Le ramadan

17 mai 2018
Sourate فاطر (le Créateur), extraite du Coran (copie du XIIIe siècle)

C’est aujourd’hui que débute le ramadan. Ce nom désigne à la fois le neuvième mois du calendrier lunaire musulman et le jeûne auquel le fidèle se soumet au cours de cette période.

Durant le ramadan, le fidèle ne peut ni boire ni manger ni fumer du lever au coucher du soleil. Même pas une gorgée d’eau.

Au début du ramadan, tous les jeuneurs ressentent un mal de tête et une légère nausée. Cela est caractéristique de l’accumulation de corps cétoniques dans le sang causée par le jeûne. Après quelques jours, on s’y habitue.

Paradoxalement, le budget alimentaire des fidèles augmente durant le mois du ramadan puisqu’à chaque tombée du jour et peu avant la levée du soleil, une bonne partie d’entre eux s’empiffrent pour être certains d’être capables de passer à travers la journée…

Tout en étant différent, ce jeûne n’est pas sans rappeler le carême institué par le Christianisme au IVe siècle de notre ère. Chez les Musulmans, il dure vingt-neuf ou trente jours et non quarante comme c’est le cas du carême.

Le calendrier lunaire sur lequel il est basé dure annuellement 354 ou 355 jours, soit une dizaine de jours de moins que le calendrier grégorien. En conséquence, le mois du ramadan se décale d’environ dix jours par année.

Ce qui le rend particulièrement pénible lorsqu’il tombe en été. Non seulement en raison de la chaleur, mais aussi à cause de la durée du jour.

À cette occasion, certaines personnes modifient leur cycle veille-sommeil sans toutefois chercher éviter totalement les désagréments du ramadan puisque ceux-ci sont nécessaires aux yeux du croyant.

Alors pourquoi les Musulmans jeûnent-ils ainsi ? Pour deux raisons :
• pour purifier l’esprit et le corps, et
• pour aider les fidèles à comprendre le sort des plus pauvres en partageant avec eux le sentiment de faim et de soif.

Avec la profession de foi, la prière, l’aumône et le pèlerinage à la Mecque, le ramadan est qualifié de pilier de l’Islam. Dès la puberté, tout Musulman en bonne santé s’y soumet.

Ce jeûne peut être différé plus tard dans l’année par le malade, le voyageur, et la femme enceinte, de même que celle qui allaite.

La fin du ramadan est une fête aussi célébrée par les Musulmans que Noël chez les Chrétiens.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif PanLeica 25mm F/1,4 — 1/60 sec. — F/1,4 — ISO 400 — 25 mm

Le ramadan
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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’uniforme laïque des forces de l’ordre

23 avril 2018

Introduction

Le sujet qui suscite actuellement les débats les plus passionnés au Québec est celui de la laïcité.

Il oppose les partisans de la laïcité républicaine (d’inspiration française) à la neutralité religieuse de l’État (d’inspiration anglo-saxonne).

À de nombreuses reprises, tant sur ce blogue que dans les commentaires soumis au quotidien Le Devoir, je me suis exprimé en faveur de la neutralité religieuse de l’État. Ce qui signifie l’indifférence de l’État face aux symboles religieux portés par les citoyens, y compris par ses fonctionnaires.

En somme, c’est vivre et laisser vivre.

À mon avis, il est normal que l’ensemble des serviteurs de l’État reflètent la Nation. Celle-ci regroupe des citoyens de sexes différents, des grands et des petits, des gens à la pilosité et à la pigmentation variées, de même que des gens vêtus, peignés, tatoués et percés différemment. Et des gens de confessions religieuses différentes comme en témoignent leurs tenues vestimentaires.

Contrairement à ce que certains prétendent, porter un turban sikh, un foulard musulman ou un uniforme religieux, cela n’est pas du prosélytisme; personne ne change de religion à la vue d’un vêtement porté par quelqu’un d’autre.

Mais il n’y a pas de principe absolu. Après mure réflexion, j’en suis venu à croire qu’on devrait interdire le port de signes religieux (ostentatoires ou non) aux personnes qui exercent les pouvoirs répressifs de l’État : les soldats, les policiers, les juges et les gardiens de prison.

Non pas à toutes les personnes en position d’autorité (comme le veut la Coalition Avenir Québec), mais seulement aux forces de l’ordre.

Les bases historiques des laïcités républicaine et anglo-saxonne

Le but de la Révolution américaine était de soustraire les colons blancs américains du pouvoir de taxation arbitraire du roi d’Angleterre.

Par le biais de la Démocratie parlementaire — le droit de choisir ses dirigeants politiques — ces colons pouvaient influencer les taxes qui leur étaient imposées.

Une idéalisation contemporaine de cette révolution l’a transformée un triomphe des droits de la personne. Il n’en est rien. À preuve : la nouvelle République américaine toléra longtemps l’esclavagisme noir.

La population de ce nouveau pays était composée en bonne partie d’Européens qui avaient fui les persécutions religieuses. On s’assura de l’indifférence de l’État face aux différentes pratiques religieuses des citoyens.

Voilà les assises historiques de la laïcité anglo-saxonne.

La Révolution française de 1789 était plus ambitieuse. Sa devise — Liberté, égalité, fraternité — exprimait le désir de proclamer l’égalité civique de chaque citoyen.

Il ne s’agissait plus seulement du pouvoir de choisir ses dirigeants, mais de les contraindre juridiquement à respecter la dignité du peuple.

Pour inciter les citoyens à adhérer aux idées révolutionnaires, il était essentiel que la République mette fin aux injustices de l’Ancien régime.

Justice et apparence de justice

Dans de très nombreux cas — par exemple, lors d’une arrestation pour excès de vitesse — le policier possède le pouvoir discrétionnaire de donner un avertissement ou une contravention.

Le citoyen ne doit pas soupçonner qu’il aurait pu bénéficier de l’indulgence du policier s’il avait appartenu au même groupe ethnique ou religieux que lui. Voilà pourquoi, dans les pays où il existe de profondes rivalités interculturelles, il est préférable que les responsables du maintien de l’ordre soient habillés de la même manière.

En Europe, les policiers portent des uniformes qui permettent au citoyen de savoir à quel type d’agent de la paix il a affaire : responsables de la circulation, policiers, gendarmes, gardien de prison, etc. Cela révèle l’étendue des pouvoirs dont cette personne est investie.

L’absence de distinctions ethniques est moins vrai dans le cas des armées.

À l’époque où certains pays européens possédaient des colonies, il était fréquent qu’on regroupe les soldats ‘indigènes’ dans des bataillons spécifiques où il leur était permis de porter un uniforme qui témoigne de leur appartenance ethnique, mais pas religieuse, l’exclusion des aumôniers (qui portent le col romain) et des ministres du culte.

Toutefois, ces soldats interagissent rarement avec la population habitant la métropole. Donc ces distinctions n’avaient pas d’impact sur la population du pays colonial.

En résumé, le prérequis à l’application du principe selon lequel l’État doit traiter chaque citoyen de manière égale, c’est que les personnes investies des pouvoirs répressifs de l’État doivent paraitre sans biais politique, religieux ou autre.

D’où le port d’un uniforme destiné à masquer tout biais chez ces personnes. Ce qui rejoint l’étymologie du mot ‘uniforme’, c’est-à-dire un seul aspect.

La camisole de force constitutionnelle

La Canadian Constitution de 1982 a été adoptée par les provinces anglophones à l’issue d’une séance ultime de négociation à laquelle le Québec n’a pas été invité.

Les idéologues qui l’ont rédigée voulaient consacrer la suprématie absolue des droits individuels pour deux raisons.

Premièrement, parce que cela permettait d’ajuster le système juridique canadien au néolibéralisme triomphant de l’époque.

Et deuxièmement, parce que cela bloquait les dispositions les plus importantes de la Loi 101. En effet, celle-ci proclamait la préséance de certains droits collectifs — ceux nécessaires à la pérennité de la langue française au Québec — sur certains droits individuels, notamment celui de s’assimiler au groupe linguistique de son choix.

Selon la mythologie fédéraliste, la Canadian Constitution est un texte sacré que l’ancien premier ministre Pierre-Elliott Trudeau — tel Moïse descendant de la colline Parlementaire — aurait confié à son peuple de la part de Dieu.

En consacrant la suprématie absolue des droits individuels, les idéologues canadians n’ont pas su prévoir la montée de l’intégrisme islamique, résultat des sommes colossales que la dictature saoudienne consacre à sa promotion.

Si bien que, par exemple, le port du niqab sur la voie publique est un droit constitutionnel au Canada, mais ne l’est pas ni en France, ni en Belgique, et ni en Allemagne. Et ce n’est même pas un droit constitutionnel au Maroc, pourtant pays musulman.

En raison de cette constitution dysfonctionnelle, le fondamentalisme islamique est au Canada ce que la vache sacrée est à l’Inde.

Voilà pourquoi, les tribunaux canadiens ont reconnu à Mme Zunera Ishaq le droit d’être masquée en recevant sa citoyenneté canadienne.

