Covid-19 : pour une diplomatie des respirateurs

7 avril 2021

Au début de la pandémie, les machines servant à maintenir l’oxygénation des patients gravement atteints faisaient partie des équipements essentiels pour combattre la pandémie.

On les appelle parfois ‘ventilateurs’; je préfère l’appellation de ‘respirateurs’ afin d’éviter la confusion avec les appareils domestiques dont on se sert pour faire circuler l’air par temps chaud.

Les connaissances au sujet du Covid-19 ont évolué rapidement. C’est ainsi qu’on a découvert très tôt l’utilité de la cortisone pour maitriser la tempête immunitaire qui s’abattait sur les patients gravement atteints, déclassant ainsi les respirateurs.

Sur les quarante-mille respirateurs commandés, Ottawa en a reçu 27 700, dont seulement deux pour cent ont été acceptés par les provinces (celles-ci se rendant compte qu’elles n’en avaient plus besoin).

Il en reste donc beaucoup, sans compter les douze-mille autres à recevoir.

Au parlement canadien, l’opposition accuse le gouvernement de gaspillage des fonds publics.

En agissant ainsi, les partis d’opposition envoient un très mauvais message; celui qu’ils auraient géré cette crise de manière fiscalement responsable.

Il y a un temps pour toute chose. En temps de guerre, ce n’est pas le temps de rechigner sur le prix des balles.

Si la vaccination en Europe continentale est trop lente (en comparaison avec celle en Grande-Bretagne), c’est justement parce que les fonctionnaires de Bruxelles ont tergiversé afin obtenir le meilleur prix possible pour leurs vaccins.

Si le pourcentage de citoyens complètement vaccinés est beaucoup plus grand aux États-Unis qu’au Canada, c’est entre autres parce que le chéquier de Washington était grand ouvert à tous les fabricants aptes à produire des vaccins aux États-Unis. Le Canada, lui, est pris à attendre les arrivages.

Bref, le gouvernement Trudeau a eu raison d’acheter ces respirateurs parce qu’il s’agissait de décision à prendre lorsqu’elle a été prise.

Quant à la question de savoir ce qu’on devrait faire des respirateurs excédentaires, pourquoi ne pas les donner aux pays en voie de développement ?

D’après ce que j’ai cru comprendre, ces respirateurs sont produits au Canada. Si tel est le cas, dans quelques années, lorsque ces appareils commenceront à devenir défectueux, les hôpitaux étrangers qui voudront les réparer se tourneront vers notre pays pour remplacer leurs pièces défectueuses.

N’est-ce pas une manière de se faire de nouveaux clients ?

À l’heure actuelle, la Chine et la Russie se font des amis en offrant leurs vaccins à tous les pays qui en demandent. C’est ce qu’on appelle la diplomatie des vaccins.

Au lieu de critiquer ces deux pays, imitons leurs bonnes idées; soyons utiles et créons la diplomatie des respirateurs

Référence :
Croulant sous les ventilateurs inutilisés, Ottawa essaie d’annuler les contrats restants

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les féminicides pandémiques

4 avril 2021

En 2020, cinq Québécoises sont décédées de violence conjugale. Depuis le début de cette année, huit autres se sont ajoutées en huit semaines.

Ces décès sont la pointe de l’iceberg; combien de femmes sont violentées sans que leurs agresseurs aillent jusqu’à les tuer ?

Dans plusieurs villes du Québec, des manifestations ont été organisées. Les protestataires réclament des campagnes médiatiques contre la violence faite aux femmes et plus de fonds pour les refuges de femmes violentées, débordés à la tâche.

Le gouvernement québécois a répondu favorablement à ces demandes.

En réalité, le plus grand féminicide est celui causé par la pandémie. Depuis le 1er janvier de cette année, plus de 1 750 Québécois sont morts du Covid-19, soit un peu plus de 875 femmes.

Non seulement est-ce cent fois plus que le nombre de féminicides causés par la violence conjugale, mais même cette dernière est en bonne partie liée à la pandémie.

Lorsqu’on oblige des conjoints qui se détestent à vivre confinés, lorsque la fermeture (temporaire ou définitive) de milliers de petites entreprises fait en sorte que des couples sans souci sont soudainement confrontés à des problèmes financiers insurmontables, cela crée une situation propice à l’émergence de conflits entre les conjoints.

Dans les pays qui ont brillamment éradiqué la pandémie sur leur territoire, la violence faite aux femmes existe. Mais il n’y a pas de flambée de cas comme au Québec. Cette flambée est le résultat de la gestion néolibérale de la pandémie.

Celle-ci proclame la nécessité de laisser se développer l’immunité ‘naturelle’, c’est-à-dire laisser les gens l’attraper… quitte à décréter un confinement si la hausse des cas graves menace de saturation le système hospitalier.

Et de confinements en déconfinements prématurés, la violence faite aux femmes augmente.

Face au refus obstiné des autorités sanitaires québécoises de recourir aux moyens considérables que nécessite l’éradication du virus, la seule issue est la vaccination généralisée en peu de temps, comme en Israël.

C’est la seule manière de supprimer le féminicide pandémique, qu’il soit direct (causé par le virus) ou indirect (résultant des mesures de mitigation contre la pandémie).

Références :
Des manifestations contre les féminicides partout au Québec
Données COVID-19 au Québec
Néolibéralisme et crises sanitaires

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : de bonnes nouvelles d’Israël

3 avril 2021


 
Après six mois de vaccination, 58,0 % de la population israélienne a reçu au moins une dose du vaccin de Pfizer/BioNTech et 53,1 % des gens sont complètement vaccinés.

Chez les gens de plus de soixante ans, plus des huit dixièmes sont complètement immunisés. Si bien que ce groupe d’âge — qui, le mois dernier, représentait 72 % des admissions aux soins intensifs — n’en représente plus que 29 % (pour des raisons diverses).

Dans le graphique ci-dessus, la ligne bleue représente la moyenne quotidienne établie sur sept jours (afin d’atténuer les variations d’un jour à l’autre).

Le nombre de nouveaux décès chutait d’une moyenne quotidienne de soixante-deux le 26 janvier à huit hier, soit une réduction de 87,1 %.

Quant au nombre de nouveaux cas, la diminution est encore plus importante. Au début de cette année, on atteignait plus de dix-mille nouveaux cas quotidiens de Covid-19. Hier, on n’en comptait plus que 251, soit une réduction de 97,5 %.

Ces résultats auraient été encore meilleurs si le vaccin avait été recommandé aux enfants et aux adolescents.

Déjà, le fabricant possède des données qui prouvent la très grande efficacité de son vaccin chez les jeunes de douze à quinze ans.

Dès que les autorités sanitaires auront donné le feu vert à la vaccination dans ce groupe d’âge, le pays espère devenir le premier à atteindre l’immunité grégaire.

Références :
Covid-19 Coronavirus Pandemic in Israel
Le vaccin efficace à 100 % chez les 12-15 ans
‘We’re in a really good place’: is Israel nearing the Covid endgame?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : évolution en douze mois

1 avril 2021

Voici la liste des pays les plus durement affectés par la pandémie au Covid-19.

À titre comparatif, cette liste est complétée par le cas de quelques pays d’Extrême-Orient.

Ont été exclus de cette liste, les pays de moins d’un million d’habitants.

Dans ce tableau, l’évolution en 2020 est montrée tous les quatre mois alors que pour 2021, l’évolution est représentée mensuellement.


Tableau comparatif des pays les plus atteints au premier jour de certains mois, en nombre de morts par million d’habitants

Pays Avr. Aout Déc. Jan. Fév. Mars Avr.
Rép. Tchèque 4 36 63 1093 1529 1909 2479
Hongrie 2 62 516 1002 1304 1561 2177
Bosnie-Herzég. 1 100 833 1249 1445 1552 2044
Belgique 73 849 863 1681 1815 1899 1979
Slovénie 2 60 717 1312 1694 1854 1950
Bulgarie 1 56 583 1099 1322 1491 1927
Royaume-Uni 35 680 868 1089 1565 1805 1860
Macédoine du N. 6 237 860 1205 1376 1509 1829
Italie 206 581 933 1235 1471 1622 1819
Slovaquie 0 5 158 412 863 1331 1793
États-Unis 12 477 831 1074 1367 1586 1704
Portugal 18 170 449 685 1253 1607 1657
Espagne 194 608 973 1087 1263 1488 1615
Mexique 0 362 818 971 1222 1430 1567
Pérou 2 588 1087 1136 1239 1403 1561
Brésil 1 440 815 916 1055 1198 1523
France 53 464 819 991 1171 1328 1468
Croatie 1 35 455 968 1236 1354 1460
Pologne 1 46 465 766 984 1158 1419
Panama 7 335 709 935 1216 1341 1402
Lithuanie 3 30 192 588 1046 1199 1330
Suède 24 568 671 861 1144 1265 1330
Québec 4 669 834 958 1157 1214 1246
Moldavie 1 195 576 746 855 987 1242
Colombie 0 203 723 850 1060 1168 1240
Roumanie 5 124 601 826 960 1065 1237
Argentine 1 79 854 954 1062 1145 1229
Chili 1 498 804 868 965 1075 1213
Arménie 1 253 739 953 1040 1077 1191
Suisse 54 229 568 882 1087 1148 1189
Bolivie 1 255 763 780 882 989 1041
Autriche 16 80 368 693 861 948 1036
Latvie 0 17 111 343 641 866 1023
Pays-Bas 68 359 550 672 817 908 965
Géorgie 0 4 327 634 802 884 950
Équateur 6 325 760 790 837 888 946
Irlande 15 357 417 453 667 868 945
Liban 2 10 167 240 462 697 924
Allemagne 10 110 207 410 696 845 920
Afrique du Sud 0 137 363 484 743 836 884
Grèce 5 20 242 469 561 629 786
Albanie 5 56 286 411 484 631 779
Ukraine 1 39 288 428 522 598 764
Tunisie 1 5 275 398 572 674 742
Iran 37 202 576 655 686 710 740
Estonie 4 48 93 180 324 451 684
Russie 0 96 277 394 504 592 680
Israel 3 57 313 365 524 626 676
Jordanie 1 1 273 376 422 460 675
Serbie 3 67 189 373 463 512 614
Paraguay 0 7 245 315 380 445 590
Costa Rica 0 30 339 427 514 546 577
Eswatini 0 37 104 185 492 558 571
Palestine 0 16 144 273 354 396 510
Honduras 1 135 293 315 361 415 459
RoC* 3 113 175 256 354 401 426
             
Japon 0,4 8,0 16,9 27,4 45,3 62,5 72,7
Corée du Sud 3,2 5,8 10,2 17,9 27,8 31,3 33,8
Hong Kong 0,5 4,5 14,5 19,7 24,3 26,7 27,3
Singapour 0,5 4,5 4,9 4,9 4,9 4,9 5,1
Chine 2,4 3,3 3,2 3,2 3,2 3,2 3,2
Taïwan 0,2 0,3 0,3 0,3 0,3 0,4 0,4
Vietnam 0,0 0,0 0,4 0,4 0,4 0,4 0,4

*— ‘RoC’ signifie le Canada sans le Québec.

En mars, les augmentations les plus importantes ont été rapportées en Europe Centrale et dans les Balkans, où le variant britannique continue de faire des ravages : en Hongrie (+616), en République Tchèque (+570), en Bosnie-Herzégovine (+492), en Slovaquie (+462) et en Bulgarie (+436).

Références :
Covid-19 : le nombre de cas en temps réel
Covid-19 Coronavirus Pandemic
Données COVID-19 au Québec

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Histoire d’un fiasco – 2e partie : la lutte québécoise contre le Covid-19 en mars 2020

31 mars 2021

Le rôle des voyageurs internationaux

Il faudra attendre jusqu’à la deuxième moitié de mars de l’an dernier pour que le Canada décide officiellement de fermer ses frontières. Or c’est par le biais des voyageurs internationaux que la pandémie a contaminé le Québec.

Même après cette fermeture, la frontière canadienne est demeurée une passoire.

Les pays qui ont réussi leur lutte sanitaire — en Extrême-Orient et en Océanie — ont tous mis en quarantaine obligatoire les voyageurs qui entraient sur leur territoire.

Au Québec, on aurait pu compenser le laxisme fédéral par des barrages routiers qui auraient fait cela. On a préféré laisser faire et critiquer le fédéral.

Les conséquences de la myopie

Mais revenons au début de ce mois.

Lorsque le directeur de la Santé publique du Québec revient de ses vacances au Maroc, le 8 mars 2020, c’est la panique à Québec.

Depuis plusieurs jours, les pays ferment leurs frontières les uns après les autres. Comme si un grave danger les menaçait.

Pourtant, rien n’est prêt au Québec pour y faire face.

On s’était beaucoup énervé pour rien à l’occasion de la grippe aviaire au H1N1 en 2009, alors que le taux de mortalité avait finalement été assez semblable à celui d’une grippe ordinaire.

Plutôt que d’appliquer le principe de précaution, la Santé publique a parié que le Covid-19 serait comme le H1N1 de 2009. Voilà pourquoi, le 5 février 2021, cet organisme déclarait qu’il fallait plus craindre la grippe que le coronavirus.

Cette désinvolture aurait dû faire soupçonner au premier ministre que la lutte sanitaire contre le Covid-19 devait être confiée à d’autres dirigeants, plus perspicaces et ayant plus d’envergure que ceux hérités de l’époque libérale.

Le directeur de la Santé publique, le Dr Arruda, a fait carrière en tant que gestionnaire du réseau de la santé. C’est ainsi que la réforme Barrette a été mise en œuvre par une poignée de hauts fonctionnaires, dont lui à titre de sous-ministre ou de sous-ministre adjoint.

Pour ces gens-là, on ne dépense pas l’argent des contribuables pour rien. L’idée d’acheter de l’équipement de protection au cas où est complètement étrangère à leur manière de penser.

Donc quand l’iceberg de la Covid-19 frappe le Titanic québécois, on manque de canots de sauvetage.

Pour compenser cette insouciance, on décide alors de faire ce que tout bon gestionnaire fait en pareil cas; rationaliser. On décide de réserver l’équipement de protection à l’usage exclusif des médecins et des infirmières qui sont au front, c’est-à-dire dans les zones rouges de nos hôpitaux.

Compte tenu des circonstances, c’était une sage décision.

L’erreur est ailleurs. Elle a été de déconseiller le port généralisé du masque. En effet, la chose à faire était de conseiller à la population de porter un masque et de lui montrer comment en fabriquer un.

Au lieu de cela, on a fait le contraire. La décision la plus stupide fut d’interdire spécifiquement le port du masque aux travailleurs de la santé qui travaillaient hors des zones rouges.

Le résultat a été que le quart de tous les Québécois qui ont attrapé le Covid-19 lors de la première vague étaient des travailleurs de la Santé. On a mis inutilement en danger la vie de ces gens-là; dix-huit d’entre eux en sont morts.

Et pour faire campagne contre le masque, la Santé publique du Québec a mis au point le ‘Grand sophisme’.

Le Grand sophisme

Un sophisme est un raisonnement faux, ayant l’apparence d’un raisonnement logique, fait dans le but de tromper.

Nous avons tous en mémoire l’argument central contre le port du masque utilisé par la Santé publique du Québec. Analysons cet argument en détail.

Précisons que le virus du Covid-19 ne traverse pas la peau, mais qu’il pénètre exclusivement à travers des muqueuses.

Selon le Dr Arruda, le masque donne un faux sentiment de sécurité. Il peut même être dangereux. En l’enlevant, si on touche à l’extérieur du masque, on peut se contaminer les doigts de virus. Et si on met un doigt contaminé dans le nez ou si on se frotte les yeux, on vient d’attraper le Covid-19 et ultimement, on peut en mourir.

C’est vrai.

Ce qu’oublie de dire le Dr Arruda, c’est que s’il y a des virus à la surface d’un masque, c’est que ce masque a bien fait son travail; nous empêcher d’inhaler le virus et d’attraper le Covid-19.

En d’autres mots, ce que dit le Dr Arruda, c’est ceci : “ Vous savez, le masque qui vous a sauvé la vie, vous n’auriez pas dû le porter. Parce qu’en l’enlevant, vous auriez pu commettre trois imprudences successives; toucher l’extérieur du masque, ne pas vous laver les mains, et déposer le virus sur une muqueuse en vous mettant les doigts dans le nez.

Cela est vrai. Mais si on commet toutes ces imprudences, on ne fait que mettre dans le nez une partie des virus qui s’y trouveraient déjà si on n’avait pas porté de masque.

En temps de guerre, il est imprudent pour un peuple de tirer dans le dos de ses généraux. Forts de ce principe, des centaines de journalistes, de chroniqueurs et d’éditorialistes ont abandonné tout esprit critique et ont choisi de répéter le Grand sophisme, contribuant ainsi à faire avaler cette couleuvre à la population.

Pendant ce temps, le virus se propageait…

(à suivre)

Références :
Au Québec, la grippe saisonnière est plus à craindre que le coronavirus
Covid-19 : les prix citron à Ottawa et à la STM
Covid-19 : l’utilisation ‘judicieuse’ des masques
Grippe A (H1N1) de 2009
Histoire d’un fiasco – 1re partie : la lutte québécoise contre le Covid-19 en février 2020

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les autorités sanitaires du Québec et la justice

25 mars 2021


 
Introduction

Il y a deux jours, le juge Philippe Bouvier du Tribunal administratif du travail rendait sa décision relativement à une série de causes apparentées où des travailleurs de la Santé accusaient leurs employeurs de ne pas les protéger suffisamment contre la pandémie actuelle.

Appelée à témoigner en faveur de cinq CHSLD (où 272 travailleurs ont attrapé le Covid-19, dont un qui en est mort), la Santé publique du Québec a été surprise de constater qu’il ne lui suffisait pas de présenter l’avis ex cathedra de ses experts — les docteurs Jasmin Villeneuve et François Lamothe — pour être crue par le tribunal.

Le magistrat a jugé beaucoup plus crédibles l’opinion de la docteure Geneviève Marchand (témoin-experte appelée par les syndicats de travailleurs), la littérature scientifique qu’elle a soumise et le témoignage des travailleurs.

En résumé, le tribunal ordonne aux employeurs du réseau de la santé de fournir des masques N95 (ou mieux) non seulement aux travailleurs en zone chaude, mais aussi à ceux en zone tiède.

Selon le juge, les employés des hospices y compris le personnel d’entretien, devraient pouvoir porter des masques N95 en tout temps lorsqu’ils sont en contact avec des cas confirmés ou suspectés de Covid-19.

On trouvera ci-dessous de larges extraits de cette décision. Chaque extrait est précédé de son numéro de paragraphe. De plus, la plupart des sigles (ex. CIUSSS) ont été remplacés par leur nom au long.

Ce jugement est important dans la mesure où il donne un aperçu de l’attitude que pourraient adopter les tribunaux lorsqu’ils seront saisis de recours collectifs obligeant les responsables à justifier leur gestion de la pandémie.

Extraits du jugement

[78] L’article 51 de la loi sur la santé et la sécurité au travail définit ces obligations générales et spécifiques de l’employeur : L’employeur doit prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé et assurer la sécurité et l’intégrité physique du travailleur.

[105] En septembre 2020, l’INSPQ (Institut national de Santé publique) publie une enquête intitulée Enquête épidémiologique sur les travailleurs de la santé atteints par la COVID-19 au printemps 2020.

Dans ce document, l’INSPQ révèle que les travailleurs de la santé constituent le quart de tous les cas confirmés de COVID-19 rapportés au Québec lors de la première vague de la pandémie et qu’ils ont un risque de contracter l’infection 10 fois supérieur à la population en général.

[125] Du début [du procès] jusqu’aux plaidoiries, l’INSPQ maintient qu’il n’y a pas de preuve scientifique soutenant une transmission aérienne du [SRAS-CoV-2]. C’est d’ailleurs, la conclusion de ses témoins, les docteurs Jasmin Villeneuve de l’INSPQ et François Lamothe, microbiologiste.

[129] [Le 26 février 2020] dans un avis portant sur la gestion du risque pour la protection respiratoire en milieu de soins, le CINQ (Comité sur les infections nosocomiales du Québec) retient ceci : “ La transmission aérienne est bien décrite lors des interventions médicales générant des aérosols pour le SRAS. Par extrapolation, on peut considérer qu’une transmission similaire est donc possible pour le SARS-CoV-2.

Selon certains experts, il y aurait plusieurs modes de transmission pour le SARS-CoV-2 : grosses gouttelettes, petites gouttelettes (aérosols) et contact [c’est-à-dire le toucher].

[130] En mars, avril, mai et juin 2020, le CINQ considère que la communauté scientifique ne peut exclure la transmission aérienne du virus et pas uniquement, lorsqu’il y a des interventions médicales générant des aérosols.

En juillet 2020, l’INSPQ (…) établit sa position [qu’elle maintiendra] jusqu’à maintenant; il n’y a pas de transmission aérienne du [SRAS-CoV-2], sauf en présence d’interventions médicales générant des aérosols.

[133] Madame Geneviève Marchand, chercheuse à l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et sécurité du travail et docteure en microbiologie, se spécialise en dynamique des aérosols, et dans les appareils de protection respiratoire.

S’appuyant sur la granulométrie des aérosols, elle explique que lorsqu’une personne respire, parle, chante, tousse ou encore éternue, cette personne dégage un panache de particules de différentes grosseurs.

[134] L’importance de la distinction entre aérosols et gouttelettes réside dans le mode de transmission du virus et de l’identification de l’équipement de protection individuelle approprié.

Ainsi, selon madame Marchand, la porte d’entrée du virus pour les grosses gouttelettes sera les yeux ou les muqueuses du nez ou de la bouche.

Dans le cas des aérosols — les plus petites particules — elles peuvent être inhalées et se déposer dans l’arbre respiratoire dans son entier.

De plus, la docteure Marchand explique que les flux d’air, attribuables notamment aux déplacements des personnes et des objets ou les courants d’air, peuvent favoriser le déplacement des aérosols.

[135] Avant la pandémie, (…) les particules de moins de 10 microns étaient considérées comme étant des aérosols qui pouvaient se déplacer sur de plus ou moins longues distances alors que les gouttelettes plus grosses, (…) compte tenu des principes balistiques, tombaient au sol à l’intérieur de deux mètres.

[137] [Le 8 décembre 2020], le docteur Jasmin Villeneuve, médecin-conseil à l’INSPQ et coordonnateur des activités du CINQ, affirme que la position de l’INSPQ demeure et qu’il n’y a pas de transmission aérienne du SRAS-CoV-2.

Selon l’INSPQ, le seul mode de transmission du virus (…) est par une transmission contact-gouttelettes [c’est-à-dire en touchant des surfaces sur lesquelles se trouvent des gouttelettes].

[138] Le Tribunal juge que cette position ne tient pas compte du principe de précaution et du principe selon lequel les particules de 100 microns peuvent être inhalées.

Dans ce contexte, la transmission aérienne ou par inhalation représente un risque de contracter le [SRAS-CoV-2].

Certes, ce ne sont pas toutes les particules de moins de 100 microns qui possèdent une charge virale, mais la dose infectieuse pour contaminer un être humain n’est pas connue.

[141] Dans un communiqué de presse du 5 octobre 2020, le Centers for Disease Control and Prevention retient qu’il peut y avoir une contamination aérienne au-delà d’une distance de deux mètres.

[143] [Au contraire, le] docteur François Lamothe (…) considère qu’il n’y a pas de transmission aérienne du [SRAS-CoV-2].

Le Tribunal accorde peu de valeur probante au témoignage du docteur Lamothe. D’une part, un témoin reconnu à titre d’expert sur un sujet donné doit connaitre les plus récents développements dans le domaine pour lequel il est reconnu expert.

Or, le docteur Lamothe qui témoigne sur le mode de transmission du virus (…) n’est pas au courant des dernières positions de l’Agence de la santé publique du Canada rendues publiques au début du mois de janvier 2021, [c’est-à-dire] avant son témoignage.

[159] [Les] problèmes d’ajustement des masques [chirurgicaux], lors de la dispensation de soins sont prouvés, notamment lors du témoignage troublant de monsieur Alexandre Ladouceur, préposé aux bénéficiaires au Centre d’hébergement Lionel-Émond.

Il explique qu’il travaille à proximité des résidents et que parfois, sa visière bouge et que son masque [chirurgical] glisse découvrant le nez, et qu’il ne peut ajuster ces équipements puisque ses mains sont occupées à changer une couche.

[175] De plus, le Tribunal retient que la dispensation des soins à des résidents, selon le témoignage de tous travailleurs, se fait à proximité, dans un périmètre où il y a une importante émission de particules de toutes grosseurs.

(…) À cet égard, le témoignage de madame Maité Verreault, aide de service au Centre d’hébergement Lionel-Émond est éloquent. Lorsqu’elle aide un résident à marcher, elle se positionne [face à lui] et lui tient les mains, elle peut recevoir des postillons.

Elle mentionne avoir eu les cheveux souillés par des selles. De plus, d’autres travailleurs ont évoqué que des résidents ont vomi sur eux, toussé et crié face à eux, provoquant ainsi d’importantes expectorations.

[176] D’ailleurs, tous les travailleurs qui ont été entendus en audience, qu’ils ou qu’elles soient infirmière, infirmière auxiliaire, préposée aux bénéficiaires, aide de service, préposée à l’entretien, ouvrier d’entretien général ont rapporté qu’ils intervenaient à proximité des résidents atteints de la COVID-19 ou suspectés de l’être alors que ces résidents parlent, toussent, crient et postillonnent.

Plusieurs ont relaté qu’ils avaient reçu des crachats, des expectorations ou encore des selles provenant des résidents dans l’exercice de leur fonction.

[188] (…) De son côté, madame Anne Perlo, infirmière auxiliaire et chef d’équipe à Vigi Dollard-des-Ormeaux, mentionne qu’elle était entièrement couverte que dans 5 % du temps au cours duquel elle travaillait en zone rouge. Elle se couvrait la tête par ses propres moyens et [son employeur] lui a refusé d’utiliser son propre masque.

[235] En résumé, le Tribunal juge que la preuve prépondérante confirme le mode de transmission aérienne ou par inhalation du [virus].

Les masques [chirurgicaux] ne représentent pas un équipement de protection individuelle approprié pour les travailleurs appelés à intervenir auprès d’un résident affecté de la COVID-19 et suspecté d’en être atteint, que ce soit pour dispenser des soins ou pour effectuer l’entretien ménager.

Dans de telles circonstances, l’équipement de protection individuelle le plus approprié est une protection respiratoire qui implique le port d’un masque dont l’étanchéité est garantie par sa forme et par son d’ajustement comme les masques N95 ou un équipement équivalent ou de qualité supérieure.

Références :
Décision du juge Philippe Bouvier (à consulter à partir d’une tablette électronique)
La CNESST rend obligatoire le port du masque N95 en zone tiède
Québec et ses experts blâmés sévèrement

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : doit-on forcer les soignants à se faire vacciner ?

17 mars 2021

Sur les ondes de la chaine de nouvelles CNN, tous les experts juristes consultés s’entendent pour dire qu’un employeur possède le droit de contraindre ses employés à se faire vacciner s’ils sont susceptibles de contaminer sa clientèle.

Cela est d’autant plus vrai dans le cas des établissements de Santé. En raison de leur vulnérabilité, il est primordial d’assurer la protection des personnes qui y sont admises.

Mais les choses sont parfois plus complexes qu’on pense.

Le droit international est formel; chaque personne soumise à un traitement expérimental doit y consentir de manière libre et éclairée.

La campagne de vaccination au Québec se déroule selon un protocole qui n’est appuyé par aucune étude scientifique. C’est donc un traitement expérimental à grande échelle.

Lorsqu’administrées espacées correctement (soit trois ou quatre semaines et non trois mois), les vaccins de Pfizer/BioNTech et de Moderna sont efficaces à 94 % ou à 95 %. En d’autres mots, il y a 5 % ou 6 % d’échec vaccinal.

Or qu’arrive-t-il en cas d’échec vaccinal ? Les études ont démontré que parmi les vaccinés qui attrapent le Covid-19 quand même, aucun n’en meure et aucun ne l’attrape de manière suffisamment sévère pour être hospitalisé.

En somme, ils demeurent asymptomatiques ou l’attrapent comme s’il s’agissait d’une grippette.

Dans une étude de grande envergure réalisée récemment en Israël, celle-ci a démontré que le vaccin de Pfizer prévient 57 % des infections symptomatiques dès la première dose.

Si une dose de vaccin protège à 57 %, cela veut dire que la vaccination échoue dans le reste, soit 43 % de ceux qui ne reçoivent qu’une seule dose.

Dans le cas de la vaccination expérimentale du Québec, quel est le pourcentage d’échecs au-delà des trois semaines de l’expérience israélienne ? On ne sait pas. Combien de vaccinés ont attrapé l’infection d’une manière suffisamment sévère pour être hospitalisés ? On l’ignore. Et quel est le pourcentage des vaccinés qui sont morts quand même du Covid-19 ? On l’ignore aussi.

Ce qu’on sait, c’est qu’un mois après avoir administré la première dose au Canada d’un vaccin de Pfizer/BioNTech à une résidente d’un hospice et y avoir vacciné 202 autres résidents, de même que 125 membres du personnel, 37 résidents sont décédés du Covid-19 et 95 travailleurs l’ont contracté, soit 76 % du personnel.

Sachant que cette première séance de vaccination au Québec fut un évènement super-propagateur, on comprendra donc les inquiétudes des travailleurs de la Santé au sujet de leur vaccination obligatoire.

Au cours de la première vague, on a forcé les travailleurs de la Santé à travailler à visage découvert au lieu de leur suggérer de porter un masque artisanal (à défaut d’avoir la protection nécessaire).

Résultat ? 41 384 soignants ont été infectés et dix-huit en sont morts.

Doit-on maintenant forcer ces travailleurs à se soumettre à une vaccination expérimentale dont personne ne connait l’efficacité ?

Je ne crois pas. Pour une raison très simple; bien porté, un masque N95 protège autant qu’un vaccin administré correctement. Autant pour celui qui le porte que pour ceux qu’il rencontre. En somme, le masque N95 est un vaccin amovible.

Dans nos établissements de Santé, voulons-nous retourner en pénurie de personnel ? Non ? Alors il faudrait commencer à respecter ceux qui y travaillent.

S’ils préfèrent, à tort ou à raison, porter un masque N95 plutôt que de servir de sujets d’expérience à une vaccination atypique, c’est leur choix. Respectons ce choix et fournissons-leur enfin l’équipement de protection qu’ils réclament depuis le début de la pandémie.

À 43 % d’échec vaccinal, les travailleurs de la Santé savent qu’il vaut mieux compter sur la protection d’un masque N95 que sur celle d’une vaccination bâclée.

À titre d’exemple, je suis un partisan inconditionnel des vaccins. Et je veux me faire vacciner. Mais il est hors de question que je serve de cobaye aux incompétents qui dirigent la lutte sanitaire au Québec.

J’attends donc l’arrivée des vaccins à une seule dose ou je serai heureux de prendre la place d’un catholique qui refusera — Dieu merci ! — ses vaccins d’AstraZeneca (qui eux, se donnent à raison de deux doses espacées de trois mois).

Et même dans ce dernier cas, je suis inquiet puisque le premier ministre a exprimé sa volonté que tous les Québécois qui le veulent soient vaccinés (sous-entendu : avec une première dose) au 24 juin prochain.

Puisque la Santé publique du Québec a négligé de se doter des capacités logistiques de procéder à une vaccination généralisée de manière rapide, la seule manière de se conformer au souhait du premier ministre sera de différer indéfiniment l’administration de la deuxième dose.

On commence déjà à évoquer cette possibilité…

Références :
BNT162b2 mRNA Covid-19 Vaccine in a Nationwide Mass Vaccination Setting
Des masques N95 aux soignants… 10 mois après une recommandation
La moitié des soignants de première ligne ne sont toujours pas vaccinés dans le Grand Montréal
Tous les Québécois auront reçu une dose d’ici le 24 juin, prévoit Legault
Vaccins et vulnérabilité résiduelle

Complément de lecture :
Les autorités sanitaires du Québec et la justice

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : les trois premiers mois de la vaccination au Québec

14 mars 2021

Introduction

Le 14 décembre 2020, il y a donc trois mois, une première personne au Canada était vaccinée contre le Covid-19.

Sous l’œil des caméras de tout le pays, Gisèle Lévesque, 89 ans, recevait la première de ses deux doses du vaccin de Pfizer/BioNTech. Prévue trois mois plus tard, sa deuxième dose lui a finalement été administrée le 5 mars dernier.

Un mauvais présage

Dès le départ, les autorités sanitaires du Québec ont choisi d’espacer de trois mois les deux doses du vaccin de Pfizer alors que ce dernier a été homologué pour être utilisé à raison de deux doses espacées de trois semaines et non de trois mois.

Dans l’hospice où demeure Mme Lévesque, sur les 230 résidents, 202 ont accepté d’être vaccinés, tout comme 125 membres du personnel.

Le 14 janvier 2021, soit un mois plus tard, Radio-Canada rapportait : “ La COVID-19 continue de se propager au CHSLD Saint-Antoine, malgré l’opération de vaccination de la mi-décembre. (…) Depuis décembre, 37 résidents du CHSLD Saint-Antoine sont décédés de la maladie et 95 travailleurs de l’établissement l’ont contracté…” …soit 76 % du personnel.

De toute évidence, cette première séance de vaccination fut un évènement super-propagateur. On ne saura jamais si le virus a été apporté par les équipes de vaccination ou par les journalistes invités à couvrir l’évènement.

Mme Lévesque contracta le Covid-19 deux semaines après avoir reçu sa première dose : heureusement, elle y survécut.

Immunité modeste et immunité robuste

Au moment de la mise en marché de son vaccin, Pfizer soutenait qu’il protégeait 89 % des vaccinés après une première dose et 95 % des vaccinés après leur deuxième dose.

En se basant sur cette différence minime, la Santé publique a décidé de différer l’administration de la deuxième dose afin de vacciner le maximum de personnes avec les vaccins disponibles.

Toutefois, cette décision ne tenait pas compte du fait que le fabricant qualifiait de modeste l’immunité conférée par une première dose et de robuste celle résultant d’une deuxième dose.

Depuis, les résultats des campagnes de vaccination démontrent qu’on obtient une réponse immunitaire robuste dès la première dose du vaccin de Pfizer chez ceux qui ont déjà contracté l’infection puisque dans leur cas, le vaccin sert de rappel (comme la deuxième dose chez ceux qui n’ont jamais contracté l’infection).

De plus, dans une autre étude réalisée auprès de douze-mille vaccinés, celle-ci a démontré que le vaccin de Pfizer prévient 57 % des infections symptomatiques dès la première dose et 88 % après la deuxième dose.

Si une dose vaccin protège à 57 %, cela veut dire que la vaccination échoue dans le reste, soit 43 % de ceux qui ne reçoivent qu’une seule dose.

Qu’en est-il de l’expérience atypique du Québec ?

À part une étude très mal faite dont nous avons parlé sur ce blogue, la Santé publique n’a publié aucune donnée à ce sujet.

Quel est le pourcentage d’échec vaccinal au Québec ? On ne sait pas. Combien de vaccinés ont attrapé l’infection d’une manière suffisamment sévère pour être hospitalisés ? On l’ignore. Et quel est le pourcentage des vaccinés qui sont morts quand même du Covid-19 ? On l’ignore aussi.

Bref, si la Santé publique effectue un suivi de sa campagne de vaccination, elle est demeurée complètement opaque à ce sujet.

Ce qui n’augure rien de bon.

Par contre, lorsque la vaccination s’effectue conformément à la science, les études scientifiques ont démontré qu’aucun décès et aucune hospitalisation ne résulte de l’échec de la vaccination.

En d’autres mots, les personnes chez qui la vaccination échoue peuvent de nouveau attraper le Covid-19. Toutefois, ils l’attraperont sans s’en rendre compte ou de manière tellement faible qu’ils ne sentiront pas le besoin de se rendre à l’urgence d’un hôpital.

Ceci étant dit, une fois le vaccin administré à des millions de personnes, on pourrait se rendre compte que la probabilité d’effets graves à la suite d’un échec vaccinal n’est pas totalement nulle. Toutefois, on peut présumer que ces cas seront rarissimes.

Une vaccination à pas de tortue

La population américaine est de 330 millions d’habitants. Au moment où ces lignes sont écrites, 107 millions de doses du vaccin de Pfizer et de Moderna ont été administrées aux États-Unis.

Plus précisément, dix pour cent des gens y ont reçu une seule dose, et un autre dix pour cent ont reçu leur deuxième dose (et sont donc complètement vaccinés). En d’autres mots, un cinquième des Américains sont vaccinés, dont la moitié de ceux-ci, parfaitement.

Le président Biden s’est fixé comme objectif de faire en sorte que tous les habitants du pays qui le veulent soient vaccinés au 4 juillet prochain (le jour de la Fête nationale américaine).

Avant même que le Canada éprouve des difficultés d’approvisionnement en vaccins, les autorités sanitaires du Québec avaient comme objectif de vacciner 650 000 personnes d’ici la fin du mois de mars.

À ce jour, 648 663 doses de vaccin ont été administrées au Québec. Depuis le 5 mars, Mme Gisèle Lévesque fait partie des rares personnes qui ont reçu leur deuxième dose.

Pour atteindre l’immunité grégaire, 70 % de la population québécoise doit être complètement immunisée au virus.

Au rythme de 650 000 vaccins en trois mois, l’immunité grégaire sera atteinte dans vingt-huit mois, c’est-à-dire dans plus de deux ans, s’il suffit de recevoir une seule dose pour l’atteindre. S’il en faut deux, il faudra patienter plus de quatre ans… si l’immunité conférée dure aussi longtemps. Sinon, il faudra recommencer et vacciner perpétuellement.

Calcul détaillé

Le calcul est simple. En trois mois, administrer 650 000 doses, cela correspond à une moyenne mensuelle de 217 000 injections. C’est le rythme actuel de la campagne ‘massive’ (sic) de vaccination du Québec.

Pour atteindre l’immunité grégaire, il faut que 70 % des Québécois soient complètement immunisés au Covid-19. Or 70 %, c’est six-millions de personnes.

Divisons six-millions d’injections d’un vaccin à une dose ou douze-millions d’injections d’un vaccin à deux doses par le rythme actuel de vaccination et cela prendra respectivement 27,6 mois et 55,3 mois.

C’est un rythme sept à quatorze fois plus lent qu’aux États-Unis, sans parler d’Israël et de la Grande-Bretagne.

Conclusion

À moins d’accélérer la cadence de manière substantielle, le Québec aura donc été soumis à l’alternance incessante des confinements et des déconfinements lorsque surviendront les prochaines élections québécoises, prévues en octobre 2022.

D’une fois à l’autre aura augmenté le nombre des personnes exaspérées par les mesures sanitaires.

Pendant ce temps, aux États-Unis, les restaurants, les cinémas, et les endroits de villégiature seront noirs de gens souriants et décontractés célébrant l’éradication de la pandémie en sol américain.

Peut-être y a-t-il là matière à inquiétude pour nos dirigeants politiques.

En effet, l’heure des explications approche…

Références :
COVID-19 : Gisèle Lévesque devient la première personne vaccinée au Canada
Covid-19 : vaccination vs immunisation
Données de vaccination contre la COVID-19 au Québec
La première vaccinée du Canada a contracté la COVID-19
Sept résidents vaccinés du Centre Maimonides contractent la COVID-19
Single Pfizer vaccine shot provides strong protection for those who’ve had Covid-19, UK studies suggest
UK study finds one dose of Pfizer/BioNTech vaccine reduces risk of infection by 72%

Parus depuis
La moitié des soignants de première ligne ne sont toujours pas vaccinés dans le Grand Montréal (2021-03-17)
Même vaccinée, une femme de 50 ans est sous oxygène à cause d’un variant (2021-04-08)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : oui aux ventilateurs, non aux purificateurs HEPA ?

12 mars 2021

Introduction

Les ventilateurs sont des appareils destinés à faire circuler l’air. Ils sont habituellement constitués de pales qui tournent autour d’un axe.

Les purificateurs sont des dispositifs qui aspirent, filtrent et rejettent l’air débarrassé de particules en suspension.

Ceux équipés d’un filtre HEPA sont utilisés dans les salles d’opération. Ils débarrassent l’air de 99,97 % des particules d’un diamètre supérieur ou égal à 0,3 µm.

L’interdiction des purificateurs

En janvier dernier, dans le but de diminuer le risque de transmission du Covid-19 en classe, des parents se sont cotisés pour acheter deux purificateurs d’air portatifs dotés de filtres HEPA.

Malheureusement, la directrice de l’école a confisqué l’appareil après avoir été avisée que pour installer un tel dispositif, il fallait obtenir au préalable l’autorisation d’un comité tripartite formé du ministère de l’Éducation, du ministère de la Santé et des Services sociaux, et de la CNESST (commission des Normes, de l’Équité, de la Santé et de la Sécurité au travail).

Pour sa part, le ministère de l’Éducation (le premier des trois) s’en remet aux experts de la Santé publique. Or ceux-ci s’y opposent pour les raisons suivantes.

Premièrement, s’il est vrai que la transmission du Covid-19 par aérosols est possible dans les locaux mal ventilés, il ne s’agit pas du mode d’infection principal selon eux.

En réalité, mode principal ou non, le principe de précaution exige qu’on mettre tout en œuvre pour protéger nos écoliers.

Deuxièmement, les dispositifs de filtration pourraient, en théorie, aider à réduire ce risque. Sauf qu’en pratique, selon ces experts, ils sont difficiles à utiliser dans une classe.

Pourtant, il suffit de connecter le fil dans la prise de courant, une tâche extrêmement compliquée, semble-t-il.

Troisièmement, on ignore qui est infecté. Conséquemment, on ignore où les placer pour qu’ils soient efficaces.

Quel dilemme; de toute évidence, les experts de la Santé publique du Québec n’ont pas inventé le bouton à quatre trous.

Les ventilateurs

Dans les édifices de la fonction publique, dans les écoles, et dans les hôpitaux, des milliers de personnes doivent travailler dans des locaux mal ventilés.

Quand ces travailleurs ont chaud, que font-ils ? Ils se plaignent. Et quand il ne se passe rien, ils se plaignent de nouveau. Jusqu’à ce qu’on trouve une solution.

Cette solution pourrait être de changer le système de ventilation. Mais cela est onéreux. Alors le plus simple est d’installer un ventilateur sur pied ou ventilateur portatif sur leur bureau.

Et le problème est réglé.

Au fil des années, l’État québécois a acheté des milliers de ventilateurs qu’on trouve un peu partout.

Le 26 février dernier, je suis allé subir des tests dans un hôpital montréalais.

Dans un des locaux où on m’a fait passer, sur une chaise située à côté du bureau de la préposée, se trouvait un ventilateur portatif relié à une prise de courant. Donc, prêt à être utilisé.

A-t-on connaissance d’une directive de la Santé publique interdisant l’usage des ventilateurs dans la fonction publique ou parapublique ? Non.

A-t-on déjà saisi un seul parmi les milliers de ventilateurs en usage dans les édifices gouvernementaux ? Non.

Alors j’aimerais qu’on m’explique pourquoi la Santé publique s’oppose à l’utilisation des purificateurs d’air de type HEPA alors que ceux-ci sont recommandés par le CDC (Centers for Disease Control and Prevention) des États-Unis, et par les autorités sanitaires de toutes les autres provinces canadiennes…

Conclusion

Si le Québec est un des endroits au monde où on trouve le plus de mortalité du Covid-19 par million d’habitants, cela n’est pas l’effet du hasard.

C’est le résultat d’une suite ininterrompue de décisions stupides prises par les autorités sanitaires du Québec.

Références :
Une enseignante sommée de retirer des purificateurs achetés par des parents
Ventilation in Buildings

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Vaccins et vulnérabilité résiduelle

9 mars 2021


 
Une contagion silencieuse

Aucun vaccin n’est efficace à 100 %. Lorsqu’on dit qu’un vaccin est efficace à 94 % ou à 95 %, qu’arrive-t-il au 5 % ou 6 % résiduel ?

Pour répondre à cette question, il faut se référer aux études scientifiques sur lesquelles repose l’homologation de ces vaccins.

Les études scientifiques révèlent que lorsque le vaccin ‘échoue’, le risque de décéder du Covid-19 est nul. Le risque d’être hospitalisé est également nul.

Cela veut dire que ces personnes demeurent asymptomatiques ou développent la maladie sous une forme tellement mineure que cela ne justifiera pas leur hospitalisation.

Typiquement, ce genre d’études est réalisé sur environ trente-mille personnes dont vingt-mille ont reçu le vaccin.

Une fois que le vaccin sera administré à des dizaines de millions de gens, il est probable qu’on découvrira que ce risque n’est pas complètement nul.

Mais ce qu’on devra retenir, c’est que le risque est extrêmement faible, voire rarissime. Sauf face à certains variants.

Cela est vrai pour tous les vaccins actuellement homologués en Occident, soit celui de Pfizer/BioNTech, de Moderna, d’AstraZeneca, et de Johnson & Johnson.

On a donc tort de craindre de recevoir un vaccin ‘moins bon’ que les autres. Parmi ceux homologués pour votre groupe d’âge, ils sont tous excellents.

En exagérant un peu, on peut dire que ce qui les distingue, c’est le pourcentage de ceux qui attraperont le Covid-19 quand même… mais sans le savoir.

Je n’hésiterais pas à recevoir n’importe quel d’entre eux. Du moment qu’on suit un protocole de vaccination basé sur la science.

Les nouvelles directives du CDC

Le Centers for Disease Control and Prevention (CDC) émettait hier ses premières recommandations au sujet des personnes complètement vaccinées.

Ces recommandations évolueront au fur et à mesure où la proportion d’Américains vaccinés augmentera.

Deux semaines après avoir reçu leur deuxième dose d’un vaccin de Pfizer ou de Moderna — en d’autres mots, dès que la personne sera non seulement vaccinée, mais complètement immunisée — le CDC lui permet trois choses :
• rencontrer d’autres personnes complètement immunisées sans porter de masque ni respecter la distance sanitaire,
• visiter les membres non vaccinés d’un ménage si tous ces gens ont un risque faible de développer une forme sévère de la pandémie, et
• éviter de se mettre en quarantaine si, tout en demeurant asymptomatique, elle entre en contact avec une personne atteinte de Covid-19.

Cliquez sur l’image pour démarrer

Concrètement, cela signifie que des grands-parents complètement immunisés pourront librement voir, embrasser, et serrer dans leurs bras leurs petits-enfants.

Analysons la logique de ces recommandations.

Première recommandation

Une personne complètement immunisée grâce au vaccin de Pfizer ou de Moderna possède un risque, évalué à 5 % ou 6 %, d’attraper quand même le Covid-19, possiblement sans en avoir conscience.

Au moment où elle est contagieuse, si cette personne rencontre toute autre personne elle aussi complètement immunisée, cette dernière a environ 95 % des chances de ne pas l’attraper. Mais si elle l’attrape, cela n’aura pas d’importance.

Deuxième recommandation

Si elle est contagieuse, une personne complètement immunisée peut transmettre l’infection aux membres d’un ménage dépourvus d’immunité contre le Covid-19.

Mais si ces gens ont un risque faible de développer une forme sévère de la pandémie, leur contamination sera probablement sans conséquence fâcheuse.

En contrepartie, si c’est l’inverse, c’est-à-dire si ce sont les gens visités qui sont des porteurs asymptomatiques de Covid-19, ils pourraient constituer un risque de transmission au visiteur complètement immunisé. Mais si cela arrive, cela n’aura pas d’importance non plus.

Troisième recommandation

Toute personne complètement immunisée peut rencontrer une personne contagieuse. La première n’a alors pas besoin de se placer en quarantaine parce que son risque d’attraper le Covid-19 n’est que de 5 % ou 6 %. Et si cela arrive, cela sera sans importance.

Les conséquences québécoises

En principe, les deux doses des vaccins de Pfizer/BioNTech et de Moderna doivent être espacées de trois ou de quatre semaines. C’est sur des études basées sur ce protocole de vaccination que ces deux vaccins ont été homologués un peu partout en Occident.

Les autorités sanitaires du Québec ont choisi d’espacer les doses de vaccins de Pfizer et de Moderna bien au-delà de cela, soit de trois ou de quatre mois.

Après une seule dose de l’un ou de l’autre de ces deux vaccins, on protège la majorité des personnes vaccinées. Toutefois, on ne connait pas la robustesse de l’immunité ainsi conférée, notamment à l’égard des variants.

Dans les cas où la vaccination échouera à prévenir une infection après une seule dose, on ignore le pourcentage de ceux qui en mourront ou qui se retrouveront aux soins intensifs.

De plus, on ignore la même chose chez ceux qui, après trois ou quatre mois d’attente, recevront finalement leur deuxième dose tant attendue.

On l’ignore parce que le protocole de vaccination suivi par Québec ne repose sur aucune base scientifique.

Ce qui veut dire que les recommandations du CDC ne peuvent pas s’appliquer au Québec.

Pour ne pas perdre la face, je m’attends à ce que la Santé publique du Québec adopte des recommandations analogues. Mais en raison de leur absence de tout fondement scientifique, ces directives ne voudront rien dire.

Référence : Interim Public Health Recommendations for Fully Vaccinated People

Paru depuis
La moitié des soignants de première ligne ne sont toujours pas vaccinés dans le Grand Montréal (2021-03-17)

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