L’hébergement privé des données névralgiques de l’État

7 mars 2019

Les extras

Les technologies de l’information sont l’équivalent moderne du Far West américain. Puisqu’il met en présence des fournisseurs ultraspécialisés à des clients incompétents, ces derniers sont sujets à des abus.

Après avoir reçu un logiciel de gestion de bases de données, vous vous rendez compte que le champ ‘Prénom’ n’accepte pas les traits d’union (comme dans Jean-Pierre).

Le devis du fournisseur disait pourtant que seuls des caractères alphanumériques y seraient acceptés. Mais vous ignoriez que le trait d’union n’est pas l’un d’eux.

Alors il vous faut payer un extra pour que le programme les accepte.

Et vous aimeriez que le champ ‘Nom de famille’ accepte les apostrophes (comme dans O’Brien) ? Désolé, il faut payer un extra.

Et vous pensiez que la mise en majuscule automatique de la première lettre du nom de famille évitait les erreurs de saisie des données. Mais vous réalisez que cela empêche que les noms comme ‘de Gaulle’ soient inscrits correctement. Encore un extra.

Pour trouver un dossier à partir du numéro de téléphone du bénéficiaire ou du client, vous avez besoin d’un index sur le champ ‘No de téléphone’. Pourquoi ne l’avez-vous pas dit plus tôt ? Ça vient de vous couter un extra.

Après avoir accepté un devis d’hébergement de vos données pour trois ans, vous apprenez à l’issue du contrat que le forfait dont vous avez bénéficié n’est offert qu’aux nouveaux clients.

Parmi les forfaits disponibles au renouvèlement, le moins cher coute trois fois le prix du forfait originel.

C’est moins cher ailleurs, dites-vous ? Eh bien allez-y. Qu’attendez-vous ?

Au cours du transfert d’un hébergeur à l’autre, si vos données sont inaccessibles pendant des heures — ce qui vous occasionne des frais importants — n’essayez pas de savoir à qui la faute : vous ne le saurez jamais.

Faut-il blâmer l’entreprise qui sécurise votre site (de http: à https:), celle qui héberge vos données, ou le registraire qui dirige vos visiteurs vers l’adresse IP (ex.: 126.220.3.127) lorsqu’ils cliquent sur un hyperlien suggéré par un moteur de recherche ?

Totalement indépendants les uns des autres, ces fournisseurs doivent pourtant travailler de concert pour que votre site fonctionne correctement.

Il suffit d’une cache secrète destinée à accélérer la rapidité d’un serveur pour que celui-ci s’obstine à servir des données périmées et nuire à la fiabilité du site web au cours du transfert d’un hébergeur à un autre.

Ceci est un inconvénient dans le cas d’une entreprise. Mais cela devient une catastrophe quand la machine de l’État s’enraie.

Prévoir de faramineux dépassements de couts

Le 4 février dernier, on apprenait l’intention du gouvernement caquiste de réduire le nombre de sites d’entreposage des données gouvernementales.

Présentement, ces données sont dispersées dans 457 sites (ou centres de traitement informatique) dispersés sur le territoire québécois. On veut réduire leur nombre à deux.

Le premier site entreposerait les documents internes de la machine de l’État québécois (courriels, mémos, procès-verbaux, rapports internes, etc.).

Les fonctionnaires accèderaient aux données par l’intermédiaire d’un intranet (ou internet interne) du gouvernement.

À quelle genre de surprise peut-on s’attendre ? Imaginez que le système actuel de paie de l’État québécois fonctionne sous Unix™ alors que le futur intranet fonctionne sous Windows™…

L’autre site entreposerait les données confidentielles des citoyens du Québec détenues notamment par les ministères de la Santé, de l’Éducation, et du Revenu. Ce qui représente 80 % des données que possède le gouvernement.

Ce site appartiendrait à l’une des grandes firmes américaines spécialisées dans l’informatique dématérialisée (ou ‘Cloud Computing’).

Selon les promoteurs de cette réforme, celle-ci permettrait d’économiser une centaine de millions de dollars… si cette réforme n’occasionne pas d’importants dépassements de couts.

Le registre canadien des armes à feu est un contrat accordé à IBM qui a fini par couter 500 fois plus que l’estimé de départ.

Ce qui n’a pas empêché les fonctionnaires fédéraux, toujours conseillés par IBM, de récidiver avec le système de paie Phœnix. Ce contrat, accordé à IBM, est un puits sans fond… et peut-être un jour sans fonds.

En Grande-Bretagne, le ministère de la Santé a dû abandonner un système d’informatisation des dossiers des patients après des dépassements évalués à 3,6 milliards de livres (soit 6,3 milliards de dollars canadiens). Ici le fournisseur était Fujitsu.

On souhaite donc bonne chance au ministre de la Transformation informatique dans ses projets de partenariat avec les requins de l’informatique dématérialisée.

Le choix opposé — l’établissement de la souveraineté technologique de l’État québécois — comporte son propre risque de dépassement des couts.

Mais cette solution possède l’immense avantage de donner à l’État la possibilité d’imposer les profits des fournisseurs québécois qui s’enrichiraient un peu trop sur le dos des contribuables.

Ce qui n’arrivera pas en faisant affaire avec des compagnies comme Amazon, Google, Microsoft ou IBM, qui se hâteront à délocaliser leurs profits à l’Étranger pour échapper au fisc québécois.

Les risques sécuritaires

Parmi les critères de sécurité retenus par le gouvernement caquiste, on compte exiger que les données gouvernementales soient cryptées et entreposées au Québec.

Les géants de l’informatique dématérialisée estiment que les métadonnées extraites de bases de données ne constituent pas des données personnelles dans la mesure où elles sont anonymes.

Bien plus, l’empreinte digitale du fonctionnaire lui permettant d’accéder à son ordinateur ou la reconnaissance faciale destinée à permettre l’accès à un lieu sécurisé ne sont pas considérées comme des données personnelles, mais plutôt des données ‘paramétriques’.

Décrypter les données gouvernementales pour en extraire les métadonnées leur sera d’autant plus facile qu’il s’agira probablement d’un contrat ‘clé en main’.

Ce qui veut dire que l’entreprise qui entreposera des données sera celle qui aura créé le code de cryptage. Pour elle, décrypter sera un jeu d’enfant.

Or ces métadonnées valent une fortune.

Si un jour le gouvernement québécois apprend que ces métadonnées sont vendues aux plus offrants, il lui faudra vaincre le secret corporatif pour faire la preuve que l’hébergeur est responsable de la fuite. Aussi bien dire qu’il ne le saura jamais.

De plus, il y a toujours le risque que le gouvernement américain invoque l’extraterritorialité d’une de ses lois — le Patriot Act, le Cloud Act ou le Foreign Corrupt Practices Act — pour mettre la main sur nos données personnelles.

Si le président américain peut taxer l’aluminium ou l’acier canadien sous le prétexte qu’ils représentent un danger pour la sécurité nationale américaine, on peut présumer qu’il ne manquera pas de prétextes pour compléter l’espionnage américain de nos courriels et de nos conversations téléphoniques par l’ajout de nos données les plus confidentielles.

