Les États-Unis : sur la voie d’une guerre civile ?

23 mai 2020

La confiance aux autres

Selon un sondage effectué du 19 au 24 mars dernier, 53 % des Américains croient qu’on peut faire confiance à la plupart des gens alors que 46 % sont persuadés du contraire.

Cette confiance augmente avec l’âge, passant de 34 % chez les 18 à 29 ans, à 74 % chez les Américains de 65 ans ou plus.

Elle augmente aussi avec le degré d’instruction et le revenu.

Toutefois, il existe de grandes différences ethniques; cette confiance atteint 61 % chez ceux qui se définissent comme ‘Blancs’, mais n’est que de 36 % et de 29 % respectivement chez les ‘Noirs’ et les Latino-Américains.

Depuis deux ans, cette confiance s’est érodée.

Entre le 27 novembre et le 10 décembre 2018, 78 % des ‘Blancs’ présumaient que les gens (en anglais : people) s’entraideraient en période de crise. Cette proportion était presque aussi grande chez les ‘Noirs’ (67 %) et les Latino-Américains (69 %).

L’hyperpartisanenie politique

Depuis des années, les débats entre élus démocrates et républicains sont particulièrement acerbes.

Cette polarisation s’est généralisée à l’ensemble de la société américaine, insufflée par les milliers de gazouillis méprisants ou haineux de Donald Trump.

Au XIXe siècle, il était inconcevable d’épouser une personne d’une autre religion. Avant le milieu du XXe siècle, il était tabou d’épouser quelqu’un dont la pigmentation de la peau était très différente. Maintenant, les deux grands partis politiques américains sont en train de devenir des ghettos idéologiques.

En 1960, moins de 5 % des électeurs (démocrates ou républicains) affirmaient qu’ils n’aimeraient pas qu’un de leurs enfants épouse un conjoint d’une autre allégeance politique.

En 2019, cette proportion avait grimpé à 35 % chez les partisans républicains et encore plus, à 45 %, chez les partisans démocrates.

La propagande des médias canadiens a tendance à nous faire croire que l’extrémisme politique ne se loge que du côté des Républicains.

Sans le dire explicitement, le panneau new-yorkais (sur Times Square) qui dénombre l’excès de morts causé par l’incompétence de Donald Trump qualifie implicitement ce dernier d’assassin.

Que cela soit vrai ou non, cela est une incitation à la haine.

Par contre, le mois dernier, lorsque des manifestants équipés d’armes automatiques pénétrèrent dans l’enceinte du Capitole du Michigan afin d’y intimider les parlementaires, cette intimidation faisait penser à celle des chemises brunes, en Allemagne, il y a quelques décennies.

Alors que le président américain incite ses concitoyens à ignorer les recommandations des experts sanitaires au sujet du port du masque, certains commerces s’opposent à lui en n’acceptant que des clients qui le portent.

Frustrés, les consommateurs qui n’en ont pas et à qui on refuse l’accès crachent ou toussent volontairement sur le personnel de ces établissements au nom de la liberté.

À l’opposé, d’autres commerces obligent les personnes masquées à le retirer et à s’exposer au virus.

Jugez de cette polarisation par vous-mêmes, en cliquant sur ceci

Conclusion

Lorsqu’on pense à la guerre civile américaine, on songe à ces régiments qui se sont affrontés sur des champs de bataille.

En général, les guerres civiles ne se déroulent pas comme cela. S’y opposent les régions, les quartiers, et même les voisins dans une lutte fratricide dictée par une haine sourde à la raison.

Des chercheurs de l’université Vanderbilt ont trouvé qu’à la fois les électeurs démocrates et républicains ont de plus en plus tendance à utiliser une rhétorique qui déshumanise les partisans du parti opposé.

Comme la rhétorique de la Radio des Milles Collines, cette radio qui provoqué le génocide rwandais.

Tout pays dont les citoyens sont armés jusqu’aux dents est une poudrière.

De la part du président américain, les appels à la haine et à l’intolérance sont tellement devenus usuels que nous sommes devenus sourds aux alarmes qui devraient susciter les plus vives inquiétudes.

On en vient presque à souhaiter que l’imprudence sanitaire du président américain se retourne contre lui…

Références :
Before the pandemic, three-quarters of Americans said people would cooperate with each other in a crisis
Confinement: des hommes armés manifestent dans le Capitole du Michigan
How America Ends
No masks allowed: stores turn customers away in US culture war
The Art of Navigating a Family Political Discussion, Peacefully
The state of Americans’ trust in each other amid the COVID-19 pandemic
Trump Death Clock
Trump is not the only one who calls opponents ‘animals.’ Democrats and Republicans do it to each other
Trump Ratings Remain Low Around Globe, While Views of U.S. Stay Mostly Favorable

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le procès de l’OMS

19 mai 2020

Ces jours-ci, beaucoup de dirigeants occidentaux — notamment à Washington, à Paris et à Londres — reprochent à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) son manque d’esprit critique envers la Chine.

Se querellant sans cesse avec ses alliés et opposée à toute forme de collaboration internationale, l’administration Trump est irritée par l’attitude bienveillante de l’OMS. Selon la rhétorique belliqueuse américaine, cette collaboration fait figure de trahison puisque les États-Unis paient une bonne partie du budget de cet organisme.

Alors que la transmission communautaire du Covid-19 est évidente depuis le début, l’administration Trump accuse l’OMS d’avoir sous-estimé la dangerosité du Covid-19 et d’avoir ignoré les alarmes des autorités sanitaires de Taïwan, cette ile où est exilé le seul gouvernement légitime de la Chine (selon Washington).

On oppose donc la bonne ile taïwanaise à la méchante Chine. Comme on opposerait la vaillance d’une poignée de guerriers gaulois à la multitude des légionnaires romains.

Il est vrai que Taïwan a très bien fait face à l’épidémie du Covid-19. Mais ce succès a un prix.

Taïwan oblige la géolocalisation de ses 24 millions de citoyens. Parmi ceux en quarantaine, le pays prête même un téléphone multifonctionnel à ceux qui n’en ont pas.

Les personnes en quarantaine qui osent quitter la zone de confinement qui leur est alloué reçoivent alors l’ordre d’appeler la police immédiatement sous peine d’une amende de 33 000$.

Si on faisait la même chose au Canada, de nombreux défenseurs des droits de la personne compareraient les mesures de type taïwanais au contrôle liberticide imposé aux personnages du roman ‘1984’.