De la même manière, un juge nommé par le Fédéral au Québec a rendu un jugement en anglais dans lequel il suspend l’application de l’article clé de la loi québécoise qui oblige les services gouvernementaux à être rendus et reçus à visage découvert.

Cela signifie que toutes les formes de laïcité préconisées par les partis politiques du Québec sont anticonstitutionnelles. Même le parti le moins exigeant à ce sujet (le Parti Libéral du Québec) devra céder devant l’ordre constitutionnel canadian.

Une capitulation en douceur

Cela place nos dirigeants politiques (municipaux comme provinciaux) dans une situation très inconfortable, coincés entre l’opposition vive des citoyens et un carcan constitutionnel auquel les tribunaux les soumettront inexorablement à plus ou moins long terme.

D’où l’idée de tenter de modifier l’opinion publique.

On nous citera l’exemple de la Gendarmerie royale (où les turbans sikhs sont permis) et quelques villes canadiennes où les agents de la paix sont autorisés à porter des signes religieux.

Et tout dernièrement, il y a eu le cas d’une étudiante montréalaise qui désire devenir policière tout en conservant son hijab.

Écoutez ce qu’en dit la ministre de la Justice du Québec :

« C’est triste de casser les rêves d’une jeune fille qui est déterminée. Une jeune fille qui est née ici au Québec. Une jeune fille qui est déterminée. Qui a des rêves. Qui souhaite s’intégrer dans un métier qui est non traditionnel.

C’est triste de dire à cette jeune fille : Non. Sais-tu, tes rêves, tu ne peux pas les poursuivre au Québec parce que ta foi me dérange.»

Le premier ministre Philippe Couillard renchérit :

« Alors, dire à cette femme, à cette jeune femme : Non, ton rêve, ce ne sera pas au Québec. Va ailleurs.

Je ne peux pas comprendre qu’on envoie un message semblable.»

Ce que la ministre Vallée et le premier ministre Couillard oublient de mentionner, c’est que la première chose qu’on apprend à un étudiant qui veut devenir policier ou soldat, c’est d’obéir aux ordres. S’il reçoit un ordre qui ne lui convient pas, il lui faudra s’y soumettre ou exercer un autre métier.

Cette étudiante qui ‘rêve’ d’être la première policière à porter le hijab est dans la même situation que celui qui ‘rêve’ de devenir soldat tout en respectant le sixième commandement de sa foi chrétienne : ‘Tu ne tueras point’.

Quand le général ordonne ‘Tirez !’, eh bien on tire. Par contre, si on veut être objecteur de conscience, on ne fait pas carrière ni dans l’armée ni dans la police.

Conclusion

Depuis une décennie, le Québec s’est engagé dans une profonde réflexion au sujet de la laïcité.

S’inspirant de la laïcité républicaine, les Québécois sont en train de définir leur propre conception des règles qui devraient régir la séparation entre l’État et l’Église et, par-dessus tout, dans quelle mesure ceux qui dispensent les services de l’État peuvent afficher leur foi.

Dans la guerre d’usure qui vise à soumettre le Québec au carcan constitutionnel décidé par le Canada anglais, l’issue est prévisible; le Québec devra inexorablement se soumettre à la camisole de force constitutionnelle que l’ethnie dominante du Canada lui a imposée en 1982.

Les partis d’opposition ont beau promettre qu’ils seront plus exigeants à ce sujet que le Parti libéral du Québec (PLQ). En réalité, ils devront capituler. En effet, même les intentions minimalistes du PLQ vont déjà trop loin.

La solution de facilité est évidemment d’invoquer la clause dérogatoire. Ce que pourrait faire un parti résolu à affronter le tollé de l’élite médiatique anglo-canadienne et les menaces de représailles de la classe politique fédéraliste.

La moitié des francoQuébécois sont fédéralistes. Il est certain que ceux-ci s’accrocheront à l’illusion que le Québec peut demeurer fidèle à lui-même tout en demeurant dans le Canada.

En réalité, l’accommodement raisonnable le plus détestable exigé de nous par le fédéralisme canadien, c’est d’accepter d’être constamment en deçà de nos possibilités dans le but de nous plier à la mentalité de l’ethnie dominante du pays.

Progressivement, les fédéralistes québécois réaliseront que la perte de notre identité, de nos valeurs et même de notre langue est le prix à payer pour appartenir au Canada.

Au-delà des cataplasmes sur une jambe de bois, la seule issue véritable pour la nation québécoise si elle veut vivre comme elle l’entend, c’est de s’affranchir du colonialisme canadien et de devenir un pays indépendant.

Références :
Étudiante en techniques policières voilée: la politique de la division
La CEDH juge «nécessaire» l’interdiction du voile intégral dans l’espace public
La Charte de la laïcité : un mauvais départ
La façade ministérielle du gouvernement fédéral
La laïcité républicaine
L’Allemagne interdit le voile intégral dans la fonction publique
L’École nationale de police se prononcera pour la première fois sur les signes religieux
Le Danemark veut interdire le voile intégral dans les lieux publics
Le Maroc interdit la fabrication et la vente de la burqa
Le projet de loi libéral au sujet de la neutralité de l’État (2e partie : laïcité vs neutralité religieuse)
Les services à visage découvert et les droits constitutionnels
Neutralité religieuse : un juge suspend l’application de l’article clé de la loi
Sondage: les Canadiens et les Québécois favorables au projet de loi 62
Zunera Ishaq, who challenged ban on niqab, takes citizenship oath wearing it

Paru depuis :
Denmark passes law banning burqa and niqab (2018-05-31)


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Écrit par Jean-Pierre Martel


La laïcité républicaine

10 avril 2018

Introduction

Dans les pays où s’exerce une séparation entre l’État et l’Église, deux conceptions de la laïcité s’opposent.

Il y a la laïcité républicaine (d’influence française) et la neutralité religieuse de l’État (d’influence anglo-saxonne).

La première vise à reléguer la pratique religieuse à la sphère domestique. La seconde proclame l’indifférence de l’État face aux pratiques religieuses des citoyens.

En réalité, les choses ne sont pas aussi tranchées.

Les deux pays qui constituent les modèles de la laïcité anglo-saxonne sont les États-Unis et la Grande-Bretagne.

Dans le premier cas, ce pays possède comme devise officielle ‘En Dieu nous avons confiance’ (imprimée sur les billets de banque) alors que ses politiciens terminent habituellement leurs discours par la formule de politesse ‘Que Dieu vous bénisse’.

Tout cela n’indique pas d’appartenance à une confession religieuse particulière. Mais ce sont des témoignages publics répétés de la foi en un Être Suprême.

Quant à la Grande-Bretagne, le chef de l’État y est également le chef de l’Église anglicane. Sa devise est ‘Dieu et mon droit’ (en français).

Au Québec, beaucoup de personnes défendent, au contraire, la laïcité républicaine. Très souvent, elles le font sans savoir précisément ce dont il s’agit.

Aujourd’hui, le quotidien Le Monde propose à ces lecteurs un questionnaire qui vise à vérifier leurs connaissances à ce sujet.

Le texte qui suit est principalement basé sur les bonnes réponses à ce questionnaire.

Évolution de la laïcité républicaine

En France, la laïcité est un principe constitutionnel qui repose sur une loi votée en 1905.

À la fin de l’Ancien régime, le catholicisme était la religion d’État de la France.

Au tout début de la Révolution, en 1789, la Déclaration des droits de la personne et du citoyen établissait la liberté de religion pour tous.

Toutefois, sous la Terreur, les églises sont officiellement confisquées, de nombreux religieux sont guillotinés et des moines sont massacrés, dont 115 carmes déchaux dans le jardin de leur monastère parisien, le 2 septembre 1792.

Dans les villes gagnées par la ferveur révolutionnaire, plus personne n’ose porter de signes d’appartenance religieuse, même les plus discrets. Cette déchristianisation atteint son apogée à l’an II de la Révolution.

Sous Bonaparte, le Concordat de 1801 (il y en a eu plusieurs) reconnaissait officiellement les confessions chrétiennes et juive, en rémunérant les prêtres, les pasteurs et les rabbins, de même qu’en finançant les lieux de culte.

Dès la restauration, en 1814, la France adopte une charte constitutionnelle dont l’article 6 proclame que la religion catholique, apostolique et romaine redevient la religion de l’État français. Toutefois, cette reconnaissance ne signifie pas l’interdiction de la pratique des autres religions dans le royaume.

Historiquement, cette charte ne fait pas partie de l’évolution de la laïcité républicaine puisque la France n’est plus alors une république.

Cela entraina que les signes religieux refirent leur apparition là où on n’osait plus les porter. Précisons que dans de nombreux coins de la France — en particulier, là où l’Église constitutionnelle (d’origine révolutionnaire) avait eu peu d’impact — la foi catholique ne s’était pas atténuée; les citoyens n’y ont jamais cessé de manifester leur foi.

La loi de 1905 avait comme objectif principal de révoquer le Concordat de 1801 en faisant cesser les subventions publiques aux cultes religieux. Implicitement, cette loi consacrait définitivement la séparation entre l’État et l’Église, instaurée à la Révolution mais atténuée au XIXe siècle.

