Covid-19 et peuples autochtones : mieux vaut prévenir que guérir

Publié le 15 avril 2020 | Temps de lecture : 3 minutes

Depuis quelques jours, des voix s’élèvent pour réclamer que le gouvernement canadien vienne en aide aux peuples autochtones afin qu’ils se puissent se prémunir contre le Covid-19.

C’est ainsi qu’Anna Banerji, professeure à l’Université de Toronto, a lancé une pétition réclamant l’envoi de militaires et de réservistes canadiens, de même que l’expédition de matériel médical aux communautés nordiques du pays.

Sans qu’il y ait encore de morts, on compte actuellement 8 personnes infectées au Yukon, 5 dans les Territoires du Nord-Ouest, aucun dans le Nunavut et un nombre inconnu dans le Nunavik (le Nouveau-Québec).

À sa conférence de presse de ce matin, le premier ministre du Canada a déclaré : « On a eu deux demandes spécifiques du Québec pour envoyer l’armée au Nunavik et à la Basse-Côte-Nord

Il est certainement souhaitable que les dispensateurs de soins qui exercent dans ces collectivités éloignées aient des tests de diagnostic, du matériel de protection (gants, masques et visières), des respirateurs, de même que les médicaments nécessaires au soulagement symptomatique des gens atteints.

Mais il faut être très prudent quant à l’envoi de militaires canadiens, c’est-à-dire de gens qui pourraient provoquer l’éclosion de la pandémie là où elle n’est pas encore apparue.

Entre le quart et la moitié des personnes contagieuses sont asymptomatiques.

De plus, certaines personnes sont entrées en contact avec le virus depuis tellement peu de temps que leur nez et leur gorge ne sont pas encore devenus des centres de production du virus.

Parmi les militaires et les réservistes que pourrait envoyer le gouvernement, il y aura très certainement des gens qui seront contagieux une fois sur place alors qu’ils étaient encore négatifs au moment de leur départ pour le Grand-Nord canadien.

Bref, si le gouvernement québécois demande l’aide d’Ottawa pour que l’armée achemine du matériel médical au personnel soignant, c’est une excellente idée.

Par contre, l’envoi de soldats et de réservistes fait partie de ces fausses bonnes idées, susceptibles de faire plus de tort que de bien.

Le meilleur remède contre le Covid-19 est de ne pas l’attraper. S’il est vrai que l’éloignement des peuples autochtones est un handicap à leur accès aux soins, par contre cet isolement est un grand avantage lorsque sévit partout ailleurs une pandémie mortelle.

Références :
Au moins 15 cas dans les communautés autochtones, l’armée prête à intervenir
Canada’s bid to beat back coronavirus exposes stark gaps between the provinces
Covid-19 : évaluation actuelle de l’importance des porteurs asymptomatiques

Parus depuis :
L’intense mobilisation des communautés autochtones pour lutter contre la pandémie (2020-05-11)
Une situation « pire qu’elle ne l’a jamais été » ailleurs au Québec (2021-11-08)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : évaluation actuelle de l’importance des porteurs asymptomatiques

Publié le 13 avril 2020 | Temps de lecture : 5 minutes

Introduction

Au cours des premières semaines de la pandémie au Covid-19, les seules personnes qu’on testait au Québec étaient celles qui répondaient à un petit nombre de critères; on devait avoir effectué récemment un voyage à l’Étranger et être atteint de symptômes du Covid-19 (dont la toux et/ou la fièvre).

Lorsqu’on limite les tests aux personnes déjà atteintes de symptômes, il est impossible de déterminer le pourcentage des personnes contagieuses qui sont asymptomatiques.

Pourtant, on sait qu’elles existent.

Les connaissances actuelles

Le 30 janvier 2020, des chercheurs allemands rapportaient le cas d’une transmission du Covid-19 à quatre personnes par une porteuse du virus chez qui les symptômes sont apparus plusieurs jours après avoir été en contact avec eux.

Le 13 février, l’International Journal of Infectious Diseases recevait le sommaire d’une étude qui a cherché à déterminer la proportion des porteurs asymptomatiques parmi les 565 passagers japonais d’un vol de retour en provenance de Wuhan, le berceau de la pandémie.

À leur arrivée en sol japonais, 63 passagers (soit 11,2 %) présentaient des symptômes suggérant une infection au Covid-19.

Toutefois, quelques jours plus tard, lorsque l’ensemble des passagers furent testés, seulement 7 passagers symptomatiques se sont avérés être réellement atteints du Covid-19.

Par contre, chez les 502 passagers qui étaient asymptomatiques (et qui n’ont pas cessé de l’être), 5 étaient positifs au Covid-19.

Ce qui signifie que sur 12 personnes réellement atteintes, 41,6 % étaient asymptomatiques.

Le 21 février, trois médecins chinois rapportaient le cas d’une patiente asymptomatique au sein d’un foyer d’éclosion familiale de six personnes.

Le 19 mars, au cours d’une étude concernant deux foyers d’éclosion du Covid-19 à Zhuhai (près de Canton), on a vérifié la présence du virus chez des personnes atteintes et chez leurs contacts.

Des 18 personnes testées, l’une d’elles était porteuse asymptomatique. Elle l’est demeurée tout au cours de la période d’observation. Sa charge virale au niveau du nez et de la gorge était semblable à celle des personnes qui présentaient des symptômes.

Le 26 mars, le CDC (Centers for Disease Control and Prevention) rapportait que sur les 3 711 passagers du paquebot Diamond Princess, 712 ont été testés positifs au Covid-19. De ce nombre 331, soit 46,5 %, étaient asymptomatiques.

Conclusion

Depuis plusieurs semaines en Allemagne, on vérifie la présence du virus même chez ceux qui n’éprouvent aucun symptôme de l’infection.

Puisqu’on y a déjà testé des centaines de milliers de personnes (symptomatiques ou non), on attend avec impatience la publication d’une étude d’envergure qui résumerait le fruit de l’expérience acquise dans ce pays.

D’ici là, au sein d’une population frappée par la pandémie, on estime grossièrement que la proportion de porteurs asymptomatiques parmi ceux réellement atteints est située entre 25 % et 40 %.

D’où l’importance du port d’un masque filtrant.