Ou il pourrait vouloir une copie des déclarations de revenus de nos plus grandes entreprises afin de leur trouver des puces qui justifieraient l’imposition de mesures protectionnistes.

Non seulement les succursales canadiennes de compagnies américaines devront obéir, mais selon la loi invoquée, il se pourrait qu’il leur soit interdit d’en aviser le gouvernement québécois.

Conclusion

En annexe au texte ‘L’espionnage de l’État canadien n’a pas de limite’ se trouve une longue liste d’entreprises dont les données ont été piratées.

Toutes ces entreprises avaient mis en place les mesures sécuritaires suggérées par les experts auxquels ils se sont adressés.

La réduction du nombre de centres de traitement informatique devrait à elle seule générer des économies appréciables.

Mais l’hébergement des données de l’État sur des serveurs privés pose un risque sérieux de fuite de nos données personnelles en contrepartie d’une économie ‘virtuelle’ d’une centaine de millions$ sur un budget annuel de 4,5 millards$ consacré aux technologies de l’information.

Est-ce que tout cela en vaut vraiment la peine ?

Références :
Abandoned NHS IT system has cost £10bn so far
À la merci des Américains?
Contrats informatiques: bras de fer derrière les portes closes
Le Québec entend confier au privé les données personnelles qu’il détient sur ses citoyens
Les données personnelles des Québécois livrées au renseignement américain?
L’informatique dématérialisée et l’espionnage industriel
Registre canadien des armes à feu
Stockage de données: les colporteurs se frottent les mains
Système de paye Phénix : un puits sans fond !

Votre évaluation :
Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

Laissez un commentaire »

| Informatique, Sécurité | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Syrie : Terroristes à donner

28 février 2019

Introduction

À l’appel, entre autres, de l’État islamique, des milliers de mercenaires étrangers sont venus combattre en Syrie.

Maintenant que la guerre y tire à sa fin se pose la délicate question de savoir quel sort doit être réservé aux mercenaires (et leurs familles) qui ont survécu au conflit.

Rappel afghan

À la fin officielle de la guerre en Afghanistan, l’armée du Nord — victorieuse, grâce à l’appui des Américains — avait désarmé et renvoyé dans leurs villages respectifs les Talibans afghans capturés.

Pour les vainqueurs, leurs concitoyens étaient essentiellement de pauvres jeunes paysans enrôlés par des fanatiques financés de l’Étranger.

Quant aux autres Talibans prisonniers, reconnaissables à leur langue ou leur accent, la très grande majorité d’entre eux furent massacrés.

Ce massacre se déroula en deux étapes :
• à l’occasion d’une mutinerie à la prison de Qalat-e-Janhi, où environ 470 Talibans trouvèrent la mort, et
• le transport à la forteresse de Kalai Zeini de cinq-mille Talibans étrangers sous le soleil de plomb de l’Afghanistan.

Ceux-ci étaient entassés dans des conteneurs à l’intérieur desquels la presque totalité d’entre eux sont morts d’hyperthermie et de déshydratation. Les rares survivants ont succombé aux mauvais traitements infligés une fois rendus à destination.

À l’heure actuelle, le sort qui attend les prisonniers en Syrie est incertain.

La politique américaine à ce sujet

Le 16 février dernier, Donald Trump a été clair : les pays européens doivent rapatrier et juger 800 de leurs ressortissants capturés en Syrie.

Mais cinq jours plus tard, le président américain s’opposait au retour aux États-Unis d’une Américaine ayant rejoint l’État islamique en 2014.

Comme souvent, le message américain est : faites ce que je dis et non ce que je fais.

La politique française

Lors de la reconquête de Mossoul (la deuxième ville d’Irak), 1 200 membres des forces spéciales françaises ont rémunéré des soldats irakiens afin qu’ils traquent et exécutent les mercenaires français dotés de pouvoirs de commandement au sein de l’État islamique.

À cette fin, les militaires français leur ont fourni les noms (et noms de guerre) d’une trentaine de Français recherchés, de même que les photos de quelques-uns d’entre eux.

Ceci est en Irak. Mais qu’en est-il en Syrie, où se trouve la grande majorité des djihadistes français toujours en vie ?

En octobre dernier, les forces kurdes de Syrie ont fait savoir aux pays occidentaux que l’emprisonnement des mercenaires étrangers représentait un fardeau financier et qu’à défaut d’être pris en charge par leurs gouvernements respectifs, ces centaines de terroristes seraient remis en liberté.

Cela deviendrait inévitable si la Turquie devait profiter du retrait américain pour lancer une vaste offensive contre les forces kurdes de Syrie. La défense de leurs installations carcérales deviendrait alors le moindre de leurs soucis.

Les prisons kurdes comptent 800 hommes étrangers, 700 femmes et 1 500 enfants.

Légalement, le seul pays qui a autorité pour juger ces mercenaires, c’est celui où leurs crimes ont été commis, soit la Syrie.

Au cours de cette guerre, la France a violé à de multiples reprises l’espace aérien syrien, a bombardé ce pays et y a soutenu les forces rebelles. Bref, la France est ennemie du gouvernement syrien actuel.

On voit mal ce qui motiverait le régime de Bachar el-Assad à rendre service à la France en acceptant de juger ses ressortissants

Voilà pourquoi la France procède à des négociations avec l’Irak pour que ce pays accepte de les prendre en charge et de les juger.

Aux défenseurs des droits de la personne qui s’inquiètent d’une possible condamnation à la peine de mort en Irak, Paris affirme que la France interviendra alors auprès des autorités pour demander — du bout des lèvres, évidemment — que cette peine ne soit pas exécutée.

Tout cela est un peu académique puisqu’il est douteux que les tribunaux irakiens aient autorité pour sanctionner des crimes commis hors des frontières du pays.

La politique britannique

On compte au moins 700 citoyens britanniques partis vers la Syrie ou l’Irak, dont environ 300 en sont revenus.

Dans 90 % des cas, les tribunaux britanniques innocentent les djihadistes pour insuffisance de preuve.

Conséquemment, Londres estime que ses ressortissants doivent être jugés dans la région où leurs crimes ont été commis.

Et tout comme la France, la Grande-Bretagne s’est préparée à la fin de la guerre.

Plutôt que des assassinats ciblés, Londres a choisi la déchéance de citoyenneté comme moyen d’empêcher les djihadistes anglais de revenir chez eux.

Le droit international interdit la déchéance de citoyenneté lorsqu’elle crée des êtres apatrides. Seules les personnes qui ont plusieurs nationalités peuvent être déchues de l’une d’entre elles.

D’où l’intérêt de se hâter à déchoir. Depuis 2016, la Grande-Bretagne a déchu de leur citoyenneté environ 120 de ses ressortissants. C’est ça de moins au pays.

En comparaison, l’Italie a retiré la citoyenneté italienne à environ deux-cents personnes.

