qui l’ont rédigée voulaient consacrer la suprématie absolue des droits individuels afin de bloquer les dispositions les plus importantes de la Loi 101. En effet, cette dernière proclamait la préséance de certains droits collectifs — ceux nécessaires à la pérennité de la langue française au Québec — sur certains droits individuels, notamment celui de s’assimiler au groupe linguistique de son choix.

En vertu de cette constitution illégitime, toutes les formes de laïcité préconisées par les partis politiques du Québec sont anticonstitutionnelles. Même le parti le moins exigeant à ce sujet (le Parti libéral du Québec) doit céder devant l’ordre constitutionnel canadian.

L’accommodement raisonnable le plus pernicieux exigé du peuple francoQuébécois, c’est d’être constamment en deçà de ce qu’il aspire à être dans le but de se soumettre à l’idéologie de l’ethnie dominante du pays, imposée par le biais d’une camisole de force constitutionnelle.

Voilà le prix du fédéralisme.

En matière de laïcité, la question à se poser est simple : voulons-nous capituler devant un ordre constitutionnel étranger ou invoquer une clause dérogatoire qui nous donne une idée de la liberté dont nous jouirions en nous affranchissant de l’État pétrolier canadien…

Références :
Algérie : Le niqab “interdit” sur les lieux de travail
Denmark passes law banning burqa and niqab
La CEDH juge «nécessaire» l’interdiction du voile intégral dans l’espace public
La laïcité républicaine
L’Allemagne interdit le voile intégral dans la fonction publique
Le Danemark veut interdire le voile intégral dans les lieux publics
Le Maroc interdit la fabrication et la vente de la burqa
Neutralité religieuse : un juge suspend l’application de l’article clé de la loi
Signes religieux et neutralité de l’État
Sondage: les Canadiens et les Québécois favorables au projet de loi 62
Zunera Ishaq, who challenged ban on niqab, takes citizenship oath wearing it

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| Politique québécoise, Religion, Sociologie | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Les peuples autochtones du Québec

16 octobre 2018

Le territoire québécois est habité par treize peuples : les francoQuébécois, les angloQuébécois et onze peuples autochtones.

Ces derniers comptent environ cent-mille personnes, soit 1,5% de la population québécoise.

Ils sont plus nombreux au Canada anglais. Leur importance démographique est de l’ordre de cinq pour cent dans les provinces anglophones du pays, pour une moyenne canadienne (incluant donc le Québec) de quatre pour cent.

Dix peuples autochtones ont été reconnus par l’Assemblée nationale sous René Lévesque en 1985. Un onzième s’est ajouté quatre ans plus tard sous le gouvernement péquiste de Pierre-Marc Johnson.

En ordre alphabétique, ces onze peuples autochtones sont :
• les Abénaquis (près de Trois-Rivières)
  les Algonquins -> voir les Anishnabés
• les Anishnabés (en Abitibi et en Outaouais)
• les Attikameks (en Haute-Mauricie)
• les Cris (région de la Baie-James)
  les Hurons -> voir les Wandats
• les Innus (au Lac-Saint-Jean, sur la Côte-Nord et à Schefferville)
• les Inuits (au Nunavik)
• les Malécites (Bas-du-Fleuve)
• les Micmacs (en Gaspésie)
• les Mohawks (près de Montréal)
• les Naskapis (à Schefferville)
• les Wandats (à Québec).

Leur population varie beaucoup d’un peuple autochtone à l’autre, passant de vingt-mille Cris à quelques centaines d’Abénaquis, de Malécites et de Naskapis.

Si on exclut le cas particulier de l’ile de Montréal, seule l’Estrie était complètement inhabitée à l’arrivée de Champlain car cette région était le théâtre d’une longue guerre que se livraient les Innus et les Anishnabés (qui vivaient au nord du Saint-Laurent) contre les Mohawks (qui habitaient le nord de l’État de New York actuel).

Juridiquement, les peuples autochtones se divisent en trois catégories.

Le premier groupe comprend les signataires des traités modernes que sont la Convention de la Baie-James (les Cris et les Inuits) et la Convention de Nord-Est québécois (les Naskapis).

En échange de la renonciation à leurs droits ancestraux, ces peuples ont reçu d’importantes compensations financières qui leur assurent un niveau de vie plus élevé que la plupart des autres peuples autochtones au Canada.

Ils jouissent également d’une autonomie exceptionnelle qui leur permet de gouverner, par le biais d’institutions publiques où ils sont majoritaires, de vastes territoires à l’extérieur de leurs villages. Ces territoires représentent environ le tiers du Québec.

Contrairement à la loi fédérale sur les Indiens, basée sur la race, les traités québécois sont conformes aux Droits de la personne; rien ne s’oppose, par exemple, à ce que des citoyens non autochtones soient élus à la tête des institutions autonomes de ces territoires si ce n’est que les Autochtones forment 90% de la population.

Un deuxième groupe comprend des peuples autochtones qui étaient présents sur leurs territoires actuels, mais qui n’ont pas signé de traité avec le gouvernement du Québec : les Anishnabés, les Attikameks, les Innus, les Malécites et les Micmacs.

Le dernier groupe est celui des Abénaquis, des Mohawks et des Wendats. Ceux-ci n’étaient pas présents au Québec à l’arrivée des colonisateurs français.

Originaires des États-Unis actuels, certains Mohawks se sont établis près de Montréal en fuyant l’hostilité des autres Mohawks après leur conversion au catholicisme.

De manière analogue, les Wendats se sont réfugiés au Québec après avoir fui l’Ontario.

Les Abénaquis sont originaires de la Nouvelle-Angleterre.

Les droits de ces peuples découlent des chartes seigneuriales accordées à des communautés religieuses qui leur ont permis de s’installer au Québec.

Il est donc inexact de croire que le territoire montréalais est un territoire mohawk non cédé.

Références :
Binette A. Le droit des peuples autochtones et l’indépendance du Québec. L’Action Nationale 2017; vol 57 no 9: 24-50.
Droits ancestraux et issus de traités à Montréal
Montréal n’est pas un territoire mohawk non cédé
Montréal, un territoire mohawk ?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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