Blocus ferroviaire : quand l’État prend le parti de compagnies étrangères contre ses propres citoyens

23 février 2020

Le cas de Ben’s Deli vs la Maison Manuvie

La Maison Manuvie est une tour de 28 étages qui se dresse au 900 ouest du boulevard de Maisonneuve, à Montréal.

À l’origine, les promoteurs avaient l’intention de construire leur édifice sur le boulevard de Maisonneuve, mais du côté est de la rue Mansfield.


 
Le terrain convoité était celui de Ben’s Deli, un restaurant célèbre pour ses sandwichs à la viande fumée. Le décor de ce restaurant n’ayant pas été rafraichi depuis des décennies, on avait bon espoir d’acheter l’édifice pour une bouchée de pain.

Mais les promoteurs se sont heurtés à l’entêtement de la propriétaire, Jean Kravitz, veuve du dernier des trois fils du fondateur du restaurant, Ben Kravitz.

Note : en anglais, Jean est un prénom féminin (qu’on prononce comme des pantalons en denim).

Le restaurant et son terrain valaient environ 2,5 millions$. Même après avoir offert quatre fois plus, Mme Kravitz ne voulait rien entendre.

En conséquence, les promoteurs se sont rabattus sur le terrain de l’autre côté de la rue pour y ériger leur tour.

Quant au restaurant, ce fut peine perdue; il devait fermer ses portes en raison d’un conflit syndical, un an près l’échec des négociations avec la société immobilière.

Autochtones Wet’suwet’en vs le Coastal GasLink


 
Coastal GasLink est un gazoduc de 670 km qui doit traverser d’est en ouest la plus occidentale des provinces canadiennes.

Son promoteur est TC Energy, associé à l’hollandaise Royal Dutch Shell, la malaysienne Petronas, la coréenne Korea Gas Corporation, la japonaise Mitsubishi et PetroChina.

Sur la côte canadienne du Pacifique, les Wet’suwet’en constituent un peuple autochtone dont il ne reste plus que 3 450 personnes.

Le territoire qu’ils occupent est situé sur le passage du gazoduc.

De 2012 à 2014, pour l’ensemble du projet, TC Energy a patiemment obtenu l’appui de tous les dirigeants officiels des peuples autochtones concernés, y compris ceux des Wet’suwet’en.

Seuls se sont opposés les chefs traditionnels du peuple Wet’suwet’en. Et ce en dépit de 120 rencontres et de 1 300 échanges téléphoniques ou par courriel.

Jugeant trop couteuses les modifications exigées par ces derniers, la compagnie a décidé d’aller de l’avant.

Dès le début des travaux sur leur territoire, les Wet’suwet’en y ont fait obstacle.

Or il faut savoir que l’ex gouvernement Harper a fait modifier la loi canadienne de manière à ce que toute action citoyenne qui vise à nuire à la construction d’un oléoduc soit considérée comme un acte terroriste.

Conséquemment, les tribunaux de la province ont émis deux injonctions contre les Wet’suwet’en, la première en 2018 et l’autre l’année suivante.

Au début de cette année, la police fédérale (la RCMP) a procédé à des arrestations. Ce qui a mis le feu aux poudres et qui a incité, plus tôt ce mois-ci, d’autres peuples autochtones à bloquer le transport ferroviaire au pays.

Des milliers d’entreprises comptent sur ce mode de transport pour leur approvisionnement et/ou pour acheminer leur production.

Pour l’instant, l’économie canadienne n’est pas totalement paralysée. Mais cela arrivera inévitablement si cette crise persiste.

Un conflit artificiel

Par sa Loi sur les Indiens, Ottawa s’est donné un rôle de fiduciaire à l’égard des Autochtones du pays.

Dans l’exercice de ce rôle, le fédéral s’est généralement comporté cavalièrement, ignorant que tout fiduciaire doit faire preuve d’une loyauté absolue envers son commettant.

Cette crise aurait pu être évitée et pourrait se résoudre instantanément; il suffirait à Justin Trudeau d’affirmer son appui au droit des Autochtones de disposer à leur guise du territoire qu’ils occupent. Ce qui signifie le droit de refuser d’en céder le droit de passage à des intérêts privés.

Qu’il s’agisse de la propriétaire du Ben’s Deli, ou de n’importe qui d’entre nous, personne n’est obligé de céder un bien convoité ni d’avoir à justifier son refus… sauf lorsqu’on est Autochtone.

Respecter l’état de droit

En vertu des lois coloniales du Canada, l’agrandissement territorial d’une réserve indienne est d’une extraordinaire complexité juridique.

Comme a pu le constater Grégoire Gollin lorsqu’il a voulu vendre soixante hectares de terrain aux Mohawks d’Oka. Ce que ces derniers étaient prêts à accepter.

Au contraire, amputer du territoire autochtone a été facilité par l’adoption en 2012 de la loi fédérale C-45 par le gouvernement Harper.

C’est en réaction à cette loi qu’est né le mouvement Idle No More. Ce militantisme fait qu’aujourd’hui, les Mohawks dressent des barricades d’un bout à l’autre du pays afin d’appuyer les Wet’suwet’en.

Au Canada, les Autochtones sont juridiquement des mineurs. Comme les Canadiennes l’ont été pendant des décennies.

Voilà pourquoi tout transfert testamentaire de biens entre Autochtones doit être approuvé par le ministre des Affaires indiennes.

Dans le cas de Coastal GasLink, l’accord des dirigeants élus de la communauté Wet’suwet’en suffit à justifier le passage du gazoduc sur leur territoire selon les promoteurs.

Comme si l’accord des élus municipaux aurait suffi à obliger la veuve Kravitz à céder le Ben’s Deli aux promoteurs immobiliers de la tour Manuvie.

TC Energy n’a eu grand peine pour obtenir toutes les autorisations provinciales et gagner ses demandes d’injonction.

Les appels qu’on entend ces jours-ci au sujet du ‘respect de l’état de droit’ sont très précisément des appels à la soumission au droit colonial canadien (appelé ‘droit autochtone’).

On oublie généralement que le droit international a préséance sur le droit colonial canadien.

Le Canada est signataire de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Or celle-ci stipule l’obligation de respecter le droit à un consentement libre, préalable et éclairé aux projets de ressources.

Le Canada a adopté cette déclaration, mais n’a pas incorporé ses dispositions à aucun de ses textes de loi.

L’appel hypocrite à la négociation

Depuis le début du blocus ferroviaire, le gouvernement fédéral a laissé pourrir la situation.

Alors que les pertes économiques s’accumulent pour les entreprises, alors que des milliers de Canadiens subissent des mises à pieds temporaires, les messages haineux se multiplient sur l’internet.

Il y a quelques jours, sur les ondes d’une radio montréalaise, le conseiller politique d’un ex premier ministre canadien a émis le souhait que les agents de sécurisé des compagnies ferroviaires soient équipés d’armes plus puissantes pour faire entendre raison aux Autochtones qui bloquent pacifiquement les voies ferrées du pays.

Cette montée de l’intolérance est le résultat voulu de la manipulation de l’opinion publique exercée par les stratèges fédéraux afin de faire plier, indirectement, les Wet’suwet’en.

Résultat : les analystes, les chroniqueurs et les éditorialistes blâment l’intransigeance des chefs héréditaires des Wet’suwet’en et répètent comme des perroquets les appels à la négociation lancés par le premier ministre canadien.