La politique canadienne

Pour revenir au pays, les djihadistes canadiens ont besoin d’un nouveau passeport puisque celui qu’ils avaient à leur arrivée en Syrie a été confisqué par Daech (afin d’empêcher les désertions).

Pour rentrer au pays, le djihadiste doit non seulement s’enfuir du califat, mais contacter une ambassade ou un consulat canadien afin d’obtenir un nouveau passeport qui lui permettra d’acheter un billet d’avion pour le Canada.

Le pays est tenu d’honorer toute demande de ses ressortissants en vertu de ses obligations internationales.

La soixantaine de djihadistes canadiens qui l’ont fait ne sont que la pointe de l’iceberg. Leur nombre n’a pas augmenté en 2017, ce qui témoigne en réalité des difficultés à s’échapper du califat encerclé.

Une bonne partie de ceux qui y sont encore mourront probablement les armes à la main.

Le nombre de djihadistes à rapatrier devait augmenter substantiellement après la chute d’Idlib.

Devenue une prison à ciel ouvert, cette province syrienne accueille depuis des années des milliers de djihadistes encerclés qui ont accepté de quitter les lieux pour Idlib à chaque fois que l’ONU négociait une trêve.

Après avoir laissé ces milices s’entretuer entre elles, l’Occident a eu la surprise de voir Al Qaïda prendre le contrôle d’Idlib le mois dernier.

Le jour où l’assaut sera donné par les forces gouvernementales et leurs alliés, un nombre inconnu de djihadistes canadiens seront capturés et s’ajouteront à ceux qui devront être jugés quelque part.

Un seul djihadiste canadien qui rentre au pays pour y commettre un attentat terroriste est un djihadiste de trop.

Le mirage d’un procès juste au pays

Au Québec, la Direction des poursuites criminelles et pénales (DPCP) n’a pas réussi à réunir suffisamment de preuves pour obtenir la condamnation d’un seul des dirigeants d’une compagnie ferroviaire qui a tué 47 personnes à Lac-Mégantic.

On peut donc douter que la DPCP soit capable de réunir suffisamment de preuves pour faire condamner n’importe quel djihadiste qui a commis ses méfaits à des milliers de kilomètres d’ici.

Il s’agit ici de preuves qu’il faudrait obtenir de témoins qui parlent kurde ou arable. Et auprès de gens qui pourraient être réticents à venir témoigner au Québec, le premier endroit en Occident où des Musulmans en prière se font tirer dans le dos.

Seul un procès dans le pays où les crimes ont été commis peut se dérouler normalement.

Un citoyen canadien qui commet un homicide aux États-Unis est passible de la peine de mort. S’il commet le même crime en Irak, c’est pareil. Où est le problème ?

L’idée de rapatrier les djihadistes pour les juger ici est d’autant plus difficile à justifier lorsqu’on tient compte de l’engorgement des tribunaux canadiens.

En prison, les accusés auront tout le temps de faire des convertis à leur cause.

Pour chaque procès finalement avorté contre un djihadiste au Canada, on retarde l’ensemble des causes en attente. Et certains malfaiteurs profiteront de l’arrêt Jordan pour obtenir l’abandon de toutes les procédures contre eux.

Bref, rapatrier les djihadistes canadiens est une très mauvaise idée.

Références :
Donald Trump demande aux Européens de rapatrier leurs jihadistes prisonniers en Syrie
En Irak, le sort des djihadistes français “est plus diplomatique que juridique”
France’s Special Forces Hunt French Militants Fighting for Islamic State
La Belgique pourra expulser vers le Maroc Malika El-Aroud, « la veuve noire du djihad »
La voie à suivre
Le Canada sommé de rapatrier ses djihadistes
Le sort des djihadistes français en Irak
L’Europe divisée sur le sort de ses ressortissants partis rejoindre l’Etat islamique en Syrie
Massacre à la citadelle
Massacre de Dasht-i Leili
Ottawa n’appréhende pas de retour massif de djihadistes
Sidération à Idlib après la conquête éclair des djihadistes
Trump demande aux alliés européens de rapatrier leurs ressortissants retenus en Syrie
Trump s’oppose au retour au pays d’une femme ayant rejoint l’EI
Who has been stripped of UK citizenship before Shamima Begum?

Parus depuis :
Les pays nordiques opposés au retour des djihadistes (2019-03-05)
Comment gérer le retour des combattants partis en Syrie? (2019-03-16)
Le Danemark aurait préféré voir ses djihadistes mourir en Syrie (2019-03-27)

Votre évaluation :
Appréciation moyenne : 5 — Nombre de votes : 1

Laissez un commentaire »

| Guerre en Syrie, Politique canadienne, Sécurité, Terrorisme | Mots-clés : , , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


L’hiver, les piétons et la police montréalaise

20 février 2019

Les trottoirs dangereux

À la suite d’une vérification policière au cours de laquelle Lateef Martin a refusé de répondre aux questions d’un patrouilleur, le policier lui a remis une contravention pour avoir circulé dans la rue Messier.

Celle-ci est une rue secondaire du Plateau-Montréal, déserte au moment des faits (1h30 du matin).

Pour ne pas s’enliser dans une discussion sur les circonstances qui entourent cette affaire, limitons-nous à l’infraction reprochée.

L’article 452 du Code de la sécurité routière exige que les piétons empruntent les trottoirs lorsqu’ils existent. Ce qui est le cas le long de la rue Messier.

Peut-on reprocher à un policier de faire respecter la loi ? Oui, on le peut.

Contrairement à ce qu’on pense trop souvent, le rôle d’un policier n’est pas de faire respecter la loi; son rôle est de protéger la population, notamment par l’application de la loi. Nuance.

L’article 7 de la Canadian Constitution se lit comme suit :

Chacun a le droit à la vie, à la liberté et à la sécurité.

Le droit fondamental à l’intégrité physique signifie, pour un piéton, le droit de marcher dans la rue lorsque celle-ci est moins dangereuse que les trottoirs.

Or ces derniers le sont toujours lorsque la ville consacre des ressources insuffisantes à leur déglaçage.

Une ville ne peut donc pas à la fois invoquer des conditions climatiques rigoureuses pour justifier son impuissance à garantir la sécurité des gens et les sanctionner pour des comportements qu’ils n’auraient pas si la ville accomplissait son travail correctement.

Cette attitude répressive est d’autant plus inacceptable que les comportements jugés ‘fautifs’ découlent de l’exercice d’un droit constitutionnel.

Ces jours-ci, les trottoirs de Montréal sont très mal déglacés.

En fin de semaine dernière, je me suis justement rendu sur le Plateau-Montréal où j’ai vu, quelques pas devant moi, un jeune homme tomber paf! sur le dos alors qu’il marchait sur le trottoir de la rue Mont-Royal.

À sa place, je me serais probablement fracturé une vertèbre ou déplacé la colonne vertébrale.

Plus tard ce soir-là, je suis rentré chez moi en circulant dans la rue secondaire qui mène chez moi parce que ses trottoirs étaient aussi glacés que ceux de la rue Mont-Royal.

