Syrie : Terroristes à donner

Publié le 28 février 2019 | Temps de lecture : 9 minutes

Introduction

À l’appel, entre autres, de l’État islamique, des milliers de mercenaires étrangers sont venus combattre en Syrie.

Maintenant que la guerre y tire à sa fin se pose la délicate question de savoir quel sort doit être réservé aux mercenaires (et leurs familles) qui ont survécu au conflit.

Rappel afghan

À la fin officielle de la guerre en Afghanistan, l’armée du Nord — victorieuse, grâce à l’appui des Américains — avait désarmé et renvoyé dans leurs villages respectifs les Talibans afghans capturés.

Pour les vainqueurs, leurs concitoyens étaient essentiellement de pauvres jeunes paysans enrôlés par des fanatiques financés de l’Étranger.

Quant aux autres Talibans prisonniers, reconnaissables à leur langue ou leur accent, la très grande majorité d’entre eux furent massacrés.

Ce massacre se déroula en deux étapes :
• à l’occasion d’une mutinerie à la prison de Qalat-e-Janhi, où environ 470 Talibans trouvèrent la mort, et
• le transport à la forteresse de Kalai Zeini de cinq-mille Talibans étrangers sous le soleil de plomb de l’Afghanistan.

Ceux-ci étaient entassés dans des conteneurs à l’intérieur desquels la presque totalité d’entre eux sont morts d’hyperthermie et de déshydratation. Les rares survivants ont succombé aux mauvais traitements infligés une fois rendus à destination.

À l’heure actuelle, le sort qui attend les prisonniers en Syrie est incertain.

La politique américaine à ce sujet

Le 16 février dernier, Donald Trump a été clair : les pays européens doivent rapatrier et juger 800 de leurs ressortissants capturés en Syrie.

Mais cinq jours plus tard, le président américain s’opposait au retour aux États-Unis d’une Américaine ayant rejoint l’État islamique en 2014.

Comme souvent, le message américain est : faites ce que je dis et non ce que je fais.

La politique française

Lors de la reconquête de Mossoul (la deuxième ville d’Irak), 1 200 membres des forces spéciales françaises ont rémunéré des soldats irakiens afin qu’ils traquent et exécutent les mercenaires français dotés de pouvoirs de commandement au sein de l’État islamique.

À cette fin, les militaires français leur ont fourni les noms (et noms de guerre) d’une trentaine de Français recherchés, de même que les photos de quelques-uns d’entre eux.

Ceci est en Irak. Mais qu’en est-il en Syrie, où se trouve la grande majorité des djihadistes français toujours en vie ?

En octobre dernier, les forces kurdes de Syrie ont fait savoir aux pays occidentaux que l’emprisonnement des mercenaires étrangers représentait un fardeau financier et qu’à défaut d’être pris en charge par leurs gouvernements respectifs, ces centaines de terroristes seraient remis en liberté.

Cela deviendrait inévitable si la Turquie devait profiter du retrait américain pour lancer une vaste offensive contre les forces kurdes de Syrie. La défense de leurs installations carcérales deviendrait alors le moindre de leurs soucis.

Les prisons kurdes comptent 800 hommes étrangers, 700 femmes et 1 500 enfants.

Légalement, le seul pays qui a autorité pour juger ces mercenaires, c’est celui où leurs crimes ont été commis, soit la Syrie.

Au cours de cette guerre, la France a violé à de multiples reprises l’espace aérien syrien, a bombardé ce pays et y a soutenu les forces rebelles. Bref, la France est ennemie du gouvernement syrien actuel.

On voit mal ce qui motiverait le régime de Bachar el-Assad à rendre service à la France en acceptant de juger ses ressortissants

Voilà pourquoi la France procède à des négociations avec l’Irak pour que ce pays accepte de les prendre en charge et de les juger.

Aux défenseurs des droits de la personne qui s’inquiètent d’une possible condamnation à la peine de mort en Irak, Paris affirme que la France interviendra alors auprès des autorités pour demander — du bout des lèvres, évidemment — que cette peine ne soit pas exécutée.

Tout cela est un peu académique puisqu’il est douteux que les tribunaux irakiens aient autorité pour sanctionner des crimes commis hors des frontières du pays.

La politique britannique

On compte au moins 700 citoyens britanniques partis vers la Syrie ou l’Irak, dont environ 300 en sont revenus.

Dans 90 % des cas, les tribunaux britanniques innocentent les djihadistes pour insuffisance de preuve.

Conséquemment, Londres estime que ses ressortissants doivent être jugés dans la région où leurs crimes ont été commis.

Et tout comme la France, la Grande-Bretagne s’est préparée à la fin de la guerre.

Plutôt que des assassinats ciblés, Londres a choisi la déchéance de citoyenneté comme moyen d’empêcher les djihadistes anglais de revenir chez eux.

Le droit international interdit la déchéance de citoyenneté lorsqu’elle crée des êtres apatrides. Seules les personnes qui ont plusieurs nationalités peuvent être déchues de l’une d’entre elles.

D’où l’intérêt de se hâter à déchoir. Depuis 2016, la Grande-Bretagne a déchu de leur citoyenneté environ 120 de ses ressortissants. C’est ça de moins au pays.

En comparaison, l’Italie a retiré la citoyenneté italienne à environ deux-cents personnes.

La politique canadienne

Pour revenir au pays, les djihadistes canadiens ont besoin d’un nouveau passeport puisque celui qu’ils avaient à leur arrivée en Syrie a été confisqué par Daech (afin d’empêcher les désertions).

Pour rentrer au pays, le djihadiste doit non seulement s’enfuir du califat, mais contacter une ambassade ou un consulat canadien afin d’obtenir un nouveau passeport qui lui permettra d’acheter un billet d’avion pour le Canada.

Le pays est tenu d’honorer toute demande de ses ressortissants en vertu de ses obligations internationales.

