Les compagnies ferroviaires, instruments de la colonisation canadian

Publié le 25 avril 2022 | Temps de lecture : 4 minutes

Le CP sous Pierre-Elliott Trudeau

En 1981, le francoOntarien Paul Desmarais est à la tête de Power Corporation, la plus importante société financière du Canada.

Parmi ses nombreux investissements, il possède 5 % des actions du Canadien Pacifique (CP), un des deux plus importants transporteurs ferroviaires du Canada.

De son côté, la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) en possède 8 %.

Paul Desmarais ambitionne de prendre le contrôle du transporteur. Ce qui serait possible s’il en détenait environ 20 % des parts.

En décembre de cette année-là, sa participation grimpe à 11 %. En mars 1982, la CDPQ augmente la sienne à 9,97 %.

La prise de contrôle du CP est alors à portée de main; il suffit à Paul Desmarais de convaincre le CDPQ de lui vendre ses actions.

Mais au siège social torontois du CP, c’est la panique; la perspective que la compagnie ferroviaire tombe entre les mains d’un Francophone est totalement inacceptable.

Précisons que de nos jours, le Conseil d’administration du CP est dirigé par Isabelle Courville, une francoQuébécoise.

Mais il y a trois décennies, le CP est l’ultime bastion de la haute finance WASP (White Anglo-Saxon Protestant), celle où il était de bon ton de boire du scotch et de fumer le cigare.

Frederick Burbidge, PDG du CP, prend alors les grands moyens; il appelle directement Pierre-Elliott Trudeau.

Il somme le premier ministre du Canada de faire adopter une loi qui empêche l’alliance financière entre le CDPQ et Paul Desmarais.

Pierre-Elliott Trudeau demande alors à un sénateur libéral d’accomplir la basse besogne pour lui et de présenter le projet de loi S-31.

Celui-ci interdit à une société d’investissement qui est de propriété provinciale (lire : la CDPQ), d’investir dans des champs de compétence fédérale (lire : le transport interprovincial).

Un an plus tard, lorsque Paul Desmarais renonce à prendre le contrôle du CP, cette société est sauve. Le projet de loi S-31 est abandonné et meurt au feuilleton.

Le CN sous Justin Trudeau

Le Canadien national est l’autre grand transporteur ferroviaire. Son siège social est situé à Montréal.

Depuis le départ de Jean-Paul Ruest en octobre 2021, de Julie Grondin à la même époque et de Jean Charest en mars dernier, son Conseil d’administration ne compte plus aucun Francophone ni même aucun Anglophone bilingue; ses administrateurs sont tous des Anglophones unilingues.

Comme le CP l’était il y a trois décennies.

Interrogé au sujet de l’unilinguisme de la direction du CN, le premier ministre Justin Trudeau — qui, apparemment, vit sur une autre planète — s’est dit époustouflé et frustré.

Mais il y a plus.

Le 22 avril dernier, le quotidien La Presse révélait que les conducteurs de locomotive, les chefs de train et les chefs de triage qui refusent de travailler en anglais au Québec sont harcelés.

Rappelons que la Loi 101 exige que la langue de travail au Québec soit le français.

Étant donné que la compagnie ferroviaire embauche des personnes unilingues anglaises (donc incapables de travailler en français), elle exige que ses cadres intermédiaires et ses travailleurs francophones s’adressent à eux en anglais sous peine de sanctions administratives.

Voilà comment un peuple devient étranger dans son propre pays.

Cela porte un nom; la colonisation.

Références :
Canadien National : Des travailleurs francophones sous « pression »
Canadien National : Les francophones écartés de la table du C.A.
Français au CN: Trudeau «époustouflé» et «frustré» par la situation
Paul Desmarais, Pierre Trudeau et la Caisse
Plainte du syndicat

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’Ukraine doit s’inspirer du Canada

Publié le 22 avril 2022 | Temps de lecture : 3 minutes

Depuis la nuit des temps, le sort de tout pays faible qui voisine un pays puissant, c’est d’être son vassal.

C’est le rôle qu’assume pleinement le Canada.

Quand le président américain dit que Vladimir Poutine est un tyran, Justin Trudeau répète que Vladimir Poutine est un tyran.

Quand Joe Biden déclare que la Russie commet des crimes de guerre, Trudeau accuse la Russie de commettre des crimes de guerre.

Quand Biden accuse la Russie de génocide, notre ministre des Affaires étrangères dit la même chose.

Rappelez-vous quand le président de la République française, Jacques Chirac, avait refusé de croire les accusations américaines selon lesquelles l’Irak possédait des armes de destruction massive.

Souvenez-vous du tollé que cela avait provoqué. Les Américains avaient boycotté les vins français. Au Capitole américain, on avait renommé les frites (qui se disent French fries en anglais) à Freedom fries. Etc.

Notre pays est trop dépendant du marché américain pour se permettre d’indisposer notre puissant voisin.

Il est donc du devoir de Justin Trudeau et de ses ministres d’être les perroquets de Washington.

Justin Trudeau n’est pas obligé de penser ce qu’il dit; s’il n’est pas d’accord, il doit simplement faire semblant. On ne lui en demande pas plus.

Or il le fait admirablement bien.

Au petit déjeuner, quand l’ambassadeur américain lit les manchettes des journaux canadiens, il est heureux. Et quand il est heureux, l’administration américaine est heureuse. Et quand celle-ci est heureuse, nos entreprises sont rassurées.

Tout comme le Canada, l’Ukraine doit réaliser que sa vassalisation à son puissant voisin est dans son intérêt.

Malheureusement, depuis 2004, les organisations non gouvernementales américaines (financées par Washington) ont dépensé cinq-milliards de dollars pour convaincre le peuple ukrainien qu’il était dans son intérêt de devenir, au contraire, un ennemi militaire de la Russie.

De la même manière que la crise des missiles à Cuba en 1962 a été provoquée par l’intention de La Havane d’acheter des missiles russes menaçant les États-Unis, la décision de l’Ukraine de rejoindre l’Otan est à l’origine de la guerre russo-ukrainienne.

Plus vite l’Ukraine renoncera à cette idée, plus vite cesseront les destructions dans ce pays.

Si Paris n’a pas été détruite en 1940, c’est parce que la France a capitulé cette année-là. Sinon, on admirerait aujourd’hui la copie de la tour Eiffel ou de l’Arc de Triomphe, l’une et l’autre reconstruits à l’identique.

De nos jours, en Occident, la guerre russo-ukrainienne est un sujet d’indignation. Mais c’est aussi un divertissement télévisuel d’autant plus captivant qu’il est vrai.

Le courage des Ukrainiens est salué comme on admirait celui des Chrétiens dévorés par les lions dans les arènes romaines.

Le meilleur service qu’on peut rendre au peuple ukrainien, c’est de lui envoyer du matériel médical (des pansements et des médicaments) et non des armes qui ne feront que prolonger ses souffrances.

Paru depuis : Guerre en Ukraine : des centaines de millions de dollars d’équipement militaire pour Kiev (2022-04-23)

Complément de lecture : L’engrenage ukrainien

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La contrebande de mon père

Publié le 21 avril 2022 | Temps de lecture : 4 minutes

Les quotas

Au cours de la Deuxième Guerre mondiale, le sucre — comme beaucoup de denrées importées — était l’objet de quotas.

À l’époque, le sucre était produit dans les Caraïbes, plus précisément à Cuba, à Haïti et en République dominicaine. Les bateaux en provenance de ces pays déchargeaient leur cargaison dans les ports des provinces maritimes et du Québec.

Puisque la Voie maritime du Saint-Laurent n’avait pas été construite, aucun navire ne pouvait aller plus loin que Montréal.

Dès le déchargement, les douaniers canadiens répartissaient les arrivages en fonction des quotas provinciaux établis par Ottawa.

Dans le but de favoriser les confiseries et les chocolateries ontariennes, Ottawa avait fixé des quotas généreux pour l’Ontario et des quotas très stricts pour le Québec.

Si bien que les entreprises qui fabriquaient des friandises et des desserts au Québec étaient incapables de répondre à la demande et perdaient leur clientèle au profit des entreprises ontariennes.

Par contre, certaines petites confiseries ontariennes avaient tellement de sucre qu’elles n’arrivaient pas à l’utiliser complètement.

Elzéar Martel & Cie

Au début du XXe siècle, mon grand-père avait fondé à Joliette une confiserie sous son nom.

À l’époque, les grandes banques à charte fédérale faisaient du prêt hypothécaire mais n’accordaient presque jamais de prêts à des entreprises appartenant à des Québécois francophones, présumés mauvais en affaires.

La carrière d’entrepreneur de mon grand-père avait été rendue possible grâce à un prêt des Caisses populaires Desjardins, les seules à financer les petits commerces québécois.

Moule en caoutchouc pour les chocolats d’Elzéar Martel

Au fil des années, la confiserie familiale en était venue à approvisionner en sucreries toutes les épiceries de la région.

Toutefois, à l’arrivée de la guerre, elle fut frappée durement par les restrictions liées à l’approvisionnement en sucre.

La solidarité des Canayens

Mon père était le gérant de la confiserie de son père à lui (donc de mon grand-père paternel). Or papa s’était lié d’amitié avec un confiseur francoOntarien qui était incapable d’écouler tout le sucre auquel il avait droit.

Périodiquement, mon père se rendait donc dans le Nord-est ontarien — où était situé son ami — afin d’y faire ses provisions de sucre.

Le plus court chemin était de longer la rivière des Outaouais du côté québécois et de traverser en Ontario en franchissant le pont qui relie Hull à Ottawa.

Mais ce pont était sous surveillance militaire.

Cette surveillance servait non seulement à protéger le parlement canadien de commandos ennemis, mais surtout à empêcher des malfaiteurs pires qu’eux; ces contrebandiers sans scrupule qui contournaient les quotas établis par le fédéral pour le bien du pays…

Mon père partait donc au volant d’un camion non identifié et traversait le pont de nuit, de préférence lors d’une nouvelle lune.

Il arrivait chez son ami au milieu de la nuit, s’empressait de transborder la marchandise et revenait aussitôt au Québec puisque les militaires devenaient plus nombreux le jour, quand le pont était achalandé.

S’il s’était fait prendre, mon père et son complice auraient été passibles d’une peine d’emprisonnement pour s’être livrés à la contrebande.

Conclusion

Cette anecdote, vous ne la lirez pas dans les grands livres d’histoire.

Elle est typique de ces innombrables mesures discriminatoires dont le Québec est victime depuis plus de 150 ans et qui ne cesseront que le jour où nous assumerons notre propre destin.

Complément de lecture : Le colonialisme économique ‘canadian’

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Promettre la carboneutralité dans la semaine des trois jeudis

Publié le 9 avril 2022 | Temps de lecture : 4 minutes

Vous souvenez-vous lorsque le premier ministre Justin Trudeau promettait, en 2019, de faire planter deux-milliards d’arbres en contrepartie de l’investissement fédéral dans la construction du pipeline Trans Mountain ?

Trois ans plus tard, le gouvernement fédéral ignore combien de graines ont été plantées en vue d’atteindre cet objectif. Au moins 800 000 croit-on, soit 0,04 % de la quantité promise.

Pour Ottawa, il ne s’agit pas d’une promesse brisée puisqu’il a déjà réalisé la moitié de sa promesse en achetant le pipeline.

C’est seulement que l’autre moitié a pris du retard…

Depuis plusieurs années, nos gouvernements (autant fédéral que provinciaux) promettent de réduire substantiellement la production de gaz à effet de serre (GES).

Mais la cible est toujours plus éloignée; ce sera en 2030, en 2040, voire en 2050.

Cela équivaut à dire : « Sauver la planète exige de grands bouleversements et de grands sacrifices qui pourraient me rendre impopulaire. Voilà pourquoi je vous promets que les gouvernements qui me succèderont d’ici 2030, 2040 ou 2050 réaliseront la promesse que je vous fais aujourd’hui.»

Par rapport au niveau de 2005, le Canada s’est engagé à réduire ses GES de 40 % d’ici 2030.

En 2015, lorsque M. Trudeau a pris le pouvoir, le Canada produisait 723 mégatonnes d’équivalent de CO₂. En 2019, il en produisait 730, soit encore plus.

Cette production a diminué au cours du confinement pandémique de 2020 pour repartir à la hausse avec la reprise de l’économie. Bref, ce n’est pas sérieux; en comparaison avec 2005, les émissions canadiennes ont reculé d’environ 1,2 %.

Dans son nouveau plan climatique, dévoilé plus tôt cette semaine, le gouvernement fédéral établit des cibles plus indulgentes à l’égard du secteur des transports et celui de la production des hydrocarbures que pour le reste de l’économie.

Pourtant ces deux secteurs sont les principaux responsables des GES au pays. Ils comptent pour 26 % des émissions canadiennes.

Dans leur cas, la cible sera une réduction de 38 % sans qu’on sache très bien comment y parvenir.

Cette cible, sera-t-elle atteinte ?

Pour en juger, signalons que le fédéral vient d’autoriser Bay du Nord, un mégaprojet de soixante puits pétroliers au large de Terre-Neuve. Celui-ci devrait produire entre 300 millions et un milliard de barils de pétrole sur trente ans.

Ottawa assure que le projet deviendra carboneutre d’ici 2050.

Veut-on rire de nous ?

La seule manière pour ce projet de devenir carboneutre dans trente ans, c’est qu’il épuise son gisement d’ici là.

En conclusion, il est de plus en plus évident que la seule manière de sauver la planète est de renverser ces systèmes politiques hérités du XIXe siècle. Dans le fond, lorsqu’ils sont majoritaires, nos gouvernements ne sont qu’une succession de dictatures affairistes dont la durée est limitée à 4 ou 5 ans.

On peut présumer qu’un pays où serait assurée la participation directe du peuple aux affaires de l’État ne pourrait pas faire pire que cette vieille monarchie constitutionnelle héritée d’une autre époque, régie par une constitution illégitime, qu’est le Canada.

Références :
La Vérif : combien d’arbres ont été plantés sur les 2 milliards promis?
Le pétrole et les transports n’auront pas à respecter la cible climatique du Canada
Ottawa donne son aval à Bay du Nord, un projet pétrolier controversé
Rapport accablant du commissaire à l’environnement
Trudeau promet de planter deux milliards d’arbres

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Quotas ethniques, discrimination et prix du fédéralisme

Publié le 3 avril 2022 | Temps de lecture : 9 minutes

Les quotas ethniques

L’enseignement est une compétence constitutionnelle exclusive des provinces. Toutefois, le gouvernement fédéral y exerce son influence par le biais de son pouvoir de dépenser.

C’est ainsi que ses subventions sont assorties de certaines conditions. L’une d’elles concerne l’embauche des titulaires de chaires de recherche; le processus de sélection doit respecter des cibles en matière de diversité et d’inclusion fixées par Ottawa.

Dernièrement, à l’université Laval, un poste d’enseignant en biologie était ouvert exclusivement aux femmes, aux Autochtones, aux handicapés ou aux groupes ‘racisés’.

Radio-Canada écrit que sur «…les 73 Chaires de recherche du Canada de l’université, seulement 22 des titulaires sont des femmes et moins 10 % sont d’entre eux sont issus de la diversité.»

Si la sous-représentation des femmes y est évidente, Radio-Canada ne nous précise pas l’importance démographique des personnes ‘issues de la diversité’ dans le bassin de population desservi par l’université Laval.

Il est clair que si on atteignait la parité pour ces derniers (50 % des postes), ce serait une surreprésentation.

D’autre part, le quotidien La Presse nous apprenait hier qu’à l’université d’Ottawa, cinq postes à combler sont réservés à des candidats ‘racisés’ ou autochtones (sans qu’on sache pourquoi les seconds ne font pas partie des premiers).

Dans l’affichage des postes, l’université prie les candidats qui souhaitent être considérés de s’auto-identifier clairement comme faisant partie de ces groupes.

Il y a quelques jours, j’écrivais sur ce blogue :

Le multiculturalisme est le tribalisme des sociétés anglo-saxonnes. Ce que ces sociétés voient en premier lieu dans le citoyen, ce n’est pas la personne, mais son appartenance ethnique ou raciale; d’abord et avant tout, il y est vu comme le représentant plus ou moins fidèle de son ethnie.

La discrimination positive

Un des meilleurs moyens pour lutter contre la discrimination à l’embauche, c’est d’établir qu’à compétence équivalente, on embauchera les candidats de groupes sous-représentés.

En pratique, cette forme de discrimination positive est insuffisante. Prenons un exemple.

En raison d’un partage inégal des tâches domestiques dans leur couple, de nombreuses chercheuses universitaires publient moins d’articles scientifiques et participent moins souvent à des colloques internationaux.

Du coup, leur curriculum vitae sera moins étoffé. Ce qui nuira à leur avancement.

Si bien que celles qui réussissent leur carrière sont parfois des femmes dont le conjoint s’est effacé pour leur permettre de réussir ou, plus souvent, ce sont des femmes exceptionnelles qui méritaient amplement leurs promotions.

Pour pallier les limites de cette première forme de discrimination positive, on peut recourir à une deuxième : la fixation de quotas. Implicitement, c’est ce que veut Ottawa.

Toutefois, on doit y recourir avec beaucoup de doigté puisque les quotas constituent une discrimination à l’égard de la majorité. Or sa bienveillance est nécessaire à la réussite d’une politique d’inclusion.

L’arbre qui cache la forêt

Le plus récent recensement canadien dont les données démographiques sont connues date de 2016.

Il y est démontré que sur les 8 066 560 de Québécois, 4 032 640 étaient unilingues français. En somme, c’est un Québécois sur deux. Ceux-ci peuvent baragouiner quelques mots d’anglais, mais ne peuvent pas postuler là où l’anglais est exigé.

Or, on n’embauche jamais un Québécois francophone unilingue pour occuper un poste à Ottawa. Par contre, au sein de la fonction publique fédérale — qui compte 319 601 employés — des centaines de milliers de Canadiens anglais unilingues font carrière.

Tout ce qu’un francoQuébécois unilingue peut espérer, c’est un poste de préposé au service à la clientèle dans un des bureaux satellites régionaux d’un ministère comme celui du Revenu ou de l’Immigration.

Bien après l’époque où il était interdit de parler français au parlement canadien, l’anglais est demeuré la langue presque exclusive du travail au sein de la fonction publique fédérale, derrière une interface ministérielle biculturelle.

Sans cette discrimination à l’embauche, un emploi sur neuf au fédéral serait détenu par un francoQuébécois unilingue puisque ce groupe forme le neuvième de la population canadienne.

Le zèle d’Ottawa à combattre la discrimination au sein des chaires de recherche universitaires, aussi louable que soit ce combat, ne concerne qu’une poignée de cas. C’est l’arbre qui cache la forêt.

Plus précisément, c’est l’arbre bienveillant à l’égard de petites minorités ethniques qui cache la forêt hostile à quatre-millions de francoQuébécois unilingues.

Le cas du ministère de l’Immigration

Le ministère fédéral de l’Immigration éprouve des difficultés sérieuses à traiter les demandes d’immigration partout au pays. Toutefois, les rares données qu’on possède suggèrent que l’immigration anglophone au Québec y est jugée prioritaire.

Par exemple, 92 % des demandes de requérants étrangers pour étudier à l’université McGill sont acceptées par Ottawa, alors que seulement la moitié des demandes sont acceptées dans le cas de l’université Laval.

De plus, en novembre dernier, Immigration Canada décidait de créer des postes unilingues anglais dans ses bureaux du Québec afin de faciliter le traitement des dossiers en anglais.

Le prétexte invoqué est la difficulté à recruter du personnel francophone. En réalité, si les portes de la fonction publique fédérale n’étaient pas fermées à quatre-millions de Québécois, Ottawa aurait moins de difficulté à recruter du personnel qui parle français.

Le racisme d’Ottawa

Notre pays s’est construit sur l’épuration ethnique des peuples autochtones qui habitaient son territoire.

Le droit autochtone canadien — qui a valeur constitutionnelle — est l’apartheid juridique au travers duquel Ottawa a exercé pendant 150 ans ses politiques génocidaires et exerce, encore aujourd’hui, sa persécution à l’égard des peuples autochtones du pays.

De nos jours, un Autochtone ne peut léguer ses biens qu’après que son testament ait été approuvé par le ministre des Affaires autochtones.

De plus, une Autochtone à qui on a dû retirer le stérilet en raison d’une infection utérine devra attendre des années avant d’en recevoir un autre car le programme d’assurance médicaments tatillon réservé exclusivement aux Autochtones estime qu’un stérilet, ça doit durer cinq ans, infection utérine ou pas.

Par ailleurs, les tribunaux canadiens sont entièrement libres de décider du montant d’un dédommagement que devrait recevoir un ‘Blanc’ qui poursuit le fédéral. Toutefois, jusqu’à tout récemment, Ottawa fixait à 40 000$ le maximum qu’on pouvait obtenir pour les sévices subis dans les pensionnats autochtones.

Le prix du fédéralisme

Selon l’ONU, les angloQuébécois ne peuvent invoquer le statut de minorité linguistique parce qu’ils ne sont que l’annexe québécoise de la majorité canadienne-anglaise. Selon les mots de l’ONU :

Quebec’s English community does not qualify for protection as a minority language group, because it forms part of the Canadian English-speaking majority.

La défense de ce groupe ethnique et le financement généreux de ses institutions servent de paravent à la colonisation anglaise du Québec par le gouvernement fédéral.

C’est ce qui explique qu’Ottawa utilise tous les prétextes :
• pour expulser des Francophones en attente de naturalisation qui s’étaient parfaitement bien intégrés à la société québécoise, et
• pour faciliter l’examen des dossiers de demandeurs anglophones par le ministère fédéral de l’Immigration.

Pour pallier cela, les moyens du Québec sont limités, particulièrement depuis que l’ethnie dominante du pays a adopté sans nous, en 1982, une camisole de force constitutionnelle destinée à invalider des pans entiers de la Loi 101.

Dans 63 % des entreprises de la métropole, tout candidat à l’embauche est refusé s’il ne parle pas l’anglais, même pour des tâches où la connaissance de cette langue n’est pas nécessaire.

Voilà pourquoi, au sein de ces entreprises, 41 % des communications internes se font en anglais, contrairement aux dispositions de la Loi 101.

D’autre part, les juges ultra-fédéralistes du Québec veulent que seuls les avocats francophones bilingues puissent accéder à la magistrature, même dans les régions du Québec où presque aucun procès ne se déroule en anglais.

Pourtant, un francoQuébécois unilingue devrait se sentir chez lui partout au Québec, comme c’est le cas d’un unilingue italien en Italie ou d’un unilingue allemand en Allemagne.

À deux reprises, par voie référendaire, le Québec a refusé de prendre en main son destin et a choisi de dépendre du bon vouloir de la majorité anglophone du pays.

Il en paie aujourd’hui le prix; une bilinguisation à outrance qui est l’étape intermédiaire vers son extinction linguistique.

Références :
Aperçu du fonctionnement interne de l’État canadien
Décision de l’ONU sur la Loi 178
Dans les entreprises montréalaises, 41 % des communications à l’interne se font en anglais
Discrimination positive : l’Université Laval au cœur d’une controverse
Droit autochtone canadien
Étudiants étrangers : les préférences canadiennes
Immigration Canada recrute des agents uniquement anglophones au Québec
L’art subtil de manier la discrimination positive
Le multiculturalisme et la guerre
Le multiculturalisme ou le tribalisme des sociétés anglo-saxonnes
Quatre-millions de Québécois victimes de discrimination à l’embauche
Université d’Ottawa — Cinq postes réservés à des candidats racisés ou autochtones

Parus depuis :
Rentrée ratée pour Immigration Canada (2022-08-29)
Permis d’études pour étudiants étrangers : la moitié des demandes pour le Québec refusées par Ottawa (2023-05-18)
Ottawa a versé des milliards pour l’anglais au Québec (2023-11-27)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Étudiants étrangers : les préférences canadiennes

Publié le 1 avril 2022 | Temps de lecture : 4 minutes

En 2017, Ottawa a autorisé 64 % des demandes de permis d’études d’étudiants étrangers au Québec et 69 % des demandes pour le reste du pays.

En 2021, le taux d’acceptation était descendu à 39 % au Québec et à 53 % pour le reste du pays.

Le réseau collégial québécois a été beaucoup plus impacté par cette diminution que le réseau universitaire.

Lorsqu’on étudie attentivement les données à ce sujet, on découvre que les chances d’être acceptés sont beaucoup plus grandes dans le cas des demandes qui proviennent de pays peuplés de gens à la peau pâle, contrairement aux demandes qui proviennent de pays habités par des gens à la peau sombre ou olivâtre.

Le taux d’acceptation des demandes concernant des étudiants d’Algérie, de la République démocratique du Congo, du Togo, du Sénégal ou du Cameroun est d’environ 20 %.

Par contre, les demandes faites de France, de Grande-Bretagne ou d’Allemagne sont presque toutes acceptées.

Le ministère fédéral de l’Immigration se défend des accusations de racisme en disant que depuis mars 2018, tout est décidé par ordinateur. En effet, depuis cette date, un système informatique, appelé Chinook, a été mis en place.

En somme, dit Ottawa, je n’y suis pour rien; c’est de la faute de l’ordinateur.

Sur quels algorithmes le logiciel se base-t-il ? C’est confidentiel. Quels sont les indicateurs de risque auxquels les fonctionnaires doivent répondre pour alimenter le système ? C’est confidentiel.

Les rapports générés par Chinook et les notes de travail des agents sont détruits. Dans le dossier du requérant, seuls sont conservés les documents échangés entre lui et le ministère fédéral de l’Immigration.

Ce qui est moins confidentiel, c’est le résultat.

Il y a deux jours, Radio-Canada révélait que le pourcentage des demandes acceptées par Ottawa était de 50 % pour les étudiants étrangers à l’université Laval et de 92 % (!!!) pour ceux à l’université McGill.

Il est courant que les diplômés étrangers les plus brillants fassent une demande d’immigration à la fin de leurs études que le Canada s’empresse, à juste titre, d’accepter.

Par conséquent, on doit réaliser que les politiques migratoires fédérales sont un des nombreux moyens utilisés par Ottawa de favoriser la colonisation anglaise au Québec et nuire au rayonnement international du Québec dans la francophonie.

Voilà le prix du fédéralisme.

Références :
Comment des étudiants étrangers francophones sont refusés par Ottawa
Rejet des étudiants francophones : le ministre du Travail du Québec interpellé

Parus depuis :
Visas étudiants refusés : un rapport fédéral évoque de possibles « préjugés raciaux » (2022-06-04)
Rentrée ratée pour Immigration Canada (2022-08-29)
Immigration francophone – Ottawa doit revoir sa cible à la hausse, dit le ministre Roberge (2022-12-06)
Hausse de l’immigration francophone – La cohésion sociale en dépend, selon le ministre Fraser (2022-12-07)
Permis d’études pour étudiants étrangers : la moitié des demandes pour le Québec refusées par Ottawa (2023-05-18)

Compléments de lecture :
Visas de visiteur : des délais qui font mal à Montréal (2023-06-14)
Voici comment des réseaux criminels ont orchestré la venue d’étudiants africains au Canada (2025-04-09)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Engorgement migratoire à Ottawa : le prix du fédéralisme

Publié le 17 février 2022 | Temps de lecture : 3 minutes

Radio-Canada révélait hier que 88 859 demandeurs du statut d’immigrant au Québec attendent qu’Ottawa décide de leur sort. Dans certains cas, leur attente dure depuis quelques années.

Il serait facile de croire que c’est la faute du Covid-19. Ce n’est pas le cas.

Les fonctionnaires du ministère fédéral de l’Immigration se divisent en deux groupes; il y a les agents régionaux et les fonctionnaires à Ottawa.

Les agents régionaux ont pour tâche de voir à ce que le dossier des demandeurs soit complet. Mais la décision finale à leur sujet est prise à Ottawa.

Le fond du problème, c’est que l’immense majorité des fonctionnaires à Ottawa sont des Anglophones unilingues.

Prétextant une difficulté à recruter du personnel, Immigration Canada recrute même des agents uniquement anglophones au Québec.

Lorsque le ministère publie des documents, ce sont des documents rédigés en anglais qu’on traduit grossièrement à l’aide de Google Translation ou d’autres logiciels analogues.

À la blague, je serais tenté de dire que si on offrait deux choses aux 88 859 demandeurs, soit la citoyenneté et un poste à Immigration Canada, Ottawa n’aurait aucune difficulté à trouver du personnel.

Malheureusement, les décideurs du sort des demandeurs ne comprennent pas les dossiers qu’on leur fait parvenir lorsqu’ils sont rédigés dans une autre langue que l’anglais.

Voilà pourquoi ça traine.

Évidemment, c’est un problème que nous n’aurions pas si le Québec était indépendant.

Par deux fois, de justesse, les Québécois ont décidé de vivre sous la tutelle d’Ottawa : on doit en assumer les conséquences.

Références :
Fautes, réponses en anglais : la langue française délaissée à Immigration Canada
Immigration Canada recrute des agents uniquement anglophones au Québec
Immigration : un arrimage chaotique
La façade ministérielle de l’État canadien
Près de 90 000 futurs Québécois attendent des réponses d’Immigration Canada

Parus depuis :
Visas étudiants refusés : un rapport fédéral évoque de possibles « préjugés raciaux » (2022-06-04)
Immigration francophone – Ottawa doit revoir sa cible à la hausse, dit le ministre Roberge (2022-12-06)
Hausse de l’immigration francophone – La cohésion sociale en dépend, selon le ministre Fraser (2022-12-07)
Permis d’études pour étudiants étrangers : la moitié des demandes pour le Québec refusées par Ottawa (2023-05-18)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’esprit de caste de la juge Lucie Rondeau

Publié le 31 janvier 2022 | Temps de lecture : 7 minutes

Introduction

La Cour du Québec est le tribunal de première instance en matière civile, criminelle et pénale ainsi que dans les matières relatives à la jeunesse.

Me Lucie Rondeau en est la juge en chef depuis 2016. À ce titre, elle coordonne et répartit le travail des juges en plus de voir à l’allocation des ressources afin d’assurer la bonne marche de la justice sous son autorité.

Il y a quelques jours, celle-ci a donné l’ordre aux juges de ne siéger qu’un jour sur deux, l’autre devant être consacré à la rédaction de leurs décisions.

Actuellement, les juges siègent deux jours sur trois.

Provoquer artificiellement une crise

De l’aveu même de la juge Rondeau, cela réduira le temps que consacrent les juges à prendre connaissance des preuves et à entendre les plaidoiries. Ce qui prolongera les délais judiciaires actuels.

Les procès dureront donc plus longtemps. Certains d’entre eux avorteront en raison des limites maximales de temps imposées par la Cour suprême du Canada. Des criminels échapperont ainsi à la justice.

Pour diminuer le nombre croissant de causes en attente, les avocats de la poursuite seront sous pression d’éviter des procès en acceptant le plus possible les offres de règlement à l’amiable présentées par l’avocat de la défense.

Conséquemment, les criminels s’en tireront avec des peines dérisoires qui scandaliseront leurs victimes.

Un exemple récent de ces ententes secrètes est le procès de ce contrebandier condamné à cinq ans de prison pour avoir importé illégalement 250 armes de poing. Ce qui équivaut à sept jours du pistolet alors que sévit à Montréal un grave problème de violence par arme à feu.

Ce contrebandier sera libéré sous caution après avoir purgé vingt mois.

La clémence du tribunal avait été réclamée par les deux parties à la suite d’une négociation secrète.

On peut donc se demander ce qui justifie l’ordre donné par la juge Rondeau ?

Invoquant une pénurie de magistrats, elle veut obliger le ministre de la Justice du Québec à faire passer le nombre de juges sous son autorité de 308 à 349.

Et pour lui forcer la main, elle a décidé d’aggraver la situation actuelle en déclenchant une grève du zèle des magistrats.

Dans le fond, c’est la même stratégie corporatiste que celle adoptée en 2018 par le Barreau du Québec. À l’époque, cet ordre professionnel s’était adressé aux tribunaux — financé en sous-main par Ottawa — pour faire invalider toutes les lois du Québec dans le but de forcer le ministère de la Justice à embaucher quelques avocats anglophones de plus pour traduire les projets de loi du Québec.

Un système judiciaire désuet

En recourant à la multitude des moyens juridiques qui permettent de faire trainer une cause en longueur, les avocats ont transformé le système judiciaire en machine à sous au service de leur caste sociale.

La profession juridique s’autoalimente ainsi de procédures et d’appels. Elle fait coïncider son intérêt avec celui de ses riches clients en étirant les procédures dans le but de ruiner les plaignants ou de les forcer à accepter des ententes à l’amiable qui sont des dénis de justice.

Même si on doublait le nombre de juges, on ne serait pas plus avancé. Le mot d’ordre donné par la juge Rondeau prouve que sa profession peut à sa guise accroitre les besoins en magistrats en retardant arbitrairement le système judiciaire.

La solution

Il est nécessaire de réserver la profession juridique aux affaires criminelles, aux délits majeurs et à la défense des droits fondamentaux des citoyens.

Le système judiciaire canadien souffre d’un important problème d’accès économique à la justice. Si demain on voulait corriger cela, on aurait besoin de milliers de juges supplémentaires.

La meilleure solution est de créer des tribunaux populaires sur lesquels des citoyens élus pourraient siéger. Ces citoyens n’auraient pas besoin d’avoir une formation juridique. Et les sanctions qu’ils pourraient imposer seraient des amendes inférieures à un plafond relativement bas. Ce qui permettrait de régler des conflits mineurs.

La création de tribunaux populaires (et abordables) allègerait la tâche des tribunaux traditionnels.

Le remède souhaité par la juge Rondeau pour régler la thrombose judiciaire est une solution à courte vue. Cela ne règle pas le problème fondamental de la justice canadienne qui en est un d’accessibilité économique.

Le système judiciaire a besoin d’un changement radical. Toutefois, je doute que cela soit possible dans le cadre du fédéralisme canadien puisqu’il serait soumis au droit de véto des juges eux-mêmes.

D’où l’idée de faire table rase de cette monarchie constitutionnelle sclérosée qu’est le Canada et de faire du Québec un pays neuf, idéal, digne du XXIe siècle.

Références :
Doit-on interdire l’accès à la magistrature aux avocats québécois unilingues français ?
La richesse des juges
Les délais judiciaires risquent d’augmenter
Ottawa finance la demande d’annulation de toutes les lois du Québec
R. c. Jordan
Repenser les tribunaux
Sept jours par pistolet

Parus depuis :
Jolin-Barrette veut que la Cour du Québec renonce à faire siéger ses juges moins souvent (2022-05-26)
La juge en chef remporte la première manche contre Québec (2022-11-07)
Explosion de délais : La justice près du « point de rupture » (2022-11-23)
Multiplication des longs délais dans des enquêtes : « On va frapper un mur » – UPAC (2022-12-03)
Réforme de la juge Rondeau : 9000 causes criminelles en péril, selon Québec (2023-01-19)
L’expéditive solution française aux délais judiciaires (2025-12-23)

Postscriptum : En Ontario et en Colombie-Britannique, les juges en Chambre criminelle consacrent en moyenne une journée sur cinq à la rédaction de leurs jugements.

Référence : Congestion au palais de justice


Postscriptum du 21 avril 2023 : Le ministre de la Justice du Québec et la juge Rondeau sont parvenus aujourd’hui à un compromis. Malheureusement, cette entente prend l’aspect d’une capitulation du premier à la seconde.

En contrepartie de la nomination de quatorze juges supplémentaires, les magistrats sous l’autorité de la juge Rondeau, au lieu de siéger 50 % du temps — l’autre moitié étant consacrée à la rédaction de leurs jugements — siègeront à peine plus, soit 58 % du temps, ce qui est loin du 80 % qui prévaut dans les Cours criminelles des provinces anglophones du pays.

Bref, la thrombose judiciaire voulue par la juge Rondeau pour parvenir à ses fins se poursuivra, dans une moindre mesure, jusqu’à la capitulation complète du ministre, c’est à dire jusqu’à ce qu’il nomme tous les magistrats bilingues qu’elle réclame.

Références :
Québec trouve un terrain d’entente avec la juge en chef et ajoutera 14 nouveaux juges

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Propagande canadienne vs Jeux de Beijing

Publié le 20 janvier 2022 | Temps de lecture : 4 minutes

Les Jeux olympiques d’hiver de Beijing sont l’occasion d’un choc culturel.

Aux États-Unis, la chaine NBC est le diffuseur officiel des Jeux. Face aux mesures sanitaires très strictes qui prévalent en Chine, ce réseau a décidé de couvrir l’évènement à partir de ses studios du Connecticut.

Radio-Canada a préféré se rendre sur place.

Sous le titre Ça va mal à Pékin : les tests bric-à-brac du gouvernement chinois, Radio-Canada poursuit sa propagande contre la Chine en se lançant cette fois dans une critique acrimonieuse des mesures sanitaires prises dans ce pays à l’occasion des Jeux olympiques.

De quoi parle-t-on ?

Dans ce cas-ci, Radio-Canada critique la précision jugée ‘excessive’ des tests diagnostiques réalisés par les laboratoires chinois. Ceux-ci déclarent contagieux les journalistes de Radio-Canada qui ont attrapé le Covid-19 en décembre dernier alors que les tests PCR canadiens les jugent parfaitement rétablis.

On accuse les Chinois de pousser la sensibilité de leurs tests à des niveaux extrêmes.

Qu’en est-il ?

Lorsqu’une personne est encore contagieuse, ses gouttelettes respiratoires contiennent des copies intégrales du virus.

À l’opposé, lorsqu’elle cesse de l’être, elle n’émet plus de copies complètes du virus. Toutefois, dans les jours ou semaines qui suivent, son corps se débarrasse des cellules mortes et les débris de virus.

Quand la sensibilité des tests est grande, ceux-ci détectent non seulement les copies viables du virus, mais également ces débris inoffensifs.

Voilà sur quoi reposent les accusations de Radio-Canada.

Dans le texte Covid-19 : durée de la quarantaine, nous avons vu que cette dernière devrait durer huit jours à l’issue desquels un test rapide devrait confirmer que la personne atteinte n’est plus contagieuse.

Pourquoi effectuer ce test rapide ? Parce que nous ne sommes pas tous pareils.

Dans l’étude américaine résumée par ce texte, une minorité des personnes atteintes avaient besoin de plus de huit jours pour guérir du Covid-19.

De manière à ne pas imposer une quarantaine longue à tout le monde alors qu’elle n’est justifiée que pour un petit nombre de ‘retardataires’, on préfère imposer une quarantaine courte, généralement suffisante, quitte à dépister, grâce à des tests rapides, ceux qui ont besoin de plus de temps.

Dans le fond, c’est la même chose lorsqu’on réduit la quarantaine à cinq jours; on a simplement environ trois-quarts de ‘retardataires’. D’où la nécessité encore plus grande d’avoir un test négatif avant de clore la convalescence.

Bref, en raison de la variabilité des êtres humains, des personnes atteintes par le Covid-19 peuvent incuber le virus beaucoup plus longtemps que les autres.

Peut-on être contagieux un mois après la fin des symptômes ? Aucune étude n’exclut cette possibilité. Voilà pourquoi la Chine ne prend pas de risque.

Sa politique de tolérance zéro à l’égard du Covid-19 a fait en sorte que sa lutte sanitaire s’est soldée jusqu’ici par la mort de seulement trois personnes par million d’habitants.

Partout en Occident, on s’est contenté d’aplatir la courbe. Sous le prétexte qu’il fallait laisser se développer l’immunité ‘naturelle’, on a laissé les gens attraper le virus. En somme, la capitulation au virus a fait office de doctrine sanitaire. D’où le fiasco obtenu.

Au début du mois, on comptait 1 379 morts par million d’habitants au Québec, soit quatre-cents fois plus qu’en Chine.

Si on juge un arbre à ses fruits, ce qui est ‘bric-à-brac’, ce n’est pas la rigueur des mesures sanitaires en Chine; c’est le laxisme des nôtres.

Nous, Occidentaux, avons cette détestable manie de nous croire supérieurs. Cet aveuglement nous pousse même à mépriser ce dont on devrait s’inspirer.

Et pour détourner l’attention de la réussite de la Chine dans son combat contre le Covid-19 — une réussite obtenue au prix d’immenses sacrifices — la propagande occidentale cherche à nous faire oublier que le plus fondamental des droits de la Personne… c’est le droit à la vie.

Références :
Ça va mal à Pékin : les tests bric-à-brac du gouvernement chinois
Covid-19 : durée de la quarantaine
Covid-19 : évolution en 2021
Man who survived Ebola five years ago may be source of Guinea outbreak
NBC n’enverra pas ses équipes de description à Pékin

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La torture en Syrie et le Canada

Publié le 15 janvier 2022 | Temps de lecture : 3 minutes

Le colonel Anwar Raslan est un ex-officier des services syriens du renseignement.

Dans la capitale syrienne, le colonel Raslan dirigea une prison du 29 avril 2011 au 27 septembre 2012. Au cours de cette période, plus de quatre-mille détenus y ont été torturés (entrainant la mort de 27 à 58 d’entre eux).

À la fin de cette année-là, il déserta le régime de Bachar el-Assad pour se réfugier en Jordanie (où son épouse et ses enfants l’attendaient), puis en Allemagne à l’été de 2014.

Il y a deux jours, un tribunal allemand l’a reconnu coupable de crime contre l’Humanité et l’a condamné à la prison à perpétuité.

À l’époque des faits reprochés, la torture était une bizness de l’État syrien; celui-ci la pratiquait au nom de pays où le recours à la brutalité afin d’obtenir les aveux aurait indigné l’opinion publique.

C’est ainsi qu’à la demande du Canada, la Syrie a torturé Ahmed el-Maati, soupçonné de préparer des attentats terroristes contre l’édifice du parlement canadien et contre des centrales nucléaires ontariennes.

Sous la torture, il a révélé le nom de deux complices, dont Maher Arar (totalement innocent), à qui le gouvernement canadien a finalement accordé une compensation de 10,5 millions de dollars pour la torture qu’il a subie lui aussi en Syrie.

Dans le cas d’Ahmed el-Maati, il fut ensuite torturé en Égypte. Or on sait que les services canadiens du renseignement envoyaient à ce pays les questions à lui poser. Il y a tout lieu de croire que sa torture en Syrie était également téléguidée d’Ottawa.

Strictement parlant, le Canada ne payait pas pour faire torturer ses propres citoyens, mais pour les renseignements obtenus, peu importe comment.

Longtemps, cette politique d’Ottawa est demeurée un secret d’État.

Mais en décembre 2010, une agence de presse révélait l’existence d’une directive qui autorisait les services canadiens du renseignement à utiliser de l’information fournie par des agences étrangères qui aurait pu être obtenue grâce à la torture ou de mauvais traitements.

On imagine bien que lorsque le Canada demandait à la Syrie de torturer des Canadiens, le régime de Bachar el-Assad ne faisait pas cela gratuitement.

Par ricochet, la condamnation cette semaine du colonel Raslan est aussi une condamnation des pays défenseurs des droits de la personne qui, hypocritement, n’hésitent pas à financer leurs violations lorsque cela leur convient.

Pour terminer, précisons que le 18 avril 2018, le Canada cessait, officiellement, d’être client de la torture pratiquée ailleurs.

Références :
Ahmad El-Maati
Anwar Raslan
German court jails former Syrian intelligence officer for life
Le Canada et ses amis tortionnaires
Ottawa autorise les services secrets à utiliser des informations obtenues sous la torture

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Écrit par Jean-Pierre Martel