La nudité du ministre Caire

29 août 2021


 
Le ministre responsable de la Protection des renseignements personnels, l’honorable Éric Caire, est un expert autoproclamé en sécurité informatique. Lorsqu’il affirme quelque chose, c’est vrai.

Lors du dévoilement de l’application VaxiCode, il déclarait catégoriquement :

Le code QR que nous fournissons ne peut pas être falsifié, ne peut pas être modifié et ne peut pas être copié.

Moins de 24 heures plus tard, des pirates prouvaient le contraire.

La compagnie Apple estime que les pirates lui rendent service lorsqu’ils révèlent les failles sécuritaires de ses logiciels.

Le gouvernement de la CAQ a plutôt décidé de porter plainte à la police puisque dans ce cas-ci, c’est très différent; les pirates ont commis le pire des crimes, celui de lèse-majesté.

Comme dans le conte ‘Les Habits neufs de l’empereur’ d’Andersen, le ministre Caire croyait se pavaner dans ce beau costume d’expert informatique alors qu’il était nu.

Par ailleurs, notre mignon ministre pilote l’important dossier du transfert des données stratégiques de l’État sur des serveurs américains probablement situés au Québec.

Actuellement, ces données sont dispersées dans 457 sites (ou centres de traitement informatique) dispersés sur le territoire québécois. On veut réduire leur nombre à deux.

Et plutôt que de favoriser le développement d’une expertise québécoise, on donnera les contrats à des firmes américaines expertes en informatique dématérialisée (ou Cloud Computing).

Ces mêmes compagnies qui n’ont pas empêché des milliers d’ordinateurs du gouvernement américain d’être infiltrés par des pirates russes…

Références :
Codes QR compromis — Des « plaintes formelles » déposées à la police
Le plat de lentilles du ministre Fitzgibbon
L’hébergement privé des données névralgiques de l’État
Les Habits neufs de l’empereur
Passeport vaccinal : des failles permettent de créer de fausses identités

Paru depuis :
Les pirates informatiques bien intentionnés lâchent le gouvernement du Québec (2021-08-01)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : le secret de la contagiosité du variant Delta

18 juillet 2021

Introduction

Pourquoi le variant Delta se répand-il comme une trainée de poudre ?

Parce qu’il est plus contagieux disent les experts.

Évidemment.

Mais comment se fait-il qu’il soit plus contagieux ? Autrement dit, par quel mécanisme ce variant réussit-il à se transmettre plus facilement d’une personne à une autre ?

Comme ce fut souvent le cas depuis le début de cette pandémie, la réponse à ces questions nous vient de chercheurs chinois.

Dès janvier 2020, avant même que la pandémie atteigne le Québec, le directeur de la Santé publique de Chine répétait à qui voulait l’entendre que le Covid-19 s’attrapait essentiellement par des gouttelettes respiratoires.

Ce que les experts occidentaux mirent des mois à reconnaitre, avec les conséquences désastreuses que ce retard entraina.

Cette fois-ci, les chercheurs chinois nous fournissent la clé de la lutte contre le variant Delta en nous dévoilant le mécanisme de sa transmissibilité accrue.

Ces révélations sont contenues dans deux études complémentaires. L’une au sujet de la vitesse propagation du variant Delta et l’autre au sujet de la charge virale des personnes contaminées par lui.

La vitesse de propagation

C’est le 21 mai dernier que le premier cas de variant Delta a été détecté dans la ville de Guangzhou (autrefois appelée Canton en Occident).

Dix jours plus tard, de manière pyramidale, cinq générations de contamination s’étaient succédé.

La recherche de contact a permis d’identifier 24 foyers d’infection responsables de 68 cas.

À partir d’eux, on a déterminé qu’entre la contamination d’une personne et l’apparition de ses premiers symptômes, il s’écoulait en moyenne 4,4 jours. C’est environ un jour de moins qu’avec le Covid-19 ‘classique’ (5,2 jours).

Lorsqu’on calcule plutôt le temps médian (et non le temps moyen), il est de 4,0 jours.

Selon le critère retenu pour le définir, le temps entre deux générations de contamination est compris entre 2,3 et 2,9 jours alors qu’il était de 5,7 jours avec le Covid-19 ‘classique’.

Autrefois, les personnes atteintes étaient contagieuses dès la veille de l’apparition de leurs symptômes. Avec le variant Delta, elles sont contagieuses beaucoup plus tôt.

Plus précisément, la proportion des personnes contagieuses qui n’en ressentent aucun symptôme atteint 64,7 %. En d’autres mots, les deux tiers des personnes qui propagent le variant Delta le font involontairement puisqu’elles n’ont aucune raison de soupçonner qu’elles sont atteintes.

Quatre jours après leur contamination, lorsqu’elles découvrent qu’elles sont atteintes, non seulement contaminent-elles d’autres personnes depuis déjà un bon moment mais les personnes à qui elles ont déjà transmis le variant Delta sont elles-mêmes sur le point de donner naissance à une deuxième génération de contamination.

Puisque les générations de contamination se succèdent plus rapidement, cette étude nous aide à comprendre pourquoi nous assistons à une accélération de la pandémie chez les non-vaccinés.

Mais cela n’est pas la seule raison.

La charge virale

Au cours d’une deuxième étude, également réalisée à Guangzhou, on a fait passer un test salivaire à 62 personnes dont la contamination par le variant Delta avait été prouvée par séquençage génétique.

Au moment du diagnostic, la quantité de virus prélevée dans le nez et la gorge de ces personnes fut en moyenne 1 260 fois plus élevée que ce qui a été mesuré lors de l’épidémie de Covid-19 à Wuhan.

La réactivité

Le début de l’infection par le Covid-19 suit une séquence précise de quatre évènements :
• la contamination,
• l’incubation silencieuse,
• le moment où on devient contagieux,
• le moment où apparaissent les symptômes (chez ceux qui deviennent symptomatiques).

Cette séquence est beaucoup plus rapide avec le variant Delta qu’avec le Covid-19 ‘classique’. En effet, dans le cas du variant, il s’écoule entre deux et trois jours entre la première et la troisième étape.

Du coup, la réactivité est la pierre d’assise d’une lutte efficace contre ce variant.

Conséquences pour l’année scolaire au primaire

On sait qu’une personne contagieuse est une fontaine à Covid-19 dès qu’elle parle, crie, chante, tousse ou éternue.

Ce que cette deuxième étude démontre, c’est qu’un adulte atteint du variant Delta propage autour de lui autant de copies du virus que mille-deux-cent-soixante adultes atteints du Covid-19 ‘classique’.

Est-ce la même chose chez un enfant ? Pour l’instant, on l’ignore.

Ce qu’on sait, c’est que la charge virale — la quantité de virus prélevée par un écouvillon passé dans le nez et la gorge — est semblable chez les jeunes de 5 à 17 ans, comparativement aux adultes lorsqu’il s’agit du Covid-19 ‘classique’.

On peut raisonnablement présumer que c’est pareil avec le variant Delta, c’est-à-dire que l’enfant atteint par ce variant, comme l’adulte, propage une quantité phénoménale de virus.

Conséquemment, à l’école, se contenter d’ouvrir les fenêtres ne suffira pas à ‘diluer’ suffisamment le microbe.

Homogénéiser les virus dans l’air à l’aide d’un simple ventilateur sera la recette idéale pour contaminer tous les écoliers.

Et il n’est même pas certain qu’un ou deux purificateurs d’air de type HEPA seront suffisants pour protéger une classe comme c’était le cas avec le Covid-19 ‘classique’.

Quant à l’effet des détecteurs de CO₂ — que compte installer le gouvernement de la CAQ dans chaque classe pour combattre la pandémie — il vaut mieux en rire que d’en pleurer.

La meilleure solution consistera à faire passer des tests salivaires rapides à tous les écoliers du primaire plusieurs fois par semaine et à doter chaque école de préposés prêts à abandonner leurs tâches usuelles pour se consacrer à la recherche de contacts dès qu’un cas est détecté.

Quant aux parents qui refuseront que leur enfant soit soumis à ce dépistage, c’est leur droit. Mais leur enfant devra faire ses classes sur l’internet jusqu’à la fin de la pandémie.

En contrepartie, l’État devra fournir à l’enfant le matériel (une tablette électronique) et la connexion internet si nécessaire puisque le but n’est pas ici de punir cet enfant.