En réalité, une telle ‘négociation’ n’aurait qu’une seule issue satisfaisante; la capitulation des Wet’suwet’en.

Tant que les discussions n’arriveraient pas à cette finalité, on parlerait d’impasse des négociations. Donc, à la fin, ce qu’on attend des Wet’suwet’en, c’est réellement leur capitulation aux intérêts de la compagnie.

Se sacrifier au nom du progrès

Il est normal que l’État utilise son droit d’expropriation pour réaliser des projets publics d’infrastructure : parcs, autoroutes, aéroports, hôpitaux, écoles, etc.

Au contraire, dans ce cas-ci, on a affaire à un projet privé qui n’a de collectif que ses retombées économiques. Tout comme c’était le cas de la construction de Maison Manuvie à Montréal.

Comment aurait-on jugé l’intervention publique du maire de Montréal pour que Mme Kravitz vende son restaurant plutôt que de s’entêter à nuire au développement économique de la métropole ?

L’entêtement, c’est celui de TC Energy. Que cette dernière fasse passer son gazoduc ailleurs, un point c’est tout.

Tant que les Humains choisissent d’utiliser des machines qui carburent au pétrole et au gaz, il est normal que des pétrolières cherchent à satisfaire notre besoin d’hydrocarbures.

Par contre, ce qui est inacceptable, c’est qu’un chef d’État demande à ses propres citoyens de se sacrifier afin que soient maximisés les profits de multinationales.

La population canadienne en otage

L’opposition des Wet’suwet’en viendrait d’une dizaine de chefs héréditaires. Leur nombre n’a pas plus d’importance que le nombre des héritiers de Ben Kravitz.

TC Energy, Shell, Petronas, Korea Gas, Mitsubishi et PetroChina ont accepté de financer le projet de gazoduc Coastal GasLink sans, évidemment, en décider des moindres détails; on voit mal la Shell demander que le gazoduc passe par ici alors que Mitsubishi préfèrerait qu’il passe plutôt par là.

Bref, ces compagnies ont accepté un package deal proposé par TC Energy. Et au sein même de cette dernière, le conseil d’administration a probablement entériné l’accord obtenu par un petit nombre de cadres supérieurs.

Et si cette poignée de cadres a choisi de faire passer le gazoduc en territoire autochtone, c’est tout simplement parce que ça coute moins cher.

La rumeur veut qu’il en aurait couté 800 millions$ de plus pour passer chez les ‘Blancs’.

Comment un premier ministre du Canada peut-il demander à ses propres citoyens de se sacrifier aux désirs d’entreprises étrangères qui ont décidé qu’un gazoduc passerait là et pas ailleurs ?

Cette trahison n’est ‘normale’ que dans la mesure où elle s’inscrit dans la tradition coloniale du Canada à l’égard de ses peuples autochtones.

Quant aux inconvénients pour l’économie québécoise, c’est ça le prix du fédéralisme.

Références :
Blocus ferroviaire et réactions réactionnaires
Canada police prepared to shoot Indigenous activists, documents show
Coastal GasLink Pipeline
Droit autochtone canadien
La fin d’une époque
Le Canada doit stopper trois projets, dont Trans Mountain, exhorte un comité de l’ONU
Le propriétaire des terrains à Oka critique l’approche d’Ottawa
Le restaurant Ben’s ferme ses portes
Luc Lavoie suggère «un coup [de pistolet] entre les deux yeux» des Autochtones
Mouvement Idle No More
Nation Tsilhqot’in c Colombie-Britannique : bonne décision, mauvaises raisons
Une solution intimement liée au territoire

Paru depuis :
Des experts remettent en question le recours à ces injonctions (2020-03-02)

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| Économie, Environnement, le prix du fédéralisme, Politique canadienne, Racisme, Sociologie | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Bien-être animal et impérialisme culturel

26 janvier 2020

En Amérique du Nord, beaucoup d’agglomérations urbaines sont aux prises avec une population indésirable de chiens errants, de ratons laveurs ou d’ours qui tirent leur subsistance de nos déchets domestiques.

Chiots nordiques est un organisme sans but lucratif qui s’est donné pour mission de contrôler à la source la surpopulation canine des villages nordiques du Québec par le biais de la stérilisation des chiens et, si possible, de leur adoption par des familles d’accueil dans le sud du Québec.

Le 13 janvier dernier, le réseau TVA présentait un épisode de la téléréalité Refuge animal tourné à l’occasion d’une expédition de trois jours de Chiots nordiques à Obedjiwan, un village autochtone du Grand Nord québécois.

Le premier jour, on voit l’équipe éventrer le plancher d’un cabanon afin de débusquer une chienne sauvage qui venait depuis peu de mettre bas sous l’édifice abandonné.

Sur sa portée de six chiots, quatre étaient déjà morts de froid alors que deux autres étaient encore vivants. Sans intervention humaine, les deux chiots survivants seraient probablement morts de froid eux aussi.

Ce qui m’a choqué, c’est la violence exercée contre cette femelle dont le pelage était encore maculé de sang (en raison de l’accouchement) et qui ne demandait rien d’autre que de reprendre calmement ses forces dans sa tanière.

À la voir se débattre et essayer d’échapper à ses ravisseurs, il est évident que cette chienne était amenée de force à l’hôpital vétérinaire de fortune établi dans le village pour y être stérilisée avant de partir dans le sud (elle et ses deux chiots) pour y être adoptée.

Cette chienne sauvage ayant appris depuis sa naissance à craindre l’homme, on peut anticiper les problèmes comportementaux qui marqueront le reste de sa vie.

Le deuxième jour, on s’attardera au cas du chiot Nouki, fortement parasité par des vers intestinaux.

Son propriétaire ayant refusé de l’abandonner et de le faire stériliser, l’équipe se contentera de lui administrer un vermifuge et de lui prodiguer des soins mineurs.

Ce qui est une excellente initiative puisque les parasites intestinaux des animaux de compagnie peuvent être transférés aux Humains.

Le fil conducteur de cet épisode est la traque des chiens errants qui ont élu domicile au dépotoir municipal.

À leur dernière visite, Chiots nordiques avaient capturé tous les chiens qui y vivaient sauf un. Depuis, celui-ci s’est constitué une meute en s’associant à deux autres adultes, dont une femelle blessée.

Après avoir tenté en vain, depuis trois jours, de les attraper un peu partout dans le village, les bénévoles sont attristés de découvrir le mâle alpha mort de froid au dépotoir.

L’émission se termine en montrant les jeunes bénévoles en pleurs se jeter dans les bras les uns des autres, déçus de ne pas avoir réussi à ‘sauver’ l’animal à temps.

Plutôt que d’avoir laissé cette meute se réfugier au chaud dans sa tanière et réserver ses forces à la recherche de nourriture, les bénévoles de Chiots nordiques ont occasionné une dépense calorique des chiens en les pourchassant, ce qui a couté la vie à l’un d’eux.

Depuis des millénaires, c’est l’apport limité en nourriture et les dures conditions climatiques qui ont limité la croissance démographique des populations animales dans le Grand Nord québécois.

À cela, Chiots nordiques propose un contrôle canin qui s’appuie sur l’expertise de professionnels étrangers, c’est-à-dire sur des vétérinaires qui utilisent des instruments chirurgicaux et des techniques opératoires hors de portée de ces populations.

