Covid-19 : La bataille sanitaire de Hong Kong

11 septembre 2020
Billet de dix dollars de Hong Kong

L’agitation politique

Hong Kong possède son gouvernement et ses tribunaux, tous deux sous la tutelle de Beijing. De plus, cette région administrative semi-autonome possède sa propre monnaie et un grand nombre d’institutions héritées de l’époque coloniale.

Le Traité de rétrocession de Hong Kong, conclu en 1997 entre la Grande-Bretagne et la Chine, fait office de constitution.

Son article 23 stipule :

La Région administrative spéciale de Hong Kong promulguera ses propres lois interdisant tout acte de trahison, de sécession, de sédition, de subversion contre le gouvernement populaire central, ou de vol de secrets d’État, afin d’interdire aux organisations ou organes politiques étrangers de mener des activités politiques dans la Région, et d’interdire à ces organisations ou organes politiques d’établir des liens avec des organisations ou organes politiques étrangers.

Jusqu’ici, Beijing n’a accordé à Hong Kong que l’autonomie limitée garantie par le Traité de rétrocession.

L’inquiétude de la population quant à son autonomie réelle est aggravée par les États-Unis.

Par le biais de son ambassade et d’organisations non gouvernementales, Washington tente d’exacerber l’agitation sociale à Hong Kong… tout comme certains pays hostiles à Washington font l’inverse en suscitant, par le biais des médias sociaux, des affrontements au sein du peuple américain.

C’est ainsi que, sous influence américaine, les forces prodémocratiques de Hong Kong sont devenues pro-indépendantistes — ce qu’interdit la Constitution d’Hong Kong — provoquant un durcissement de la répression chinoise.

La pandémie, une occasion

Au début du mois de juillet, le bilan de la pandémie à Hong Kong était de 0,9 mort par million d’habitants (mpm). Un mois plus tard, ce bilan avait quintuplé à 4,5 mpm. Pour atteindre finalement 12,0 mpm le 1er septembre.

Cette résurgence de la pandémie est une occasion pour Beijing de montrer aux Hongkongais les avantages de vivre sous l’autorité d’un gouvernement puissant, capable de déployer des moyens inouïs quant il s’agit de protéger la population.

C’est ainsi qu’on a annoncé à la fin du mois dernier, l’ouverture de 141 centres de dépistage, la création d’une centaine de laboratoires d’analyse et l’embauche de trois-mille employés mandatés pour trouver les personnes atteintes et débusquer leurs contacts.

Dans cette région administrative de 7,5 millions d’habitants (donc un peu moins peuplée que le Québec), on a annoncé qu’un demi-million de tests salivaires seront effectués quotidiennement.

Sous influence américaine, les opposants ont aussitôt fait courir la rumeur que cet exercice de dépistage était une façade pour collecter l’ADN de tous les Hongkongais à des fins de surveillance policière et de répression politique.

Ce qui n’a pas empêché 1,2 million de Hongkongais de passer volontairement le test dès la première semaine qui a suivi cette annonce.

Références :
Campagne de dépistage massive à Hong Kong
Coronavirus à Hong-Kong : surveillance resserrée des résidents
Coup d’État législatif
Defending Rule of Law and Freedom in Hong Kong
Hong Kong: la campagne de dépistage plombée par la méfiance envers Pékin

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Kenosha : les mauvaises fréquentations policières

28 août 2020

Les supplétifs

Tout comme la marine royale anglaise comptait autrefois sur des corsaires pour attaquer de leur côté les navires de la flotte ennemie, le système répressif américain compte sur des supplétifs pour faire les sales besognes.

Ces supplétifs sont des justiciers (ou ‘vigilantes’ en anglais) qui estiment que la criminalité n’est pas suffisamment punie et qui se donnent comme mission de faire respecter la loi à leur manière.

La relation entre les supplétifs et les forces de l’ordre est incestueuse.

Selon un rapport du FBI, depuis vingt ans, les groupes suprémacistes blancs ont infiltré les forces de l’ordre dans toutes les régions des États-Unis, plus particulièrement dans les États suivants : l’Alabama, la Californie, le Connecticut, la Floride, l’Illinois, la Louisiane, le Michigan, le Nebraska, l’Oklahoma, l’Oregon, le Texas, la Virginie, l’État de Washington, et la Virginie-Occidentale.

Depuis le début de ce millénaire, des centaines de policiers américains ont été pris à poster des messages racistes sur les médias sociaux.

Le cas de Kenosha

Kenosha est une ville de cent-mille habitants située au Wisconsin (au sud-ouest des Grands Lacs).

L’État du Wisconsin est voisin du Minnesota, où George Floyd a trouvé la mort le 25 mai dernier.

Le 23 aout, à Kenosha, un policier blanc tire sept balles à bout portant dans le dos de Jacob Blake, un ‘Noir’ américain de 29 ans non armé qui refusait de lui obéir.

Après deux jours de protestations qui se sont terminées, la nuit tombée, par des actes de vandalisme, 250 soldats de la Garde nationale du Wisconsin se sont joints aux policiers de la ville.

Parallèlement, sur des médias sociaux, les milices de justiciers ont été appelées en renfort. Pour l’instant, on ignore l’identité des personnes qui ont lancé cet appel aux armes.