Références :
Age-Related Differences in Nasopharyngeal Severe Acute Respiratory Syndrome Coronavirus 2 (SARS-CoV-2) Levels in Patients With Mild to Moderate Coronavirus Disease 2019 (COVID-19)
Covid-19 : la nécessité du port du masque
Covid-19 : une étude chinoise souligne l’ampleur de la charge virale à la phase précoce de l’infection par le variant Delta
Le Covid-19 à l’école primaire : la CAQ met en péril la santé de nos enfants
Transmission Dynamics of an Outbreak of the COVID-19 Delta Variant B.1.617.2 — Guangdong Province, China, May–June 2021
Les mystères du Covid-19 (2e partie)
Viral infection and transmission in a large well-traced outbreak caused by the Delta SARS-CoV-2 variant

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Sept jours par pistolet

17 juillet 2021

Introduction

Plus tôt cette semaine, le juge Bertrand St-Arnaud condamnait à cinq ans de prison un ex-conseiller financier chez Desjardins qui avait voulu écouler sur le marché noir québécois près de 250 armes de poing achetées aux États-Unis.

Tout indique que l’accusé n’avait pas l’intention d’assassiner quelqu’un, de commettre des vols à main armée, ou de menacer des citoyens respectables. Son seul but était de faire de la contrebande d’armes.

La culpabilité des contrebandiers

Est-ce qu’on innocente celui qui commandite un meurtre sans le commettre lui-même ? Évidemment pas; on juge plus sévèrement celui qui ordonne que celui qui obéit.

De la même manière, toute personne qui, en toute connaissance de cause, rend possible des centaines de meurtres est plus coupable que celui qui en commet un seul.

Afin de dissuader la contrebande d’armes à feu, il est essentiel que les tribunaux soient impitoyables envers ceux qui s’y adonnent.

Dans son jugement, le juge St-Arnaud ne semble pas avoir tenu compte de cela.

Invoquant l’absence d’antécédents criminels de l’accusé, la reconnaissance de sa culpabilité, ses remords qui semblent sincères, la détention risquée de l’accusé en temps de pandémie, le juge a imposé une sanction qui équivaut à sept jours de prison par pistolet.

Une farce.

Cette clémence s’explique par le jeu de compromission qui se joue dans les antichambres de l’appareil judiciaire.

En échange d’un plaidoyer de culpabilité et du consentement à la confiscation du lieu du crime — la maison à cheval sur la frontière canado-américaine achetée tout spécialement par l’accusé pour faciliter sa contrebande,— la poursuite et la défense se sont entendues pour réclamer d’un commun accord une sanction particulièrement clémente. Ce à quoi le juge a consenti. Ce qu’il n’était pas tenu de faire.

Conclusion

Alors que la ministre de la Sécurité publique du Québec, Geneviève Guilbault, est préoccupée par la hausse importante des incidents impliquant des armes à feu dans la région de Montréal, voilà qu’un juge impose une sanction molle et insignifiante à la suite de la plus importante saisie d’armes au Québec depuis des années.

Allouer cinq-millions$ en vue de la création d’une équipe policière dédiée à la lutte contre le trafic d’armes d’une part, et d’autre part consentir implicitement à ce que les tribunaux sabotent les efforts des policiers pour nous protéger, cela n’est pas logique.

Du coup, on devrait s’attendre à ce que le ministre de la Justice du Québec, Simon Jolin-Barrette, porte cette cause en appel et réclame la prison à perpétuité pour ce contrebandier.

Voilà comment faire réfléchir tous ceux qui songeraient à l’imiter.

Références :
Trafic d’armes : William Rainville écope de cinq ans de prison
Québec viendra en aide à Montréal dans la lutte contre le trafic d’armes à feu
William Rainville plaide coupable et est condamné à cinq ans

Paru depuis :
Fusillades à Montréal : « Assez, c’est assez! » dit le SPVM (2021-08-04)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Covid-19 à l’école primaire : la CAQ met en péril la santé de nos enfants

15 juillet 2021

Vaccination selon l’âge 1 dose 2 doses
de 0 à 11 ans 0 % 0 %
de 12 à 17 ans 77 % 5 %
de 18 à 29 ans 68 % 20 %
de 30 à 39 ans 73 % 27 %
de 40 à 49 ans 80 % 39 %
de 50 à 59 ans 85 % 54 %
60 ans et + 92 % 77 %


 
Introduction

Le ministère de l’Éducation a rendu publiques les mesures sanitaires qu’il compte mettre en place pour la rentrée scolaire prévue dans quelques semaines.

À l’école primaire, les enfants sont dans une situation d’extrême vulnérabilité parce qu’aucun vaccin n’est encore homologué pour eux.

Il est donc légitime de se demander quelles sont les mesures prévues par le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) pour les protéger.

Les trois axes qui guideront la rentrée scolaire

Selon les documents dévoilés par le ministère de l’Éducation, la rentrée scolaire s’articulera autour de trois ‘axes’.

Axe 1 : Une rentrée scolaire la plus normale possible

Ce que la CAQ appelle une ‘rentrée scolaire normale’, c’est une rentrée comme si le Covid-19 n’avait jamais existé; aucun masque ni couvre-visage pour les élèves ou le personnel, transport scolaire sans restriction de distanciation, organisation habituelle des cafétérias et salles de dineurs.

L’an dernier, le masque était obligatoire au secondaire : il ne le sera plus cette année au primaire ni au secondaire.

Axe 2 : Le maintien des mesures sanitaires et d’une vigilance sur le plan de la qualité de l’air

Les seules mesures sanitaires maintenues seront liées à la désinfection des surfaces et au lavage des mains.

Le lavage des mains, tout comme l’hygiène corporelle en général, est une bonne habitude à prendre. Mais le manque d’hygiène ne prédispose pas à la contagion par le Covid-19; dans les premières semaines de cette pandémie, des centaines de médecins italiens sont morts du virus les mains parfaitement propres.

Les autorités sanitaires américaines estiment que moins d’une personne sur dix-mille (et probablement moins d’une personne sur vingt-mille) attrape le Covid-19 par le toucher.

Dans les faits, sur les quatre-millions de morts du Covid-19 à travers le monde, on n’a trouvé personne qui avait contracté le virus par le toucher.

Essentiellement, pour la CAQ, protéger nos écoliers consistera à surveiller les taux de CO₂ dans chaque classe du Québec.

Lors de la réception donnée à la Maison-Blanche en honneur de la nomination d’une juge conservatrice à la Cour Suprême des États-Unis, si on avait testé les taux de CO₂ dans la roseraie, on aurait trouvé la qualité de l’air excellente. Pourtant cette réception fut un évènement superpropagateur.

Au cours d’une pandémie, la qualité de l’air se mesure par l’absence de l’agent pathogène et non par la teneur en gaz carbonique.

L’accent mis par la CAQ sur le CO₂ est une tactique de diversion qui lui évite de dépenser des millions$ pour combattre efficacement la pandémie.

Axe 3 : Des mesures d’appoint si nécessaire seulement

Si la situation dégénère — et croyez-moi, elle dégénèrera — la CAQ envisage l’adoption de mesures particulières : accroitre la distance sanitaire au cours des repas ou des récréations, assigner des sièges dans les autobus scolaires, le port du masque dans les autobus et les aires communes des écoles et ultimement, la fermeture temporaire des classes infectées.

Les conséquences de la contagiosité accrue des variants

Lorsqu’on dit qu’un variant est plus contagieux, cela signifie que les mesures qui permettaient autrefois de se protéger contre le Covid-19 ‘classique’ sont moins efficaces contre ce variant.

Le lavage des mains

Le lavage des mains n’a jamais été efficace contre la contagion par le Covid-19 ‘classique’. Il ne l’est pas plus contre ses variants.

La distance sanitaire

Une distance sanitaire de deux mètres protège contre les grosses gouttelettes (les postillons) émises par une personne contagieuse, mais pas contre ses fines gouttelettes respiratoires (les aérosols).

Ces fines gouttelettes sont encore plus contagieuses lorsqu’elles contiennent des copies d’un variant, en comparaison avec celles qui contiennent du Covid-19 ‘classique’.

Donc la réduction de la distance sanitaire à un mètre ou son abolition totale est une aberration quand se propagent des variants particulièrement contagieux.

Le masque

À des degrés divers, tous les types de masques protégeaient contre le Covid-19 ‘classique’. Cela n’est plus vrai avec les variants les plus récents.

Très précisément, une contagiosité accrue signifie que la quantité de particules virales nécessaire à transmettre l’infection est moindre.

Puisque tous les écoliers (les enfants comme les adolescents) seront à la fois dispensés du port du masque et du respect d’une distance sanitaire, cela signifie que les variants les plus contagieux pourront se répandre librement à l’école.

D’autant plus facilement que les purificateurs d’air de type HEPA sont interdits (dans les faits) dans les classes des écoles francophones alors que les simples ventilateurs — qui ne font que ‘brasser les microbes’ et les répartir à toute la classe — y seront permis.

Les vaccins

Tous les vaccins homologués au Canada sont très efficaces contre le Covid-19, même contre ses variants.

Malheureusement, la vaccination n’est pas autorisée pour l’instant chez les écoliers du primaire.

Le principe de précaution

La vulnérabilité aux variants

Dans une pandémie, l’agent causal s’attaque toujours au maillon le plus faible, c’est-à-dire aux gens qui ne sont pas immunisés. Si bien que présentement, partout en Occident, cette pandémie est devenue une pandémie des non-vaccinés. Or au Québec, au cours des mois qui viennent, ses victimes seront les écoliers du primaire.

Les parents confient leurs enfants au système scolaire présumant que celui-ci en prendra soin. Il est donc du devoir de l’État de protéger ceux qui sont vulnérables parce qu’aucun vaccin n’est encore homologué pour les protéger.

Au contraire, la CAQ a décidé que le laisser-faire décrété pour l’ensemble de la population s’appliquerait également aux étudiants du primaire.

C’est une erreur dont la gravité est inconnue; personne ne sait si les enfants qui auront contracté le Covid-19 à l’enfance se rendront à l’âge adulte normalement, c’est-à-dire sans éprouver de séquelles.

La meilleure attitude à avoir au sujet de la pandémie est d’éviter de l’attraper. Ce qui sera impossible au primaire à cause de la CAQ.

Le retard pédagogique

La conséquence de ce laisser-faire, c’est que la contagion des écoles sera pire qu’au cours de l’année scolaire précédente en raison de la contagiosité accrue des variants.

Ce qui veut dire qu’un plus grand nombre de classes deviendront des foyers d’infection. Du coup, on devra fermer plus d’entre elles afin de placer leurs écoliers en quarantaine.

Or partout en Occident, on constate que l’école en ligne entraine une diminution de la motivation à apprendre et une chute de la transmission des connaissances et du développement des aptitudes.

Bref, le laisser-faire de la CAQ dans nos écoles accentuera le retard pédagogique que le confinement généralisé (et approprié) a créé en début de pandémie.

Les écoles, pouponnières à variants

Au cours de sa maladie, l’humain infecté par le Covid-19 produit entre un et cent-milliards de copies du virus.

Les mécanismes de contrôle de la réplication virale sont tellement grossiers que leur matériel génétique peut être qualifié d’instable. Si bien que parmi les milliards de copies produites par un seul malade, celui-ci donnera naissance à des dizaines, voire des centaines de mutants, dont la presque totalité d’entre eux ne sont pas viables.

Et du très petit nombre de mutants viables, seuls s’imposeront ceux qui s’avèreront plus aptes à se propager. Les supermutants sont appelés ‘variants’.

Lorsqu’on laisse une épidémie virale se propager à sa guise au sein d’une population, on transforme cette population en pouponnière à variants. Ce fut le cas en Inde et au Brésil.

En effet, le virus du Covid-19 ne peut pas muter s’il ne se reproduit pas. Plus une pandémie virale dure, plus des mutants dangereux ont le temps d’apparaitre.

La seule manière d’empêcher cela, c’est d’arrêter la contagion.

L’absence de mesure de mitigation au cours de la prochaine année scolaire créera les conditions optimales pour que la sélection naturelle favorise l’émergence d’un mutant spécialement adapté aux enfants.

Conclusion

La CAQ est un parti de droite. Et comme pour tous les partis de droite, ce qui compte vraiment, c’est d’éviter d’alourdir le fardeau fiscal des contribuables. Aux États-Unis, les gouverneurs républicains — leur source d’inspiration — font pareil.

Au Québec comme partout ailleurs en Occident, la lutte sanitaire contre le Covid-19 a été un fiasco. Jusqu’ici, le nombre cumulatif du nombre de morts par million d’habitants fut 2,5 fois plus élevé au Québec que dans les provinces anglophones du pays.

Dans le cas particulier du réseau scolaire, l’année scolaire 2019-2020 s’est arrêtée lors du confinement décrété en début de pandémie.

Avant même l’ouverture des classes lors de l’année scolaire suivante (celle de 2020-2021), la seule mesure qu’il fallait prendre pour compenser l’abolition de la distanciation sociale et l’absence des masques au primaire, c’était le dépistage systématique et fréquent du Covid-19 à l’école. Ce que la CAQ n’a pas fait.

Le résultat, c’est qu’au 3 mai 2021 — donc vers la fin de cette année-là — les écoliers et le personnel scolaire représentaient 38,4 % de toutes les personnes officiellement atteintes au Québec par le Covid-19.

Sur les 3 200 établissements d’enseignement (publics ou privés), le tiers ont été des foyers d’éclosion de la pandémie. Et sur les 1 126 écoles atteintes, 460 ont été complètement ou partiellement fermées, soit une école sur sept.

Bref, ce fut là encore un fiasco.

En dépit de cela, le gouvernement de la CAQ a réussi à sauver la face en détournant l’attention vers des tests de CO₂. Or ceux-ci n’ont pas de rapport avec la pandémie qui, rappelons-le, est une pandémie au coronavirus et non au gaz carbonique.

La rentrée scolaire qui approche s’opèrera de manière analogue sauf pour deux choses. Premièrement, plus de 77 % des adolescents auront été partiellement vaccinés. Et deuxièmement, si un écolier rapporte à la maison le virus attrapé en classe, les conséquences seront moindres puisque plus des deux tiers des parents sont partiellement immunisés eux aussi.

En contrepartie, parce qu’ils seront vaccinés, les parents auront un risque beaucoup plus faible d’attraper le Covid-19 en vaguant à leurs activités quotidiennes, à transmettre l’infection à leurs enfants et, par ricochet, d’infecter l’école fréquentée par ceux-ci.

Cela devrait ralentir la contamination du milieu scolaire sans toutefois l’empêcher.

Malheureusement, on ne pourra pas avoir l’heure juste de la part du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge.

Ce dernier est un remarquable communicateur. Mais contrairement à ses collègues Christian Dubé (ministre de la Santé), Lionel Calmant (ministre délégué à la Santé), et Mathieu Lacombe (ministre de la Famille), c’est un ministre froid et totalement dépourvu d’empathie.

Ses mensonges répétés à l’Assemblée nationale font qu’on ne peut plus lui accorder le bénéfice du doute quand, la main sur le cœur, il nous assure de son dévouement à protéger nos enfants. On doit donc le juger à ses actes et non à ce qu’il promet.

L’année scolaire passée fut un fiasco par sa faute. Et sa détermination présente à laisser les variants les plus contagieux se propager librement dans le milieu scolaire au cours des prochains mois — sous le couvert du dépistage niais du gaz carbonique — fait que ce ministre brillant serait plus utile à un autre poste ministériel.

Références :
Covid-19 : évolution au cours des six premiers mois de 2021
Covid-19 : les mutants
Covid-19 : une rentrée scolaire idéale
Delta surge ‘could leave hundreds of thousands with long Covid’
Le Covid-19 à l’école
Mass infection is not an option: we must do more to protect our young
Orientations en vue de la rentrée scolaire 2021
Plan pour la rentrée scolaire 2021-2022
Rentrée scolaire 2021 : l’OMS se réveille
Risk factors for long COVID: analyses of 10 longitudinal studies and electronic health records in the UK

Paru depuis :
England’s Covid unlocking is threat to world, say 1,200 scientists (2021-07-16)

Complément de lecture :
Covid-19 : le secret de la contagiosité du variant Delta

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le ministre Bonnardel coute cher

27 juin 2021

Introduction

Au cours de la dernière campagne électorale québécoise, la Coalition avenir Québec (CAQ) a ravivé cette tradition déjà ancienne de promettre la création d’un troisième lien entre la ville de Québec et la rive sud du Saint-Laurent.

Actuellement, côte à côte, le pont Pierre-Laporte (le numéro 1 sur la carte ci-dessus) et le pont de Québec (le numéro 2) sont les deux seuls qui relient la vieille capitale à Lévis, la ville jumelle qui lui fait face, à un kilomètre de l’autre côté du fleuve.

Et puisque les deux ponts actuels sont très décentrés vers l’ouest, les citoyens qui veulent se rendre d’un centre-ville à l’autre doivent effectuer un détour d’environ dix-neuf kilomètres.

À sa face même, il est évident qu’un pont reliant directement les deux centres-ville serait très utile.

Mais…

Le problème est que cela couterait dix-milliards de dollars… et plus, évidemment, s’il a des dépassements de cout. Ce qui est probable.

Une nouvelle merveille

Le 7 novembre 2018, face aux divers tracés proposés, le ministre Bonnardel a tranché; on réalisera le projet de lien le plus long, celui qui passe à l’est par l’ile d’Orléans.

Au lieu d’un détour vers l’ouest, la grande majorité des automobilistes auraient fait un détour vers l’est. On se demande qu’est-ce que ça change…

Mais le 29 janvier 2020, le ministère des Transports se ressaisit et dévoile finalement un nouveau tracé plus direct entre les deux centres-ville. Il s’agira d’un tunnel sous-fluvial qui s’étendra sur 8,3 km.

C’est 36 fois la largeur de la pyramide de Khéops, et 69 fois la longueur des jardins suspendus de Babylone, respectivement première et deuxième merveilles du monde.

Le tunnel aura six voies sur deux étages. Son diamètre intérieur sera de 19,4 m, soit à peu près la hauteur de la statue d’Artémis à Éphèse, quatrième merveille du monde.

Sa construction nécessitera la création du plus grand tunnelier jamais construit et le recours aux plus récentes technologies. Ce qui n’était pas le cas du colosse de Rhodes, sixième merveille du monde, qui s’est effondré au premier tremblement de terre venu.

La quantité de béton nécessaire à ce projet sera supérieure à la quantité de pierres qui ont servi à l’érection du phare d’Alexandrie, septième des sept merveilles du monde.

On aura donc bien compris; n’importe quel Québécois aura toutes les raisons d’être très fier de ce tunnel. Comme le serait un assisté social qui s’est acheté un Picasso.

Un projet néfaste pour l’économie du Québec

Favoriser le déficit commercial

À part la fabrication d’autobus scolaires, le Québec ne produit pas d’automobiles. De plus, ce n’est pas un producteur de pétrole.

Chaque fois qu’on achète une voiture ou qu’on fait le plein d’essence, c’est de l’argent qui sort de nos poches pour enrichir les régions du monde qui produisent des voitures, des pièces automobiles, des pneus, ou de l’essence.

En somme, favoriser l’achat ou l’utilisation des automobiles, c’est saigner l’économie du Québec.

Favoriser l’étalement urbain et le dézonage agricole

Plus on rapproche la campagne des centres-ville, plus des familles choisiront de s’établir au loin, là où les terrains sont moins chers, où l’air est pur et où les enfants peuvent grandir dans un environnement sain.

Dans la vallée du Saint-Laurent, les agglomérations les plus rapprochées des grandes villes sont toujours en zone agricole. Plus précisément, ils sont souvent situés sur les sols les plus fertiles du Québec.

Quand ces petites villes ou des villages connaissent un boum démographique, la première idée de ses élus municipaux est de faire pression sur le gouvernement québécois pour qu’on dézone des terres agricoles afin d’augmenter les revenus fonciers de leur municipalité.

Nuire au transport en commun

Plus on favorise l’étalement urbain, moins on rend rentable le transport en commun.

Partout sur terre, on ne trouve des métros que dans les métropoles densément peuplées. C’est ce qui explique qu’au Québec, c’est seulement à Montréal qu’on trouve un métro.

Au contraire, plus la densité de la population est faible dans une ville, plus il est couteux d’y maintenir un bon réseau de transport par autobus. Les autobus passent donc peu souvent et empruntent d’innombrables détours pour ramasser le plus de gens possible.

Dans le projet de tunnel de la CAQ, deux des six voies seront empruntées par des autobus. On ne sait pas très bien si ces voies leur seront exclusives.

Il n’en faut pas plus pour qu’à l’Assemblée nationale, le ministre Bonnardel, la vice-première ministre et son chef présentent le troisième lien comme un projet destiné à favoriser le transport en commun. Vraiment ?

Tous les autobus au monde roulent sur les rues. Il faut nous prendre pour des débiles profonds pour s’imaginer qu’on va croire que construire des routes, c’est favoriser le transport en commun.

En réalité, plus on construit des routes, plus on favorise l’achat de voitures. Et plus on en achète, plus on favorise la congestion routière. Et plus on favorise cela, plus les automobilistes réclament la construction de nouvelles routes. Et ainsi de suite.

C’est ce qu’on fait depuis des décennies. Et c’est assez. Développer le réseau routier, construire des ponts et des aéroports, c’est la stratégie industrielle du gouvernement Lesage, appropriée il y a 60 ans.

De nos jours, développer l’économie du Québec, c’est favoriser la production de biens et de services québécois — dont la production de matériel de transport en commun — et leur exportation à l’Étranger. C’est comme ça qu’on développe l’économie nationale.

L’exemple de la Finlande

Avec sa population de 5,4 millions d’habitants et un rude climat hivernal, la Finlande est un ‘petit’ pays qui a de nombreux points en commun avec le Québec.

Depuis des décennies, la Finlande a investi des sommes considérables afin de se doter d’un vaste réseau de transport en commun, fiable et efficace.

Pour desservir un territoire qui représente 22 % de la taille du Québec, le réseau finlandais comprend 5 865 km de voies ferrées, soit à peine moins qu’au Québec (6 678 km).

La création du métro d’Helsinki visait à enfouir sous terre l’augmentation prévue des déplacements de la circulation en surface dans la capitale finlandaise.

De la même manière, la création de son important réseau ferroviaire (à moitié électrique) visait à prévenir une augmentation de la circulation automobile qui aurait nécessité des investissements encore plus importants dans l’expansion du réseau routier.

Cette stratégie a fonctionné. Pour chaque tranche de mille citoyens, il y a 373 véhicules de moins sur les routes et autoroutes finlandaises en comparaison avec celles du Québec.

Malgré cela, pour ceux qui ont besoin d’utiliser une voiture, cela équivaut, par exemple, à faire disparaitre 694 000 véhicules qui encombrent les voies de circulation sur l’ile de Montréal.

Pour l’ensemble du Québec, c’est comme enlever 3,1 millions de véhicules de nos routes.

C’est non seulement moins d’encombrements sur les routes; c’est aussi plus de places disponibles pour le stationnement en ville.

Bref, le transport en commun, c’est bon pour tout le monde. Même pour les automobilistes.

Conclusion

Le projet d’un troisième lien pour la ville de Québec est le deuxième dossier important confié au ministre des Transports, M. François Bonnardel.

Le premier était le dossier de l’ubérisation du taxi québécois.

Ce rachat massif des permis de taxis déjà accordés afin de permettre à Uber de brasser des affaires au Québec a couté trois quarts de milliard de dollars. Vous avez bien lu; milliard et non million.

Et qu’est-ce que cela a changé dans nos vies ? Pour 99,9 % des gens, rien. Du pur gaspillage des fonds publics pour plaire à une multinationale déjà milliardaire.

Infatigable dépensier, voilà ce bon ministre Bonnardel piloter aujourd’hui le projet pharaonique du troisième lien de Québec.

La CAQ vit dans le passé. Le temps des grands projets routiers est révolu. Peu importe les avantages indéniables de ce projet pour les automobilistes de ces deux villes, c’est trop tard.

À l’heure actuelle, le Québec possède déjà le réseau qui lui est nécessaire pour approvisionner facilement plus de 90 % de sa population par voie terrestre. On peut réparer nos routes. Pas en construire de nouvelles, sauf pour compléter le réseau vers des villes éloignées et pour favoriser ainsi l’occupation du territoire.

De nos jours, ce qu’il faut privilégier, c’est le transport en commun.

À l’heure des changements climatiques, nous avons le devoir de nous opposer à cet autre gaspillage des fonds publics du ministre, un gaspillage dont l’effet permanent sera de polluer encore un peu plus la planète.

À un an des élections, les stratèges de la CAQ scrutent les astres. Permettez-moi de terminer ce texte en leur adressant le message suivant.

Est-ce que la CAQ tient absolument à nous obliger de voter libéral pour économiser dix-milliards de dollars ? N’est-ce pas un cadeau de plus de mille dollars dans les poches de chaque femme, homme et enfant du Québec ? En d’autres mots, une économie familiale de plus de quatre-mille dollars. Je connais beaucoup de Québécois qui se boucheraient le nez et qui voteraient libéral pour moins…

À bon entendeur, salut…

Références :
Creuser le tombeau de la CAQ
Le transport en commun finlandais : le matériel roulant
L’ubérisation du taxi québécois
7 G$ pour un tunnel de 8,3 km sur deux étages entre Québec et Lévis
Troisième lien entre Québec et Lévis
Un troisième lien aérien

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La montée variable du nationalisme culturel

21 juin 2021

La culture anglaise en Europe continentale

Le Royaume-Uni est le principal producteur européen de films et de séries télévisées. Annuellement, cela lui rapporte 2,4 milliards de dollars canadiens en redevances à travers le monde, dont le tiers en Europe continentale.

On apprend dans l’édition d’aujourd’hui du quotidien The Guardian que l’Union européenne se prépare à limiter la quantité de films et de séries télévisées britanniques programmées à la télévision des pays membres.

Les talents existent partout. Mais le Royaume-Uni a pu compter sur l’abondante littérature anglo-américaine et sur ses riches producteurs pour proposer des séries et des films attrayants et très bien faits qui font de l’ombre aux productions de petits pays dotés de moyens plus modestes.

C’est donc au nom de la menace à la diversité culturelle qu’on songe en Europe à contrer l’invasion culturelle britannique. Une préoccupation qui, toutefois, n’était venue à l’esprit de personne avant le Brexit…

Mais mieux vaut tard que jamais.

Les bonbons de la CAQ

Depuis plus de 150 ans, le gouvernement canadien finance la colonisation anglaise du Québec sous le prétexte de soutenir la minorité anglophone du Québec. Dans les faits, celle-ci est plutôt l’annexe québécoise de la majorité anglophone canadienne.

Il y a une décennie, l’anglicisation de Montréal était un des thèmes récurrents sur ce blogue.

Mais depuis, celle-ci a tellement progressé que même le principal artisan de cette colonisation — le Parti libéral du Canada — s’en inquiète.

Comme quoi l’approche des élections, comme le Brexit, ouvre les esprits…

La bilinguisation à outrance de Montréal est l’étape intermédiaire vers l’assimilation du peuple francoQuébécois.

On la voit partout et notamment dans les chansons hip-hop où les vedettes admirées par nos jeunes contribuent à la croyance selon laquelle mélanger le français et l’anglais dans une même phrase fait ‘cool’ et moderne.

Il y a un prix à tout, dont celui d’être ce que nous sommes. Or même un parti nationaliste comme la CAQ n’est pas prêt à payer ce prix. Si bien que la réforme ‘costaude’ des lois linguistiques promise par le ministre Jolin-Barrette s’est avérée très décevante.

Défendre le français est un combat contre nature; perdu dans l’océan anglophone nord-américain, il est beaucoup plus simple (donc plus économique) de laisser l’érosion des vagues faire disparaitre l’ilot francophone que nous sommes.

À défaut d’une réelle défense du peuple francoQuébécois, on saluera néanmoins les petites mesures qui sont les bienvenues comme cette décision de la ministre de la Culture de faire en sorte que seule de la musique québécoise jouera dans les établissements et les lignes téléphoniques gouvernementaux.

Encore un peu et on n’aura plus qu’à réduire le nombre des téléphonistes — et donc de prolonger notre attente en ligne — pour que cela soit une manière économique (dans tous les sens du mot) de promouvoir la culture québécoise.

Selon l’annonce gouvernementale, 90 % de la musique utilisée contiendra des paroles en français. Les langues autochtones et l’anglais occuperont les 10 % restants.

Or les chansons bilingues sont des chansons québécoises qui contiennent des paroles en français. Elles feront donc partie du quota majoritaire.

Ce qui fait qu’on ignore la proportion des chansons québécoises réellement en français qui seront diffusées en vertu de cette politique.

La ministre de la Culture pourrait décider que dès qu’une phrase contient un mot en anglais, sa compréhension exige la connaissance de cette langue. Et que dès que cette connaissance est nécessaire dans plus de 10 % des phrases (et non des mots), la chanson cesse de faire partie du quota majoritaire.

Mais cette décision réduirait la proportion de chansons authentiquement écrites dans la langue de Shakespeare dans le quota qui leur est réservé.

Conséquemment, le plus simple serait peut-être que toute chanson dite francophone qui contient plus de 10 % de phrases dont la compréhension exige la connaissance de l’anglais n’entre plus dans aucune catégorie et du coup, est bannie des ‘ondes’ gouvernementales.

De quoi faire réfléchir les chantres de la modernité du bilinguisme musical.

Références :
Anglicisation du Québec : l’omelette de la loi 96
EU prepares to cut amount of British TV and film shown post-Brexit
Seule de la musique québécoise pourra jouer dans les établissements gouvernementaux

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Poulets : le gouvernement Legault doit se mêler de ses affaires

18 juin 2021


 
Introduction

Je devais avoir entre huit et dix ans. En me promenant dans ma ville natale, Joliette, je m’étais arrêté à un abattoir de poulets.

Les uns après les autres, les camions déchargeaient leurs casiers de bois décorés de plumes et de duvet dans lesquels s’entassaient les poulets.

Dans une grande pièce ouverte vers l’extérieur, des employés en sarrau blanc ouvraient les casiers, empoignaient les poulets par les pattes et les suspendaient la tête en bas sur un convoyeur.

Près d’eux sur cette chaine de production, d’autres employés, le sarrau maculé de sang, infligeaient une profonde entaille dans le cou de la volaille. Insuffisante à provoquer la mort de l’animal, la blessure provoquait une hémorragie destinée à vider lentement le poulet de son sang.

Le but étant d’obtenir une volaille à la belle chair blanche dans les comptoirs de nos épiceries.

Évidemment, on aurait pu abréger leur agonie en les décapitant. Mais justement, on comptait sur les battements du cœur pour maintenir la circulation sanguine et obtenir une vidange plus complète du sang.

Une manipulation de l’opinion publique

Ces jours-ci, les producteurs québécois de poulets ont euthanasié près d’un million de poulets, incapables d’écouler leur production en raison d’une grève à l’abattoir d’Exceldor.

Aux actualités télévisées, on nous montre des milliers de poulets nouveau-nés dans leur mignonne parure de duvet jaune, alors que sur les médias sociaux, on accuse les grévistes de cruauté animale.

La méthode utilisée pour euthanasier les poulets est la suivante. On calfeutre toutes les ouvertures d’une ferme d’élevage. On fait entrer du gaz carbonique. Au fur et à mesure que les taux d’oxygène diminuent, les poulets deviennent d’abord somnolents, puis décèdent endormis.

Les carcasses sont envoyées à une usine où elles sont transformées en farine animale.

Toutefois, les poulets qu’on euthanasie, ce ne sont pas ces nouveau-nés qu’on nous montre à la télévision. Ce sont des poulets ‘à maturité’ qui, s’ils n’avaient pas été tués dans leur sommeil, seraient morts au bout de leur sang.

La seule différence, c’est que ces poulets ne seront pas consommés par des humains, mais par des animaux de boucherie, mêlés sous forme de farine à leur moulée.

C’est d’ailleurs parce qu’ils seront consommés qu’on ne tue pas à l’aide d’un poison qui laisserait des résidus toxiques.

Les grévistes et la pandémie

Les abattoirs du Québec font partie du petit nombre d’entreprises qui n’ont pas été obligées de fermer leurs portes lors du confinement.

Sauf en cas d’éclosions. Or il y en a eu beaucoup.

Au cours de la première vague, la Santé publique du Québec faisait campagne contre le port du masque. Même en juin 2020, on déconseillait l’usage systématique des scanneurs thermiques et on recommandait aux employés de tousser dans leur coude. Toute la stratégie sanitaire du Québec reposait alors sur la distance sanitaire et le lavage des mains.

Or dans un abattoir, les employés sur la chaine de production sont près les uns des autres. En somme, il leur était impossible de respecter la distance sanitaire.

Avant qu’on les sépare de panneaux de Plexiglass, leur seule protection était le lavage des mains. Or le Covid-19 ne s’attrape presque jamais par le toucher.

Conséquemment, après les hospices, les abattoirs ont été les principaux sites d’éclosion de la pandémie.

De nombreux travailleurs en ont été atteints et ont transmis le virus aux membres de leur famille. Et une partie d’entre eux sont affligés, pour une période indéterminée, du syndrome post-covid.

Dès avril 2020, à son usine de Saint-Bruno-de-Montarville, 23 des 350 travailleurs d’Exceldor avaient déjà attrapé de Covid-19, soit un taux de contamination 17 fois supérieur à la moyenne québécoise.

L’intervention du gouvernement Legault

Le gouvernement Legault est un gouvernement de droite. Plus charismatique que le détestable gouvernement libéral précédent. Mais de droite quand même.

En 2019, lors du conflit à l’aluminerie de Bécancour, le premier ministre avait publiquement qualifié des demandes syndicales de ‘déraisonnables’. Ce qu’il fait rarement lorsque des dirigeants d’entreprise québécoises majorent substantiellement leurs salaires. Or, de nos jours, la croissance du salaire de ces derniers dépasse largement celle du salaire de leurs ouvriers.

En 2020, lors de la grève au port de Montréal, le premier ministre pressait Ottawa de forcer le retour au travail des grévistes.

Et voilà maintenant que M. Legault somme les grévistes de l’abattoir de volailles Exceldor d’accepter l’offre d’arbitrage déjà acceptée par la partie patronale.

Parmi les douze abattoirs de volaille du Québec, celui d’Exceldor représente environ 13 % de la production aviaire québécoise.

Contrairement à la grève au port de Montréal, celle à Exceldor ne risque pas de paralyser l’économie québécoise.

Du coup, on comprend mal ce qui justifie que le premier ministre vienne mettre son nez dans un conflit de travail au sein d’une entreprise privée.

Il est possible que la médiation soit une bonne idée. Mais ce n’est pas au premier ministre de dicter au syndicat la stratégie qu’il devrait adopter. Surtout quand on sait que les grévistes ont déjà fait les frais du fiasco de sa lutte sanitaire.

Références :
COVID-19: 23 cas à l’usine d’Exceldor de Saint-Bruno-de-Montarville
Exceldor: François Legault presse le syndicat d’accepter l’arbitrage
Grève au port de Montréal : Ottawa privilégie la négociation
Les syndicats doivent être «plus raisonnables», selon Legault
Nouveau propriétaire pour l’abattoir Avicomax
Parlons poulet
Près d’un million de poulets euthanasiés
Recommandations sanitaires — Industrie des abattoirs

Paru depuis :
Grève chez Exceldor : des milliers de poulets font des allers-retours (2021-06-20)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Anglicisation du Québec : l’omelette de la loi 96

25 mai 2021

Introduction

On l’attendait depuis des mois.

Le ministre responsable de la Langue française dévoilait la semaine dernière son projet de loi destiné à renforcer l’usage du français du Québec.

Voyons-en les principaux aspects.

La langue de travail

En vertu de son article 29, les offres d’emploi doivent être publiées en français sans qu’il soit obligatoire qu’ils le soient exclusivement en français.

À l’heure actuelle, l’obligation d’obtenir un certificat de francisation s’applique aux entreprises québécoises de cinquante employés ou plus.

La section II de la loi 96 étendra cette obligation aux entreprises de 25 personnes ou plus. C’est là l’unique mesure ambitieuse de la loi 96.

Aussi souhaitable que soit cette mesure, on ne doit pas perdre de vue qu’essentiellement, la loi 96 repose sur une défense technocratique du français au Québec.

Tout cela dépendra de la volonté politique du parti au pouvoir; s’il distribue les certificats de francisation comme des bonbons, on n’est pas plus avancé.

À titre d’exemple, au moment de l’adoption de la Loi 101, beaucoup d’espoirs reposaient sur les épaules de l’Office québécois de la langue française, un organisme créé en 1961, mais dont les responsabilités ont été accrues considérablement par la Loi 101.

Mais pendant quinze ans, plus précisément sous les gouvernements libéraux de Jean Charest et de Philippe Couillard, l’Office n’a pas donné suite à 98 % des plaintes qu’elle recevait et ce, malgré la confirmation de leur bien-fondé par ses enquêteurs.

Pourquoi est-il pertinent de s’en rappeler ?

C’est qu’il existe deux Partis libéraux. Le premier (que j’aime beaucoup) est le Parti libéral dans l’opposition.

Mais comme Dr Jerkyll & Mr Hyde, il y a aussi le Parti libéral au pouvoir, celui totalement voué à la colonisation anglaise du Québec.

Or ce dernier, un jour, reviendra au pouvoir.

Dans la mesure où la loi 96 donne à l’État le monopole de la défense du français, elle soumet la pérennité du français aux caprices de la politique partisane.

L’urgence d’agir exige au contraire que la défense du français, notamment au moyen de pouvoirs répressifs, soit partagée entre l’État et le peuple. De manière à ce que ce dernier puisse compenser quand le gouvernement au pouvoir manque à ses devoirs.

La langue de l’immigration

L’article 15 modifie la Loi 101 afin de permettre à l’État québécois de communiquer dans une autre langue que le français avec les personnes immigrantes durant les six premiers mois de leur arrivée au Québec. C’est ce qui se fait déjà depuis toujours. Et cela n’est pas normal.

Depuis des années, je soutiens qu’il devrait être obligatoire pour chacun candidats à l’immigration à titre de travailleur qualifié de parler français avant d’arriver au Québec.

En d’autres mots, avant de recevoir un certificat de sélection, le candidat à l’immigration et son conjoint doivent démontrer une connaissance intermédiaire ou avancée du français. Sinon, leur demande sera rejetée.

Ce faisant, le Québec s’inspirerait de la Grande-Bretagne. Dans ce pays, l’immigrant ne peut pas mettre le pied sur le sol britannique s’il n’a pas déjà la connaissance de l’anglais. De manière conséquente, un citoyen britannique ne peut pas faire venir son conjoint de l’Étranger si cette personne ne parle pas l’anglais.

Au lieu de cela, la CAQ veut perpétuer la politique migratoire du Parti libéral, une politique qui échoue depuis des années à assurer la pérennité du français. Pourquoi ?

La raison est simple.

Le Québec n’accepte que les candidats à l’immigration qui s’engagent par écrit à apprendre le français.

Les cours de français qu’on leur offre gratuitement connaissent beaucoup de succès. D’autant plus que les immigrants sont payés pour y assister. En arrivant au Québec, c’est souvent leur seule source de revenus.

Mais il y a un hic; depuis toujours, ces cours n’ont pas d’obligation de réussite.

Dans une faible majorité des cas, ceux qui y assistent réussissent à apprendre notre langue. C’est bien. Mais les autres aimeraient aussi apprendre le français s’il suffisait de claquer les doigts pour ce faire; ils n’ont pas la motivation suffisante de l’apprendre parce qu’ils savent qu’ils se débrouilleront très bien au Québec en anglais.

Conséquemment, la loi 96 ne change rien d’important dans la politique migratoire du Québec.

La langue d’enseignement

Dans tous les pays du monde, la seule langue enseignée à l’école publique est la langue nationale. Ce qui ne veut pas dire qu’une langue seconde ne puisse pas y être accessoirement enseignée.

Au Québec, si un parent exige que l’enseignement offert à ses enfants se fasse dans n’importe quelle autre langue, c’est son droit, mais à ses frais. En d’autres mots, ses enfants doivent aller à l’école privée.

Sauf évidemment pour les angloQuébécois. Ceux-ci ont le droit constitutionnel à l’enseignement de leur progéniture en anglais. Ce que personne ne conteste.

L’article 56 de la loi 96 autorise l’enseignement en anglais aux enfants d’un ressortissant étranger qui séjourne au Québec de façon temporaire, c’est-à-dire pendant moins de trois ans.

On peut comprendre le cas de parents américains qui viennent étudier à l’université McGill. Mais je ne vois pas pourquoi le contribuable québécois devrait payer l’école publique anglaise à un riche PDG qui a les moyens d’envoyer ses enfants à l’école privée anglaise.

Quant aux travailleurs temporaires et aux réfugiés, que font-ils en Allemagne ? Ils vont à l’école publique allemande. Et en Italie ? À l’école publique italienne. Et ainsi de suite.

Si l’école française est obligatoire pour tous les néoQuébécois, pourquoi faire exception alors qu’ils sont à l’étape de leur installation au pays à titre de réfugiés ?

Pour ce qui est de l’enseignement collégial, l’article 58 (qui s’applique à lui) est, de loin, la plus opaque de la loi 96.

C’est un spaghetti de références croisées à d’autres lois. En quelques mots, ce qu’il dit, c’est que les lycées anglais peuvent accueillir un maximum de 17,5 % d’étudiants francophones. Ce qui est déjà le cas.

La loi 96 enfonce donc des portes ouvertes et contribue à perpétuer une anglicisation qu’elle est censée combattre.

L’article 58 précise qu’aucun diplôme collégial ne peut être émis par le ministère de l’Enseignement à quelqu’un qui échoue à l’examen de français auquel sont astreints tous les collégiens du Québec, peu importe leur langue maternelle.

En somme, les lycées anglophones peuvent continuer à angliciser le Québec, mais pas au point de faire oublier le français aux étudiants francophones qu’ils admettent. C’est rassurant…

La langue de la consommation

L’étiquetage et le mode d’emploi

L’article 41 exige que l’entreprise qui offre au consommateur des biens ou des services respecte son droit d’être informé et servi en français. Ceci très bien.

Dans les années 1960, la loi permettait aux citoyens qui avaient acheté un produit dont l’étiquette était unilingue anglaise de s’adresser à la Cour des petites créances pour y poursuivre le marchand. Précisons qu’à ce tribunal, on n’a pas besoin d’être représenté par un avocat.

En preuve, il suffisait de soumettre la facture du marchand et l’étiquette du produit. Le montant de la condamnation était versé intégralement au plaignant.

En moins de deux ans, il était devenu impossible de trouver un seul produit étiqueté uniquement en anglais au Québec.

Voilà ce à quoi je faisais allusion plus tôt au sujet de la nécessité de confier une partie des pouvoirs répressifs de l’État aux citoyens quant à la défense du français.

Les transactions immobilières

L’article 45 permet que les contrats de vente des bâtisses soient rédigés exclusivement dans une autre langue que le français si telle est la volonté expresse des parties.

Normalement, un droit fondamental est inaliénable. Dans un contexte de déséquilibre profond entre les vendeurs et les acheteurs de biens immobiliers, n’importe quel acheteur francophone renoncera à un contrat de vente en français si le vendeur l’exige.

Il serait préférable que toute vente survenue exclusivement en anglais devienne un don de propriété, même lorsque cette vente intervient entre deux angloQuébécois.

En d’autres mots, la maison serait alors gratuite. Vous verriez qu’en peu de temps, plus aucun contrat de vente ne serait rédigé exclusivement en anglais.

La langue d’affichage

La loi 96 prescrit la prédominance du français dans la langue d’affichage.

Il y eut une époque où la loi exigeait la francisation des marques de commerce. Il en est resté des entreprises comme Bureau en gros et Pharmaprix.

Ces entreprises sont si bien connues de nos jours que l’immense majorité des Québécois seraient incapables de dire quel était leur nom d’origine.

Pour ce qui est de la prédominance du français, c’est déjà mieux que ce que font d’autres pays francophones. Mais le ministre aurait pu faire preuve de plus d’audace.

La langue de la justice

La langue des tribunaux

Le troisième paragraphe de l’article 4 prescrit que toute personne ait droit à une justice et à une législation en français.

Ce droit à la justice en français est flou. Comme c’est le cas actuellement, est-ce qu’un juge peut rendre un jugement en anglais dans une cause où l’accusé est unilingue français et où toutes les preuves ont été soumises en français ?

Oui si l’État québécois a la corvée de traduire en français les décisions prises par certains des juges nommés par Ottawa. L’article 10 oblige donc l’État québécois à compenser la carence linguistique de ces juges. On se demande pourquoi.

La loi 96 était une occasion en or pour obliger les juges incapables de rendre justice en français de se récuser dans les causes où l’accusé est unilingue français (ce qui est le cas de la moitié des Québécois).

D’autre part, la loi 96 donne le droit aux angloQuébécois d’être jugés dans leur langue. Il est dommage que cette loi n’étende pas ce droit aux peuples autochtones du Québec.

D’ici à ce qu’il y ait au moins un juge pour chacun des onze peuples autochtones du Québec — onze juges pour tout le Québec, ce n’est pas la mer à boire — l’État québécois devrait se doter de la capacité de traduire les jugements rendus dans des causes où l’accusé est autochtone et ne parle aucune des deux langues officielles du Canada.

Puisque le racisme systémique n’existe pas au Québec, dit-on, agissons en conséquence…

La langue du législateur

Qu’ils soient francoQuébécois ou angloQuébécois, tous les citoyens doivent être capables de lire les lois qui les concernent.

Voilà pourquoi la Canadian Constitution rend obligatoire la publication bilingue des lois québécoises et des règlements qui en découlent.

Mais il est écrit nulle part que les projets de loi doivent être bilingues lorsqu’ils sont soumis à l’Assemblée nationale ou à n’importe à quelle étape de leur adoption.

On le fait en raison d’un jugement de la Cour suprême du Canada à l’époque où celle-ci était dirigée par le juge Michel Bastarache.

Comme un prestidigitateur, celui-ci avait sorti de sa manche, la notion d’obligation constitutionnelle ‘implicite’. Depuis son départ, la Cour suprême est revenue à une doctrine d’interprétation constitutionnelle beaucoup plus rigoureuse.

Tout comme la Cour suprême des États-Unis pourrait bientôt changer d’attitude au sujet de l’avortement, il est étonnant que le gouvernement du Québec veuille enchâsser la jurisprudence ‘molle’ du juge Bastarache dans une loi supralégislative comme la loi 96 alors que cette jurisprudence pourrait un jour être renversée par le plus haut tribunal du pays.

Les lois de l’Assemblée nationale doivent être publiées dans les deux langues. C’est ce que dit le texte de la constitution. Ça suffit.

Rappelons-nous qu’il y a plus de trente ans, la Cour suprême a ordonné au gouvernement fédéral de traduire en français toutes les dispositions du British North America Act qui ont encore force de loi. Ce que le fédéral tarde à faire depuis.

Le ministère de la langue française

L’autre mesure phare de la loi 96, c’est la création d’un ministère de la Langue française.

Peu importe son importance théorique, un ministère n’a que l’influence qu’on veut bien lui accorder.

Rappelons-nous les doléances de la ministre responsable des Ainés et des Proches aidants, Mme Marguerite Blais, quant à son peu d’influence au sein du Conseil des ministres.

Le fait qu’elle soit toujours en poste en dépit de son aveu d’impuissance prouve bien le peu de cas que ses collègues font de ce qu’elle dit.

En conséquence, il n’est pas exclu de penser que le ministre de la Langue française, tout comme ses collègues à l’Environnement et à l’Agriculture, fasse un jour partie des grands oubliés de l’Histoire…

La loi 96 crée également le poste de commissaire à la langue française et un poste de commissaire adjoint.

Donc en plus du poste de président de l’Office de la langue française (un poste qui existe déjà), le gouvernement crée le poste de ministre de la Langue française, de même que ceux de commissaire et de commissaire adjoint à la langue française.

Ce qui prouve bien que le premier ministre était sérieux lorsqu’il a promis de créer des emplois payants…

Hydro-Québec

La partie 2 de la loi fédérale C-69 exige que tout projet de développement hydroélectrique soit soumis à l’approbation du Canadian Energy Regulator, un tribunal administratif basé à Calgary.

Ottawa justifie son intervention par la nécessité de protéger la population canadienne. Comme si la production et le transport de l’électricité étaient aussi dangereux que le transport d’hydrocarbures.

Pour hâter la décision des juges albertains, si Hydro-Québec soumet ses devis techniques en anglais, cela a pour effet d’angliciser le fonctionnement interne de cette société d’État.

La loi 96 doit interdire cela. Si les juges albertains sont unilingues anglais (ce qui est probable), le Québec doit résister à la solution de facilité qui consiste à parler la langue de l’État colonial canadien.

Et si le tribunal albertain se traine les pieds pour forcer Hydro-Québec à fonctionner en anglais, la solution est de fixer un délai maximal pour l’autorisation fédérale à défaut de quoi le Québec procèdera sans la bénédiction symbolique d’Ottawa.

Si le fédéral est incapable d’empêcher des gens contaminés d’entrer au pays en temps de pandémie, comment pourrait-il compter les électrons qui sortent du Canada par des câbles électriques ?

Conclusion

La loi 96 consiste essentiellement à soumettre toutes les moyennes entreprises aux dispositions de la Loi 101.

Aussi souhaitable que soit cette mesure, ce n’est qu’un volet dans une véritable politique linguistique.

Celle-ci doit comprendre une politique migratoire sérieuse, une politique de la langue d’enseignement et, accessoirement, une politique de l’affichage commercial.

Or ces autres volets sont très insuffisants.

En somme, cette loi est un pas dans la bonne direction. Mais compte tenu des attentes élevées qu’avait suscitées le ministre Jolin-Barrette, on s’attendait à un soufflé et on a eu droit à une omelette.

Références :
Être condamné dans une langue qu’on ne comprend pas
La vision dépassée de François Legault
Le critère du français pourrait être abaissé pour certains immigrants au Québec
Le doux sommeil de l’Office de la langue française
Le PQ et la francisation des immigrants
Ottawa veut mettre Hydro-Québec sous tutelle
Projet de loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français
Quatre-millions de Québécois victimes de discrimination à l’embauche

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Carnet santé Québec : l’inscription par le biais de ClicSÉQUR

21 mai 2021

Introduction

ClicSÉQUR est le nom du Service québécois d’authentification gouvernementale.

Ce service est la porte d’entrée électronique qui permet aux citoyens d’accéder à un certain nombre de services en ligne offerts par les ministères et organismes participants.

Pour consulter le contenu de votre Carnet santé Québec, vous devez au préalable vous inscrire à ClicSÉQUR.

Une fois cette étape franchie, vous pourrez consulter la liste des médicaments et des services médicaux facturés à l’État par votre pharmacien et votre médecin. Vous y verrez également le résultat de vos examens de laboratoire ou d’imagerie médicale.

Mais son inscription est parsemée d’embuches.

La demande d’une clé d’activation

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En premier lieu, il faut aller au portail de Carnet santé Québec en cliquant sur ceci

En cliquant sur le bouton ‘Inscription’, vous accédez à la page ci-dessous.

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Cette page est la demande d’une clé d’activation. Celle-ci vous sera expédiée par la poste.

Jusqu’ici, tout est simple.

L’inscription proprement dite

Une fois que vous avez reçu par la poste votre code d’activation, retournez au portail de Carnet santé Québec (ce qui correspond à la première image de cette série).

Si vous cliquez de nouveau sur le bouton ‘Inscription’, cela vous mènera à la page suivante.

Cliquez sur l’image pour l’agrandir

Par contre, si vous cliquez sur l’hyperlien ‘J’ai reçu ma clé d’activation à 4 chiffres’, c’est plutôt à celle-ci que vous accèderez.

Cliquez sur l’image pour l’agrandir

Peu importe la voie choisie, cela donne le même résultat.

Et c’est là que les choses se corsent.

Cliquez sur l’image pour l’agrandir

Après avoir inscrit votre clé d’activation, vous aurez à préciser votre numéro d’assurance maladie. Ce numéro est composé de quatre lettres majuscules suivies de huit chiffres.

Si vous inscrivez ce numéro tel qu’il apparait sur votre carte d’assurance maladie et remplissez le reste du formulaire, dès que vous aurez cliqué sur le bouton ‘J’accepte’, vous recevrez un message d’erreur.

Après trois essais infructueux, votre code d’activation sera invalidé.

De la même manière, si vous entrez votre code postal exactement comme il est, soit deux séries de caractères alphanumériques séparées par un espace, vous échouerez également.

Il vous faudra alors appeler le service d’aide.

Après quelques minutes d’attente, une préposée vous expliquera gentiment qu’il est essentiel que les quatre premières lettres du numéro d’assurance maladie soient tapées en lettres minuscules. De plus, le code postal doit être entré sans espace entre les deux séries de caractères.

En moins de cinq minutes, cette préposée vous enverra un nouveau code d’activation par courriel.

Commentaire

Des milliers de Québécois échouent spontanément à s’inscrire à ClicSÉQUR.

Ce qui rend nécessaire l’embauche de préposées pour les aider. Ceci est un gaspillage des fonds publics. Ces bogues sont connus depuis des mois, sinon des années, et ils tardent à être corrigés.

S’il est nécessaire que les données soient inscrites en majuscules ou en minuscules, il suffit de le préciser à l’écran.

Mais le plus simple est de faire en sorte que cela n’ait pas d’importance. Comment ?

Dans tous les langages de programmation, il suffit d’une seule ligne de code — une seule — pour transformer une variable (le contenu d’une boite de saisie) en majuscules ou en minuscules.

En langage dBASE par exemple, la fonction upper() transforme toutes les lettres minuscules en majuscules, sans affecter celles qui le sont déjà (et sans affecter les chiffres).

À l’opposé, la fonction lower() transforme toutes les lettres majuscules en minuscules, sans affecter celles qui le sont déjà (et sans affecter les chiffres).

N’importe quel étudiant en informatique sait cela. C’est le b-a-ba de la création d’un formulaire en ligne.

Si les informaticiens qui ont créé le portail de ClicSÉQUR étaient des salariés de l’État, cela ferait longtemps qu’ils auraient corrigé ces petites erreurs. Cela prend deux minutes.

Le plus probable, c’est que la création de ce portail a été confiée à une entreprise privée qui a volontairement créé ces bogues dans l’espoir d’obtenir un deuxième contrat à ce sujet.

À la place du ministre responsable, je leur dirais : ‘Je vous donne l’ordre de réparer gratuitement votre erreur à défaut de quoi je vous inscris sur une liste noire qui fera en sorte que vous n’obtiendrez plus aucun contrat de l’État québécois pendant dix ans.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le plat de lentilles du ministre Fitzgibbon

11 mai 2021

Introduction

Google songe sérieusement à implanter un centre de données au Québec. Il s’agit d’un investissement de 735 millions$ qui créera une trentaine d’emplois spécialisés.

Concrètement, qu’est-ce qu’un centre de données ? C’est un immense entrepôt climatisé abritant des centaines de super-ordinateurs fonctionnant jour et nuit à plein régime.

Échanger quatre trente sous pour une piastre

Quelles seront les retombées économiques récurrentes pour le Québec ? Presque aucune.

Les ordinateurs seront achetés à la suite d’un appel d’offres logé auprès des grands fabricants internationaux. Ces derniers achemineront les machines directement à l’entrepôt.

Standardisés d’un centre de données à l’autre, le mobilier et le système de climatisation seront eux aussi livrés directement.

Des dizaines d’ouvriers québécois seront nécessaires au cours de la phase de le construction. Une fois l’entrepôt construit, le centre de données sera complètement automatisé. Il emploiera quelques gardiens de sécurité et une trentaine d’experts pour réparer les machines.

Un centre comme celui de Google héberge les données stratégiques de gouvernements et d’entreprises. Il est impossible pour Google de sous-traiter des pans importants de son fonctionnement sans risquer sa réputation.

Tout au plus, certains fournisseurs locaux pourraient être appelés à fournir quelques pièces de rechange lors d’un bris mécanique puisqu’en pareil cas, toute réparation est urgente.

Le gros bout du bâton

L’Islande et le Québec sont deux endroits très intéressants pour y installer un centre de données; assez semblables, leurs tarifs d’électricité sont parmi les moins chers au monde. Et leur climat rigoureux en hiver permet d’épargner des frais de climatisation.

Or justement, les serveurs informatiques consomment des quantités gargantuesques d’électricité et dégagent beaucoup de chaleur. Une chaleur qui doit absolument être évacuée rapidement à défaut de quoi les puces informatiques surchauffent et finissent par griller.

Comme lieu potentiel pour l’installation d’un centre de données, le Québec jouit de nombreux atouts qui font que c’est le Québec — et non Google — qui a le gros bout du bâton dans toute négociation à ce sujet.

Évidemment, ces grandes compagnies internationales embauchent des démarcheurs qui font miroiter l’importance de l’investissement (735 millions$), le prestige pour le Québec d’accueillir un leadeur technologique, et les salaires payants qui seront versés.

Google a poussé l’audace jusqu’à réclamer que le gouvernement actuel dézone le territoire agricole de 62,4 hectares sur lequel il compte construire son centre de données, quitte à rendre impropres à l’agriculture l’équivalent de 104 terrains de football pris parmi quelques-unes des terres les plus fertiles du Québec.

Ignorant l’avis de la Commission de protection du territoire agricole du Québec, le gouvernement s’est empressé d’adopter un décret pour faire dézoner le terrain convoité par Google.

L’attrape-nigaud

Selon Wikipédia, Google appartient à Alphabet, une société immatriculée dans l’État du Delaware. Ce dernier est un paradis fiscal au sein des États-Unis.

Ce qui signifie que Google paiera au fisc québécois des miettes parmi les profits que dégagera son centre de données du Québec; l’essentiel sera détourné au Delaware puis distribué aux actionnaires à travers le monde.

En somme, les seuls avantages pour le Québec, c’est la vente d’électricité (presque au prix coutant) et l’impôt sur le revenu d’une trentaine d’employés.

Nous savons tous que le Québec possède actuellement de grands surplus d’électricité. Ce n’est pas une raison de les gaspiller en les vendant à bas prix en vertu de contrats à long terme.

Lorsque lorsque ces surplus auront fondu, on ne pourra pas annuler ces contrats et utiliser l’électricité récupérée pour attirer des investissements comportant d’importantes retombées économiques.

Bref, posséder une stratégie industrielle, c’est choisir.

Conclusion

Il ne fait aucun doute que Pierre Fitzgibbon est un homme d’affaires compétent. Mais est-il un bon ministre de l’Économie ?

Il est difficile d’en juger puisque les perturbations économiques occasionnées par la pandémie actuelle l’ont empêché de livrer son plein potentiel à titre de ministre.

Le cas du centre de données de Google sera un moyen d’en juger puisque le flop du mégaprojet d’exportation de gaz naturel au Saguenay était peut-être une simple erreur de débutant à titre de ministre de l’Économie.

Si ce dernier s’aplatit devant Google, heureux de brader une partie des surplus d’électricité du Québec en contrepartie de retombées économiques insignifiantes, il risquera d’être comparé à Ésaü qui, dans la Bible, a échangé son droit d’ainesse pour un plat de lentilles…

Références :
Alphabet (entreprise)
Google veut construire un centre de données en zone agricole à Beauharnois
Il serait «peu probable» que GNL Québec se réalise

Paru depuis :
Google et le problème de 62 hectares (2021-05-14)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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