La soixantaine de djihadistes canadiens qui l’ont fait ne sont que la pointe de l’iceberg. Leur nombre n’a pas augmenté en 2017, ce qui témoigne en réalité des difficultés à s’échapper du califat encerclé.

Une bonne partie de ceux qui y sont encore mourront probablement les armes à la main.

Le nombre de djihadistes à rapatrier devait augmenter substantiellement après la chute d’Idlib.

Devenue une prison à ciel ouvert, cette province syrienne accueille depuis des années des milliers de djihadistes encerclés qui ont accepté de quitter les lieux pour Idlib à chaque fois que l’ONU négociait une trêve.

Après avoir laissé ces milices s’entretuer entre elles, l’Occident a eu la surprise de voir Al Qaïda prendre le contrôle d’Idlib le mois dernier.

Le jour où l’assaut sera donné par les forces gouvernementales et leurs alliés, un nombre inconnu de djihadistes canadiens seront capturés et s’ajouteront à ceux qui devront être jugés quelque part.

Un seul djihadiste canadien qui rentre au pays pour y commettre un attentat terroriste est un djihadiste de trop.

Le mirage d’un procès juste au pays

Au Québec, la Direction des poursuites criminelles et pénales (DPCP) n’a pas réussi à réunir suffisamment de preuves pour obtenir la condamnation d’un seul des dirigeants d’une compagnie ferroviaire qui a tué 47 personnes à Lac-Mégantic.

On peut donc douter que la DPCP soit capable de réunir suffisamment de preuves pour faire condamner n’importe quel djihadiste qui a commis ses méfaits à des milliers de kilomètres d’ici.

Il s’agit ici de preuves qu’il faudrait obtenir de témoins qui parlent kurde ou arable. Et auprès de gens qui pourraient être réticents à venir témoigner au Québec, le premier endroit en Occident où des Musulmans en prière se font tirer dans le dos.

Seul un procès dans le pays où les crimes ont été commis peut se dérouler normalement.

Un citoyen canadien qui commet un homicide aux États-Unis est passible de la peine de mort. S’il commet le même crime en Irak, c’est pareil. Où est le problème ?

L’idée de rapatrier les djihadistes pour les juger ici est d’autant plus difficile à justifier lorsqu’on tient compte de l’engorgement des tribunaux canadiens.

En prison, les accusés auront tout le temps de faire des convertis à leur cause.

Pour chaque procès finalement avorté contre un djihadiste au Canada, on retarde l’ensemble des causes en attente. Et certains malfaiteurs profiteront de l’arrêt Jordan pour obtenir l’abandon de toutes les procédures contre eux.

Bref, rapatrier les djihadistes canadiens est une très mauvaise idée.

Références :
Donald Trump demande aux Européens de rapatrier leurs jihadistes prisonniers en Syrie
En Irak, le sort des djihadistes français « est plus diplomatique que juridique »
France’s Special Forces Hunt French Militants Fighting for Islamic State
La Belgique pourra expulser vers le Maroc Malika El-Aroud, « la veuve noire du djihad »
La voie à suivre
Le Canada sommé de rapatrier ses djihadistes
Le sort des djihadistes français en Irak
L’Europe divisée sur le sort de ses ressortissants partis rejoindre l’Etat islamique en Syrie
Massacre de Dasht-i Leili
Ottawa n’appréhende pas de retour massif de djihadistes
Sidération à Idlib après la conquête éclair des djihadistes
Trump demande aux alliés européens de rapatrier leurs ressortissants retenus en Syrie
Trump s’oppose au retour au pays d’une femme ayant rejoint l’EI
Who has been stripped of UK citizenship before Shamima Begum?

Parus depuis :
Les pays nordiques opposés au retour des djihadistes (2019-03-05)
Comment gérer le retour des combattants partis en Syrie? (2019-03-16)
Le Danemark aurait préféré voir ses djihadistes mourir en Syrie (2019-03-27)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Un pirate trop bavard

Publié le 13 février 2019 | Temps de lecture : 6 minutes


 
Hier à 16h14, j’ai été la cible d’une tentative d’extorsion qui, heureusement, a échoué.

Cela pourrait également vous arriver.

La menace

Voici le courriel que j’ai reçu.

Je vous salue !

J’ai de mauvaises nouvelles pour vous.

10/11/2018 – ce jour-là, j’ai piraté votre système d’exploitation et obtenu un accès complet à votre messagerie.

Pas la peine de changer le mot de passe, mon logiciel malveillant l’intercepte à chaque fois.

Comment ai-je fait ?

Le logiciel du routeur auquel vous étiez connecté ce jour-là comportait une vulnérabilité.

J’ai d’abord piraté ce routeur et y ai placé mon code malveillant.

Lorsque vous êtes entré sur Internet, mon cheval de Troie était installé sur le système d’exploitation de votre appareil.

Après cela, j’ai effectué une sauvegarde complète de votre disque (j’ai tout votre carnet d’adresses, l’historique des sites de visionnage, tous les fichiers, les numéros de téléphone et les adresses de tous vos contacts).

Il y a un mois, je voulais verrouiller votre appareil et demander un peu d’argent pour le déverrouiller.

Mais j’ai jeté un œil sur les sites que vous visitez régulièrement, et j’ai eu grand plaisir à voir vos ressources préférées.

Je parle de sites pour adultes.

Je veux dire — tu es un grand pervers. Vous avez une fantaisie débridée !

Après cela, une idée m’est venue à l’esprit.

J’ai fait une capture d’écran du site Web intime où vous contentez-vous (Comprends-tu ce que je veux dire ?).

Après cela, j’ai fait une vidéo de votre plaisir (en utilisant la caméra de votre appareil). Il s’est avéré magnifique !

Je suis fermement convaincu que vous ne voudriez pas montrer ces photos à vos parents, amis ou collègues.