Si on offrait aux Inuits le choix d’habiter dans les grandes villes du Sud, l’immense majorité d’entre eux préfèreraient continuer à vivre au sein de leurs communautés.

Si les chiens sauvages pouvaient parler, ils choisiraient probablement la même chose.

Au-delà du soin des blessures, de l’élimination des vers intestinaux et des parasites cutanés, l’intervention de Chiots nordiques pour stériliser et faire adopter au loin les chiens des communautés autochtones équivaut rendre celles-ci dépendantes de nos technologies, et ce au nom de notre propre conception du bien-être animal.

Référence :
Refuge animal – émission du 13 janvier 2020

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Laïcité : juges contre démocratie

11 décembre 2019

La loi québécoise au sujet de la laïcité

Adoptée plus tôt cette année, la loi 21 interdit le port de signes religieux aux fonctionnaires en position d’autorité et aux enseignants du secteur public.

Les interdits de cette loi sont ceux qu’on trouve déjà dans des lois analogues adoptées par de nombreuses démocraties européennes. Des interdits déjà validés par leurs plus hautes instances juridiques.

Bref, la loi québécoise est parfaitement compatible avec les Droits de la personne; plus précisément, elle respecte le droit de croire en n’importe quelle religion, mais interdit l’expression publique de cette appartenance confessionnelle à certains employés de l’État. Et ce, seulement dans l’exercice de leurs fonctions.

Malheureusement, cela est contraire à l’esprit et à la lettre de la constitution du pays.

Pourquoi en est-il ainsi ?

La Constitution canadian

En 1982, l’ethnie dominante du pays adoptait une nouvelle constitution à l’issue d’une séance ultime de négociation tenue secrète et à laquelle le Québec n’avait pas été invité.

L’unique motivation pour le Canada de se doter d’une nouvelle constitution a été la volonté de contrer la Loi 101 du Québec.

Cette dernière était une loi révolutionnaire qui consacrait la suprématie des droits collectifs nécessaires à assurer la pérennité du français au Québec.

Mais dans leur zèle à enchâsser les droits individuels dans la nouvelle constitution du Canada, ses rédacteurs n’ont pas prévu la montée de l’intégrisme religieux financé par la dictature saoudienne.

Si bien que de simples croyances, qui ne sont retrouvées dans aucun texte sacré — par exemple, la croyance en l’obligation de porter le niqab ou la burka — ont été promues au rang de droits constitutionnels, au même titre que le droit à la vie.

Ce qui fait que la Constitution canadian, sous certains aspects, a très mal vieilli puisqu’elle élève des fixations identitaires (le port de chiffon et de breloques) au rang de droits fondamentaux.

Une magistrature à la solde d’Ottawa

Les avocats accèdent à leur profession grâce à un permis d’exercice émis par leur Ordre professionnel (appelé le Barreau).

Mais on devient juge par décision du Conseil des ministres. La magistrature québécoise est donc composée de juges nommés par Ottawa (donc fédéralistes) et de juges nommés par Québec.

La Commission Bastarache a révélé que lorsque l’État québécois était gouverné par le Parti libéral du Québec (PLQ), le candidat à la magistrature devait avoir effectué du bénévolat pour le PLQ, avoir contribué à la caisse électorale de ce parti, ou avoir des parents parmi les collecteurs de fonds de ce parti.

Bref, depuis quinze ans, Ottawa et ses collabos du PLQ ont massivement truffé la magistrature québécoise de juges reconnus pour leurs allégeances fédéralistes.

En soi, l’assujettissement de la magistrature québécoise à l’idéologie d’Ottawa n’a rien de scandaleux puisque les tribunaux sont les gardiens de l’ordre établi. Ce dernier est consacré par les lois adoptées par les parlements, au premier rang desquelles, la Constitution canadian, cette camisole de force imposée au Québec en 1982.

La croisade des juges contre la volonté populaire

L’Osgoode’s Constitutional Case Conference se tient annuellement à Toronto. Cet évènement réunit des professeurs de droit, des juristes fédéraux de haut niveau et des universitaires réputés. Bref, on y voit la crème des constitutionnalistes canadiens.

On y analyse les enjeux de droit constitutionnel sur lesquels doivent se prononcer prochainement les tribunaux et les jugements rendus depuis peu par la Cour suprême du Canada.

Parmi tous les sujets abordés cette année, la loi québécoise sur la laïcité est le sujet qui a soulevé les discussions les plus hostiles.

Pour résumer le compte-rendu de l’avocat François Côté qui y était invité à titre de conférencier, les constitutionnalistes du Canada anglais sont déjà en croisade contre cette loi.

« …les opposants au Projet de loi 21 préparent déjà leurs armes pour chercher à le tailler en pièces. Dès l’entrée en vigueur du Projet de loi, il sera contesté devant les tribunaux, par de nombreux intervenants de partout ailleurs au Canada ainsi que par la toute-puissance fédérale, et tous les coups seront permis.


On anticipe que les procédures sont déjà en train d’être écrites avant même que la loi ne soit adoptée. Les canons de la fédération s’en font une mission relevant de la raison d’État. La Charte canadienne doit primer, peu importe les dispositions dérogatoires, et doit invalider l’entreprise de laïcité québécoise.

Me François Côté

Alors que Me Côté anticipe un affrontement entre les juristes québécois et canadians, je crois que cet affrontement opposera plutôt la magistrature canadienne (quelle qu’elle soit) et le peuple québécois.

Déjà, ici même au Québec, la juge en chef de la Cour d’appel a été prise en flagrant délit de suggérer aux contestataires de la loi 21 des arguments juridiques qu’elle aimerait qu’on invoque devant elle.

Jusqu’où peut-on déroger ?

Le Canada se définit comme un pays multiculturel, c’est-à-dire un pays où les différentes ethnies collaborent et dialoguent sans avoir à sacrifier leurs identités particulières.

La profession juridique est déjà convaincue de l’incompatibilité absolue entre la laïcité et le multiculturalisme.

On peut donc anticiper, comme le fait Me François Côté, qu’elle voudra remettre en question l’automatisme qui consiste à invoquer la clause dérogatoire pour se soustraire à la constitution du pays.

La loi québécoise sur la laïcité n’est pas la première à l’invoquer. Toutefois, elle est la première qui l’invoque non seulement pour se soustraire à une disposition constitutionnelle très précise, mais pour permettre à une partie du pays d’évoluer dans une direction différente de celle du reste du Canada.

En tant que gardiens de l’ordre établi, les tribunaux peuvent-ils autoriser une telle évolution ?

Conclusion

Les moyens modernes de transport ont favorisé l’émergence du cosmopolitisme au sein des grandes métropoles occidentales.

Dès qu’il a dépassé un seuil de non-retour, ce cosmopolitisme favorise le multiculturalisme.

Mais cette évolution se bute à l’antagonisme des sociétés qui possèdent une forte identité culturelle. Ce qui est le cas du Québec.

Ouverts à l’enrichissement qu’apportent les néoQuébécois, les citoyens du Québéc tiennent à un certain nombre de caractéristiques fondamentales, dont la langue et l’égalité des sexes.

Or justement, le multiculturalisme entraine inévitablement une dilution du caractère national. C’est d’ailleurs ce qui permet à Justin Trudeau d’affirmer que le Canada est le premier pays ‘post-national’ (ce qui veut dire un pays qui ne mérite pas d’exister).

