La guerre pour changer les mentalités

Publié le 13 mars 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

En Afghanistan, la charia (qui a force de loi) autorise le mari à battre son épouse si, pour ce faire, il évite d’utiliser une force excessive, c’est-à-dire une force provoquant des fractures, des plaies ouvertes ou des hématomes.

Plus tôt cette semaine, un juge afghan a refusé d’accorder le divorce à une femme fouettée par son mari à coups de câble métallique (le fil de recharge d’un téléphone multifonctionnel). Pendant plusieurs jours, la femme a porté les marques des coups appliqués sur son dos et sur ses bras.

Reconnu pour son tempérament vif, cet époux avait l’habitude de frapper sa femme et de l’humilier en lui rappelant son infirmité (une jambe plus courte que l’autre).

« Vous voulez divorcer rien que pour ça ?» lui a demandé le juge avant d’ajouter : « Quelques ‘corrections’ n’ont jamais tué personne.»

De 2001 à 2014, quarante-mille soldats canadiens ont occupé de facto ce pays afin de prévenir le retour au pouvoir des Talibans.

Auprès de l’opinion publique canadienne, l’opération a été présentée comme une ‘mission’ destinée à faire évoluer les mentalités arriérées du pays, notamment au sujet des femmes.

En 2006, nous prédisions :

Dès que les étrangers auront quitté le pays, les Afghans s’empresseront d’oublier la contribution insignifiante du Canada à l’évolution de leur pays : les insurgés seront présentés comme des patriotes et le régime en place comme l’équivalent du régime Pétain sous l’occupation nazie en France. Les soldats canadiens qui y auront laissé leur peau seront morts en vain.

Effectivement, les milliards de dollars dépensés par l’Occident n’ont pas empêché le retour au pouvoir du régime obscurantiste des Talibans.

Plus d’une décennie plus tard, nous voilà prêts à répéter la même erreur dans le pays voisin, soit l’Iran.

Comme pour les Talibans, il est difficile d’avoir la moindre empathie à l’égard du régime misogyne qui dirige actuellement l’Iran.

Mais ceux qui croient qu’une guerre dans ce pays permettrait aux Iraniennes d’échapper au joug qui pèse sur elles devraient se rappeler les leçons de l’histoire : on ne change pas la mentalité d’un peuple à la pointe du fusil.

Références :
A few beatings won’t kill you’: judge rejects divorce request of woman abused by husband in Afghanistan
La mission canadienne en Afghanistan ou la perpétuation de coutumes arriérées

2 commentaires

| Géopolitique, Guerre en Iran, Sociologie | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


La stérilisation forcée de 300 000 Péruviennes

Publié le 8 mars 2026 | Temps de lecture : 3 minutes


Avant-propos : Depuis quelques années, pour célébrer la Journée internationale des femmes (le 8 mars), ce blogue inverse ce jour-là la règle grammaticale selon laquelle le genre masculin l’emporte sur le genre féminin. En conséquence, dans ce texte qui suit, le féminin inclut le masculin.

Il a fallu 29 années.

Il y a trois jours, la Cour interaméricaine des droits de la personne a condamné le gouvernement péruvien pour la mort de Celia-Edith Ramos-Durand, survenue en 1997 à l’occasion d’une stérilisation forcée.

Le Pérou était alors gouverné par Alberto Fujimori, soutenu par les États-Unis. Or l’aide américaine, par le biais de la Banque mondiale, était conditionnelle à ce que le Pérou endigue sa croissance démographique.

En moyenne, les familles autochtones y avaient cinq ou six enfants.

Au nom de lutte contre la pauvreté, le gouvernement Fujimori entreprenait donc, de 1996 à 2000, une campagne de contrôle de la natalité qui consistait à stériliser de force les populations pauvres et analphabètes du pays.

Et ce, avec d’autant plus de zèle que c’est dans ces milieux que les rebelles communistes du Sentier lumineux recrutaient le plus facilement de nouvelles combattantes.

