Covid-19 : que penser du variant Delta ?

16 juin 2021

Détecté en Inde où il fait des ravages, le variant Delta (ou variant B.1.617.2) est maintenant la cause d’une légère résurgence de la pandémie en Grande-Bretagne (où il représente 90 % des cas).

En janvier dernier, au pire de la pandémie dans ce pays, on y comptait presque deux-millions de cas actifs. Grâce à une campagne de vaccination énergique, il n’y en avait plus que 88 987 le 19 mai dernier.

Toutefois, le nombre de cas actifs avait remonté à 160 660 hier, un mois plus tard. Rien de comparable à la situation au début de l’année.

Ceci nous indique qu’on ne doit pas présumer que la pandémie est terminée. Et puisque ce retour limité a essentiellement atteint les personnes qui ne sont pas complètement immunisées contre le Covid-19, c’est un rappel de l’importance de la vaccination complète contre ce virus.

Aux États-Unis, le variant Delta représentait 2,5 % des nouveaux cas le mois dernier alors qu’il comptait pour 0,6 % des nouveaux cas un mois plus tôt. On estime dans ce pays que les cas de variant Delta doublent toutes les deux semaines.

Selon les autorités américaines, contre ce variant, le vaccin de Pfizer/BioNTech protège à 33 % après une dose et à 88 % après la seconde dose.

Selon les autorités britanniques, dans le cas du vaccin d’AstraZeneca, le pourcentage de protection est respectivement de 30 % et de 60 %.

Au premier abord, cela semble peu. Mais on doit se rappeler qu’en cas d’échec vaccinal, une partie des vaccinés qui attrapent le Covid-19 quand même ne s’en rendent pas compte, tandis que le reste développe habituellement des symptômes mineurs qui ne justifient pas leur hospitalisation.

Les deux doses du vaccin de Pfizer préviennent 94 % des hospitalisations alors que celles d’AstraZeneca les préviennent à 92 %. Donc, c’est pareil.

Quant aux morts chez les vaccinés, on ne possède pas de données populationnelles. Toutefois, dans le cadre des études réalisées chez environ trente-mille volontaires, personne ne mourait du Covid-19 en cas d’échec vaccinal.

Tout comme aux États-Unis, il est à prévoir que le variant Delta deviendra la forme prédominante de Covid-19 partout au Québec cet été.

Ses effets seront extrêmement variables puisque l’immunité grégaire est atteinte d’une manière très irrégulière sur le territoire québécois.

Références :
La contagiosité accrue des variants du Covid-19 et les mesures sanitaires
The Covid Delta variant: how effective are the vaccines?
The Delta variant is spreading. What does it mean for the US?

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés au Covid-19, veuillez cliquer sur ceci

Votre évaluation :
 Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

2 commentaires

| Covid-19, Santé | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Rapprocher les doses d’Astra-Zeneca : prudence

6 juin 2021

Dans les jours qui viennent, les personnes qui ont déjà reçu une première dose d’un vaccin contre le Covid-19 pourront faire devancer la date prévue pour leur deuxième dose.

Dans le cas de ceux qui ont reçu une première dose du vaccin de Pfizer/BioNTech ou de Moderna, il s’agit d’une excellente nouvelle.

L’homologation de ces deux vaccins est basée sur des études au cours desquelles les doses de ces deux vaccins étaient espacées de trois ou de quatre semaines.

Les espacer bien au-delà était un risque que prenait la Santé publique du Québec lié à des problèmes d’approvisionnement. Par contre, rapprocher cet écart vers ce qui est prouvé scientifiquement est évidemment souhaitable.

Dans le cas du vaccin d’Astra-Zeneca, c’est différent.

Celui-ci a été homologué à partir d’études au cours desquelles les deux doses étaient espacées de douze semaines.


 
Une étude britannique publiée le 4 mars dernier a prouvé qu’on obtient une protection vaccinale utile (mais très variable) même quand les doses sont plus rapprochées.

Désireuse de profiter d’un approvisionnement bien meilleur en vaccins, la Santé publique a décidé d’accélérer sa campagne de vaccination.

Ignorant un fois de plus le principe de précaution, les autorités sanitaires voulaient qu’on administre la deuxième dose du vaccin d’Astra-Zeneca aussi précocement que quatre semaines après la première.

Cette recommandation n’était pas basée sur la science, mais seulement sur l’avis d’experts (sic), plus précisément sur les membres du comité d’immunisation du Québec.

Soyons francs : des experts en Covid-19, cela n’existe pas. Personne n’est détenteur d’un baccalauréat en Covid décerné par une université québécoise. Tout ce qu’on a, ce sont des épidémiologistes ou de simples médecins qui font de leur mieux pour comprendre un phénomène nouveau pour nous tous.