Dès le soir du 25 aout, des justiciers ont accouru de toute la région et se sont postés loin des manifestants, mais à dix pas des véhicules blindés de la Garde nationale du Wisconsin.
 

Cliquez sur l’image pour démarrer

Un de ces justiciers a 17 ans. Il vient d’Antioch, une petite ville située à 35 km en auto. Il est venu seul puisque dans cet État, on obtient son permis de conduire à 15 ans.

C’est lui qu’on voit de dos dans l’image-titre du clip vidéo ci-dessus.

On le suit alors qu’il va réclamer une des bouteilles d’eau que les soldats de la Garde nationale distribuent gratuitement aux justiciers venus les aider.

Un des militaires se permet alors cette confidence : « We appreciate you.» (traduction : Nous vous apprécions).

Le jeune justicier les quitte pour se diriger droit vers les manifestants. Croyant naïvement que la seule vue de sa Kalachnikov AK-15 les ferait fuir, il s’est bientôt retrouvé seul, entouré de manifestants hostiles.

Au cours de la confrontation qui a suivi, il tue deux personnes et en blesse une autre.

Maintenant craint pour vrai, le jeune tueur poursuit sa route vers les policiers de la ville postés à l’autre bout de la rue.

L’arme à feu bien en vue, les policiers le laissent passer en dépit des passants qui leur crient que ce gars-là venait de tuer des gens. Ce qu’ils savent déjà, ayant vu cela d’eux-mêmes à l’aide des jumelles dont sont équipées toutes les autopatrouilles de la ville.

Le lendemain, en conférence de presse, le chef de police de Kenosha résume les évènements de la veille :

« Le couvre-feu [que nous avons imposé] sert à protéger des vies. S’il n’y avait pas eu ces personnes sur la rue en violation du couvre-feu [en parlant des manifestants], la situation d’hier ne serait pas arrivée.

Par ailleurs, la nuit dernière, un individu de 17 ans d’Antioch, en Illinois, a été impliqué dans l’usage d’une arme à feu afin de résoudre le conflit

Ses mots exacts : « …to resolve whatever conflict was in place.»

Alors récapitulons.

À Kenosha, un policier tire sept balles dans le dos d’un jeune ‘Noir’ non armé alors que ce dernier n’était pas une menace à la sécurité de ce policier.

Trois jours plus tard, un jeune ‘Blanc’ déambule publiquement alors qu’un couvre-feu est en vigueur, tue deux personnes sous les yeux des policiers qui le laissent calmement rentrer chez lui pour la nuit.

Pendant ce temps, les forces policières se sont assurées que Jacob Blake — paralysé de la taille aux pieds et sous forte médication antidouleur — ait la cheville enchainée à son lit d’hôpital comme s’il s’agissait d’un animal.

Conclusion

Le cas de Kenosha illustre la connivence qui existe présentement entre les forces de l’ordre et des supplétifs armés appartenant généralement à des organisations d’extrême droite.

Cette connivence est la partie visible et éloquente du racisme systémique qui s’est enraciné profondément dans la société américaine.

Changer cela prendrait une révolution. Celle-ci est en cours; c’est le mouvement Black Lives Matter.

Mais avant même que cette révolution ait porté le moindre fruit, les forces policières — infiltrées depuis des décennies par des suprémacistes ‘blancs’ — s’allient à des extrémistes armés pour étouffer ce mouvement de libération et tenter de perpétuer ce racisme systémique qui prévaut aux États-Unis depuis des siècles.

Références :
California police worked with neo-Nazis to pursue ‘anti-racist’ activists, documents show
En marge du meurtre de George Floyd
Hidden in Plain Sight: Racism, White Supremacy, and Far-Right Militancy in Law Enforcement
Jacob Blake : ce que l’on sait sur les événements qui ont précédé les tirs de la police
Less than 3 minutes passed between when Kenosha police arrived and when Jacob Blake was shot, according to dispatch audio
Portland suffers serious street violence as far right return ‘prepared to fight’
White supremacists and militias have infiltrated police across US, report says

Complément de lecture :
Far-Right Extremism Taints German Security Services in Hundreds of Cases (2020-10-06)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’inculture de Donald Trump

16 août 2020

Indépendamment de leur contenu, ce qui m’a toujours frappé dans les gazouillis de Donald Trump, c’est qu’ils sont écrits dans une langue simple, que tous peuvent comprendre.

Pour un politicien, pouvoir communiquer efficacement est une qualité.

En prévision de la campagne présidentielle de novembre prochain, je me suis abonné à CNN, une chaine américaine d’information en continu.

Après avoir entendu intégralement plusieurs conférences de presse de Trump, je me suis rendu compte que ce gars-là n’a pas de vocabulaire.

On croirait que le seul bouquin qu’il a ouvert de toute sa vie est un annuaire téléphonique…

D’où le contraste entre ces textes écrits par d’autres (qu’il lit d’un ton monotone) et ses digressions où il revient au niveau de langage d’un enfant de huit ans.

S’il semble s’ennuyer aux réunions des épidémiologistes qui lui prodiguent (en vain) leurs précieux conseils, c’est probablement parce qu’il ne comprend pas les mots que ces savants utilisent. Et lorsque vient le temps de résumer ce qu’il a entendu, c’est n’importe quoi parce qu’il a compris de travers.

L’analyse des trente-mille premiers mots utilisés par Trump à partir de son entrée en fonction révèle que celui-ci parle au niveau des écoliers de la troisième à la septième année du primaire.

L’étude a porté sur ses entrevues, ses discours, et ses conférences de presse.

À partir de la complexité lexicale, de la diversité du vocabulaire et du niveau apparent de compréhension, les chercheurs ont créé un indice qui permet de comparer les présidents américains entre eux.

Trump obtient le résultat le plus bas de tous les présidents américains depuis 1929 :
• 11,3 : Herbert Hoover (1929-33)
• 10,7 : Jimmy Carter (1977-81)
•   9,7 : Barack Obama (2009-17)
•   9,4 : Gerald Ford (1974-77)
•   9,4 : Dwight-D. Eisenhower (1953-61)
•   9,4 : Richard Nixon (1969-74)
•   9,3 : Bill Clinton (1993-2001)
•   8,8 : John-Fitzgerald Kennedy (1961-63)
•   8,0 : Ronald Reagan (1981-89)
•   7,6 : Lyndon-B. Johnson (1963-69)
•   7,4 : Frank-Delano Roosevelt (1933-45)
•   7,4 : George-W. Bush, fils (2001-09)
•   6,7 : George-HW. Bush, père (1989-93)
•   5,9 : Harry-S. Truman (1945-53)
•   4,6 : Donald Trump (2017-…)

Références :
Trump Speaks At Fourth-Grade Level, Lowest Of Last 15 U.S. Presidents, New Analysis Finds
Trump speaks at level of 8-year-old, new analysis finds

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le ministre François-Philippe Champagne, paillasson de l’Arabie saoudite

14 août 2020

Le deuxième échec du Canada à se faire élire au Conseil de sécurité de l’ONU est l’illustration de la perte d’influence de notre pays dans le monde.

C’est ainsi que le Canada est impuissant à obtenir la libération de Raïf Badawi que son épouse, réfugiée au Québec, réclame depuis huit ans.

Il faut dire que le Canada n’a pas essayé très fort.

En 2016, lorsque l’Arabie saoudite a décidé d’acheter pour 14 milliards$ de chars d’assaut canadiens, la dictature saoudienne achetait également le silence d’Ottawa.

À la décharge du Canada, précisons bien d’autres pays auraient fait pareil.

Mais très peu de pays auraient poussé la servilité aussi loin que l’a fait le gouvernement fédéral et son ministre actuel des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne.

Au sujet de Raïf Badawi, le ministre ne rate jamais une occasion de dire qu’il est en discussion avec le ‘gouvernement’ (sic) d’Arabie saoudite et qu’il a bon espoir qu’il sera libéré par ’Sa Majesté’ (sic) le prince ben Salmane.

Jusqu’ici l’Arabie saoudite a reçu la moitié des chars qu’elle a achetés. Mais elle a accumulé un retard de quatre-milliards de dollars dans ses paiements.

Or le gouvernement canadien est garant de la dictature saoudienne auprès du constructeur ontarien; si l’Arabie saoudite refuse de payer la note, celle-ci sera épongée par les contribuables canadiens.

En avril dernier, le ministre Champagne annonçait à la Chambre des Communes que son gouvernement aurait renégocié certaines clauses de ce contrat afin de pallier l’éventualité d’un défaut de paiement.

Mais dans la mesure où le contrat ‘amélioré’ est tout aussi secret que sa version précédente, personne n’est en mesure d’en juger.

Dans un autre ordre d’idée, on apprenait plus tôt ce mois-ci que Saad al-Jabri, un Saoudien réfugié à Toronto, a fait l’objet le 15 octobre 2018 d’une tentative d’assassinat par le même commando de tueurs qui avait réussi, treize jours plus tôt, à démembrer Jamal Khashoggi dans le consulat saoudien d’Istanbul.

Voyageant à bord du même avion, les membres de ce commando ont semblé suspects aux yeux des douaniers canadiens qui, conséquemment, leur ont refusé l’entrée au pays.

Prétendant venir au Canada en simples touristes, les tueurs saoudiens ont été incapables de justifier la panoplie d’instruments médico-légaux de dissection — en anglais : forensic tools — qu’ils transportaient dans leurs bagages.

Seul le diplomate qui les chaperonnait a pu poursuivre sa route grâce au passeport diplomatique qui garantit son impunité.

Contrairement à la Turquie — qui a fait payer chèrement au prince ben Salmane le démembrement à la tronçonneuse de Jamal Khashoggi — le Canada a choisi de taire ce grave incident à ses frontières.

C’est seulement deux ans plus tard, par le biais d’une plainte civile déposée le 7 aout par Saad al-Jabri à Washington, qu’on apprend ce complot raté.

Bien plus, le ministre Champagne n’a pas cru bon retirer l’accréditation au Canada du diplomate compromis dans cette affaire.

Celui-ci demeure libre d’essayer d’établir des contacts avec des tueurs à gages canadiens pour terminer ‘le travail’ inachevé.

Précisons que lorsqu’un pays décide d’expulser un diplomate, il n’est jamais tenu de justifier sa décision.

Quand Chrystia Freeland, l’ex-ministre des Affaires étrangères du Canada, avait réclamé la libération de Samar Badawi, sœur de Raïf, cela avait froissé la dictature saoudienne. Celle-ci avait aussitôt expulsé l’ambassadeur canadien en Arabie saoudite.

Dans l’affaire Saad al-Jabri, le ministre Champagne a préféré se taire et continuer de lécher les bottes de la dictature saoudienne.

En deux mots, le Canada fait pitié.

Doit-on se surprendre que les membres de l’ONU aient préféré élire au Conseil de sécurité des pays qui se tiennent debout…

Références :
Deuxième échec du Canada à se faire élire au Conseil de Sécurité de l’ONU
Face aux Saoudiens, Trudeau plaide l’impuissance
Grève de la faim: le ministre Champagne inquiet pour Raif Badawi
Lawsuit from Saad al-Jabri against Mohammed ben Salmane
Le prince saoudien est accusé de complot pour tuer un ex-espion à Toronto
Le sabotage de la vente d’hélicoptères québécois par le ministre fédéral François-Philippe Champagne
Liberals announce new ‘improved’ arms deal with Saudi Arabia, but say rights concerns remain
Meurtre au consulat : du fait divers aux ressorts d’une crise internationale
Organigramme du commando (en anglais)
Raif Badawi
Saad bin Khalid Al Jabry
Un ex-espion saoudien exilé au Canada dans la ligne de mire de l’Arabie saoudite?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les chemises brunes de Trump

21 juillet 2020

Dans tous les pays, il existe différents types d’agents de la paix, placés sous administration locale, régionale ou nationale.

Le Département de la Sécurité intérieure des États-Unis a été créé en 2002 en réponse aux attentats du 11 septembre 2001.

Son but est d’organiser et d’assurer la sécurité intérieure des États-Unis; c’est l’équivalent d’un ministère de la Défense, mais contre les ‘ennemis’ du pays qui opèrent en sol américain.

Il dispose d’un budget de 40,6 milliards$ et compte plus de 229 000 employés.

Le 26 juin dernier, Donald Trump signait un décret présidentiel s’adressant spécifiquement au Département de la Sécurité intérieure.

Ce décret lui ordonne de protéger les monuments, les mémoriaux et les statues de propriété fédérale, et de combattre la violence criminelle récente (une allusion au vent de contestation qui a suivi l’assassinat policier de George Floyd).

Quelques jours plus tard, dans un mémo confidentiel daté du 1er juillet et révélé par l’hebdomadaire The Nation, le département annonce la création d’une force d’intervention appelée Protecting American Communities Task Force (PACT).

Dotée des pouvoirs découlant du Patriot Act, cette force d’intervention est libre des contraintes imposées aux corps policiers et à l’armée.

Afin de la créer, le Département de la Sécurité intérieure a puisé çà et là au sein de diverses formations militaires ou paramilitaires sous son autorité, dont les unités tactiques d’intervention frontalière (renommées pour leur brutalité).

Il y a moins d’une semaine, c’est à Portland que cette nouvelle force d’intervention a été à l’œuvre pour la première fois.

Lourdement armées, masquées, habillées d’uniformes de camouflage, sans badge d’identification ni de caméra de surveillance, les chemises brunes de Trump ont utilisé des gaz lacrymogènes et des armes à mortalité réduite contre des protestataires ou de simples passants. Ceux-ci étaient presque tous des protestataires pacifiques. Les autres ne s’en prenaient ni à des statues ni à des édifices fédéraux.

Les yeux bandés, les personnes arrêtées ont été transportées par fourgons banalisés dans des ‘lieux surs’ tenus secrets et relâchées quelques heures plus tard sans qu’elles aient pu bénéficier de l’assistance d’un avocat.

Au moins treize protestataires et un certain nombre de passants ont ainsi été arrêtés sans qu’on leur précise les motifs de leur arrestation.

Dans au moins un cas, ces agents ont nié avoir détenu un citoyen dont l’arrestation a pourtant été captée sur vidéo.

Non armé, un des protestataires a été hospitalisé en raison d’une fracture du crâne causée par l’utilisation d’armes à mortalité réduite.

Pour le maire de Portland, la violence exercée par les agents fédéraux contre les protestataires est une attaque contre la démocratie américaine dans la mesure où elle vise à réprimer la liberté d’expression.

Le dirigeant municipal a déclaré : « Leur présence cause plus de violence et plus de vandalisme. Cela n’aide pas du tout à calmer la situation. Ils ne sont pas les bienvenus et nous voulons qu’ils partent.»

Dans les jours qui viennent, 150 de ces agents seront déployés à Chicago.

C’est à suivre…

Références :
Département de la Sécurité intérieure des États-Unis
Federal Law Enforcement Use Unmarked Vehicles To Grab Protesters Off Portland Streets
Homeland Security set to deploy 150 agents in Chicago this week; scope of duty unknown
House Democrats call for ‘urgent’ investigation into federal policing in Portland
La Ville de Portland réclame le départ des troupes fédérales américaines
The Border Patrol Was Responsible for an Arrest in Portland
Trump says he signed executive order to protect monuments
United States Department of Homeland Security
Watching Trump’s paramilitary squads descend on Portland, it’s hard not to feel doomed

Complément de lecture :
Racisme systémique : la complicité de Washington à l’égard du KKK

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La ‘conversion’ de Sainte-Sophie

15 juillet 2020

2020-07-15-Sainte-Sophie
 
Introduction

La montée en puissance de Recep-Tayyip Erdoğan a progressivement transformé ce chef d’État en menace à cause de ses politiques agressives :
• les persécutions contre les Kurdes de Turquie et de Syrie,
• la fourniture d’armes aux intégristes sunnites durant la guerre en Syrie,
• l’achat par la Turquie de matériel militaire russe (une première pour un pays membre de l’OTAN),
• le déplacement de milliers de mercenaires de la Syrie vers la Libye en contrepartie de droits d’exploration pétrolière dans les eaux territoriales libyennes.

Dans les pays qui ont développé de l’animosité à son égard, on juge approprié de critiquer publiquement ses décisions afin d’influencer son électorat et de compenser ainsi la mainmise totale d’Erdoğan sur les journaux de son pays.

Dans le cas de la transformation d’une ancienne basilique chrétienne en mosquée, la propagande anti-Erdoğan coïncide avec l’islamophobie qui prévaut en Occident depuis les attentats du 11 septembre 2001.

Chez ceux craignent la religion musulmane, il est facile d’imaginer que l’islamisation de Sainte-Sophie fait partie d’un vaste complot qui vise à éradiquer le christianisme de la surface du globe et à y répandre ‘sournoisement’ la religion musulmane.

Le tollé provoqué par cette décision contribue à sa manière à préparer l’opinion publique occidentale à une guerre contre un autre pays musulman — peu importe lequel — lorsque nos dirigeants le jugeront approprié.

Rappel historique

Construite au IVe siècle, la basilique Sainte-Sophie de Constantinople fut la première basilique chrétienne.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, elle n’honore pas une sainte, mais à un attribut divin, soit la Sagesse de Dieu (en grec, sophia veut dire sagesse).

Agrandie au VIe siècle pour atteindre sa taille actuelle, elle devint mosquée en 1453 et le demeura pendant un demi-millénaire (jusqu’en 1934, alors qu’Atatürk en fit un musée).

Bien avant sa prise du pouvoir, Erdoğan projetait de redonner à Sainte-Sophie sa vocation liturgique musulmane. Ce qu’il a décrété il y a quelques jours.

Une tempête dans un verre d’eau

À l’instar de la nouvelle mosquée Sainte-Sophie, presque toutes les églises de Paris sont depuis longtemps à la fois des sites touristiques et des lieux de culte.

Avant l’incendie qui l’a ravagée, la cathédrale Notre-Dame de Paris était du nombre. Même durant les offices — célébrées dans le centre de la nef — les touristes déambulaient et photographiaient tout autour.

Contrairement à Notre-Dame de Paris, Sainte-Sophie sera accessible exclusivement aux fidèles le jour de la prière (si j’ai bien compris), et demeurera un lieu touristique les autres jours de la semaine.

Comme c’est le cas à la basilique Notre-Dame de Montréal.

Où est le problème ?

Un danger potentiel

Le seul péril qui guette la mosquée Sainte-Sophie, c’est que les autorités religieuses y détruisent les mosaïques qui remontent à l’époque byzantine.

En effet, l’islam interdit la représentation picturale de Dieu. Comme l’interdit également le judaïsme et (théoriquement) le christianisme.

Normalement, on devrait se contenter de recouvrir les mosaïques ‘offensantes’ d’un enduit comme on l’a fait lorsque la basilique orthodoxe est devenue mosquée la première fois en 1453.

Il serait très surprenant que les autorités ordonnent la destruction de ces mosaïques; ces œuvres d’art font partie des attraits touristiques de ce musée fréquenté par 3,8 millions de visiteurs par année.

Ceci étant dit, si la Turquie devait choisir de les détruire (ce qui est douteux), elle ne ferait que rejoindre la longue liste de pays qui saccagent de temps en temps leur patrimoine artistique.

Avec la diminution de la fréquentation aux offices religieux, des centaines d’églises en Occident ont été transformées en condominiums, en établissements commerciaux ou en édifices à plus grande valeur foncière (et donc qui génèrent plus de revenus de taxation pour les municipalités).

Ici même au Québec, depuis cinquante ans, combien d’églises et de maison de grande valeur patrimoniale ont elles été détruites ou laissées à l’abandon au point de devenir irrécupérables ?

Bref, qui sommes-nous pour faire la morale à la Turquie ?

Référence :
Erdogan rejette les critiques sur la transformation de Sainte-Sophie en mosquée


Post-Scriptum du 20 juillet 2020 : Les autorités turques annoncent que les icônes chrétiennes qui ornent l’intérieur de l’ancienne basilique byzantine seront simplement dissimulées le temps de la prière et demeureront bien visibles en dehors des prières.

Référence :
Turquie : visite symbolique d’Erdogan à Sainte-Sophie reconvertie en mosquée (2020-07-20)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les héros vieillissent mal

3 juillet 2020
L’ex-roi Juan Carlos Ier

En abdiquant en 2014, Juan Carlos Ier cédait la couronne d’Espagne à son fils, connu maintenant sous le nom de Felipe VI.

Il se privait ainsi des huit-millions d’euros que l’État espagnol verse annuellement au monarque afin de lui permettre d’accomplir les devoirs de sa charge.

Depuis, l’ex-roi recevait une pension de 195 000 euros par an, en plus des revenus sur sa fortune personnelle (estimée à deux-milliards d’euros).

Cette ‘petite’ pension lui a été retirée en mars dernier, lorsqu’on a appris que l’ancien monarque évitait de payer sa juste part d’impôt en cachant son argent dans des paradis fiscaux.

En 2008, le ministère des Finances d’Arabie Saoudite versait secrètement cent-millions de dollars sur le compte suisse de la fondation panaméenne Lucum, dont l’ancien monarque est le principal bénéficiaire.

On soupçonne que cette somme lui aurait été versée afin qu’il exerce son influence en faveur d’un projet hispano-saoudien de construction d’un train à grande vitesse reliant deux villes saintes saoudiennes. Un investissement d’une valeur de 6,7 milliards d’euros, autorisé finalement en 2011.

De son côté, le consortium hispano-saoudien a versé en pots-de-vin plus de 200 millions d’euros à un partenaire saoudien et à l’épouse d’Adnan Khashoggi (marchand d’armes décédé depuis, oncle du journaliste américain assassiné dans un consulat saoudien).

Deux ans avant d’abdiquer, Juan Carlos Ier a fait transférer 65 millions$ de sa fondation panaméenne à un compte détenu aux Bahamas par sa maitresse Corinna Larsen, domiciliée à Monaco (autre paradis fiscal).

Le couple semble s’être brouillé depuis si on en juge par les déclarations fracassantes de l’ex-maitresse accusant l’ex-roi d’avoir utilisé des prête-noms, dont elle, pour gérer des comptes cachés et pour mettre une partie de son patrimoine à l’abri du fisc espagnol.

Tant qu’il était à la tête de l’État, Juan Carlos Ier était protégé par une immunité garantie par la constitution. Ce n’est pas le cas des autres personnes impliquées dans cette affaire. De plus, l’impunité royale n’est valable que devant la justice espagnole.

Puisqu’une enquête pour corruption et blanchiment d’argent est ouverte en Suisse contre l’ex-roi et ses associés, ces procédures entachent la réputation de la monarchie espagnole.

D’où les mesures annoncées en mars dernier par Felipe VI contre son père.

Zoom arrière.

À la sixième année de son règne, Juan Carlos Ier avait refusé de reconnaitre un coup d’État qui venait d’être commis dans son pays, ordonnant (à titre de chef des armées) que les militaires défendent la démocratie, sauvant ainsi l’Espagne d’une nouvelle guerre civile.

Il est donc triste de voir cet ex-monarque s’enliser en fin de vie dans des scandales financiers.

Comme quoi l’argent corrompt tout.

Références :
Adnan Khashoggi
Après les révélations sur la fortune cachée de son père, Juan Carlos, en Suisse, le roi Felipe VI le répudie
La fortune secrète de Juan Carlos fait trembler la monarchie espagnole
La justice suisse sur les traces de la fortune de l’ex-roi Juan Carlos à Genève
Le roi d’Espagne Felipe VI refuse l’héritage de son père Juan Carlos
L’ex-roi Juan Carlos soupçonné de fraude fiscale
Spain’s former king Juan Carlos to face investigation over $100m Saudi ‘gift’
Spanish king named on offshore fund linked to €65m Saudi ‘gift’

Post-Scriptum : Un mois après la publication de ce texte, l’ex-monarque a décidé de s’exiler à l’étranger afin d’échapper à la justice de son pays.

Référence :
Soupçonné de corruption, l’ancien roi d’Espagne Juan Carlos s’exile

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Une prime russe à tuer des soldats américains : pourquoi faire ?

30 juin 2020

Introduction

À partir de sources anonymes, le New York Times publiait vendredi dernier une nouvelle selon laquelle la Russie avait offert des primes aux Talibans pour qu’ils tuent des soldats américains en Afghanistan.

En dépit de cela, aucun soldat américain n’a été tué en Afghanistan depuis trois mois.

Pourquoi payer une prime ?

Lorsqu’un groupe terroriste commet un attentat, il choisit toujours de faire en sorte que celui-ci cause le maximum de pertes humaines.

Faire peur, c’est l’essence du terrorisme. Plus on est cruel, plus on est craint.

Aucun groupe terroriste ne fera sauter un marché en pleine nuit; on choisira un jour de grande affluence, quand ce marché est bondé de monde.

En Afghanistan, les soldats américains sont des envahisseurs. Et le devoir de tout patriote est de chasser les envahisseurs de son pays.

Les Talibans savent bien que plus les pertes de vie sont importantes au sein de l’armée des États-Unis, plus l’opinion publique américaine contestera l’opportunité de poursuivre une occupation militaire qui dure déjà depuis près de vingt ans.

Bref, tuer des soldats américains, les Talibans sont heureux de faire cela gratuitement. Pourquoi les Russes paieraient pour rien ?

Pour l’instant, les Talibans en sentent moins le besoin puisqu’ils participent à des négociations avec les Etats-Unis qui leur font espérer que les soldats américains partiront bientôt d’eux-mêmes, sans qu’ils aient besoin de les tuer.

Références :
Primes russes: pas de consensus au sein des services de renseignement
Russia Secretly Offered Afghan Militants Bounties to Kill U.S. Troops, Intelligence Says

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Racisme systémique : la complicité de Washington à l’égard du KKK

16 juin 2020

L’exécution publique de George Floyd a déclenché un vaste mouvement en Occident contre le racisme systémique.

Aux États-Unis, ses racines remontent aux fondements esclavagistes de la nation américaine.

Le racisme des forces policières à l’égard des ‘Noirs’ est bien documenté par des enregistrements vidéos qui alimentent la contestation actuelle.

Tout comme la marine royale anglaise comptait autrefois sur des corsaires pour attaquer de leur côté les navires de la flotte ennemie, le système répressif américain compte sur des supplétifs. Le plus important est le Ku Klux Klan.

À ce jour, le KKK n’est toujours pas classé comme organisation terroriste par le département d’État américain.

Le 31 mai 2020, des manifestations contre le meurtre de George Floyd ont eu lieu pour la première fois dans la petite ville californienne de Victorville, située à 30 km de Palmdale.

Le jour même, un ‘Noir’ de 38 ans est trouvé pendu à un arbre près d’un camp pour sans-abris à Victorville.

Le 13 juin, à Palmdale, un ‘Noir’ de 24 ans est également trouvé pendu à un arbre près de l’Hôtel de Ville. Aussitôt, le shérif du comté de Los Angeles a imputé cette mort à un suicide.

Contrairement à l’immolation par le feu, les personnes qui songent à s’enlever la vie par pendaison ne le font jamais sur la voie publique parce qu’ils ‘risquent’ qu’un bon samaritain contrecarre leur projet.

La pendaison publique est la caractéristique du terrorisme exercé par le KKK envers de la population noire américaine. C’est la signature séculaire du KKK.

Et parce qu’il s’agit d’une organisation parfaitement légale, tout journaliste qui oserait émettre l’hypothèse que ces pendaisons seraient l’œuvre de cette organisation est assuré de recevoir une mise en demeure des avocats du KKK — exigeant une rétraction immédiate — en plus de recevoir des menaces de mort sur les médias sociaux.

Seuls des quotidiens de la taille du New York Times ou du Washington Post sont en mesure de braver le KKK, une organisation terroriste dont l’existence n’est encore possible que grâce à la complicité des plus hautes autorités américaines.

Voilà un exemple parfait de racisme systémique.

Références :
Black man found hanging from tree is 2nd in California over 2-week span
En marge du meurtre de George Floyd
Families Challenge Suicide in Deaths of Black Men Found Hanging From Trees
George Floyd protests in California
Ku Klux Klan

Paru depuis :
California: half-brother of black man found hanged killed in police shooting (2020-06-18)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Annexions : Crimée vs Palestine

12 juin 2020

L’annexion de la Crimée

La Crimée est une péninsule russe que Nikita Khrouchtchev donna à l’Ukraine en 1954. Pour les Russophones qui la peuplaient majoritairement, ce transfert administratif avait peu d’importance puisque l’ensemble de l’URSS était sous domination russe.

À la dislocation de l’URSS, la Crimée s’est proclamée indépendante en 1992. Mais six ans plus tard, elle acceptait de redevenir une région ukrainienne en contrepartie d’une large autonomie politique.

Dans les années 2000, l’Ukraine est le théâtre d’un affrontement entre des forces pro-russes (soutenues par la Russie) et pro-occidentales (soutenues par les États-Unis).

L’envenimement des relations entre l’Ukraine et la Russie fait en sorte que la majorité russophone de Crimée, sympathique à la mère patrie, est bientôt perçue comme traitre.

À l’époque, 65,3 % des habitants de Crimée sont russophones, 12,1 % sont turcophones et seulement 15,1 % parlent ukrainien.

Les sanctions économiques russes provoquent la chute de l’économie ukrainienne et exacerbent les tendances séparatistes en Crimée.

En 2014, l’annonce par l’Ukraine de son intention (qui ne se réalisera jamais) de retirer au russe son statut de langue officielle dans 13 des 27 régions du pays (dont la Crimée) met le feu aux poudres.

Le 11 mars 2014, le parlement régional de Crimée proclame son indépendance. À la suite du référendum du 16 mars 2014, la Crimée annonce son rattachement à la Russie deux jours plus tard.

Afin d’empêcher l’Ukraine d’écraser cette sécession, la Russie envahit aussitôt la Crimée par le biais de ‘milices’ pro-russes.

Au total, cette annexion s’est faite avec très peu de pertes matérielles et seulement six morts. Ce bilan s’explique par l’assentiment de la population concernée.

Unanimement, les pays occidentaux ont accusé la Russie de violer le Droit international.

Les États-Unis et le Droit international

Depuis qu’ils sont devenus l’unique superpuissance mondiale, les États-Unis se sont métamorphosés en pays le plus belliqueux de toute l’histoire de l’Humanité. C’est du moins l’opinion de l’ex-président Jimmy Carter.

Cette agressivité n’aurait pas été aussi intense si elle était harnachée par le Droit international dont le but est précisément de civiliser le rapport entre les nations.

En 2003, quand les États-Unis échouent à convaincre l’ONU de leur permettre d’envahir l’Irak, ils le font quand même.

Quand les États-Unis décident de renier leur signature d’un traité international, ils ne demandent la permission à personne; ils adoptent une loi américaine qui l’autorise et c’est ça qui est ça.

Quand ils jugent approprié de torturer à mort des prisonniers, ils passent outre le traité international qui l’interdit.

Quand les États-Unis décident de séparer 2 300 enfants de leurs parents après que ces derniers aient illégalement traversé les frontières américaines et que certains de ces enfants meurent en captivité par manque de soins, ils ne se demandent pas si cela est contraire à la Convention internationale relative aux droits de l’enfant. Ils blâment les parents qui n’avaient qu’à rester chez eux.

Depuis 2002, les États-Unis coupent l’aide militaire de tout pays (sauf quelques exceptions) qui ose extrader des citoyens américains vers la Cour pénale internationale.

Le 5 mars 2020, cette Cour a décidé d’ouvrir une enquête pour crimes de guerre à l’encontre des soldats américains impliqués dans la guerre en Afghanistan.

La réaction américaine ne s’est pas fait attendre; Donald Trump a autorisé des sanctions économiques visant personnellement chaque magistrat de la Cour pénale internationale qui prendrait part à tout effort pour enquêter sur des militaires américains.

En réalité, aucune puissance militaire ne respecte le Droit international lorsqu’elle le juge contraire à ses intérêts.

Un prétexte à une course aux armements

Depuis le démantèlement de l’Union soviétique, l’OTAN se cherche une vocation.

À l’heure actuelle, la puissance militaire américaine est 5 à 10 fois supérieure à celle de la Russie. C’est donc à dire que le risque de guerre mondiale est nul.

Pourtant, lorsque la Russie a annexé la Crimée en 2014, les pays occidentaux ont comparé cette annexion à l’envahissement de la Pologne par l’Allemagne en 1939, un évènement qui a déclenché la Deuxième Guerre mondiale.

Afin de se prémunir contre ce qu’ils qualifient ‘d’expansionnisme russe’, les pays membres de l’OTAN ont déclenché cette année-là une nouvelle course aux armements, décidant de faire passer leurs dépenses militaires d’un pour cent du PIB en 2014 au double dix ans plus tard.

L’annexion de la Palestine par Israël

Depuis la guerre des Six Jours gagnée par Israël en 1967, ce pays a implanté 650 000 colons en territoire palestinien.

Grâce à une crise du logement provoquée artificiellement, les jeunes couples qui veulent fonder une famille n’ont pas d’autre choix que de s’installer en Cisjordanie, même s’ils sont opposés à la guerre coloniale qu’Israël y livre.

Selon le Droit international, l’établissement des colonies israéliennes dans les territoires occupés par Israël depuis 1967 est illégal.

En novembre 2019, l’administration Trump annonce que les États-Unis ne reconnaissent plus la colonisation israélienne en Cisjordanie comme contraire au Droit international. Ils ont décidé cela comme si le Droit international leur appartenait.

Quelques mois plus, tard, le 28 janvier 2020, Donald Trump présente un ‘plan de paix’ qui prévoit l’annexion de la vallée du Jourdain et de 30 % de la Cisjordanie par Israël.

Conclusion

Le Droit des peuples à l’autodétermination fait partie du ‘vrai’ Droit international. Pas du ‘droit international’ à la sauce américaine dicté par Washington.

Or en vertu de ce droit, deux critères accordent à un peuple le droit à l’indépendance; un territoire reconnu internationalement et des caractéristiques ethniques qui lui sont propres, comme c’est le cas à la fois pour le Québec et la Crimée.

Les colonies israéliennes en Cisjordanie ne rencontrent qu’un seul des deux critères essentiels pour justifier leur droit à l’indépendance et leur annexion librement consentie à l’État d’Israël.

L’opposition des États-Unis à l’annexion de la Crimée par la Russie et leur assentiment à l’annexion des colonies israéliennes par Israël est le parfait exemple de l’hypocrisie américaine en matière de Droit international.

Références :
Carter, Trump, Trudeau et les armes
Colonies israéliennes
Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants
Cour pénale internationale
Cour pénale internationale : les Etats-Unis passent à l’acte !
Crimée
Crise de Crimée
Crise ukrainienne
Guerre d’Irak
La communauté internationale va-t-elle sanctionner le projet d’annexion d’Israël?
Oblast de Crimée
Révolution orange
Trump menace de sanctionner des magistrats de la Cour pénale internationale
Un cinquième enfant migrant est mort aux États-Unis depuis décembre
Une fillette meurt de soif en détention aux États-Unis

Complément de lecture :
Résumé de géopolitique mondiale (1re partie)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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