Au fur et à mesure que s’accélérait cette campagne de stérilisation forcée, on manqua de chirurgiennes. On formera donc à la hâte des ‘praticiennes’. Poussées par les cibles à atteindre et les quotas à respecter, celles-ci opérèrent dans des conditions sanitaires de plus en plus précaires.

Au total, on estime que 300 000 femmes (pour la plupart, âgées de 20 à 25 ans) ont subi une ligature des trompes et que 30 000 hommes ont été vasectomisés.

Le nombre précis des personnes mortes des suites de cette stérilisation n’est pas connu. Toutefois, les ONG du pays estiment qu’il se compte en milliers de personnes.

La première action en justice a été intentée en 1999 (au sujet d’une autre victime que celle dont on parle). Elle s’est résolue par une entente hors cour que le gouvernement n’a pas respectée.

Puis ce dernier s’est engagé dans une guérilla judiciaire qui a duré trois décennies dans le but que les autres plaignantes, ruinées, abandonnent leur combat.

Les dirigeantes du pays se sont contentées de créer un registre où les plaignantes (la plupart analphabètes) pouvaient s’inscrire. Et on a coupé les subventions accordées aux ONG qui travaillaient à les défendre.

Bref, le jugement de Cour interaméricaine des droits de la personne est le premier, après 29 ans, à rendre justice au nom d’une des 300 000 victimes de cette campagne d’épuration ethnique.

Références :
Alberto Fujimori
Au Pérou, 300 000 femmes stérilisées de force
La dette du Pérou envers les milliers de femmes stérilisées de force
La stérilisation involontaire en pays démocratique
Le Pérou condamné pour la mort d’une femme lors d’une campagne de stérilisations forcées
Le Pérou responsable du décès d’une paysanne stérilisée de force
Pérou: 10 ans après les stérilisations forcées, les femmes andines réclament justice: en vain
Stérilisation forcée au Pérou
Stérilisation forcée au Pérou : “Après des décennies d’incertitude, il y aura enfin une décision”

2 commentaires

| Racisme, Sociologie | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


La coiffure asexuée

Publié le 19 février 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

Historique

C’est hier que Radio-Canada révélait qu’un salon de coiffure de Longueuil avait été condamné à payer une amende de 500$ pour ne pas avoir offert des coupes de cheveux ‘non genrés’ sur son site de réservation par internet, une situation corrigée depuis.

Dans cette affaire, le plaignant est un traducteur à l’emploi du gouvernement canadien qui désire ne pas être identifié ni comme un homme ni comme une femme.

Pour toute personne qui n’exerce pas le métier de coiffeur, il peut sembler difficile d’imaginer à quoi peut ressembler une coupe de cheveux asexuée. Mais cela existe; on trouve sur l’internet une multitude de styles de cheveux courts, plutôt originaux, présentés comme ‘non binaires’.

Au-delà de l’anecdote

Pour faire de la liberté individuelle le marqueur exclusif de la Démocratie parlementaire, les pays occidentaux ont poussé toujours plus loin la frontière de l’égalitarisme.

Après l’égalité sexuelle — accordée légalement aux femmes occidentales après que cette égalité fut obtenue par les femmes russes lors de la Révolution bolchévique — les pays occidentaux ont accordé aux homosexuels les mêmes droits constitutionnels que ceux dont se prévalent les hétérosexuels.

Encore là, un pays comme Cuba les avait devancés.

Depuis quelques années, l’Occident s’est distingué en étendant ce combat égalitaire à l’identité de genre.

C’est ainsi que l’article 10 de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne interdit toute discrimination ou préférence fondée, entre autres, sur l’expression de genre.

Au-delà de la controverse suscitée par la condamnation du salon de coiffure dont nous avons parlé plus tôt, la loi consacre le droit constitutionnel des personnes qui veulent ne ressembler ni à des hommes ni à des femmes.

Même si je ne suis pas partisan de la théorie du genre, il faut se rendre à l’évidence; tous les salons de coiffure du Québec devront se plier à la loi.

Bref, qu’on le veuille ou non, c’est ça qui est ça.