Je pense que 331€ est une très petite somme pour mon silence.

En plus, j’ai passé beaucoup de temps sur toi !

J’accepte de l’argent uniquement en Bitcoins. Mon portefeuille BTC: 12EMAbSboa1nvg518vcjvogSL4aDwaUCv9

Vous ne savez pas comment reconstituer un portefeuille Bitcoin ?

Dans n’importe quel moteur de recherche, écrivez « comment envoyer de l’argent à un portefeuille de la BTC ». C’est plus facile que d’envoyer de l’argent à une carte de crédit !

Pour le paiement, vous avez un peu plus de deux jours (exactement 50 heures). Ne vous inquiétez pas, la minuterie commencera au moment où vous ouvrez cette lettre. Oui, oui… cela a déjà commencé !

Après paiement, mon virus et vos photos sales avec vous s’autodétruisent automatiquement.

Si je ne reçois pas le montant spécifié de votre part, votre appareil sera bloqué et tous vos contacts recevront une photo avec vos « joies ».

Je veux que tu sois prudent ;
— N’essayez pas de trouver et de détruire mon virus ! (Toutes vos données sont déjà téléchargées sur un serveur distant)
— N’essayez pas de me contacter (ce n’est pas faisable, je vous ai envoyé un email depuis votre compte)
— Divers services de sécurité ne vous aideront pas. Formater un disque ou détruire un périphérique ne vous aidera pas non plus, puisque vos données sont déjà sur un serveur distant.

P.S.— Je vous garantis que je ne vous dérangerai plus après le paiement, car vous n’êtes pas ma seule victime. C’est un code d’honneur des hackers.

À partir de maintenant, je vous conseille d’utiliser de bons antivirus et de les mettre à jour régulièrement (plusieurs fois par jour) !

Ne soyez pas en colère contre moi, tout le monde a son propre travail.

Adieu.

Analyse

Le pirate déclare avoir pris le contrôle de la caméra de mon ordinateur et avoir obtenu des images compromettantes alors je consultais des sites… ‘olé olé’.

Même si je n’ai pas complètement abandonné l’espoir de devenir vedette porno, je ne crois pas que ce pirate soit en mesure de précipiter le lancement ma carrière internationale en divulguant la vidéo magnifique — ce n’est pas moi qui le dit — captée à mon insu.

À l’époque où j’étais sous Windows, on avait réussi à placer un cheval de Troie sur mon ordinateur. Ce virus s’était réveillé un jour en expédiant plus de cinq-cents courriels à partir de mon ordinateur.

Depuis, je suis d’une très grande prudence.

Parmi les nombreuses mesures préventives que j’ai adoptées, j’ai apposé un collant opaque sur la caméra de tous mes appareils mobiles.

Mon MacBook Air à Helsinki

À titre d’exemple, sur la photo ci-dessus, on peut voir le collant vert qui obstrue la caméra située juste au-dessus de l’écran de mon MacBook Air (cliquez la photo pour l’agrandir).

L’adoption de mesures de sécurité sert non seulement à prévenir des attaques, mais elles permettent, dans certains cas, d’avoir la certitude absolue d’être en présence d’un bluff lorsque c’est le cas.

Les petits collants sur mes appareils mobiles m’auront donc évité de payer inutilement une rançon de 331 euros.

Dans toute cette histoire, il y a une chose qui m’intrigue : comment arrive-t-on à fixer une rançon à 331 euros ?

Si vous lisez ces lignes, mon cher pirate, pourriez-vous nous aider à comprendre pourquoi 331 ? De plus, qu’est-ce qui justifie cette tentative d’extorsion la veille de la Saint-Valentin. Est-ce bien raisonnable… franchement.

Finalement, entre nous, comment pour la vidéo seule ?

Complément de lecture : Le nerf optique espion

Paru depuis : Nouvelle tentative de rançonnement (2021-01-31)

Détails techniques de la 2e photo : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 7-14mm F/2,8 — 1/160 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 9 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Médicaments : faut-il faire confiance aux dates de péremption ?

Publié le 15 janvier 2019 | Temps de lecture : 6 minutes
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La fabrication industrielle

S’il est très facile d’homogénéiser les liquides, ce n’est pas le cas de la poudre destinée à être versée dans des capsules vides ou compressée sous forme de comprimés.

Les mélangeurs industriels donnent d’assez bons résultats, mais jamais une homogénéisation parfaite.

À la fabrication, chaque pilule recevra donc une dose très légèrement variable de chaque produit actif.

Au contrôle de qualité, le dosage se fait sur un échantillon de plusieurs comprimés ou capsules afin de minimiser les variations individuelles.

Or il arrive presque toujours qu’on observe des écarts entre la composition mesurée et celle théorique, même dans un échantillon de plusieurs comprimés ou capsules.

Doit-on jeter un lot de millions de capsules parce qu’elles contiennent 99% ou 101% de la dose théorique ?

Si on peut alors fermer les yeux, jusqu’où peuvent aller les écarts ?

En vertu des exigences canadiennes, un médicament ne peut pas être commercialisé si la teneur réelle de ses ingrédients actifs s’éloigne de plus de 5% de celle indiquée sur l’étiquette.

En somme, il est parfaitement légal de vendre des comprimés de 100 mg qui contiennent entre 95 mg et 105 mg du principe actif.

La seule exception est la digoxine, dont l’écart autorisé est de 10%.

La période de validité

L’exigence du 100% (plus ou moins 5%) détermine la durée de validité.

En effet, le fabricant doit garantir en tout temps le respect de cette exigence par son produit.

En d’autres mots, durant toute sa période de validité, un médicament doit contenir au moins 95% de la dose indiquée sur son étiquette. Et si la préparation contient plusieurs ingrédients actifs, dès que l’un d’eux tombe en deçà de son 95%, toute la préparation est considérée comme périmée.

