Délocalisation de la production des médicaments et géopolitique

27 février 2020

C’est bien connu; les enfants qui toussent le font sans se soucier de la propagation de leurs microbes.

Lundi dernier, une famille dont le bébé toussait a été expulsée d’un avion en partance pour Paris à la suite de la plainte d’une autre passagère.

Pendant ce temps, des millions de voyageurs à travers le monde diffèrent leurs vacances, préférant voir comment l’épidémie de Covid-19 évoluera.

Représentant 290 compagnies aériennes (qui assurent 82 % du trafic aérien mondial), l’Association internationale du transport aérien estime que ses membres perdront 27,8 milliards$ en 2020.

À cela s’ajoutent les pertes des autres partenaires de l’industrie touristique; hôtels, restaurants, agences de voyages, etc.

Aujourd’hui, on apprend que l’Arabie saoudite interdira temporairement l’entrée sur son territoire à tous les pèlerins étrangers et que le Japon craint pour la tenue des Jeux olympiques qu’elle doit accueillir cet été.

En provoquant la mise en quarantaine de villes entières, le Covid-19 perturbe l’approvisionnement en matières premières et en produits finis.

Ces jours-ci, les indices boursiers fléchissent légèrement en raison des incertitudes que fait planer le coronavirus sur l’économie mondiale.

Basée sur de faibles données scientifiques, la rumeur se répand aujourd’hui selon laquelle la chloroquine (un vieux médicament contre la malaria) serait efficace contre le Covid-19.

Indépendamment de la véracité de cette rumeur, imaginons qu’un médicament déjà commercialisé depuis longtemps apparaisse soudainement comme le seul traitement efficace et peu couteux contre le coronavirus.

En pareil cas, il y a de très bonnes chances que ce médicament soit fabriqué exclusivement en Chine ou en Inde.

Le Canada a perdu la presque totalité de sa capacité de produire des ingrédients actifs et des médicaments finis, laissant son industrie pharmaceutique délocaliser sa production en Chine ou en Inde afin de réaliser des économies d’échelle.

En conclusion à un texte paru en 2011, j’écrivais :

Le jour où l’approvisionnement en médicaments sera jugé aussi stratégique que l’approvisionnement en pétrole, les gouvernements seront davantage soucieux d’établir des règles qui garantissent à leurs citoyens l’accès ininterrompu en médicaments essentiels à leur vie.

Dans ce cas-ci, que ferait le Canada si notre pays se faisait dire par la Chine : vous libérez immédiatement Mme Wanzhou (de Huawei) ou vous ne recevrez pas un seul comprimé du médicament miracle qui pourrait sauver la vie de milliers de Canadiens ?

Évidemment, Justin Trudeau pourrait déchirer sa chemise et se scandaliser d’un tel chantage. Mais si le numéro du chef d’État indigné devait plutôt amuser les Chinois que de les impressionner, que fera son gouvernement minoritaire ? Laisser mourir des Canadiens ou piler devant le plus fort (ce que font habituellement les petits pays depuis des millénaires) ?

Références :
COVID-19 : l’antimalaria chloroquine, une piste très préliminaire
Jeux de Tokyo et COVID-19 : trop tôt pour s’alarmer, dit l’OMS
L’affaire Huawei : dure pour le Canada, la vie de caniche américain
L’épidémie du COVID-19 coûterait 30 milliards au secteur aérien
Les marchés prennent la mesure de la propagation
Les pénuries de médicaments
Microsoft n’atteindra pas certains objectifs financiers en raison du COVID-19
Terres rares : l’arme secrète de Pékin dans sa guerre commerciale contre Washington ?
Un bébé tousse? Qu’on l’expulse de l’avion!

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Huawei : les différences de détention au Canada et en Chine

22 janvier 2020

Depuis des mois, les journaux canadiens comparent la sévérité de la détention des Canadiens Michael Kovrig et Michael Spavor en Chine à celle, beaucoup plus clémente, de Mme Meng Wanzhou au Canada. Cette dernière est simplement confinée à la prison dorée de sa luxueuse demeure en Colombie-Britannique.

On crie donc à l’injustice.

En réalité, les deux Canadiens en Chine sont traités comme le sont les prisonniers dans ce pays, alors que Mme Wanzhou n’est pas traitée comme n’importe quel prisonnier au Canada.

Mais est-ce la faute de la Chine ?

Dans un pays communiste, tous les prisonniers sont traités durement. Qu’ils soient en attente d’un jugement ou déjà condamnés.

Dans ces pays, la prison est considérée comme une punition; on s’assure que les condamnés n’aient pas le gout de recommencer.

Quant aux simples accusés ultérieurement déclarés non coupables, ce sont des victimes collatérales du système judiciaire de tout pays totalitaire. Que ses dirigeants soient d’extrême droite (comme l’Arabie saoudite) ou d’extrême gauche (comme la Chine).

Quel est le sort des prisonniers en attente d’un jugement ?

Au Canada (mais probablement pas en Chine), les accusés sont habituellement relâchés sous caution en attente de leur procès. À moins qu’on estime que leur remise en liberté comporte un risque pour la société.

Car la prison est vue comme un moyen de protéger la société canadienne. Et c’est par le moyen des libérations conditionnelles qu’on récompense les prisonniers qui expriment leur repentir.

Quant aux condamnations au pays, elles varient selon le statut social du condamné. Cela découle du pouvoir discrétionnaire de la poursuite.

Dans les négociations secrètes entre la défense et la poursuite qui précèdent toute condamnation, lorsque l’avocat de la défense est en mesure d’établir que l’accusé est tellement riche qu’il a les moyens de faire trainer sa cause pendant des années, la poursuite finira par accepter de réclamer elle aussi la clémence du tribunal.