Références :
Charte québécoise des droits et libertés de la personne
La dysphorie de genre chez l’enfant
La théorie du genre et ses excès
Le droit au X – et à l’indifférence
40 coupes de cheveux courtes non binaires qui inspirent l’expression de soi
Un salon de coiffure condamné à payer 500 $ à une personne non binaire

2 commentaires

| Sociologie | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


La corruption des élus à Ottawa

Publié le 17 décembre 2025 | Temps de lecture : 3 minutes

Il y a six ans, nous écrivions :

Un des grands tabous de la politique canadienne est la corruption au sein du gouvernement fédéral.
[…]
…seulement pour 2017, c’est plus de 600 000 $ en voyages gratuits qui ont été payés par des gouvernements étrangers à des parlementaires fédéraux. Le tout de manière parfaitement légale parce que rien ne s’y oppose.

Précisons qu’Ottawa est libre de mettre sur pied des missions d’observation auxquelles participeraient un certain nombre de ses députés.

Mais est-ce normal que des gouvernements étrangers ou des ONG financées par des intérêts étrangers tentent d’influencer nos parlementaires en procédant à des visites guidées ?

Au Canada, il suffit que le tout soit déclaré au Commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique pour que ce ‘cadeau’ soit considéré comme parfaitement légal.

Imaginez qu’au lieu d’un voyage, toutes dépenses payées, un député reçoive plutôt une enveloppe brune dans laquelle se trouveraient un billet d’avion à destination d’un pays étranger, accompagné d’une liasse de ‘brownies’ destinée à défrayer ses frais de séjour, qu’en penserait-on ?

C’est pourtant ce qui est arrivé à cinq députés libéraux et un député du NPD, selon ce que nous apprenait hier un article publié par Radio-Canada.

Pudiquement, le diffuseur canadien parle d’un voyage effectué ‘à l’invitation’ de la Canadian Muslim Vote alors qu’en réalité, il s’agit bel et bien d’un voyage organisé et défrayé par elle.

Précisons qu’à Ottawa, le député qui n’occupe aucune fonction particulière reçoit annuellement 178 900 dollars. Cette indemnité de session est amplement suffisante pour lui permettre de faire le tour du globe, s’il le désire.


 
Non seulement le narratif de Radio-Canada évite soigneusement de présenter ce voyage comme une tentative d’influencer l’opinion de ces six députés à l’égard de la colonisation israélienne en Cisjordanie, mais le diffuseur public a également censuré et fait disparaitre toute trace des commentaires (comme celui ci-dessus) qui présentait ce voyage sous un autre angle que celui choisi par Radio-Canada.

Cette corruption systémique, taboue pour Radio-Canada, n’est sans doute pas étrangère aux déboires actuels du Parti libéral du Québec après qu’il ait choisi de confier sa direction à des gens qui ont fait carrière à Ottawa.

Sans vouloir insinuer que Pablo Rodriguez soit corrompu — sans preuve du contraire, je le crois innocent — il est clair que dans ses valises, il transportait des gens dont l’éthique politique laisse à désirer.

Références :
Corruption fédérale : les voyages forment la vieillesse
Des députés canadiens se voient refuser l’entrée en Cisjordanie
Gagnants ou perdants : ce qu’ils gagnent, ce qu’ils perdent

2 commentaires

| Corruption politique, Politique canadienne | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


La ‘faille Vaillancourt’ et les ‘brownies’ libéraux

Publié le 25 novembre 2025 | Temps de lecture : 3 minutes


 
À la fin de 2010, le débuté Serge Ménard (du Bloc Québécois) avait révélé avoir été l’objet d’une tentative de corruption de la part de Gilles Vaillancourt, alors maire de Laval.

Le Code criminel fédéral interdisait la tentative de corruption d’un député ou d’un fonctionnaire. Mais la loi ne prévoit rien lorsqu’on tentait de soudoyer une personne qui n’a pas encore été choisie pour représenter son parti.

Le 4 décembre 2010, nous demandions donc que cette ‘faille’ soit corrigée.