La fin de la garantie

Jusqu’à sa date d’échéance, un médicament est garanti par son fabricant. En somme, ce dernier est responsable de son innocuité. Au-delà de la date de péremption, le fabricant s’en lave les mains.

Il lui en a couté des dizaines de millions$ pour tester son produit chez des animaux de laboratoire. Or un principe actif peut se transformer avec le temps en une multitude de produits de dégradation. Tester l’ensemble d’entre eux couterait une fortune.

Pour l’industrie, il est plus facile d’interdire la consommation du produit au-delà de la période de validité et de se dégager de toute responsabilité dans le cas où le citoyen déciderait d’ignorer cette interdiction.

La FDA américaine (Food and Drug Administration), l’armée américaine et le département de pharmacologie de l’université de Californie (entre autres) ont testé de grandes quantités de médicaments périmés. Leurs études prouvent que les médicaments solides sont beaucoup plus stables qu’on croyait.

Des dangers hypothétiques ?

On ne connait que deux médicaments dont les produits de dégradation sont dommageables.

Le premier est la tétracycline. Elle se décompose en produits toxiques pour les reins.

L’autre est l’acide acétylsalicylique (l’Aspirin™). Celle-ci se décompose en deux produits : l’acide acétique (du vinaigre) et l’acide salicylique (du Compound-W™).

Donc, quand vous prenez quand même des comprimés d’Asprine™ qui sentent le vinaigre, vous avalez une dose de produit qui brule les verrues. Pas très bon pour l’estomac.

L’absence de données en ce qui concerne les autres médicaments est le résultat de l’absence de recherche à ce sujet.

Contrairement à ce qu’on répète sur l’internet, aucune des études effectuées sur des médicaments périmés n’a établi la preuve qu’en consommer serait inoffensif.

Tout au plus, une telle preuve est superflue lorsque le produit contient toujours 100% de la dose, des années après sa date de péremption. Ce qui est vrai dans une minorité des cas.

En se décomposant, un médicament donne-t-il naissance à des produits de dégradation néfastes pour la santé ? Personne n’a de réponse à cette question.

Dans le cas des médicaments pour administration orale, la prudence élémentaire est de respecter les dates de péremption du fabricant.

Raccourcissements pharmaceutiques

Dans tous les cas où les médicaments sont embouteillés par le pharmacien québécois, celui-ci appose systématiquement une vie utile d’un mois (dans le cas des gouttes ophtalmiques ou otiques) ou d’un an pour presque tout le reste.

Dans le cas des gouttes, la date de péremption déterminée par le fabricant est valide tant et aussi longtemps que la bouteille n’est pas ouverte.

Mais dès que chaque goutte utilisée est remplacée dans son flacon par le même volume d’air ambiant, chargé de poussières et de microbes en suspension, cette date devient invalide.

La décision de conseiller aux patients de jeter leurs bouteilles de gouttes un mois après les avoir ouvertes fait consensus parmi les autorités professionnelles.

À l’opposé, je n’ai jamais compris pourquoi il faudrait jeter des comprimés de carbonate de calcium inutilisés après un an. À moins d’une guerre thermonucléaire ou l’ensevelissement sous une coulée de lave volcanique, le carbonate de calcium est éternel.

Même chose pour des inhalateurs. Durant l’utilisation d’un inhalateur, rien ne pénètre dans sa bonbonne. Donc rien ne peut contaminer le médicament et le dégrader plus rapidement que prévu par le fabricant.

Même chose au sujet d’une crème ou d’un onguent topique toujours dans son tube originel.

Pour justifier ce raccourcissement de la vie utile des comprimés et des capsules, on invoque le fait que l’entreposage d’un médicament chez le patient ne correspond jamais aux conditions idéales sous lesquelles le fabricant a déterminé la vie utile de ce produit.

Cela est indéniable. Toutefois, personne n’a la moindre idée de l’ampleur de ce phénomène dans le cas d’un produit que vous vous proposez de jeter un an après l’avoir reçu de votre pharmacien.

Bref, dans l’immense majorité des cas, les raccourcissements de la vie utile des comprimés et des capsules par le pharmacien sont purement arbitraires et ne reposent sur aucune base scientifique.

Références :
Drugs Past Their Expiration Date
Drugs Past Their Expiration Date
Quand j’ai un médicament expiré à la maison
Stability Profiles of Drug Products Extended beyong Labeled Expiration Dates

Détails techniques des photos : Appareil Panasonic GF1, objectif Lumix 20mm F/1,8 — 1/60 sec. — F/1,7 — ISO 100 — 20 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’espionnage de l’État canadien n’a pas de limite

Publié le 10 décembre 2018 | Temps de lecture : 4 minutes


 
Par le biais de Statistique Canada, le gouvernement canadien veut obtenir automatiquement — et sans leur consentement — le détail des transactions effectuées par les citoyens canadiens, de leurs retraits bancaires aux paiements par carte de crédit, en passant par le solde de leur compte de banque.

Les données qu’exige de consulter Statistique Canada ne sont pas anonymes. L’organisme fédéral veut les noms des citoyens concernés afin, dit-il, de pouvoir effectuer des recoupements avec d’autres données et ainsi produire de meilleures statistiques.

C’est en octobre dernier que le réseau de télévision Global a révélé qu’à partir de janvier prochain, Statistique Canada forcera neuf banques à lui transmettre les données détaillées de 500 000 de leurs clients.

Le statisticien en chef du Canada, Anil Arora, justifie cette décision par le fait que son organisme éprouve des difficultés croissantes à convaincre un échantillon de citoyens choisis aléatoirement à consigner pendant un mois toutes leurs transactions et à lui transmettre ces données.

D’où l’idée d’espionner à leur insu des centaines de milliers de citoyens canadiens et — pourquoi pas — l’ensemble de la population canadienne lorsque Statistique Canada aura mis au point les logiciels qui permettront de le faire.

