Covid-19 : l’exemple préliminaire de l’université Colgate

Publié le 8 septembre 2020 | Temps de lecture : 5 minutes

Introduction

Située dans l’État de New York, l’université Colgate est une institution privée qui accueille à peu près trois-mille étudiants.

En moyenne, il en coute vingt-six-mille dollars par année pour y étudier. Le quart des demandes d’inscription sont acceptées et le taux de réussite est d’environ 90 %.

Les mesures mises en place pour éviter une éclosion de Covid-19 ont couté quatre-millions de dollars.

L’immense majorité des étudiants ont préféré être en classe : ils le pouvaient à plusieurs conditions.

Le test en préadmission

Préalablement à la réouverture du campus, les étudiants, les professeurs et le personnel de soutien ont reçu par la poste un nécessaire destiné à tester la présence de Covid-19 dans leur salive. Le résultat de ces tests s’obtient le jour même.

Ils devaient retourner leur plaquette à l’université dans les plus brefs délais.

Sur les 866 employés, quatre se sont avérés positifs. Et sur les 2 219 étudiants, il y eut huit cas positifs.

Ce premier test visait à mesurer l’état de la contamination avant la réouverture du campus. Ce taux s’est avéré être de 0,4 %, soit la moitié du taux qui prévaut actuellement dans l’État de New York.

Cette différence s’explique par le milieu socioéconomique aisé des étudiants, moins atteint que l’ensemble de la population de l’État.

Deux autres tests et quarantaine généralisée

Dans la seule journée du 26 aout (le deuxième jour de la rentrée), mille étudiants ont été testés. C’est plus du tiers de tous les étudiants qui ont choisi d’étudier sur le campus.

En plus d’être soumis à un deuxième test salivaire, tous ont été mis en quarantaine pour dix-sept jours. L’université a même acheté un hôtel pour accommoder tout le monde. Ce qui explique le cout des mesures adoptées.

Au cours de la quarantaine, les cours se donnent en ligne (filmés en temps réel) et sont disponibles sur l’intranet de l’université.

Les repas sont servis aux chambres. Ils fournissent entre 2 700 et 3 000 calories par jour.

Le recteur lui-même dirige son institution de sa chambrette située dans une des résidences étudiantes du campus.

En respectant une distance sanitaire de deux mètres et en portant un masque, les étudiants peuvent sortir à l’extérieur deux fois par jour dans des zones désignées.

Il est à noter que les masques à valve ont été bannis. Leur valve ferme à l’inspiration, favorisant la filtration de l’air inhalé. Mais elle s’ouvre à l’expiration, ce qui n’empêche pas le porteur de disperser ses gouttelettes respiratoires et de contaminer les autres.

En raison d’une fête clandestine qui s’est déroulée le deuxième jour de la rentrée — imprudemment tenue à la résidence et sur l’étage où se trouvait le recteur — douze élèves ont été expulsés du campus. Toutefois, ils peuvent suivre les cours à partir de chez eux.

La première semaine du confinement, la présence de matériel génétique du virus a été mesurée dans les eaux usées (c’est-à-dire dans les égouts) de chacune des résidences afin d’y localiser toute éclosion possible.

Si tel avait été le cas, les étudiants de la résidence auraient été testés spécifiquement.

Entre le 7e et le 10e jour de la quarantaine, on a dû passer un troisième test salivaire. Chaque cas positif a fait l’objet d’une recherche de contacts.

Dans quelques jours, la quarantaine sera levée. À partir de ce moment, six pour cent des étudiants et des employés, choisis aléatoirement, seront testés à chaque jour.

Résultats préliminaires

L’évolution de la situation est publiée quotidiennement.

On y apprend que depuis la rentrée, le nombre de cas positifs s’est maintenu parmi les étudiants. Il n’y a plus aucun nouveau cas parmi les employés, dont les professeurs.

Du 22 aout au 7 septembre, le taux de positivité est passé de 0,4 % à 0,5 %, en dépit d’un pic de 22 nouveaux cas chez les étudiants observé le 27 aout (qui a brièvement fait passer le taux de contagion à 0,8 %).

Le nombre de tests effectués se maintient à environ 376 par jour.

Conclusion

Alors que se multiplient les cas de campus universitaires qu’on doit fermer aussitôt leur réouverture en raison d’éclosions majeures de Covid-19, l’université Colgate a échappé à ce phénomène.

Mais il s’agit là d’une situation artificielle; on ne va pas à l’université pour y étudier dans une chambrette.

C’est le retour à la normale, prévu dans quelques jours, qui permettra de tirer une conclusion définitive de l’expérience tentée par l’université Colgate.

C’est à suivre…

Références :
Colgate University
Colgate University students – and president – lock down for 2 weeks to start semester
Health Analytics Dashboard
Reportage télévisé (en anglais)

Parus depuis :
Le Québec tarde à prévenir les personnes infectées par le coronavirus (2020-09-30)
Raccourcir à 72 heures le temps entre le dépistage et l’isolement des contacts (2020-11-14)
Des tests automatisés bloqués par une exigence de dernière minute (2021-03-01)
Voici comment tirer profit des millions de tests rapides inutilisés au Québec (2021-04-21)
Dépistage chez les travailleurs essentiels — une méthode « sûre, acceptable et peu coûteuse », conclut l’étude (2021-06-15)
Ottawa a payé 924 millions pour des tests rapides sous-utilisés par les provinces (2021-07-08)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : évolution en cinq mois

Publié le 1 septembre 2020 | Temps de lecture : 1 minute
Contagion actuelle par le Covid-19

Voici la liste des pays les plus durement affectés par la pandémie au Covid-19.

À titre comparatif, cette liste est complétée par le cas de quelques pays d’Extrême-Orient.

Ont été exclus de cette liste, les pays de moins d’un million d’habitants.