Croix du Panthéon

De manière incidente, cette loi interdit également les signes ou emblèmes religieux sur les monuments publics, sauf les édifices religieux, cimetières ou musées. La seule exception à cette règle est le Panthéon de Paris, prévu pour servir d’église, mais qui ne fut jamais consacrée. Le fronton fut refait mais la croix resta là.

Et c’est cet interdit concernant les monuments publics qui, beaucoup plus tard, créera un imbroglio suggérant que la laïcité interdit aux citoyens le port de signes religieux, ce qui n’est pas le cas.

Au contraire, jusqu’à ce que la France se sépare de ses colonies du Maghreb, au début des années 1960, leurs représentants au Parlement français n’hésitaient pas à porter des tuniques berbères et des turbans blancs.

L’abbé Félix-Adrien Kir — qui donna son nom à une boisson célèbre — fut le dernier prêtre élu à l’Assemblée nationale française. De 1945 à 1967, il siégeait en portant la soutane catholique.

C’est en 2004 que la laïcité républicaine prend un nouveau sens. Le président Jacques Chirac fait alors adopter la Loi sur l’interdiction de signes religieux à l’école. Cette loi s’applique aux écoles, aux collèges et aux lycées publics (mais ni aux maisons d’enseignement privé ni aux universités).

Elle interdit tous les types de voiles, les kippas, les turbans, et les grosses croix.

En 2012, une circulaire adoptée sous Nicolas Sarkosy étendait cet interdit aux mères qui accompagnaient leurs enfants lors des sorties scolaires.

Voile_islamique
 
Deux ans plus tôt, en 2010, la Loi sur la dissimulation du visage interdit le niqab et la burka dans l’espace public mais permet le foulard islamique et le chador. Cette loi, toujours en vigueur, est très peu appliquée.

Toutes ces contraintes ne s’appliquent pas aux entreprises privées puisque la liberté religieuse y est la règle, sous réserve de la nature des tâches à y accomplir.

Cette portée nouvelle donnée à la laïcité républicaine fut ultimement étendue en 2016 à la tenue musulmane de plage (le burkini) par les villes de Nice, de Cannes et d’une trentaine d’autres villes avant que cela ne soit invalidé par les tribunaux français et dénoncé par l’ONU.

Financement religieux et laïcité républicaine

Les Églises chrétiennes ont trois sources de revenus en France; la quête lors des offices, les dons et les legs de particuliers.

À Paris, la plupart des édifices religieux ont une valeur patrimoniale. Ils appartiennent à la ville qui les attribue aux confessions religieuses en vertu d’un pouvoir discrétionnaire.

C’est ainsi qu’une église catholique peut devenir, du jour au lendemain, temple protestant. Et cela peut prendre des années avant que ce lieu, nommé en l’honneur d’un saint catholique, soit renommé par la ville sous une appellation plus acceptable aux yeux du culte protestant.

Sur l’ensemble du territoire français, la majorité des églises catholiques sont la propriété de leurs fidèles. Les collectivités locales assument leurs frais de fonctionnement et d’entretien. Mais elles ne sont pas autorisées à construire de nouveaux lieux de culte.

L’immense majorité des 2 449 mosquées françaises ont été payées par la communauté musulmane. Toutefois, la vingtaine de mosquées qui sont financées de l’Étranger exercent une influence considérable en France par le biais de la redistribution de ce financement.

Si l’État français ne finance plus directement les lieux de culte religieux, il les finance indirectement, comme au Québec, en faisant en sorte que l’argent versé par les fidèles aux Églises (sauf lors de la quête) soit déductible d’impôt.

En vertu de la loi de 1905, tous les aumôniers de l’armée et des établissements publics (asiles, écoles, hospices, et prisons) sont exceptionnellement rémunérés par l’État.

Dans l’armée, il existe des aumôniers catholiques, protestants, juifs et musulmans.

Accommodements religieux et laïcité républicaine

Sur les onze jours fériés définis par le Code du travail français, six sont des fêtes religieuses (Pâques, Ascension, Pentecôte, Assomption, Toussaint et Noël).

Tant dans le secteur public que privé, l’employeur est obligé d’autoriser l’employé qui le désire à s’absenter en raison d’une fête religieuse dans la mesure où cette absence est compatible avec le fonctionnement normal du service ou de l’entreprise.

Dans le secteur privé, cette obligation découle d’une directive émise en 2007 par la Haute autorité de lutte contre les discriminations et l’égalité. Dans le secteur public, l’obligation faite aux chefs de service vient d’un circulaire émise par l’État en 1967.

Depuis le 9 novembre 2016, en vertu d’une directive du Conseil d’État, une crèche de Noël ne peut être installée dans un bâtiment public qu’à la condition de présenter un caractère culturel, artistique ou ‘festif’. En raison de l’ambigüité de cette directive, celle-ci a donné lieu à quelques procès dont les issues ont toutes été dans le sens de l’interdit.

En France, les cantines scolaires peuvent offrir des menus de substitution pour accommoder les élèves soumis à des restrictions alimentaires religieuses. Mais cela n’est pas obligatoire, selon une circulaire ministérielle de 2011.

La plupart des cantines scolaires le font volontairement. Les quelques restaurants scolaires poursuivis pour leur refus de le faire ont tous gagné leur cause devant les tribunaux français.

Les écoles doivent permettre aux enfants qui le souhaitent d’apporter leur repas à la condition de respecter des règles d’entreposage hygiénique. Ces repas peuvent être consommés à la cantine parmi les autres élèves.

Il n’y a pas de cours de religion proprement dit dans les écoles publiques françaises. Toutefois l’émergence historique des trois principales religions monothéistes est obligatoirement enseignée.

Conséquences et conclusion

Les attentats terroristes du 11 septembre 2001 à New York ont eu une profonde influence sur la manière avec laquelle l’Islam est perçu en Occident, passant de religion démographiquement secondaire au sein de nos pays, à menace.

En France, les gouvernements de droite — tant à Paris qu’au niveau municipal — ont considérablement durci la teneur de la laïcité républicaine.

Il faut donc distinguer la laïcité républicaine ‘classique’ de 1905, de cette nouvelle laïcité française, ciblée et beaucoup plus exigeante, qui évolue depuis 2004.

Ce durcissement a probablement contribué à l’ostracisme (réel ou imaginé) dont se croient victimes certains jeunes Français de religion musulmane.

En créant chez ces derniers un schisme entre ‘La France et nous’, cela a probablement contribué au caractère antisocial de certains d’entre eux.

Reste à savoir dans quelle mesure cet ostracisme est responsable du fait que de tous les pays occidentaux, la France est celui qui a été le plus victime d’attentats terroristes causés par un petit nombre de ses propres citoyens.

Aussi outrageante que peut sembler cette question, il est clair que cette hypothèse doit être envisagée dans notre appréciation des vertus de la laïcité républicaine d’aujourd’hui en comparaison avec celle de 1905.

Contribue-t-elle à la cohésion sociale (son objectif principal), ou est-elle contre-productive ?

Références :
Arrêtés «anti-burkini» : l’ONU dénonce une «stigmatisation»
Charte constitutionnelle du 4 juin 1814
Déchristianisation (Révolution française)
Église constitutionnelle
«La loi sur l’interdiction de signes religieux à l’école n’a pas réglé les problèmes»
Les arrêtés anti-burkini pris en France favorisent la « stigmatisation » des musulmans, selon l’ONU
Le prosélytisme de l’Arabie saoudite
Quand la soutane et la gandoura siégeaient au Palais Bourbon
Quand la soutane siégeait à l’Assemblée nationale
Quiz : savez-vous ce qui est permis ou interdit au nom de la laïcité ?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Des dieux et des jours

17 janvier 2018

Introduction

C’est en Mésopotamie (une région située dans l’Irak actuel) qu’est née l’astronomie.

Vers le VIIe siècle avant notre ère, des astrologues y divisent le cycle lunaire en quatre phases égales de sept jours.

Ces derniers portaient le nom babylonien des sept astres connus à l’époque : Saturne, le soleil, la lune, Mars, Mercure, Jupiter et Vénus.

À la suite des conquêtes, ces connaissances ont été transmises aux Grecs puis aux Romains. Ces derniers nommèrent leurs jours non pas en hommage aux astres mais, strictement parlant, aux dieux qui avaient donné leur nom à un astre.

En français

Le mot lundi vient du latin Lunis diem, ce qui signifie ‘jour de la déesse de la lune’.

Martis diem, le deuxième jour de la semaine, rend hommage à Mars, le dieu romain de la guerre.

Mercredi vient de Mercure, le messager des dieux.

Le nom du quatrième jour de la semaine, jeudi, vient de Jovis diem, ce qui signifie ‘jour de Jupiter’, l’être suprême selon les Romains.

Du latin Veneris diem, le vendredi honore Vénus, la déesse de l’amour et de la beauté.