Attendre pour rien au froid

Les piétons ont le devoir de traverser une rue de manière sécuritaire; ils le peuvent en tout temps lorsque la voie est libre.

Mais ils perdent ce droit aux intersections où la circulation est régie par des feux de circulation.

À ces intersections, les piétons ont l’habitude d’attendre — immobiles l’hiver à -40°C — même lorsque la rue qu’ils s’apprêtent à traverser est complètement déserte.

La raison officielle est qu’on a placé des feux de circulation à ces intersections justement parce qu’elles étaient dangereuses. Mais on oublie d’ajouter qu’elles ne le sont pas 24h par jour, sept jours par semaine.

À Montréal, les automobilistes ne peuvent pas tourner à droite sur un feu rouge. Conséquemment, seules les automobiles circulant sur la rue à traverser représentent une menace pour les piétons. S’il y en a pas d’autos, il n’y a pas de danger.

Ce qui motiverait les piétons à patienter inutilement, ce serait de leur indiquer le temps qu’il leur reste à attendre.

À La Havane, dès que les feux de circulation changent, un compte à rebours s’affiche au bénéfice des piétons et des automobilistes. Comme on peut le voir de 3:18 à 3:23 dans ce diaporama.

Au feu vert, la personne handicapée sait le temps qui lui reste pour traverser la rue. Au feu rouge, le piéton pressé sait combien il lui reste à patienter.

À Laval — une ville particulièrement hostile aux piétons — les feux de circulation peuvent mettre jusqu’à une dizaine de minutes avant de changer. Imaginez-vous, immobile, par un froid sibérien.

À Montréal, les feux de circulation n’affichent que les dernières secondes du compte à rebours : parfois, c’est aussi peu que les six dernières secondes. Et ce, uniquement sur feu vert. Jamais aux feux rouges.

À l’intersection de certaines rues, les piétons qui s’approchent de l’intersection n’ont aucune idée du temps qui leur reste.

Feux à l’intersection de Pie-IX et d’Hochelaga

Ils sont maintenus dans l’ignorance parce que le compte à rebours qui leur est destiné est masqué par le compte à rebours destiné aux piétons qui déambulent sur la rue perpendiculaire (voir photo).

C’est seulement lorsqu’il arrive à l’intersection, directement en face du feu de circulation, que le piéton découvre le peu de temps qui lui reste pour traverser la rue, favorisant l’adoption soudaine de comportements dangereux.

Il suffirait d’inverser l’orientation des feux destinés aux piétons pour corriger ce problème. Cela dure depuis des mois.

Conclusion

Nos décideurs publics veulent favoriser l’utilisation du transport en commun sans jamais tenir compte des intérêts de ceux qui l’empruntent autrement que par l’idée qu’ils s’en font.

On tiendra compte des représentations des associations d’automobilistes et celles des porte-paroles des cyclistes. Mais comme personne ne défend les intérêts des piétons…

Lorsqu’un grand chantier urbain vient bouleverser la circulation d’un quartier, on prendra soin de minimiser les désagréments pour les automobilistes et les cyclistes. Mais on n’hésitera pas à imposer aux piétons de grands détours inutiles parce personne ne se met à leur place.

En bons gestionnaires du budget qui leur est attribué, nos administrateurs publics épargnent sur le déglaçage des trottoirs tout en obligeant les piétons de les emprunter quand même, au risque de leur intégrité physique.

On imposera des amendes aux piétons qui traversent aux feux rouges sous le prétexte qu’ils représentent la moitié des victimes de la route. Or on ne cherchera jamais à comprendre pourquoi ils le font ni comment on peut faciliter l’observance de la règlementation municipale en l’adaptant aux besoins des gens.

Tout cela est la manifestation d’un déficit démocratique. À ne nommer que de simples gestionnaires à des postes décisionnels, nos dirigeants cessent de se voir comme des serviteurs du peuple et on atomise la société en réduisant le citoyen au rang de simple client de services municipaux, voire comme une vulgaire poche d’argent.

Références :
Il reçoit une contravention pour avoir marché dans la rue à cause de la glace
La police cible les piétons
Montreal man contesting ticket for walking on street to avoid icy sidewalk
Nombre record de pannes dans le métro : les conséquences du laisser-faire

Paru depuis :
Est-ce que les boutons pour piétons fonctionnent vraiment? (2019-04-19)

Votre évaluation :
Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

3 commentaires

| Politique municipale, Sécurité | Mots-clés : | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Un pirate trop bavard

13 février 2019


 
Hier à 16h14, j’ai été la cible d’une tentative d’extorsion qui, heureusement, a échoué.

Cela pourrait également vous arriver.

La menace

Voici le courriel que j’ai reçu.

Je vous salue !

J’ai de mauvaises nouvelles pour vous.

10/11/2018 – ce jour-là, j’ai piraté votre système d’exploitation et obtenu un accès complet à votre messagerie.

Pas la peine de changer le mot de passe, mon logiciel malveillant l’intercepte à chaque fois.

Comment ai-je fait ?

Le logiciel du routeur auquel vous étiez connecté ce jour-là comportait une vulnérabilité.

J’ai d’abord piraté ce routeur et y ai placé mon code malveillant.

Lorsque vous êtes entré sur Internet, mon cheval de Troie était installé sur le système d’exploitation de votre appareil.

Après cela, j’ai effectué une sauvegarde complète de votre disque (j’ai tout votre carnet d’adresses, l’historique des sites de visionnage, tous les fichiers, les numéros de téléphone et les adresses de tous vos contacts).

Il y a un mois, je voulais verrouiller votre appareil et demander un peu d’argent pour le déverrouiller.

Mais j’ai jeté un œil sur les sites que vous visitez régulièrement, et j’ai eu grand plaisir à voir vos ressources préférées.

Je parle de sites pour adultes.

Je veux dire — tu es un grand pervers. Vous avez une fantaisie débridée !

Après cela, une idée m’est venue à l’esprit.

J’ai fait une capture d’écran du site Web intime où vous contentez-vous (Comprends-tu ce que je veux dire ?).

Après cela, j’ai fait une vidéo de votre plaisir (en utilisant la caméra de votre appareil). Il s’est avéré magnifique !

Je suis fermement convaincu que vous ne voudriez pas montrer ces photos à vos parents, amis ou collègues.

Je pense que 331€ est une très petite somme pour mon silence.

En plus, j’ai passé beaucoup de temps sur toi !

J’accepte de l’argent uniquement en Bitcoins. Mon portefeuille BTC: 12EMAbSboa1nvg518vcjvogSL4aDwaUCv9

Vous ne savez pas comment reconstituer un portefeuille Bitcoin ?

Dans n’importe quel moteur de recherche, écrivez “comment envoyer de l’argent à un portefeuille de la BTC”. C’est plus facile que d’envoyer de l’argent à une carte de crédit !

Pour le paiement, vous avez un peu plus de deux jours (exactement 50 heures). Ne vous inquiétez pas, la minuterie commencera au moment où vous ouvrez cette lettre. Oui, oui… cela a déjà commencé !

Après paiement, mon virus et vos photos sales avec vous s’autodétruisent automatiquement.

Si je ne reçois pas le montant spécifié de votre part, votre appareil sera bloqué et tous vos contacts recevront une photo avec vos “joies”.

Je veux que tu sois prudent ;
— N’essayez pas de trouver et de détruire mon virus ! (Toutes vos données sont déjà téléchargées sur un serveur distant)
— N’essayez pas de me contacter (ce n’est pas faisable, je vous ai envoyé un email depuis votre compte)
— Divers services de sécurité ne vous aideront pas. Formater un disque ou détruire un périphérique ne vous aidera pas non plus, puisque vos données sont déjà sur un serveur distant.

P.S.— Je vous garantis que je ne vous dérangerai plus après le paiement, car vous n’êtes pas ma seule victime. C’est un code d’honneur des hackers.

À partir de maintenant, je vous conseille d’utiliser de bons antivirus et de les mettre à jour régulièrement (plusieurs fois par jour) !

Ne soyez pas en colère contre moi, tout le monde a son propre travail.

Adieu.

Analyse

Le pirate déclare avoir pris le contrôle de la caméra de mon ordinateur et avoir obtenu des images compromettantes alors je consultais des sites… ‘olé olé’.

Même si je n’ai pas complètement abandonné l’espoir de devenir vedette porno, je ne crois pas que ce pirate soit en mesure de précipiter le lancement ma carrière internationale en divulguant la vidéo magnifique — ce n’est pas moi qui le dit — captée à mon insu.

À l’époque où j’étais sous Windows, on avait réussi à placer un cheval de Troie sur mon ordinateur. Ce virus s’était réveillé un jour en expédiant plus de cinq-cents courriels à partir de mon ordinateur.

Depuis, je suis d’une très grande prudence.

Parmi les nombreuses mesures préventives que j’ai adoptées, j’ai apposé un collant opaque sur la caméra de tous mes appareils mobiles.

Mon MacBook Air à Helsinki

À titre d’exemple, sur la photo ci-dessus, on peut voir le collant vert qui obstrue la caméra située juste au-dessus de l’écran de mon MacBook Air (cliquez la photo pour l’agrandir).

L’adoption de mesures de sécurité sert non seulement à prévenir des attaques, mais elles permettent, dans certains cas, d’avoir la certitude absolue d’être en présence d’un bluff lorsque c’est le cas.

Les petits collants sur mes appareils mobiles m’auront donc évité de payer inutilement une rançon de 331 euros.

Dans toute cette histoire, il y a une chose qui m’intrigue : comment arrive-t-on à fixer une rançon à 331 euros ?

Si vous lisez ces lignes, mon cher pirate, pourriez-vous nous aider à comprendre pourquoi 331 ? De plus, qu’est-ce qui justifie cette tentative d’extorsion à proximité de la Saint-Valentin. Est-ce bien raisonnable… franchement.

Finalement, entre nous, comment pour la vidéo seule ?

Détails techniques de la 2e photo : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 7-14mm F/2,8 — 1/160 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 9 mm

Votre évaluation :
Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

5 commentaires

| Informatique, Sécurité | Mots-clés : | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Médicaments : faut-il faire confiance aux dates de péremption ?

15 janvier 2019
Cliquez sur l’image pour l’agrandir

La fabrication industrielle

S’il est très facile d’homogénéiser les liquides, ce n’est pas le cas de la poudre destinée à être versée dans des capsules vides ou compressée sous forme de comprimés.

Les mélangeurs industriels donnent d’assez bons résultats, mais jamais une homogénéisation parfaite.

À la fabrication, chaque pilule recevra donc une dose très légèrement variable de chaque produit actif.

Au contrôle de qualité, le dosage se fait sur un échantillon de plusieurs comprimés ou capsules afin de minimiser les variations individuelles.

Or il arrive presque toujours qu’on observe des écarts entre la composition mesurée et celle théorique, même dans un échantillon de plusieurs comprimés ou capsules.

Doit-on jeter un lot de millions de capsules parce qu’elles contiennent 99% ou 101% de la dose théorique ?

Si on peut alors fermer les yeux, jusqu’où peuvent aller les écarts ?

En vertu des exigences canadiennes, un médicament ne peut pas être commercialisé si la teneur réelle de ses ingrédients actifs s’éloigne de plus de 5% de celle indiquée sur l’étiquette.

En somme, il est parfaitement légal de vendre des comprimés de 100 mg qui contiennent entre 95 mg et 105 mg du principe actif.

La seule exception est la digoxine, dont l’écart autorisé est de 10%.

La période de validité

L’exigence du 100% (plus ou moins 5%) détermine la durée de validité.

En effet, le fabricant doit garantir en tout temps le respect de cette exigence par son produit.

En d’autres mots, durant toute sa période de validité, un médicament doit contenir au moins 95% de la dose indiquée sur son étiquette. Et si la préparation contient plusieurs ingrédients actifs, dès que l’un d’eux tombe en deçà de son 95%, toute la préparation est considérée comme périmée.

La fin de la garantie

Jusqu’à sa date d’échéance, un médicament est garanti par son fabricant. En somme, ce dernier est responsable de son innocuité. Au-delà de la date de péremption, le fabricant s’en lave les mains.

Il lui en a couté des dizaines de millions$ pour tester son produit chez des animaux de laboratoire. Or un principe actif peut se transformer avec le temps en une multitude de produits de dégradation. Tester l’ensemble d’entre eux couterait une fortune.

Pour l’industrie, il est plus facile d’interdire la consommation du produit au-delà de la période de validité et de se dégager de toute responsabilité dans le cas où le citoyen déciderait d’ignorer cette interdiction.

La FDA américaine (Food and Drug Administration), l’armée américaine et le département de pharmacologie de l’université de Californie (entre autres) ont testé de grandes quantités de médicaments périmés. Leurs études prouvent que les médicaments solides sont beaucoup plus stables qu’on croyait.

Des dangers hypothétiques ?

On ne connait que deux médicaments dont les produits de dégradation sont dommageables.

Le premier est la tétracycline. Elle se décompose en produits toxiques pour les reins.

L’autre est l’acide acétylsalicylique (l’Aspirin™). Celle-ci se décompose en deux produits : l’acide acétique (du vinaigre) et l’acide salicylique (du Compound-W™).

Donc, quand vous prenez quand même des comprimés d’Asprine™ qui sentent le vinaigre, vous avalez une dose de produit qui brule les verrues. Pas très bon pour l’estomac.

L’absence de données en ce qui concerne les autres médicaments est le résultat de l’absence de recherche à ce sujet.

Contrairement à ce qu’on répète sur l’internet, aucune des études effectuées sur des médicaments périmés n’a établi la preuve qu’en consommer serait inoffensif.

Tout au plus, une telle preuve est superflue lorsque le produit contient toujours 100% de la dose, des années après sa date de péremption. Ce qui est vrai dans une minorité des cas.

En se décomposant, un médicament donne-t-il naissance à des produits de dégradation néfastes pour la santé ? Personne n’a de réponse à cette question.

Dans le cas des médicaments pour administration orale, la prudence élémentaire est de respecter les dates de péremption du fabricant.

Raccourcissements pharmaceutiques

Dans tous les cas où les médicaments sont embouteillés par le pharmacien québécois, celui-ci appose systématiquement une vie utile d’un mois (dans le cas des gouttes ophtalmiques ou otiques) ou d’un an pour presque tout le reste.

Dans le cas des gouttes, la date de péremption déterminée par le fabricant est valide tant et aussi longtemps que la bouteille n’est pas ouverte.

Mais dès que chaque goutte utilisée est remplacée dans son flacon par le même volume d’air ambiant, chargé de poussières et de microbes en suspension, cette date devient invalide.

La décision de conseiller aux patients de jeter leurs bouteilles de gouttes un mois après les avoir ouvertes fait consensus parmi les autorités professionnelles.

À l’opposé, je n’ai jamais compris pourquoi il faudrait jeter des comprimés de carbonate de calcium inutilisés après un an. À moins d’une guerre thermonucléaire ou l’ensevelissement sous une coulée de lave volcanique, le carbonate de calcium est éternel.

Même chose pour des inhalateurs. Durant l’utilisation d’un inhalateur, rien ne pénètre dans sa bonbonne. Donc rien ne peut contaminer le médicament et le dégrader plus rapidement que prévu par le fabricant.

Même chose au sujet d’une crème ou d’un onguent topique toujours dans son tube originel.

Pour justifier ce raccourcissement de la vie utile des comprimés et des capsules, on invoque le fait que l’entreposage d’un médicament chez le patient ne correspond jamais aux conditions idéales sous lesquelles le fabricant a déterminé la vie utile de ce produit.

Cela est indéniable. Toutefois, personne n’a la moindre idée de l’ampleur de ce phénomène dans le cas d’un produit que vous vous proposez de jeter un an après l’avoir reçu de votre pharmacien.

Bref, dans l’immense majorité des cas, les raccourcissements de la vie utile des comprimés et des capsules par le pharmacien sont purement arbitraires et ne reposent sur aucune base scientifique.

Références :
Drugs Past Their Expiration Date
Drugs Past Their Expiration Date
Quand j’ai un médicament expiré à la maison
Stability Profiles of Drug Products Extended beyong Labeled Expiration Dates

Détails techniques des photos : Appareil Panasonic GF1, objectif Lumix 20mm F/1,8 — 1/60 sec. — F/1,7 — ISO 100 — 20 mm

Votre évaluation :
Appréciation moyenne : 3.5 — Nombre de votes : 2

4 commentaires

| Santé, Science, Sécurité | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Lac-Mégantic : dans l’attente de la sanction des vrais responsables

23 janvier 2018


 
À l’issue de leur procès, trois employés de MMA ont été reconnus non coupables des accusations qui pesaient contre eux. Rappelons que la MMA est cette compagnie ferroviaire responsable de la catastrophe de Lac-Mégantic qui a couté la vie à 47 personnes.

On se demande pourquoi un tel procès a eu lieu.

Il portait sur des accusations de négligence criminelle. Or pour prouver cela, il faut que les gestes des accusés démontrent une insouciante déréglée ou téméraire (en d’autres mots, excessive ou dangereuse) face à la vie ou la sécurité d’autres personnes. En somme, il faut prouver qu’ils l’ont fait exprès.

Dans le cas du conducteur du train, l’enquête a prouvé qu’il n’avait appliqué que sept freins au lieu de neuf stipulés par les procédures de la MMA pour un convoi de 70 à 79 wagons-citernes et locomotive.

Toutefois, même si le conducteur avait respecté scrupuleusement les directives de la compagnie, les tests réalisés par le Bureau de la sécurité des transports ont révélé qu’il aurait fallu en serrer plus d’une vingtaine pour retenir le train en place.

En effet, afin de minimiser ses frais d’exploitation, la MMA négligeait de remplacer les freins atteints de corrosion (ce qui était le cas de la majorité d’entre eux).

Parce que la compagnie économisait même sur le lubrifiant, la minorité de freins manuels qui fonctionnent correctement n’étaient pas suffisamment lubrifiés. Conséquemment, il était extrêmement difficile de les appliquer.

Les autorités américaines ont imposé 146 950$ d’amendes à la MMA depuis sa création en 2002. Jugée non fiable en raison de ses nombreux manquements à la sécurité, la MMA n’a jamais été autorisée aux États-Unis à faire circuler ses trains avec un seul employé à bord.

Au Canada, aucune amende n’a été payée par la MMA puisque la politique de dérèglementation du transport ferroviaire du gouvernement fédéral reposait (aveuglément) sur l’autodiscipline des transporteurs. Les trains de la MMA pouvaient donc circuler avec un seul employé à bord.

Après une journée d’enfer à rouler sur un réseau ferroviaire en ruine, le conducteur s’est arrêté finalement vers 23h à Nantes où il a dû appeler les pompiers parce que sa locomotive avait pris en feu. Cet incendie spontané résultait d’un défaut d’alimentation en carburant, défaut rafistolé maladroitement par la compagnie.

Laissé seul cette nuit-là comme le prévoyaient les procédures de la compagnie, le train s’est mis en marche et a ensuite dévalé à toute vitesse la pente jusqu’à Lac-Mégantic où il a déraillé dans une courbe au centre-ville.

La question fondamentale à laquelle le jury devait répondre est la suivante : le conducteur n’a appliqué que sept freins, mais le savait-il vraiment ? Épuisé, avec personne pour l’aider, a-t-il réalisé qu’il appliquait un nombre insuffisant de freins ?

Après neuf jours de délibération, le jury en est arrivé à la conclusion que les trois employés de la MMA ne pouvaient pas être tenus criminellement responsables de la catastrophe. Ni le conducteur et encore moins les autres.

En réalité, appliquer sept ou neuf freins, cela n’aurait rien changé à l’issue dramatique. D’où la futilité de ce procès. Espérons que ce jugement ne sera pas porté en appel.

Puisque qu’aucune poursuite criminelle n’est intentée contre le ministère fédéral des Transports — secondairement responsable de cette catastrophe en raison son laxisme — il ne reste plus qu’à attendre les poursuites contre les dirigeants de la MMA pour que justice soit faite.

Références :
Lac-Mégantic: le jury blanchit les trois accusés
Les événements de Lac-Mégantic: comprendre ce qu’est la négligence criminelle
Procès Lac-Mégantic : les trois accusés blanchis par le jury
Tragédie de Lac-Mégantic: les mauvais coupables
Tragédie à Lac-Mégantic – Quand cesseront-ils de se renvoyer la balle ?

Sur le même sujet, sur ce blogue :
La sécurité du transport ferroviaire (2013-07-09)
La responsabilité du gouvernement Harper dans la cinquantaine de décès au Lac-Mégantic (2013-07-11)
Lac-Mégantic : les calculs du gouvernement Harper (2013-07-24)
Pour une réforme complète des chemins de fer canadiens (2013-07-26)
La lourde responsabilité du gouvernement Harper dans la catastrophe de Lac-Mégantic (2013-07-30)
Plaidoyer pour la saisie des actifs de la MMA (2013-07-31)
Lac-Mégantic : le silence étrange du sénateur Boisvenu (2013-08-03)
Les déraillements ferroviaires et la roulette russe du gouvernement Harper (2014-01-20)
La faillite de la dérèglementation ferroviaire du gouvernement Harper (2014-08-20)
Conduire un train de la MMA : bienvenue en enfer (2014-08-29)
Le mépris du Canadien Pacifique (2014-10-04)

Votre évaluation :
Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

Laissez un commentaire »

| Sécurité | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Le sens profond de ‘Je suis Charlie’

8 janvier 2018
Cliquez sur l’image pour l’agrandir

Hier, on commémorait l’attentat contre l’hebdomadaire Charlie Hebdo, survenue il y a trois ans.

Selon un sondage récent, 61% des Français s’identifient encore au slogan ‘Je suis Charlie’, soit dix pour cent de moins qu’il y a un an.

Ceux qui se dissocient de ce slogan, ce sont ceux auprès desquels on en a perverti le sens.

Il ne signifie pas ‘Je suis d’accord avec ce qu’écrit Charlie Hebdo’, ni ‘Je suis d’accord avec le blasphème’ (quel qu’il soit). Il signifie ‘À travers Charlie, c’est moi qu’on veut faire taire’.

Cet attentat était une manière violente de relancer le débat au sujet du blasphème contre l’Islam. Doit-on l’interdire ?

Même s’il n’est pas poli d’attaquer les croyances d’autrui, interdire le blasphème ouvre la porte aux dérives les plus liberticides.

Voyez comment les foules lynchent facilement — sans preuve — toute personne accusée de blasphème au Pakistan et en Malaisie. Rappelons également que Raïf Badawi a dû faire face à une telle accusation pour avoir ridiculisé le clergé obscurantiste de son pays.

Bref, ceux qui se dissocient de ce slogan défendent, souvent sans le savoir, la soumission à une vision étouffante du monde où les violences interpersonnelles sont exacerbées par les privations sexuelles et la misogynie.

Références :
La rumeur meurtrière
Les blasphèmes de Raïf Badawi

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 — 1/1250 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 19 mm

Votre évaluation :
Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

Laissez un commentaire »

| Terrorisme, Tuerie de Charlie Hebdo | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Coup de pouce contre Apple

8 novembre 2017

ca046717
 
Il y eut une époque où le mari infidèle devait absolument éviter que son téléphone portable tombe entre les mains de son épouse.

Mais cette époque est bien révolue.

De nos jours, même le FBI peine à briser le code à quatre chiffres qui protège la confidentialité des téléphones d’Apple.

Or cette compagnie offre maintenant un code à six chiffres et, sophistication suprême, le déverrouillage par empreinte digitale.

Rien n’est plus distinctif qu’une empreinte digitale. Conséquemment, de nos jours, les maris infidèles peuvent dormir sur leurs deux oreilles.

C’est du moins ce qu’a cru un passager de Qatar Airways en partance hier de la capitale qatari en direction de l’Indonésie.

Durant son sommeil, son épouse soupçonneuse a d’abord allumé le téléphone de son mari en appuyant sur le bouton principal.

À l’écran de déverrouillage, l’épouse a délicatement placé le téléphone sous le pouce de son mari endormi. Et bingo ! le téléphone était prêt à livrer ses secrets; courriels expédiés à sa maitresse, factures électroniques des cadeaux somptueux offerts à celle-ci, etc.

Réveillé brutalement par les coups de son épouse, le mari n’a pu contenir la colère déchainée de son épouse. Même les agentes de bord en furent incapables. Les gardiens de sécurité ont bien maitrisé l’épouse, sans réussir à faire taire ses cris et le scandale qu’elle provoquait.

Si bien que l’avion dût atterrir d’urgence au port de Madras, en Inde.

Toute cette histoire prouve que si Apple est assez puissante pour se dresser contre le FBI, ses téléphones ne peuvent résister à la débrouillardise d’une épouse soupçonneuse…

Référence :
Qatar Airways plane forced to land after wife discovers husband’s affair midflight

Votre évaluation :
Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

Un commentaire

| Fait divers, Sécurité | Mots-clés : , , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Radicalisme : Couillard s’en lave les mains

28 juin 2017


 
Interrogé au sujet de ce Québécois musulman accusé récemment d’un acte terroriste commis au Michigan, le premier ministre du Québec a déclaré : « Unfortunately, we cannot disconnect these kinds of events — terrorism — from Islam in general.» (traduction : L’Islam ne peut être dissocié des actes terroristes).

Évidemment, un grand nombre de personnes ont été surprises de l’entendre suggérer que le terrorisme est inhérent à la religion musulmane.

De plus, M. Couillard a cité Emmanuel Macron, le nouveau président français, qui a souligné la double responsabilité de l’État et de la communauté musulmane dans la lutte au terrorisme.

Précisant sa pensée, M. Couillard a demandé aux dirigeants des communautés musulmanes de désavouer sans équivoque toute perversion de l’Islam à des fins violentes.

Ce que M. Couillard oublie de dire, c’est que l’État français a posé un certain nombre d’actes concrets pour s’attaquer à la radicalisation islamiste en France. Par exemple, à la suite de la promulgation de l’état d’urgence, le gouvernement français a fait fermer vingt-sept (27) mosquées soupçonnées de radicalisation.

Une fois ces actions prises, le gouvernement français pouvait aller plus loin et demander aux Français musulmans de mettre eux aussi la main à la pâte en invoquant cette double responsabilité.

En comparaison, qu’a fait M. Couillard dans la partie qui lui incombe de cette double responsabilité ? Il s’est contenté d’accuser ses adversaires de souffler sur les braises de l’intolérance lorsque ceux-ci le pressaient d’agir.

Résumons.

Après les déclarations outrageantes des imams Chaoui et Charkaoui, et après le départ de collégiens québécois pour faire le djihad en Syrie, M. Couillard a promis de s’attaquer à la radicalisation au Québec.

À Montréal, si l’imam Chaoui a été incapable d’ouvrir son centre communautaire musulman, c’est parce que la ville l’en a empêché (et non le gouvernement provincial).

Par ailleurs, les pouvoirs publics ont créé un centre de déradicalisation à Montréal. Il s’agit d’une bonne mesure mais qui n’a jamais fait ses preuves nulle part au monde.

De plus, le gouvernement Couillard a présenté le projet de loi no 59 — retiré depuis parce que liberticide — mais qui était de toute façon une passoire quant à la prévention de la radicalisation.

Depuis, rien de concret. Des mots. Que des paroles. Parfois rassembleuses, parfois incendiaires.

Et pour excuser ce laxisme, il nous dit en substance : « Ce n’est pas de ma faute. C’est de la faute des Musulmans; c’est à eux de faire le ménage dans leur religion.»