Les firmes de sondage prédisent tant bien que mal les résultats des élections à partir d’un échantillon aussi petit qu’un millier de répondants. Pourquoi Statistique Canada a-t-il besoin d’un échantillon aussi vaste qu’un demi-million de personnes si ce n’est pour mettre au point un système d’espionnage massif qui sera éventuellement étendu à l’ensemble de la population canadienne.

Évidemment ces données seront toujours incomplètes.

En juin 2017, le gouvernement Trudeau a permis aux iles Cook de s’ajouter à la liste des paradis fiscaux dans lesquels les entreprises et les riches canadiens pourront cacher leur argent à l’abri du fisc et à l’abri des savantes analyses de consommation de Statistique Canada.

On comprend donc mal comment ce même gouvernement tient tant à mettre son nez dans les finances des citoyens ordinaires alors qu’il est si indifférent à ce que fait de leur argent le 1% de la population qui accapare une proportion croissance de la richesse du pays.

Quant au danger que la banque de données nominatives créée par Statistique Canada tombe en de mauvaises mains, on cliquera sur ceci pour consulter une liste d’organismes et de multinationales (dont Microsoft) qui, après avoir fait appel aux plus grands experts, croyaient vainement en l’invulnérabilité de leur système informatique.

Jusqu’ici, si les données de Statistique Canada n’ont jamais été piratées, c’est qu’elles n’avaient pas de valeur marchande. Mais en dressant la liste de toutes les transactions financières du pays, cela cessera d’être le cas. On peut donc anticiper l’inévitable…

Références :
Informations bancaires: le commissaire à la vie privée enquête sur Statistique Canada
Informations bancaires: Statistique Canada veut rassurer les citoyens
L’Accord avec les Îles Cook critiqué

Parus depuis :
Transfert des données de Statistique Canada dans le nuage : son chef se veut rassurant (2020-01-15)
La GRC armée de logiciels espions (2022-07-06)
Logiciels espions : un usage répandu au fédéral, selon des documents internes (2023-11-29)

Au sujet de l’espionnage de l’État :
The British Big Brother

Au sujet des paradis fiscaux :
Pour la déclaration obligatoire des investissements des élus dans les paradis fiscaux
Vive les paradis fiscaux !

Détails de la photo : Droits appartenant à Stokkete. Photo distribuée par la banque d’images Onepixel.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Lac-Mégantic : dans l’attente de la sanction des vrais responsables

Publié le 23 janvier 2018 | Temps de lecture : 5 minutes


 
À l’issue de leur procès, trois employés de MMA ont été reconnus non coupables des accusations qui pesaient contre eux. Rappelons que la MMA est cette compagnie ferroviaire responsable de la catastrophe de Lac-Mégantic qui a couté la vie à 47 personnes.

On se demande pourquoi un tel procès a eu lieu.

Il portait sur des accusations de négligence criminelle. Or pour prouver cela, il faut que les gestes des accusés démontrent une insouciante déréglée ou téméraire (en d’autres mots, excessive ou dangereuse) face à la vie ou la sécurité d’autres personnes. En somme, il faut prouver qu’ils l’ont fait exprès.

Dans le cas du conducteur du train, l’enquête a prouvé qu’il n’avait appliqué que sept freins au lieu de neuf stipulés par les procédures de la MMA pour un convoi de 70 à 79 wagons-citernes et locomotive.

Toutefois, même si le conducteur avait respecté scrupuleusement les directives de la compagnie, les tests réalisés par le Bureau de la sécurité des transports ont révélé qu’il aurait fallu en serrer plus d’une vingtaine pour retenir le train en place.

En effet, afin de minimiser ses frais d’exploitation, la MMA négligeait de remplacer les freins atteints de corrosion (ce qui était le cas de la majorité d’entre eux).

Parce que la compagnie économisait même sur le lubrifiant, la minorité de freins manuels qui fonctionnent correctement n’étaient pas suffisamment lubrifiés. Conséquemment, il était extrêmement difficile de les appliquer.

Les autorités américaines ont imposé 146 950$ d’amendes à la MMA depuis sa création en 2002. Jugée non fiable en raison de ses nombreux manquements à la sécurité, la MMA n’a jamais été autorisée aux États-Unis à faire circuler ses trains avec un seul employé à bord.

Au Canada, aucune amende n’a été payée par la MMA puisque la politique de dérèglementation du transport ferroviaire du gouvernement fédéral reposait (aveuglément) sur l’autodiscipline des transporteurs. Les trains de la MMA pouvaient donc circuler avec un seul employé à bord.

Après une journée d’enfer à rouler sur un réseau ferroviaire en ruine, le conducteur s’est arrêté finalement vers 23h à Nantes où il a dû appeler les pompiers parce que sa locomotive avait pris en feu. Cet incendie spontané résultait d’un défaut d’alimentation en carburant, défaut rafistolé maladroitement par la compagnie.

Laissé seul cette nuit-là comme le prévoyaient les procédures de la compagnie, le train s’est mis en marche et a ensuite dévalé à toute vitesse la pente jusqu’à Lac-Mégantic où il a déraillé dans une courbe au centre-ville.

La question fondamentale à laquelle le jury devait répondre est la suivante : le conducteur n’a appliqué que sept freins, mais le savait-il vraiment ? Épuisé, avec personne pour l’aider, a-t-il réalisé qu’il appliquait un nombre insuffisant de freins ?

Après neuf jours de délibération, le jury en est arrivé à la conclusion que les trois employés de la MMA ne pouvaient pas être tenus criminellement responsables de la catastrophe. Ni le conducteur et encore moins les autres.

En réalité, appliquer sept ou neuf freins, cela n’aurait rien changé à l’issue dramatique. D’où la futilité de ce procès. Espérons que ce jugement ne sera pas porté en appel.