Mais neuf ans plus tard, nous écrivions :

Copiée sur le modèle québécois, la loi fédérale au sujet du financement politique limite sévèrement l’importance des sommes d’argent qu’on peut offrir aux politiciens fédéraux. Pour Ottawa, le politicien nait le jour de son élection à titre de candidat à une élection fédérale.

Avant d’être choisi représentant d’une formation politique, le candidat à l’investiture de son parti peut accepter toutes les contributions qu’on peut lui faire. C’est la faille ‘Vaillancourt’, dénoncée sur ce blogue en 2010, mais qui n’a toujours pas été colmatée.

Depuis 2019, un ministre libéral — Bill Morneau, ministre fédéral des Finances — a démissionné dans la foulée du scandale de WE Charity.

Son patron, le premier ministre du Canada, continuait d’exiger que chaque candidat libéral rapporte des dizaines de milliers de dollars de financement politique à son parti.

Or on sait, par expérience, qu’obliger les ministres à se ‘prostituer’ pour la caisse du parti mène à de la corruption politique.

Malgré cela, le Parti libéral fédéral a continué ses petites magouilles habituelles… jusqu’au jour où tout cela éclate au visage de sa succursale québécoise

Lorsqu’un homme politique quitte son poste ministériel à Ottawa pour diriger le Parti libéral du Québec, cela est excellent pour ce parti puisque le ‘transfuge’ possède déjà une solide expérience politique.

Mais quand celui-ci amène avec lui à Québec sa garde rapprochée — c’est-à-dire des personnes qui ont développé une culture politique étrangère à la nôtre — cela est une transposition risquée (ou Rizqy).

La nouvelle selon laquelle un billet brun de cent dollars (surnommé ‘brownie’ en anglais) était versé à chaque personne qui votait pour Pablo Rodriguez lors de la course à la chefferie québécoise du Parti libéral, rend plus urgent de donner suite à notre demande d’il y a quinze ans.

Références :
Corruption fédérale : les voyages forment la vieillesse
Corruption : la faille « Vaillancourt » doit être colmatée
Corruption libérale : chassez le naturel…
L’argent comptant et la corruption du Parti libéral du Québec
L’argent de la corruption libérale
Ottawa, nid de corruption

Laissez un commentaire »

| 2018-202X (années Legault), Corruption politique, Politique québécoise | Mots-clés : , , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Quand l’antiracisme perpétue la notion fallacieuse des races humaines

Publié le 24 octobre 2025 | Temps de lecture : 1 minute

Cliquez pour démarrer


 
 

Un commentaire

| Racisme, Sociologie | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Une solution outrageuse à l’itinérance ?

Publié le 15 octobre 2025 | Temps de lecture : 1 minute

L’approche de la réduction des méfaits consiste à réduire les conséquences négatives d’un comportement, plutôt que d’exiger l’arrêt immédiat de ce comportement.

Selon une étude commandée en 2023 par l’Union des municipalités du Québec, chaque personne qui vit dans la rue coute annuellement plus de 70 000$ à l’État en prestations de soins et en ressources diverses.

Plus tôt aujourd’hui, j’ai exprimé une suggestion peu couteuse et facile à mettre en application afin de réduire en partie les ‘nuisances’ relatives à l’itinérance.

Je n’ai pas très bien compris ce qui justifie que cette suggestion ait été censurée sur le site de Radio-Canada.

À vous d’en juger :

Référence : Chaque itinérant coûte 70 000$ à l’État

Un commentaire

| Sociologie | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Augmenter le contrôle social des médias sociaux au nom de la protection de l’enfance

Publié le 24 septembre 2025 | Temps de lecture : 3 minutes

Puisque les médias sociaux sont une source colossale de revenus publicitaires, Washington fait tout pour que TikTok, le média social le plus populaire au monde, devienne de propriété américaine.

Ce matin, le site de Radio-Canada publiait un texte intitulé « TikTok a violé la vie privée d’environ 1,5 million d’enfants canadiens, selon une enquête.»