Même au Canada anglais, il y a un gouffre entre ce que pensent à ce sujet l’arrière-pays et ceux qui habitent les grandes villes, dont l’élite politico-médiatique canadian est le porte-parole. Voilà pourquoi une forte minorité d’angloCanadiens partagent l’avis des Québécois au sujet de la laïcité.

En fin de compte, le combat de la laïcité opposera la profession juridique à la volonté du peuple québécois. Entre une caste sociale qui appartient au 1 % et le reste de la société qui la nourrit.

Références :
De la commission Bastarache à la prière au Conseil municipal de Saguenay
Laïcité : comment contourner le dispositif de dérogation?
Laïcité: plusieurs Canadiens appuient le projet de loi du Québec, dit un sondage
Loi constitutionnelle de 1982
Loi sur la laïcité de l’État
Loi sur la laïcité de l’État: la juge en chef de la Cour d’appel visée par une plainte
Rapport de première ligne en territoire constitutionnel : Rien à faire des dispositions dérogatoires, le Projet de loi 21 doit mourir

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Inde : le pays du viol

5 décembre 2019

Une des raisons qui expliquent le sous-développement économique et social d’une bonne partie des pays asiatiques, c’est leur incapacité à révéler le potentiel de talents enfouis dans leur population féminine.

L’Asie est profondément misogyne. Essentiellement pour des raisons liées à l’histoire et à la culture. Davantage que pour des motifs religieux.

Des nouvelles nées qu’on tuait dans les campagnes chinoises aux Iraniennes lapidées pour adultère en passant par les Pakistanaises que des foules lynchent sous de fausses accusations, la liste est longue des féminicides sur le continent asiatique.

Selon la Thomson Reuters Foundation, à l’exclusion zones de guerre, l’Inde est le pays le plus dangereux sur terre pour les femmes.

Ce pays se distingue par la culture du viol qui y règne.

Officiellement, on y comptait 33 658 viols en 2017. Pour un pays de 1,3 milliard de personnes, cela semble peu si on considère que 28 700 agressions sexuelles étaient déclarées au Canada en 2018.

En réalité, le nombre de viols y est largement sous-estimé. De plus, les viols y sont souvent d’une extrême violence; en voici trois exemples survenus tout récemment.

Le 27 novembre, dans la ville d’Hyderabad, quatre hommes âgés de 20 à 26 ans ont été arrêtés pour avoir violé une vétérinaire. Après le viol, ils l’ont étranglée, ont amené son corps sous un viaduc, l’ont enveloppé dans une couverture qu’ils ont aspergée de kérosène pour y mettre le feu.

Samedi dernier, dans la capitale indienne, une femme qui protestait près du parlement contre les viols dans ce pays a été battue par la police pour avoir refusé d’obéir à un ordre de dispersion.

Il y a deux jours, une adolescente d’environ seize ans a été violée, tuée par balle et brulée dans le village de Kukdha, au nord-est du pays. Le ou les coupables n’ont pas encore été trouvés.

Aujourd’hui même, dans le nord du pays, une femme de 23 ans est tombée dans une embuscade à la gare d’Ummao où elle allait témoigner contre ses deux violeurs.

Ceux-ci, aidés de trois complices, l’ont amené de force à l’écart et l’ont immolé par le feu. Brulée à 70 % de sa surface corporelle, la femme repose dans un état critique.

Références :
Girl raped, shot dead and burnt in Bihar’s Buxar: Police
India: woman set on fire on way to testify against alleged rapists
La lapidation ou la barbarie participative
Le nombre d’agressions sexuelles déclarées a augmenté en 2018
La rumeur meurtrière
Protests escalate in India over gang-rape and murder of woman
Protests in India after woman gang raped and burned to death

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Manitoba : droits fondamentaux et laïcité

29 novembre 2019
Monument à sir John-A. Macdonald

La dépossession territoriale des Métis au Manitoba

Tôt après la naissance du Manitoba, sa population — composée essentiellement de Métis — a été dépossédée de ses terres, confiées aussitôt par Ottawa à des colons européens.

Les Métis s’appelaient ainsi parce qu’ils étaient nés du métissage entre les Autochtones nomades qui y vivaient et des explorateurs venus de Nouvelle-France.

La révolte contre cette dépossession, dirigée par Louis Riel, fut écrasée dans le sang.

Le Manitoba, site des premières réserves indiennes

On enferma les survivants dans des ‘réserves’ qui, beaucoup plus tard, servirent de modèle à la création de l’apartheid en Afrique du Sud.

À une époque où les moyens de subsistance étaient limités à la chasse, à la pêche et à l’agriculture, confiner une population à un territoire restreint, c’était une manière de limiter sa croissance démographique.

En effet, toute explosion démographique ne pouvait entrainer que la famine et la mort.

En 2013, le professeur James Daschuk de l’Université du Manitoba publiait la thèse universitaire intitulée ‘La destruction des Indiens des Plaines. Maladies, famines organisées, disparition du mode de vie autochtone’.

Cette publication de 366 pages est un accablant réquisitoire qui accuse le père de la Confédération canadienne, John-A. Macdonald, d’avoir voulu exterminer par la famine les Amérindiens des Prairies et notamment, ceux du Manitoba.

Les provinces de l’Ouest, sites des premiers pensionnats autochtones

C’est dans l’Ouest canadien, en 1883, que le gouvernement fédéral établit les trois premiers pensionnats autochtones qui servirent de modèles à l’ensemble du pays.

Au cours des années qui suivirent, le système connut une croissance considérable.

Les derniers pensionnats financés par le gouvernement fédéral disparurent à la fin des années 1990.

Leur but était d’assimiler de force les Autochtones. La police venait littéralement arracher les enfants des bras de leurs mères.

On interdisait aux pensionnaires de parler autre chose que l’anglais. On séparait les membres d’une même famille en différents pensionnats pour qu’ils n’aient plus rien sur lequel s’accrocher.

Puis, à la fin de leurs études, on les renvoyait dans leurs communautés alors que tout ce qu’on leur avait enseigné (religion, lecture, écriture) n’avait aucun rapport avec la lutte pour leur survie.

Loin de leur famille et de leur communauté, sept générations d’enfants autochtones ont été privés de leur identité à la suite d’efforts systématiques et concertés visant à anéantir leur culture, leur langue et leur esprit.

Plus de 150 000 enfants autochtones ont été placés dans ces pensionnats. On estime qu’environ six-mille d’entre eux y sont morts de maltraitance, de maladie ou par suicide.

En décembre 2015, la Commission de vérité et réconciliation du Canada remettait son rapport dévastateur à ce sujet.

Ce génocide culturel s’est pratiqué partout au pays, mais a été particulièrement efficace au Manitoba.

Le résultat des politiques génocidaires au Manitoba

De nos jours, les Autochtones y forment un sous-prolétariat dont la misère sociale s’exprime par leur surreprésentation dans les prisons de cette province à la suite d’accusations de vagabondage, si ce n’est d’avoir commis des méfaits mineurs.

Selon des rapports internes du ministère des Affaires indiennes, de tous les Autochtones du pays, ceux du Manitoba sont les plus à risque de grandir dans la pauvreté, d’abandonner l’école, de dépendre de l’aide sociale, de vivre dans des logements délabrés et d’être victimes de violence familiale.

Dans cette province, 62 % des enfants Autochtones vivent sous le seuil de pauvreté alors que cette proportion est de 25 % dans l’ensemble des enfants Autochtones du pays.