Références :
Clinical characteristics of 24 asymptomatic infections with COVID-19 screened among close contacts in Nanjing, China
Could SARS-CoV-2 be transmitted via speech droplets?
COVID-19 : les leçons du dépistage à grande échelle de l’Islande
Estimation of the asymptomatic ratio of novel coronavirus infections(COVID-19)
La nébulisation du Covid-19 en parlant
Nearly half of Diamond Princess cruise ship passengers and crew who had coronavirus were asymptomatic when tested, CDC report says
Not wearing masks to protect against coronavirus is a ‘big mistake’
Presumed Asymptomatic Carrier Transmission of COVID-19
Public Health Responses to COVID-19 Outbreaks on Cruise Ships — Worldwide, February–March 2020
Rational use of face masks in the COVID-19 pandemic
Saliva spray during speech could transmit coronavirus
SARS-CoV-2 Viral Load in Upper Respiratory Specimens of Infected Patients
Transmission of 2019-nCoV Infection from an Asymptomatic Contact in Germany

Parus depuis :
Le coronavirus, maître viral dans l’art du camouflage (2020-04-16)
Coronavirus: le même matériel génétique chez tous les porteurs, avec ou sans symptômes (2020-04-22)
Germany’s Covid-19 expert: ‘For many, I’m the evil guy crippling the economy’ (2020-04-26)
Screening of healthcare workers for SARS-CoV-2 highlights the role of asymptomatic carriage in COVID-19 transmission (2020-05-11)
En Espagne, le tiers des personnes infectées sont asymptomatiques (2020-06-05)
États-Unis: 2 à 13 fois plus d’infections que les chiffres officiels (2020-07-21)
Un nombre plus élevé qu’estimé de Québécois auraient eu la COVID-19 (2020-08-05)
Clinical Course and Molecular Viral Shedding Among Asymptomatic and Symptomatic Patients With SARS-CoV-2 Infection in a Community Treatment Center in the Republic of Korea (2020-08-06)
Asymptomatic transmission of covid-19 (2020-12-20)

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Covid-19 : Évolution en dix jours

Publié le 11 avril 2020 | Temps de lecture : 1 minute

Voici la liste des pays les plus durement affectés par la pandémie au Covid-19.

À titre comparatif, cette liste est complétée par le cas du Québec et de quelques pays d’Extrême-Orient.

Ont été exclus de cette liste, les pays de moins d’un demi-million d’habitants.


Tableau comparatif des pays les plus atteints, en nombre de morts par million d’habitants

Pays au 1er avril au 6 avril au 11 avril
Espagne 194,0 270,9 355,9
Italie 205,5 262,7 321,9
Belgique 72,6 126,9 293,5
France 52,6 120,6 206,5
Pays-Bas 68,3 102,8 153,8
Grande-Bretagne 35,4 74,2 148,6
Suisse 53,8 83,4 120,9
Suède 23,6 39,6 87,6
Irlande 14,7 32,7 66,3
États-Unis 12,4 29,4 62,9
Iran 37,4 44,4 53,7
Danemark 18,6 32,0 46,4
Portugal 18,2 28,7 45,7
Autriche 16,6 23,1 38,2
Allemagne 9,9 19,1 34,7
Québec 3,7 11,1 34,0
Norvège 5,4 13,2 22,2
       
Corée du Sud 3,2 3,6 4,1
Chine 2,4 2,4 2,4
Japon 0,4 0,5 0,9
Hong Kong 0,5 0,5 0,5
Taïwan 0,2 0,2 0,3

Référence : Covid-19 Coronavirus Pandemic

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : la nécessité du port du masque

Publié le 10 avril 2020 | Temps de lecture : 8 minutes
Distributeur automatique de masques chirurgicaux à Shanghai

Introduction

Selon le directeur général du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies, le port du masque est essentiel puisque le virus se transmet principalement par les gouttelettes respiratoires, de personne à personne.

Effectivement, si cette pandémie a réussi à se répandre tout autour du globe en seulement trois mois, c’est qu’elle se propage par l’air inspiré.

Le lavage des mains, tout comme le lavage des pieds, est une bonne habitude à prendre. Mais ni l’un ni l’autre ne sont des moyens efficaces de combattre une pandémie qui se propage en inhalant les gouttelettes respiratoires de personnes atteintes.

L’essentiel est d’éviter l’exposition à des particules virales dans l’air que nous respirons.

La science

Dans de nombreux pays, les directeurs de la Santé publique affirment qu’il n’est pas prouvé scientifiquement que les masques protègent contre le Covid-19. Un avis que partage l’Organisation mondiale de la Santé.

Ces gens ont raison; cela n’est pas prouvé.

Ce qu’on oublie de dire, c’est qu’il n’y a pas grand-chose qu’on a réussi à prouver scientifiquement depuis trois mois au sujet du Covid-19.

Tout ce qu’on possède, ce sont des études publiées à la va-vite en court-circuitant les mécanismes de validation par des pairs.

Pourtant, depuis des semaines, dans les pays où le port du masque est devenu une habitude sociale (pour différentes raisons), il y a beaucoup moins de morts par million d’habitants.

Plus importante contre l’usage généralisé des masques est l’objection selon laquelle les masques procurent un faux sentiment de sécurité.

Les limites des masques

Il n’existe pas de tissus dont la trame est suffisamment fine pour filtrer des particules aussi petites que des virus.

Le Covid-19 mesure environ 20 nm, soit vingt-milliardièmes de mètre.

Les masques N95 sont composés d’une pâte filtrante et non de fibres tissées. Ces masques peuvent filtrer au moins 95 % des particules de cette taille (d’où leur nom).

Qu’en est-il des masques chirurgicaux et des masques artisanaux au cœur desquels se trouve un filtre à café (comme celui suggéré par The Guardian) ?

Les masques chirurgicaux (habituellement bleus) filtrent des gouttelettes de plus de 5 µm tandis qu’un filtre à café bloque des particules de 10 à 15 µm.

Or un nanomètre (nm) est mille fois plus petit qu’un micromètre (µm).

Ce qui veut dire que le virus du Covid-19 est 500 fois et 1000 fois plus petit que les pores respectifs d’un masque chirurgical et d’un filtre à café.

Donc, pour filtrer une particule virale ‘sèche’, tous deux seraient totalement inutiles… si cette particule n’était pas animée d’un mouvement brownien.

Mais précisément en raison de ce dernier, le volume occupé par une particule virale ‘sèche’ en suspension dans l’air est plus grand que la taille réelle du virus. Donc plus grandes sont les chances que le virus soit capté par un filtre.

D’autre part, si le but est de filtrer des gouttelettes de salive chargées de virus, c’est encore mieux.

Il y a deux jours, nous avons résumé les résultats d’une étude comparant les propriétés filtrantes de différents tissus.

Une étude plus récente arrive à des résultats semblables. Celle-ci mesurait le nombre de microorganismes bloqués par un masque porté par des volontaires.

Contre une bruine dont les gouttelettes contenaient un microorganisme de la taille d’un virus (le bactériophage MS2), le pourcentage d’efficacité de masques fabriqués à partir de différents matériaux fut :
• 48,9 % — foulard
• 51,9 % — gaminet (T-shirt)
• 54,3 % — soie
• 57,1 % — taie d’oreiller
• 61,7 % — lin
• 72,5 % — torchon
89,5 % — Masque chirurgical

Dans une étude dont le rapport préliminaire a été rendu public le 2 avril dernier, quatre chercheurs de l’US National Institute of Health ont démontré qu’un masque facial artisanal humide peut bloquer totalement les microgouttelettes émises en parlant.

Une question non résolue concerne justement la contribution de l’humidité à l’efficacité du masque.

Ce rapport préliminaire ne peut en aucun cas constituer une preuve formelle. Toutefois, il est certain que le virus du Covid-19 ne pourrait pas se fixer à des cellules pulmonaires humides s’il était repoussé par l’eau. Doit-on en conclure qu’un masque humide peut davantage arrêter la course du virus vers les poumons ?

Conclusion

Dans la mesure où la pandémie au Covid-19 se propage par des gouttelettes respiratoires, les masques artisanaux, à défaut de mieux, offrent une protection de nature à contribuer de manière importante à l’efficacité des moyens mis en œuvre jusqu’ici pour combattre la propagation du Covid-19.

Aux États-Unis, les plus récentes recommandations du CDC (Centers for Disease Control and Prevention) se lisent comme suit :

CDC recommends wearing cloth face coverings in public settings where other social distancing measures are difficult to maintain (e.g., grocery stores and pharmacies), especially in areas of significant community-based transmission.

Traduction libre : ‘Le CDC recommande le port public d’un masque artisanal là où les autres mesures de distanciation sociale sont difficiles à respecter (par exemple, à l’épicerie ou à la pharmacie), particulièrement dans les milieux touchés par une importante propagation communautaire.’

Références :
Airborne transmission of SARS-CoV-2: the world should face the reality
Could SARS-CoV-2 be transmitted via speech droplets?
Detection of Air and Surface Contamination by Severe Acute Respiratory Syndrome Coronavirus 2 (SARS-CoV-2) in Hospital Rooms of Infected Patients
Devrions-nous tous porter des masques?
Du N95 au P100 : comprendre l’utilité des masques contre le coronavirus
La nébulisation du Covid-19 en parlant
La place des masques en tissus dans la prévention du Covid-19
Montreal student in virus-plagued China: ‘I try not to freak out’
Not wearing masks to protect against coronavirus is a ‘big mistake’
Pandémie de Covid-19 : mesures barrières renforcées pendant le confinement et en phase de sortie de confinement
Rational use of face masks in the COVID-19 pandemic
Respiratory virus shedding in exhaled breath and efficacy of face masks
Saliva spray during speech could transmit coronavirus
Testing the Efficacy of Homemade Masks: Would They Protect in an Influenza Pandemic?
Transmission Potential of SARS-CoV-2 in Viral Shedding Observed at the University of Nebraska Medical Center
Use of Cloth Face Coverings to Help Slow the Spread of COVID-19

Parus depuis :
Comment un masque protège-t-il contre le virus SARS-CoV-2 ? (2020-04-14)
Visualizing Speech-Generated Oral Fluid Droplets with Laser Light Scattering (2020-04-15)
Fabriquer un masque : quel tissu est plus efficace pour se protéger? (2020-04-18)
Qu’attend Québec pour imposer le masque? (2020-04-18)
L’Académie de médecine favorable au port obligatoire du masque (dès maintenant) (2020-04-22)
Coronavirus face masks: why covering up is becoming the new normal (2020-04-26)
Masks protect the wearer, too – and lower our risk for contracting COVID-19 (2020-04-26)
Des masques périmés depuis 11 ans qui craquent sur le visage des infirmières (2020-04-28)
A Hongkong, la prise en charge au plus tôt des malades a permis d’éviter la crise sanitaire (2020-05-07)
Risque de transmission aéroportée du coronavirus SARS-CoV-2 : de l’importance du port du masque et de locaux bien ventilés (2020-05-09)
Face Coverings, Aerosol Dispersion and Mitigation of Virus Transmission Risk (2020-05-15)
A modelling framework to assess the likely effectiveness of facemasks in combination with ‘lock-down’ in managing the COVID-19 pandemic (2020-06-10)
Coronavirus : le port généralisé du masque pourrait empêcher une deuxième vague (2020-06-10)
Québec doit rendre le port du masque obligatoire, réclament médecins et experts (2020-06-11)
Association of country-wide coronavirus mortality with demographics, testing, lockdowns, and public wearing of masks (2020-06-15)
Face Masks Considerably Reduce COVID-19 Cases in Germany (2020-06-15)
Visualizing the effectiveness of face masks in obstructing respiratory jets (2020-06-30)
Absence of Apparent Transmission of SARS-CoV-2 from Two Stylists After Exposure at a Hair Salon with a Universal Face Covering Policy (2020-07-17)
Two metres or one: what is the evidence for physical distancing in covid-19? (2020-08-25)
Ability of fabric face mask materials to filter ultrafine particles at coughing velocity (2020-09-04)
(Historique) Panique à Québec : dans les coulisses de la course aux masques (2020-12-15)
COVID-19 : les masques bloquent 99,9 % des grosses gouttelettes à risque (2020-12-23)
Talking can spread Covid as much as coughing, says research (2021-01-20)
Les travailleurs de la santé veulent être mieux protégés (2021-01-23)
Des masques N95 aux soignants… 10 mois après une recommandation (2021-03-16)
COVID longue : Des milliers de travailleurs de la santé atteints (2023-09-21)

Pour la fabrication d’un masque artisanal :
Un patron de masque artisanal contre le Covid-19

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Covid-19 : pouvoir filtrant de divers tissus

Publié le 8 avril 2020 | Temps de lecture : 4 minutes

Peut-on faire confiance à des masques artisanaux ?

C’est la question à laquelle ont tenté de répondre trois chercheurs américains en 2010.

Leur étude visait à vérifier dans quelle mesure des jets d’eau propulsés à deux vitesses différentes — 5,5 et 16,5 cm/sec.— réussissaient à traverser une couche de diverses textiles : gaminet (T-shirt), foulard, serviette de bain, et coton ouaté (ou molleton).

Il s’agissait de donner des indices de l’efficacité d’un masque artisanal porté par celui qui éternue ou qui tousse.

Ce modèle expérimental est moins pertinent pour celui qui n’est pas atteint du Covid-19 et qui voudrait se fabriquer un masque pour se protéger des autres.

En pareil cas, le porteur d’un masque exerce une pression négative en inspirant au travers du masque qu’il porte. Ce qui n’a pas été évalué dans le cadre de cette expérience.

En dépit de ces lacunes, les résultats de l’étude permettent de voir que certains tissus ne sont pas propices à la fabrication d’un masque artisanal.

Les gaminets ont bloqué moins de 14 % des gouttelettes.

Les foulards en ont bloqué entre 11 et 27 %.

Les serviettes de bain ont fait un peu mieux entre 34 et 40 %.

Les cotons ouatés ont bloqué entre 18 et 30 % des gouttelettes sauf celui de marque Hanes qui a bloqué 60 % d’entre elles. Dans l’étude, ce fut le matériau le plus performant.

À titre de comparaison, les masques N95 bloquent plus de 95 % des particules, y compris celles mesurant 20 nm (vingt-milliardièmes de mètre), soit la taille d’un virus.

D’autres études ont révélé que les masques chirurgicaux (contrairement aux masques N95) bloquent entre 11 et 49 % des gouttelettes, ce qui est comparable à l’efficacité de certains tissus testés dans cette expérience-ci.

Il faut garder à l’esprit la possibilité que les masques chirurgicaux d’aujourd’hui soient plus performants que ceux d’il y a une décennie.

Soulignons que l’efficacité d’un tissu ne dépend pas seulement de sa composition, mais aussi du diamètre de ses fibres et de leur densité.

C’est ce qui explique sans doute que les gaminets, légers parce que portés généralement l’été, ont été beaucoup moins efficaces que les cotons ouatés (ou molletons).

Pour terminer, il est probable qu’un masque artisanal composé de deux couches de tissus (au lieu d’une) offre une protection appréciable dans un contexte de pénurie d’articles de protection antivirale, particulièrement si on a pris soin d’insérer un filtre à café entre elles.

Références :
Evaluation of the Filtration Performance of Cloth Masks and Common Fabric Materials Against 20–1000 nm Size Particles
How to make a non-medical coronavirus face mask – no sewing required
Les masques maison sont très populaires malgré des avis partagés sur leur efficacité
Transmission Potential of SARS-CoV-2 in Viral Shedding Observed at the University of Nebraska Medical Center

Parus depuis :
Comment un masque protège-t-il contre le virus SARS-CoV-2 ? (2020-04-14)
Visualizing Speech-Generated Oral Fluid Droplets with Laser Light Scattering (2020-04-15)
Performance of fabrics for home-made masks against spread of respiratory infection through droplets: a quantitative mechanistic study (2020-04-20)
Masks protect the wearer, too – and lower our risk for contracting COVID-19 (2020-04-26)
Visualizing the effectiveness of face masks in obstructing respiratory jets (2020-06-30)
Ability of fabric face mask materials to filter ultrafine particles at coughing velocity (2020-09-04)

Sur le même sujet :
Testing the Efficacy of Homemade Masks: Would They Protect in an Influenza Pandemic?
Un patron de masque artisanal contre le Covid-19

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La nébulisation du Covid-19 en parlant

Publié le 7 avril 2020 | Temps de lecture : 2 minutes

On sait depuis longtemps qu’il suffit de tousser ou d’éternuer pour émettre des milliers de gouttelettes capables de propager des infections.

Voilà pourquoi les autorités sanitaires recommandent de tousser ou d’éternuer dans le creux de notre coude.

De plus, en parlant, nous émettons des gouttelettes de salive (appelées postillons) qui, elles aussi, peuvent transmettre des maladies infectieuses.

Jusqu’ici, on croyait qu’en raison de leur taille, les postillons ne voyageaient pas très loin, tombant au sol assez rapidement.

D’où la distance sanitaire recommandée de 1,5 ou 2 mètres, selon les pays.

Selon une étude dont le rapport préliminaire a été rendu public le 2 avril dernier, quatre chercheurs de l’US National Institute of Health ont démontré que le simple fait de prononcer les mots ‘Stay Healthy’ génère des centaines de gouttelettes invisibles à l’œil nu.

Leur nombre est proportionnel à l’intensité de la voix. Leur taille suffit à transporter des milliers de virus.

Heureusement, un masque facial artisanal humide peut réduire totalement la quantité de microgouttelettes émises.

En temps normal, ces gouttelettes se composent essentiellement de salive et contiennent peu de sécrétions nasales ou pulmonaires.

Toutefois, lorsqu’on éternue ou qu’on tousse, la bouche est le passage obligé de l’air expulsé; elle se contamine alors soudainement de virus chez les personnes infectées en provenance de leur gorge ou de leurs poumons.

Chez ces personnes, on trouve alors un grand nombre de particules virales de Covid-19 dans la salive ‘buccale’ — ‘buccale’ pour la distinguer de celle qui tapisse la gorge — même si leurs glandes salivaires elles-mêmes ne sont pas un lieu de prolifération du Covid-19.

