Parti Québécois : une décennie de dysfonctionnement électoral

10 avril 2014

À la suite de la cuisante défaite électorale de lundi dernier, le Parti Québécois aura à procéder à une analyse des causes de cet échec afin d’éviter sa répétition.

Cette défaite est la dernière d’une longue suite de résultats décevants que le PQ obtient à toutes les élections depuis plus d’une décennie.

Peu importe son bilan lorsqu’il est au pouvoir, peu importe la compétence des candidats qu’il recrute, peu importe ses promesses électorales, des millions d’électeurs préfèrent voter pour un parti qu’ils croient corrompu plutôt que de voter péquiste. Il y a plusieurs explications à cette préférence.

Le Parti Libéral, lui il connaît ça, l’économie

La force et la faiblesse du Parti Libéral du Québec, c’est que les électeurs sont persuadés que cette formation politique est la plus compétente pour assurer la croissance de l’économie québécoise. C’est sa force parce que tout le monde y croit. C’est également sa faiblesse parce que c’est faux.

Au cours de neuf des dix années qui ont précédé l’arrivée au pouvoir du premier ministre Jean Charest — en d’autres mots, sous les gouvernements péquistes de Jacques Parizeau, Lucien Bouchard et Bernard Landry — la croissance économique du Québec a été supérieure à la moyenne canadienne. Conséquemment, le gouvernement fédéral avait réduit le montant de la péréquation auquel le Québec avait droit.

Par la suite, durant les neuf années au cours desquelles le Parti libéral a été au pouvoir, la croissance économique du Québec est redescendue sous la moyenne canadienne, à l’exclusion des années de la crise économique de 2007-2010 au cours desquels la croissance du Québec a été annuellement de 0,3% au-dessus de la moyenne nationale. Mais pour l’ensemble des neuf années libérales, ce fut un désastre.

Si bien que notre province est passée du quatrième rang (à l’arrivée de Jean Charest au pouvoir) au neuvième rang canadien (à la chute de ce gouvernement) quant au revenu par personne.

De plus, le déficit commercial du Québec a explosé au cours de cette période au point de devenir le triple (toutes proportions gardées) du déficit commercial américain.


Déficit commercial du Québec, de 1981 à 2012, en milliards de dollars
Balance_commerciale_30_ans

 
À l’élection de 2012, le chef de la CAQ en a parlé. Mais étonnamment, le Parti Québécois n’a pas jugé bon abonder dans le même sens.

Comment voulez-vous mettre fin au préjugé favorable des Québécois à l’égard du Parti Libéral si le PQ hésite à leur dire la vérité ?

Le prix de l’appartenance au Canada

Les Québécois connaissent les avantages de l’appartenance au Canada. Dans l’esprit du Québécois moyen, ces avantages sont évidents : des milliards de péréquation déversées dans l’économie québécoise et un grand marché commun pan canadien qui profitent à nos industries. En contrepartie, il nous faut endurer le visage des descendants de nos conquérants sur nos timbres et nos pièces de monnaie. Dans ce contexte, qui peut soutenir l’indépendance du Québec ? Quelques artistes et une poignée rêveurs nonagénaires.

Mais quelqu’un au Parti Québécois a-t-il eu l’idée d’expliquer aux Québécois qu’il y a un prix très élevé à notre appartenance à la fédération canadienne; notre lente disparition comme peuple majoritaire au Québec.

La loi 101 prescrit que l’école publique est française pour tous sauf en ce qui concerne la minorité anglophone. En d’autres mots, les 50 000 immigrants que le Québec accueille chaque année doivent envoyer leurs enfants à l’école française. S’ils désirent que leurs enfants aillent à l’école anglaise, ce sera à leurs frais, c’est-à-dire à l’école privée.

La Constitution canadienne-anglaise de 1982 — adoptée après la loi 101 — prescrit plutôt que tout citoyen a le droit de s’assimiler au groupe linguistique de son choix. En d’autres mots, si les immigrants choisissent de devenir anglophones, les contribuables francophones du Québec (majoritaires à 80% dans cette province) doivent subventionner l’anglicisation de leur propre province.

Cette exigence occupe une place particulière dans la Constitution canadienne-anglaise : de toutes les dispositions constitutionnelles, c’est la seule au sujet de laquelle on ne peut se soustraire en invoquant la clause dérogatoire.

Le Québec a déjà fait l’expérience du libre choix de la langue. En effet, en 1969, le gouvernement québécois de l’Union nationale (un parti politique aujourd’hui disparu) adoptait une loi qui laissait aux parents le libre choix de la langue d’enseignement de leurs enfants.

Le résultat est connu : lorsque les immigrants ont le choix de la langue pour leurs enfants, ils jugent l’anglais plus susceptible de leur assurer un meilleur avenir. Se refusant à obéir à une constitution qui prescrit sa perte, le Québec adopte depuis quarante ans des lois linguistiques qui sont anticonstitutionnelles et qui, les unes après les autres, sont invalidées par la Cour suprême du pays.

Mais plutôt que de lutter contre cette constitution, ne vaudrait-il pas mieux dire la vérité aux Québécois : le Canada anglais a adopté en 1982 une constitution qui condamne le Québec à disparaitre. Voulez-vous vous y soumettre ou préférez-vous conserver la langue de vos ancêtres en proclamant votre indépendance ?

Confrontés à ce dilemme, les Québécois ne voudront pas admettre qu’ils sont condamnés à disparaitre. Leur première réaction sera le déni. « Les Péquistes disent ça parce qu’ils veulent qu’on vote pour l’indépendance » diront certains. Et les Québécois les croiront.

Et, peu à peu, au fur et à mesure du déclin démographique des Francophones sur l’île de Montréal, les Québécois commenceront à s’ouvrir les yeux.

Ce sera un travail long et épuisant. Un travail de fond. Le seul qui peut porter fruit.

Au lieu de présumer que les défaites du PQ se résument à des erreurs stratégiques et que la bonne stratégie, c’est celle qui amènent les poissons à mordre à l’hameçon, j’inviterais plutôt le PQ à un long travail qui consiste à miser sur l’intelligence du peuple et à lui faire réaliser que l’appartenance au Canada a un prix. Un prix extrêmement élevé.

D’ici là, comment s’étonner qu’il préfère se laisser séduire par le chant des sirènes libérales…

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le bilan économique du gouvernement Marois

12 décembre 2013


 
Du strictement point de vue économique, la principale qualité d’un gouvernement, c’est la prudence.

Cette prudence avait manqué au gouvernement Charest en 2003. Afin de dégager la somme de cinq milliards$ de réduction d’impôts promise sur cinq ans, le nouveau gouvernement Charest avait coupé à tort et à travers dans les dépenses publiques dès son accession au pouvoir.

Tout comme les coupures draconiennes du budget de l’État dans de nombreux pays européens les ont plongés dans la récession économique, les coupures québécoises de 2003-2004 — insuffisantes à provoquer une récession — ont néanmoins ralenti la croissance économique du Québec en deçà de la moyenne canadienne, après neuf années où elle fut, au contraire, au-dessus de cette moyenne sous différentes administrations péquistes.

La fin du chaos social

La plus brillante réussite du gouvernement Marois est incontestablement le retour de la paix sociale. De manière générale, les investisseurs institutionnels détestent l’insécurité politique. Or un État ne peut pas à la fois s’illustrer quotidiennement sur la scène internationale comme un haut lieu de l’insurrection et du même souffle, attirer des capitaux étrangers.