Si les pensionnats autochtones ont y disparu dans les années 1990, les services sociaux de la province utilisent encore tous les prétextes pour confier des enfants Autochtones à des familles d’accueil hors des réserves indiennes. Ce qui a le même effet.

Parmi les Autochtones du pays, ceux du Manitoba détiennent le plus bas taux de diplomation du secondaire.

Le taux de bénéficiaires de l’aide sociale y est également le plus élevé au pays; dans certaines communautés, 80 % de la population autochtone en dépend.

La croisade du Manitoba contre la loi 21

2019-11-29-21-raisonsDepuis plusieurs semaines, le premier ministre du Manitoba critique publiquement la loi 21 du Québec qui interdit le port de signes religieux aux fonctionnaires en position d’autorité et aux enseignants.

À mon avis, le port de signes religieux ne devrait être interdit qu’aux détenteurs des pouvoirs répressifs de l’État : policiers, soldats, gardiens de prison et juges.

Même si je trouve la loi 21 excessive, elle n’est pas déraisonnable puisqu’elle est semblable à celles adoptées par de nombreux pays démocratiques. Notamment en Europe, où les lois à ce sujet ont été validées par les plus hautes instances constitutionnelles.

La loi 21 respecte les droits de la personne. Elle permet la pratique de n’importe quelle religion. Elle n’interdit que l’expression de l’appartenance confessionnelle à certains employés de l’État.

Bref, la chicane au sujet de la loi 21 est une querelle de chiffon et de breloques.

Malheureusement, le droit de porter ces artifices de religiosité a été érigé au rang de droit constitutionnel au Canada en 1982.

Normalement, lorsqu’une constitution est bien écrite, les droits constitutionnels sont synonymes de droits fondamentaux.

Ce n’est pas le cas au Canada; de simples croyances, retrouvées dans aucun texte sacré — par exemple, le port du niqab et de la burka — ont été promues au rang de droits constitutionnels, au même titre que le droit à la vie.

En somme, la loi 21 viole des caprices constitutionnels et non des droits fondamentaux.

Pour l’élite politique et médiatique du Canada anglais, tout défi lancé contre l’ordre constitutionnel canadien est une menace à l’existence même du pays.

D’une certaine mesure, ils ont raison. Malheureusement pour eux, les assises juridiques du Canada reposent sur une constitution illégitime qui, sous certains aspects, a très mal vieilli.

Une bonne partie des angloCanadiens partagent déjà l’avis des francoQuébécois au sujet de l’interdiction du port de signes religieux ostentatoires.

D’où l’urgence de lutter contre une contamination (québécoise) jugée séditieuse aux yeux de ceux qui se donnent la mission sacrée de défendre l’ordre établi, au premier rang duquel l’ordre constitutionnel canadian.

Conclusion

Comme la verrue qu’on finit, avec le temps, par ne plus voir au bout de son nez, le premier ministre du Manitoba semble avoir oublié le triste bilan de sa province au chapitre du respect des droits fondamentaux des 175 000 personnes qui composent sa population autochtone.

Références :
Aboriginal nutritional experiments had Ottawa’s approval
À quand le limogeage de John A. Macdonald?
John A. Macdonald
La destruction des Indiens des Plaines. Maladies, famines organisées, disparition du mode de vie autochtone
Le Manitoba achète des publicités au Québec contre la loi 21
Les autochtones du Manitoba vivent dans les maisons les plus délabrées au pays
Les Premières Nations du Manitoba ont les pires conditions de vie du Canada (Le Devoir)
Les Premières Nations du Manitoba ont les pires conditions de vie du Canada (Radio-Canada)
L’uniforme laïque des forces de l’ordre
Relations Québec-Manitoba: le PQ rappelle la pendaison de Louis Riel
Plus de 80 % des mineurs emprisonnés au Manitoba sont Autochtones

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 25mm F/1,2 — 1/400 sec. — F/1,2 — ISO 200 — 25 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Immigration : un arrimage chaotique

11 novembre 2019

Les besoins éphémères

Depuis plus d’un an, le gouvernement caquiste répète inlassablement son intention d’arrimer l’immigration aux besoins du marché. Et ce, à l’aide d’un système informatique appelé Arrima.

L’assise fondamentale de ce système est la conviction qu’on peut évaluer précisément les besoins du marché.

Effectivement, on peut évaluer les besoins actuels du marché en compilant les emplois disponibles.

Toutefois, la manière la plus efficace de combler de tels besoins est par le biais des permis de travail.

On le fait déjà pour les travailleurs saisonniers. Il suffit de généraliser les programmes à ce sujet.

Ce moyen est plus rapide parce que le candidat n’a pas à décider de recommencer sa vie au Québec, d’abandonner parents et amis à l’Étranger, et de quitter le sol où ses ancêtres sont ensevelis.

Si les règles sont claires, le travailleur temporaire sait qu’il retournera chez lui lorsqu’on n’aura plus besoin de lui ici.

Par contre, si on veut combler des besoins actuels par le biais de l’immigration, non seulement les délais administratifs s’allongent, mais dès que les besoins du marché changent après qu’un candidat ait obtenu la citoyenneté canadienne, on aura ‘arrimé’ un immigrant à des besoins qui se seront avérés finalement éphémères.

Besoins du marché vs politique migratoire

Voilà pourquoi une politique migratoire doit aller bien au-delà d’une simple compilation d’emplois disponibles.

Et c’est là que les choses se compliquent.

Tout ce qui existe peut être mesuré. Et ce qui existera peut-être fait partie du domaine des prédictions.

Le ministère de l’Immigration possède-t-il l’expertise interne qui lui est nécessaire pour prédire les besoins futurs du marché ?

La réponse à cette question nous est fournie par l’amateurisme dont il a fait preuve en réformant le Programme de l’expérience québécoise.

Rappelons qu’en vertu de ce programme, tout étudiant ayant terminé ses études avec succès au Québec pouvait obtenir facilement le statut de résident permanent.

Du jour au lendemain, le gouvernement a décidé de restreindre ce privilège qu’à ceux qui étudient dans des domaines qui, selon lui, sont arrimés aux besoins du marché.

Le cas le plus absurde est le cas du baccalauréat en Sciences domestiques — qui apparait dans la liste du ministère — un programme aboli depuis des décennies et qui visait à donner autrefois une formation rigoureuse aux femmes qui se destinaient à devenir les ‘reines du foyer’.

Mais comment le gouvernement Legault en est-il arrivé là ?

Il semble que les fonctionnaires du ministère de l’Immigration se soient basés sur l’édition de 2018 de l’État d’équilibre du marché du travail. Il s’agit d’un rapport annuel publié par le ministère du Travail dont l’édition de 2018 a été préparée à partir de données remontant à l’année précédente.

En somme, le talon d’Achille de cette politique migratoire, c’est qu’elle sera toujours basée sur des prédictions anciennes au sujet des besoins anticipées du marché.

Toute la rigueur présumée d’une politique basée sur les besoins du marché s’avère donc être un mirage qui s’évanouit au contact de la réalité concrète du fonctionnement de l’État et de l’imperfection de la nature humaine.

Une alternative humaniste

Depuis 2001, la réforme éducative québécoise repose à la fois sur l’apprentissage des connaissances et sur l’acquisition de compétences jugées importantes au XXIe siècle : la pensée critique, la communication, la collaboration, la créativité, l’innovation, la facilité numérique et technologique, l’apprentissage continu, la flexibilité et l’adaptabilité, la citoyenneté, et l’esprit d’initiative.