Mais revenons aux ‘mensonges’ et aux cachoteries présumées de la Chine. En réalité, cela sert d’excuse à la gestion calamiteuse de cette crise par les dirigeants occidentaux.

Tout comme la Corée du Sud, le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, Taïwan n’a pas eu accès à des informations privilégiées au sujet de la Chine. Pourtant, tous ces pays ont agi promptement. Pas les nôtres.

Lorsque la Chine a mis en quarantaine des dizaines de millions de ses citoyens, la planète tout entière ne pouvait ignorer la dangerosité du nouveau virus.

Le rôle des diplomates américains en Chine n’est pas limité à venir en aide aux Américains dans ce pays; ce sont des espions. Plus précisément, ce sont des experts dans différents domaines qui transmettent à Washington tout ce qu’on doit savoir au sujet du pays où ils sont en fonction.

Dès novembre 2019, les services américains du renseignement ont averti leurs alliés de l’OTAN et Israël au sujet d’une nouvelle épidémie humaine de nature virale en Chine. Une épidémie extrêmement dangereuse. Ces informations ont été détaillées dans un rapport confidentiel du National Center for Medical Intelligence de l’armée américaine, un rapport que celle-ci a tenté par la suite de nier.

Ces alarmes ont été ignorées par Donald Trump comme il a ignoré celles des responsables sanitaires en sol américain. Des responsables qu’il a congédiés lorsqu’ils refusaient de soutenir son aveuglement et son insouciance.

Donald Trump ne peut pas à la fois accuser la Chine de lui avoir caché la dangerosité du Covid-19 alors qu’il a été sourd aux avertissements des experts de son propre pays.

Nous sommes dans un beau pétrin parce que l’Occident en général et le Canada en particulier n’a rien retenu des leçons de l’épidémie du SRAS. Contrairement à Taïwan.

On ne s’est pas équipé de scanneurs thermiques aux aéroports. On a tardé à fermer les frontières. On n’a assuré aucun suivi des personnes contagieuses qui entraient au pays. On a détruit les réserves stratégiques de masques. Et en raison de leur pénurie, on a malicieusement prétendu que les masques n’étaient efficaces que lorsque portés par des professionnels de la Santé.

Mais c’est plus simple de dire que c’est la faute de la Chine…

Références :
ABC News: US intelligence warned of China’s spreading contagion in November
Report: Israeli Health Ministry Ignored US Warning in November of Viral Threat from China

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Canada et les masques N95

5 avril 2020

La guerre des masques

Puisque la pandémie au Covid-19 se propage principalement par l’air que nous respirons, toute personne qui désire se protéger à l’aide d’un masque N95 devrait pouvoir le faire.

Mais voilà, on en manque. Ce qui oblige nos gouvernements à les réserver pour ceux qui sont au front de la lutte contre la pandémie. À juste titre.

« Ça joue dur.» C’est par ces mots que le premier ministre du Québec faisait allusion à la compétition féroce que se livrent les pays afin d’acquérir du matériel médical de protection.

Le 15 mars, on apprenait la tentative des États-Unis de s’approprier l’exclusivité — pour la somme d’un milliard de dollars — d’un vaccin que cherche à mettre au point un laboratoire allemand.

Ces jours-ci, sans viser directement Washington, la présidente du Conseil régional d’Ile-de-France accuse ‘des Américains’ d’avoir détourné des masques destinés à la région parisienne.

Dans un pays aussi contrôlé que la Chine, on voit mal comment des contrebandiers américains pourraient exercer sur le tarmac d’aéroports chinois sans que les États-Unis aient officieusement obtenu la permission des autorités chinoises de les laisser opérer.

Une accusation analogue a été formulée par le ministre terre-neuvien de la Santé et le président français du Conseil régional du Grand Est.

Le 2 avril, un importateur québécois recevait une partie de sa commande de masques chinois; il a bien reçu les masques sanitaires, mais pas les 10 000 masques KN95 qui, eux, ont été expédiés par erreur en Ohio. On ignore si l’erreur a été corrigée par le transporteur.

Le 3 avril, un ministre de la cité-État de Berlin a accusé les États-Unis de piraterie après que 200 000 masques N95 destinés à la police berlinoise eurent été détournés à Bankok vers les États-Unis.

Cette semaine, les États-Unis ont officiellement interdit à un fabricant américain de masques N95 d’exporter une partie de sa production vers le Canada.

La France fait pareil. En vertu d’un décret adopté récemment, les masques fabriqués par la succursale française de Medicom seront uniquement destinés à la France.

La Chine fait l’inverse. Dans ce pays, les simples citoyens ont de la difficulté à obtenir des masques parce que leur pays préfère vendre au plus vite (et aux plus offrants) des milliards$ d’équipement de protection médicale pendant que les pays occidentaux se battent pour en avoir.

Bref, c’est la foire d’empoigne entre les pays pour obtenir des masques.

L’atout secret du Canada

Ces jours-ci, la France attend la livraison de près de deux-milliards de masques chinois.

Dans la lutte contre le Covid-19, vouloir une telle quantité de masques est raisonnable pour un grand pays.

Le Canada pourrait, lui aussi, obtenir autant de masques et même, les obtenir assez rapidement.

Mais comment est-ce possible ?

Parmi tous les pays qui se battent pour obtenir des masques, le Canada possède un atout qui vaut de l’or, à donner à la Chine en plus du prix usuel pour les masques; Mme Wanzhou, une des dirigeantes de Huawei.

Celle-ci est détenue au Canada en vertu d’un mandat d’arrestation que les États-Unis mirent trois mois à justifier.

Essentiellement, cette affaire est une farce, pour les raisons expliquées dans le texte ‘L’affaire Huawei : dure pour le Canada, la vie de caniche américain’.

Donald Trump a déjà déclaré que si elle était détenue aux États-Unis, il l’aurait libérée en échange d’un bon accord commercial avec la Chine.

Au Canada, elle pourrait être exfiltrée vers la Chine et remplacée par un sosie. Cela serait fait clandestinement puisque la résidence où elle est confinée est certainement épiée par des espions américains.

Lorsque la substitution sera découverte après l’élection présidentielle américaine, on fera semblant d’être surpris. Ce qui justifiera une enquête-bidon qui aboutirait à un cul-de-sac, raison d’État oblige.

Tout dépend d’Ottawa : est-ce que les vies de centaines ou de milliers de Canadiens — qu’on pourrait sauver en se procurant suffisamment de masques — valent plus que l’issue d’une affaire juridique qui est une source d’embarras pour le pays depuis plus d’un an ?

Références :
Coronavirus: anger in Germany at report Trump seeking exclusive vaccine deal
COVID-19 : des Américains rachètent en Chine un lot de masques destinés à la France
Des masques destinés au Canada détournés vers d’autres pays?
Des masques perdus à cause d’une erreur informatique?
La guerre des masques
La France a commandé près de 2 milliards de masques en Chine
La République Tchèque aurait détourné des masques et des appareils respiratoires destinés à l’Italie
Les États-Unis demandent à 3M de ne plus envoyer de masques au Canada
US accused of ‘modern piracy’ after diversion of masks meant for Europe
Washington assure n’avoir jamais acheté à la Chine de masques destinés à la France

Paru depuis :
Plus d’un million de masques commandés pour le Canada resteront en Inde (2020-04-23)

Complément de lecture :
La bataille pour fabriquer du liquide désinfectant québécois (2020-04-20)


Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés au Covid-19, veuillez cliquer sur ceci

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : les urnes funéraires de Wuhan

3 avril 2020

Introduction

Afin d’incriminer la Chine, on publie ces jours-ci des photos prises à Wuhan — le berceau de la pandémie au Covid-19 — qui montrent les files de citoyens qui attendent de recevoir l’urne funéraire d’un être cher.

On suggère ainsi que l’épidémie a causé beaucoup plus de victimes que ce que suggèrent les chiffres officiels.

De plus, on affirme qu’en début d’épidémie, les responsables chinois n’auraient comptabilisé que les morts survenus en établissements de Santé. Comme en France.

En début de pandémie

Au début de l’infection, les dirigeants de la province d’Hubei se sont empressés d’emprisonner les lanceurs d’alerte, accusés de saper l’harmonie sociale en répandant des nouvelles inquiétantes.

Mais quand il s’est avéré qu’on avait effectivement affaire à un problème sanitaire majeur, les choses ont été rapidement prises en main par Beijing; les autorités locales ont été limogées au profit d’hommes de confiance de Xi Jinping.

Ce dernier a alors ordonné la mise en quarantaine de dizaines de millions de personnes en plus d’annuler les célébrations de la Nouvelle année chinoise. À défaut de quoi, des centaines de millions de travailleurs chinois seraient retournés dans leurs provinces respectives, répandant l’infection partout dans le pays.

Dès la mi-janvier, les autorités chinoises ont publié le code génétique du virus, permettant ainsi la fabrication de tests de diagnostic.

Le bilan chinois

Au 1er avril 2020, il y avait 2,4 morts causées par le Covid-19 par million de personnes (mpm) en Chine, 3,2 mpm en Corée du Sud, 0,4 mpm au Japon, et 0,2 mpm à Taïwan.

Indépendamment de leurs systèmes politiques, les citoyens de ces pays sont soumis à un contrôle social beaucoup plus important de la part de l’État que chez nous et ont une longue habitude du port du masque sur la voie publique (pour différentes raisons).

Compte tenu des données dans les pays environnants, le bilan chinois est donc plausible. Dans tous les cas, on est loin du bilan de 12,4 mpm (présentement) en sol américain.

De retour au sujet des urnes

La population du Québec est de 8,5 millions de personnes. En 2018, 68 000 Québécois sont décédés, principalement de causes naturelles.

L’agglomération urbaine de Wuhan compte onze-millions d’habitants. En présumant que le taux de mortalité dans cette mégapole est analogue à celui au Québec, il y aurait 88 000 morts par année.

Ce qui veut dire que durant les trois mois de l’épidémie de Covid-19, il y aurait eu 22 000 morts dans cette mégapole, sans compter la mortalité additionnelle due au Covid-19.

Bref, en quoi une file de quelques centaines de personnes attendant une urne funéraire prouve quoi que ce soit ?

L’inquiétude de Washington

Donald Trump s’est fait élire sous la promesse de redonner la gloire d’autrefois à son pays.

Quatre ans plus tard, aux élections présidentielles de novembre prochain, il devra justifier pourquoi la bourse s’est effondrée, pourquoi des millions de travailleurs américains sont maintenant sans emploi, pourquoi la dette américaine est montée en flèche, et pourquoi le taux de mortalité du Covid-19 dans son pays dépasse celui de nombreux autres pays.

Et, humiliation suprême, les États-Unis seront devenus (temporairement) la deuxième puissance économique mondiale, derrière la Chine.

La réponse américaine à ces questions est simple : parce que la Chine a caché la dangerosité du virus ‘chinois’ et qu’elle l’a laissé sortir de chez elle.

Tout l’arsenal de propagande des États-Unis (aidés par les ONG qu’ils financent) s’évertueront à nous convaincre d’ici novembre que Donald Trump a été induit en erreur par les mensonges de Beijing, lui si vertueux en matière de franchise…

Malheureusement, même en ignorant le bilan ‘falsifié’ de le Chine, la lutte américaine contre le Covid-19 sera un fiasco qui aura obligé ce pays à se comporter comme un brigand dans l’acquisition du matériel médical de protection.

Le fond du problème

Au début, la pandémie s’est répandue autour du globe par le biais des voyages aériens transcontinentaux.

Puisque les gens qui ont les moyens d’effectuer de tels voyages sont principalement des Occidentaux, ce sont leurs pays qui furent les premiers affectés, après les pays voisins de la Chine.

Malheureusement pour nous, les pays occidentaux sont aussi ceux dont les dirigeants ont cédé aux chantres de la mondialisation aveugle.

Quand Trump interdit à un fabricant américain d’exporter ses masques N95 vers le Canada, il a raison; son pays est 3 à 4 fois plus atteint que le Canada. Que ferions-nous à sa place ? Et si l’ONU avait le pouvoir de trancher ce différent, est-on certain qu’elle donnerait raison au Canada ?

La France fait pareil. En vertu d’un décret adopté récemment, la production de masques par la succursale française de Medicom sera uniquement destinée à la France.

Le gars stupide, ce n’est pas Trump ou Macron; c’est celui qui laisse produire en Inde et en Chine de l’équipement médical de première nécessité et des médicaments essentiels à la vie de ses citoyens et qui se dit : « Si jamais on en a besoin, on leur fera signe…»

Dans le cas des médicaments, les pénuries actuelles ne surprendront personne. De telles pénuries se succèdent depuis plus d’une décennie.

Dès 2011, j’écrivais sur ce blogue : ‘Le jour où l’approvisionnement en médicaments sera jugé aussi stratégique que l’approvisionnement en pétrole, les gouvernements seront davantage soucieux d’établir des règles qui garantissent à leurs citoyens l’accès ininterrompu en médicaments essentiels à leur vie.´

Malheureusement, le Canada n’a constitué et maintenu de réserves stratégiques ni pour l’équipement médical ni pour des médicaments de base.

De plus, le Canada n’a rien retenu de la pandémie de SRAS de 2003.

On n’a pas équipé les douaniers de scanneurs thermiques, tant aux aéroports qu’aux frontières. Contrairement à la Chine, à la Corée du Sud, au Japon et à Taïwan.

Actuellement, à Beijing, à l’aide de scanneurs thermiques, on vérifie la température de toute personne qui se promène à l’extérieur. Même si nos directeurs de Santé publique recommandaient qu’on fasse pareil, on ne pourrait tout simplement pas donner suite à cette suggestion.

Le fédéral n’a institué aucun mécanisme de concertation qui permettrait aux provinces d’assurer le suivi des voyageurs qui confient spontanément aux douaniers canadiens être atteints de symptômes suggérant l’infection au Covid-19.

Contrairement aux pays démocratiques d’Extrême-Orient, Ottawa n’a institué aucun plan de confinement obligatoire des voyageurs atteints. Pas de test. Rien. Jusqu’à tout récemment, on entrait dans le pays comme dans une grange.

Tout ce que le fédéral a fait, c’est distribuer des feuillets de renseignements. Wow ! Quel bel effort…

Conclusion

Il est futile de chercher des puces à la Chine.

Le fiasco occidental dans la lutte contre le Covid-19 nécessite une réflexion profonde sur le lien qui unit nos États à leurs peuples.

Suffit-il d’élire nos dirigeants (ce qui est mieux que rien) pour que nous faire accepter le fait que dès qu’ils prennent le pouvoir, ils servent de paravent à une machine étatique à la solde du grand capital international ?

En somme, est-ce que la démocratie parlementaire (élire ses dirigeants) est le seul modèle de démocratie ? Puisque ce n’est pas le cas, est-il vain de désirer mieux ?

Je crois que l’âge des révoltes approche…

Références :
L’âge des révoltes
Les États-Unis demandent à 3M de ne plus envoyer de masques au Canada
Les pénuries de médicaments
Plus d’un million de masques retenus en Inde


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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : la course au vaccin

16 mars 2020

Introduction

Tous les jours, des milliers de bactéries tentent d’envahir notre corps, principalement par nos muqueuses. Dans l’immense majorité des cas, nos anticorps non spécifiques réussissent à les détruire et à nous protéger d’une infection.

Cela n’est pas vrai des virus.

Il suffit de quelques exemplaires d’un virus, parfois d’un seul, pour que nous tombions malades.

Le virus Ebola est un de ces virus extrêmement contagieux.

Après l’exposition à un virus, les seules manières d’éviter d’être infecté, c’est par le biais de la vaccination ou par une immunité spécifique acquise à la suite d’une exposition antérieure au même virus.

Sur la quarantaine de coronavirus connus, l’immense majorité d’entre eux sont incapables de se développer chez l’humain.

Sept le peuvent. Quatre font partie du groupe hétéroclite des virus responsables d’infections respiratoires bénignes; on estime que de 15 à 30 % des rhumes banals sont causés par un coronavirus.

Mais trois coronavirus peuvent causer de graves épidémies : le virus du SRAS, celui du SRMO et le tout dernier, le Covid-19.

La recherche d’un vaccin anti-SRAS

Commun chez la chauvesouris, le virus du SRAS s’est propagé à l’humain par le biais d’un carnivore qui a servi d’intermédiaire : la civette palmiste masquée.

Le SRAS a causé une pandémie en 2003.

Mais comme les virus ont un mécanisme de réplication grossier, il a muté tout en se propageant d’un humain à l’autre jusqu’au moment où il devenait inoffensif pour nous.

Voilà pourquoi on ne l’a plus revu depuis.

Et les compagnies pharmaceutiques qui avaient investi des sommes importantes pour mettre au point un vaccin contre lui ont abandonné leurs recherches quand elles ont réalisé que plus personne n’en avait besoin.

La recherche d’un vaccin anti-SRMO

Le virus du SRMO est plus récent. Il est apparu au Moyen-Orient en 2012. Il se propage à l’humain à partir du chameau.

Il aurait disparu depuis longtemps si on avait résolu d’abattre les bêtes qui en sont atteintes.

Conséquemment, il circule lentement dans cette partie du monde depuis sa découverte.

En raison de la richesse des pétromonarchies et leur absence d’infrastructure scientifique, certains laboratoires occidentaux travaillaient à la mise au point d’un vaccin anti-SRMO quand soudainement le Covid-19 est apparu.

La recherche d’un vaccin contre le Covid-19

Découvrir un vaccin contre un nouveau virus peut prendre des années. Pensez au SIDA; on attend toujours.

Les compagnies qui avaient trouvé des approches prometteuses contre le virus du SRMO ont toutes décidé de réorienter leurs recherches contre le Covid-19.

Leur longueur d’avance s’est soudainement réduite lorsque la Chine a pris tout le monde par surprise en publiant la séquence génétique du virus le 11 janvier dernier, soit seulement deux mois après la découverte des premiers cas d’infection humaine.

Ceux qui voient encore la Chine comme un pays arriéré qui ne fait que copier des brevets occidentaux doivent réaliser qu’en 2011, sur les 2 140 000 millions d’inventions dans le monde, 526 412 venaient de Chine, soit 24,6 % (en comparaison avec 23,5 % de provenance américaine).

En 2015, le nombre de brevets chinois était même supérieur au total des brevets américains, japonais, coréens et européens.

Grâce à la publication du génome, des virologues allemands produisaient le premier test de diagnostic une semaine plus tard.

Ces bonds en avant accélèrent la découverte d’un vaccin. Environ trente-cinq compagnies et institutions académiques se ruent présentement pour le découvrir. Prix Nobel garanti.

Les tests cliniques préliminaires débuteront le mois prochain.

Normalement, la mise au point d’un vaccin prendrait plus d’un an.

Mais au printemps 2018, Donald Trump a dissout l’unité chargée de la santé globale au National Security Council, et son équivalent au Department of Homeland Security.

De plus, l’amputation du financement des Centers for Disease Control and Prevention (réduisant leurs activités de détection de 80 %), la fin du programme USAID’s Predict (permettant de freiner la transmission des virus), et les 44 % d’Américains qui renoncent à consulter un médecin parce qu’ils n’en ont pas les moyens, sont autant de raisons qui incitent à anticiper une catastrophe sanitaire aux États-Unis.

À chaque saison de la grippe, 70 à 150 millions d’Américains l’attrapent. Avec un taux de mortalité de 3,6 % (36 fois plus que la grippe), l’épidémie de Covid-19 aux États-Unis pourrait faire plus de 2,5 millions de morts… à moins qu’un vaccin offert gratuitement apparaisse soudainement d’ici l’élection présidentielle de novembre prochain.

Dans son édition de dimanche, le quotidien allemand Die Welt rapporte que Donald Trump aurait offert un milliard de dollars à la pharmaceutique CureVac afin qu’elle ne distribue qu’aux États-Unis le vaccin anti-Covid-19 qu’elle finaliserait d’ici quelques mois (selon son site web).

Outré, le ministre allemand de l’Économie a déclaré ce matin que l’Allemagne n’est pas à vendre.

Un vaccin commercialisé à toute vitesse permettrait à Donald Trump de se présenter aux élections présidentielles en sauveur de la nation américaine.

Souhaitons-lui bonne chance et espérons que ce vaccin approuvé à la hâte pour servir ses intérêts ne soit pas un autre 737 MAX…

Références :
Aux Etats-Unis, la pénurie de tests pour le Covid-19 vire au scandale
Chine ou États-Unis, lequel est plus dangereux ?
Coronavirus
Coronavirus: anger in Germany at report Trump seeking exclusive vaccine deal
COVID-19 Germany: Country holds crisis talks after U.S. reportedly tries to poach vaccine
La bonne question
Trump déclare l’état d’urgence aux États-Unis
When will a coronavirus vaccine be ready?

Paru depuis :
Premier essai clinique d’un vaccin contre le coronavirus (2020-03-16)


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Écrit par Jean-Pierre Martel


Délocalisation de la production des médicaments et géopolitique

27 février 2020

C’est bien connu; les enfants qui toussent le font sans se soucier de la propagation de leurs microbes.

Lundi dernier, une famille dont le bébé toussait a été expulsée d’un avion en partance pour Paris à la suite de la plainte d’une autre passagère.

Pendant ce temps, des millions de voyageurs à travers le monde diffèrent leurs vacances, préférant voir comment l’épidémie de Covid-19 évoluera.

Représentant 290 compagnies aériennes (qui assurent 82 % du trafic aérien mondial), l’Association internationale du transport aérien estime que ses membres perdront 27,8 milliards$ en 2020.

À cela s’ajoutent les pertes des autres partenaires de l’industrie touristique; hôtels, restaurants, agences de voyages, etc.

Aujourd’hui, on apprend que l’Arabie saoudite interdira temporairement l’entrée sur son territoire à tous les pèlerins étrangers et que le Japon craint pour la tenue des Jeux olympiques qu’elle doit accueillir cet été.

En provoquant la mise en quarantaine de villes entières, le Covid-19 perturbe l’approvisionnement en matières premières et en produits finis.

Ces jours-ci, les indices boursiers fléchissent légèrement en raison des incertitudes que fait planer le coronavirus sur l’économie mondiale.

Basée sur de faibles données scientifiques, la rumeur se répand aujourd’hui selon laquelle la chloroquine (un vieux médicament contre la malaria) serait efficace contre le Covid-19.

Indépendamment de la véracité de cette rumeur, imaginons qu’un médicament déjà commercialisé depuis longtemps apparaisse soudainement comme le seul traitement efficace et peu couteux contre le coronavirus.

En pareil cas, il y a de très bonnes chances que ce médicament soit fabriqué exclusivement en Chine ou en Inde.

Le Canada a perdu la presque totalité de sa capacité de produire des ingrédients actifs et des médicaments finis, laissant son industrie pharmaceutique délocaliser sa production en Chine ou en Inde afin de réaliser des économies d’échelle.

En conclusion à un texte paru en 2011, j’écrivais :

Le jour où l’approvisionnement en médicaments sera jugé aussi stratégique que l’approvisionnement en pétrole, les gouvernements seront davantage soucieux d’établir des règles qui garantissent à leurs citoyens l’accès ininterrompu en médicaments essentiels à leur vie.

Références :
COVID-19 : l’antimalaria chloroquine, une piste très préliminaire
Jeux de Tokyo et COVID-19 : trop tôt pour s’alarmer, dit l’OMS
L’affaire Huawei : dure pour le Canada, la vie de caniche américain
L’épidémie du COVID-19 coûterait 30 milliards au secteur aérien
Les marchés prennent la mesure de la propagation
Les pénuries de médicaments
Microsoft n’atteindra pas certains objectifs financiers en raison du COVID-19
Terres rares : l’arme secrète de Pékin dans sa guerre commerciale contre Washington ?
Un bébé tousse? Qu’on l’expulse de l’avion!

Paru depuis :
Plus d’un million de masques retenus en Inde (2020-03-30)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Huawei : les différences de détention au Canada et en Chine

22 janvier 2020

Depuis des mois, les journaux canadiens comparent la sévérité de la détention des Canadiens Michael Kovrig et Michael Spavor en Chine à celle, beaucoup plus clémente, de Mme Meng Wanzhou au Canada. Cette dernière est simplement confinée à la prison dorée de sa luxueuse demeure en Colombie-Britannique.

On crie donc à l’injustice.

En réalité, les deux Canadiens en Chine sont traités comme le sont les prisonniers dans ce pays, alors que Mme Wanzhou n’est pas traitée comme n’importe quel prisonnier au Canada.

Mais est-ce la faute de la Chine ?

Dans un pays communiste, tous les prisonniers sont traités durement. Qu’ils soient en attente d’un jugement ou déjà condamnés.

Dans ces pays, la prison est considérée comme une punition; on s’assure que les condamnés n’aient pas le gout de recommencer.

Quant aux simples accusés ultérieurement déclarés non coupables, ce sont des victimes collatérales du système judiciaire de tout pays totalitaire. Que ses dirigeants soient d’extrême droite (comme l’Arabie saoudite) ou d’extrême gauche (comme la Chine).

Quel est le sort des prisonniers en attente d’un jugement ?

Au Canada (mais probablement pas en Chine), les accusés sont habituellement relâchés sous caution en attente de leur procès. À moins qu’on estime que leur remise en liberté comporte un risque pour la société.

Car la prison est vue comme un moyen de protéger la société canadienne. Et c’est par le moyen des libérations conditionnelles qu’on récompense les prisonniers qui expriment leur repentir.

Quant aux condamnations au pays, elles varient selon le statut social du condamné. Cela découle du pouvoir discrétionnaire de la poursuite.

Dans les négociations secrètes entre la défense et la poursuite qui précèdent toute condamnation, lorsque l’avocat de la défense est en mesure d’établir que l’accusé est tellement riche qu’il a les moyens de faire trainer sa cause pendant des années, la poursuite finira par accepter de réclamer elle aussi la clémence du tribunal.

C’est ainsi qu’Anita Obodzinski, après avoir ruiné une personne âgée et l’avoir fait enfermer dans un hospice sécurisé, a été condamnée à purger sa peine à son luxueux domicile.

De la même manière, Pierre Duhaime, PDG de SNC-Lavalin, a été condamné à vingt mois d’emprisonnement avec sursis, une peine qu’il purgera à son domicile. Et ce pour sa contribution à la plus importante fraude de l’histoire du Canada.

Parmi les milliers de condamnés à des peines d’emprisonnement au Canada, seules les personnes riches purgeront leur peine à domicile. Jamais un assisté social n’est condamné à purger sa peine dans son HLM.

Le cas de Mme Wanzhou est donc typique du traitement que le système judiciaire canadien réserve aux personnes fortunées.

Strictement parlant, le statut de la dirigeante chinoise est celui d’une accusée à qui on a refusé la simple remise en liberté et qui a le privilège d’être incarcérée chez elle.

Afin de susciter le ressentiment des Canadiens contre la Chine, on se plait à mettre en évidence le caractère ‘injuste’ des conditions de détention de la dirigeante chinoise (comparées à celles des détenus en Chine).

En réalité, la propagande canadienne ne fait que souligner que le Canada a deux justices; l’une pour les riches et l’autre pour les pauvres.

Références :
La loi ou la force
Le DPCP et l’esprit de caste
Les tribunaux et la vieille au déambulateur

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Missiles iraniens : une dangerosité surfaite ?

11 janvier 2020

Avant-propos : Tout comme les obus, les missiles sont des armes meurtrières. Le texte qui suit concerne leur utilisation comme outils de guerre et n’est donc pas une allusion à cet avion ukrainien récemment abattu par l’Iran.

Cliquez sur l’image pour l’agrandir

Introduction

À la suite d’un attentat terroriste commis par les États-Unis contre le général iranien Qassem Soleimani, ce pays a répliqué par des tirs de missiles visant deux bases américaines en Irak.

Ces frappes n’ont fait aucune victime.

Pour expliquer cela, certaines sources soutiennent qu’afin d’éviter un incident diplomatique avec l’Irak (avec lequel l’Iran entretient de bonnes relations), l’Iran aurait eu la courtoisie de prévenir ce pays ami peu de temps avant l’attaque (demeurée secrète jusqu’alors).

Celui-ci, en retour, aurait averti les Américains (dont les militaires se sont alors réfugiés dans des abris sous-terrain).

Par contre, certains analystes ont émis l’hypothèse que Téhéran a sciemment raté son coup afin d’éviter une escalade des tensions avec Washington

Ceci est extrêmement douteux. Un pays menacé de guerre ne fait pas exprès pour prouver la vulnérabilité de ses défenses ou l’inefficacité de ses moyens d’attaque.

De plus, on ne gaspille pas des millions$ en missiles pour ‘faire semblant’ de se venger alors qu’on pourrait avoir bientôt besoin de cet argent (ou de ces missiles) pour se défendre.

D’autres sources estiment, au contraire, que les missiles iraniens seraient devenus tellement précis que l’Iran aurait choisi — à l’aveugle puisqu’on était en pleine nuit — de faire la distinction entre les casernes (où les soldats dormaient) et les hangars qui ont été ciblés et détruits. D’où l’absence de victimes.

Quinze ou seize missiles ont été tirés. Onze ont frappé la base militaire d’Ayn al-Assad (photo ci-dessus) tandis qu’un autre a frappé une base américaine située près d’Erbil.

Une première constatation : les bases américaines en Irak ne sont pas protégées par des missiles antimissiles.

De plus, trois ou quatre missiles se sont écrasés dans la campagne irakienne et donc, ont complètement raté leur cible.

D’où la question : les missiles iraniens sont-ils aussi précis qu’on le prétend ?

Les missiles russes

Les missiles iraniens proviennent de deux sources : ceux importés de Russie et ceux fabriqués en Iran.

La technologie antimissile russe est la plus efficace et la plus précise au monde.

En 2007, l’Iran avait obtenu 29 véhicules antiaériens mobiles Tor-M1 en vertu d’un contrat de 700 millions$ signé deux ans plus tôt avec Moscou.

Quoique très efficace, le système antimissile Tor-M1 n’est pas le plus sophistiqué de l’arsenal russe puisqu’il est maintenant vieux de deux décennies. Le cout unitaire de chaque véhicule est de 25 millions$.

En 2010, à l’époque du président russe Dmitry Medvedev, des pressions américaines et israéliennes avaient provoqué l’annulation d’un contrat de vente à l’Iran des redoutables missiles russes S-300.

Depuis le retour de Poutine à la résidence russe, Moscou se dit prêt à vendre des missiles S-300VM (encore plus puissants) à l’Iran. Une offre que Téhéran ne semble pas avoir acceptée.

Ce qui fait sans doute hésiter l’Iran, c’est le prix unitaire de ces véhicules antiaériens; 120 million$. Il s’agit d’une somme considérable pour un pays dont l’économie est étranglée par les sanctions américaines.

L’Iran peut évidemment pratiquer le troc avec Moscou. Mais quoi donner en retour ? La Russie est déjà un des principaux exportateurs de pétrole.

En raison des couts élevés de la technologie antimissile russe, l’Iran fabrique ses propres missiles. C’est sa principale source d’approvisionnement.

Les missiles faits en Iran

En 2018, le budget militaire iranien était de 13 milliards$US (environ le cinquième de celui de l’Arabie saoudite).

Son arsenal de drones et de missiles est le plus important du Moyen-Orient. Les Américains estiment que l’Iran en aurait des milliers, d’une douzaine de variétés.

Ceux dont la portée est la plus courte sont des missiles sol-air destinés à abattre des avions de chasse et des bombardiers ennemis.

Les missiles dont la portée est plus longue sont des missiles sol-sol. Les missiles Fateh ont une portée entre 200 et 300 km. Ce sont ceux que l’Iran a utilisés la semaine dernière contre les deux bases américaines.

Ceux qu’Israël craint sont des missiles sol-sol dont la portée est encore plus longue; les Shahab.

Les plus puissants d’entre eux pourraient atteindre des cibles situées à deux-mille kilomètres.

En balistique, l’écart circulaire probable (ÉCP) est le rayon du cercle à l’intérieur duquel tombent la moitié des frappes. En somme, c’est une mesure de la précision des missiles.

L’ÉCP des missiles Shahab-3 originels (ceux de 2002) était de 2,5 km. Une telle imprécision est inacceptable.

Membres de cette famille, les missiles Ghadr-1 sont apparus en 2015. Ces derniers sont cinq fois plus précis; leur ÉCP est de 300 mètres.

Le 12 juin dernier, l’aéroport saoudien d’Abha — situé à 306 km du Yémen — a été bombardé par les rebelles de ce pays.

À cette occasion, le missile (probablement d’origine iranienne) a raté la tour de contrôle. Si bien que c’est la salle d’arrivée des voyageurs qui a été endommagée.

Cette imprécision est compatible avec les renseignements qu’on possède au sujet de l’ÉCP actuel des missiles iraniens.

Cela contraste avec la précision ‘chirurgicale’ des frappes du 14 septembre dernier contre les sites pétroliers saoudiens.

Ce qui donne plus de poids à l’hypothèse — avancée sur ce blogue — selon laquelle ces frappes ont été tirées à bout portant par la dictature saoudienne contre ses propres installations dans le but de forcer les États-Unis à entrer en guerre contre l’Iran.

Conclusion

Le complexe militaro-industriel américain a continuellement besoin de nouvelles guerres pour maintenir l’emploi.

Ce complexe est un allié de l’OTAN. Afin de justifier son existence, ce dernier doit absolument exagérer la dangerosité des menaces ennemies.

D’abord, la Russie.

Alors que l’armée américaine est cinq à dix fois plus puissante que l’armée russe — en d’autres mots, alors que le risque de guerre mondiale est nul — l’OTAN s’est lancée depuis 2014 dans une course aux armements.

Le prétexte en a été l’annexion russe de la Crimée. L’OTAN feint d’ignorer que cette annexion était souhaitée par les Criméens eux-mêmes (qui l’ont adoptée par référendum). Ce que l’OTAN compare abusivement à l’invasion de la Pologne par l’Allemagne nazie en 1939.

Puis, la Chine.

Les États-Unis (et les ONG qu’ils financent) estiment qu’un million d’Ouïgours sont emprisonnés en Chine.

S’il ne fait aucun doute que la Chine a créé des ‘camps de rééducation’ afin de venir à bout des violences inter-ethniques dans l’ouest du pays, on se demande comment la Chine pourrait loger un million de personnes sans qu’on ait des photos satellites pour prouver l’ampleur de cette incarcération.

De plus, il ne faudrait pas oublier qu’il y a officiellement deux millions de prisonniers aux États-Unis, un pays quatre fois moins populeux.

Donc, même si un million d’Ouïgours étaient vraiment emprisonnés, les États-Unis demeureraient le champion mondial de l’incarcération.

Et l’Iran.

De la même manière, l’Iran nous est présenté comme une grande menace terroriste.

Selon les dépêches diplomatiques américaines révélées par Wikileaks, l’Arabie saoudite est le principal financier du terrorisme international.

L’Iran n’est impliqué que dans un terrorisme de portée régionale, comme le sont eux-mêmes presque tous les autres pays de la région.

Il est indiscutable que le général Soleimani planifiait de tuer des soldats américains. Toutefois, on doit admettre que tous les généraux au monde planifient de tuer des ennemis. Pour n’importe quel pays, à quoi ça sert d’avoir une armée si les soldats refusent de tuer des envahisseurs ?

Menacé de guerre par les États-Unis — le seul pays qui, jusqu’ici, ait utilisé l’arme nucléaire — l’Iran sait que seule son adhésion au club des détenteurs de l’arme atomique est susceptible de faire hésiter les Américains à l’envahir. Comme c’est le cas pour la Corée du Nord.

D’ici à ce qu’elle obtienne suffisamment de combustible nucléaire pour créer sa première bombe, l’Iran a choisi de développer son programme de missiles.

Il ne s’agit pas d’une stratégie offensive puisqu’on ne gagne pas de guerre à coups de missile ou de bombardements; l’échec américain en Syrie en est la preuve.

Il s’agit d’une stratégie de dissuasion. L’Iran sait que ses voisins hostiles (notamment l’Arabie saoudite) hésiteront à lui faire la guerre si leurs villes sont susceptibles d’être bombardées par des missiles iraniens alors que la technologie antimissile américaine sera impuissante à les protéger.

Références :
Emad, Ghadr (Shahab-3 Variants)
Fateh-110
How strong is Iran’s military?
Le mystère des attaques contre les champs pétroliers saoudiens
L’Iran riposte aux États-Unis
Russia offers to sell anti-aircraft missiles to Iran
Russia will supply new anti-aircraft missiles for Iran
S-300VM missile system
Tor missile system
2020 Iranian attack on U.S. forces in Iraq

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Climat : le déni australien

8 janvier 2020

 

 
Introduction

Depuis aout dernier, les feux de brousse australiens ont détruit la végétation sur 84 000 km², réduit en cendres plus de 2 500 bâtiments (dont 1 300 maisons), tué une vingtaine de personnes et plus d’un demi-milliard d’animaux (dont des dizaines de milliers de koalas).

Jusqu’ici, les feux ont produit 250 millions de tonnes de gaz à effet de serre.

Le 18 décembre, l’Australie a connu la journée la plus chaude de son histoire (avec une moyenne nationale de 41,9°C). Le lendemain, dans la Plaine de Nullarbor (au sud-ouest du pays), le mercure a atteint 49,9°C.

Les deux pieds dans l’âge thermo-industriel

Depuis un demi-siècle, l’Australie a multiplié par sept sa production de charbon. Annuellement, elle est passée de 67,3 millions de tonnes en 1970, à 118,0 en 1980, à 210,4 en 1990, à 312,0 en 2000, à 434,4 en 2010 et à 492,8 en 2016.

Le pays est le quatrième producteur de charbon (derrière la Chine, les États-Unis et l’Inde) et le premier exportateur mondial.

En 2018, la production d’électricité était tirée à 82,9 % des combustibles fossiles; essentiellement le charbon (60,4 %) et le gaz (20,6 %).

Selon Greenpeace, les centrales au charbon australiennes comptent parmi les plus polluantes au monde quant au dioxyde de soufre : le pays ne possède aucune législation à ce sujet.

Les vastes étendues désertiques du centre du pays se prêtent très bien à la production d’énergie solaire. Pourtant, celle-ci ne représente que 3,8 % de la production nationale d’électricité.

Le pays produit 15,6 tonnes de CO2 par habitant, soit 3,6 fois la moyenne mondiale (et 7 % de plus que chaque Américain).

Si bien que c’est le pays à la plus forte empreinte écologique par habitant. Si chaque personne dans le monde consommait comme la moyenne des Australiens, l’Humanité aurait besoin de 5,2 planètes Terre pour subvenir à ses besoins.

Selon le 2020 Climate Change Performance Index, l’Australie est le 56e pire pays au monde (sur les 61 évalués) quant à ses émissions de gaz à effet de serre, à sa consommation énergétique, à son utilisation des énergies renouvelables et à ses politiques environnementales.

Le pouvoir de News Corporation

L’Australie est aux prises avec une importante concentration de la presse.

Contrôlé par la famille Murdoch, News Corporation possède près de 70 % des quotidiens du pays.

Depuis des années, cet empire médiatique nie l’importance des changements climatiques et fait ouvertement campagne contre ceux qui tentent d’alerter l’opinion publique à ce sujet.

Dans l’édition d’aujourd’hui du plus influent quotidien du pays, The Australian, les nouvelles au sujet des feux de brousse du pays occupent une place insignifiante.

Même chose pour The Courrier-Mail et le Herald Sun.

Résultat de cette manipulation de l’opinion publique, le pays est dominé depuis des décennies par des gouvernements climatosceptiques voués à la promotion des intérêts des producteurs de combustibles fossiles.

C’est ainsi que depuis 1996, l’Australie tente de miner les efforts internationaux en vue de limiter la production de gaz à effet de serre.

Pourtant.

Entre 2000 et 2013, 22 % des forêts intactes de ce pays ont été détruites. Un tiers des espèces d’insectes recensées en Australie est en risque d’extinction.

Depuis 2014, le pays a connu trois gouvernements dirigés par le Parti libéral d’Australie.

Durant son mandat d’un peu moins de deux ans (de 2013 à 2015), Tony Abbott supprimait le ministère des Sciences, l’Autorité du changement climatique, la Commission du climat et la taxe carbone (instaurée un an plus tôt).

Son gouvernement a approuvé en 2014 le rejet — dans les eaux de la Grande Barrière de corail — des déchets de dragage provenant des travaux d’extension d’un port d’exportation de charbon. Or la Grande Barrière avait déjà perdu plus de la moitié de ses coraux entre 1987 et 2014.

De 2015 à 2018, son successeur (Malcom Turnbull) a tenté en vain de faire en sorte que l’Australie s’engage à réduire des émissions polluantes. Mais il a dû y renoncer en raison de la fronde d’une dizaine de ses députés.

Depuis aout 2018, il a été remplacé par Scott Morrison, un climatoseptique notoire. Celui-ci a répété ces dernières semaines qu’il en faisait déjà assez contre le réchauffement climatique et que sa politique environnementale ne pouvait pas être tenue responsable des incendies.

Conclusion

Le cas de l’Australie montre comment la concentration de la presse aux mains de quelques uns peut conduire tout un peuple à l’aveuglement collectif.

Références :
Australia Is Committing Climate Suicide
Australia ranked worst of 57 countries on climate change policy
Australie
Énergie en Australie
Feux de brousse en Australie (2019-2020)
L’Australie brûle dans l’indifférence de ses journaux
Liste des pays par production de charbon
News Corporation

Paru depuis :
Une catastrophe prévisible (2020-01-16)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Talibans et Trump, des iconoclastes modernes

6 janvier 2020

Peu après avoir jeté les troupes russes hors d’Afghanistan, les nouveaux maitres du pays (les Talibans) avaient résolu de purger le pays des traces de son passé pré-islamique.

Leur dynamitage en mars 2001 des trois Bouddhas de Bâmiyân (sculptées entre le IIIe et le VIIe siècle) a suscité une réprobation planétaire.

Indignée, Washington se drapait alors de la parure vertueuse du défenseur de la Civilisation.

Mais deux décennies plus tard, la barbarie a changé de camp et contamine maintenant les plus hauts sommets de l’État le plus puissant du monde.

Pour venger la simple humiliation subie par les États-Unis lors de la Crise des otages américains en Iran en 1981 —  au cours de laquelle 52 Américains furent otages de ravisseurs Iraniens (sans y perdre la vie) — Donald Trump a menacé de détruire 52 sites ayant une grande importance culturelle aux yeux des Iraniens.

Pour avoir une idée de ce que Trump menace de détruire, on cliquera sur ceci.

Soyons optimistes et parions que tout ceci n’est que du bluff.

Toutefois, on peut s’inquiéter du fait que la pensée de détruire de tels trésors ait traversé l’esprit d’un des chefs d’État les plus belliqueux de l’Histoire moderne (pourtant riche à ce sujet).

Et on peut craindre encore plus de le voir se glorifier de posséder le pouvoir de les anéantir.

Comme dans ce film de Chaplin où un chef d’État grisé par sa puissance s’amuse avec un globe terrestre qu’il traite comme un ballon de plage…

Si j’étais Américain, je serais humilié de voir que la moitié de mon peuple ait porté au pouvoir quelqu’un dont personne ne peut garantir qu’il est sain d’esprit (pensez à sa volonté d’acheter le Groenland) ou qu’il possède la maturité nécessaire à la fonction qu’il occupe (dans ce cas-ci).

On ne peut promouvoir la démocratie américaine quand celle-ci donne de si pitoyables résultats.

Références :
Bouddhas de Bâmiyân
Crise des otages américains en Iran
Donald Trump’s belligerent threats to Iran’s cultural sites are grotesque
Trump menace de frapper 52 sites en Iran

Paru depuis :
Menaces contre les sites patrimoniaux iraniens: Donald Trump isolé (2020-01-07)
Ispahan brûle-t-il? (2020-01-11)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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