On a reproché à Mme Marois d’avoir acheté la paix sociale en capitulant devant les étudiants. Mme Marois a choisi la seule alternative à la surenchère répressive de l’État. C’était soit la capitulation ou soit crever plus d’yeux, briser plus de mâchoires, et fracturer plus de crânes.

Mais cette paix sociale est un mirage. Aux yeux d’une bonne partie de la jeunesse francophone, cette crise a montré l’État sous son jour le plus fourbe, le plus machiavélique et le plus cruel. Elle a montré un gouvernement corrompu à l’os qui n’hésite pas à susciter le chaos social à des fins électoralistes. Elle a fait naître un romantisme révolutionnaire chez une partie des jeunes adultes québécois qui pourrait resurgir à tout moment. Il suffirait d’une étincelle.

Le doigté et le réalisme politique de Mme Marois en sont d’autant plus méritoires.

L’abolition implicite du Plan Nord

Le Plan Nord s’annonçait comme le plus grand pillage du Trésor public québécois. Imaginez; 60 milliards$.

Ce plan de développement consistait à transférer sur le dos des contribuables, tous les obstacles à ce que l’exploitation d’une mine devienne rentable. C’était le développement minier à n’importe quel prix. Donc on devait payer les routes, les chemins de fer, et les aéroports, en plus des écoles, des hôpitaux et tout le reste, afin de provoquer un boom minier éphémère, c’est-à-dire d’ici à ce que la Chine et l’Inde (situés à l’autre bout du monde) aient découvert des gisements situés plus près d’eux.

On était même prêt à payer un port en eau profonde afin de faciliter l’exportation du minerai brut sans avoir à le transformer au Québec. Bref, on payait pour créer des emplois ailleurs.

Si le Plan Nord avait été mis en marche il y a cinq ans, nous aurions dépensé des milliards$ en infrastructures qui seraient totalement inutilisées aujourd’hui, les minières ayant stoppé tout développement ailleurs qu’en Afrique, en raison du ralentissement économique.

Et n’allez pas croire que le ralentissement actuel aurait empêché le gouvernement Charest, s’il avait été réélu, d’aller de l’avant. Il suffisait d’une contribution à la caisse électorale du Parti libéral du Québec pour que l’État paie n’importe quoi. On aurait simplement prétexté vouloir se préparer au prochain boom minier et planifier l’avenir prospère du Québec de demain.

Gentilly-2

Le deuxième plus important gaspillage des fonds publics devait être la réfection de la centrale nucléaire Gentilly-2. Cette centrale n’a jamais été rentable et il n’y avait aucune possibilité pour qu’elle le devienne dans un avenir prévisible.

Ses couts de réfection auraient été de l’ordre de quatre milliards$ dont plus de 80% auraient été dépensé hors du Québec.

La corruption

À part quelques cas de favoritisme assez médiatisés mais relativement anodins, le gouvernement Marois a mis fin à la corruption gouvernementale, du moins à l’échelle où elle se pratiquait auparavant.

La corruption libérale, que la Commission Charbonneau n’aura pas le temps d’examiner, découlait d’une décision d’apparence anodine de M. Charest : l’obligation annuelle pour chaque ministre de susciter 100 000$ en contributions à la caisse électorale du Parti libéral.

Cela établissait, dès le départ, l’assujettissement de chaque ministre au parti; il devait lui rapporter 100 000$ par année.

Pour très peu d’entre eux, cet objectif était facilement réalisable. Mais pour beaucoup d’autres, c’était presque impossible.

C’est pourquoi on leur attribuait un ange gardien. Cet ange, c’est un collecteur de fonds. Le meilleur du comté. Et grâce à lui, le ministre conservait son poste. Ce petit ange faisait des miracles; il réussissait toujours à ramasser suffisamment d’argent.

Et s’il tournait les coins un peu ronds, le ministre n’avait pas intérêt à le découvrir.

Cette politique avait l’avantage de favoriser l’accessibilité des ministres auprès d’investisseurs. Les lourdes règles administratives relatives au démarchage étaient suspendues le temps d’une soirée.

Il suffisait de participer à une activité de collecte de fonds au profit du parti pour avoir un accès privilégié au ministre, le sensibiliser à un problème et possiblement, faire débloquer un dossier.

D’une certaine mesure, cela mettait l’État à l’écoute des gens d’affaires et probablement favorisait le développement économique de la province.

Le hic, c’était que l’État devenait à la solde des seuls contributeurs de fonds à la caisse du Parti libéral. Bien plus. Cela enlevait tout frein à la voracité des demandeurs. Quel ministre vulnérable pouvait risquer de perdre son poste en refusant d’accorder une subvention excessive ?

Si bien que la règle des 100 000$ a pavé la voie au plus grand pillage du Trésor public des dernières décennies.

Pensez seulement qu’on a accordé une série de contrats totalisant 360 millions$ — un tiers de milliard$ — sans appel d’offres pour loger des personnes âgées dans un foyer privé situé dans la région de Québec (propriété d’un contributeur à la caisse du Parti libéral).

Voilà comment on a pillé le trésor public pendant près d’une décennie. Avec des contrats gonflés par les dessous-de-table. Depuis que tout le monde se sent épié, le montant des contrats d’infrastructures a baissé de 30%. Seulement pour cette année, le ministère des Transports aurait économisé 240 millions$. Cet assainissement des finances publiques fait partie des réalisations « involontaires » du gouvernement actuel.

Conclusion

Lorsqu’on se dirige à pas de course vers le précipice, changer de direction est un grand pas dans la bonne direction.

Certains milieux accusent le gouvernement Marois ne pas avoir présenté un ambitieux plan de développement ou une nouvelle stratégie industrielle.

De tels projets macroéconomiques se décident après des années de consultation et d’études. Cela ne se fait pas dès qu’on arrive au pouvoir et cela ne peut pas être élaboré alors qu’on est dans l’opposition parce qu’on manque alors des ressources scientifiques que cela nécessite.

Dans les faits, l’amélioration du climat social, le renoncement à des projets ruineux, et la lutte à la corruption, rapportent des dividendes immédiats considérables.

Le reproche qu’on peut adresser au gouvernement Marois, c’est de manquer de modestie. Peut-être accepte-t-on plus facilement la grandiloquence de la bouche d’un homme que par celui d’une femme. Si c’est le cas, c’est dommage.

Le bilan économique du gouvernement Marois est remarquable. C’est une succession de décisions évidentes qui, à l’exclusion de la fermeture de Gentilly-2, n’ont rien de spectaculaire, mais qui pourtant sont le lot des gouvernements responsables.

Références :
Baie-James vs Plan Nord
Élections québécoises de 2003
La Commission Charbonneau se traine les pieds
Rapport du vérificateur général sur les CHSLD – Un généreux contrat sans appel d’offres
Sauver Gentilly-2 : un combat perdu d’avance

Paru depuis : L’UPAC n’arrive pas à ébranler financièrement le crime organisé

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La Charte de la laïcité : un mauvais départ

28 août 2013

Introduction

Conformément à sa promesse électorale du 14 août 2012, le gouvernement Marois présentera le mois prochain un projet de Charte de la laïcité québécoise.

Grâce à une fuite rapportée par le Journal de Québec le 20 août dernier, et grâce à une confirmation de la bouche de la Première ministre 5 jours plus tard, on sait que le projet péquiste consistera, entre autres, à bannir le port de signes religieux ostentatoires chez tous les employés de l’État, y compris dans les hôpitaux, les écoles et les garderies.

Ici, le qualificatif « ostentatoire » est extrêmement important. Il concerne l’étalage jugé excessif d’une appartenance religieuse. Concrètement, cela permet de cibler le voile islamique sans interdire les pendentifs et broches en forme de crucifix, plus discrets.

Religion et tenue vestimentaire

Le Christianisme, tel qu’il se pratique de nos jours, ne comporte aucune exigence vestimentaire sauf pour les membres du clergé. Ce n’est pas le cas pour d’autres religions.

L’Islam, notamment, exige la modestie vestimentaire de ses croyants. La très grande variabilité de ce qui est considéré comme modeste fait en sorte que certaines Musulmanes s’habillent comme n’importe quelle autre femme occidentale alors que d’autres peuvent se distinguer facilement à leur tenue vestimentaire. Ces dernières sont donc visées par l’interdiction des signes ostentatoires d’appartenance religieuse.

L’intégration des minorités

Certains organismes publics ont accompli des efforts remarquables pour que leur personnel reflète la diversité culturelle du Québec (par exemple, la Société de transports de Montréal).

Ce n’est pas le cas de la fonction publique québécoise, qui est encore très blanche, très francophone et très « Québécois-pure-laine ». Plusieurs facteurs expliquent cela, dont l’éloignement de la Vieille capitale des minorités culturelles (qui habitent surtout Montréal).

Ce n’est pas en érigeant de nouveaux obstacles qu’on va améliorer l’intégration de ces minorités. Refuser l’embauche des femmes portant le voile islamique ne fait que contribuer à les confiner à la sphère domestique. Et les obliger à choisir entre ce qu’elles croient être la Volonté de Dieu et celle des hommes, s’apparente à de la persécution religieuse.

La neutralité religieuse de l’État assurée par ses serviteurs

Selon le projet de Charte préparé par le gouvernement actuel, le principe de la laïcité de l’État exigerait qu’on ne puisse pas deviner l’appartenance religieuse de ses représentants. Toutefois, on ne toucherait pas aux signes religieux qui décorent les immeubles publics puisqu’ils auraient, parait-il, une valeur patrimoniale.

La Coalition Avenir Québec, quant à elle, considère même que la prière récitée au début des assemblées municipales fait partie du « patrimoine oral » (comme les vieilles légendes de nos ancêtres, j’imagine).

En somme, la neutralité religieuse de l’État serait assurée par l’interdiction des signes religieux ostentatoires chez ses employés même si les murs et les babillards de nos écoles et de nos hôpitaux devaient être placardés de crucifix et d’images « patrimoniales » du Sacré-Cœur et de la Sainte Vierge.

À mon avis, cela est aussi absurde que de vouloir établir la neutralité raciale de l’État en exigeant que tous les employés de race noire se départissent de la pigmentation jugée ostentatoire de leur peau, tout en laissant sur les murs de vieilles images (donc patrimoniales) du Ku Klux Klan.

Pour les lecteurs susceptibles, précisons immédiatement que cette comparaison ne vise pas à faire un rapprochement entre les religions et les mouvements d’extrême droite, mais plutôt à souligner l’absurdité de la démarche gouvernementale.

La neutralité religieuse de l’État assurée par lui-même

La neutralité de l’État peut s’affirmer d’une autre manière, soit en laissant la liberté de chacun de vivre sa religion comme il l’entend, du moment que cela ne porte pas atteinte aux droits des autres de vivre selon leurs principes à eux. C’est donc une autre forme de neutralité : en n’intervenant pas.

En d’autres mots, cette neutralité, c’est l’indifférence totale des institutions publiques face aux croyances religieuses du citoyen. Ce dernier n’aurait donc pas à renier sa foi (ni aux manifestations extérieures de celle-ci) avant de donner ou de recevoir un service public.

Le principe qui doit nous guider, c’est « vivre et laisser vivre ». Si quelqu’un est coiffé d’un turban ou d’une calotte juive, cela ne me regarde pas. Tant que cette personne n’exige pas que moi aussi, je porte sa coiffure, je ne vois pas où est le problème.

Cela signifie donc que les employés de l’État reflèteraient la diversité de la Nation; plusieurs pigmentations de la peau, des sexes différents, des croyances religieuses diverses, des tenues vestimentaires variées, des colorations capillaires semblables à ce qu’on voit dans la rue, et des accents linguistiques qui reflètent mon pays. Voilà comment l’État peut être neutre sans imposer par la force de la loi une homogénéité artificielle.

Une Charte de la neutralité religieuse de l’État

J’inviterais le gouvernement à présenter non pas une Charte de la laïcité de l’État, mais plutôt une Charte de la neutralité religieuse de l’État, ce qui est complètement différent.

Cette charte serait une réponse aux préoccupations actuelles de la population et un guide pour tous ceux qui ont à répondre aux demandes d’accommodements en faveur de ceux dont l’exercice religieux comporte des exigences particulières.

Elle serait basée sur deux principes fondamentaux; la neutralité religieuse de l’État et le respect de la liberté de religion du citoyen.

Cette charte aurait deux domaines d’application : l’administration publique (le gouvernement québécois et les municipalités) et les services publics (hôpitaux, écoles et garderies).

L’administration publique

Tout signe religieux amovible devra disparaitre des immeubles appartenant au gouvernement provincial, aux sociétés d’État et aux municipalités. Toutefois, le gouvernement se doterait d’un pouvoir discrétionnaire quant à la mise en œuvre de ce principe dans certains cas particuliers.

De l’inauguration de l’édifice du Parlement en 1886 jusqu’en 1936, les parlementaires se sont succédés pendant un demi-siècle sans qu’il y ait de crucifix à l’Assemblée nationale du Québec. À mon avis, respecter la volonté originelle des bâtisseurs de l’édifice du Parlement m’apparait plus « patrimonial » que de perpétuer une manœuvre électoraliste du Premier ministre Maurice Duplessis en 1936.

Même si, à ma grande surprise, la Cour suprême du Canada devait confirmer la décision rendue par la Cour supérieure du Québec (déclarant légale la prière à l’ouverture des séances des Conseils municipaux), je pense que ces rituels sacrilèges au cours desquels on invoque Dieu avant de piller le trésor public et de s’en mettre plein les poches, ont assez duré.

Les établissements de santé

Dans la mesure où cela est compatible avec l’hygiène, les malades hospitalisés peuvent ajouter à la décoration de leur chambre, tous les symboles religieux qu’ils souhaitent au cours de leur séjour. Ces symboles doivent disparaitre à leur départ. De plus, ces patients devront payer des frais lorsque l’enlèvement de ces symboles occasionne des déboursés pour l’établissement.

Il sera interdit au personnel hospitalier d’ajouter des symboles religieux à l’uniforme qui leur est fourni par leur employeur. Toutefois, si leurs convictions exigent qu’ils portent une coiffe ou un voile, cela devrait leur être permis dans la mesure où cela est compatible avec les règles d’hygiène ou d’asepsie.

Les écoles et les garderies

À moins d’avoir obtenu un statut confessionnel, tout signe religieux amovible devra disparaitre des lieux où se trouvent des écoles et des garderies.

Toutefois, le personnel et les élèves sont libres d’afficher leur foi, s’ils le désirent, sans toutefois chercher à endoctriner les autres.

Conclusion

Tous les jugements finaux prononcés à ce jour par les tribunaux canadiens vont dans la même direction : celle de permettre, dans la mesure du possible et du raisonnable, de faire exception aux règles habituelles lorsque cela permet aux citoyens de répondre à leurs exigences religieuses. C’est ce qu’on appelle les accommodements raisonnables.

Pour un gouvernement, avoir du leadership, c’est de préparer son peuple à faire face à l’avenir. Le gouvernement Marois rendrait un mauvais service à tous ceux qui se fient sur lui, s’il devait suggérer une voie contraire à la jurisprudence actuelle en matière de droits religieux.

Voilà pourquoi sa Charte de la laïcité — quel que soit le nom qu’on lui donnera — devra plutôt être une Charte de la neutralité religieuse de l’État respectant le droit de religion de ses citoyens.

Références :
Interdiction des signes religieux: Québec fonce malgré les critiques
La CAQ propose une charte de la laïcité
La campagne électorale au Québec : le mardi 14 août 2012
La laïcité inclusive est une valeur québécoise
La future charte des « valeurs québécoises » attendue de pied ferme
L’automne des grandes chicanes
Le crucifix de l’Assemblée nationale
Lettre – Les droits de chacun
Lettre – Un ballon qui ne mérite pas de décoller
L’interdiction des symboles religieux serait une erreur, selon Charles Taylor
Pauline Marois prédit que la charte des valeurs fera consensus au Québec

Parus depuis :
Il faut refuser l’instrumentalisation de la laïcité (2013-08-30)
Charte des valeurs québécoises – Un mauvais projet pour le Québec (2013-09-10)
«C’est une Charte contre les femmes» (2013-09-11)
Charte des valeurs – Quel impact sur les femmes? (2013-09-15)
Charte: l’AQESSS ne veut pas y être assujettie (2013-10-01)
Jean Dorion, l’anti-Djemila Benhabib (2013-10-02)
Consignes de vote anti-charte: le Conseil musulman de Montréal est-il allé trop loin? (2014-03-15)
Ramener Dieu à bon port (2015-01-10)
VLB, le béret, le voile et la thèse de Sandel (2015-05-16)
Les mystères des crucifix de l’Assemblée nationale (2018-10-22)

Complément de lecture :
Les incidents haineux au Canada

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La laïcisation au Québec : un sujet contemporain et non un projet de société inachevé

27 août 2013

Dans les années 1960, au cours de ce qu’on a appellé la Révolution tranquille, l’État québécois a étatisé, entre autres, la presque totalité des écoles et des hôpitaux et ce, sans compensation monétaire pour les communautés religieuses auxquelles ces institutions appartenaient.

Jamais cette étatisation n’a eu pour but de chasser la religion de la sphère publique.

Dans le cas des écoles, les communautés religieuses avaient accompli un travail admirable pour lutter contre l’analphabétisme. Toutefois, l’enseignement prodigué n’était pas de niveau suffisant à préparer le Québec aux défis technologiques qui l’attendaient.

Dans le cas des hôpitaux, les communautés religieuses ne disposaient pas des ressources financières qui étaient nécessaires à la modernisation du réseau.

Donc, pour des raisons exclusivement pragmatiques, les communautés religieuses ont accepté de transférer la propriété de leurs établissements à l’État.

Quelques décennies plus tard, lorsque les commissions scolaires sont passées de confessionnelles à linguistiques, cela était dicté par la nécessité et non par un quelconque anticléricalisme.

La résultante de tout cela est que la religion s’est faite plus discrète au Québec. D’autant plus qu’au cours de cette période, les communautés religieuses ont adopté des uniformes moins distinctifs; l’abandon de la capuche par les religieuses et de la robe par les religieux.

Il n’en fallait pas plus pour que certains s’imaginent que le Québec s’était engagé volontairement dans un processus de laïcisation. En réalité, jamais la nation québécoise n’a adopté un projet de société visant à reléguer la foi à la clandestinité et ce, en dépit du fait que les lieux du culte se soient vidés.

Et quand ces nouveaux citoyens ont demandé des accommodements visant à tenir compte de leurs habitudes religieuses, des controverses ont surgit relativement à la place de la religion au Québec.

Il y a à peine cinq ans, le remplacement à l’école des cours de religion par un programme d’éthique et de culture religieuse était l’objet de vives protestations de la part des parents, généralement favorables à l’enseignement religieux. Même si la majorité des Québécois ont fini par accepter cette décision quelques années plus tard, on ne doit pas oublier que ce changement découle originellement d’une décision ministérielle et non d’un choix de société.

En somme, la laïcité est l’objet d’un débat contemporain et non le fruit d’un projet de société acquis depuis des décennies ou en voie de réalisation.

Le projet de Charte de la laïcité que prépare le gouvernement du Québec se veut une réponse aux préoccupations actuelles de la population et un guide pour tous ceux qui ont à répondre aux demandes d’accommodements en faveur de ceux dont l’exercice religieux comporte des exigences particulières.

À plusieurs reprises sur ce blogue, je me suis prononcé en faveur du Vivre et laisser vivre. D’après des fuites récentes, il ne semble pas que la charte que prépare le gouvernement actuel aille dans cette direction.

Nous verrons demain dans quelle mesure tout processus de laïcisation qui viserait à confiner le religieux à la sphère privée est anticonstitutionnel et voué à l’échec au Québec.

Sur le même sujet :
De la commission Bastarache à la prière au Conseil municipal de Saguenay (2013-05-31)
Les droits et la liberté (2013-01-24)
Quand les universitaires parlent chiffon (sans le dire) (2012-12-22)
La campagne électorale au Québec : le mardi 14 août 2012 (2012-08-15)
La prière publique aux assemblées municipales (2011-02-22)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Autoroute 30 : démagogie et racisme

28 juin 2013

Autoroute_30
 
On apprenait hier que la municipalité régionale de comté de Rousillon, de même que les villes de Saint-Constant, Sainte-Catherine, Châteauguay et de Saint-Isidore s’adresseront prochainement à la Cour supérieure du Québec afin de s’opposer à l’agrandissement de la réserve autochtone de Kahnawake grâce au transfert des terres qui bordent la nouvelle autoroute 30.

D’où vient cette contestation juridique ?

Un vieux conflit

En 1680, le roi de France Louis XIV accorde aux Jésuites un terrain de 40 000 acres situé en face de Ville-Marie (c’est-à-dire Montréal), sur la rive sud du Saint-Laurent, avec le mandat d’y installer des Iroquois convertis au Christianisme.

Surnommée « Seigneurie du Sault-Saint-Louis » — Sault Saint-Louis étant le nom que Samuel de Champlain a donné aux rapides de Lachine — cette seigneurie n’en était pas une puisque Jésuites n’étaient pas les seigneurs du Sault et ne devaient pas concéder des terres à des Blancs.

Il ne s’agissait pas non plus d’une réserve au sens britannique du terme. Ces ghettos, qui servirent d’exemples à la création de l’Apartheid en Afrique du Sud, sont nées avec le Régime anglais. La création de la Seigneurie du Sault-Saint-Louis obéit plutôt à la volonté du roi de sédentariser les Iroquois (sous la protection royale) et de créer une zone tampon qui protège Montréal, au sud, en la peuplant d’Iroquois alliés aux Français.