On qualifie de transversales les compétences qui, une fois acquises, pourraient être appliquées dans n’importe quel autre domaine.

Depuis près de deux décennies, tous les enseignants du Québec évaluent l’acquisition de compétences transversales chez leurs élèves. Or évaluer cela chez un candidat à l’immigration ou chez un écolier, c’est pareil.

Le système Arrima consacre la suprématie des marchés. Il repose malheureusement sur une illusion; l’aptitude à prévoir rigoureusement les besoins futurs d’une économique dont le rythme de transformation s’accélère.

Plus pertinente, une politique migratoire humaniste consacre la suprématie de l’être humain.

En effet, ce dont le Québec a besoin, ce sont des citoyens capables d’affronter l’avenir, de s’y adapter et de réussir leur vie dans un monde en évolution. Or ce monde sera de plus en plus imprévisible.

Les compétences valorisées par notre politique migratoire devraient être les mêmes que celles inculquées par notre système éducatif à nos propres enfants.

De manière à ce que rien ne distingue l’aptitude à réussir du citoyen né au Québec de celui qui est venu s’y installer plus tard dans son existence.

Références :
Fonction publique : coupe-t-on encore dans le gras ?
Immigration : la liste de formations du gouvernement Legault pleine d’incohérences
Immigration : l’illusion des prophéties
Les vieux arguments de François Legault
Tellement contre-productif!

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| 2018-202X (années Legault), Immigration, Politique québécoise, Sociologie | Mots-clés : | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Laïcité : Trudeau radote

27 octobre 2019

Introduction

Interrogé quant à la possibilité pour le gouvernement fédéral de contester la loi québécoise au sujet de la laïcité, Justin Trudeau a répondu : « J’ai été très clair à ce point-là pendant la campagne. À maintes reprises. Je ne peux pas fermer la porte à défendre les droits fondamentaux

Il s’adonne que les électeurs aussi ont été très clairs; plus de Canadiens ont voté pour les Conservateurs que pour lui.

Il est regrettable que le chef de l’État canadien s’entête à diviser le pays, notamment en soutenant que la loi québécoise sur la laïcité viole des droits fondamentaux.

En réalité, cette loi — que je trouve excessive — viole des caprices constitutionnels et non des droits fondamentaux.

Un excès ‘anodin’

À mon avis, le port de signes religieux (ostentatoires ou non) ne devrait être interdit qu’aux détenteurs des pouvoirs répressifs de l’État, soit les soldats, les policiers, les juges et les gardiens de prison.

Mais le gouvernement Legault en a décidé autrement. Il a étendu cet interdit à un grand nombre de personnes, dont les professeurs, les infirmiers et les employés de garderies publiques.

J’ai très peu critiqué cette loi pour une simple et bonne raison; elle favorise la cohésion sociale en soulageant les peurs identitaires des Québécois. Est-ce une raison suffisante ? Jugeons-en par ses effets.

L’impression qu’on accepte trop de néoQuébécois membres de minorités visibles a chuté de 44,8 % à 30,4 % de 2015 à 2019.

De plus, les inquiétudes face à l’intégrisme chrétien (qui menace le droit à l’avortement) ont presque complètement remplacé les inquiétudes face à l’intégrisme musulman. Il y a un un à peine, ces dernières frisaient l’hystérie collective.

Au-delà des contestations juridiques (financées de l’extérieur), il m’apparait évident qu’une loi (même excessive) au sujet de la laïcité est préférable à l’immobilisme du Parti libéral du Québec (qui a laissé pourrir le débat à ce sujet pendant une décennie).

Les caprices constitutionnels canadiens

Lorsqu’une constitution est bien écrite, les droits constitutionnels sont synonymes de droits fondamentaux.

Ce n’est pas le cas au Canada.

Au début des années 1980, l’unique motivation pour le Canada d’entreprendre de se doter d’une nouvelle constitution a été la volonté de contrer la Loi 101 du Québec.

Adoptée quelques années plus tôt, la Loi 101 était une loi révolutionnaire qui consacrait la suprématie des droits collectifs nécessaires pour arrêter ici la progression démographique de la langue anglaise.

En somme, la motivation d’Ottawa d’adopter une nouvelle constitution était de pouvoir poursuivre la colonisation du Québec.

En sacralisant les droits individuels, les rédacteurs de la Canadian Constitution n’ont pas prévu la montée de l’intégrisme religieux financé par la dictature saoudienne.

Si bien que de simples croyances religieuses sont devenues au Canada des droits constitutionnels; par exemple, le port du niqab et de la burka a été promu au rang de droit constitutionnel, au même titre que le droit à la vie.

Lorsque Justin Trudeau prétend défendre des droits fondamentaux, en réalité il défend des caprices d’une constitution généralement bonne, mais dysfonctionnelle sous certains aspects.

Malheureusement, la seule manière fiable de se soustraire aux défauts de cette constitution est l’invocation de la clause dérogatoire. Un recours d’autant plus facile pour nous que ce n’est pas notre constitution, mais leur constitution.

Les interdits de la loi québécoise sur la laïcité sont ceux qu’on trouve déjà dans des lois adoptées par de nombreuses démocraties européennes. Des interdits déjà validés par leurs plus hautes instances juridiques.

Bref, la loi québécoise est parfaitement compatible avec les droits de la personne.

Trudeau a donc tort de suggérer que le Québec viole les droits fondamentaux de ses citoyens.

Pourquoi Trudeau agit-il ainsi ?

Un des problèmes fondamentaux du Canada, c’est que juridiquement, il est basé sur une constitution illégitime.

Cette constitution a été adoptée en 1982 à l’issue d’une séance ultime de négociations à laquelle le Québec n’avait pas été invité : cette réunion s’était tenue en pleine nuit, à son insu.

En adoptant cette constitution sans nous, l’ethnie dominante du pays a relégué le Québec au rang d’une colonie à qui la métropole impose unilatéralement sa loi.

Et pour masquer le fait que cette constitution est entachée d’illégitimité en raison des circonstances de son adoption, les stratèges d’Ottawa aiment dépeindre les Québécois comme des êtres primitifs qu’il faut dompter en les soumettant à cette camisole de force constitutionnelle.

Au fond, c’est une actualisation du discours de Lord Durham qui, au XIXe siècle, nous décrivait comme des êtres arriérés qui avaient besoin des lumières civilisatrices de la race britannique.

Il faut avouer qu’à Ottawa, on ne manque pas d’arguments; l’attentat terroriste à la mosquée de Québec est l’un d’eux.

Mais c’est l’arbre qui cache la forêt.

Lorsqu’on mesure la xénophobie au Canada, les résultats sont étonnants.

Depuis 1993, la firme Ekos Research Associates effectue des sondages au Canada. Voici les réponses à l’une de ses questions.


Indépendamment du nombre d’immigrants au Canada, trouvez-vous que notre pays accueille trop, trop peu, ou la bonne quantité de membres de minorités visibles ?