Puisque qu’aucune poursuite criminelle n’est intentée contre le ministère fédéral des Transports — secondairement responsable de cette catastrophe en raison son laxisme — il ne reste plus qu’à attendre les poursuites contre les dirigeants de la MMA pour que justice soit faite.

Références :
Lac-Mégantic : camouflage de la vérité derrière l’échec de la réglementation
Lac-Mégantic: le jury blanchit les trois accusés
Procès Lac-Mégantic : les trois accusés blanchis par le jury
Tragédie de Lac-Mégantic: les mauvais coupables
Tragédie à Lac-Mégantic – Quand cesseront-ils de se renvoyer la balle ?

Sur le même sujet, sur ce blogue :
La sécurité du transport ferroviaire (2013-07-09)
La responsabilité du gouvernement Harper dans la cinquantaine de décès au Lac-Mégantic (2013-07-11)
Lac-Mégantic : les calculs du gouvernement Harper (2013-07-24)
Pour une réforme complète des chemins de fer canadiens (2013-07-26)
La lourde responsabilité du gouvernement Harper dans la catastrophe de Lac-Mégantic (2013-07-30)
Plaidoyer pour la saisie des actifs de la MMA (2013-07-31)
Lac-Mégantic : le silence étrange du sénateur Boisvenu (2013-08-03)
Les déraillements ferroviaires et la roulette russe du gouvernement Harper (2014-01-20)
La faillite de la dérèglementation ferroviaire du gouvernement fédéral (2014-08-20)
Conduire un train de la MMA : bienvenue en enfer (2014-08-29)
Le mépris du Canadien Pacifique (2014-10-04)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le sens profond de ‘Je suis Charlie’

Publié le 8 janvier 2018 | Temps de lecture : 2 minutes
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Hier, on commémorait l’attentat contre l’hebdomadaire Charlie Hebdo, survenue il y a trois ans.

Selon un sondage récent, 61% des Français s’identifient encore au slogan ‘Je suis Charlie’, soit dix pour cent de moins qu’il y a un an.

Ceux qui se dissocient de ce slogan, ce sont ceux auprès desquels on en a perverti le sens.

Il ne signifie pas ‘Je suis d’accord avec ce qu’écrit Charlie Hebdo’, ni ‘Je suis d’accord avec le blasphème’ (quel qu’il soit). Il signifie ‘À travers Charlie, c’est moi qu’on veut faire taire’.

Cet attentat était une manière violente de relancer le débat au sujet du blasphème contre l’Islam. Doit-on l’interdire ?

Même s’il n’est pas poli d’attaquer les croyances d’autrui, interdire le blasphème ouvre la porte aux dérives les plus liberticides.

Voyez comment les foules lynchent facilement — sans preuve — toute personne accusée de blasphème au Pakistan et en Malaisie. Rappelons également que Raïf Badawi a dû faire face à une telle accusation pour avoir ridiculisé le clergé obscurantiste de son pays.

Bref, ceux qui se dissocient de ce slogan défendent, souvent sans le savoir, la soumission à une vision étouffante du monde où les violences interpersonnelles sont exacerbées par les privations sexuelles et la misogynie.

Références :
La rumeur meurtrière
Les blasphèmes de Raïf Badawi

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 — 1/1250 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 19 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Coup de pouce contre Apple

Publié le 8 novembre 2017 | Temps de lecture : 2 minutes

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Il y eut une époque où le mari infidèle devait absolument éviter que son téléphone portable tombe entre les mains de son épouse.

Mais cette époque est bien révolue.

De nos jours, même le FBI peine à briser le code à quatre chiffres qui protège la confidentialité des téléphones d’Apple.

Or cette compagnie offre maintenant un code à six chiffres et, sophistication suprême, le déverrouillage par empreinte digitale.

Rien n’est plus distinctif qu’une empreinte digitale. Conséquemment, de nos jours, les maris infidèles peuvent dormir sur leurs deux oreilles.

C’est du moins ce qu’a cru un passager de Qatar Airways en partance hier de la capitale qatari en direction de l’Indonésie.

Durant son sommeil, son épouse soupçonneuse a d’abord allumé le téléphone de son mari en appuyant sur le bouton principal.

À l’écran de déverrouillage, l’épouse a délicatement placé le téléphone sous le pouce de son mari endormi. Et bingo ! le téléphone était prêt à livrer ses secrets; courriels expédiés à sa maitresse, factures électroniques des cadeaux somptueux offerts à celle-ci, etc.

Réveillé brutalement par les coups de son épouse, le mari n’a pu contenir la colère déchainée de son épouse. Même les agentes de bord en furent incapables. Les gardiens de sécurité ont bien maitrisé l’épouse, sans réussir à faire taire ses cris et le scandale qu’elle provoquait.

Si bien que l’avion dût atterrir d’urgence au port de Madras, en Inde.

Toute cette histoire prouve que si Apple est assez puissante pour se dresser contre le FBI, ses téléphones ne peuvent résister à la débrouillardise d’une épouse soupçonneuse…

Référence :
Qatar Airways plane forced to land after wife discovers husband’s affair midflight

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Radicalisme : Couillard s’en lave les mains

Publié le 28 juin 2017 | Temps de lecture : 5 minutes


 
Interrogé au sujet de ce Québécois musulman accusé récemment d’un acte terroriste commis au Michigan, le premier ministre du Québec a déclaré : « Unfortunately, we cannot disconnect these kinds of events — terrorism — from Islam in general.» (traduction : L’Islam ne peut être dissocié des actes terroristes).

Évidemment, un grand nombre de personnes ont été surprises de l’entendre suggérer que le terrorisme est inhérent à la religion musulmane.

De plus, M. Couillard a cité Emmanuel Macron, le nouveau président français, qui a souligné la double responsabilité de l’État et de la communauté musulmane dans la lutte au terrorisme.