“Valider” une recommandation sanitaire en recueillant les préjugés de personnes réunies autour d’une table n’est pas un substitut à la science.

Très sagement, le ministre Christian Dubé, a estimé qu’en l’absence de base scientifique, il valait mieux être plus prudent et de laisser un écart minimal de huit semaines entre les doses du vaccin d’Astra-Zeneca.

Cet écart offre une protection vaccinale plus évidente.

Néanmoins, on ignore les risques d’effets secondaires graves de doses plus rapprochées que ce qui est recommandé.

Les études cliniques qui ont prouvé l’efficacité des vaccins ont porté sur des dizaines de milliers de personnes. Toutefois, ces études n’ont pas la taille suffisante pour déceler des effets secondaires qui surviennent à une fréquence très rare (de l’ordre d’une personne sur cent-mille).

Voilà pourquoi, tout ce qui peut nous guider, c’est l’expérience de pays qui ont vacciné des millions de personnes avant nous, plus précisément Israël, la Grande-Bretagne et les États-Unis.

Malheureusement, on ne peut pas tenir compte de leur expérience.

Premièrement, parce qu’en Israël, on a administré du Pfizer/BioNTech. Deuxièmement parce qu’en Grande-Bretagne — où on a administré de l’Astra-Zeneca — on a respecté sa posologie. Et dernièrement, parce que les États-Unis n’ont pas encore homologué ce vaccin et donc, n’ont aucune expérience à son sujet.

Retarder l’administration de la deuxième dose des vaccins à ARN messager afin de vacciner le plus de gens possible a été une imprudence qui s’est avérée positive; les nouveaux cas, les hospitalisations et les décès ont chuté de manière importante au Québec.

Mais jouer à la roulette russe finit toujours par avoir des conséquences graves.

L’atténuation des mesures sanitaires lors de la rentrée scolaire en septembre dernier était une autre imprudence qui elle, s’est avérée malheureuse, comme prévu.

Dans ce cas-ci, rapprocher les doses du vaccin d’Astra-Zeneca ne tient pas compte de l’augmentation possible de ses effets secondaires graves.

En conséquence, ma recommandation est simple.

Pour toutes les personnes qui ont reçu une première dose du vaccin de Pfizer ou de Moderna, n’hésitez pas à faire devancer le rendez-vous pour recevoir votre deuxième dose.

Mais ceux qui ont reçu celui d’Astra-Zeneca, attendez de voir ce que donne le rapprochement des doses chez les autres.

Jusqu’ici, les sites web de Radio-Canada et de La Presse ont été d’excellentes sources d’information sur les ratés de la lutte sanitaire du Québec.

Si le rapprochement excessif des doses du vaccin d’Astra-Zeneca provoque une hausse importante des accidents secondaires graves, on le verra dans les trois semaines qui suivront le nouveau protocole de vaccination.

D’ici là, laissez votre rendez-vous tel quel que prévu.

Références :
Covid-19 : une rentrée scolaire idéale
Mourir en attendant sa deuxième dose
Québec clarifie sa position quant à la 2e dose du vaccin d’AstraZeneca
Single-dose administration and the influence of the timing of the booster dose on immunogenicity and efficacy of ChAdOx1 nCoV-19 (AZD1222) vaccine: a pooled analysis of four randomised trials

Paru depuis :
Devancement de la dose que pour les vaccinés Pfizer pour le moment (2021-06-07)

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés au Covid-19, veuillez cliquer sur ceci

Votre évaluation :
 Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

2 commentaires

| Covid-19, Santé | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Vaccination et bal des finissants

4 juin 2021

Des 136 textes publiés jusqu’ici au sujet du Covid-19, les seuls où mes prédictions se sont avérées erronées sont ceux dans lesquels je prédisais l’échec de la vaccination au Québec.

En dépit de sa lenteur initiale, ma crainte de l’apparition d’un mutant résistant aux vaccins ne s’est pas réalisée.

Je suis très heureux d’avoir eu tort.

Toutefois, ce qui se réalise aux États-Unis, c’est cette autre prédiction selon laquelle il faut vacciner rapidement la population consentante, à défaut de quoi la motivation des gens à recevoir le vaccin diminue avec le temps, notamment lorsque la pandémie ne fait presque plus de victimes.

En somme, il ne faut pas rater les occasions.

En Israël, le ‘truc’ a été de ne permettre l’accès aux restaurants et aux bars qu’aux détenteurs d’une passe vaccinale. Une passe accordée à ceux qui ont reçu leurs deux doses de vaccin.