Provinces Trop en 2013 Trop en 2015 Trop en 2019
Colombie-Britannique 35,4 % 38,5 % 30,9 %
Alberta 44,7 % 46,0 % 55,8 %
Saskatchewan 51,5 % 46,2 % 73,7 %
Manitoba 34,6 % 39,6 % 42,6 %
Ontario 42,1 % 41,5 % 45,6 %
Québec 25,8 % 44,8 % 30,4 %
Maritimes 38,4 % 27,0 % 21,1 %
Moyenne 37,5 % 41,2 % 39,9 %

Conclusion

Justin Trudeau aime se déguiser. Il affectionne tout particulièrement son beau costume de défenseur des minorités. Malheureusement, le premier ministre ne tient pas compte que la principale minorité du Canada, c’est le peuple francoQuébécois.

En nous représentant faussement comme des gens qui briment des droits fondamentaux, Justin Trudeau nuit à l’unité du pays et suscite une animosité à l’égard du Québec qui est indigne d’un chef d’État.

Il devrait nous porter davantage de respect.

Références :
Attitudes to Immigration and Visible Minorities
Ekos Research Associates
Identité : une question de respect
Increased Polarization on Attitudes to Immigration Reshaping the Political Landscape in Canada
L’uniforme laïque des forces de l’ordre
Tolerance Under Pressure?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Maquillage et Blackface

20 septembre 2019
Affiche d’un spectacle de ‘Minstrel’

Le Blackface aux États-Unis

Pendant plus d’un siècle, on a produit aux États-Unis une variété particulière de spectacles burlesques (appelés minstrels) au cours desquels des acteurs, des chanteurs et des musiciens Blancs se grimaient le visage en noir (le Blackface proprement dit) afin de ridiculiser l’ensemble des Noirs américains.

Cette caricature n’était pas simplement une moquerie; c’était l’expression du mépris raciste des Blancs envers les Noirs; les minstrels étaient un moyen de les dépeindre comme étant stupides et ridicules. Bref, à les représenter comme des êtres inférieurs.

Sous des formes moins burlesque, le Blackface a perduré jusque dans les années 1960, toujours de manière méprisante.

Strictement parlant, le grimage en noir (ou en Noir) n’est pas plus répréhensible que le port sur scène d’une fausse moustache ou de tout un autre artifice de personnification.

Fondamentalement, c’est le comportement de l’acteur ainsi grimé qui était profondément offensant.

De nos jours, par effet Pavlov, les Noirs américains (et beaucoup d’Américains qui ne le sont pas) jugent offensant tout grimage en Noir.

Par impérialisme culturel, ils tentent d’imposer ce tabou aux peuples qui ne partagent pas leur passé esclavagiste et qui, par conséquent, n’ont pas de raison d’en éprouver la culpabilité.

Le grimage en noir au Québec

Dans le passionnant récit de son voyage en Huronie en 1623-1624, le frère Gabriel Sagard écrit :

Ils sont accoutumés de se peindre le visage de noir à la mort de leurs parents et amis. Ce qui est un signe de deuil : ils peignent aussi le visage du défunt…

À la lecture de cet extrait, il n’est pas certain que les Hurons-Wendats se maquillaient l’ensemble du visage; il n’est pas exclu de penser qu’ils n’appliquaient que des bandes noires comme le font certains des Autochtones de nos jours.

Ce qui est certain, c’est qu’au Québec, à l’occasion des saynètes au cours desquelles on représentait la Nativité, les enfants qui personnifiaient le roi Balthazar se grimaient la peau visible en noir.

Selon la tradition chrétienne, les trois Rois mages — Melchior (blanc de carnation), Gaspard (rouge de peau) et Balthazar (un Noir) — représentaient les peuples du monde venus de prosterner devant l’Enfant-Jésus à Bethléem.

Pourquoi ne prenait-on pas un élève Noir pour incarner Balthazar ?

Pendant le siècle qui a suivi la naissance de la Confédération canadienne, très peu de candidats Noirs n’étaient acceptés à l’immigration. Si bien que les Noirs canadiens ont longtemps représenté moins de 5 % de la population canadienne, concentrée en Nouvelle-Écosse, dans le quartier de la Petite-Bourgogne à Montréal et dans de rares endroits dans le reste du pays.

Encore de nos jours, ce qu’on appelle les ‘minorités visibles’ ne forment que 11 % de la population québécoise.

Bref, le grimage en noir était autrefois nécessaire en raison du fait que la grande majorité des villes et villages du Québec n’avaient aucun Noir au sein de leur population.

Par ailleurs, dans l’histoire du Québec, même si on avait voulu ridiculiser les Noirs en général, peu importe le moyen, cet humour déplacé n’aurait pas rencontré grand succès. Sinon, on l’aurait fait.

Le chroniqueur Yves Boisvert de La Presse a effectué une recherche dans les médias canadiens publiés entre 1985 et 2001. Le mot Blackface apparait deux-cents fois dans les médias anglophones mais pas une seule fois dans les médias francophones.

Bref, selon le chroniqueur, le concept est totalement étranger au Québec.

Le grimage de Trudeau

Dans le cas de la photo prise en 2001 à Vancouver, sur laquelle Justin Trudeau est déguisé en Aladin à l’occasion d’une soirée thématique, l’écrivain Dany Lafrenière fait la distinction entre personnifier les Noirs et représenter un personnage littéraire. Qui plus est, il s’agit d’un Arabe tiré des Mille-et-une nuits. Quel rapport avec le Blackface ?

Sur une deuxième photo, prise au Collège Brébœuf de Montréal, Justin Trudeau incarne le chanteur américain Harry Belafonte chantant Banana Boat sans qu’on sache s’il tentait de le ridiculiser.

Par contre, la très courte vidéo dans laquelle le jeune Justin Trudeau est grimé de noir, lève les bras, et tire la langue, justifie à elle seule les excuses du premier ministre canadien.

La Ligue des Noirs du Québec, le Conseil national des musulmans canadiens et le groupe Canadians United Against Hate ont accepté ses excuses.

Doit-on être plus catholique que le pape ?

Fondamentalement, Justin Trudeau n’est pas raciste. Pour la première fois de l’histoire canadienne, une Autochtone a accédé au Conseil des ministres. On y trouvait également des ministres canadiens nés dans différents pays : Argentine, Chine, Inde, Iran, et Somalie.

Comment peut-on imaginer sérieusement qu’un chef d’État soit raciste quand ses plus proches collaborateurs sont collectionnés d’un peu partout sur terre ?

De plus, dans un pays où les Autochtones sont régis par un Apartheid juridique qui vise à leur extermination, on ne soupçonne pas les obstacles quasi insurmontables qui se dressaient sur le chemin de Justin Trudeau pour simplement entamer un début de réconciliation avec ceux-ci.

Bref, tout cela est une tempête politique disproportionnée avec l’importance de la faute commise.

Références :
Blackface
« Blackface » : une affaire de politiciens blancs, dénonce Dany Laferrière
Des costumes qui font mal
Gabriel Sagard en Huronie
Houspillé dans le ROC, pardonné au Québec
Justin et la lampe magique
Trudeau says he can’t recall how many times he wore blackface makeup

Complément de lecture :
L’invention des races humaines

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Éducation, démocratie et médias sociaux

18 septembre 2019

À la suite de l’effondrement de l’Empire romain, seuls les membres du clergé savaient lire. Puis, pendant des siècles, l’alphabétisation s’est répandue lentement au sein des classes aisées, notamment parmi les marchands pour qui savoir compter était essentiel.

L’explosion de créativité que fut la Renaissance n’aurait pas été possible sans l’invention de l’imprimerie puisque celle-ci a considérablement réduit le cout de la diffusion des idées.