Précisant sa pensée, M. Couillard a demandé aux dirigeants des communautés musulmanes de désavouer sans équivoque toute perversion de l’Islam à des fins violentes.

Ce que M. Couillard oublie de dire, c’est que l’État français a posé un certain nombre d’actes concrets pour s’attaquer à la radicalisation islamiste en France. Par exemple, à la suite de la promulgation de l’état d’urgence, le gouvernement français a fait fermer vingt-sept (27) mosquées soupçonnées de radicalisation.

Une fois ces actions prises, le gouvernement français pouvait aller plus loin et demander aux Français musulmans de mettre eux aussi la main à la pâte en invoquant cette double responsabilité.

En comparaison, qu’a fait M. Couillard dans la partie qui lui incombe de cette double responsabilité ? Il s’est contenté d’accuser ses adversaires de souffler sur les braises de l’intolérance lorsque ceux-ci le pressaient d’agir.

Résumons.

Après les déclarations outrageantes des imams Chaoui et Charkaoui, et après le départ de collégiens québécois pour faire le djihad en Syrie, M. Couillard a promis de s’attaquer à la radicalisation au Québec.

À Montréal, si l’imam Chaoui a été incapable d’ouvrir son centre communautaire musulman, c’est parce que la ville l’en a empêché (et non le gouvernement provincial).

Par ailleurs, les pouvoirs publics ont créé un centre de déradicalisation à Montréal. Il s’agit d’une bonne mesure mais qui n’a jamais fait ses preuves nulle part au monde.

De plus, le gouvernement Couillard a présenté le projet de loi no 59 — retiré depuis parce que liberticide — mais qui était de toute façon une passoire quant à la prévention de la radicalisation.

Depuis, rien de concret. Des mots. Que des paroles. Parfois rassembleuses, parfois incendiaires.

Et pour excuser ce laxisme, il nous dit en substance : « Ce n’est pas de ma faute. C’est de la faute des Musulmans; c’est à eux de faire le ménage dans leur religion.»

En somme, M. Couillard nous dit que le prosélytisme saoudien, il s’en lave les mains. Le financement étranger des mosquées et des imams, il s’en lave les mains. La prédication salafiste au Québec, il s’en lave les mains. Etc.

En faisant porter le blâme de la radicalisation islamiste sur le dos des porte-paroles musulmans, M. Couillard tente de détourner l’attention de l’électorat sur son bilan nul quant à la lutte contre la radicalisation au Québec.

Or cette radicalisation touche non seulement une minuscule partie des Québécois musulmans, mais un nombre beaucoup plus grand de sympathisants de groupes d’extrême droite (qui semblent être le cadet de ses soucis).

En France, Emmanuel Macron suggère que l’État ne peut pas tout faire et que les croyants musulmans doivent soutenir et prolonger l’action de l’État.

Au Québec, toute la politique du gouvernement Couillard à ce sujet est plutôt de croire que les croyances religieuses — même les plus extrêmes — sont du domaine privé et que cela ne le regarde pas. D’où son inaction.

Interrogé à brule-pourpoint au sujet du terrorisme (après 44 minutes d’une entrevue portant sur le rôle de la France au cours du siège de Sarajevo et du génocide au Rwanda), le lieutenant-colonel Guillaume Ancel déclare :

Le sentiment de peur, d’agressivité, que (le terrorisme) peut développer est extrêmement dangereux.

Moi, ce que je crains le plus dans les attentats terroristes, c’est les idiots (…) qui vont décider de se protéger tout seuls, d’aller s’en prendre aux autres, que c’est le boulanger du coin qui est responsable de ça.

C’est eux qui me font peur.

À mon avis, la vraie menace du terrorisme, c’est sur le fonctionnement de notre société.

L’attentat terroriste de Québec nous a appris que nous en sommes là. Or non seulement M. Couillard semble totalement inconscient de la montée de l’extrême droite au Québec, mais il y contribue en pointant un doigt accusateur vers l’ensemble des Musulmans du Québec.

Voilà la dernière chose qu’on doit s’attendre d’un chef d’État.

Références :
After Michigan attack, Quebec Premier calls on Muslim community to play role in preventing terrorism
Bilan de la déradicalisation islamiste dans le Nord de l’Europe
Couillard appelle la communauté musulmane à l’action
Financement des mosquées : le gouvernement en terrain miné
Ftouhi says he has no mental problems: court hearing
Huit questions sur les fermetures de mosquées soupçonnées de radicalisation
Intégrisme et radicalisation : de retour à la case départ
L’islam ne peut être dissocié des gestes commis en son nom, dit Couillard
Philippe Couillard’s tone shift on Islam stuns Quebec Muslims

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| 2014-2018 (années Couillard), Politique québécoise, Sécurité, Terrorisme | Mots-clés : , , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Délocalisation et sécurité nationale

Publié le 30 mai 2017 | Temps de lecture : 4 minutes

L’histoire d’Ad Lib Inc.

Les premiers microordinateurs IBM-PC sont nés en 1981.

Il s’agissait de gros boitiers métalliques renfermant principalement une carte maitresse.

Cette dernière était dotée de fentes de connexion permettant d’insérer des cartes-filles; une carte vidéo pour connecter l’écran cathodique, une autre carte pour le modem, etc.

En 1987, un ancien vice-doyen de la faculté de musique de l’université Laval se passionne pour la micro-informatique. Il fonde la firme Ad Lib Inc. dont le but est d’améliorer la reproduction sonore des ordinateurs du temps, limités alors à un petit hautparleur de qualité médiocre.

Sa première carte est nommée Ad Lib Personal Computer System, conçue autour de la puce YM3812 de la japonaise Yamaha.

Après des débuts difficiles, cette carte rencontre une immense popularité après que les amateurs de jeux vidéos découvrent que celle-ci améliore considérablement le réalisme des séances du jeu King’s Quest IV.