Au Québec, les taux de vaccination avec une seule dose sont actuellement de 43 % chez les adolescents de 12 à 17 ans, et de 62 % chez les jeunes adultes de 18 à 24 ans.

Règle générale, les jeunes Québécois souhaitent se faire vacciner.

Pour les inciter à passer à l’action, ma suggestion est de mettre sur pied une campagne de vaccination dans chaque lycée visant à y atteindre un taux de vaccination (avec une dose) de 70 % chez les élèves.

Imaginez, bien à la vue à l’entrée de l’édifice, l’illustration d’un thermomètre surdimensionné semblable à celui qu’on utilise lors de campagnes de financement. Sauf qu’ici, la colonne de mercure est le pourcentage de vaccination dans cette école.

Et dès qu’un taux de vaccination avec une dose atteint 70 %, les élèves de ce lycée sont autorisés à tenir leur bal des finissants…

Références :
Bals de finissants: Arruda est dans le champ
Covid-19 : doit-on s’inquiéter de la réticence aux vaccins ?

Votre évaluation :
 Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

Laissez un commentaire »

| Covid-19, Santé | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : évolution en quatorze mois

1 juin 2021

Voici la liste des pays les plus durement affectés par la pandémie au Covid-19.

À titre comparatif, cette liste est complétée par le cas de quelques pays d’Extrême-Orient.

Ont été exclus de cette liste, les pays de moins d’un million d’habitants.

Dans ce tableau, l’évolution en 2020 est montrée tous les quatre mois (numérotés) alors que pour 2021, l’évolution est représentée mensuellement.

Tableau comparatif des pays les plus atteints au premier jour de certains mois, en nombre de morts par million d’habitants

Pays 04 08 12 Jan. Fév. Mars Avr. Mai Juin
Hongrie 2 62 516 1002 1304 1561 2177 2874 3088
Bosnie-Herzég. 1 100 833 1249 1445 1552 2044 2620 2842
Rép. Tchèque 4 36 63 1093 1529 1909 2479 2733 2808
Macédoine du N. 6 237 860 1205 1376 1509 1829 2348 2603
Bulgarie 1 56 583 1099 1322 1491 1927 2382 2569
Slovaquie 0 5 158 412 863 1331 1793 2148 2262
Brésil 1 440 815 916 1055 1198 1523 1901 2175
Belgique 73 849 863 1681 1815 1899 1979 2083 2145
Slovénie 2 60 717 1312 1694 1854 1950 2048 2105
Italie 206 581 933 1235 1471 1622 1819 2004 2090
Pérou 2 588 1087 1136 1239 1403 1561 1843 2077
Croatie 1 35 455 968 1236 1354 1460 1746 1968
Pologne 1 46 465 766 984 1158 1419 1796 1953
Royaume-Uni 35 680 868 1089 1565 1805 1860 1870 1873
États-Unis 12 477 831 1074 1367 1586 1704 1776 1834
Colombie 0 203 723 850 1060 1168 1240 1446 1738
Argentine 1 79 854 954 1062 1145 1229 1407 1728
Mexique 0 362 818 971 1222 1430 1567 1668 1717
Espagne 194 608 973 1087 1263 1488 1615 1672 1710
France 53 464 819 991 1171 1328 1468 1601 1677
Portugal 18 170 449 685 1253 1607 1657 1669 1674
Lithuanie 3 30 192 588 1046 1199 1330 1463 1591
Roumanie 5 124 601 826 960 1065 1237 1474 1588
Chili 1 498 804 868 965 1075 1213 1374 1523
Moldavie 1 195 576 746 855 987 1242 1447 1519
Arménie 1 253 739 953 1040 1077 1191 1391 1497
Panama 7 335 709 935 1216 1341 1402 1426 1456
Suède 24 568 671 861 1144 1265 1330 1384 1419
Québec 4 669 834 958 1157 1214 1246 1276 1311
Paraguay 0 7 245 315 380 445 590 899 1274
Latvie 0 17 111 343 641 866 1023 1145 1274
Uruguay 1 10 22 55 127 175 288 766 1246
Suisse 54 229 568 882 1087 1148 1189 1221 1243
Bolivie 1 255 763 780 882 989 1041 1099 1229
Géorgie 0 4 327 634 802 884 950 1037 1206
Autriche 16 80 368 693 861 948 1036 1131 1172
Grèce 5 20 242 469 561 629 786 1007 1168
Ukraine 1 39 288 428 522 598 764 1021 1166
Équateur 6 325 760 790 837 888 946 1048 1153
Liban 2 10 167 240 462 697 924 1074 1138
Tunisie 1 5 275 398 572 674 742 907 1066
Allemagne 10 110 207 410 696 845 920 996 1063
Pays-Bas 68 359 550 672 817 908 965 1000 1027
Irlande 15 357 417 453 667 868 945 984 991
Estonie 4 48 93 180 324 451 684 878 948
Iran 37 202 576 655 686 710 740 849 945
Afrique du Sud 0 137 363 484 743 836 884 908 943
Jordanie 1 1 273 376 422 460 675 862 920
Albanie 5 56 286 411 484 631 779 833 853
Russie 0 96 277 394 504 592 680 757 835
Costa Rica 0 30 339 427 514 546 577 629 793
Serbie 3 67 189 373 463 512 614 733 789
Israël 3 57 313 365 524 626 676 692 688
Palestine 0 16 144 273 354 396 510 625 672
Honduras 1 135 293 315 361 415 459 526 632
Bahreïn 2 86 198 201 214 257 297 368 575
Eswatini 0 37 104 185 492 558 571 573 575
Turquie 3 67 164 248 307 337 374 476 560
RoC* 3 113 175 256 354 401 426 461 495
             