Selon Philippe Dufresne, commissaire canadien à la protection de la vie privée :

L’entreprise recueille des renseignements sensibles concernant de nombreux enfants et utilise ces renseignements à des fins de ciblage publicitaire et de recommandation de contenu.

À entendre M. Dufresne, on croirait qu’il vient de découvrir que la terre est ronde. Bien oui, TikTok fait cela. Mais n’est-ce pas le cas de tous les médias sociaux ?

Au nom de la protection de l’enfance, on propose que TikTok se dote d’une panoplie de moyens visant à déceler l’âge des jeunes fraudeurs qui se font passer pour des adultes sur sa plateforme.

La question fondamentale à se poser est la suivante : jusqu’où voulons-nous que les médias sociaux contrôlent nos vies ?

Dans ce cas-ci, il ne s’agit plus de donner aux médias sociaux le pouvoir d’espionner nos gouts et nos préférences — ce qu’ils font déjà à des fins publicitaires — mais de nous espionner encore plus afin de savoir qui nous sommes.

Et en fonction de leurs algorithmes, ceux-ci décideront si on peut accéder ou non à des pans entiers de ce qui est disponible sur l’internet.

C’est le devoir des parents d’interdire à leurs infants d’installer des médias sociaux sur leur tablette ou sur leur téléphone lorsqu’ils n’ont pas la maturité pour les consulter.

Et tout parent devrait régulièrement s’assurer que cet interdit est respecté et punir leur enfant s’il leur a désobéi.

Je ne suis pas un utilisateur de TikTok. Mais si j’en juge par Facebook, on a le choix.

Si, par curiosité, on commet l’imprudence de cliquer sur l’extrait d’un clip vidéo où un animal prédateur semble s’attaquer à une proie, non seulement verra-t-on la totalité de sa mise à mort, mais on sera harcelé, par la suite, de vidéos de cruauté animale. De la mère qui refuse la tétée à son nouveau-né en le piétinant. De l’alligator qui égorge et noie la gazelle qui venait s’abreuver dans l’étang où le prédateur se cachait. Etc.

Bref, si un enfant n’a pas la maturité pour être exposé à toute la méchanceté du monde, il est le devoir des parents de le protéger, et non à l’État.

À une époque où une partie inquiétante des adolescents (surtout les jeunes filles) ont des pensées suicidaires, nos décideurs publics devraient s’attaquer à l’exposition prématurée des jeunes à tous les médias sociaux et cesser de se contenter d’être les porte-voix de ces prédateurs qui veulent s’emparer de TikTok.

Références :
L’espionnage de l’État canadien n’a pas de limite
TikTok a violé la vie privée d’environ 1,5 million d’enfants canadiens, selon une enquête

Laissez un commentaire »

| Économie, Informatique, Sociologie | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Notre-Dame de la Laïcité

Publié le 2 septembre 2025 | Temps de lecture : 6 minutes
Place d’Armes

Introduction

La prière de rue est une prière collective effectuée dans l’espace public par les pratiquants d’une même religion.

En France, dans de petites municipalités, des prières de rue ont été organisées en raison du refus des autorités locales d’accorder les permis nécessaires à la construction d’une mosquée.

À Clichy-la-Garonne, pendant huit mois, des Musulmans ont organisé des prières devant la mairie afin de protester contre la fermeture d’une mosquée. Cette dernière avait été fermée entre autres parce qu’on y avait trouvé des tracts appelant à tuer des Juifs… alors qu’il s’agissait d’un coup monté puisque les tracts avaient été placés là par un militant anti-islam.

De plus, en 2020, des Catholiques avaient pris l’habitude de se réunir à l’extérieur de leurs églises afin d’y prier au grand air, contournant ainsi la rigueur des mesures sanitaires décrétées en début de pandémie.

Les prières de rue sont devenues un sujet d’actualité au Québec depuis que sont organisées hebdomadairement des manifestations pro-palestiniennes devant la basilique Notre-Dame de Montréal à l’issue desquelles une partie des protestataires procèdent à une prière musulmane.