Chez les Romains, le jour suivant honorait Saturne. Mais dès la christianisation de Rome, ce jour fut appelé Sambati diem (ou ‘jour du sabbat’), c’est-à-dire le jour consacré au culte divin chez les Juifs. En français, c’est devenu samedi.

Le lendemain, les Romains honoraient Sol, le dieu du soleil, de la lumière et de la chaleur. Mais ce jour fut christianisé en die dominicu, ce qui signifie ‘jour du Seigneur’.

Dimanche est le seul jour de la semaine qui commence par la syllabe ‘di’ au lieu de se terminer par elle.

En anglais

Lorsque les peuples du nord-ouest de l’Europe furent confrontés aux légions romaines, ils réalisèrent la supériorité de certains aspects de la civilisation gréco-romaine.

Tout comme les Romains avaient adopté la mythologie des Grecs tout en latinisant le nom de leurs dieux, les Anglo-Saxons ont cherché dans leur propre mythologie quels étaient les dieux qui possédaient les attributs les plus apparentés aux dieux romains et ont décidé que les jours seraient nommés, si possible, en l’honneur de leurs équivalents nordiques.

On conserva néanmoins l’hommage à certains dieux romains.

Le samedi demeura le jour de Saturne (Saturday). Tout comme le dimanche et le lundi : ceux-ci honorèrent respectivement le Soleil (Sunday) et la lune (Monday, déformation de ‘Moon Day’).

Mais dès le mardi, c’est au dieu Tiw (probablement dieu nordique de la guerre) qu’on rendit hommage. Tuesday est la déformation de ‘Tiw’s Day’.

Le mercredi, on pensa au dieu Woden, apparenté à Mercure. Ce qui donna Wednesday.

Alors que Jupiter est souvent représenté un foudre à la main, le jeudi (ou Thursday) s’appela ‘Thunresdæg’ en hommage à Thunor, dieu du tonnerre (hérité du dieu Thor des Vikings).

Tout comme Vénus donna en français son nom au vendredi, c’est la déesse équivalente Frig qui donna en anglais son nom à Friday.

Conclusion

Les mots sont souvent forgés par l’histoire.

Le nom des jours provient d’une décision prise il y a presque trois millénaires par des astrologues mésopotamiens. Une décision imitée par les Grecs, puis les Romains et transmise jusqu’à nous sous leur influence.

Références :
L’astronomie en Mésopotamie
Why Wednesday? The days of the week have a convoluted religious heritage

Des dieux et des jours
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Prier Dieu autrement ?

24 novembre 2017
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C’est en 1527 que l’Église de Suède s’est séparée de l’Église catholique romaine.

Jusqu’au XIXe siècle, l’appartenance à cette Église était obligatoire pour tout citoyen suédois. En 1972, 95,2% des Suédois en étaient membres, une proportion réduite du tiers depuis.

Depuis 2013, cette église est dirigée par une femme, l’archevêque Antje Jackelén.

À l’issue d’un concile de huit jours, les plus hautes instances de l’Église ont décidé hier qu’à partir du 20 mai 2018 (la Pentecôte), cette Église utiliserait une manière plus asexuée pour désigner l’Être Suprême.

Dans les pays à majorité protestante, cette nouvelle a presque fait scandale.

Théologiquement, Dieu n’a pas de sexe.

Les êtres sexués sont des êtres tarés. D’elle même, une femme ne peut pas engendrer une progéniture. Un homme non plus. Mais c’est en se complétant et en compensant pour leurs déficiences respectives qu’un homme et une femme peuvent s’unir pour donner la vie.

Dieu n’a pas de telles lacunes et n’a besoin de personne d’autre pour agir et créer.

Selon l’Église de Suède, il serait permis de parler de Jésus de Nazareth au masculin puisqu’en s’incarnant, Dieu s’est fait homme selon la tradition chrétienne.

Toutefois, dans le cas de ‘Dieu’ au sens de la Sainte Trinité chrétienne et de Dieu le Père, les rumeurs qui se sont répandues sur l’internet depuis hier sont très exagérées.

Essentiellement, les changements adoptés par le concile ne concernent que deux choses.

Premièrement, on apporterait une modification mineure à une phrase dans la version suédoise du Crédo.

La phrase ‘Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté’ se dit autrement en suédois. C’est ‘Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur Terre aux humains qu’Il aime’. C’est ce ‘Il’ final qui serait remplacé par autre chose.

De plus, le Saint-Esprit deviendrait féminin comme c’est le cas en hébreu. Comment tout cela se dira en suédois, cela reste à suivre.

Bref, une tempête dans un verre d’eau…  bénite.

Références :
Church of Sweden to stop referring to God as ‘he’ or ‘Lord’
Église de Suède
No, the Swedish Church has not banned the male pronoun for God

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 — 1/250 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 26 mm

La gravure ci-dessus est un détail de la page-titre du bouquin Figures de la Bible, publié à La Haye en 1728 par l’imprimeur Pieter de Hondt. Cette gravure exécutée en 1719 est du Huguenot Bernard Picart.

Prier Dieu autrement ?
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Discrimination et neutralité religieuse de l’État

24 octobre 2017

Voile_islamique
 
Introduction

Par voie de communiqué émis il y a trois jours, la Commission des droits de la personne réitérait ses préoccupations relatives à la loi 62 (au sujet de la neutralité religieuse de l’État).

En invoquant l’article 10 de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne, l’organisme reproche à cette loi d’être discriminatoire à l’égard des femmes qui portent le niqab et la burka.

La Commission a raison d’exprimer cet avis puisque son rôle est précisément de veiller au respect des principes énoncés dans cette charte.

Toutefois, aussi importante qu’elle soit, la charte québécoise n’est pas d’un texte sacré; ses orientations doivent correspondre au type de société dans lequel la nation québécoise veut vivre.

La loi 62 et l’intégrisme religieux

La Commission a raison; la loi 62 est discriminatoire à l’égard des femmes qui portent le niqab et la burka (entre autres).

Mais on doit ajouter que toute loi est discriminatoire. Lorsqu’on interdit la vente de cocaïne, cela est discriminatoire pour ceux qui en vendent.

Une loi qui n’interdit rien est une loi qui ne vaut rien. Et une loi qui interdit tout est une loi excessive. Conséquemment, toute loi doit établir une distinction entre ce que l’État veut réprimer et ce qu’il désire permettre. Cette distinction est de la discrimination.

La loi 62 n’est pas contraire à la religion musulmane telle que pratiquée par l’immense majorité des Québécoises musulmanes. Mais elle s’oppose clairement au fondamentalisme islamique.

Tout comme les lois légalisant le divorce, l’avortement et le mariage homosexuel s’opposent au fondamentalisme chrétien. Ce qui ne nous a pas empêchés d’agir dans tous ces cas.

Si on exclu le ‘tourisme religieux’ pratiqué quelques converties de récente date, le port du niqab et de la burka est emblématique de l’intégrisme islamique et plus particulièrement du wahhabisme financé par la dictature saoudienne. Or ce fondamentalisme possède des exigences qui vont bien au-delà du voile intégral.

Les imams qui prêchent l’obligation du port du niqab et de la burka interdisent également la mixité.

Selon eux, non seulement la femme portant le voile intégral doit-elle éviter tout contact physique avec des étrangers (donc pas de poignée de main), mais elle doit vivre dans un environnement de travail où hommes et femmes ne se rencontrent pas.

Respecter la pratique du fondamentalisme islamique dans les édifices gouvernementaux, cela signifie aménager des bureaux, des couloirs, des ascenseurs et des aires de repos au sein desquels jamais hommes et femmes ne se côtoient. Sinon l’État obligera cette employée à aller à l’encontre de ses convictions religieuses.

En plaidant le respect absolu des convictions religieuses, la Commission québécoise des droits de la personne ne sait pas dans quoi elle s’embarque.

Le wahhabisme — la religion d’État de l’Arabie saoudite — n’interdit pas seulement la mixité; ses exigences tatillonnes vont aussi loin que d’interdire d’uriner dans la direction de la Mecque. Il faudra donc modifier l’orientation des toilettes dans tous les édifices publics pour satisfaire les principes naïfs des défenseurs des droits de l’Homme.

Autoriser le port du niqab ou de la burka par les représentants de l’État sur la seule base des droits constitutionnels, cela n’est que le début d’une longue suite d’exigences religieuses qui, en fin de compte, obligeront le Québec à adopter la dictature saoudienne comme modèle de société.

Conclusion

Où donc tracer la ligne ? Ma réponse est simple : la ligne est celle déjà tracée par le projet de loi 62.

En somme, la décision d’obliger la prestation de service à visage découvert est un choix de société. Et ce choix, nous le faisons nôtre.

Toutefois, le gouvernement Couillard devra se résoudre à ajouter à cette loi une clause dérogatoire à la Canadian Constitution.

Si le gouvernement Couillard fait la sourde oreille à tous ceux qui lui signalent que sa loi est anticonstitutionnelle, c’est qu’il souhaite secrètement qu’elle soit déclarée comme telle par la Cour suprême du Canada.