En moins de deux ans, la carte Ad Lib devient indispensable aux yeux de millions de joueurs.

Mais son créateur, le professeur Martin Prevel, voit grand. Il conçoit une nouvelle carte beaucoup plus performante, l’Ad Lib Gold, conçue autour d’un nouveau microprocesseur, le YMF262 de Yamaha.

Mais ce fournisseur approvisionne également un rival de la compagnie québécoise, soit Créative Labs. Ce rival est japonais, tout comme Yamaha.

Pendant que ce rival expérimente et teste un produit concurrent de l’Ad Lib Gold, Yamaha expédie des puces défectueuses à la compagnie québécois, ce qui retarde le développement de son nouveau produit.

En 1990, Creative Labs sort sa carte Sound Blaster avec des mois d’avance. Quand la québécoise met finalement en marché sa nouvelle carte Ad Lib Gold, celle-ci n’intéresse plus personne et la compagnie doit déclarer faillite deux ans plus tard.

L’informatique de British Airways

En 2016, le nouveau patron de British Airways décidait de délocaliser vers l’Inde la programmation du système informatique de ce transporteur aérien.

L’Inde est reconnue pour la compétence de ses programmeurs. À l’époque du ‘bogue de l’an 2000’, ce sont les programmeurs de ce pays qui ont réécrit de nombreux programmes informatiques.

La fin de semaine dernière, en Angleterre, les avions de la British Airways ont été cloués au sol en raison d’une panne informatique qui a affecté mille vols.

Pour le transporteur, les pertes sont évaluées à 170 millions de dollars canadiens.

Selon le transporteur, la cause serait un pic de courant électrique qui aurait endommagé les principaux ordinateurs utilisés pour les opérations de la compagnie.

La corruption

Alors que rien ne le laisse supposer dans le cas de la British Airways, imaginons le scénario hypothétique suivant.

Une compagnie internationale décide de délocaliser sa programmation informatique. Cette compagnie joue un rôle stratégique dans l’économie d’un pays occidental.

Situé dans le Tiers-Monde, le contractuel est une compagnie fiable qui possède une longue expérience de bons et loyaux services.

Le prix de ses services est très avantageux parce que ses programmeurs coutent beaucoup moins cher. Mais justement pour cette raison, ils sont plus sujets à la corruption.

Si une puissance étrangère veut nuire à l’économie de ce pays occidental, il lui suffit de corrompre non pas les dirigeants de la firme informatique mais n’importe quel employé qui a accès au code source du logiciel élaboré pour la compagnie internationale.

Tout comme Creative Labs a mené Ad Lib Inc. à la faillite.

J’imagine que le jour où un tel scénario se produira, on prendra conscience de ce qui est déjà évident; la délocalisation — qu’il s’agisse d’un logiciel, d’une pièce maitresse ou un composant essentiel à la fabrication d’un produit industriel — peut entrer en conflit avec la sécurité nationale.

Références :
Ad Lib, Inc.
British Airways CEO will not resign despite ‘catastrophic’ IT failure
Author of Sound Blaster: The Official Book talks about the early days of PC audio

Paru depuis : Plus d’un million de masques retenus en Inde (2020-03-30)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’espionnage des téléviseurs Visio

Publié le 20 février 2017 | Temps de lecture : 3 minutes

Fondée en 2002 avec une mise de fonds de 600 000$, la compagnie Vizio est devenue le plus important fabricant américain de téléviseurs.

Ses prix abordables lui ont permis de damer le pion à des géants comme Panasonic, Sony, LG et Samsung.

L’entreprise arrivait à être rentable en collectant et en vendant les données relatives aux habitudes télévisuelles de ses utilisateurs; émissions, films, jeux vidéos, et sites internet regardés.

D’apparence anodine, le réglage appelé ‘Smart Interactivity’ permettait cette collecte de données sur tous les modèles vendus depuis 2011.

Capable de collecter quotidiennement cent-milliards d’informations, le logiciel de reconnaissance de contenu, appelé ‘Inscape’, espionnait onze millions de télévisions et permettait à Vizio d’accumuler une fortune auprès d’annonceurs.

La caméra intégrée au téléviseur, destinée aux appels téléphoniques via l’internet, aurait même pu — théoriquement — réaliser des captures d’écran ou des vidéos clandestins des utilisateurs dans l’intimité de leurs salons ou de leurs chambres à coucher.

Mais, à bien y penser, tous les fureteurs — Google Chrome, Firefox et Safari — procèdent déjà à un tel espionnage depuis des années. Où est le problème ?

Légalement, dans le cas de ces logiciels, il n’y en a pas puisqu’à chaque fois que vous installez une mise à niveau, leurs contrats d’utilisation vous obligent à consentir à cet espionnage.

Toutefois, lorsque vous achetez un téléviseur Vizio, le vendeur ne vous demande jamais de signer un contrat de quarante pages, rédigé en jargon juridique, où quelque part, en petits caractères, vous acquiescez à être espionné.

Voilà pourquoi Vizio vient d’être condamné à payer une amende de 2,2 millions$ à l’issue d’une poursuite intentée par l’Agence américaine du commerce. À l’avenir, cette collecte ne se fera plus par défaut.

Pour ceux qui ont des modèles produits entre 2011 et 2017, on pourra inactiver le réglage ‘Smart Interactivity’ en allant au menu du téléviseur, en choisissant Reset & Admin, et en inactivant le réglage en question.

Références :
Comment un téléviseur peut vous espionner
Government Confirms Vizio TVs Spy on You: How to Stop It
How to make sure your Vizio smart TV isn’t spying on you
Vizio

Paru depuis : Le FBI fait une mise en garde sur les dangers liés aux télévisions intelligentes (2019-12-02)

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Écrit par Jean-Pierre Martel