Ce qui a provoqué (évidemment) la controverse.

Si bien que le 28 aout dernier, le premier ministre a dévoilé son intention d’adopter une loi interdisant les prières de rue.

La provocation

L’organisation d’une manifestation pro-palestinienne devant une synagogue pourrait être interprétée comme une provocation.

Mais ici, le lieu de culte concerné est catholique.

Dans la mesure où le pape Léon XIV lui-même en appelle à la fin du conflit à Gaza, les manifestations de la Place d’Armes rejoignent essentiellement la position du Vatican.

Quant à savoir si une prière musulmane dite en face d’une église catholique constitue un sacrilège, rappelons que le Vatican a organisé de nombreuses rencontres œcuméniques au cours desquelles prêtres, imams et rabbins priaient ensemble.

L’espace public n’est pas une mosquée, dit-on

D’abord et avant tout, l’espace public est un milieu de vie.

Or, de toutes les activités humaines, la prière est sans doute une des plus anodines. Prier n’a jamais tué personne.

Mais on ne compte plus les morts causées par l’intolérance à l’égard des minorités religieuses, ethniques et sexuelles.

Le meilleur conseil qu’on peut donner à ces bonnes âmes scandalisées par la prière de rue des Musulmans, c’est de prier à leur tour… de préférence en silence.

Le prosélytisme

Il ne suffit pas de voir des gens prosternés ‘à la musulmane’ pour avoir envie d’adhérer à cette religion afin de pouvoir se prosterner comme eux.

Le prosélytisme, c’est plutôt ces Témoins de Jéhovah qui distribuent des tracts pour nous annoncer la fin du monde et l’urgence de nous convertir au plus vite à leur secte.

Si leur prosélytisme n’a rien d’illégal, il devrait en être de même de la prière de rue de quelques Musulmans.

La laïcité bien relative de l’espace public québécois

L’espace public comprend les places (comme la Place d’Armes), mais également les parcs et les rues.

On trouve une rue Notre-Dame dans probablement toutes les municipalités du Québec, exception faite de celles qui n’en ont qu’une, généralement appelée ‘rue Principale’.

Sur les 1 108 municipalités du Québec, plus de la moitié portent des noms à consonance religieuse, c’est-à-dire des noms de saints ou de fêtes religieuses (comme l’Assomption).

Comme ailleurs dans le monde, l’espace public québécois est un reflet de notre histoire. Voilà pourquoi la laïcité québécoise est un compromis qui s’accommode d’un passé où la ferveur religieuse faisait partie de notre identité.

Laïcité et apostasie

La laïcité de l’État ne concerne que les institutions étatiques.

Elle interdit l’exhibition de symboles religieux amovibles dans les lieux appartenant à l’État (comme l’ex-crucifix de l’Assemblée nationale). Et elle interdit à certains employés de l’état de porter des symboles religieux ostentatoires.

Jamais la laïcité n’a eu pour but d’obliger les citoyens à renoncer à leurs convictions religieuses ni à cesser de prier, tant dans l’intimité de leur domicile que publiquement.

Les processions religieuses — à la Vierge, à sainte Anne, au Christ-Roi, à saint Jean-Baptiste — ont longtemps fait partie de la culture populaire québécoise.

Si ces manifestations ont disparu, ce n’est pas parce que Québec s’est tourné vers la laïcité. C’est parce que les églises se sont vidées dans les années 1960. Conséquemment, les recettes de la dime dominicale ne suffisaient plus à financer toutes les activités des paroisses, les obligeant à une cure d’austérité responsable de la disparition des processions religieuses.

On peut donc anticiper que le renouveau actuel de la religiosité en Occident finisse par atteindre le Québec, ravivant ainsi l’idée d’organiser de nouveau des processions religieuses.

C’est sans doute ce qui explique que Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal, a publié une lettre ouverte dans laquelle il déclare : « Certaines propositions récentes visant à interdire la prière en public soulèvent de sérieuses inquiétudes quant au respect des libertés fondamentales dans une société démocratique.»