La suite devrait nous révéler pourquoi…

Références :
Adoption du projet de loi 62 : la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse exprime ses préoccupations
La loi sur la neutralité religieuse serait discriminatoire de manière indirecte
Les services à visage découvert et les droits constitutionnels

Parus depuis :
Sondage: les Canadiens et les Québécois favorables au projet de loi 62 (2017-10-27)
Denmark passes law banning burqa and niqab (2018-05-31)

Discrimination et neutralité religieuse de l’État
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Analyse de la haine antimusulmane au Québec

31 août 2017

Introduction

Littéralement, ‘islamophobie’ signifie peur de l’islam. Dans les faits, on utilise ce mot pour parler de l’hostilité à l’endroit de la religion musulmane ou de ceux qui la pratiquent. Or peur et hostilité sont deux choses bien différentes.

Dans nos sociétés, il est parfaitement légitime de ne pas aimer une religion ou d’être hostile à ses préceptes. Voilà pourquoi le texte qui suit préfèrera utiliser l’adjectif ‘antimusulman’ qui lui, concerne spécifiquement les adeptes de cette religion.

La haine

On ne peut combattre un phénomène qu’on refuse de nommer.

La haine se définit comme un sentiment violent qui pousse à désirer le malheur de quelqu’un ou à lui faire du mal. De son côté, le logiciel Antidote parle d’un sentiment qui donne envie de commettre des actions agressives envers une autre personne ou de se réjouir de sa souffrance.

Il y a donc divers degrés à la haine. Depuis la tuerie de Québec, tout le registre de la haine est couvert, de son expression la plus anodine (le manque d’empathie) à sa forme extrême (l’homicide), en passant par toutes les étapes intermédiaires (dont le vandalisme).

Sans les manifestations extrêmes de la haine, on pourrait éviter l’utilisation de ce mot en préférant des euphémismes comme ‘animosité’, ‘agressivité’, ou même ‘hostilité’. Mais depuis l’attentat de Québec, il faut appeler les choses par leur nom.

Lorsqu’on tue des Québécois musulmans en prière ou qu’on incendie l’auto d’un responsable musulman moins de deux jours après l’annonce de la création d’un cimetière musulman, c’est qu’on a affaire à de la haine.

À l’intérieur de cette gamme de sentiments à caractère haineux, il n’existe pas de seuil au-delà duquel la haine passe d’anodine à intolérable.

Comme tout être social, chacun d’entre nous est sensible au discours ambiant. Toute personne est donc susceptible d’évoluer dans un sens comme dans l’autre dans toute la gamme des sentiments d’hostilité à l’égard de quelqu’un.

La crainte de l’Islam en Occident est alimentée par le terrorisme international financé par la dictature saoudienne et véhiculé par l’idéologie haineuse qu’elle propage. Au Québec, le discours antimusulman s’est répandu lors des controverses relatives aux accommodements raisonnables ou au port de signes religieux.

À la lecture des nombreux commentaires publiés par les médias, on peut distinguer quatre manières de diaboliser les Québécois musulmans. Ce sont :
• la victimisation de la majorité,
• la culpabilisation de la minorité
• le déni et la banalisation de l’intolérance
• la dangerosité par association

La victimisation de la majorité

Il faut être sourd aux leçons de l’Histoire pour ne pas réaliser que rien n’est plus dangereux que de faire croire à la majorité qu’elle est victime d’une de ses minorités religieuses ou ethniques.

Dans la fable Le Loup et l’agneau, le loup justifie son agressivité envers l’agneau en accusant ce dernier de troubler son breuvage.

La diabolisation des Québécois musulmans exige que ce soit eux les agresseurs et nous les victimes, de manière à justifier nos représailles, à l’instar de celles du loup.

La victimisation de la majorité est au cœur de la propagande toxique diffusée à pleine radio dans la Vieille capitale. Or ces radios ne font que participer à cette défense des ‘valeurs nationales’ défendues par tous les mouvements de Droite à travers le monde; au Québec, en France, aux Pays-Bas, en Allemagne, notamment.

C’est ainsi que le port d’un vêtement distinctif est présenté comme un acte de provocation. Ce vêtement — surtout s’il est féminin — témoigne d’un mépris des valeurs auxquelles, évidemment, la minorité refuse d’adhérer.

De la même manière, toute demande d’accommodement devient le symbole du complot de la minorité destiné à pervertir la société d’accueil.

En réalité, lorsqu’il est raisonnable, l’accommodement signifie ‘Vivre et laissez-vivre’; il consiste à laisser quelques-uns vivre à leur manière à eux, tout en laissant le reste de la société vivre comme elle l’entend.

Toute exagération du préjudice subi par un accommodement fait partie de ce processus de fausse victimisation qui sert d’écran à la persécution.

Voilà pourquoi, lorsqu’on arrive mal à comprendre l’importance concrète du préjudice subi, c’est qu’on a affaire à une théâtralisation d’un préjudice insignifiant.

Par exemple, on s’indignera parce qu’une piscine publique est réservée quatre heures par semaine à la baignade non mixte (deux heures pour chaque sexe). Pour s’y opposer, on invoquera le caractère sacré, dit-on, de la mixité. Or la mixité n’a jamais fait consensus au Québec; on possède des écoles primaires qui ne sont pas mixtes, des clubs sportifs, des prisons, et des toilettes.

Le scandale suscité par l’accommodement insignifiant sert donc de paravent à l’intolérance. Un paravent placardé de principes creux.

La culpabilisation de la minorité

Imaginez une personne qui oserait prétendre que les femmes victimes d’un viol ont couru après. Que si elles n’avaient pas porté des robes aussi courtes, des vêtements aussi moulants, adopté des démarches aussi provocantes, tout cela ne serait pas arrivé.

Pourtant, c’est ce qu’on entend au sujet des causes de la tuerie de Québec.

Un lecteur du Devoir écrit :

Et si vous arrêtiez de traiter les femmes comme des citoyennes de deuxième ordre en sachant fort bien que cela nous choque profondément ?

Et si les femmes musulmanes arrêtaient de porter ce foulard islamique ostentatoire qui est perçu ici comme de la provocation ?

Ça fait plus de vingt ans qu’on vous le demande et vous refusez catégoriquement.

À la lecture de ces reproches, on comprend que les Québécois tués à la mosquée méritaient leur sort. Même s’il n’est pas certain que leurs épouses à eux portaient le voile. En effet, seule une minorité des Musulmanes portent le voile au Québec. Donc rien n’indique que les victimes étaient les époux de femmes voilées. Mais peu importe.

De la même manière, on reprochera aux Québécois musulmans de ne pas condamner publiquement les attentats terroristes commis par des coreligionnaires à l’Étranger.

La question à se poser est la suivante : y a-t-il des silences désapprobateurs ou est-ce que tout silence est complice ?

Chacun d’entre nous a-t-il le devoir de se dissocier de tout méfait commis par des inconnus avec lesquels nous partageons certaines caractéristiques. Par exemple, ai-je l’obligation de condamner publiquement chacun des crimes (par exemple, chaque viol) commis par un autre homme parce qu’autrement, mon silence serait complice ?

En réalité, les Québécois musulmans ne sentent pas le besoin de se dissocier d’un attentat islamiste tout simplement parce qu’ils n’en éprouvent pas de culpabilité. Et ceux qui, au contraire, veulent les tenir responsables pavent la voie aux représailles dont ils pourraient faire l’objet.

Le déni et la banalisation de l’intolérance

Comme beaucoup d’autres, les Québécois aiment croire qu’ils constituent un peuple gentil et bon, imperméable au sexisme, au racisme et aux intolérances de toutes sortes.

Il y a quelques jours, la Coalition Avenir Québec estimait qu’il n’y a pas de montée de l’extrême Droite au Québec.

À la suite de la tuerie de Québec, une lectrice du Devoir écrivait :

Ce texte parle de racisme, d’intolérance de l’autre, d’islamophobie, alors que c’est loin d’être le cas dans cette tuerie.

Ce à quoi je répondais :

À partir de combien de morts de Musulmans peut-on, selon vous, parler d’intolérance et d’islamophobie ?

Loin d’être un cas isolé, cette lectrice du Devoir représente la tendance de nombreux Québécois à nier les évidences qui nous obligeraient à faire une introspection douloureuse et à remettre en question l’image flatteuse que nous cultivons de nous-mêmes.

La dangerosité par association

Depuis les évènements new-yorkais du 11 septembre 2001, l’actualité nous rapporte presque quotidiennement de nouveaux attentats commis par des groupements islamistes à l’Étranger.

À force de répétition, ceux qui ne connaissent personnellement aucun Québécois musulman finissent par être envahis par l’appréhension de ce qu’ils ignorent. Or la peur ne se contrôle pas.

Voilà pourquoi on ne peut l’atténuer par des arguments rationnels : on l’atténue par des mesures rassurantes.

Si on exclut la création d’un centre de déradicalisation dont l’efficacité reste à démontrer, rien n’a été fait jusqu’ici au Québec à ce sujet.

Dans tous les cas où il aurait pu circonscrire la dangerosité d’éléments radicaux au sein de la communauté musulmane (certains imams montréalais, notamment), le gouvernement Couillard a négligé d’intervenir.

Comme si sa priorité n’était pas d’assurer la paix sociale au Québec. Il se comporte plutôt comme s’il cherchait à entretenir des débats identitaires stériles afin de tendre un piège à ses adversaires politiques, accusés de ne pas s’intéresser ‘aux vraies affaires’.

On trouvera à la fin du présent texte un ensemble de mesures inspirées de la loi autrichienne sur l’Islam et qui visent à garantir la liberté de l’exercice de la religion musulmane tout en encadrant la formation des imams de manière à rassurer l’ensemble de la population à ce sujet.

Au-delà de la controverse que suscitera sa mise en application — qui nécessitera sans doute l’invocation de la clause dérogatoire de la Canadian Constitution — on peut s’attendre à ce que ce plan ambitieux instaure à moyen terme un climat d’harmonie interreligieuse au Québec.

La responsabilité des ‘élites’

Les quatre moyens de diaboliser les Québécois musulmans — la victimisation de la majorité, la culpabilisation de la minorité, la banalisation de l’intolérance, et la dangerosité par association — sont utilisés jour après jour par les radios-poubelles de la ville de Québec depuis des années. Doit-on surprendre que leur idéologie toxique se répande ?

Détenteur de l’autorité morale, le haut-clergé catholique de la ville de Québec prêche la charité chrétienne et condamne à la fois la calomnie et la médisance sans qu’il lui vienne à l’esprit que l’excommunication est un bon moyen de faire réfléchir ceux qui répandent des comportements aux antipodes du message de tolérance de Jésus de Nazareth.

Les hommes politiques du Québec ont évidemment leur part de responsabilité. Au panthéon des coupables se trouve le premier ministre du Québec.

M. Couillard ne sait pas gouverner. Mais il sait comment en donner l’impression.

Lisez attentivement le discours type de M. Couillard à chaque fois qu’il est question d’islamophobie : « Le Québec est accueillant. Nous, les Québécois, sommes un peuple tolérant. Et ce sont ces valeurs d’humanisme, de tolérance et de respect des autres qui sont au cœur de ce que défend le Parti libéral

Tout ceci glorifie l’image d’un chef d’État noble et généreux.

Mais lorsqu’une majorité se croit à tort menacée, la dernière chose qu’elle veut entendre, c’est que l’État ne fera rien pour la protéger. Or c’est précisément ce à quoi se résume ce message dans l’esprit des gens inquiets. D’où l’idée, pour eux, de se faire justice.

Au contraire, il faut rassurer. Et pour ce faire, il faut dire trois choses :
• prouver que la menace est exagérée,
• qu’aussi faible soit-elle, l’État la combattra,
• et que par ailleurs, l’État est garant du droit à la différence (et, entre autres, du droit des femmes de porter le foulard musulman si elles le veulent).

Premièrement, le chef de l’État doit donc dire et répéter à chaque fois qu’il en a l’occasion que les Québécois musulmans ne forment que trois pour cent de la population québécoise et qu’il est impossible qu’aussi peu de gens obligent le Québec à devenir ce qu’il ne veut pas être.

Deuxièmement, il faut instaurer des mesures susceptibles de rassurer à la fois les adeptes de la religion musulmane et la population en général (voir le plan à la fin du texte). Or rien à ce sujet n’a été fait depuis trois ans.

Et troisièmement, il doit combattre le féminisme de chiffon, principal moyen utilisé par la Droite pour susciter l’animosité contre les Québécois musulmans.

De tous les partis politiques québécois, la Coalition Avenir Québec est le plus à Droite. Pourquoi les politiciens issus de cette formation politique ne sont-ils pas davantage responsables de la propagation de la haine antimusulmane au Québec que le premier ministre ?

C’est qu’à lui seul, le premier ministre jouit d’un accès aux médias plus important que tous les députés caquistes réunis.

De plus, les députés reflètent leurs commettants. Lorsque ce n’est pas le cas, la population en choisit d’autres.

Si la CAQ se faisait harakiri aujourd’hui, ses députés seraient remplacés demain par d’autres politiciens véhiculant la même l’idéologie.

De la même manière, si toutes les radios-poubelles de Québec perdaient leur permis d’exploitation, le débat haineux se déplacerait clandestinement sur les médias sociaux.

Au lieu d’accuser ses adversaires politiques de souffler sur les braises de l’intolérance (pour reprendre son expression), le premier ministre doit combattre la mentalité qui prévaut là où la CAQ est populaire, c’est-à-dire s’attaquer à la racine du discours haineux.

En somme, il s’agit d’un combat idéologique. Ce que n’a pas compris le premier ministre. Et ce qui explique le sombre bilan social de ses années de pouvoir.

Conclusion

La Nature a horreur du vide.

Tout comme les Américains sont les responsables involontaires de la naissance de l’État islamique, l’inaction absolue du gouvernement Couillard dans ce dossier est responsable de l’apparition et de la montée de groupuscules d’extrême Droite au Québec. Ces groupes n’existaient pas avant lui.

Dans tous les pays du monde, le chef de l’État est le responsable ultime de la paix sociale.

Cela est particulièrement évident dans les monarchies constitutionnelles, où le roi ou la reine représente le ciment de la nation.

Dans ce cas-ci, tout se résume à une question de leadeurship. Le premier ministre avait le choix.

Il pouvait se dire qu’un certain nombre de Québécois n’aiment pas les Musulmans et choisir de ne pas s’en mêler.

Ou se dire qu’il est de son devoir de chef d’État de combattre le discours haineux contre une partie de son peuple. Avec le risque, s’il échoue, d’en payer le prix politique.

Il a choisi de se limiter à cultiver son image de marque sans poser le moindre geste concret susceptible de contribuer à la paix sociale.

Tout comme le KKK tuait des Noirs ou brulait leurs maisons afin de les intimider, le QQQ — appellation générique de l’extrême Droite québécoise — tue des Québécois musulmans en prière et brule leurs biens. Voilà où nous a conduits l’immobilisme narcissique du premier ministre.

Il est probable que l’Histoire ne retiendra pas grand-chose de ce brillant professionnel de la Santé qui n’a appris de la noblesse que l’art d’en donner l’impression.

Références :
«Aidez-nous à comprendre» l’attentat de Québec
Attentat à Québec — Devant la mosquée, la consternation
Baignades non mixtes à Côte-des-Neiges – À la défense des prudes
De nombreux appels à la haine sur la page Facebook de Bernard « Rambo » Gauthier
La Charte de la laïcité : un mauvais départ
La CAQ estime qu’il n’y a pas de montée de l’extrême droite au Québec
La classe politique québécoise s’émeut après le crime commis contre un leader musulman
La Meute, un groupe contre «l’invasion de l’islam»
Le Centre de prévention de la radicalisation visé par l’extrême droite
Le Féminisme de chiffon
Le Québec face à l’islamophobie
Les braises de l’intolérance
Pour qu’ils ne soient pas morts en vain
43 000 membres pour le groupe d’extrême droite la Meute
Radicalisme : Couillard s’en lave les mains
Une lettre pour Alexandre Bissonnette

Parus depuis :
La droite identitaire, plus dangereuse que l’islam radical (2017-09-14)
Attentat de Québec: de la haine est née la fraternité (2018-01-20)
Les crimes haineux sont en hausse depuis l’attentat de la mosquée de Québec (2018-01-29)
Le terrorisme et l’extrémisme violent au Canada (2018-05-20)


Annexe : Plan visant à consacrer la neutralité religieuse de l’État québécois, à encadrer la formation des imams, à assurer le qualité de l’exercice de l’imanat, et à garantir la liberté de l’exercice de la religion musulmane :

A) l’obligation d’offrir et de recevoir des services de l’État à visage découvert (ce que le gouvernement Couillard dit vouloir faire depuis des années sans jamais le faire),

B) le retrait de tout signe religieux amovible sur les murs de tous les édifices appartenant à l’État.

C) l’obligation des imams de parler la langue du pays,

D) l’interdiction du financement étranger quant aux frais de construction et de fonctionnement des institutions confessionnelles,

E) l’obligation pour les municipalités de dresser des règles d’urbanisme claires relativement à la construction des lieux de culte et l’interdiction de les modifier afin de faire obstacle à la construction d’un de ces lieux,

F) la modification des lois entourant les pratiques funéraires de manière à légaliser les pratiques musulmanes, comme l’a fait la France,

G) la subvention aux cimetières du Québec qui voudront devenir multiconfessionnels,

H) la création d’une école coranique de niveau universitaire basée sur des préceptes modernes :

  • l’œcuménisme, c’est-à-dire ouverte à toutes les confessions musulmanes,
  • la parité sexuelle stricte du corps professoral, y compris au niveau de la direction,
  • l’obligation du corps professoral de publier le résultat de leurs recherches au sujet des textes sacrés,
  • la création d’une bibliothèque électronique accessible par l’internet qui permet la consultation des publications et des avis religieux (fatwas) émis par les professeurs,
  • l’interdiction formelle de tout avis religieux (fatwa) qui, directement ou indirectement, suggèrerait que quelqu’un devrait être mis à mort,
  • la mixité des élèves et leur disposition en classe qui ne suggère aucune subordination sexuelle,
  • l’interdiction de tout financement étranger tant pour la création de l’école que pour son fonctionnement, et
  • l’émission d’un diplôme d’attestation de réussite qui pourrait éventuellement servir de base à la certification des imams au Québec.
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le référendum de Saint-Apollinaire

20 juillet 2017

Les problèmes pourrissent plus lentement que les dépouilles

Dimanche dernier, par un vote de 19 contre 16, des citoyens de la municipalité de Saint-Apollinaire ont refusé une modification de zonage qui aurait permis la création d’un cimetière musulman à proximité de leur domicile.