Précisons que l’ensemble des Iroquois ne seront pacifiés qu’avec la signature du traité de la Grande paix de Montréal, survenue en 1701.

Mais peu à peu, les promesses et les serments s’oublient. De 1703 à 1762, sous l’influence de certains ecclésiastiques, les limites Sud et Est de la seigneurie sont octroyées illégalement à des colons européens. Si bien que seulement 11 000 acres des 40 000 acres promis demeurent dans les mains des Iroquois. Déjà à l’époque, ceux-ci s’en plaignaient.

Il s’agit donc d’un conflit qui remonte avant la Conquête anglaise et qui n’a jamais été résolu. Si bien qu’aujourd’hui, certaines municipalités sont situées entièrement en territoire revendiqué par les Indiens.

Le territoire visé englobe aujourd’hui six municipalités de la Montérégie: Delson, Sainte-Catherine, Saint-Constant, Candiac et une partie de St-Philippe et de St-Mathieu.

L’autoroute 30

Afin de faciliter la circulation sur la Rive-Sud, le gouvernement Charest a décidé en 2008 de la construction d’un boulevard périphérique qui contourne la réserve autochtone de Kahnawake.

Il s’agissait d’une nécessité, promise depuis longtemps par tous les partis politiques, mais qui échoppait du fait que tracé, situé hors de la réserve actuelle, traversait quand même l’ancienne Seigneurie du Sault-Saint-Louis revendiquée par les Autochtones.

Sans entente avec ces derniers, la construction de cette autoroute n’aurait qu’augmenté le montant des dédommagements que les tribunaux auraient pu leur accorder ultérieurement. Afin d’éviter cela, le gouvernement québécois s’est entendu avec les Iroquois (qu’on appelle aujourd’hui Mohawks). Ceux-ci ont permis la création de l’autoroute à la condition qu’on leur restitue, dès l’issue de sa construction, la bande de territoire qui longe cette voie rapide du côté de la réserve.

Tout terrain en bordure d’une autoroute possède une valeur marchande appréciable : on peut donc s’attendre que des motels, des restaurants et des stations-services, notamment, s’établissent le long de la 30. En associant les Autochtones au développement économique le long de cette voie rapide, on diminue d’autant les risques que ceux-ci la bloquent afin de protester ou de faire valoir leurs droits.

Mais c’est cette restitution qui est aujourd’hui contestée par certains maires.

Les dessous cachés de cette contestation

En vertu des lois racistes du Canada, seuls des Autochtones peuvent habiter une réserve indienne. Donc les Non-Autochtones qui opèrent des exploitations agricoles, de même que ceux qui habitent des maisons ou des chalets sur le territoire récemment concédé seront éventuellement expulsés.

Le gouvernement du Québec leur accordera des compensations, mais ils n’auront pas le choix d’y demeurer.

En se portant à leur défense, les maires se protègent du reproche de leur avoir caché qu’ils s’établissaient sur un territoire faisant l’objet d’un litige séculaire.

De plus, on doit comprendre que le Québec est entré dans un grand nettoyage des mœurs politiques qui prévalaient au niveau provincial et municipal. Beaucoup de maires ont des squelettes dans leur placard. Ceux-ci souhaitent un retour au pouvoir des Libéraux, dans l’espoir que ceux-ci, tout aussi compromis, soient plus indulgents dans la grande purge qui a déjà affecté les villes de Montréal et de Laval.

Donc même s’ils savent que cette entente — excellente à tous points de vue — a été conclue par les Libéraux, et même si leur contestation juridique n’a pas la moindre chance de succès, ces maires désirent faire obstacle et affaiblir le gouvernement de Mme Marois, et favoriser ainsi un changement de régime.

On suscite donc le ressentiment à l’égard du gouvernement actuel en soufflant sur les tisons du racisme et de l’incompréhension de certains de leurs concitoyens à l’égard des voisins autochtones.

Références :
Des municipalités de la Rive-Sud de Montréal contestent un transfert de terres à Kahnawake
Grande paix de Montréal
Kahnawake
Les Mohawks revendique (sic) la Seigneurie de Sault Saint-Louis
Rapides de Lachine
Seigneury of Salut St.Louis
Transfert de terres à Kahnawake, tollé de protestations

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Écrit par Jean-Pierre Martel


De la commission Bastarache à la prière au Conseil municipal de Saguenay

31 mai 2013

Avec l’armée et les corps policiers, les tribunaux font partie des moyens répressifs de l’État. Toutefois, au lieu d’en faire de serviles valets d’un pouvoir totalitaire, il est coutumier dans nos démocraties de laisser une indépendance relative au pouvoir judiciaire.

Aux tribunaux de compétence provinciale, les avocats accèdent à la magistrature par décision du Conseil des ministres sur recommandation du ministre de la Justice. En général, les recommandations du ministre sont acceptées sans discussion.

Et les recommandations du ministre sont elles-mêmes faites à la suite d’un long processus qui vise à évaluer le dossier des avocats candidats selon leur expérience, les causes qu’ils ont plaidées et le respect acquis au sein de leur profession. La rigueur et le sérieux de ce processus garantissent l’excellence des candidats retenus et contribuent au prestige du pouvoir judiciaire.

Mais ce processus fut mis en veilleuse sous le gouvernement Charest.

La Commission Bastarache nous a appris qu’à cette époque, seuls les avocats dont le dossier transmis au Conseil des ministres portait un auto-collant jaune (en fait, un Post-it note) pouvaient espérer être nommés juges.

Or seuls les candidats qui avaient fait du bénévolat pour le Parti libéral, qui avaient contribué à la caisse électorale de ce parti ou qui étaient des parents de collecteurs de fonds du parti, bénéficiaient du précieux collant jaune apposé par Mme Chantal Landry (la Directrice-adjointe du cabinet de l’ex-Premier ministre Charest).

En somme, tous les candidats plus compétents étaient exclus — y compris ceux recommandés par le ministre de la Justice — s’ils ne faisaient pas partie de la bande libérale.

Dernièrement, la Cour d’appel du Québec a rendu jugement dans la célèbre cause relative à la prière récitée au début des réunions du Conseil de ville de la municipalité de Saguenay.

Cette décision a été rendue par les juges suivants :
•  Me Guy Gagnon, un avocat nommé juge à la Cour d’appel en 2009 par le gouvernement Charest
•  Me Allan R. Hilton, un avocat nommé lui aussi à la Cour d’appel en 2003 par le gouvernement Charest, et
•  Me Benoit Morin, un avocat qui, en dépit de ses allégeances politiques — il a été chef de cabinet du Premier ministre libéral Robert Bourassa — a été nommé à la Cour d’appel par le gouvernement péquiste de Bernard Landry en 2001, à une époque où l’allégeance politique n’était pas un critère absolu d’embauche ou d’exclusion.

Écoutons le juge Gagnon dans son jugement :

« la Croix et la statue du Sacré-Cœur sont, pour une partie importante de la population, dépouillés de leur connotation religieuse et (…) leur présence relève essentiellement d’un patrimoine culturel historique n’interférant nullement avec la neutralité de la Ville.» (paragraphe 125).

« la prière récitée par M. le maire et les deux signes religieux en cause, lorsque replacés dans leur contexte, ne démontrent pas que le conseil municipal (…) est sous l’influence d’une religion ou qu’il tente d’en imposer une. » (paragraphe 128).

« M. le maire (…) a réitéré devant le Tribunal (…) : Ce combat (juridique) là, je le fais parce que j’adore le Christ. (…) Quand je vais arriver de l’autre bord, je vais pouvoir être un peu orgueilleux. Je vais pouvoir lui dire : “Je me suis battu pour vous”.» (paragraphe 151).

En somme, les trois juges estiment que les représentants de l’État peuvent, dans l’exercice de leurs fonctions, s’adonner à une foi, sinon militante, du moins très démonstrative, sans compromettre le principe de la laïcité de l’État.

Je serais très surpris que la Cour suprême du Canada en vienne à la même conclusion.

Il est donc regrettable qu’on en soit rendu à compter sur des tribunaux fédéraux pour compenser pour la médiocrité d’une partie de la magistrature québécoise, souillée par presque dix ans de nominations où l’excellence était un critère secondaire d’embauche. On en voit aujourd’hui le résultat.

Références :
Jugement de la Cour d’appel du Québec
Le parti de l’exclusion


Post-Scriptum du 2015-04-15 : Tel qu’anticipé, dans une décision unanime, la Cour suprême du Canada a ordonné aujourd’hui que cesse la récitation de la prière avant les réunions du Conseil municipal de Saguenay. De plus, la ville est condamnée à payer 30 000$ en dommages aux plaignants.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


À quel jeu joue la CAQ ?

2 mai 2013

L’idéologie de la CAQ se précise

Compte tenu de l’obstruction presque systématique du principal parti d’opposition, soit le Parti libéral du Québec, la Coalition Avenir Québec (CAQ) possède la balance du pouvoir à l’Assemblée Nationale; avec ses 19 députés, cette formation politique est la seule qui permet aux 54 députés du gouvernement minoritaire du Parti Québécois de former une majorité parmi les 125 députés du parlement québécois.

Par réalisme politique, tous les gouvernements minoritaires au Monde sont condamnés au compromis. En principe, pour le gouvernement Marois, cela ne devrait pas être un problème insurmontable; il n’a qu’à consulter le programme de la CAQ et de réaliser tout ce qui lui parait acceptable.

Ce qui complique les choses, c’est que la CAQ est une formation politique très jeune, née en avril 2012. Elle a réussi en quelques mois à élaborer un programme politique dont j’ai à plusieurs reprises vanté les mérites au cours de la dernière élection.

Mais aussi détaillées que se voulaient ses politiques, celles-ci comportaient de vastes zones d’ombre. C’est ainsi qu’on apprend maintenant que la CAQ défend les écoles passerelles. J’ai bien suivi la dernière campagne électorale et je ne rappelle pas que la CAQ en ait dit un seul mot.

De manière plus générale, depuis quelques temps, la CAQ multiplie les précisions à son programme qui s’inscrivent en contradiction avec les intentions gouvernementales, obligeant le gouvernement Marois à reculer. Certaines de ces précisions sont des détails : d’autres le sont moins, particulièrement sur la question linguistique.

Les exigences de la Loi 101

En matière d’enseignement, la Charte de la langue française — surnommée Loi 101 — est claire : seuls les enfants nés de parents anglophones ont droit à l’école publique anglaise. En France, l’école gratuite est française. En Italie, c’est l’école italienne. En Allemagne, c’est l’école allemande. Et au Québec, c’est l’école française. Sauf pour ce qui est de la minorité anglophone, dont les droits ancestraux à l’école publique anglaise sont respectés.

En d’autres mots, le droit à l’école publique anglaise n’existe pas au Québec. Il est accordé exceptionnellement à notre minorité anglophone en vertu d’un droit acquis.

Les parents francophones ou néoquébécois peuvent néanmoins envoyer leurs enfants dans une école privée de leur choix.

Le Québec a déjà fait l’expérience du libre choix de la langue. En effet, en 1969, le gouvernement québécois de l’Union nationale (un parti politique aujourd’hui disparu) adoptait une loi qui laissait aux parents le libre choix de la langue d’enseignement de leurs enfants.

Le résultat fut que les immigrants au Québec choisirent massivement d’envoyer leurs enfants à l’école anglaise. Les Québécois francophones ont alors réalisé que s’ils ne voulaient disparaitre comme peuple, ils devaient cesser de financer, par le biais de l’école publique anglaise, leur propre extinction. D’où la Loi 101.

Évidemment on pourrait modifier la Loi 101 de manière laisser le choix aux Francophones tout en l’interdisant aux néoQuébécois. Mais il n’y a pas une chance sur un million qu’une telle discrimination résiste à des contestations juridiques.

Donc la seule politique linguistique qui soit conforme au droit international, c’est de faire comme tous les autres pays du Monde, c’est-à-dire de laisser les gens parler la langue qu’ils voudront mais de ne leur permettre que l’accès gratuit à l’école publique de la langue de la nation ou de la zone linguistique dans laquelle ils se sont établis.

La politique linguistique de la CAQ

La CAQ a fait savoir qu’elle s’opposait à ce qu’on retire aux militaires francophones leur privilège d’inscrire leurs enfants à l’école anglaise. Ceci est une question mineure qui ne concerne qu’une poignée de familles. N’insistons pas.

Le retrait du statut bilingue des municipalités majoritairement peuplées de Francophones est également une question sans grande importance autre que sentimentale.

Toutefois, la CAQ ne veut pas qu’on touche aux écoles passerelles. On les appelle ainsi parce qu’elles s’appuient sur des dispositions de la Constitution du Canada anglais de 1982 pour conférer le droit — après un passage aussi bref que quelques semaines dans leurs murs — à l’école publique anglaise à tout enfant qui y a séjourné et, automatiquement, à tous ses frères et sœurs, de même qu’à tous leurs descendants. La CAQ souhaite que cette anglicisation se poursuive.

Présentement, l’obligation faite aux Francophones et aux néoQuébécois d’envoyer leurs enfants à l’école publique française ne concerne que l’école primaire. Le PQ a songé à étendre cette obligation aux CÉGEPs (c’est le nom des lycées au Québec) mais ce parti hésite. Pas la CAQ : celle-ci est contre, tout comme le Parti libéral.

La Loi 101 oblige la francisation des entreprises de plus 49 employés. Le projet de loi 14 veut étendre cette obligation à celles qui comptent entre 26 et 49 employés. Or la CAQ s’inquiète des coûts que peut représenter, pour les chefs de ces entreprises, l’obligation de respecter le droit des employés francophones à travailler dans leur langue. Du bout des lèvres, la CAQ est d’accord avec le principe, mais se refuse à toute mesure coercitive, ne souhaitant que des mesures incitatives, soit celles sur lesquelles le Parti libéral a compté pendant huit ans, avec les résultats qu’on sait.

Or il est important de souligner que ces entreprises sont également celles qui embauchent le plus de néoQuébécois et conséquemment, sont potentiellement un lieu privilégié de leur francisation. Mais la CAQ hésite…

Pendant ce temps…

On apprend que des regroupements d’angloQuébécois proposent l’abolition de la Loi 101. Leurs porte-paroles comparent la situation des Anglophones québécois à celle des Noirs victimes de l’apartheid en Afrique du Sud. Les politiques linguistiques du Québec seraient inspirées du Nazisme et le Québec se comparerait au IIIe Reich. Etc., etc.

Face à la montée de l’extrémisme chez certains Anglophones — montée qui a trouvé son expression ultime jusqu’ici dans l’attentat terroriste au Métropolis — il y place à l’apaisement mais pas au compromis.

Grâce au laxisme de l’ex-gouvernement libéral, le français a périclité sur l’île de Montréal. L’ouest de l’ile de Montréal est toujours aussi anglophone. Le Plateau Mont-Royal, presqu’entièrement francophone il y a dix ans, s’est beaucoup anglicisé. Même chose pour Hochelaga-Maisonneuve. Bref, lorsqu’on lit les analyses basées sur les recensements de Statistiques Canada, on est étonné de voir le gouffre entre ces données, et la réalité concrète observable sur la rue.

Quant au mythe selon lequel le recul démographique des Francophones sur l’île de Montréal s’expliquerait par un exode vers les banlieues, il n’est basé sur aucune donnée. Si les Francophones se réfugiaient massivement dans les banlieues, leur pourcentage (déjà très élevé) augmenterait. Or cela n’est pas le cas.

Bref, la situation du français sur l’ile de Montréal est critique. À partir de quand sera-t-il trop tard ? Je l’ignore. Mais ce dont je suis certain, c’est que le temps alloué aux hésitations, aux scrupules, aux intrigues de Palais et à la politicaillerie, achève.

Conclusion

Il peut sembler amusant pour la CAQ d’humilier des membres du Conseil des ministres en les obligeant à renoncer à des projets qui leurs sont chers. Mais lorsque le sort de la langue française au Québec dépend de la réalisation de ces projets, la CAQ a le choix entre se rallier ou trahir le peuple dont elle est issue.

Déjà l’action du gouvernement québécois est handicapée par les dispositions en matière linguistique de la Constitution du Canada anglais de 1982.

Afin d’endiguer la progression de l’anglais, nos gouvernements en sont réduits à adopter une succession ininterrompue de lois linguistiques anticonstitutionnelles depuis trente ans — lois invalidées les unes après les autres par le plus haut tribunal du pays.

Si les dirigeants des différents partis politiques sont incapables de mettre de côté la partisannerie politique et de s’unir lorsque nous sommes en danger, alors nous méritons vraiment de disparaitre.

Les dirigeants de la CAQ devraient y songer sérieusement avant que l’insécurité linguistique gagne l’ensemble des Québécois et qu’une élection soit déclenchée sur ce thème : si cela devait survenir, je crains fort que l’électorat juge sévèrement les hésitations et les byzantines préoccupations de la CAQ quant aux coûts-bénéfices de défense du français au Québec.

Références :
Du plomb dans l’aile
Élection générale québécoise de 2012
La CAQ, entre opportunisme et responsabilité
Le projet de loi 14 et les militaires – Aucune torture
Office québécois de la langue anglaise
Une question de fierté

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La Commission Charbonneau se traine les pieds

16 avril 2013

Créée en octobre 2011 pour une durée de deux ans, la Commission Charbonneau a obtenu une prolongation de dix-huit mois supplémentaires. À terme, la commission aura duré 42 mois.

À mi-chemin de son mandat, qu’avons-nous appris ? Que l’administration montréalaise du maire Gérald Tremblay était pourrie à l’os. Que cette corruption s’étendait aux hauts fonctionnaires. Que le coût des travaux publics étaient environ 30% plus élevés que ce qu’ils auraient dû être. Que les entrepreneurs versaient au parti municipal de l’ex-maire un « pizzo » plus élevée que celui réclamé par la pègre. Et que les différents entre les soumissionnaires étaient arbitrés par le chef de la mafia.

Depuis quelques jours, la Commission entend l’ex-argentier du parti au pouvoir, Bernard Trépanier. Son témoignage — en contraction totale avec ceux de nombreuses personnes entendues jusqu’ici — pue la mauvaise foi.

Son déni ne change rien à la prépondérance de la preuve et je crois inutile de lui faire admettre ce qu’il entend nier jusqu’au bout.

Puis la Commission doit entendre l’ex-maire Tremblay. Ce dernier a-t-il été un maire brillant qui savait exactement ce qui se passait à l’hôtel de ville ou, au contraire, un idéaliste naïf qui a été trompé par tous ceux qu’il avait choisi de s’entourer ? À mon avis, cette question est purement académique.

Les fonctionnaires véreux ont pris leur retraite. Le maire et ses acolytes ont démissionné. L’hôtel de ville est sous écoute électronique par la police. Et tout ce beau monde attend d’être accusé pour fraude et abus de confiance.

La véritable question est de savoir combien sommes-nous prêts à dépenser pour obtenir la preuve irréfutable et les aveux repentis des anciens dirigeants de la ville.

Déjà la commission a coûté dix millions de dollars. Et chaque journée passée à interroger inutilement un témoin dépourvu de crédibilité coute des dizaines de milliers de dollars aux contribuables.

Mais le plus grave, c’est qu’il retarde le moment où la commission abordera les autres aspects de son mandat. Quand va-t-on entendre parler de la corruption à Laval et dans d’autres municipalités ? Quand va-t-on enfin parler de la corruption provinciale ?

Nous savons déjà que sous le gouvernement Charest, les ministres libéraux ont agi comme des politiciens corrompus sans pourtant mettre de l’argent dans leurs poches. À part cet ex-ministre de la famille dont les achats effectués par une carte de crédit étaient payés par autrui, on n’a rapporté aucun cas d’enrichissement personnel : que des versements (parfois en argent comptant) à la caisse du parti.

Ce n’est pas quelques billets pour un spectacle de Céline Dion ou quelques roses reçues à l’occasion d’un anniversaire qui constituent des pots-de-vin dignes de ce nom. En fait, cela est insignifiant; personne ne se laisse corrompre pour si peu.

Et pourtant on a voulu privatiser le Mont-Orford au bénéfice des amis du Parti libéral. On a enrichi les propriétaires de garderies qui contribuaient à la caisse du Parti libéral. Sans qu’on sache pourquoi, on a acheté en catimini pour 500 millions$ d’équipement en vue de la réfection d’une centrale nucléaire alors que la décision de la rénover n’avait pas été prise officiellement. On a accordé une série de contrats totalisant 360 millions$ (un tiers de milliard$) sans appel d’offres pour loger des personnes âgées dans un foyer privé situé dans la région de Québec (propriété d’un contributeur à la caisse du Parti libéral). On s’apprêtait à dépenser 60 millards$ de manière discrétionnaire dans le cadre du Plan Nord.

S’agissait-il d’un pillage systématique du Trésor public ? Si oui, pourquoi et par quel mécanisme ?

Il suffirait que le gouvernement minoritaire actuel soit renversé et que le Parti libéral revienne au pouvoir, pour que nous n’ayons jamais de réponse à ces questions. On placera des pions à la tête des unités policières anti-corruption et les vieilles habitudes, impunies, reviendront tout aussi vite.

Si pendant deux ans l’ex-Premier ministre Jean Charest a été sourd aux demandes répétées — soutenues par 85% des citoyens québécois — de créer une commission d’enquête, ce n’était pas parce qu’il craignait qu’on fasse la lumière sur le financement du parti de l’ex-maire Tremblay, mais plutôt du sien.

Il est donc temps que la Commission Charbonneau se grouille le derrière, cesse de s’acharner sur l’administration Tremblay et passe aux autres aspects de son mandat.

Références :
La commission Charbonneau a déjà coûté près de 10 millions
La commission Charbonneau prolongée de 18 mois
Commission Charbonneau – Trépanier nie avoir gardé de l’argent pour lui
Rapport du vérificateur général sur les CHSLD – Un généreux contrat sans appel d’offres

Paru depuis : La Commission a négligé des preuves importantes (2014-09-15)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Jacques Parizeau radote

19 février 2013

Dans son discours-choc le soir de la défaite référendaire de 1995, le Premier ministre de l’époque, Jacques Parizeau, déclarait : « Nous sommes battus, c’est vrai ! Mais, dans le fond, par quoi ? Par l’argent, puis les votes ethniques ».

Les personnes qui ont voté contre l’indépendance du Québec, ce 30 octobre 1995, ont eu raison de poser ce geste. Leurs opposants, soit ceux qui ont voté « Oui », ont également eu raison. Parce que dans une démocratie, le citoyen a toujours raison de donner son opinion. Et dans un référendum, c’est précisément ce qu’on lui demande de faire.

Si M. Parizeau a perdu ce référendum, c’est par sa faute. Plus précisément, c’est parce qu’il n’a pas été suffisamment convainquant auprès de ceux qui ne partageaient pas son avis.

Aux États-Unis, les Républicains viennent de perdre pour une deuxième fois consécutive, une course présidentielle. Ils l’ont perdue parce que les Latino-américains ont voté massivement pour le Président Obama. Mais plutôt que de cultiver la rancœur à l’égard de cette minorité ethnique, les Républicains ont commencé à remettre en question la partie de leur programme électoral qui a braqué les Latinos contre eux. Voilà comment s’exerce le réalisme politique.

M. Parizeau aime profondément le Québec. Et il est attaché à son peuple. Mais il n’est pas un démocrate : même lorsqu’il s’en remet au peuple, c’est parce qu’il présume que ce dernier lui donnera raison. Il partage l’opinion, courante au Québec, que les avantages que nous retirons de l’immigration sont peu de chose en comparaison avec les avantages que retirent ceux qui viennent habiter ici. Conséquemment, les néoQuébécois auraient une dette envers le Québec. Et une des manières d’acquitter cette dette, c’est de voter en faveur de l’indépendance, ce qui leur accorde aussitôt le statut de vrais Québécois…

Exprimée de la manière, cette logique semble un peu tirée par les cheveux. Mais c’est précisément ce qui explique la rancœur de M. Parizeau ce soir du 30 octobre 1995 : les néoQuébécois auraient dû voter « Oui » par obligation, à défaut de conviction.

Dans une entrevue publiée samedi dernier, Jacques Parizeau a dénoncé le souhait, exprimé par le ministre Jean-François Lisée, que davantage de préposés à la clientèle de la Société de transport de Montréal soient bilingues.

Ce n’est pas en empêchant les Anglophones de Montréal d’être servis dans leur langue qu’on va empêcher l’anglicisation de la métropole. C’est plutôt en interdisant l’école publique anglaise aux néoQuébécois et en obligeant les marchands à embaucher du personnel apte à servir en français les Francophones du Québec.

Tenter de priver la minorité anglophone du droit à des services dans sa langue, comme le souhaite M. Parizeau, c’est la braquer contre le Parti québécois.

Les dirigeants actuels de ce parti ont entamé une politique de d’ouverture et de dialogue avec les Anglos québécois qui ne peut qu’être profitable à tous, alors que le Québec est confronté à la nécessité de renforcer des politiques linguistiques non pas dirigées contre eux, mais dirigés pour nous, les Francophones.

La nuance entre les deux est mince : voilà pourquoi la politique de dialogue du ministre Lisée doit être encouragée.

Références :
Les anglophones se méfient du PQ, selon un sondage
Lisée défend son ouverture envers les anglophones
Référendum de 1995 au Québec

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Quand les universitaires parlent chiffon (sans le dire)

22 décembre 2012

Dans l’édition d’aujourd’hui du Devoir, le professeur Daniel Turp (de la faculté de Droit de l’université de Montréal) signe un document intitulé « Un modèle authentiquement québécois de laïcité ».

En gros, le professeur Turp propose qu’au Québec, le port de signes ostentatoires d’appartenance religieuse soit interdit au personnel des institutions publiques, notamment aux enseignants. Cette interdiction s’appliquerait aux élèves des écoles primaires et secondaires (mais pas aux CÉGEPs — l’équivalent des lycées français — ni aux universités) afin, dit-il, de « mener à terme le processus de laïcisation au Québec ».

J’insiste sur le qualificatif « ostentatoire » : il concerne ici l’étalage jugé excessif d’une appartenance religieuse. Concrètement, cela permet de cibler le voile islamique sans interdire les pendentifs et broches en forme de crucifix, plus discrets.

À mon avis, cela ressemble beaucoup à de la discrimination déguisée. D’autant plus qu’il mentionne la possibilité d’invoquer la clause dérogatoire de la Constitution canadienne pour appliquer sa Charte de la laïcité.

Ce qu’il faut rechercher, c’est la neutralité religieuse de l’État. Pour le professeur Turp, cela exige qu’on ne puisse pas deviner l’appartenance religieuse de ses représentants.

Mais cette neutralité peut s’affirmer d’une autre manière, soit en laissant la liberté de chacun de vivre sa religion comme il l’entend, du moment que cela ne porte pas atteinte aux droits des autres de vivre selon leurs principes à eux. C’est donc une autre forme de neutralité : en n’intervenant pas.

En d’autres mots, cette neutralité, c’est l’indifférence totale des institutions publiques face aux croyances religieuses du citoyen. Ce dernier n’aurait donc pas à renier sa foi (ni aux manifestations extérieures de celle-ci) avant de recourir à un service public.

Le principe qui doit nous guider, c’est « vivre et laisser vivre ». Si quelqu’un est coiffé d’un turban ou d’une calotte juive, cela ne me regarde pas. Tant que cette personne n’exige pas que moi aussi, je porte sa coiffure, je ne vois pas où est le problème.

Cela signifie donc que les employés de l’État et les citoyens confiés à leurs soins (dont les élèves) reflèteraient la diversité de la Nation; plusieurs pigmentations de la peau, des sexes différents, des croyances religieuses diverses, des tenues vestimentaires variées, des colorations capillaires semblables à ce qu’on voit dans la rue, et des accents linguistiques qui reflètent mon pays. Voilà comment l’État peut être neutre sans imposer par la force de la loi une homogénéité artificielle.

Malgré tout, afin de refléter les limites de notre propre tolérance, il serait interdit aux serviteurs de l’État d’être masqués lorsqu’ils exercent leurs fonctions. De plus, la croix au sommet du Mont-Royal resterait là, de même que les grands crucifix qui décorent déjà nos routes de campagne. Quant au crucifix de l’Assemblée nationale (qui date des années 1930), à part les députés, personne ne remarquait son existence avant qu’on fasse un drame de la possibilité qu’il soit retiré. Il devrait donc être confié à un musée.

Bref, la Charte de la laïcité imaginée par ce distingué professeur ressemble trop à de la discrimination sublimée pour que je puisse y adhérer avec enthousiasme. J’inviterais donc le professeur Turp à poursuivre sa réflexion à ce sujet pendant que je poursuivrai la mienne, jusqu’à ce que nos avis se rejoignent finalement.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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