Mais il faudra attendre le XVIIIe siècle pour les idéaux démocratiques se répandent parmi les élites d’Europe et pavent la voie à la Révolution américaine, puis à la Révolution française.

Ces deux révolutions correspondent à l’irruption des masses dans la vie politique. Fait intéressant : toutes deux ont été précédées par une hausse importante du taux d’alphabétisation.

Si la Révolution américaine a précédé la Révolution française, c’est même en raison de l’importance que les Églises protestantes attachaient à ce que les fidèles puissent lire la Bible.

Une des grandes leçons de l’Histoire, c’est que l’instruction transmet le pouvoir de la main qui tient l’épée à celle qui tient la plume.

La création de l’instruction publique s’est donc accompagnée de la démocratisation des sociétés occidentales.

Mais à la fin du XIXe siècle, on assiste au déblocage de l’éducation secondaire et universitaire.

Depuis le Moyen-Âge, les guildes professionnelles étaient des milieux fermées, accessibles toutefois à quiconque était adopté par un tuteur membre de cette guilde. Les guildes permettaient donc une certaine ascension sociale.

Avec l’avènement des études supérieures, on a réservé l’accès à certains métiers aux détenteurs d’une formation universitaire fermée à ceux qui n’en avaient pas les moyens.

Ce faisant, on a recréé une société stratifiée en castes sociales définies par le niveau éducatif et jouissant seuls du prestige social associé à leur caste.

Dans sa jeunesse, mon père n’est pas allé plus loin qu’une huitième année du primaire parce que dans ma ville natale, l’instruction publique n’allait pas au-delà.

Avant la réforme de l’éducation (par le ministre Paul-Guérin Lajoie dans les années 1960), les ouvriers du Québec se faisaient dire qu’ils parlaient mal et que leur manque d’éducation était criant dès qu’ils ouvraient la bouche.

La réforme de l’Éducation a permis l’accès aux études supérieures à l’ensemble de la population. Mais cela ne s’est pas accompagné d’un meilleur accès aux médias traditionnels, détenus par d’importants intérêts financiers.

Seuls les lignes ouvertes des radios et le courrier des lecteurs des journaux permettaient au peuple de s’exprimer sur des sujets préalablement définis.

Ce qui a permis à la fois le contrôle de l’information et, par conséquent, celui des masses populaires.

Dans un premier temps, la création de l’internet a libéré la parole des citoyens par le biais de sites web et de blogues. Du moins pour ceux qui possédaient des rudiments de code HTML.

Puis on a inventé les médias sociaux.

Tout comme les blogues et les sites web, les médias sociaux sont des modes de publication sur l’internet. Mais à la différence des premiers, ils sont spécifiquement un moyen de réseautage avec d’autres utilisateurs afin d’échanger des informations et de s’y mettre en valeur.

Or les jeunes d’aujourd’hui se caractérisent, entre autres, par leur grande compétence des rapports interpersonnels, qu’ils gèrent beaucoup mieux par la parole que leurs ainés.

Les médias sociaux permettent aux internautes d’être des participants, et non plus de simples lecteurs passifs de contenus électroniques créés par d’autres.

À regarder les gens qui marchent sur la rue ou qui sont assis dans les transports publics en textant sur l’écran de leur téléphone portable, on réalise que jamais dans toute l’histoire, les humains n’ont autant lu et écrit.

Mais bombardés d’information, une partie des internautes sont devenus inaptes en tant que citoyens parce qu’ils papillonnent d’un sujet à l’autre et n’ont plus le gout ni le temps d’approfondir les sujets qui les concernent.

Politiquement, ils sont comme des volées d’oiseaux, ballottées au gré des buzz médiatiques créés par ceux qui les manipulent.

Dans un autre ordre d’idée, les médias sociaux sont régulièrement accusés de propager des nouvelles fallacieuses et de susciter l’expression d’opinions répréhensibles.

En réalité, ils ont libéré la parole du peuple. Celle qui s’exprimait autour d’une table entre amis, sur l’oreiller du lit conjugal, et sur les murs des toilettes publiques.

Cette parole est brute et révèle les secrets de la pensée populaire.

Et les nouvelles fallacieuses qu’ils répandent correspondent à celles répandues autrefois par la rumeur publique. Bref, rien n’a changé sauf la vitesse de la diffusion de celle-ci.

Depuis toujours, il est possible d’instrumentaliser la rumeur publique.

Ce qui est nouveau, c’est que cette instrumentalisation peut s’effectuer de l’Étranger et servir à fragiliser la cohésion sociale d’un autre pays.

Voilà pourquoi l’étau se resserre autour des médias sociaux pour qu’ils cessent d’être des outils de déstabilisation des gouvernements occidentaux, tout en continuant de l’être envers les régimes politiques auxquels s’opposent les États-Unis.

Cela n’est pas la seule menace auxquels font face les médias sociaux.

Autant aux États-Unis qu’en Europe, les gouvernements s’attaquent aux pratiques monopolistiques des géants de l’internet.

Or on ne peut pas diminuer sensiblement leurs revenus colossaux et leur demander d’instaurer un contrôle social extrêmement couteux (afin de lutter contre la désinformation) sans que ceux-ci remettent en cause leur modèle d’affaires basé sur la gratuité de leurs services pour l’internaute en contrepartie de son espionnage au profit de annonceurs.

Dans un mode en perpétuel changement, on doit donc envisager la possibilité que cette gratuité ait éventuellement une fin.

Sur le même sujet :
Entrevue d’Emmanuel Todd à Thinkerview

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Gloire et déclin des lits jumeaux dans les pays anglo-saxons

22 août 2019

Selon l’historienne Michelle Perrot, le lit conjugal est latin et catholique alors que les lits jumeaux sont protestants et anglo-saxons.

Pendant près d’un siècle, plus précisément de 1850 à 1950, les médecins anglais se sont fait les champions des lits jumeaux.

Dans la société victorienne, on entretenait les plus vives inquiétudes au sujet du lit partagé à plusieurs.

On savait que les paysans et les gens d’origine modeste étaient plus sujets aux maladies. Or ceux-ci vivaient dans la promiscuité.

Alors qu’en Europe continentale, les microbiologistes apportaient la preuve que les microbes causent les infections, les médecins anglais demeuraient plus attachés qu’ailleurs à la théorie des ‘humeurs’ (dont le déséquilibre menace la santé).

Conséquemment, on préférait croire que les dormeurs affaiblis drainaient la vitalité des dormeurs forts avec, comme conséquence, que ces derniers sombraient dans la maladie des premiers.

Les lits jumeaux étaient donc recommandés aux classes bourgeoises pour des raisons hygiéniques.

Quant au sexe, il s’agissait d’un mal nécessaire à la reproduction de l’espèce, au péril de ceux qui s’y adonnaient.

Dès des années 1920, les lits jumeaux Art déco représentaient la modernité alors que le lit à deux places (surtout à baldaquin) rappelait le Moyen-Âge.

Dans les magazines grand public, les films, et les expositions commerciales, on voyait rarement des lits à deux places. Dormir dans son propre lit était devenu aussi normal que de manger dans sa propre assiette.

C’est dans les années 1950 que les lits séparés devinrent le signe d’une union conjugale chancelante. Dès la décennie suivante, la mode du lit à deux places relayait les lits jumeaux au rang de symbole du puritanisme victorien.

Références :
Le lit conjugal est latin et catholique
Microbiologie
Rolled over: why did married couples stop sleeping in twin beds?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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