Après avoir lu de nombreux éditoriaux et commentaires publiés à ce sujet, j’en suis venu à la conclusion que ce fait divers est relativement sans importance.

Ce refus est certainement décevant pour le Centre culturel islamique de Québec (qui pilotait ce projet); si le ‘Oui’ l’avait emporté, cela réglait le problème des fidèles qui fréquentent sa mosquée.

Mais cela laissait intact le même problème vécu par presque tous les autres Musulmans du Québec.

En somme, un référendum positif n’aurait pas réglé grand-chose. Conséquemment, il est futile de chercher à savoir si le référendum a été rejeté pour les bonnes ou les mauvaises raisons.

En réalité, tout cela est devenu un ‘problème’ parce que les choses trainent.

On a un gouvernement prompt à nous assurer de son dévouement devant les caméras; on le voit donc la main sur le cœur — quand ce n’est pas la larme à l’œil — nous promettre d’agir promptement.

Mais quand vient ce temps d’agir, justement, il se traine les pieds.

Ceux qui regardent la retransmission télévisée de la période de questions de l’Assemblée nationale, constatent que l’excuse récurrente du gouvernement Couillard lorsqu’un dossier n’est toujours pas réglé, c’est que la faute en incombe au gouvernement Marois.

En réalité, le gouvernement Marois n’a été qu’un interlude de 18 mois dans les quinze ans de pouvoir presque ininterrompu de régime libéral. Évidemment, il n’a pas résolu tous les problèmes du Québec.

La question fondamentale à se poser est la suivante : comment se fait-il qu’après quinze ans, certains problèmes simples ne soient toujours pas réglés ?

Que les Québécois musulmans qui prennent racine au Québec veulent s’y faire enterrer, cela est légitime.

Or ce n’est pas d’hier que nous accueillons au Québec des Musulmans. Est-ce qu’il était écrit quelque part que nous les accueillions à la condition qu’ils changent de religion ? Non ? Alors qu’est-ce qu’on attend ?

Les correctifs

M. Philippe Couillard à l’aréna Maurice-Richard, le 2 février 2017

Le 2 février dernier, aux funérailles montréalaises des victimes de l’attentat terroriste de Québec, le premier ministre a appris (s’il ne le savait pas déjà) que ceux qui s’occupent ici des funérailles des Québécois musulmans rencontrent deux difficultés majeures.

A) La rareté des lieux de sépulture

La première difficulté, c’est qu’il y a très peu d’endroits au Québec où les Musulmans peuvent se faire enterrer.

La principale porte-parole des opposants à la création d’un cimetière musulman à Saint-Apollinaire justifiait son opposition en soutenant que les Québécois musulmans devaient plutôt choisir de se faire enterrer dans des cimetières multiconfessionnels.

Que les Québécois musulmans soient enterrés dans des cimetières qui leur sont exclusifs ou non, cela n’est pas important à nos yeux. Mais ce n’est pas à nous d’en juger.

Si certains Québécois musulmans en décident autrement, qui sommes-nous pour les forcer à modifier leurs préférences ?

Ceci étant dit, il faut réaliser que les milieux de droite ou d’extrême droite ont créé un climat toxique à l’égard des Québécois musulmans. Ce à quoi il faut s’attaquer, ce n’est pas aux radiopoubelles de Québec, aux partis politiques qui carburent à l’islamophobie, ni aux milices d’extrême droite comme La Meute; il faut combattre l’idéologue qui les anime.

Or changer des mentalités prend beaucoup de temps.

D’ici là, pour l’État québécois, la solution la plus simple est de consacrer des sommes d’argent aux cimetières du Québec qui voudront devenir multiconfessionnels, sous réserve de différents critères, dont celui de l’acceptabilité sociale dans leurs milieux respectifs. Cela les obligera à travailler eux-mêmes à cette acceptabilité s’ils veulent bénéficier de cette subvention.

Cela ne règle pas le problème des Québécois musulmans qui souhaitent que leurs proches soient enterrés dans un cimetière spécifiquement musulman. Mais cela règle, dans un premier temps, le problème des autres.

Une chose à la fois.

Dans tous les cas, imposer à une municipalité l’obligation d’accueillir un cimetière (confessionnel ou non) à l’encontre de la volonté de ses citoyens, cela entraine la mise sur pied de mesures répressives pour contrer la profanation des sépultures et le vandalisme des stèles ou des monuments funéraires. Concrètement, c’est l’équivalent de lutter contre le vent. Dans ce sens, ce référendum était une bonne chose.

Il y a plus de mille municipalités au Québec. Il n’est pas nécessaire que chacune d’elles ait son propre cimetière musulman ou multiconfessionnel. Il suffit que de tels cimetières se retrouvent çà et là sur l’ensemble du territoire national.

Pour ce faire, il ne faut qu’un seul prérequis; une volonté politique. Pas seulement de belles paroles.

B) L’obligation d’embaumer

Le rituel funéraire musulman a été établi dans des pays dont le climat est désertique, à une époque où la climatisation n’existait pas.

Selon ce rite, les corps sont simplement lavés et enveloppés dans un linceul avant l’enterrement. Ce linceul est composé d’un nombre impair de pièces de tissus. Quant à lui, l’enterrement doit avoir lieu dans les 24 heures qui suivent le décès.

En France, les démarches administratives font en sorte que les délais pour l’enterrement sont un peu plus longs. Conséquemment, les cercueils y sont obligatoires pour des raisons sanitaires.

Après la rareté des lieux de sépulture, le deuxième problème au Québec, c’est que seuls l’incinération ou l’enterrement après embaumement sont permis. Après embaumement, cela signifie après avoir retiré le sang et les viscères de la dépouille.

Puisque l’embaumement est interdit par le rite musulman, cela oblige les Québécois musulmans qui en ont les moyens de rapatrier les corps à l’Étranger pour que l’enterrement se fasse selon les rites de leur religion.

Que faut-il faire pour corriger cela ? C’est simple.

On consulte la norme française à ce sujet. Par couper-coller, on en fait un projet de loi en y ajoutant le préambule commun à toutes les lois du Québec. Puis on le met au feuilleton de l’Assemblée nationale et on l’adopte. C’est tout.

Comment se fait-il que rien n’a été fait depuis février dernier ? Combien faut-il de mois ou d’années pour qu’un gouvernement élu sur la promesse de s’occuper des ‘vraies affaires’ se grouille le derrière ?

C’est un mystère…

Références :
Cimetière musulman: l’«histoire n’est pas terminée», dit Couillard
Funérailles montréalaises de trois des victimes de l’attentat de Québec

Le référendum de Saint-Apollinaire
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Bienheureux les pieux car leurs voix seront entendues

8 juillet 2017

Introduction

Le Parc Safari est un parc zoologique privé de 2,7 km² situé à 66 km au sud de Montréal. Il accueille annuellement environ 400 000 visiteurs.

En plus d’un zoo traditionnel, il comporte un parc aquatique et des zones récréatives.

Son cadre champêtre sert de décor à des mariages et à diverses réunions.

C’est ainsi que la fin de semaine dernière, l’Association musulmane du Canada y avait réservé un espace à l’écart pour y fêter la fin du ramadan, un jeûne rituel observé cette année du 27 mai au 24 juin.

Au cours de cette réunion, une courte prière fut dite par les 965 participants.

Or celle-ci fut enregistrée à partir du chemin de passage situé à 45 mètres du groupe en question et publiée sur YouTube.

Au total, on estime qu’environ une quarantaine de passants qui ne sont pas musulmans auraient été ‘exposés’ à cette prière. Ce qui, évidemment, a déclenché l’hystérie sur les médias sociaux.

Le droit de propriété

Dans un extrait de l’émission Le Québec matin disponible sur l’internet, on y voit la lectrice de nouvelles demander avec insistance au propriétaire du Parc Safari si c’est bien le rôle d’un zoo de permettre la tenue d’un rassemblement religieux.

Que ce soit sa mission ou non, un propriétaire est libre de faire ce qu’il veut de son terrain.

Exercer sa religion à la vue des autres

Il y eut une époque au Québec où les défilés religieux dans nos rues étaient très populaires : rappelons le cas des parades de la Fête-Dieu ou du Christ-Roi.

S’ils ont disparu, c’est que dans les années 1960, les Québécois ont développé du mépris pour la religiosité. Pas pour la religion mais pour les manifestations extérieures de la foi.

Seules ont continué d’exister, les parades ‘mixtes’ — mi-religieuses mi-patriotiques, comme le défilé de la Saint-Patrick ou celui de la Saint-Jean-Baptiste — dont la composante religieuse a peu à peu été évacuée sans disparaitre totalement.

Comme le phénix, les modes meurent et renaissent. Il n’est pas interdit de croire qu’un jour, les parades chrétiennes redeviendront populaires.

D’ici là, dans un pays démocratique, les gens sont libres de prier. Ils peuvent le faire partout où cela ne trouble pas l’ordre public.

L’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme déclare :

Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites.

L’injustice présumée

Nous avons tous à l’esprit les procès où la récitation d’une prière a été déclarée illégale, notamment en préambule à la réunion de conseils municipaux.

N’est-ce pas injuste d’interdire des prières catholiques et de permettre des prières musulmanes ?

On compare ici des pommes et des oranges.

La séparation de l’État et de l’Église entraine qu’un conseil municipal ne peut pas être chrétien. L’Assemblée nationale, la Chambre des Communes et le Sénat non plus.

Si la récitation d’une prière au début de la réunion d’un conseil municipal à été jugée anticonstitutionnelle, c’est que ce rituel religieux était imposé à tous, croyants ou non. Évidemment, ceux qui y étaient opposés auraient pu se retirer de la salle. Mais ils perdaient alors la place qu’ils avaient choisi d’occuper (à proximité des élus, près du micro, etc.). Voilà pourquoi cela a été déclaré illégal.

Autrement, les croyants ont toujours eu le droit de prier.

La contagion religieuse

Finalement il y a ceux qui croient que prier en public, c’est faire de la propagande religieuse. Si les incantations des fidèles d’Hare Krishna au son des clochettes font sourire certains, les prières musulmanes sont prises beaucoup plus au sérieux.

Rappelons que dans ce cas-ci, les fidèles étaient à l’écart et que les passants ont entendu leur prière ‘accidentellement’ (dans le sens que cette prière ne leur était pas destinée).

On doit distinguer la dangerosité de l’exposition au virus Ebola de celle de l’écoute d’une prière récitée dans une langue qu’on ne comprend pas.

Lors d’une assemblée politique tenue dans l’Ouest canadien, des intervenants avaient protesté auprès du premier ministre Pierre Eliott Trudeau contre la présence de textes en français imprimés sur leurs boites de céréales matinales. Ce à quoi le premier ministre leur avait suggéré de tourner la boite du côté en anglais.

À ceux qui craignent d’être transformés sur-le-champ en terroristes simplement en entendant une prière musulmane, l’ex premier ministre leur aurait probablement suggéré de se boucher les oreilles ou de passer leur chemin.

Références :
La Déclaration universelle des droits de l’Homme
Une prière au Parc Safari dérange

Bienheureux les pieux car leurs voix seront entendues
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le crucifix de l’incohérence

12 mars 2017

Introduction

L’Hôtel-Dieu de Québec ne suffisant plus à la demande, c’est en 1927 qu’est fondé l’hôpital du Saint-Sacrement.

À l’origine, l’établissement est confié aux Augustines, bientôt suivies par les sœurs de la Charité en juin 1927. Ces dernières en deviennent les propriétaires en 1936 et le demeureront jusqu’à ce que l’hôpital devienne public, quelques décennies plus tard.

Le mois dernier, à la suite de la plainte d’un patient, un crucifix accroché dans le hall d’entrée de l’hôpital a été retiré, puis réinstallé quelques jours plus tard après les protestations de milliers de personnes.

L’archevêque de Québec avait déclaré : « J’y vois plutôt un manque de sensibilité à l’endroit de notre peuple et de son histoire, ainsi qu’un manque de respect envers ces femmes religieuses qui ont fondé l’hôpital et qui y ont œuvré pendant plusieurs décennies.»

Le premier ministre du Québec a soutenu que ça ne dérangeait pas les gens ‘des autres cultures’ de voir le crucifix à l’Assemblée nationale ou dans un hôpital. Vraiment ?

C’est à la demande du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) que le crucifix a été réinstallé.

Dans la justification de sa volteface, le Centre hospitalier de Québec déclare : « Le MSSS considère qu’il ne s’agit pas ici de la neutralité religieuse de l’État mais du respect de l’histoire de l’hôpital, du caractère patrimonial religieux et surtout du respect et de la reconnaissance à avoir envers nos mères fondatrices, la communauté des Soeurs de la Charité.»

Le crucifix a été réinstallé avec une plaque explicative, comme le suggérait le diocèse.

L’incohérence du gouvernement Couillard

Le gouvernement Couillard se dit favorable à la neutralité religieuse de l’État.

Pour bien comprendre ce que cela veut dire, il faut distinguer la pierre et l’humain.

La neutralité signifie que tous les symboles religieux amovibles doivent disparaitre de la propriété de l’État. Ces symboles n’ont leur place que dans les institutions confessionnelles (lieux de culte, écoles privées, etc.) et les lieux privés.

On doit donc enlever toute la camelote religieuse que l’Église elle-même n’a pas cru bon retirer des murs de ses établissements hospitaliers ou scolaires lorsque ces édifices sont devenus des propriétés de l’État.

Ce qui n’est pas amovible reste là parce qu’il fait toujours partie du patrimoine architectural. Comme, à Paris, c’est le cas de la croix au sommet du Panthéon.

N’y a-t-il pas des objets amovibles qui ont également une valeur patrimoniale ? Sans doute. Mais il y a patrimoine et patrimoine.

Tout ce dont on hérite est patrimonial.

Lorsque des parents décèdent, toutes leurs possessions sont du patrimoine. Certains objets sont légués explicitement par testament. D’autres sont partagés entre les héritiers. Et ce qui reste est jeté au rebut.

Il en est de même des objets amovibles patrimoniaux. Ce qui mérite d’être conservé doit l’être. C’est ainsi que le crucifix de l’Assemblée nationale doit être retiré, puis confié à un musée.

Mais tous ces crucifix en plâtre peint ou en métal moulé, faits à la machine à des milliers d’exemplaires, doivent être offerts gratuitement à l’Église catholique. Ce dont elle ne voudra pas devra être jeté au rebut comme n’importe quelle camelote.

Ce qui ne veut pas dire qu’on doive renoncer à rendre hommage, par une plaque explicative, au dévouement des communautés religieuses dans les bâtiments qui leur ont déjà appartenus.

Pour ce qui est des gens, la neutralité de l’État signifie qu’ils sont libres de faire ce qu’ils veulent. Les manifestations extérieures de leur foi, cela ne regarde pas l’État.

Sur la place publique, certaines personnes jugent approprié de ne donner aucun indice de leur appartenance religieuse. D’autres personnes veulent le contraire. C’est leur droit.

Personne ne doit imposer aux autres comment ils doivent vivre leur religion, tant et aussi longtemps que leur liberté n’empiète pas sur le droit des autres de vivre différemment.

Bref, c’est vivre et laisser vivre.

D’autre part, le gouvernement Couillard se propose d’obliger la prestation et la demande de services gouvernementaux à visage découvert. Cela est évidemment discriminatoire à l’égard des femmes qui portent le niqab ou la burka. Mais c’est un choix de société; nous ne voulons pas de ces déguisements sur la voie publique. Voilà tout.

Conclusion

J’avoue avoir de moins en moins de patience à l’égard des débats qui n’en finissent plus au sujet de la place de la religion dans notre société.

Ces déchirements ne cesseront pas avec adoption d’une politique claire à ce sujet mais ils commenceront à s’estomper le jour où l’État cessera de se comporter comme une girouette et que les citoyens mécontents sauront que certains combats sont voués à l’échec. En somme, quand c’est ça qui est ça.

Le projet de loi 59 était la solution du Parti libéral pour lutter contre le fanatisme religieux d’influence saoudienne; il avait été présenté à la suite des propos controversés de deux imams sunnites de Montréal. Malheureusement, ce projet de loi était une passoire. Et il a été retiré parce que jugé liberticide.

En juin 2015, le gouvernement Couillard présentait le projet de loi 62 : celui-ci défendait le principe de la neutralité religieuse de l’État.

Mais arrive la controverse du crucifix de l’hôpital du Saint-Sacrement. Et voilà le gouvernement qui recule. Finalement, l’étude ultérieure du projet de loi est reportée à cet automne.

Bref, après plus d’une décennie de gouvernement libéral presque ininterrompu, on est toujours devant rien; ces débats interminables se poursuivent parce qu’on ne tourne jamais la page pour passer à autre chose.

D’où la question : le gouvernement croit-il sérieusement aux principes qu’il prétend défendre ? Si oui, où en est la preuve ?

Références :
Hôpital du Saint-Sacrement
Intégrisme et radicalisation : de retour à la case départ
Le crucifix de retour à l’Hôpital du Saint-Sacrement
Le crucifix «ressuscite» au CHU de Québec
Retrait du crucifix: le CHU de Québec est la cible de menaces

Le crucifix de l’incohérence
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Écrit par Jean-Pierre Martel


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