C’est ainsi qu’Anita Obodzinski, après avoir ruiné une personne âgée et l’avoir fait enfermer dans un hospice sécurisé, a été condamnée à purger sa peine à son luxueux domicile.

De la même manière, Pierre Duhaime, PDG de SNC-Lavalin, a été condamné à vingt mois d’emprisonnement avec sursis, une peine qu’il purgera à son domicile. Et ce pour sa contribution à la plus importante fraude de l’histoire du Canada.

Parmi les milliers de condamnés à des peines d’emprisonnement au Canada, seules les personnes riches purgeront leur peine à domicile. Jamais un assisté social n’est condamné à purger sa peine dans son HLM.

Le cas de Mme Wanzhou est donc typique du traitement que le système judiciaire canadien réserve aux personnes fortunées.

Strictement parlant, le statut de la dirigeante chinoise est celui d’une accusée à qui on a refusé la simple remise en liberté et qui a le privilège d’être incarcérée chez elle.

Afin de susciter le ressentiment des Canadiens contre la Chine, on se plait à mettre en évidence le caractère ‘injuste’ des conditions de détention de la dirigeante chinoise (comparées à celles des détenus en Chine).

En réalité, la propagande canadienne ne fait que souligner que le Canada a deux justices; l’une pour les riches et l’autre pour les pauvres.

Références :
La loi ou la force
Le DPCP et l’esprit de caste
Les tribunaux et la vieille au déambulateur

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Missiles iraniens : une dangerosité surfaite ?

11 janvier 2020

Avant-propos : Tout comme les obus, les missiles sont des armes meurtrières. Le texte qui suit concerne leur utilisation comme outils de guerre et n’est donc pas une allusion à cet avion ukrainien récemment abattu par l’Iran.

Cliquez sur l’image pour l’agrandir

Introduction

À la suite d’un attentat terroriste commis par les États-Unis contre le général iranien Qassem Soleimani, ce pays a répliqué par des tirs de missiles visant deux bases américaines en Irak.

Ces frappes n’ont fait aucune victime.

Pour expliquer cela, certaines sources soutiennent qu’afin d’éviter un incident diplomatique avec l’Irak (avec lequel l’Iran entretient de bonnes relations), l’Iran aurait eu la courtoisie de prévenir ce pays ami peu de temps avant l’attaque (demeurée secrète jusqu’alors).

Celui-ci, en retour, aurait averti les Américains (dont les militaires se sont alors réfugiés dans des abris sous-terrain).

Par contre, certains analystes ont émis l’hypothèse que Téhéran a sciemment raté son coup afin d’éviter une escalade des tensions avec Washington

Ceci est extrêmement douteux. Un pays menacé de guerre ne fait pas exprès pour prouver la vulnérabilité de ses défenses ou l’inefficacité de ses moyens d’attaque.

De plus, on ne gaspille pas des millions$ en missiles pour ‘faire semblant’ de se venger alors qu’on pourrait avoir bientôt besoin de cet argent (ou de ces missiles) pour se défendre.

D’autres sources estiment, au contraire, que les missiles iraniens seraient devenus tellement précis que l’Iran aurait choisi — à l’aveugle puisqu’on était en pleine nuit — de faire la distinction entre les casernes (où les soldats dormaient) et les hangars qui ont été ciblés et détruits. D’où l’absence de victimes.

Quinze ou seize missiles ont été tirés. Onze ont frappé la base militaire d’Ayn al-Assad (photo ci-dessus) tandis qu’un autre a frappé une base américaine située près d’Erbil.

Une première constatation : les bases américaines en Irak ne sont pas protégées par des missiles antimissiles.

De plus, trois ou quatre missiles se sont écrasés dans la campagne irakienne et donc, ont complètement raté leur cible.

D’où la question : les missiles iraniens sont-ils aussi précis qu’on le prétend ?

Les missiles russes

Les missiles iraniens proviennent de deux sources : ceux importés de Russie et ceux fabriqués en Iran.

La technologie antimissile russe est la plus efficace et la plus précise au monde.

En 2007, l’Iran avait obtenu 29 véhicules antiaériens mobiles Tor-M1 en vertu d’un contrat de 700 millions$ signé deux ans plus tôt avec Moscou.

Quoique très efficace, le système antimissile Tor-M1 n’est pas le plus sophistiqué de l’arsenal russe puisqu’il est maintenant vieux de deux décennies. Le cout unitaire de chaque véhicule est de 25 millions$.

En 2010, à l’époque du président russe Dmitry Medvedev, des pressions américaines et israéliennes avaient provoqué l’annulation d’un contrat de vente à l’Iran des redoutables missiles russes S-300.

Depuis le retour de Poutine à la résidence russe, Moscou se dit prêt à vendre des missiles S-300VM (encore plus puissants) à l’Iran. Une offre que Téhéran ne semble pas avoir acceptée.

Ce qui fait sans doute hésiter l’Iran, c’est le prix unitaire de ces véhicules antiaériens; 120 million$. Il s’agit d’une somme considérable pour un pays dont l’économie est étranglée par les sanctions américaines.

L’Iran peut évidemment pratiquer le troc avec Moscou. Mais quoi donner en retour ? La Russie est déjà un des principaux exportateurs de pétrole.

En raison des couts élevés de la technologie antimissile russe, l’Iran fabrique ses propres missiles. C’est sa principale source d’approvisionnement.

Les missiles faits en Iran

En 2018, le budget militaire iranien était de 13 milliards$US (environ le cinquième de celui de l’Arabie saoudite).

Son arsenal de drones et de missiles est le plus important du Moyen-Orient. Les Américains estiment que l’Iran en aurait des milliers, d’une douzaine de variétés.

Ceux dont la portée est la plus courte sont des missiles sol-air destinés à abattre des avions de chasse et des bombardiers ennemis.

Les missiles dont la portée est plus longue sont des missiles sol-sol. Les missiles Fateh ont une portée entre 200 et 300 km. Ce sont ceux que l’Iran a utilisés la semaine dernière contre les deux bases américaines.

Ceux qu’Israël craint sont des missiles sol-sol dont la portée est encore plus longue; les Shahab.

Les plus puissants d’entre eux pourraient atteindre des cibles situées à deux-mille kilomètres.

En balistique, l’écart circulaire probable (ÉCP) est le rayon du cercle à l’intérieur duquel tombent la moitié des frappes. En somme, c’est une mesure de la précision des missiles.

L’ÉCP des missiles Shahab-3 originels (ceux de 2002) était de 2,5 km. Une telle imprécision est inacceptable.

Membres de cette famille, les missiles Ghadr-1 sont apparus en 2015. Ces derniers sont cinq fois plus précis; leur ÉCP est de 300 mètres.

Le 12 juin dernier, l’aéroport saoudien d’Abha — situé à 306 km du Yémen — a été bombardé par les rebelles de ce pays.

À cette occasion, le missile (probablement d’origine iranienne) a raté la tour de contrôle. Si bien que c’est la salle d’arrivée des voyageurs qui a été endommagée.

Cette imprécision est compatible avec les renseignements qu’on possède au sujet de l’ÉCP actuel des missiles iraniens.

Cela contraste avec la précision ‘chirurgicale’ des frappes du 14 septembre dernier contre les sites pétroliers saoudiens.

Ce qui donne plus de poids à l’hypothèse — avancée sur ce blogue — selon laquelle ces frappes ont été tirées à bout portant par la dictature saoudienne contre ses propres installations dans le but de forcer les États-Unis à entrer en guerre contre l’Iran.

Conclusion

Le complexe militaro-industriel américain a continuellement besoin de nouvelles guerres pour maintenir l’emploi.

Ce complexe est un allié de l’OTAN. Afin de justifier son existence, ce dernier doit absolument exagérer la dangerosité des menaces ennemies.

D’abord, la Russie.

Alors que l’armée américaine est cinq à dix fois plus puissante que l’armée russe — en d’autres mots, alors que le risque de guerre mondiale est nul — l’OTAN s’est lancée depuis 2014 dans une course aux armements.

Le prétexte en a été l’annexion russe de la Crimée. L’OTAN feint d’ignorer que cette annexion était souhaitée par les Criméens eux-mêmes (qui l’ont adoptée par référendum). Ce que l’OTAN compare abusivement à l’invasion de la Pologne par l’Allemagne nazie en 1939.

Puis, la Chine.

Les États-Unis (et les ONG qu’ils financent) estiment qu’un million d’Ouïgours sont emprisonnés en Chine.

S’il ne fait aucun doute que la Chine a créé des ‘camps de rééducation’ afin de venir à bout des violences inter-ethniques dans l’ouest du pays, on se demande comment la Chine pourrait loger un million de personnes sans qu’on ait des photos satellites pour prouver l’ampleur de cette incarcération.

De plus, il ne faudrait pas oublier qu’il y a officiellement deux millions de prisonniers aux États-Unis, un pays quatre fois moins populeux.

Donc, même si un million d’Ouïgours étaient vraiment emprisonnés, les États-Unis demeureraient le champion mondial de l’incarcération.

Et l’Iran.

De la même manière, l’Iran nous est présenté comme une grande menace terroriste.

Selon les dépêches diplomatiques américaines révélées par Wikileaks, l’Arabie saoudite est le principal financier du terrorisme international.

L’Iran n’est impliqué que dans un terrorisme de portée régionale, comme le sont eux-mêmes presque tous les autres pays de la région.

Il est indiscutable que le général Soleimani planifiait de tuer des soldats américains. Toutefois, on doit admettre que tous les généraux au monde planifient de tuer des ennemis. Pour n’importe quel pays, à quoi ça sert d’avoir une armée si les soldats refusent de tuer des envahisseurs ?

Menacé de guerre par les États-Unis — le seul pays qui, jusqu’ici, ait utilisé l’arme nucléaire — l’Iran sait que seule son adhésion au club des détenteurs de l’arme atomique est susceptible de faire hésiter les Américains à l’envahir. Comme c’est le cas pour la Corée du Nord.

D’ici à ce qu’elle obtienne suffisamment de combustible nucléaire pour créer sa première bombe, l’Iran a choisi de développer son programme de missiles.

Il ne s’agit pas d’une stratégie offensive puisqu’on ne gagne pas de guerre à coups de missile ou de bombardements; l’échec américain en Syrie en est la preuve.

Il s’agit d’une stratégie de dissuasion. L’Iran sait que ses voisins hostiles (notamment l’Arabie saoudite) hésiteront à lui faire la guerre si leurs villes sont susceptibles d’être bombardées par des missiles iraniens alors que la technologie antimissile américaine sera impuissante à les protéger.

Références :
Emad, Ghadr (Shahab-3 Variants)
Fateh-110
How strong is Iran’s military?
Le mystère des attaques contre les champs pétroliers saoudiens
L’Iran riposte aux États-Unis
Russia offers to sell anti-aircraft missiles to Iran
Russia will supply new anti-aircraft missiles for Iran
S-300VM missile system
Tor missile system
2020 Iranian attack on U.S. forces in Iraq

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Climat : le déni australien

8 janvier 2020

 

 
Introduction

Depuis aout dernier, les feux de brousse australiens ont détruit la végétation sur 84 000 km², réduit en cendres plus de 2 500 bâtiments (dont 1 300 maisons), tué une vingtaine de personnes et plus d’un demi-milliard d’animaux (dont des dizaines de milliers de koalas).

Jusqu’ici, les feux ont produit 250 millions de tonnes de gaz à effet de serre.

Le 18 décembre, l’Australie a connu la journée la plus chaude de son histoire (avec une moyenne nationale de 41,9°C). Le lendemain, dans la Plaine de Nullarbor (au sud-ouest du pays), le mercure a atteint 49,9°C.

Les deux pieds dans l’âge thermo-industriel

Depuis un demi-siècle, l’Australie a multiplié par sept sa production de charbon. Annuellement, elle est passée de 67,3 millions de tonnes en 1970, à 118,0 en 1980, à 210,4 en 1990, à 312,0 en 2000, à 434,4 en 2010 et à 492,8 en 2016.

Le pays est le quatrième producteur de charbon (derrière la Chine, les États-Unis et l’Inde) et le premier exportateur mondial.

En 2018, la production d’électricité était tirée à 82,9 % des combustibles fossiles; essentiellement le charbon (60,4 %) et le gaz (20,6 %).

Selon Greenpeace, les centrales au charbon australiennes comptent parmi les plus polluantes au monde quant au dioxyde de soufre : le pays ne possède aucune législation à ce sujet.

Les vastes étendues désertiques du centre du pays se prêtent très bien à la production d’énergie solaire. Pourtant, celle-ci ne représente que 3,8 % de la production nationale d’électricité.

Le pays produit 15,6 tonnes de CO2 par habitant, soit 3,6 fois la moyenne mondiale (et 7 % de plus que chaque Américain).

Si bien que c’est le pays à la plus forte empreinte écologique par habitant. Si chaque personne dans le monde consommait comme la moyenne des Australiens, l’Humanité aurait besoin de 5,2 planètes Terre pour subvenir à ses besoins.

Selon le 2020 Climate Change Performance Index, l’Australie est le 56e pire pays au monde (sur les 61 évalués) quant à ses émissions de gaz à effet de serre, à sa consommation énergétique, à son utilisation des énergies renouvelables et à ses politiques environnementales.

Le pouvoir de News Corporation

L’Australie est aux prises avec une importante concentration de la presse.

Contrôlé par la famille Murdoch, News Corporation possède près de 70 % des quotidiens du pays.

Depuis des années, cet empire médiatique nie l’importance des changements climatiques et fait ouvertement campagne contre ceux qui tentent d’alerter l’opinion publique à ce sujet.

Dans l’édition d’aujourd’hui du plus influent quotidien du pays, The Australian, les nouvelles au sujet des feux de brousse du pays occupent une place insignifiante.

Même chose pour The Courrier-Mail et le Herald Sun.

Résultat de cette manipulation de l’opinion publique, le pays est dominé depuis des décennies par des gouvernements climatosceptiques voués à la promotion des intérêts des producteurs de combustibles fossiles.

C’est ainsi que depuis 1996, l’Australie tente de miner les efforts internationaux en vue de limiter la production de gaz à effet de serre.

Pourtant.

Entre 2000 et 2013, 22 % des forêts intactes de ce pays ont été détruites. Un tiers des espèces d’insectes recensées en Australie est en risque d’extinction.

Depuis 2014, le pays a connu trois gouvernements dirigés par le Parti libéral d’Australie.

Durant son mandat d’un peu moins de deux ans (de 2013 à 2015), Tony Abbott supprimait le ministère des Sciences, l’Autorité du changement climatique, la Commission du climat et la taxe carbone (instaurée un an plus tôt).

Son gouvernement a approuvé en 2014 le rejet — dans les eaux de la Grande Barrière de corail — des déchets de dragage provenant des travaux d’extension d’un port d’exportation de charbon. Or la Grande Barrière avait déjà perdu plus de la moitié de ses coraux entre 1987 et 2014.

De 2015 à 2018, son successeur (Malcom Turnbull) a tenté en vain de faire en sorte que l’Australie s’engage à réduire des émissions polluantes. Mais il a dû y renoncer en raison de la fronde d’une dizaine de ses députés.

Depuis aout 2018, il a été remplacé par Scott Morrison, un climatoseptique notoire. Celui-ci a répété ces dernières semaines qu’il en faisait déjà assez contre le réchauffement climatique et que sa politique environnementale ne pouvait pas être tenue responsable des incendies.

Conclusion

Le cas de l’Australie montre comment la concentration de la presse aux mains de quelques uns peut conduire tout un peuple à l’aveuglement collectif.

Références :
Australia Is Committing Climate Suicide
Australia ranked worst of 57 countries on climate change policy
Australie
Énergie en Australie
Feux de brousse en Australie (2019-2020)
L’Australie brûle dans l’indifférence de ses journaux
Liste des pays par production de charbon
News Corporation

Paru depuis :
Une catastrophe prévisible (2020-01-16)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Talibans et Trump, des iconoclastes modernes

6 janvier 2020

Peu après avoir jeté les troupes russes hors d’Afghanistan, les nouveaux maitres du pays (les Talibans) avaient résolu de purger le pays des traces de son passé pré-islamique.

Leur dynamitage en mars 2001 des trois Bouddhas de Bâmiyân (sculptées entre le IIIe et le VIIe siècle) a suscité une réprobation planétaire.

Indignée, Washington se drapait alors de la parure vertueuse du défenseur de la Civilisation.

Mais deux décennies plus tard, la barbarie a changé de camp et contamine maintenant les plus hauts sommets de l’État le plus puissant du monde.

Pour venger la simple humiliation subie par les États-Unis lors de la Crise des otages américains en Iran en 1981 —  au cours de laquelle 52 Américains furent otages de ravisseurs Iraniens (sans y perdre la vie) — Donald Trump a menacé de détruire 52 sites ayant une grande importance culturelle aux yeux des Iraniens.

Pour avoir une idée de ce que Trump menace de détruire, on cliquera sur ceci.

Soyons optimistes et parions que tout ceci n’est que du bluff.

Toutefois, on peut s’inquiéter du fait que la pensée de détruire de tels trésors ait traversé l’esprit d’un des chefs d’État les plus belliqueux de l’Histoire moderne (pourtant riche à ce sujet).

Et on peut craindre encore plus de le voir se glorifier de posséder le pouvoir de les anéantir.

Comme dans ce film de Chaplin où un chef d’État grisé par sa puissance s’amuse avec un globe terrestre qu’il traite comme un ballon de plage…

Si j’étais Américain, je serais humilié de voir que la moitié de mon peuple ait porté au pouvoir quelqu’un dont personne ne peut garantir qu’il est sain d’esprit (pensez à sa volonté d’acheter le Groenland) ou qu’il possède la maturité nécessaire à la fonction qu’il occupe (dans ce cas-ci).

On ne peut promouvoir la démocratie américaine quand celle-ci donne de si pitoyables résultats.

Références :
Bouddhas de Bâmiyân
Crise des otages américains en Iran
Donald Trump’s belligerent threats to Iran’s cultural sites are grotesque
Trump menace de frapper 52 sites en Iran

Paru depuis :
Menaces contre les sites patrimoniaux iraniens: Donald Trump isolé (2020-01-07)
Ispahan brûle-t-il? (2020-01-11)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Écosse : l’union britannique ou européenne ?

23 décembre 2019
Les brumes de l’indécision

Le produit intérieur brut (PIB) de l’Écosse est de 277 milliards$Can (190 milliards d’euros).

C’est 42 374$ par habitant, soit un peu plus qu’au Québec (39 851$), qu’en France (39 463$), et que dans l’ensemble du Royaume-Uni (38 190$).

L’Écosse exporte la moitié de sa production de biens et de services.

Du 139,3 milliards$ exporté, le reste du Royaume-Uni en achète 83,7 milliards$ (60 %), les autres pays de de l’Union Européenne en prennent 25,5 milliards$ (18,3 %) et le reste — 30,1 milliards$, soit 21,6 % — se disperse aux quatre coins du monde.

Puisque son économie et les emplois dépendent à ce point du commerce avec les iles britanniques, l’Écosse ne devrait-elle pas craindre les représailles économiques de Londres si le divorce écossais devait s’effectuer d’une manière qui déplairait à son puissant voisin ?

Il n’est pas possible de répondre à cette question sans connaitre la balance commerciale de l’Écosse. En d’autres mots, il faut se demander qui vend le plus à qui.

Si l’Angleterre vend plus à l’Écosse que l’inverse, c’est l’Angleterre qui a intérêt à ne pas indisposer l’Écosse et non le contraire.

Étonnamment, il ne semble pas y avoir de données récentes au sujet des exportations britanniques vers l’Écosse. Même les publications émises par le gouvernement écossais admettent cette lacune.

Toutefois, on sait qu’entre 1998 et 2012, la balance commerciale écossaise a affiché un déficit commercial d’environ dix-milliards de livres sterling par année si on exclut les ventes d’hydrocarbures écossaises extraites de la mer du Nord.

Cette exclusion se justifie par le fait que si l’Angleterre n’en voulait pas, d’autres pays se bousculeraient aux portes de l’Écosse pour en acheter.

En somme, si la situation n’a pas changé, l’Angleterre dépend plus de l’Écosse que l’inverse.

Tobacco Merchant’s House (1775)

Pendant des siècles, les marchands écossais ont été victimes de discrimination de la part des marchands londoniens. Quand les premiers avaient du succès dans un secteur de l’économie — le commerce du tabac avec la Virginie, par exemple — les seconds se faisaient octroyer un monopole royal à ce sujet.

Bref, le désir d’autonomie des Écossais prend racine profondément dans l’histoire et la culture de cette partie du monde.

Et aujourd’hui, une partie des Écossais — minoritaire à un premier référendum — font le pari que leur nation a plus d’avenir dans un marché de 446 millions de personnes (sur le continent européen) qu’avec les 61 millions de personnes qui habitent le reste du Royaume-Uni.

Références :
Export Statistics Scotland 2017
L’économie écossaise en dix chiffres
Scotland’s Economy : recent developments

Détails techniques des photos : Canon PowerShot G6
1re photo : 1/1250 sec. — F/2,8 — ISO 400 — 9,1 mm
2e  photo : 1/800 sec. — F/2,0 — ISO 50 — 7,2 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Crytomonnaies : la Libra et la DCEP chinoise

8 décembre 2019

La Libra, de Facebook

C’est en 2020 que devrait apparaitre Libra, la crytomonnaie promue par Facebook.

Contrairement au Bitcoin, dont la valeur est spéculative, le cours de la Libra sera stabilisé par des réserves équivalentes en devises que possèdera la fondation privée émettrice, la Facebook Global Holdings.

À l’origine, le projet de Facebook était appuyé par 28 partenaires financiers. Certains se sont retirés du projet depuis (eBay, Master Card, PayPal, Visa). Même s’il devait être abandonné de tous, Facebook a les reins suffisamment solides pour mener seul son projet à bon port.

Depuis 2015, il est possible aux États-Unis — et en France depuis 2017 — de transférer de l’argent à partir de Messenger.

L’expéditeur et le destinataire doivent évidemment avoir inscrit leur carte bancaire dans leurs profils Facebook respectifs. Comme PayPal le fait déjà sur eBay.

Toutefois, la procédure peut prendre jusqu’à trois jours en raison des délais imposés par les institutions financières intermédiaires.

Libra se veut une solution à ces délais; le transfert serait instantané comme le texte expédié par messagerie. De plus, Facebook assure qu’elle prendra à sa charge tous les frais de transaction normalement imposés par les banques concernées.

Non seulement la cryptomonnaie de Facebook est une solution de remplacement à Western Union et à PayPal, mais dans les pays du tiers-monde, la Libra offre aux épargnants la possibilité de se protéger d’une inflation galopante ou d’une dévaluation anticipée de la devise nationale.

En Inde, depuis février 2018, Facebook propose la Unified Payment Interface, une plateforme de paiement dématérialisé utilisée par un million de personnes.

La DCEP chinoise

En raison de la taille du marché intérieur chinois, le yuan est déjà une des devises les plus utilisées au monde.

Mais il n’y a pas de commerce électronique sans paiement électronique.

Afin de rendre son économie plus efficace, la Chine songe à implanter une monnaie électronique officielle qui serait émise par la Banque populaire de Chine.

L’objectif serait de supprimer les frais de transactions imposés par les banques, en plus de faciliter les flux monétaires entre elles.

Pour l’instant, cette devise électronique est connue sous le nom de Digital Currency for Electronic Payment (ou DCEP).

Les géants chinois de la distribution au détail — et les dirigeants de WeChat, équivalent chinois de Facebook — ont été avisés qu’ils seront obligés d’accepter les paiements en DCEP, ce qui en fera la devise électronique la plus acceptée au monde dès qu’elle sera offerte.

Les comptes en DCEP seront des comptes bancaires virtuels qui, à la différence de ceux en Bitcoin, seront garantis par la banque centrale du pays.

Il suffirait que celle-ci crée une carte de débit émise par les institutions bancaires du pays pour que la DCEP entre en compétition, au niveau du commerce de détail, non seulement avec les billets de banque chinois, mais également les cartes de crédit occidentales.

La carte de crédit chinoise UnionPay est déjà acceptée par 54 millions de commerces dans 174 pays. Il n’est pas exclu de penser qu’une carte de débit en DCEP puisse éventuellement la supplanter et menacer la suprématie de VISA et de MasterCard dans la vente au détail partout sur la planète.

Bien plus, il suffira aux employeurs de verser les salaires en DCEP et aux commerçants de l’accepter pour que toutes les succursales bancaires du pays ne servent plus qu’à émettre du crédit.

Si cela devait arriver, cela donnerait à l’État chinois le pouvoir de surveiller directement toutes les transactions financières du pays et de sévir contre les dissidents politiques en gelant leurs avoirs en DCEP.

Mais pourquoi la Chine songe-t-elle à faire de la DCEP une cryotomonnaie alors qu’il est beaucoup plus facile d’en faire une simple monnaie électronique ?

C’est que le principe de l’extraterritorialité des lois américaines repose sur le droit de regard que s’attribuent les États-Unis dès qu’une transaction est libellée en dollars américains.

C’est ainsi qu’en 2018, une dirigeante de Huawei a été arrêtée au Canada parce qu’une succursale de Huawei située à Hong Kong a vendu à une entreprise iranienne des ordinateurs alors que la transaction a été effectuée hors du sol américain. Ce qui viole non pas l’embargo décrété par l’ONU, mais celui décrété par Washington, beaucoup plus sévère. Le tout parce que la transaction était en dollars américains.

En devenant cryptée, la transaction en DCEP devient totalement opaque. L’émetteur peut voir l’argent qui disparait de son compte alors que le destinataire voit l’argent arriver dans le sien sans que personne sache très bien ce qui est survenu entre les deux.

Même si elle devait transiter sur des serveurs américains — autre critère qui justifierait l’extraterritorialité des lois américaines — Washington ne sait pas d’où vient l’argent, à qui elle est destinée et combien d’argent a été transféré.

Non seulement une cryptomonnaie stable dont la valeur est garantie comporte d’énormes avantages, mais elle constitue une menace à la suprématie que possèdent la City de Londres et Wall Street sur l’économie mondiale.

Et ce, en raison de l’incertitude que font planer les États-Unis en s’arrogeant un droit de regard sur la grande majorité des transactions financières effectuées par ces deux capitales financières.

Pour l’instant, rien n’empêcherait ces deux capitales d’offrir des services financiers libellés en DCEP. Mais connaissant Washington, on peut s’attendre à ce que la DCEP soit aussitôt interdite sous le prétexte qu’elle peut servir au blanchiment d’argent (ce qui est vrai aussi pour le Bitcoin). En réalité, la véritable raison sera qu’elle représente une menace à la suprématie américaine.

Concrètement, une telle interdiction signifie que vous et moi ne pourrons pas encaisser des fonds en DCEP dans des banques canadiennes.

À l’heure actuelle, douze pays sont l’objet de sanctions économiques de la part des États-Unis. Ce sont autant de pays qui seront heureux de se joindre à la deuxième économie mondiale (la Chine) pour faire commerce en DCEP.

Références :
A Chinese digital currency is the real threat, not Facebook’s Libra
DCEP: China’s National Digital Currency Overview
La Chine, puissance dominante du bitcoin, la crypto-monnaie libertaire
L’affaire Huawei : dure pour le Canada, la vie de caniche américain
Le chinois UnionPay vient défier Visa et Mastercard en Europe
Les premiers partenaires de la crypto-devise chinoise seraient Alibaba et Tencent
Libra (cryptomonnaie)
Vous pouvez désormais envoyer de l’argent à vos amis sur Facebook Messenger

Paru depuis :
Banque de France vs Facebook : Paris dégaine son propre projet de monnaie dématérialisée (2019-12-09)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Effets du protectionnisme américain contre la Chine

6 novembre 2019

La Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement a publié hier un rapport au sujet des effets de la guerre commerciale que se livrent les États-Unis et la Chine sur le commerce américain.

En gros, les États-Unis ont imposé une taxe de 25 % sur 200 milliards$US d’importations chinoises, de 15 % sur une autre tranche de 125 milliards$US de biens importés de Chine, alors qu’une dernière tranche de 175 milliards n’était pas affectée.

Si l’objectif de Donald Trump était qu’on produise de nouveau aux États-Unis des biens que les États-Unis ont pris l’habitude d’importer de Chine, cette politique est un échec.

C’est un échec parce que la différence des couts de production entre la Chine et les États-Unis est beaucoup plus grande que 25 %.

D’ailleurs, si les États-Unis imposaient des tarifs douaniers suffisamment importants, démarrer une nouvelle usine prend du temps et exige souvent l’acquisition d’une certaine expertise qui n’est pas à la portée de n’importe quel investisseur.

Ces taxes ont eu deux effets.

Le premier effet est une augmentation des importations en provenance de fournisseurs alternatifs. Même chose pour les importateurs chinois qui se sont également approvisionnés ailleurs.

Puisque cette guerre commerciale a débuté à l’été de 2018, on a comparé les importations américaines au cours de la première moitié de 2018 avec celles de la première moitié de 2019.

En provenance de la Chine, elles furent respectivement de 130 milliards$US et de 95 milliards$US, soit une baisse de 35 milliards$US (soit environ le quart du 130 milliards$US).

Environ 63 % de cette baisse a été compensée par une augmentation de l’approvisionnement auprès d’autres pays.

C’est ainsi que les exportations de Taïwan vers les États-Unis ont augmenté de 4,2 milliards$US, principalement en fourniture de bureau.

Le Mexique a augmenté ses exportations de 3,5 milliards$US en produits agroalimentaires, en matériel de transport et en machinerie électrique.

L’Union européenne a augmenté les siennes de 2,7 milliards$US.

Après le Vietnam, le Japon et la Corée du Sud, le Canada est au septième rang des bénéficiaires, avec une hausse des exportations vers les États-Unis estimée en 0,9 et 1,5 milliard$US.

En tout, c’est 21,4 milliards$US sur les 35 milliards$US perdus par la Chine qui ont été gagnés par des fournisseurs alternatifs. Le reste, soit 14 milliards$US, est dû à une baisse de la demande américaine, provoquée en partie par des pénuries d’approvisionnement.

Quant à la majorité des exportations chinoises — 95 milliards$US dans la première moitié de 2019 — elles se sont poursuivies en dépit des tarifs douaniers. Les taxes payées par les importateurs américains ont été refilées aux consommateurs américains sous forme de hausses de prix.

Quant à la Chine, si ses exportations vers les États-Unis ont baissé sur les produits tarifés, il n’est pas exclu de penser que cette baisse ait été compensée par une augmentation des ventes sur d’autres marchés.

Par exemple, après un recul de ses ventes au pire de la campagne américaine contre Huawei, cette compagnie a augmenté ses ventes à l’international de 23,2 % au premier trimestre de 2019.

Références :
Trade and trade diversion effects of United States tariffs on China
Guerres commerciales : les gagnants et les perdants
Les ventes de Huawei en hausse
Key Statistics and Trends in Trade Policy 2018

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le mystère des attaques contre les champs pétroliers saoudiens

22 septembre 2019
Carte régionale

Introduction

Le 14 septembre dernier, la raffinerie d’Abqaiq (également appelée Buqyaq) et le site d’extraction de Khurais ont été les cibles d’attaques revendiquées par des rebelles yéménites appuyés par l’Iran.

Cette raffinerie est responsable d’un premier raffinement qui consiste à abaisser à moins de 0,5 % la quantité du soufre dans le pétrole brut saoudien.

Sur les 12 millions de barils de pétrole que produit quotidiennement le pays, la raffinerie d’Abqaiq en traite 7 millions.

Quant aux champs pétroliers de Khurais, on y extrait 1,5 million de barils de pétrole brut par jour, soit le huitième de la production du pays.

En droit international, ces attaques constituent un Casus belli, c’est-à-dire qu’ils justifient une déclaration de guerre.

Les suspects

Les rebelles yéménites

Il est extrêmement rare que des belligérants s’attribuent le mérite d’un attentat qu’ils n’ont pas commis. Tout simplement parce que cela les priverait de toute crédibilité lorsqu’ils revendiqueraient d’autres attentats qu’ils auraient, ultérieurement, commis réellement.

Mais de nos jours, les guerres n’obéissent plus à aucune loi ni à aucune règle.

Si l’attaque provient du Yémen, cela est très inquiétant.

Ce pays est déchiré par une succession de guerres civiles depuis des décennies.

Le Yémen n’a plus les talents ni les ressources matérielles pour créer de l’armement sophistiqué. Les rebelles qui s’y affrontent dépendent de l’approvisionnement étranger.

Or très peu d’endroits au monde sont l’objet d’une surveillance aussi étroite que la péninsule arabique.

En dépit de cela, si les rebelles ont reçu des missiles de croisière iraniens, ceux-ci sont d’une extrême précision; les 19 missiles ont tous fait mouche, et ce après avoir parcouru 1 700 kilomètres (s’ils ont été tirés de la capitale yéménite).

Mentionnons que la distance entre Téhéran et Jérusalem (les capitales d’Iran et d’Israël) est de 1 936 kilomètres soit à peine plus que la distance parcourue par les missiles impliqués dans ce cas-ci.

Sans mettre en doute les revendications yéménites, envisageons d’autres possibilités.

L’Iran

Depuis des années, l’Arabie saoudite veut que les États-Unis fassent la guerre à l’Iran.

Cette semaine, la dictature saoudienne a présenté des preuves selon lesquelles les missiles auraient été tirés d’Iran et non du Yémen.

Cette thèse a été reprise par certains officiels Américains.

Lundi dernier, sur les ondes de Radio-Canada, le reporter Jean-François Bélanger affirmait : « La piste yéménite n’a convaincu personne à Washington. Les photos satellites, publiées par le Pentagone, semblent indiquer que l’attaque provenait du nord-ouest. Donc de l’Irak ou de l’Iran. Et non du Yémen, au sud

Lieux d’impact de 4 des 19 missiles

À l’appui de cette thèse, le journaliste montrait les photos publiées par le Pentagone dont celle-ci. On y voit clairement que les missiles provenaient effectivement du nord-ouest (sinon de l’ouest). Et on est fasciné par la symétrie et la précision chirurgicale des attaques.

Malheureusement, il suffit de consulter n’importe quelle carte géographique pour voir que l’Iran est au nord-est, et non au nord-ouest, de l’Arabie saoudite.

Dans la carte du début de ce texte, le petit cercle rouge (en haut, à droite) entoure la pétromonarchie insulaire de Bahreïn.

Le Royaume-Uni y possède (ou y construit) une base militaire depuis l’an dernier. Quant aux Américains, ils y stationnent leur 5e Flotte navale.

Celle-ci est un élément-clé du dispositif défensif qui sert de bouclier à l’Arabie saoudite.

Cette base navale veille sur un territoire immense qui couvre le golfe Persique, le canal de Suez, la mer d’Arabie, et le golfe d’Oman.

Tirés d’Iran, des missiles doivent voyager vers la base américaine — voire la survoler à basse altitude — pour finalement atteindre la raffinerie d’Abqaiq, située à seulement 88 km derrière.

Les champs pétroliers de Khurais sont un peu plus loin de la base, à 353 km. Ce qui est quand même relativement proche.

Si effectivement les tirs provenaient d’Iran, personne ne peut plus croire en la protection militaire des États-Unis puisque les Iraniens peuvent s’attaquer à l’Arabie saoudite au nez et à la barbe des Américains.

L’Arabie saoudite

Les États-Unis manipulés par l’Arabie saoudite

Le 31 aout 1939, l’Allemagne nazie simula un incident frontalier qui lui servit de prétexte à l’invasion de la Pologne le lendemain.

De la même manière en 1990, devant une commission du Congrès américain, les États-Unis mirent en scène le témoignage larmoyant d’une jeune infirmière — un témoignage inventé de toutes pièces — afin de rallier la population américaine en faveur de la guerre du Golfe.

Lorsqu’on regarde les points d’impact des missiles de croisière sur les installations pétrolières saoudiennes, ceux-ci sont situés au nord-ouest (sinon à l’ouest). Dans un cas comme dans l’autre, on a affaire à des attaques qui provenaient du territoire saoudien ou qui l’ont traversé d’ouest en est.

Tous ceux qui connaissent bien l’Arabie saoudite n’ont pas de mal à imaginer que cette dictature mafieuse puisse être prête à se priver de milliards$ de revenus pétroliers si cela avait pour effet de provoquer l’entrée en guerre des États-Unis contre l’Iran.

Références :
Affaire des couveuses au Koweït
Attaques en Arabie saoudite: Pompeo évoque un «acte de guerre» de l’Iran
Bahreïn, puissante mais calme base navale dans le Golfe persique
2019 Abqaiq–Khurais attack
Everything you need to know about the Saudi Arabia oil attacks
Le Royaume-Uni ouvre une base militaire à Bahreïn
Opération Himmler
Saudi Arabia oil attack: Trump hints at action as US points finger at Iran
Who Was Behind the Saudi Oil Attack? What the Evidence Shows

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Au sujet du Mali

3 mai 2019


 
Le quotidien Le Devoir publie ce matin un plaidoyer en faveur du maintien d’une présence militaire canadienne au Mali.

Ce plaidoyer est écrit par Louis de Lorimier. Encore récemment, celui-ci occupait le poste d’ambassadeur canadien au Mali.

L’auteur souligne l’importance de sécuriser cette région du monde où sévissent des groupes terroristes. Il implore le gouvernement canadien de revenir sur sa décision d’interrompre après un an sa participation à la mission des Casques bleus de l’ONU au Nord-Mali.

On trouvera ci-dessous le commentaire que j’ai publié en réponse au texte de M. de Lorimier.


Le mirage d’un ex-ambassadeur
 
Les problèmes sécuritaires du Mali tirent leur origine du renversement en Libye de Kadhafi par l’OTAN.

À cette occasion, la Grande-Bretagne et la France, au nom de l’OTAN, ont déversé des millions de dollars d’armes qui, une fois Kadhafi assassiné, se sont dispersés dans la nature au fur et à mesure que les mercenaires-amis sont rentrés dans leurs pays respectifs.

C’est ainsi que des tribus nomades, armées lourdement par l’OTAN, ont vendu leurs armes aux plus offrants, dont des milices islamistes du Mali.

Permettez-moi, monsieur l’ex-ambassadeur, de vous poser deux questions.

En tant que membre de l’OTAN, le Canada a-t-il vu plus loin que le bout de son nez en votant en faveur du renversement par les armes du dictateur libyen ?

D’où vient cette manie de nous faire croire que nous avons le devoir de réparer les pots cassés par nos alliés ?

La guerre est couteuse. Le meilleur moyen d’inciter des pays producteurs de pétrole — la Libye en faisait partie — à produire au maximum, c’est d’y foutre le bordel.

Les guerres provoquées par les pays producteurs d’armements visent à maintenir bas le prix des hydrocarbures.

Et ce prix bas, c’est ce qui fait perdurer des habitudes de consommation qui sont en train de détruire la planète.

Je ne vous cacherai pas que je suis de plus en plus ulcéré de lire des plaidoyers en faveur des ‘missions’ canadiennes à l’étranger au cours desquels le Canada n’est que le complice des guerres prédatrices de l’Occident.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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