En somme, M. Couillard nous dit que le prosélytisme saoudien, il s’en lave les mains. Le financement étranger des mosquées et des imams, il s’en lave les mains. La prédication salafiste au Québec, il s’en lave les mains. Etc.

En faisant porter le blâme de la radicalisation islamiste sur le dos des porte-paroles musulmans, M. Couillard tente de détourner l’attention de l’électorat sur son bilan nul quant à la lutte contre la radicalisation au Québec.

Or cette radicalisation touche non seulement une minuscule partie des Québécois musulmans, mais un nombre beaucoup plus grand de sympathisants de groupes d’extrême droite (qui semblent être le cadet de ses soucis).

En France, Emmanuel Macron suggère que l’État ne peut pas tout faire et que les croyants musulmans doivent soutenir et prolonger l’action de l’État.

Au Québec, toute la politique du gouvernement Couillard à ce sujet est plutôt de croire que les croyances religieuses — même les plus extrêmes — sont du domaine privé et que cela ne le regarde pas. D’où son inaction.

Interrogé à brule-pourpoint au sujet du terrorisme (après 44 minutes d’une entrevue portant sur le rôle de la France au cours du siège de Sarajevo et du génocide au Rwanda), le lieutenant-colonel Guillaume Ancel déclare :

Le sentiment de peur, d’agressivité, que (le terrorisme) peut développer est extrêmement dangereux.

Moi, ce que je crains le plus dans les attentats terroristes, c’est les idiots (…) qui vont décider de se protéger tout seuls, d’aller s’en prendre aux autres, que c’est le boulanger du coin qui est responsable de ça.

C’est eux qui me font peur.

À mon avis, la vraie menace du terrorisme, c’est sur le fonctionnement de notre société.

L’attentat terroriste de Québec nous a appris que nous en sommes là. Or non seulement M. Couillard semble totalement inconscient de la montée de l’extrême droite au Québec, mais il y contribue en pointant un doigt accusateur vers l’ensemble des Musulmans du Québec.

Voilà la dernière chose qu’on doit s’attendre d’un chef d’État.

Références :
After Michigan attack, Quebec Premier calls on Muslim community to play role in preventing terrorism
Bilan de la déradicalisation islamiste dans le Nord de l’Europe
Couillard appelle la communauté musulmane à l’action
Financement des mosquées : le gouvernement en terrain miné
Ftouhi says he has no mental problems: court hearing
Huit questions sur les fermetures de mosquées soupçonnées de radicalisation
Intégrisme et radicalisation : de retour à la case départ
L’islam ne peut être dissocié des gestes commis en son nom, dit Couillard
Philippe Couillard’s tone shift on Islam stuns Quebec Muslims

Votre évaluation :
Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

Laissez un commentaire »

| 2014-2018 (années Couillard), Politique québécoise, Sécurité, Terrorisme | Mots-clés : , , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Délocalisation et sécurité nationale

30 mai 2017

L’histoire d’Ad Lib Inc.

Les premiers microordinateurs IBM-PC sont nés en 1981.

Il s’agissait de gros boitiers métalliques renfermant principalement une carte maitresse.

Cette dernière était dotée de fentes de connexion permettant d’insérer des cartes-filles; une carte vidéo pour connecter l’écran cathodique, une autre carte pour le modem, etc.

En 1987, un ancien vice-doyen de la faculté de musique de l’université Laval se passionne pour la micro-informatique. Il fonde la firme Ad Lib Inc. dont le but est d’améliorer la reproduction sonore des ordinateurs du temps, limités alors à un petit hautparleur de qualité médiocre.

Sa première carte est nommée Ad Lib Personal Computer System, conçue autour de la puce YM3812 de la japonaise Yamaha.

Après des débuts difficiles, cette carte rencontre une immense popularité après que les amateurs de jeux vidéos découvrent que celle-ci améliore considérablement le réalisme des séances du jeu King’s Quest IV.

En moins de deux ans, la carte Ad Lib devient indispensable aux yeux de millions de joueurs.

Mais son créateur, le professeur Martin Prevel, voit grand. Il conçoit une nouvelle carte beaucoup plus performante, l’Ad Lib Gold, conçue autour d’un nouveau microprocesseur, le YMF262 de Yamaha.

Mais ce fournisseur approvisionne également un rival de la compagnie québécoise, soit Créative Labs. Ce rival est japonais, tout comme Yamaha.

Pendant que ce rival expérimente et teste un produit concurrent de l’Ad Lib Gold, Yamaha expédie des puces défectueuses à la compagnie québécois, ce qui retarde le développement de son nouveau produit.

En 1990, Creative Labs sort sa carte Sound Blaster avec des mois d’avance. Quand la québécoise met finalement en marché sa nouvelle carte Ad Lib Gold, celle-ci n’intéresse plus personne et la compagnie doit déclarer faillite deux ans plus tard.

L’informatique de British Airways

En 2016, le nouveau patron de British Airways décidait de délocaliser vers l’Inde la programmation du système informatique de ce transporteur aérien.

L’Inde est reconnue pour la compétence de ses programmeurs. À l’époque du ‘bogue de l’an 2000’, ce sont les programmeurs de ce pays qui ont réécrit de nombreux programmes informatiques.

La fin de semaine dernière, en Angleterre, les avions de la British Airways ont été cloués au sol en raison d’une panne informatique qui a affecté mille vols.

Pour le transporteur, les pertes sont évaluées à 170 millions de dollars canadiens.

Selon le transporteur, la cause serait un pic de courant électrique qui aurait endommagé les principaux ordinateurs utilisés pour les opérations de la compagnie.

La corruption

Alors que rien ne le laisse supposer dans le cas de la British Airways, imaginons le scénario hypothétique suivant.

Une compagnie internationale décide de délocaliser sa programmation informatique. Cette compagnie joue un rôle stratégique dans l’économie d’un pays occidental.

Situé dans le Tiers-Monde, le contractuel est une compagnie fiable qui possède une longue expérience de bons et loyaux services.

Le prix de ses services est très avantageux parce que ses programmeurs coutent beaucoup moins cher. Mais justement pour cette raison, ils sont plus sujets à la corruption.

Si une puissance étrangère veut nuire à l’économie de ce pays occidental, il lui suffit de corrompre non pas les dirigeants de la firme informatique mais n’importe quel employé qui a accès au code source du logiciel élaboré pour la compagnie internationale.

Tout comme Creative Labs a mené Ad Lib Inc. à la faillite.

J’imagine que le jour où un tel scénario se produira, on prendra conscience de ce qui est déjà évident; la délocalisation — qu’il s’agisse d’un logiciel, d’une pièce maitresse ou un composant essentiel à la fabrication d’un produit industriel — peut entrer en conflit avec la sécurité nationale.

Références :
Ad Lib, Inc.
British Airways CEO will not resign despite ‘catastrophic’ IT failure
Author of Sound Blaster: The Official Book talks about the early days of PC audio

Votre évaluation :
Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

Un commentaire

| Sécurité, Sécurité nationale | Mots-clés : , , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


%d blogueurs aiment cette page :