Japon 0,4 8,0 16,9 27,4 45,3 62,5 72,7 81,1 103,6
Corée du Sud 3,2 5,8 10,2 17,9 27,8 31,3 33,8 35,7 38,3
Hong Kong 0,5 4,5 14,5 19,7 24,3 26,7 27,3 27,8 27,8
Singapour 0,5 4,5 4,9 4,9 4,9 4,9 5,1 5,3 6,0
Taïwan 0,2 0,3 0,3 0,3 0,3 0,4 0,4 0,5 5,7
Chine 2,4 3,3 3,2 3,2 3,2 3,2 3,2 3,2 3,2
Vietnam 0,0 0,0 0,4 0,4 0,4 0,4 0,4 0,4 0,5

*— ‘RoC’ signifie le Canada sans le Québec.

En mai, les augmentations les plus importantes ont été rapportées en Amérique du Sud, particulièrement dans trois pays : en Uruguay (+480), au Paraguay (+375) et en Argentine (+321)

La contagion s’accélère lentement au Japon alors qu’elle diminue légèrement en Inde. Dans ce dernier pays, le nombre (sous-estimé) de morts par million d’habitants est passé de 0,3 à 155 en avril, et s’est accru de 86 morts supplémentaires par million d’habitants en mai.

Références :
Covid-19 : le nombre de cas en temps réel
Covid-19 Coronavirus Pandemic
Données COVID-19 au Québec

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés au Covid-19, veuillez cliquer sur ceci

Votre évaluation :
 Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

Laissez un commentaire »

| Covid-19, Santé | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Histoire d’un fiasco – 4e partie : la lutte québécoise contre le Covid-19 en mai 2020

31 mai 2021

Décrété le 13 mars, le premier confinement du Québec porta ses fruits en mai 2020.

Entre le début et la fin de ce mois, le nombre de cas actifs passa de 5 956 à 1 861 par semaine (une diminution de 68,8 %) alors que le nombre hebdomadaire de morts chutait de 685 à 210 (soit 69,3 % de moins).

Cette tendance devait se poursuivre jusqu’à la levée presque complète du confinement, le 25 juin suivant.

Cela n’est pas surprenant; il est impossible d’attraper une infection contagieuse à laquelle on n’est pas exposé.

En premier lieu, le mérite de ce succès revenait au gouvernement caquiste qui avait un peu forcé la main à la Santé publique pour que ce confinement soit ordonné. Et deuxièmement, il revenait à la population québécoise puisque celle-ci était, en Amérique du Nord, celle qui avait le plus fidèlement respecté les directives sanitaires.

Mais un confinement est exercice futile si on ne prépare pas le déconfinement.

Comme un feu de broussaille, dès que les flammes ont disparu, il faut éteindre les derniers tisons, c’est-à-dire les foyers résiduels d’infection.

Sinon, le feu reprendra dès qu’on aura tourné le dos.

Ce qui veut dire qu’il est essentiel de se préparer à tester toute la population, mettre en quarantaine les derniers cas décelés et, à partir d’eux, procéder à une recherche de contacts.

Malheureusement, la Santé publique ne s’est préparée à rien de cela.

Les pays d’Extrême-Orient ou d’Océanie qui ont réussi leur lutte sanitaire sont tous des pays qui, à l’aide de moyens rudimentaires — des scanneurs thermiques à défaut de tests qui n’étaient pas encore inventés — ont mis sur pied la ‘chasse’ permanente et systématique des personnes symptomatiques.