Références :
Audio Interview: Practical Measures to Help Prevent Covid-19
Coronavirus : la seule respiration pourrait suffire à transmettre l’infection à Covid-19
Coronavirus might spread much farther than 6 feet in the air. CDC says wear a mask in public
Could SARS-CoV-2 be transmitted via speech droplets?
COVID-19 Outbreak Associated with Air Conditioning in Restaurant, Guangzhou, China, 2020
Les mystères du Covid-19
Saliva spray during speech could transmit coronavirus
Turbulent Gas Clouds and Respiratory Pathogen Emissions

Paru depuis :
La COVID-19 peut se propager dans l’air, confirment les autorités sanitaires américaines (2020-10-06)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : Évolution en cinq jours

Publié le 6 avril 2020 | Temps de lecture : 2 minutes

Voici la liste des pays les plus durement affectés par la pandémie au Covid-19. Ces pays sont classés par le nombre de morts par million d’habitants (mpm).

À titre comparatif, cette liste est complétée par le cas du Québec et de quelques pays d’Extrême-Orient.

Ont été exclus de cette liste, les pays de moins d’un demi-million de personnes.

Que nous dit ce tableau ?

Le nombre cumulatif des morts n’est plus en croissance exponentielle en Italie. En dépit du fait que cela n’est pas aussi évident, c’est aussi le cas en Espagne.

Ce qui laisse entrevoir une embellie pour ces deux pays si les mesures de confinement continuent d’être respectées.

À l’heure actuelle, il est trop tôt pour penser au relâchement des mesures sanitaires en Europe.

Au Québec, le nombre de morts y est en croissance exponentielle, à la moitié de la mortalité américaine.

Au Japon, l’épidémie poursuit sa lente progression.

Quant à la Chine, la Corée du Sud et Taïwan, le nombre de nouveaux cas et de nouveaux décès y est minime.

Ces pays seront guéris un mois après le dernier nouveau cas décelé. D’ici là, ils devront poursuivre leur politique de dépistage et de confinement des personnes atteintes.

Une fois ces pays guéris, leurs citoyens seront libres de vaquer à leurs occupations.

Toutefois, tant que l’épidémie n’aura pas disparu du globe, il leur restera à maintenir la mise en quarantaine systématique de tout nouvel arrivant. Sinon, l’épidémie reviendra chez eux.


Tableau comparatif des pays les plus atteints

Pays N. de morts au 6 avril mpm au 1er avril mpm au 6 avril
       
Espagne 12 641 194,0 270,9
Italie 15 887 205,5 262,7
Belgique 1 447 72,6 126,9
France 8 078 52,6 120,6
Pays-Bas 1 766 68,3 102,8
Suisse 715 53,8 83,4
Grande-Bretagne 4 934 35,4 74,2
Iran 3 603 37,4 44,4
Suède 401 23,6 39,6
Irlande 158 14,7 32,7
Danemark 179 18,6 32,0
États-Unis 9 616 12,4 29,4
Portugal 295 18,2 28,7
Autriche 204 16,6 23,1
Allemagne 1 584 9,9 19,1
Québec 121 3,7 14,3
Norvège 71 5,4 13,2
       
Corée du Sud 183 3,2 3,6
Chine 3 331 2,4 2,4
Hong Kong 4 0,5 0,5
Japon 85 0,4 0,5
Taïwan 5 0,2 0,2


Référence : Covid-19 Coronavirus Pandemic

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Le Canada et les masques N95

Publié le 5 avril 2020 | Temps de lecture : 5 minutes

La guerre des masques

Puisque la pandémie au Covid-19 se propage principalement par l’air que nous respirons, toute personne qui désire se protéger à l’aide d’un masque N95 devrait pouvoir le faire.

Mais voilà, on en manque. Ce qui oblige nos gouvernements à les réserver pour ceux qui sont au front de la lutte contre la pandémie. À juste titre.

« Ça joue dur.» C’est par ces mots que le premier ministre du Québec faisait allusion à la compétition féroce que se livrent les pays afin d’acquérir du matériel médical de protection.

Le 15 mars, on apprenait la tentative des États-Unis de s’approprier l’exclusivité — pour la somme d’un milliard de dollars — d’un vaccin que cherche à mettre au point un laboratoire allemand.

Ces jours-ci, sans viser directement Washington, la présidente du Conseil régional d’Ile-de-France accuse ‘des Américains’ d’avoir détourné des masques destinés à la région parisienne.

Dans un pays aussi contrôlé que la Chine, on voit mal comment des contrebandiers américains pourraient exercer sur le tarmac d’aéroports chinois sans que les États-Unis aient officieusement obtenu la permission des autorités chinoises de les laisser opérer.

Une accusation analogue a été formulée par le ministre terre-neuvien de la Santé et le président français du Conseil régional du Grand Est.

Le 2 avril, un importateur québécois recevait une partie de sa commande de masques chinois; il a bien reçu les masques sanitaires, mais pas les 10 000 masques KN95 qui, eux, ont été expédiés par erreur en Ohio. On ignore si l’erreur a été corrigée par le transporteur.

Le 3 avril, un ministre de la cité-État de Berlin a accusé les États-Unis de piraterie après que 200 000 masques N95 destinés à la police berlinoise eurent été détournés à Bankok vers les États-Unis.

Cette semaine, les États-Unis ont officiellement interdit à un fabricant américain de masques N95 d’exporter une partie de sa production vers le Canada.

La France fait pareil. En vertu d’un décret adopté récemment, les masques fabriqués par la succursale française de Medicom seront uniquement destinés à la France.

La Chine fait l’inverse. Dans ce pays, les simples citoyens ont de la difficulté à obtenir des masques parce que leur pays préfère vendre au plus vite (et aux plus offrants) des milliards$ d’équipement de protection médicale pendant que les pays occidentaux se battent pour en avoir.

Bref, c’est la foire d’empoigne entre les pays pour obtenir des masques.

L’atout secret du Canada

Ces jours-ci, la France attend la livraison de près de deux-milliards de masques chinois.

Dans la lutte contre le Covid-19, vouloir une telle quantité de masques est raisonnable pour un grand pays.

Le Canada pourrait, lui aussi, obtenir autant de masques et même, les obtenir assez rapidement.

Mais comment est-ce possible ?

Parmi tous les pays qui se battent pour obtenir des masques, le Canada possède un atout qui vaut de l’or, à donner à la Chine en plus du prix usuel pour les masques; Mme Wanzhou, une des dirigeantes de Huawei.

Celle-ci est détenue au Canada en vertu d’un mandat d’arrestation que les États-Unis mirent trois mois à justifier.

Essentiellement, cette affaire est une farce, pour les raisons expliquées dans le texte ‘L’affaire Huawei : dure pour le Canada, la vie de caniche américain’.

Donald Trump a déjà déclaré que si elle était détenue aux États-Unis, il l’aurait libérée en échange d’un bon accord commercial avec la Chine.

Au Canada, elle pourrait être exfiltrée vers la Chine et remplacée par un sosie. Cela serait fait clandestinement puisque la résidence où elle est confinée est certainement épiée par des espions américains.

Lorsque la substitution sera découverte après l’élection présidentielle américaine, on fera semblant d’être surpris. Ce qui justifiera une enquête-bidon qui aboutirait à un cul-de-sac, raison d’État oblige.

Tout dépend d’Ottawa : est-ce que les vies de centaines ou de milliers de Canadiens — qu’on pourrait sauver en se procurant suffisamment de masques — valent plus que l’issue d’une affaire juridique qui est une source d’embarras pour le pays depuis plus d’un an ?

Références :
Coronavirus: anger in Germany at report Trump seeking exclusive vaccine deal
COVID-19 : des Américains rachètent en Chine un lot de masques destinés à la France
Des masques destinés au Canada détournés vers d’autres pays?
Des masques perdus à cause d’une erreur informatique?
La guerre des masques
La France a commandé près de 2 milliards de masques en Chine
La République Tchèque aurait détourné des masques et des appareils respiratoires destinés à l’Italie
Les États-Unis demandent à 3M de ne plus envoyer de masques au Canada
US accused of ‘modern piracy’ after diversion of masks meant for Europe
Washington assure n’avoir jamais acheté à la Chine de masques destinés à la France

Parus depuis :
Plus d’un million de masques commandés pour le Canada resteront en Inde (2020-04-23)
90 000 masques destinés au Québec disparaissent à l’aéroport de Toronto (2020-05-28)

Compléments de lecture :
La bataille pour fabriquer du liquide désinfectant québécois (2020-04-20)
Boris Johnson: we considered ‘aquatic raid’ on Netherlands to seize Covid vaccine (2024-09-28)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : les urnes funéraires de Wuhan

Publié le 3 avril 2020 | Temps de lecture : 8 minutes

Introduction

Afin d’incriminer la Chine, on publie ces jours-ci des photos prises à Wuhan — le berceau de la pandémie au Covid-19 — qui montrent les files de citoyens qui attendent de recevoir l’urne funéraire d’un être cher.

On suggère ainsi que l’épidémie a causé beaucoup plus de victimes que ce que suggèrent les chiffres officiels.

De plus, on affirme qu’en début d’épidémie, les responsables chinois n’auraient comptabilisé que les morts survenus en établissements de Santé. Comme en France.

En début de pandémie

Au début de l’infection, les dirigeants de la province d’Hubei se sont empressés d’emprisonner les lanceurs d’alerte, accusés de saper l’harmonie sociale en répandant des nouvelles inquiétantes.

Mais quand il s’est avéré qu’on avait effectivement affaire à un problème sanitaire majeur, les choses ont été rapidement prises en main par Beijing; les autorités locales ont été limogées au profit d’hommes de confiance de Xi Jinping.

Ce dernier a alors ordonné la mise en quarantaine de dizaines de millions de personnes en plus d’annuler les célébrations de la Nouvelle année chinoise. À défaut de quoi, des centaines de millions de travailleurs chinois seraient retournés dans leurs provinces respectives, répandant l’infection partout dans le pays.

Dès la mi-janvier, les autorités chinoises ont publié le code génétique du virus, permettant ainsi la fabrication de tests de diagnostic.

Le bilan chinois

Au 1er avril 2020, il y avait 2,4 morts causées par le Covid-19 par million de personnes (mpm) en Chine, 3,2 mpm en Corée du Sud, 0,4 mpm au Japon, et 0,2 mpm à Taïwan.

Indépendamment de leurs systèmes politiques, les citoyens de ces pays sont soumis à un contrôle social beaucoup plus important de la part de l’État que chez nous et ont une longue habitude du port du masque sur la voie publique (pour différentes raisons).

Compte tenu des données dans les pays environnants, le bilan chinois est donc plausible. Dans tous les cas, on est loin du bilan de 12,4 mpm (présentement) en sol américain.

De retour au sujet des urnes

La population du Québec est de 8,5 millions de personnes. En 2018, 68 000 Québécois sont décédés, principalement de causes naturelles.

L’agglomération urbaine de Wuhan compte onze-millions d’habitants. En présumant que le taux de mortalité dans cette mégapole est analogue à celui au Québec, il y aurait 88 000 morts par année.

Ce qui veut dire que durant les trois mois de l’épidémie de Covid-19, il y aurait eu 22 000 morts dans cette mégapole, sans compter la mortalité additionnelle due au Covid-19.

Bref, en quoi une file de quelques centaines de personnes attendant une urne funéraire prouve quoi que ce soit ?

L’inquiétude de Washington

Donald Trump s’est fait élire sous la promesse de redonner la gloire d’autrefois à son pays.

Quatre ans plus tard, aux élections présidentielles de novembre prochain, il devra justifier pourquoi la bourse s’est effondrée, pourquoi des millions de travailleurs américains sont maintenant sans emploi, pourquoi la dette américaine est montée en flèche, et pourquoi le taux de mortalité du Covid-19 dans son pays dépasse celui de nombreux autres pays.

Et, humiliation suprême, les États-Unis seront devenus (temporairement) la deuxième puissance économique mondiale, derrière la Chine.

La réponse américaine à ces questions est simple : parce que la Chine a caché la dangerosité du virus ‘chinois’ et qu’elle l’a laissé sortir de chez elle.

Tout l’arsenal de propagande des États-Unis (aidés par les ONG qu’ils financent) s’évertueront à nous convaincre d’ici novembre que Donald Trump a été induit en erreur par les mensonges de Beijing, lui si vertueux en matière de franchise…

Malheureusement, même en ignorant le bilan ‘falsifié’ de le Chine, la lutte américaine contre le Covid-19 sera un fiasco qui aura obligé ce pays à se comporter comme un brigand dans l’acquisition du matériel médical de protection.

Le fond du problème

Au début, la pandémie s’est répandue autour du globe par le biais des voyages aériens transcontinentaux.

Puisque les gens qui ont les moyens d’effectuer de tels voyages sont principalement des Occidentaux, ce sont leurs pays qui furent les premiers affectés, après les pays voisins de la Chine.

Malheureusement pour nous, les pays occidentaux sont aussi ceux dont les dirigeants ont cédé aux chantres de la mondialisation aveugle.

Quand Trump interdit à un fabricant américain d’exporter ses masques N95 vers le Canada, il a raison; son pays est 3 à 4 fois plus atteint que le Canada. Que ferions-nous à sa place ? Et si l’ONU avait le pouvoir de trancher ce différent, est-on certain qu’elle donnerait raison au Canada ?

La France fait pareil. En vertu d’un décret adopté récemment, la production de masques par la succursale française de Medicom sera uniquement destinée à la France.

Le gars stupide, ce n’est pas Trump ou Macron; c’est celui qui laisse produire en Inde et en Chine de l’équipement médical de première nécessité et des médicaments essentiels à la vie de ses citoyens et qui se dit : « Si jamais on en a besoin, on leur fera signe…»

Dans le cas des médicaments, les pénuries actuelles ne surprendront personne. De telles pénuries se succèdent depuis plus d’une décennie.

Dès 2011, j’écrivais sur ce blogue : ‘Le jour où l’approvisionnement en médicaments sera jugé aussi stratégique que l’approvisionnement en pétrole, les gouvernements seront davantage soucieux d’établir des règles qui garantissent à leurs citoyens l’accès ininterrompu en médicaments essentiels à leur vie.´

Malheureusement, le Canada n’a constitué et maintenu de réserves stratégiques ni pour l’équipement médical ni pour des médicaments de base.

De plus, le Canada n’a rien retenu de la pandémie de SRAS de 2003.

On n’a pas équipé les douaniers de scanneurs thermiques, tant aux aéroports qu’aux frontières. Contrairement à la Chine, à la Corée du Sud, au Japon et à Taïwan.

Actuellement, à Beijing, à l’aide de scanneurs thermiques, on vérifie la température de toute personne qui se promène à l’extérieur. Même si nos directeurs de Santé publique recommandaient qu’on fasse pareil, on ne pourrait tout simplement pas donner suite à cette suggestion.

Le fédéral n’a institué aucun mécanisme de concertation qui permettrait aux provinces d’assurer le suivi des voyageurs qui confient spontanément aux douaniers canadiens être atteints de symptômes suggérant l’infection au Covid-19.

Contrairement aux pays démocratiques d’Extrême-Orient, Ottawa n’a institué aucun plan de confinement obligatoire des voyageurs atteints. Pas de test. Rien. Jusqu’à tout récemment, on entrait dans le pays comme dans une grange.

Tout ce que le fédéral a fait, c’est distribuer des feuillets de renseignements. Wow ! Quel bel effort…

Conclusion

Il est futile de chercher des puces à la Chine.

Le fiasco occidental dans la lutte contre le Covid-19 nécessite une réflexion profonde sur le lien qui unit nos États à leurs peuples.

Suffit-il d’élire nos dirigeants (ce qui est mieux que rien) pour que nous faire accepter le fait que dès qu’ils prennent le pouvoir, ils servent de paravent à une machine étatique à la solde du grand capital international ?

En somme, est-ce que la démocratie parlementaire (élire ses dirigeants) est le seul modèle de démocratie ? Puisque ce n’est pas le cas, est-il vain de désirer mieux ?

Je crois que l’âge des révoltes approche…

Références :
L’âge des révoltes
Les États-Unis demandent à 3M de ne plus envoyer de masques au Canada
Les pénuries de médicaments
Plus d’un million de masques retenus en Inde

Paru depuis :
Des études montrent que la pandémie de Covid-19 a commencé sur un marché de Wuhan et que deux lignées virales ont été transmises à l’homme (2022-07-29)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les mystères du Covid-19

Publié le 2 avril 2020 | Temps de lecture : 8 minutes

Anatomie du Covid-19

Le Covid-19 se compose de deux parties distinctes; une coquille protectrice qui emprisonne un contenu qui lui est indépendant.

Sa coquille grasse et molle est hérissée d’excroissances. Quant à son contenu, il est comme la Belle au bois dormant; vivant mais inerte.

Ce n’est pas le baiser d’un prince charmant qui réveille le Covid-19. Dès que le contenu du virus se retrouve à l’intérieur d’une cellule, c’est alors que le virus s’éveille.

Depuis le début de la vie sur Terre, les espèces vivantes sont confrontées à des microorganismes hostiles. Pour s’en protéger, elles ont développé des mécanismes qui empêchent les microbes d’entrer dans leurs cellules.

Si bien que très peu d’espèces vivantes sont formées de cellules qui laissent entrer les coronavirus.

Selon les connaissances actuelles, seuls la chauvesouris, le chameau, les primates, les furets, la civette palmiste masquée et le hamster doré font exception à cette règle.

À elle seule, la chauvesouris est un immense réservoir de coronavirus. À partir des grottes du sud de Chine, on a identifié deux-mille souches différentes de coronavirus chez cet animal.

C’est ainsi qu’en 2015, la virologue Shi Zhengli a découvert que le virus du SRAS tirait son origine spécifiquement de la chauvesouris Rhinolophus ferrumequinum (ou Grand rhinolophe fer à cheval).

Heureusement, l’immense majorité des coronavirus sont incapables de pénétrer dans les cellules des primates (dont les humains).

Sept le peuvent. Quatre font partie du groupe hétéroclite des virus responsables d’infections respiratoires bénignes; on estime que de 15 à 30 % des rhumes banals sont causés par un coronavirus.

Mais trois coronavirus peuvent causer de graves épidémies : le virus du SRAS, celui du SRMO et le tout dernier, le Covid-19.

La plupart des virus respiratoires qui s’attaquent à l’humain colonisent soit les voies respiratoires supérieures (nez, bouche et gorge) ou bien les voies respiratoires inférieures (les poumons).

Les premiers provoquent des infections qui se répandent facilement, mais dont la gravité est généralement mineure. Ceux qui s’attaquent aux poumons se transmettent plus difficilement, mais causent des symptômes beaucoup plus graves.

Le Covid-19 est capable d’infecter tout le système respiratoire. Ce qui le rend à la fois très contagieux et très virulent.

Il se transmet non seulement par la toux, mais aussi par les gouttelettes de salive (ou postillons) projetées en parlant.

Voilà comment il se propage d’une personne à l’autre.

Mais comment le virus du Covid-19 réussit-il à déjouer les mécanismes cellulaires de défense que l’espèce humaine a mis des centaines de milliers d’années à developper ?

Les ventouses du Covid-19

Si la ‘coquille’ du Covid-19 est hérissée d’excroissances, ce n’est pas à titre décoratif.

Celles-ci sont des ‘ventouses’ qui adhèrent à des récepteurs à la surface de nos voies respiratoires.

Pour entrer dans une cellule, le coronavirus doit fixer une de ses excroissances au cœur (ou site actif) d’un enzyme appelé ACE2 (ou Enzyme de Conversion de l’Angiotensine 2). Cet enzyme est présent à la surface de certaines de nos cellules.

C’est la muqueuse du nez qui possède la plus forte concentration de récepteurs à Covid-19 de tout le système respiratoire. Chez les personnes symptomatiques, on récolte dans le nez entre un tiers et un demi-million de copies du virus par écouvillon.

Les ‘ventouses’ du Covid-19 adhèrent tellement bien à l’ACE2 (en comparaison avec celles du SRAS) qu’il faut beaucoup moins de copies du Covid-19 pour que l’une d’elles réussisse à entrer dans une cellule et débuter l’infection.

Évidemment, au cours de son évolution, l’espèce humaine n’a pas développé l’ACE2 pour qu’un jour des coronavirus puissent s’y fixer et nous rendre malades.

En plus des voies respiratoires, on trouve cet enzyme dans le cœur, le rein, l’intestin et les testicules.

L’ACE2 sert principalement à fabriquer une substance vasodilatatrice essentielle au bon fonctionnement du cœur et des reins.

On ne sait pas très bien pourquoi nous avons des ACE2 dans nos poumons. Peut-être servent-ils à dégrader des protéines et faciliter le nettoyage des bronches.

De tous les organes qui contiennent de l’ACE2, c’est le système respiratoire qui sert de porte d’entrée à l’infection par le Covid-19.

Comment procède-t-il ?

Lorsqu’une des excroissances du virus se fixe fermement sur une molécule d’ACE2, il en bloque le fonctionnement.

La réaction de la cellule est alors de phagocyter le virus tout entier, c’est-à-dire de l’entrainer à l’intérieur de la cellule.

Or à l’intérieur des cellules, les vacuoles servent de vidangeurs et de nettoyeurs. Dès qu’un Covid-19 est phagocyté, les vacuoles se mettent à l’œuvre pour digérer ce qu’elles croient être une simple impureté. C’est alors qu’elles grugent la paroi virale, libérant son dangereux code génétique.

Celui-ci s’empare aussitôt de la machine reproductrice interne de la cellule.

Cette machine reproductrice est celle qui permet normalement à une cellule-mère de se diviser en deux cellules-filles. Une fois piratée par le Covid-19, elle ne sert plus qu’à produire d’autres petits virus comme lui.

En somme, la cellule devient une machine à produire des virus. Ce qu’elle fait jusqu’au moment où elle est pleine à craquer.

C’est là que cette poche de virus libère son contenu, permettant aux ‘virus-fils’ de se lancer à la conquête exponentielle d’autres cellules des voies respiratoires.

Ces voies sont tapissées de cils vibratoires dont le rôle est de repousser les poussières et les particules qui tentent d’aller vers les poumons. Plus les particules sont petites, plus elles sont capables d’aller loin au creux de l’arbre respiratoire avant d’être décelées et repoussées par les cils vibratoires.

Dans la gorge ou le nez, lorsqu’une cellule infectée éclate, ce qu’elle éjecte, ce sont des particules virales de taille infime, capables d’être inhalées profondément vers les bronches.

Les conséquences

Dans le poème épique Roland furieux, écrit à la Renaissance par l’Arioste, l’auteur décrit un long combat à l’épée entre deux chevaliers.

Il y précise qu’au fur et à mesure que le combat se prolongeait, le sol se jonchait des anneaux métalliques brisés de leurs cottes de mailles.

C’est ce qui arrive aux poumons lors d’une pneumonie à Covid-19.

En éclatant sous la pression de son trop-plein de ‘virus-fils’, la cellule piratée déverse alors tout le reste de son contenu dans les bronches.

Peu à peu, les bronches s’encrassent de cellules mortes et de débris cellulaires. Il y en a tellement que les cils vibratoires ne suffisent plus à la tâche.

Appelé en renfort, le système immunitaire s’active.

Normalement, les cellules de la paroi des vaisseaux sanguins s’écartent légèrement pour laisser passer les cellules immunitaires appelées pour aller combattre l’infection dans les tissus.

Mais fragilisés par l’affaissement des tissus autour des cellules mortes, les vaisseaux sanguins deviennent trop perméables, laissant les fluides sanguins et le pus engorger les bronches.

De fil en aiguille, le patient se noie de l’intérieur, en plus d’être épuisé par la tempête immunitaire qui s’abat sur lui et qui s’attaque à tout, y compris aux cellules saines.

Références :
ACE2 Receptor Expression and Severe Acute Respiratory Syndrome Coronavirus Infection Depend on Differentiation of Human Airway Epithelia
Enzyme de conversion de l’angiotensine 2
SARS-CoV-2 Entry Genes Are Most Highly Expressed in Nasal Goblet and Ciliated Cells within Human Airways
Virological assessment of hospitalized cases of coronavirus disease 2019
Why the Coronavirus Has Been So Successful

Parus depuis :
L’ABC du Covid-19 (2020-04-05)
Broad host range of SARS-CoV-2 predicted by comparative and structural analysis of ACE2 in vertebrates (2020-08-21)
Omicron : une biologie et une dynamique virale différentes de celles observées chez les précédents variants (2022-02-09)
Covid-19 : premier cas documenté de transmission du SARS-CoV-2 du chat à l’homme (2022-06-30)
Covid-19 : des rats domestiques contaminés par leur propriétaire infecté par le SARS-CoV-2 (2022-10-17)

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés au Covid-19, veuillez cliquer sur ceci

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Écrit par Jean-Pierre Martel