Tableau comparatif des pays les plus atteints, en nombre de morts par million d’habitants

Pays 1 avr. 1 mai 1 juin 1 juil. 1 aout 1 sept.
Pérou 2 33 149 299 588 880
Belgique 73 676 834 842 849 853
Québec 4 238 549 651 669 679
Espagne 194 532 581 607 608 623
Grande-Bretagne 35 414 593 647 680 611
Chili 1 14 66 301 498 591
Italie 206 467 554 575 581 587
Brésil 1 29 149 286 440 576
Suède 24 262 442 532 568 575
États-Unis 12 199 330 395 477 570
Mexique 0 37 81 215 362 499
France 53 367 432 457 464 470
Panama 7 44 80 149 335 463
Bolivie 1 5 27 96 255 430
Colombie 0 6 19 68 203 393
Équateur 6 52 210 259 325 372
Pays-Bas 68 285 347 357 359 363
Irlande 15 262 343 352 357 359
Arménie 1 11 46 153 253 297
Macédoine du Nord 6 41 70 147 237 290
Iran 37 75 98 130 202 257
Moldavie 1 31 76 136 195 250
Afrique du Sud 0 2 12 46 137 240
Suisse 54 205 224 227 229 232
Argentine 1 5 12 35 79 193
Roumanie 5 39 66 87 124 192
Bosnie-Herzégovine 1 21 47 57 100 189
Honduras 1 8 21 50 135 189
Portugal 18 98 140 155 170 179
Irak 1 2 5 51 119 176
Kirgistan 0 5 9 35 151 162
Rép. Dominicaine 5 28 46 69 106 160
Guatemala 0 1 6 43 109 155
Koweït 0 7 51 83 105 125
Russie 0 8 33 65 96 119
RoC* 3 51 94 106 113 117
             
Hong Kong 0,5 0,5 0,5 0,9 4,5 12,0
Japon 0,4 3,6 7,1 7,7 8,0 10,0
Corée du Sud 3,2 4,8 5,3 5,5 5,8 6,4
Chine 2,4 3,4 3,4 3,2 3,3 3,2
Vietnam 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,4
Taïwan 0,2 0,3 0,3 0,3 0,3 0,3

*— ‘RoC’ signifie le Canada sans le Québec.


Références :
Covid-19 : le nombre de cas en temps réel
Covid-19 Coronavirus Pandemic
Données COVID-19 au Québec

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : une rentrée scolaire idéale en 2020

Publié le 19 août 2020 | Temps de lecture : 13 minutes

Introduction

L’école est essentielle au développement de l’enfant.

De plus, la réouverture des écoles est nécessaire au bon fonctionnement de l’économie; en libérant les parents, ceux-ci peuvent retourner au travail, permettant ainsi aux entreprises de reprendre leurs activités.

Mais tout déconfinement entraine une augmentation du nombre de contacts interpersonnels. D’où une hausse prévisible de la contagion au Covid-19.

Quel est le contexte optimal permettant la réouverture des écoles sans que cette hausse soit catastrophique ?

Le temps propice

Pour l’Organisation mondiale de la Santé, on peut rouvrir les écoles quand, depuis au moins deux semaines, le pourcentage de tests positifs au Covid-19 parmi la population est moins de 5 %.

Certaines autorités sanitaires sont plus exigeantes que l’OMS et estiment que le taux de positivité maximale doit plutôt être de 3 %. C’est le cas de la ville de New York.

Le Québec a choisi la norme plus libérale de l’OMS, ce qui est acceptable. Chez nous, le taux de tests positifs est effectivement en deçà de 5 % depuis la dernière semaine de juin.

Même récemment, les fêtards qui n’ont pas respecté les mesures sanitaires dans des bars et des fêtes privées n’ont pas réussi à faire hausser le taux de positivité au-delà de la limite fixée par l’OMS.

Autre indice d’amélioration : depuis mai, chaque personne atteinte contamine en moyenne moins d’une personne saine. C’est ce qui explique la réduction générale des cas, des hospitalisations et des décès qu’on observe depuis ce temps, sauf lors d’une faible résurgence des cas en juillet.


 
Dans le graphique ci-dessus, on a représenté en grisé la période de confinement, décrétée le 13 mars (pour tout, sauf les services essentiels) et sa levée presque complètement le 25 juin.

En raison du respect généralisé du confinement par la population québécoise, on a assisté à une diminution importante de la contamination par le Covid-19 et la presque disparition de ses conséquences meurtrières.

Si bien qu’aujourd’hui, la réouverture des écoles au Québec se fait dans un contexte où sont respectés les critères des autorités sanitaires.

La rentrée, une occasion unique

L’Australie, la Chine, la Nouvelle-Zélande et le Vietnam ont réussi (temporairement) à éradiquer le Covid-19 de leur territoire.

Mais l’actualité récente prouve que le moindre relâchement peut entrainer le retour de la pandémie.

Au Québec, la pandémie est contrôlée sans avoir complètement disparu.

À l’aide d’une politique ambitieuse de tests et de recherche de contacts, la rentrée scolaire pourrait être une occasion d’éradiquer (ou presque) le Covid-19 du territoire québécois.

Des moyens ambitieux

Le port généralisé du masque

La semaine dernière, le Centers for Disease Control and Prevention (CDC) publiait ses recommandations sanitaires au sujet du Covid-19 en milieu scolaire.

Sauf de rares exceptions, le CDC recommande le port généralisé du masque, de la maternelle à la fin de l’école secondaire.

Au Québec, tous les écoliers devront porter le masque, mais seulement à partir de la cinquième année du primaire.

Même si les mineurs atteignent leur puberté à des âges légèrement différents, la cinquième année du primaire permet, en gros, de distinguer les enfants prépubères des adolescents.

Au sujet du masque, la distinction que fait le Québec entre ces deux groupes d’âge est basée sur des ‘preuves’ épidémiologiques qui suggèrent que les enfants prépubères jouiraient d’une ‘résistance naturelle’ à la pandémie.

Ceux-ci sont sous-représentés dans la population atteinte. D’où l’idée qu’ils jouiraient d’une telle résistance.

En réalité, les seules preuves dont nous disposons indiquent que les décès causés par le Covid-19 sont extrêmement rares chez les enfants prépubères et que leur contagiosité — c’est-à-dire leur aptitude à transmettre aux autres leurs virus — est environ la moitié de l’aptitude des adultes atteints.

Dans tous les pays qui ne testent que les personnes symptomatiques, les enfants testés seront ceux admis en hôpital pédiatrique. Ceux qui ne paraitront pas suffisamment malades aux yeux des parents pour justifier leur admission passeront sous le radar des autorités sanitaires.

Depuis des mois, les jeunes enfants ont beaucoup moins d’occasions d’attraper le Covid-19 que les adultes parce que les écoles sont fermées et que leurs contacts sont limités aux autres membres de leur famille et aux petits voisins.

Voilà pourquoi les données épidémiologiques sous-estiment très certainement l’aptitude des enfants prépubères à contracter le Covid-19.

En raison de la fermeture prématurée des écoles le printemps dernier, certains États américains procèdent déjà à la réouverture de leurs écoles afin de reprendre le temps perdu.

Or beaucoup d’entre elles doivent aussitôt fermer leurs portes en raison d’une explosion de la contagion parmi leurs élèves.

C’est le cas en Géorgie, un état américain qui a eu jusqu’ici 420 morts par million d’habitants (comparativement à 669 au Québec) et où on a procédé cumulativement à 233 686 tests par million de personnes (comparativement à 100 074 au Québec).

Au Québec, l’obligation de porter le masque qu’à partir de la cinquième année est une erreur qui minera la confiance du public envers la réouverture des écoles.

L’immense majorité des parents souhaitent envoyer leurs enfants à l’école parce qu’on leur assure que cela est sécuritaire. L’opinion publique fera volteface si on voit se répéter au Québec ce qui se produit actuellement aux États-Unis.

Tester, tester et tester

Dans la région de Montréal, épicentre de la pandémie au Québec, la réouverture des écoles nécessite un certain nombre de précautions.

Elles sont peut-être également nécessaires ailleurs, mais permettez-moi de me limiter ici à la région métropolitaine, soit la moitié du Québec.

En plus de la généralisation du port du masque, à chacune des deux premières semaines qui suivront la réouverture des écoles, il serait approprié de tester tous les élèves, tous les professeurs et tout le personnel de soutien. Et obtenir les résultats dès le lendemain du test. Dès la troisième semaine, on espacera le dépistage.

Pour l’année scolaire 2018-9, aux niveaux préscolaire, primaire et secondaire, les écoles publiques du Québec accueillaient 1 216 791 élèves, 107 744 enseignants et un nombre indéterminé de travailleurs.

Pour la région montréalaise, cela fait, en gros, 725 000 personnes, soit 150 000 tests à effectuer par jour, du lundi au vendredi.

Aussi ambitieux que cela paraisse, cela est conforme aux recommandations émises en avril dernier par le réputé Harvard Global Health Institute.

Ses experts recommandaient qu’en juillet, les États-Unis en soient rendus à effectuer vingt-millions de tests par jour.

De son côté, The Rockefeller Foundation suggérait aux autorités sanitaires américaines une cible plus facile à atteindre dès novembre 2020, soit six-millions de tests par jour (trente-millions de tests par semaine).

Toutes proportions gardées, pour le Québec, cela correspond à effectuer quotidiennement entre 155 000 et 517 000 tests, selon qu’on suit les recommandations de la Rockefeller Foundation ou d’Harvard.

Ces tests servent à la lutte générale contre la pandémie. Du nombre, il faudrait en réserver la moitié afin d’assurer une rentrée scolaire en douceur.

Ce qui représente en gros 150 000 tests quotidiens à Montréal (300 000 tests pour l’ensemble du Québec).

Moins tester, cela ne change rien à la propagation. Cela fait seulement qu’on se réveille quand le tison est déjà devenu un incendie.

Éteindre les foyers d’éclosion

Grâce à ce dépistage réellement massif, on est en mesure de déceler une bonne partie des foyers d’éclosion puisque les enfants serviront à nous les révéler.

C’est alors qu’il faudra tester les membres de toutes les familles dont un enfant aura été déclaré positif et effectuer une recherche de contacts.

C’est par ce moyen qu’on pourra éteindre une bonne partie des foyers d’éclosion et peut-être réussir à éradiquer le virus du Québec.

Des généraux sans armée

La Santé publique fait reposer la responsabilité d’une rentrée scolaire ‘sanitairement’ réussie sur les épaules des établissements et sur la population, appelée à adopter des comportements responsables.

Effectivement, ceux-ci ont un rôle important à jouer. Mais on ne doit pas oublier celui des autorités sanitaires.

Depuis des semaines, la Santé publique dit craindre la venue d’une ‘deuxième vague’, justement à l’occasion de la rentrée scolaire.

À cette fin, elle a édicté toute une série de règles auxquelles les établissements scolaires devront se soumettre.

Or dans une guerre, le renseignement est la première étape de la stratégie. Et dans une guerre sanitaire, le renseignement c’est le dépistage.

Les pays gagnants sont ceux qui ont dépisté et confiné.

Ici, on a confiné. Mais pour le dépistage…

La Santé publique stagne avec moins de vingt-mille tests quotidiens; la semaine dernière, on en était à 18 596 tests par jour.

Les autorités sanitaires auraient aujourd’hui le personnel et tout l’équipement qui leur faut si, au lieu de lutter stupidement contre le port du masque, elles s’étaient employées à se doter d’une capacité importante à trouver les personnes atteintes et à étouffer leur contagion.

Finalement, dans cette guerre au virus, la Santé publique est comme un quartier de généraux qui discutent stratégie et qui donnent des ordres (sous forme de normes sanitaires) alors que presque aucun soldat n’est au front et qu’on compte sur la population pour repousser l’ennemi.

On peut donc s’attendre à une rentrée scolaire pleine de rebondissements.

Le concept de la ‘bulle’ scolaire

Pour terminer, permettez-moi d’aborder le concept de la ‘bulle’ scolaire.

En raison de la pénurie d’espace dans les écoles du Québec, on ne peut pas y respecter une distance sanitaire de deux mètres à moins de construire, d’ici quelques jours, des centaines de nouvelles écoles où les écoliers seront bien distants les uns des autres.

Ce problème a été résolu facilement; en milieu scolaire, on a réduit la distance sanitaire à un mètre. À l’exclusion des amphithéâtres, rares sont les classes où les sièges étaient, avant la pandémie, à moins d’un mètre de distance.

Réduire la distance sanitaire à un mètre, c’est abolir de facto la distance sanitaire.

En plus, dès qu’ils seront assis, les élèves qui portaient un masque pourront l’enlever.

En somme, au lieu d’être une occasion d’éradiquer (ou presque) la pandémie, la rentrée scolaire sera l’occasion de baisser la garde.

L’expérience des autres pays nous enseigne que cela une mauvaise idée.

Du point de vue pédagogique, il existe d’excellentes raisons de préconiser l’enseignement à visage découvert. Mais du point de vue sanitaire, si on veut se priver de l’efficacité préventive du masque, il est essentiel de compenser par autre chose.

Cela aurait pu être compensée par un dépistage de grande envergure. Ce à quoi la Santé publique, malheureusement, ne s’est pas préparée.

Pour justifier ses politiques accommodantes, le ministère a élaboré le concept de la ‘bulle’ scolaire. On fait ainsi allusion à la serre botanique qui protège les plantes qui y vivent.

À la rentrée, chaque classe se transformera donc en ‘bulle’, limitée à environ 25 élèves.

Ceux-ci étudieront et mangeront dans un seul et même local. Ce qui limitera toute contagion à ces 25 élèves, nous assure-t-on.

Ce beau concept est vicié à la base puisque les élèves mangeront et étudieront dans leur classe… sans y dormir.

S’ils y étaient pensionnaires, la classe serait une bulle fermée.

En réalité, la bulle comprend 25 élèves et, implicitement, 50 parents, un nombre indéterminé de frères et de sœurs, de même que toutes les personnes rencontrées par les parents au travail ou en faisant leurs emplettes.

Directement ou indirectement, c’est à tous ces gens que chaque élève sera exposé. En retour, c’est tous ces gens qu’il pourrait contaminer s’il était porteur asymptomatique.

Ce qui s’en vient est tellement prévisible…

Références :
Appel à un assouplissement des mesures de distanciation pour les plus jeunes
Données COVID-19 au Québec
Étude de séroprévalence des donneurs de sang
Grippe espagnole
Guidance for K-12 School Administrators on the Use of Cloth Face Coverings in Schools
Il y a trois mois, Québec commençait la bataille contre la COVID-19
Information for Pediatric Healthcare Providers
La contagion dans les bars fait grimper le taux de tests positifs à Montréal
Le Covid-19 chez les enfants prépubères
L’épidémie «contrôlée» au Québec
Le Québec déconfiné en attendant la deuxième vague
Le Québec enregistre 87 nouveaux cas de COVID-19
Les écoles ne peuvent imposer le port du masque en classe
National Covid-19 Testing Action Plan
Neuf élèves d’une même classe infectés au coronavirus
Pandémie de Covid-19 au Québec
Pediatric SARS-CoV-2: Clinical Presentation, Infectivity, and Immune Responses
Rapport annuel Ministère de l’éducation du Québec
Roadmap to Pandemic Resilience
US Historical Data
1,193 Quarantined for Covid. Is This a Successful School Reopening?

Parus depuis :
Hors de la classe, les bulles éclatent (2020-09-02)
Témoignage : Pour un dépistage vraiment efficace (2020-09-10)
Résultats de tests de dépistage: attente exaspérante à Québec (2020-09-15)
Christian Dubé « vraiment pas satisfait » des délais dans le dépistage au Québec (2020-09-17)
COVID-19 | «La deuxième vague au Québec, c’est l’école qui l’a déclenchée» -Dr Karl Weiss (2020-09-30)
Le Québec tarde à prévenir les personnes infectées par le coronavirus (2020-09-30)
Combien coûte votre test de COVID-19? (2020-10-29)
Une ventilation « maison » pour les écoles (2020-11-19)
«On joue avec le feu en ouvrant les écoles» (2021-01-12)
Québec obligera le port du masque médical au primaire dans les zones rouges (2021-02-25)
Pupils’ families in England to be tested for Covid twice a week (2021-02-28)
Des tests automatisés bloqués par une exigence de dernière minute (2021-03-01)
Taire les cas de COVID pour attirer des enseignants suppléants (2021-04-09)
Dépistage chez les travailleurs essentiels — une méthode « sûre, acceptable et peu coûteuse », conclut l’étude (2021-06-15)
WHO recommends Covid tests in schools (2021-07-02)
Ottawa a payé 924 millions pour des tests rapides sous-utilisés par les provinces (2021-07-08)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : le modèle néozélandais

Publié le 12 août 2020 | Temps de lecture : 4 minutes

Introduction

Peuplée de cinq-millions d’habitants, la Nouvelle-Zélande est un pays insulaire situé à l’est de l’Australie.

Jusqu’à tout récemment, parmi les 1 569 personnes qui avaient été atteintes par le Covid-19 dans ce pays, vingt-deux en étaient mortes. Cela correspond à un taux de mortalité de quatre personnes par million d’habitants, soit 167 fois moins qu’au Québec.

Quelle est la recette de ce succès ?

La réactivité

Dès la fin janvier 2020, les autorités sanitaires de Nouvelle-Zélande sont alertées par les premiers rapports, publiés en Chine, selon lesquels une nouvelle épidémie à coronavirus y était née.

Alors que le tourisme représente une part appréciable du PIB du pays, la Nouvelle-Zélande ferme ses frontières aux touristes en provenance de certains pays le 2 février.

En dépit de cette décision, le premier cas apparait le 26 février. Mais il faudra attendre deux semaines de plus pour que la pandémie prenne son envol.

Or le pays est mal préparé pour y faire face.

De 2002 à 2019, le nombre de lits par mille habitants a diminué de 6,2 à 2,6. Fragilisé par cette cure d’amaigrissement, le système hospitalier du pays n’est pas prêt à faire face à une demande soudaine de soins.

De plus, au début de la pandémie, les autorités sanitaires n’ont pas encore les ressources humaines et matérielles pour effectuer un grand nombre de tests de dépistage et procéder à une recherche intensive de contacts.

Du 15 au 26 mars, le nombre de nouveaux cas explose, passant de 1 à 85 par jour.

Aux alentours du 23 mars, les dirigeants du pays décident :
• de fermer complètement les frontières,
• de verrouiller sévèrement l’économie,
• de limiter le transport en commun aux travailleurs essentiels,
• de fermer les écoles, et
• de confiner de la population à domicile.

Trois semaines plus tard (le 14 avril), le nombre de nouveaux cas a chuté de 94 %, passant de 85 à 5 par jour.

Le 15 mai, le confinement est levé. Seul le bannissement des rassemblements publics se poursuivra trois semaines de plus.

Le dernier cas authentiquement néozélandais est décelé le 22 mai. Du 22 mai au 15 juin, plus aucun nouveau cas. Le 8 juin, la pandémie est déclarée officiellement terminée.

Depuis, l’économie du pays est libre de toute contrainte, sauf l’industrie touristique.

En effet, tous les voyageurs internationaux sont placés en quatorzaine sous surveillance étatique. Ce qui fait que les quelques cas décelés parmi eux entre le 16 et le 30 juin n’ont pas contaminé la population du pays.

La recette de la Nouvelle-Zélande ne vient pas de mesures exceptionnelles autres qu’un confinement aussi précoce que draconien (presque aussi sévère qu’en Chine).

En raison de l’efficacité général de ce confinement, le pays n’a pas fait d’efforts exceptionnels pour déceler les foyers d’éclosion; cumulativement, la Nouvelle-Zélande a effectué aussi peu de tests de dépistage que le Québec (99 280 vs 100 074 par million d’habitants).

Mais contrairement au Québec, le pays a considérablement augmenté sa capacité d’effectuer des tests de dépistage de manière à être en mesure de faire face à toute résurgence de l’épidémie.

Le retour du virus

Or justement, cinq ou six nouveaux cas (dont quatre au sein d’une même famille) sont apparus cette semaine à Auckland, la plus grande ville du pays.

Depuis ce midi, le confinement a été imposé pour trois jours aux citoyens de cette ville et de ses environs. Ce qui affectera environ la moitié des habitants du pays.

Moins strict que le précédent, ce confinement-ci consistera à la fermeture des écoles, des garderies, et de la plupart des établissements commerciaux (sauf les épiceries).

Durant ces trois jours, les autorités sanitaires profiteront de la capacité de dépistage dont elles se sont dotées pour effectuer des dizaines de milliers de tests et identifier précisément les foyers d’éclosion (qu’on placera en quatorzaine).

Dès cette tâche accomplie, la ville sera déconfinée, espère-t-on.

C’est à suivre…

Références :
New Zealand records first new local Covid-19 cases in 102 days
Successful Elimination of Covid-19 Transmission in New Zealand
Tourisme: 18% du PIB en Nouvelle-Zélande… Mais!

Parus depuis :
New Zealand sends 500 military staff to bolster quarantine facilities (2020-08-19)
Contrôle de l’épidémie de Covid-19 : les leçons de la Nouvelle-Zélande (2020-10-28)
Le modèle néo-zélandais à adopter ? (2021-01-20)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : dépistage par pays au 2 aout 2020

Publié le 3 août 2020 | Temps de lecture : 3 minutes

Donald Trump a-t-il raison de dire que son pays est celui qui effectue le plus grand nombre de tests de dépistage du Covid-19 ? Comment se compare la campagne ‘massive’ de dépistage du Québec avec celles d’autres pays ?

Voici la liste des pays qui ont effectué le plus grand nombre cumulatif de tests du Covid-19, en excluant les pays de moins d’un demi-million d’habitants.

Il est à noter qu’il s’agit ici du nombre de tests effectués et non du nombre de personnes testées; par exemple, dans tous les pays, les travailleurs de la Santé sont testés à de multiples reprises.

On remarquera qu’à l’exception de l’Arabie Saoudite, les pétromonarchies (Émirats arabes unis, Bahreïn, Qatar et Koweït) testent davantage que le Québec parce qu’elles sont riches et surtout parce qu’elles sont aux prises simultanément avec deux bêta-coronavirus; le Covid-19 et virus du Syndrome respiratoire du Moyen-Orient.


Effort de dépistage du Covid-19 en nombre cumulatif de tests et en nombre de tests par million d’habitants

Pays N. de tests /million d’habitants
Émirats arabes unis 5 162 080 521 382
Bahrein 842 992 494 128
Islande 138 984 407 051
Danemark 1 532 427 264 483
Grande-Bretagne 16 499 272 242 929
Singapour 1 321 094 225 657
Russie 28 793 260 197 295
Israël 1 781 067 193 743
Lithuanie 526 339 193 611
États-Unis 59 935 508 180 977
Qatar 500 536 178 266
Chypre 208 031 172 191
Australie 4 359 636 170 794
Ile Maurice 205 285 161 392
Portugal 1 622 951 159 208
Belgique 1 694 349 146 138
Espagne 6 678 414 142 834
Biélorussie 1 319 976 139 694
Irlande 636 085 128 694
Koweït 509 561 119 169
Italie 6 916 765 114 415
RoC* 3 292 829 113 000
Kazakhstan 2 079 540 110 636
Lettonie 201 310 106 843
Australie 905 314 106 467
Québec 850 630 100 074

*— ‘RoC’ signifie le Canada sans le Québec.

Parmi les 850 630 tests effectués au Québec, 796 593 se sont avérés négatifs et 54 037 se sont avérés positifs.

Pour terminer, il faut se rappeler que le nombre de tests n’est qu’une partie l’effort de dépistage. Cet effort doit comprendre également l’embauche suffisante du personnel qui est nécessaire aux analyses de laboratoire.

Lorsque les laboratoires d’analyse deviennent le goulot d’étranglement du dépistage, la recherche de contacts se transforme alors en cauchemar pour ceux à qui on a confié cette responsabilité.

Idéalement, il faut associer une capacité adéquate de prélèvements et à une vitesse d’analyse super-rapide.

Voilà pourquoi la majorité des soixante-millions de tests aux États-Unis ont été effectués inutilement puisque leur analyse a pris tellement de temps que personne ne sait si leurs résultats sont encore pertinents lorsqu’ils sont communiqués à la personne concernée.

Références :
Covid-19 Coronavirus Pandemic
Données COVID-19 au Québec

Parus depuis :
Dépistage chez les travailleurs essentiels — Une méthode « sûre, acceptable et peu coûteuse », conclut l’étude (2021-06-15)
Ottawa a payé 924 millions pour des tests rapides sous-utilisés par les provinces (2021-07-08)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : évolution en quatre mois

Publié le 2 août 2020 | Temps de lecture : 1 minute

Voici la liste des pays les plus durement affectés par la pandémie au Covid-19.

À titre comparatif, cette liste est complétée par le cas de quelques pays d’Extrême-Orient.

Ont été exclus de cette liste, les pays de moins d’un demi-million d’habitants.


Tableau comparatif des pays les plus atteints, en nombre de morts par million d’habitants

Pays 1 avr. 1 mai 1 juin 1 juil. 1 aout
Belgique 73 676 834 842 849
Grande-Bretagne 35 414 593 647 680
Québec 4 238 549 651 669
Espagne 194 532 581 607 608
Pérou 2 33 149 299 588
Italie 206 467 554 575 581
Suède 24 262 442 532 568
Chili 1 14 66 301 498
États-Unis 12 199 330 395 477
France 53 367 432 457 464
Brésil 1 29 149 286 440
Mexique 0 37 81 215 362
Pays-Bas 68 285 347 357 359
Irlande 15 262 343 352 357
Panama 7 44 80 149 335
Équateur 6 52 210 259 325
Bolivie 1 5 27 96 255
Arménie 1 11 46 153 253
Macédoine du Nord 6 41 70 147 237
Suisse 54 205 224 227 229
Colombie 0 6 19 68 203
Iran 37 75 98 130 202
Moldavie 1 31 76 136 195
Portugal 18 98 140 155 170
Kirgistan 0 5 9 35 151
Afrique du Sud 0 2 12 46 137
Honduras 1 8 21 50 135
Roumanie 5 39 66 87 124
Irak 1 2 5 51 119
RoC* 3 51 94 106 113
             
Japon 0,4 3,6 7,1 7,7 8,0
Corée du Sud 3,2 4,8 5,3 5,5 5,8
Hong Kong 0,5 0,5 0,5 0,9 4,5
Chine 2,4 3,4 3,4 3,2 3,3
Taïwan 0,2 0,3 0,3 0,3 0,3

*— ‘RoC’ signifie le Canada sans le Québec.


Référence : Covid-19 Coronavirus Pandemic

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : combien de tests faudrait-il faire ?

Publié le 1 août 2020 | Temps de lecture : 7 minutes

Un virus sournois

Louie-Buller Gohmert Jr a quitté la magistrature du Texas en 2004 lorsqu’il fut élu représentant de cet état à la Chambre des représentants des États-Unis, poste qu’il occupe depuis seize ans.

C’est un chaud partisan de Donald Trump et un des plus farouches adversaires du port du masque au Congrès américain.

Mercredi matin, Donald Trump rencontrait de riches contributeurs potentiels à sa caisse électorale. Et sur l’avion présidentiel, Me Gohmert devait l’accompagner afin de l’aider à convaincre ses interlocuteurs texans.

Mais comme tous les gens qui doivent s’approcher du président américain, le congressiste Gohmert a dû subir préalablement un test de dépistage au Covid-19.

C’est alors qu’on s’est rendu compte que le représentant du Texas était positif. Pourtant, il n’en éprouvait aucun symptôme.

Évidemment, Trump a voyagé sans lui.

Depuis, tout le personnel du bureau de Gohmert à Washington a été mis en quatorzaine.

Et parmi les congressistes qui ont récemment été en contact avec Gohmert, son collègue Raúl Grijalva, représentant démocrate de l’Arizona, a senti le besoin de se faire tester.

C’est alors qu’on a découvert qu’il était lui aussi atteint du virus tout en étant asymptomatique.

Également très opposé au port du masque, Herman Cain, ancien sénateur républicain de Géorgie, est décédé du Covid-19 jeudi dernier, un mois après avoir assisté — à visage découvert — au grand rassemblement raté de Donald Trump à Tulsa, en Oklahoma.

Le laxisme dans le dépistage

Aux États-Unis, une forte proportion des tests de dépistage sont analysés par le laboratoire privé Quest Diagnostics.

Depuis des mois, ce laboratoire croule sous la demande. Au fur des récentes semaines, les délais pour obtenir les résultats s’allongent. Ces jours-ci, ils sont de 5 à 7 jours. Mais il n’est pas rare que cela prenne de une à deux semaines.

Pour la personne concernée, ce résultat est utile pour savoir où il en était au moment du test.

Mais pour les experts en santé publique, tout résultat obtenu au-delà de 48 heures rend très difficile la recherche de contacts. Qui, par exemple, se rappelle des personnes qu’il a rencontrées il y a une semaine ?

Dès avril, le réputé Harvard Global Health Institute recommandait qu’on effectue cinq-millions de tests par jour dès juin — pour porter ce nombre à vingt-millions par jour à la fin de juillet — avant de rouvrir l’économie américaine.

Pour le Québec, c’est l’équivalent d’effectuer 130 000 tests par jour en juin, une capacité portée à… un demi-million de tests par jour ces jours-ci.

En somme, les recommandations de Harvard correspondent à tester toute la population du Québec aux deux semaines.

Honnêtement, je ne suis pas convaincu de la nécessité de tester fréquemment des régions du Québec où il n’y a plus aucun cas actif de Covid-19 depuis plusieurs semaines.

Mais les recommandations américaines nous donnent une idée de l’ampleur de la tâche à accomplir dans la région montréalaise où vit la moitié de la population du Québec.

Le dépistage ‘massif’

En mai dernier, j’avais qualifié de plaisanterie l’intention de la Santé publique du Québec de tester 14 000 personnes par jour. Ce qu’elle appelait du ‘dépistage massif’.

Les autorités sanitaires du gouvernement fédéral recommandent de tester les 13 600 travailleurs de la Santé du Québec plusieurs fois par semaine, idéalement aux deux jours.

Puisque cela ‘boufferait’ la moitié des tests du dépistage ‘massif’, cela laisse environ sept-mille tests par jour pour le reste de la population.

En clair, cela laisse de quoi tester quotidiennement 0,08 % de la population, soit un douzième d’un pour cent. Pour que nous soyons tous testés, cela prendrait trois ans. En présumant qu’il restera encore des gens vivants au Québec dans trois ans…

Conclusion

En avril dernier, la Santé publique du Québec annonçait son intention de laisser se développer l’immunité ‘naturelle’ au sein de la population québécoise.

Évidemment, le but n’a jamais été que les gens en décèdent, mais que le maximum de gens l’attrapent et en deviennent immunisés naturellement, tout en se croisant les doigts pour que cela n’entraine pas trop de morts.

Dès le 22 avril, sur le site du quotidien Le Devoir, j’écrivais le commentaire intitulé ‘Doit-on s’empresser à faire 250 000 morts ?’.

Une semaine plus tard, je réitérais sur ce blogue cette même critique sévère contre l’immunité grégaire.

Ce qui n’a pas empêché la Santé publique de poursuivre cette politique.

Voilà pourquoi :
• pendant des mois, elle a fait campagne contre le port du masque (en dépit de son efficacité),
• elle ne s’est toujours pas dotée d’une capacité à mener suffisamment de tests de dépistage,
• elle est encore incapable d’assurer, dans 100 % des cas, le dévoilement des résultats en moins de 48 heures.

Conséquemment, sa recherche de contacts aboutit généralement à un cul-de-sac.

Si le Québec est aujourd’hui un des endroits au monde où il y a eu le plus de morts par million d’habitants, cela n’est pas une coïncidence; c’est le résultat d’une politique délibérée.

À défaut de s’être dotée d’outils prédictifs adéquats, la Santé publique du Québec déconfine par tâtonnements. Elle autorise. Et si ça tourne mal, elle ordonne le reconfinement. Bref, de l’amateurisme.

Dans quelques semaines, le gouvernement du Canada autorisera la commercialisation de tests de dépistage qu’on pourra effectuer chez soi et dont les résultats seront connus en moins de quinze minutes.

Ces tests seront moins fiables que les tests dont se servent actuellement nos centres hospitaliers. Au fil des mois, ces tests seront remplacés par d’autres, de plus en plus fiables, au fur et à mesure de l’évolution des technologies.

Mais même imparfaits, ils permettront aux citoyens de se responsabiliser, de se prendre en main et de ne pas compter sur des autorités sanitaires dont j’avoue ne pas être certain de leur détermination à nous protéger adéquatement.

Références :
Apprendre à vivre sous la menace du Covid-19 : les non-dits de nos gouvernements
Doit-on s’empresser à faire 250 000 morts ?
Herman Cain
Le dépistage ‘massif’ du Covid-19 au Québec : une plaisanterie
Legault mise sur l’«immunité naturelle» des Québécois
Louie Gohmert
Louie Gohmert, who refused to wear a mask, tests positive for coronavirus
Plaidoyer pour l’immunité naturelle au Québec
Quest medical lab sees COVID-19 test speed at ‘acceptable’ level by September
Roadmap to Pandemic Resilience
US needs to conduct 20 million coronavirus tests per day to reopen fully, Harvard report says

Parus depuis :
Le Québec tarde à prévenir les personnes infectées par le coronavirus (2020-09-30)
Combien coûte votre test de COVID-19? (2020-10-29)
Raccourcir à 72 heures le temps entre le dépistage et l’isolement des contacts (2020-11-14)
Underdetection of cases of COVID-19 in France threatens epidemic control (2020-12-21)
Des tests automatisés bloqués par une exigence de dernière minute (2021-03-01)
Ottawa a payé 924 millions pour des tests rapides sous-utilisés par les provinces (2021-07-08)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Covid-19 chez les enfants prépubères

Publié le 29 juillet 2020 | Temps de lecture : 6 minutes

Contagiosité des enfants

Prépubliée le 16 juillet 2020, une étude sud-coréenne a évalué la transmissibilité du Covid-19 selon l’âge des personnes atteintes. La période d’observation dura environ deux mois, soit du 20 janvier au 27 mars 2020.

Des 5 706 personnes infectées en observation, 29 étaient âgées de 0 à 9 ans.

En moyenne, ceux-ci eurent deux contacts familiaux et six contacts extrafamiliaux.

Parmi les 57 contacts familiaux de ces 29 jeunes, seules trois personnes ont été contaminées. Et des 180 contacts extrafamiliaux, seuls deux ont attrapé le Covid-19.

Le groupe d’âge suivant — ceux entre 10 et 19 ans — comprenait 124 jeunes.

En moyenne, ceux-ci eurent 1,9 contact familial et 1,8 contact extrafamilial.

Parmi leurs 231 contacts familiaux, 43 personnes ont été contaminées. Et parmi leurs 226 contacts extrafamiliaux, 2 ont attrapé le Covid-19.

Chez les 5 553 participants de vingt ans ou plus, il y eut en moyenne 1,9 contact familial et 8,7 contacts extrafamiliaux.

Parmi leurs 10 304 contacts familiaux, 1 202 personnes ont été contaminées. Et parmi leurs 48 075 contacts extrafamiliaux, 917 ont attrapé le Covid-19.


Transmissibilité du Covid-19 selon l’âge

Groupe d’âge Transm. familiale Transm. extrafamiliale
De 0 à 9 ans 5,3 % 1,1 %
De 10 à 19 ans 18,6 % 0,9 %
20 ans et plus 11,7 % 1,9 %

Dans ces trois groupes d’âge, si la contamination familiale fut plus élevée que la transmission extrafamiliale, c’est que tous les contacts familiaux ont été testés alors que parmi les contacts extrafamiliaux, on n’a testé que les personnes symptomatiques.

Ces données indiquent que l’aptitude à transmettre le Covid-19 est deux fois moindre chez les enfants prépubères que chez les adolescents et les adultes alors que le nombre moyen de contacts familiaux fut essentiellement le même dans les trois groupes.

Cette contagiosité est moindre lorsqu’il s’agit de personnes avec lesquelles les jeunes enfants entretiennent moins de promiscuité, soit les personnes extrafamiliales.

Par ailleurs, une recherche de contacts réalisée en mars et avril 2020 dans la ville italienne de Trento auprès de 2 812 personnes atteintes a révélé que ceux-ci avaient contaminé 890 (ou 13,3 %) de leurs 6 690 contacts.

Les 14 sujets de l’expérience qui étaient âgés de moins de quinze ans ont transmis l’infection à 11 de leurs 49 contacts, soit une contagiosité de 22,4 %. Dans cette étude, c’est ce groupe qui s’est avéré le plus contagieux.

L’expression génétique des récepteurs ACE2b

Selon une étude chinoise publiée en juin dernier, tous les enfants sont susceptibles de contracter le Covid-19.

Pourtant la sévérité de leurs symptômes est moindre et — comme le démontre cette étude-ci — leur contagiosité est la moitié de celle des adolescents et des adultes.

Comment expliquer cela ?

En avril dernier, nous avons émis l’hypothèse que les récepteurs (appelés ACE2) sur lesquels les coronavirus doivent se fixer afin de pouvoir pénétrer dans les cellules épithéliales étaient différents dans les voies respiratoires supérieures (nez, gorge), comparativement à ceux dans les voies respiratoires inférieures (poumons).

Nous avons appelé les premiers ACE2a et les seconds, ACE2b.

Leurs différences expliqueraient pourquoi les coronavirus grippaux, très contagieux, ont beaucoup plus d’affinité pour les récepteurs ACE2a que pour les récepteurs ACE2b (qu’ils finissent néanmoins par contaminer eux aussi, déclenchant ainsi la toux grippale).

Il est prouvé que les coronavirus du SRAS et du syndrome respiratoire du Moyen-Orient ont peu d’affinité pour les récepteurs ACE2a. Pour contaminer l’humain, ils doivent atteindre directement les récepteurs ACE2b, enfouis profondément dans l’arbre respiratoire.

Ce qui fait que ces virus sont moins contagieux, mais provoquent des symptômes beaucoup plus graves.

Il est également prouvé que le virus du Covid-19 est capable de se fixer aussi facilement aux récepteurs ACE2a qu’aux récepteurs ACE2b. Ce qui le rend à la fois très contagieux et très virulent.

Pour expliquer la susceptibilité moindre des enfants prépubères au Covid-19, on peut imaginer que les humains, peu importe leur âge, ont dans leur bagage génétique le code nécessaire à créer n’importe quel récepteur ACE2, qu’il s’agisse d’un récepteur ACE2a ou ACE2b.

Toutefois, à l’instar des caractères sexuels secondaires (qui ne se révèlent qu’à la puberté), les gènes des récepteurs ACE2b seraient en dormance jusqu’à cette étape de la vie.

En se fixant aux récepteurs ACE2a, accessibles dès la naissance, le Covid-19 :
• contamine leurs voies respiratoires supérieures,
• s’y multiplie à profusion,
• y produit parfois une perte d’odorat (sans que cela ait été rapporté jusqu’ici),
• y crée une importante charge virale au niveau du nez et de la gorge, et
• contamine leurs gouttelettes respiratoires (comme chez l’adulte) puisque celles-ci originent principalement de la salive qui tapisse les voies respiratoires supérieures.

Mais l’inhalation de leurs propres gouttelettes respiratoires hautement contaminées, au lieu d’étendre la contagion virale aux voies respiratoires inférieures, est alors sans effet en l’absence de récepteurs ACE2b au niveau des poumons puisque ceux-ci ne feront leur apparition qu’à la puberté.

Le résultat est que les jeunes enfants sont presque toujours asymptomatiques et que leur contagiosité est moindre parce qu’ils toussent peu.

Contaminés, ils peuvent quand même transmettre le virus parce qu’ils ont souvent un doigt dans le nez ou dans la bouche, que leurs baisers sont contagieux et que leurs joues (lorsque préalablement touchées) dispersent le virus par frottement lors de câlins.

Quant aux très rares cas de jeunes enfants qui sont morts du Covid-19 — pensons à cette fillette de 9 ans décédée en Floride le 18 juillet dernier — on peut supposer qu’il s’agirait de cas de puberté précoce ou d’enfants qui, exceptionnellement, auraient des récepteurs ACE2b pour d’autres raisons.

Références :
Contact Tracing during Coronavirus Disease Outbreak, South Korea, 2020
Contact tracing during Phase I of the COVID-19 pandemic in the Province of Trento, Italy
Epidemiology of COVID-19 Among Children in China
Florida girl who died of coronavirus had no known underlying health issues, family says
Les jeunes enfants responsables d’une faible partie de la transmission
Les mystères du Covid-19 (2e partie)

Parus depuis :
Age-Related Differences in Nasopharyngeal Severe Acute Respiratory Syndrome Coronavirus 2 (SARS-CoV-2) Levels in Patients With Mild to Moderate Coronavirus Disease 2019 (COVID-19) (2020-07-30)
La hausse record des cas de COVID-19 inquiète des pédiatres albertains (2020-11-20)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : doit-on s’inquiéter des rebelles antimasques ?

Publié le 20 juillet 2020 | Temps de lecture : 3 minutes

Le désamour des contraintes

Le port d’un masque protecteur est rarement agréable.

On se plie à l’obligation d’en porter un par civisme. Et on est rassuré de voir les gens autour de soi séquestrer leurs propres gouttelettes respiratoires par un couvre-visage.

Pour la personne habillée de pied en cap dont seuls les mains et le visage sont à découvert, porter un masque en pleine canicule correspond à bloquer une bonne partie de la surface corporelle dont elle dispose pour dissiper la chaleur.

Pensons également au cuisiner qui doit travailler dans une cuisine surchauffée, dépourvue de ventilation extérieure…

Gravir une côte à pic est plus difficile quand l’air qu’on inspire se compose en partie de l’air appauvri en oxygène qu’on vient d’expirer.

Et il y a des maskaphobes qui angoissent même à l’idée de porter un masque…

À toutes ces réticences s’ajoutent celles des rebelles antimasques qui y voient une entrave à leur liberté.

Pour bien comprendre le présent, rien de mieux qu’un retour dans le passé.

Le combat pour le ‘droit’ des fumeurs

Souvenons-nous de l’époque où on adoptait les premières mesures antitabagiques.

Dès qu’on a fait la preuve scientifique que la fumée secondaire était elle aussi cancérigène, fumer devenait un acte asocial.

Puisqu’il était impossible pour un fumeur de conserver sa boucane pour lui, on a considérablement réduit le nombre d’endroits où le tabagisme était permis.

Se rappelle-t-on des accusations de ‘fascisme’ adressées aux antifumeurs par ceux qui se disaient victimes de leurs persécutions ?

Aujourd’hui, la poussière est retombée. Et les fumeurs respectent le droit des non-fumeurs à respirer de l’air sain.

La même chose attend les antimasques; leur combat est voué à l’échec.

Même sans répression policière, l’étau se refermera sur ces irréductibles, bientôt victimes de l’ostracisme de l’immense majorité des Québécois qui voient dans l’obligation du port du masque une question de civisme le plus élémentaire.

Conclusion

Comment peut-on s’imaginer sérieusement qu’il existe un droit d’obliger les autres à inspirer ses gouttelettes respiratoires ?

L’obligation de porter un masque, c’est comme l’obligation de boucler sa ceinture de sécurité en auto; cela sauve des vies en contrepartie d’inconforts mineurs.

Il y eut une époque où on ignorait que simplement en parlant, deux inconnus s’échangent leurs gouttelettes respiratoires.

Maintenant qu’on le sait, n’est-ce pas franchement répugnant ?

Parus depuis :
Sondage CROP: les trois quarts des Québécois favorables au port du masque (2020-07-22)
Les Canadiens très favorables au masque dans les lieux publics (2020-09-22)


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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : la protection très limitée des visières

Publié le 19 juillet 2020 | Temps de lecture : 3 minutes

J7152811
 

J’écoutais dernièrement un reportage télévisé au sujet de la reprise des croisières.

Le but de ce reportage était de montrer à quel point les organisateurs de croisières avaient retenu la leçon du drame survenu à bord du Diamond Princess, un drame au cours duquel les passagers, prisonniers à bord, avaient été en bonne partie décimés par le Covid-19.

Le reportage nous montrait les officiers et les matelots masqués, de même que l’infirmière à son poste de travail effectuant des tests de dépistage sous une hotte laminaire.

Comme sur la photo ci-dessus (tirée d’un autre reportage), on y voyait aussi à l’œuvre un serveur de restaurant ne portant qu’une visière.

Filmé en contreplongée (le point de vue de ses clients attablés), le serveur du paquebot ne semblait pas réaliser qu’une fois retroussée, sa visière ne retenait aucune de ses gouttelettes respiratoires. En somme, c’était comme s’il ne porterait rien.

En milieu hospitalier, la visière est un complément au masque; essentiellement, elle protège les yeux du porteur.

Selon l’Institut national de santé publique, la visière seule doit être considérée comme solution de dernier recours, par exemple lorsque la buée provoquée par le masque dans les lunettes de prescription mettrait la vie en danger de cette personne.

Le ministère de la Santé est encore plus catégorique : les citoyens qui portent uniquement la visière se verront refuser l’accès aux transports publics et aux commerces parce qu’elle n’offre aucune étanchéité.

« Les gouttelettes projetées par la personne qui porte une visière peuvent facilement se répandre dans l’air en passant par les côtés ou le dessous de la visière. Une personne atteinte de la COVID-19 qui porte uniquement une visière est donc susceptible de contaminer les gens autour d’elle.»

À l’exception d’un lieu où de grandes quantités de virus seraient en suspension dans l’air, la visière ne protège pas plus le porteur qu’une paire de lunettes.

Références :
Des experts prônent le port du masque ou de la visière à l’école
La visière ne protège pas autant que le masque, disent les Villes
Le port d’une visière peut-il remplacer celui d’un masque?
Non, la visière ne peut pas remplacer le masque

Parus depuis :
Comment visières et masques à valve laissent passer des gouttelettes invisibles (2020-09-01)
La visière anti-Covid-19, vrai gadget fausse protection (2020-10-17)

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