En Chine, en Corée du Sud, au Japon et au Vietnam, il était impossible de sortir de son domicile sans être scanné à tous les coins de rue par un préposé sanitaire. Et d’être intercepté si on était fiévreux.

Au Québec, les autorités sanitaires entrevoyaient le déconfinement comme un état où elles se contenteraient d’émettre passivement des directives et des recommandations censées encadrer le retour de la vie à la normale.

Le mois de mai est celui où le manque d’effectifs de la Santé publique (et la désorganisation qui en découle) fut le plus évident.

On en avait eu un indice en début mai quand Radio-Canada avait révélé qu’à l’occasion d’une éclosion dans une garderie de Mascouche — ouverte aux enfants de travailleurs essentiels — 12 enfants sur 27 avaient été contaminés, de même que 4 membres du personnel.

Ce qui est révélateur, c’est que le directeur de la Santé publique de Lanaudière lui-même était incapable de savoir précisément quand le premier cas avait été testé et après combien de jours on s’était rendu compte qu’il était positif.

Tout cela sentait l’amateurisme à plein nez.

Lors de ses conférences de presse, la ministre de la Santé, Danielle McCann, affirmait catégoriquement que les personnes testées obtenaient leur résultat en moins de 24 à 48 heures, ce que contredisaient à répétition les journalistes.

À l’époque, la Santé publique souffrait encore de la centralisation excessive des tests de laboratoire découlant de la réforme Barrette.

Ce que la Santé publique disait à la ministre — et que celle-ci répétait convaincue qu’il s’agissait de la vérité — c’est que le laboratoire provincial de la Santé publique effectuait les tests en 24 à 48 heures.

Mais cela était de la réception du prélèvement à la fin du test.

Cela ne tenait pas compte du temps d’acheminement de l’échantillon (variable selon les régions) ni du temps pour communiquer les résultats à l’infirmière ou au médecin ni le temps pour que le patient en soit informé.

Dans des cas extrêmes, les personnes testées pouvaient attendre presque deux semaines avant d’obtenir les résultats de leur test.

Selon les journalistes, la moyenne, très variable, tournait aux alentours de cinq jours.

Or, entre le moment de la contamination et le moment de l’apparition des symptômes, il s’est déjà écoulé préalablement quatre à cinq autres journées.

Ce qui signifie que lors de la recherche de contacts, les personnes interrogées devaient se souvenir des gens rencontrés il y a une dizaine de jours.

Ces retards rendaient impossible la recherche de contacts.

Dans toute l’histoire de cette pandémie, la Santé publique du Québec n’a jamais cherché à savoir quels étaient les délais d’attente de la population pour obtenir les résultats de leur test.

En conséquence, les autorités sanitaires ne se sont pas préparées au déconfinement qui allait suivre au cours du mois suivant.

Ce qu’on qualifiait pompeusement de dépistage ‘massif’, c’était tester 0,16 % de la population québécoise par jour. Moins du cinquième d’un pour cent. Une farce.

Quant à la recherche de contacts, les préposées s’arrachaient les cheveux à essayer de faire leur travail.

Bref, la lutte sanitaire du Québec contre la pandémie, c’était comme vouloir repousser des chars d’assaut ennemis avec de l’eau bénite et des tire-pois (appelés sarbacanes en France).

(À suivre)

Références :
Covid-19 : les bonnes nouvelles de l’université Colgate
Covid-19 : le test de la réalité
Éclosion de COVID-19 dans une garderie de Lanaudière
Données COVID-19 au Québec
Le dépistage ‘massif’ du Covid-19 au Québec : une plaisanterie

Pour consulter tous les textes de la série sur l’histoire de la lutte québécoise contre le Covid-19, veuillez cliquer sur ceci

Votre évaluation :
 Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

Laissez un commentaire »

| Covid-19, Histoire d’un fiasco, Santé | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Passeport vaccinal, discrimination et port du masque

24 mai 2021

Lorsqu’on épouse quelqu’un, on exerce une discrimination à l’égard de toutes les personnes qu’on n’épouse pas. De la même manière, à l’épicerie, quand on achète une bière, on exerce une discrimination à l’égard de toutes les autres. Car choisir, c’est discriminer.

Dans un autre ordre d’idée, il est acceptable qu’un évènement social soit interdit à toute personne qui ne respecte pas une consigne; par exemple, être costumé ou porter de manière prédominante des vêtements d’une couleur.

Un lieu de culte a parfaitement le droit d’exiger une tenue vestimentaire décente.

En somme, la discrimination est normale. Elle fait partie de la vie.

Ce qui n’est pas normal, ce sont certaines formes précises de discrimination. La Charte québécoise des droits et libertés de la personne en dresse la liste; sont illégales les discriminations basées sur le sexe, sur le groupe ethnique, sur l’orientation sexuelle, sur l’âge, sur la religion, etc.

Mais la discrimination basée sur l’état de la vaccination n’en fait pas partie.

Ce qui ne veut pas dire qu’on peut librement pénaliser les personnes non vaccinées, notamment en les privant d’un droit.

Prenons un exemple : lorsqu’un vaccin sera homologué pour eux, pourra-t-on interdire l’école aux élèves non vaccinés ?

Tout enfant d’âge scolaire a droit à l’école. En contrepartie, toute personne possède le droit à la santé. Si l’élève qui n’est pas vacciné est une menace à la santé de ses camarades, son droit à l’éducation peut être respecté par l’apprentissage en ligne.

D’autre part, une fois l’immunité grégaire atteinte chez les écoliers, celui qui n’est pas vacciné n’est plus un danger que pour la minorité d’écoliers qui, comme lui, ont choisi de courir le risque de la non-vaccination en temps de pandémie.

En d’autres mots, une discrimination peut être acceptable maintenant et cesser de l’être dans quelques mois. Tout dépend du contexte.

Décerné à toute personne complètement immunisée contre le Covid-19, le passeport vaccinal rend possible la discrimination à l’égard de ceux qui ne le sont pas.

Lorsqu’une telle discrimination est justifiée — notamment dans les milieux de travail où la pandémie a occasionné d’importantes pertes économiques — le passeport vaccinal répond à un besoin.

En date d’hier, 39,6 % de la population des États-Unis est complètement vaccinée. Dans ce pays, un passeport vaccinal trouve toute sa justification.

Dans ce pays comme au Québec, les restaurateurs peinent à convaincre leurs employés de retourner au travail. Soumis à la chaleur de leurs fours, les cuisiniers, par exemple, détestent le port inconfortable du masque.

Voilà pourquoi l’exigence d’une preuve vaccinale est adoptée par un nombre croissant de restaurateurs américains. De plus, cela permet de rassurer leur clientèle en lui garantissant que personne autour d’eux n’est dangereux.

Au Québec, seuls 4,4 % des Québécois sont complètement vaccinés. Un restaurateur qui voudrait faire pareil se tirerait dans le pied puisque cela équivaudrait à interdire son restaurant à presque tout le monde.

Toutefois, dans la mesure où la vaccination au Québec comble lentement le retard qu’elle a pris comparativement à celle aux États-Unis, on doit se préparer à ce que la présentation d’une preuve vaccinale remplace peu à peu l’exigence du port du masque dans certains endroits publics.

Votre évaluation :
 Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

2 commentaires

| Covid-19, Santé | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : ce que la présence des variants révèle

20 mai 2021

Le variant B.1.617 a été découvert en Inde le 5 octobre 2020.

Le premier cas québécois causé par ce variant a été trouvé le 21 ou le 22 avril en Mauricie. Heureusement, la personne atteinte n’a pas développé une forme grave de Covid-19 et s’en est remise depuis.

Son diagnostic a été établi parce qu’un prélèvement a été envoyé au Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg. Autrement, on ne l’aurait pas su.

Au Québec, le séquençage génétique des virus prélevés n’inclut pas le variant B.1.617. En effet, le Laboratoire de Santé publique du Québec n’a pas cru bon de se doter des moyens de le détecter sept mois après sa découverte.

Quand on le trouve, c’est expressément parce que la Santé publique a pris la décision de demander au laboratoire de Winnipeg d’effectuer une vérification à ce sujet.

Il est donc possible que ce variant se propage incognito depuis plus longtemps qu’on pense.

Dans ce cas-ci, les autorités sanitaires voulaient comprendre pourquoi ce citoyen de Mauricie avait pu contracter le Covid-19 alors qu’il a été partiellement vacciné en janvier dernier.

Est-ce que cet échec vaccinal se serait produit si le protocole québécois de vaccination respectait la posologie du fabricant, soit deux doses séparées de trois ou de quatre semaines (et non de trois ou quatre mois) ? On ne le saura jamais.

Ce qu’on sait, c’est qu’officiellement, cet échec vaccinal est de la faute du variant.

Depuis, dix autres cas de ce variant ont été confirmés par Winnipeg.

Ces autres cas ont été trouvés dans des échantillons prélevés chez des voyageurs arrivés au Québec par avion.

On ignore dans quelle mesure ces personnes ont respecté la quarantaine ‘obligatoire’ décrétée par Ottawa. Ni comment elles ont pu prendre l’avion jusqu’ici.

D’autres variants circulent déjà très bien au Québec. On estime que le variant B.1.1.7 (surnommé variant britannique) représente 90 % des cas actuels au Québec.

Il n’est pas exclu de penser qu’un variant puisse naitre spontanément dans plusieurs parties du monde simultanément.

Mais puisqu’on trouve au Québec des cas de tous les variants connus à ce jour à travers le monde, l’explication la plus probable est qu’en dépit des belles promesses de nos politiciens, la frontière canadienne est demeurée une passoire, comme elle l’est depuis le début de cette pandémie.

Si les politiciens avaient respecté leur parole, seul le Covid-19 ‘classique’ circulerait au Québec.

Références :
Covid-19 : les prix citron à Ottawa et à la STM
Crise sanitaire en Inde : ce qu’on sait du variant B.1.617
Le Covid-19 aux aéroports : la passoire canadienne
Le variant B.1.617 sous surveillance rehaussée
Variant B.1.617

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés au Covid-19, veuillez cliquer sur ceci

Votre évaluation :
 Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

Laissez un commentaire »

| Covid-19, Santé | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Passeport vaccinal : le combat d’arrière-garde de la Santé publique

20 mai 2021

Dans une entrevue accordée hier au Téléjournal de Radio-Canada, le directeur de la Santé publique, Dr Arruda, a déclaré au sujet du passeport vaccinal :

[Quand les personnes vaccinées auront reçu] deux doses, ça va pouvoir confirmer que les gens sont immunisés. Ça va servir pour les voyages internationals. (sic)

Et je vous dirais que pour ce qui est de donner accès à certains éléments, nos réflexions sont encore en cours.

Mais ça ne sera pas un usage hyperimportant quand les gens vont avoir atteint une très grande couverture vaccinale parce qu’il y a énormément d’enjeux associés à la discrimination et à l’accès au travail et à toutes sortes d’autres types d’évènements.

Dans le cas d’un restaurant en particulier, si les autorités sanitaires du Québec exigent que seules 25 personnes y soient admises, ce restaurateur a le droit d’être encore plus exigeant et de décider de n’admettre que des clients ayant reçu au moins une dose de vaccin.

En somme, un entrepreneur ne peut pas faire moins que ce que la Santé publique exige de lui. Mais il peut faire plus.

Je verrais très bien ce restaurateur rassurer sa clientèle en lui garantissant que tous les gens autour d’eux seront partiellement ou totalement vaccinés.

À la place du directeur de la Santé publique, je verrais ce restaurateur comme un allié dans mes efforts pour motiver la population à se faire vacciner.

Même chose pour un employeur. Dans toutes les entreprises où des éclosions de Covid-19 ont occasionné de grandes pertes économiques — pensons aux abattoirs — l’employeur a parfaitement le droit d’exiger que ses employés soient vaccinés.

Par contre, si la vaccination est exigée sans raison juste et raisonnable, cela peut constituer de la discrimination justifiant des recours judiciaires seulement si le plaignant a subi un préjudice.

Bref, c’est à chaque entrepreneur d’en juger.

En conclusion, le passeport vaccinal répond à un besoin de la part de nombreuses entreprises. Il a déjà commencé à être exigé dans certains lieux publics américains. Et il est à prévoir que cette tendance se répandra bientôt au Québec.

Votre évaluation :
 Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

Laissez un commentaire »

| Covid-19, Santé | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Covid-19 à l’école

7 mai 2021


 
Sur les 8 892 personnes actuellement atteintes par le Covid-19 au Québec, 38,4 % sont des écoliers ou du personnel scolaire. Presque autant (34,0 %) sont des travailleurs exerçant ailleurs que dans réseau scolaire, et 27,5 % de la contagion est ailleurs.

On peut supposer qu’une partie des travailleurs ont été infectés à la maison par leurs enfants d’âge scolaire, et/ou vice versa.


 
En milieu scolaire, l’immense majorité des cas sont des écoliers. Leurs professeurs et le personnel de soutien comptent pour environ 18 % des personnes atteintes.

Il y a un peu plus de 3 200 établissements d’enseignement au Québec (publics ou privés). Le tiers d’entre eux ont officiellement des cas de Covid-19 parmi leurs écoliers ou leur personnel.

Sur les 1 126 écoles atteintes, 460 sont complètement ou partiellement fermées, soit une école sur sept.

Théoriquement, au fur et à mesure qu’on vaccine la population adulte, les jeunes devraient représenter une proportion croissante des cas actifs dans l’ensemble de la population.

Dans les faits, en nombres absolus, la contagion en milieu scolaire poursuit une courbe légèrement ascendante.

Références :
Compte Twitter de Patrick Déry
Contagion dans les écoles
Contagion des écoliers

Compléments de lecture :
Covid-19 : la vaccination des enseignants
Covid-19 : une rentrée scolaire idéale
Covid-19 à l’école : le CO₂ et la senteur des pieds

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés au Covid-19, veuillez cliquer sur ceci

Votre évaluation :
 Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

Laissez un commentaire »

| Covid-19, Santé | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : résultats des quatre premiers mois de la vaccination en Israël

6 mai 2021

L’hebdomadaire médical The Lancet publiait hier les résultats de la plus ambitieuse campagne de vaccination réalisée contre le Covid-19, celle en Israël.

Du 24 janvier au 3 avril 2021, on y a administré les deux doses du vaccin de Pfizer/BioNTech à 72,1 % des citoyens israéliens âgés de 16 ans ou plus, ce qui correspond à 61 % de l’ensemble de la population du pays.

Au cours de cette période, c’est le variant ‘britannique’ (le B.1.1.7) qui devint la forme prévalente du virus en Israël.

L’étude n’est pas un résumé de quatre mois d’observation à la suite de la vaccination complète; elle porte sur les évènements qui sont survenus tout au cours de la campagne de vaccination chez ceux en attente d’être vaccinés, chez ceux qui n’avaient reçu qu’une seule dose et finalement chez ceux complètement immunisés (sept jours ou plus après leur deuxième dose).

Cette campagne de vaccination débuta le 20 décembre. Les toutes premières personnes à recevoir leur deuxième dose de vaccin l’eurent trois semaines plus tard, soit le 10 janvier. Et encore deux semaines plus tard, soit le 24 janvier, on commença la période d’observation.

La vaccination chevaucha en bonne partie un confinement national qui fut imposé du 27 décembre au 7 mars.

Au cours de la période d’observation, 232 268 personnes ont attrapé le Covid-19. Ce qui a nécessité l’hospitalisation de 7 694 d’entre eux (dont 4 481 gravement) et a entrainé 1 113 décès.

S’il est vrai que le confinement diminua la contagion dans l’ensemble de la population, cette diminution fut beaucoup plus importante chez les vaccinés.

Chez ces derniers, on observa une diminution de 91,5 % des infections asymptomatiques, de 97,0 % des infections symptomatiques, de 97,2 % des hospitalisations (dont 97,5 % des hospitalisations sévères) et de 96,7 % des décès.

L’effet protecteur du vaccin s’est étendu de manière semblable dans toutes les tranches d’âge.

Puisqu’une partie des infections sont survenues quand même chez des gens complètement vaccinés, doit-on présumer que ceux-ci peuvent transmettre le virus à d’autres ?

La majorité des personnes vaccinées qui ont attrapé le Covid-19 quand même l’ont eu sans le savoir, c’est-à-dire sans en éprouver de symptômes.

Or d’autres études ont démontré qu’en cas d’échec vaccinal, les personnes asymptomatiques ont une charge virale relativement faible dans leurs voies respiratoires supérieures, comparativement aux asymptomatiques qui n’étaient pas vaccinées.

En d’autres mots, chez l’ensemble des personnes contagieuses mais asymptomatiques, les vaccinés transmettent probablement plus difficilement l’infection à d’autres.

Dans une table à part, l’étude présente les effets protecteurs de la première dose.

Celle-ci entraina une diminution de 52,0 % des infections asymptomatiques, de 62,5 % des infections symptomatiques, de 75,7 % des hospitalisations (dont 75,6 % des hospitalisations sévères) et de 77,0 % des décès.

Toutefois, on doit préciser qu’il s’agit de la protection observée en Israël au cours de la brève période entre les deux doses.

On prendra soin de ne pas extrapoler ces résultats à la situation québécoise puisque si on allonge le délai entre les deux doses à trois ou quatre mois (comme au Québec), on augmente les occasions d’attraper le Covid-19, autant chez les personnes partiellement vaccinées que chez celles en attente d’un vaccin, sans savoir dans quelle mesure chez les uns et chez les autres.

Références :
Impact and effectiveness of mRNA BNT162b2 vaccine against SARS-CoV-2 infections and COVID-19 cases, hospitalisations, and deaths following a nationwide vaccination campaign in Israel
La plus grande étude en vie réelle confirme l’efficacité de deux doses de Pfizer
Supplementary appendix

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés au Covid-19, veuillez cliquer sur ceci

Votre évaluation :
 Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

Laissez un commentaire »

| Covid-19, Santé | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


%d blogueurs aiment cette page :