On doit donc conclure qu’en voulant interdire la prière de rue, M. Legault est plus catholique que le pape.

Références :
Appel à tuer les Juifs : le curieux document du maire de Clichy
Évangélisation de rue
Gaza : Léon XIV appelle à mettre fin immédiatement à la « barbarie » de la guerre
La CAQ va légiférer pour interdire les prières de rue
Les prières de rue, pas forcément liées à un manque de lieux de culte
Les prières de rue sont-elles illégales en France ?
Les prières de rue sont-elles légales?
Les « saints lieux » au Québec
Prière de ne pas exagérer
Prière de rue
Prières en public : « Il est où, le problème? »

Parus depuis :
Le Québec est un État laïc? Vraiment? (2025-09-04)
Texas attorney general wants students to pray in school… unless they’re Muslim (2025-09-07)

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 25mm F/1,2 — 1/80 sec. — F/1,2 — ISO 2500 — 25 mm

2 commentaires

| 2018-202X (années Legault), Politique québécoise, Sociologie | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


La mode éphémère

Publié le 18 août 2025 | Temps de lecture : 3 minutes


 
En 2003, lors de mon premier voyage ‘officieux’ à Paris, une des choses qui m’avait frappé, c’est que toutes les boutiques de chaussures pour dames offraient des souliers aux bouts excessivement pointus.

En les voyant, je m’étais dit : « C’est tellement ridicule. Jamais les Montréalaises n’accepteront de porter des souliers pareils

Et l’été suivant, tous les magasins de la rue Sainte-Catherine n’offraient plus que cela.

Évidemment, deux ans plus tard, on ne voyait plus personne les porter. Et pour cause. Cela faisait tellement Paris 2003. Ou pire : Montréal 2004.

Déjà, deux ans à porter des souliers dans lesquels les orteils sont coincés dans un espace trop petit pour eux, et à acheter des pansements Scholls contre les ampoules au talon, ça suffit.

Voilà pourquoi, à mes oreilles, mode éphémère sonne comme comme un pléonasme.

Évidemment, j’entends parfois des gens parler d’un style qui a traversé le temps. La formule est jolie. Mais quand j’essaie de trouver un exemple de ‘mode qui a traversé le temps’, c’est étrange, rien ne me vient à l’esprit…

Pas mes beaux pantalons à pattes d’éléphant. Pas mes chemises psychédéliques de l’époque hippie. Pas même mes vestons à épaulettes disproportionnées des années 1980.

Portant, ils sont tous là, bien rangés, à attendre que la mode revienne…

Il y a quelques jours, je lisais un article qui visait, à juste titre, à nous conscientiser au sujet du gaspillage vestimentaire. Selon l’article — qui prenait les produits Shein comme un exemple de mode éphèmère — des millions de tonnes de vêtements sont jetés chaque année.

Malheureusement, l’article oubliait de nous préciser le pourcentage de ce gaspillage qui est causé par les boutiques Shein.

Que des boutiques chinoises permettent aux étudiants et aux travailleurs moins fortunés d’accéder à la mode sans se ruiner, cela me semble louable.

Imaginons qu’il soit préférable d’aller dans une boutique chic pour acheter un vêtement beaucoup plus original (mais un peu cher) conçu par un couturier italien et fabriqué par des mains expertes de Florence à partir d’un tissu fait pour durer.

Deux ou trois ans plus tard, lorsque la mode est passée, si on se demande ce qui nous a pris d’acheter une telle horreur, quelle est la différence ?

Un vêtement fait pour durer deux ans et qu’on jette à sa date d’expiration ou un vêtement fait pour durer des décennies mais qu’on a honte de porter deux ans plus tard, c’est la même chose du strict point de vue environnemental.

En somme, dans le pléonasme ‘mode éphémère’ ce n’est pas le qualificatif qui est le problème.

Le véritable problème, c’est notre souci inconscient de témoigner de notre appartenance à la société qui nous entoure en adoptant, notamment, ses codes vestimentaires. Même les plus éphémères.

2 commentaires

| Consommation, Environnement, Sociologie | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel