Le Canada complice des coutumes arriérées de l’Afghanistan

Publié le 3 décembre 2011 | Temps de lecture : 2 minutes

Plus tôt cette semaine, on apprenait l’histoire de cette Afghane violée par le cousin de son époux alors qu’elle n’avait que 17 ans, répudiée par son mari parce que « souillée » par ce drame, condamnée pour « adultère » par les tribunaux, et qui avait donné naissance en prison à une fillette issue de ce viol, il y a deux ans. L’attention médiatique portait sur le fait que cette femme avait reçu une offre de libération à la condition d’épouser son violeur, Asadullah Sher Mohammad.

À la suite du scandale que cette nouvelle a provoqué en Occident, cette femme aurait finalement été libérée sans condition.

Son cas est connu de tous grâce à un documentaire réalisé à son sujet. Sans ce film, personne n’aurait entendu parler d’elle et cette femme continuerait de purger sa peine de douze ans de prison.

Ce qui est significatif, c’est que les forces d’occupation — dont le Canada — n’ont joué aucun rôle jusqu’ici dans cette affaire. En Afghanistan, des femmes sont battues, violées, vitriolées, ou tuées sans que le Canada ne lève le petit doigt pour elles à moins que l’opinion publique canadienne ne le force à agir. Pourquoi ?

Parce que le gouvernement canadien n’a aucune volonté de faire évoluer les coutumes et mentalités de ce pays. Le but de l’occupation est uniquement de prévenir le retour au pouvoir des Talibans.

Il suffirait que le régime fantoche de Kaboul décide de vouloir changer les coutumes arriérées du pays pour que les Afghans se soulèvent massivement contre lui à l’invitation du pouvoir religieux local, comme ce peuple s’est soulevé autrefois contre les Russes quand ceux-ci ont voulu faire de même au nom du communisme.

Il y a cinq ans, je signais un texte intitulé « La mission canadienne en Afghanistan ou La perpétuation de coutumes arriérées ». Le cas de cette femme est un rappel que ce texte est tout aussi pertinent aujourd’hui qu’il l’était à l’époque.

Références :
Afghan woman jailed after being raped is freed after two years in Kabul prison
L’afghane violée libérée sans condition
Une Afghane emprisonnée après un viol épousera son agresseur pour être libérée

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Canada ne participera pas à l’Expo 2012

Publié le 24 août 2011 | Temps de lecture : 2 minutes
Pavillon du Canada à Expo 2010, à Shanghai

On annonçait ce matin le refus du Canada de participer à la prochaine exposition universelle, soit celle d’Expo 2012, en Corée du Sud. À mon avis, il s’agit d’une économie de bouts de chandelles.

De la même manière que l’économie canadienne profite de la proximité du marché américain, quand la Chine sera devenue la première puissance économique mondiale, la Corée bénéficiera de son voisinage avec ce pays. C’est pourquoi l’Extrême-Orient, c’est l’avenir.

La participation du Canada à l’Expo 2010 (à Shanghai) a été un succès. Le pavillon canadien, conçu par le Cirque du Soleil et construit par SNC-Lavallin, a reçu officiellement 6,4 millions de visiteurs. Dans les faits, je crois plutôt qu’il a été visité 6,4 millions de fois, ce qui est pas mal.

Il est vrai que d’autres pays ont eu encore plus de succès. L’Italie y avait un pavillon extraordinaire (beaucoup plus spectaculaire que le pavillon canadien). La Belgique a été populaire, notamment à cause du tirage d’un diamant par semaine parmi les visiteurs de son pavillon. En fait, l’achalandage du pavillon canadien a été comparable à celui du pavillon américain.

Les pavillons qui ont eu du succès à l’Expo 2010 le méritaient tous en raison de la qualité de leur présentation ou de leur position géographique sur le site.

Bref, il est rare qu’une campagne de promotion rejoigne autant de personnes intéressées qu’un pavillon à une exposition universelle. Alors qu’une publicité télévisée de 30 secondes coûte une fortune est ne fait qu’attirer l’attention brièvement, un pavillon bénéficie du contact prolongé de ses visiteurs. De plus, il cible spécifiquement des millions de personnes intéressées connaître le pays : cela est beaucoup plus efficace que n’importe quelle sollicitation générale auprès d’une population.

Références :
Expo 2010 Shanghai (Zone C)
Expo 2012 : le Canada décline l’invitation de la Corée du Sud

Détails techniques de la photo : 
Panasonic GH1, objectif Lumix 20mm F/2,0 — 1/30 sec. — F/1,7 — ISO 500 — 20 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Consacrer le poids politique du Québec au Fédéral

Publié le 1 juin 2011 | Temps de lecture : 4 minutes

Selon le quotidien torontois Globe and Mail, le gouvernement fédéral s’apprêterait ce mois-ci à présenter au parlement canadien sa réforme du Sénat.

Fort de sa nouvelle majorité parlementaire, le parti Conservateur désire aller de l’avant avec sa promesse électorale de faire en sorte que les sénateurs soient dorénavant élus par la population et non nommés par le Parti au pouvoir.

Si cette réforme devait se concrétiser d’ici peu, il serait paradoxal de voir des ex députés du Bloc se recycler au Sénat, eux si hostiles jusqu’ici à cette réforme. Mais un tel changement ne se concrétisera pas de sitôt puisqu’il exige des changements constitutionnels.

Or le parlement québécois, unanimement, demande que soit préservée la proportion de députés et de sénateurs québécois au Parlement fédéral.

À mon avis, on mêle deux choses différentes.

Il est vrai que transformation du Sénat en chambre parlementaire élue ne peut se faire sans changements constitutionnels. Par opposition, le poids politique d’une province — au Sénat ou à la Chambre des communes — peut être modifié par simple loi fédérale.

C’est ainsi que depuis 1867, la proportion des sièges représentant le Québec à la Chambre des communes est passée de 36 % à 24 %, reflétant le déclin du poids démographique du Québec dans l’ensemble canadien.

Dans un premier temps, le gouvernement Harper peut modifier la répartition des sièges et, une fois cette mesure adoptée, présenter un projet de loi controversé imposant le scrutin sénatorial. Cet « étapisme » est celui qui est le plus susceptible de porter fruit.

Je ne serais pas surpris que ce soit la voie choisie par le gouvernement Harper.

Quant à la protection souhaitée par tous les partis politiques du Québec — soit de geler le poids politique du Québec au fédéral — cela est, à mon avis, rétrograde. Dans un pays démocratique comme le Canada, il serait inacceptable qu’un vote au Québec ait plus de poids qu’un votre ailleurs au pays.

À titre d’exemple, la constitution libanaise est basée sur le confessionnalisme : celui-ci garantit une représentation des Chrétiens libanais aux affaires politiques de ce pays. Toutefois, après des décennies de déclin démographique, ces garanties constitutionnelles accordées à la minorité chrétienne sont apparues injustes aux yeux de la majorité musulmane. Cette injustice fut une des causes de l’éclatement de la guerre civile dans ce pays.

À part neuf des dix dernières années du gouvernement péquiste de Lucien Bouchard et de Bernard Landry, la croissance économique du Québec a toujours été sous la moyenne canadienne. Cela signifie qu’il se crée moins d’emplois ici.

Conséquemment, l’immigration y est moins importante que dans les provinces les plus prospères du pays et un certain nombre de talents québécois choisissent d’aller travailler ailleurs, faute de débouchés.

Voilà pourquoi la population québécoise, pourtant en croissance, est proportionnellement en déclin depuis plus d’un siècle. Les institutions canadiennes se doivent de refléter cette réalité.

Si au cours de ce lent processus de minorisation, le Canada anglais adopte des mesures qui mettent en péril la survie des Francophones au Québec — l’adoption de la Constitution canadienne sur le dos du Québec en 1982 en est un exemple — les Québécois seront toujours libres de décider de former un nouveau pays si cela leur paraît préférable.

Mais dé-démocratiser le Canada n’est pas une option.

Références :
Le gouvernement Harper veut réformer le Sénat, mais trouvera Québec sur son chemin
Québec demande à Ottawa de maintenir son poids politique

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Vox populi, vox Dei !

Publié le 3 mai 2011 | Temps de lecture : 5 minutes

Le Parti libéral

Le Parti libéral du Canada a subi hier une des plus importantes défaites de son histoire. Il a récolté ce qu’il a semé. Pendant des années, ce parti a formé une coalition implicite avec le Parti conservateur, réclamant du bout des lèvres des amendements aux projets de loi conservateurs pour finalement voter en leur faveur même lorsque leur texte final contenait toujours les dispositions qu’il jugeait inacceptables la veille.

En raison de sa caisse électorale beaucoup moins garnie que celle du Parti conservateur, le Parti libéral a craint le déclenchement des élections pendant des années. Parce que pour les Libéraux, l’argent est le nerf de la guerre. Conséquemment, il a été le parti de la compromission et de la lâcheté.

Il a paniqué à la perspective de renverser le gouvernement et de former un gouvernement de coalition avec le NPD. Et parce qu’il n’a pas su canaliser les frustrations des Canadiens lésés par les politiques conservatrices, ceux-ci se sont tournés vers d’autres porte-parole.

Le Parti conservateur

La campagne conservatrice a été dominée par le charme : ceux qui, comme moi, ignorions que monsieur Harper pouvait sourire, l’ont vu charmant durant toute la durée de la campagne électorale, se démarquant de l’air naturellement taciturne de son rival M. Ignatieff.

Ce parti a beaucoup appris au cours de ses années au pouvoir. Il s’est assagi partiellement. Il a su faire la différence entre une rhétorique conservatrice payante lors des levées de fonds dans l’Ouest du pays et ses actions concrètes, généralement plus pragmatiques qu’on pense.

Disposant dorénavant d’un pouvoir sans partage, il a le choix entre se radicaliser et préparer sa défaite dans quatre ans, ou gouverner prudemment et être possiblement réélu.

Jusqu’ici, le Parti conservateur a imprimé sa marque dans la ré-allocation des ressources de l’État en coupant les subventions aux uns, en augmentant les subventions aux autres. Par contre, son bilan législatif est très mince puisque de nombreux projets de loi sont morts au feuilleton. Maintenant qu’il est majoritaire, le gouvernement Harper pourra façonner à sa guise le cadre législatif du pays.

Le Nouveau parti démocratique

La surprise de cette élection fut la vague NPD qui a raflée 58 sièges au Québec. Comment cela fut-il possible ?

Ordinairement, il est très difficile pour un tiers parti de se faire entendre. Les médias se concentrent sur ce qui est important : or les décisions d’un parti au pouvoir sont les seules qui comptent pour le pays. C’est pourquoi les journalistes scrutent à la loupe les propos et les gestes des membres du Cabinet fédéral puisqu’ils sont des indices ou des révélateurs de la direction que pourrait prendre l’État.

Lorsqu’un gouvernement est minoritaire, il doit tenir compte aussi de l’opposition officielle. Les médias reflètent donc cet intérêt. Mais lorsqu’on arrive à un parti aussi secondaire que l’était le NPD avant le déclenchement des élections, celui-ci faisait figure de moustique de la politique canadienne.

En temps électoral, Radio-Canada offre des temps d’antenne égaux pour tous les partis officiels. Et puisque le peuple est appelé à procéder à un choix entre divers partis, on assiste à un intérêt pour les candidats en lice et pour leur programme électoral. Les médias reflètent cet intérêt nouveau et font plus de place aux petits partis qui ont alors une occasion unique de se faire valoir.

Le chef du NDP a admirablement saisi l’occasion qui lui était offerte et a gagné la sympathie de nombreux électeurs (dont ma mère, une partisane libérale de longue date).

Mais le NPD répétera-t-il à Ottawa le feu de paille que fut l’Action démocratique au Québec : un petit parti propulsé au statut d’opposition officielle et qui s’y est discrédité aux yeux de nombreux électeurs ? C’est le défi nouveau du NPD : il devra faire taire ses députés néophytes (enclins à gaffer) et les faire travailler dans l’intérêt du pays tout en étant soumis aux railleries et à l’acharnement partisan d’un parlement majoritairement hostile à leur égard.

Le Bloc québécois

Emporté par la vague orange, le Bloc a été décimé, ne récoltant que quatre députés.

Avant le déclenchement des élections, les députés du Bloc étaient parmi les plus compétents de la Chambre des communes. Disciplinés et besogneux, ils ont profité de la vulnérabilité du gouvernement minoritaire pour promouvoir les intérêts du Québec. Rarement notre province n’a été aussi bien représentée dans l’opposition à Ottawa.

Mais les électeurs québécois leur ont préféré les candidats du NPD. Sous un gouvernement majoritaire conservateur, le Bloc québécois aurait prêché dans le désert. L’électorat québécois a fait en sorte que ces hommes et femmes talentueux deviennent disponibles à servir le Québec autrement.

D’ici deux ans, nous aurons une élection provinciale et de nombreuses élections municipales. Les ex-députés du Bloc sont comme des joueurs de hockey au repêchage : ils sont disponibles à remplacer avantageusement les élus municipaux et provinciaux pourris qui nous gouvernent.

Les électeurs québécois — involontairement, peut-être — ont tout mis en place pour que le prochain gouvernement du Québec soit l’un des plus compétents et les plus dynamiques que le Québec puisse avoir. C’est à suivre…

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le pouvoir du peuple

Publié le 30 avril 2011 | Temps de lecture : 2 minutes

Depuis quelques mois, des milliers de personnes ont été tuées en Tunisie, en Égypte, en Libye, en Syrie et dans d’autres pays du Moyen-Orient. Ces personnes sont mortes pour réclamer un droit que chacun d’entre nous peut exercer sans risquer sa vie : celui de choisir nos dirigeants politiques.

Depuis des semaines, les candidats de plusieurs formations politiques tentent de nous convaincre de voter pour eux. Personnellement, j’ai suivi cette campagne distraitement puisque pour moi, ce qui compte, ce n’est pas ce que les politiciens disent mais ce qu’ils font. Or avant même le déclenchement de cette campagne, je savais de quel bois ils se chauffaient.

Lundi prochain, c’est le grand jour. Doit-on élire les candidats en fonction de l’intérêt supérieur du pays ? Doit-on les choisir en fonction de nos idées, de nos croyances ou de l’intérêt du groupe qui nous définit ? Doit-on les choisir en fonction du monde merveilleux qu’ils nous laissent entrevoir s’ils sont élus ou réélus ou doit-on les choisir en fonction de leurs actes passés ?

Chacun de ces critères est défendable. Peu importe les raisons qui vous font préférer de voter pour un parti ou un autre, pour le candidat de votre circonscription ou pour le chef d’un parti, rappelez-vous : nous avons le droit extraordinaire de choisir nos dirigeants politiques, de contribuer ainsi à écrire l’histoire de notre pays et de décider de son évolution.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Une injustice de moins

Publié le 5 février 2011 | Temps de lecture : 3 minutes

Partout dans le monde, de jeunes gens sont déshérités et rejetés par leur communauté parce qu’ils ont contracté un mariage (souvent inter-religieux) à l’encontre de la volonté de leurs parents. Dans des cas extrêmes, ce rejet peut aller jusqu’à la lapidation de la personne qui a enfreint ainsi les tabous de sa secte.

Au Canada, les rejets les plus fréquents concernent les autochtones expulsés de leur réserve.

Depuis toujours, un autochtone de sexe masculin peut épouser une « blanche », conserver son statut d’indien et le transmettre à ses enfants. À l’opposé, avant 1985, une autochtone de sexe féminin qui épousait un « blanc » perdait automatiquement son statut d’indien. Cette « malédiction » s’étendait également à sa progéniture.

Dans certains cas, elle pouvait bénéficier de la tolérance de sa communauté et demeurer dans la réserve pendant un certain temps. Mais inévitablement, un ordre d’expulsion la chassait de sa communauté. Certaines réussissaient à refaire leur vie à l’extérieur : d’autres, moins chanceuses, connaissaient la misère.

En 1985, on a aboli partiellement cette différence de traitement : les femmes pouvaient conserver leur statut d’indien. Toutefois, elles ne pouvaient toujours pas transmettre ce titre à leurs « bâtards », contrairement à la progéniture née de l’union entre un homme indien et une « blanche ».

Il a fallu un jugement de Cour d’appel de la Colombie-Britannique, en 2009, pour forcer le gouvernement fédéral à corriger cette discrimination.

Depuis l’entrée en vigueur, le lundi 31 janvier dernier, de la Loi sur l’équité entre les sexes relativement à l’inscription au Registre des Indiens, 45 000 descendants autochtones ont retrouvé leur statut d’indiens.

Cette bonne nouvelle ne doit pas nous faire oublier que le contexte législatif canadien concernant chaque indien — dont l’identité est consignée dans un registre national — découle de vieux traités anglais coloniaux. Leurs dispositions racistes, basées sur la pureté du sang, seraient aujourd’hui invalidées par n’importe quel tribunal international.

On doit se rappeler que le pape Jean-Paul-II a condamné publiquement le sort que réserve le Canada aux premières nations de ce pays et que le système des réserves indiennes au Canada et aux États-Unis a servi de modèle à la création de l’apartheid en Afrique du Sud.

Donc à défaut d’avoir renégocié ces vieux traités honteux à la satisfaction de toutes les parties concernées, on en est rendu à rapiécer une législation raciste pour lui donner un semblant de justice et d’équité.

Référence : 45 000 Canadiens pourront retrouver le statut d’Indien

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le scandale de la dioxine et le Canada

Publié le 26 janvier 2011 | Temps de lecture : 6 minutes
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Quand on nourrit les animaux avec n’importe quoi…

Depuis des années, dans les fermes industrielles, on ajoute des viandes cadavériques et des graisses animales à la moulée d’herbivores et de granivores dans le but d’en augmenter le rendement.

On estime que bétail européen se nourrit en moyenne aux deux tiers de matières premières (blé, fourrage, paille, herbe) et à un tiers d’aliments composés par des industriels. Toutefois, cette proportion varie beaucoup d’une espèce animale à l’autre ; un porc ou une volaille peut se nourrir à 100 % de produits transformés.

En novembre et décembre 2010, des milliers de fermes avicoles et porcines de plusieurs länder allemands — plus particulièrement en Basse-Saxe, dans le nord du pays — ont reçu accidentellement des moulées contaminées par la dioxine, une substance cancérigène.

Cette contamination remonte loin. Elle origine d’une livraison, par la société de biocarburants allemande Petrotec, de vingt-cinq tonnes d’huile contaminée à la dioxine. Ce biodiésel était exclusivement destiné à usage industriel et non alimentaire.

Toutefois, l’entreprise allemande Harles und Jentzsch — qui vient de se déclarer en faillite — a utilisé un de ces lots pour fabriquer 3 000 tonnes de graisses destinées à l’alimentation animale. Cette marchandise a été livrée à 25 fabricants de fourrage. À partir de ces graisses contaminées, ceux-ci ont fabriqué 150 000 tonnes de fourrage qui fut distribué à des fermes avicoles et porcines.

Au départ, l’huile contaminée contenait 123 nanogrammes de dioxine par kilo (ng/kg). Diluée dans le fourrage, la concentration n’était pas dramatiquement supérieure aux normes permises. Toutefois, puisque la dioxine s’accumule dans la chaine alimentaire, des analyses de laboratoire ont trouvé des taux 10 à 77 fois supérieurs à la norme recommandée (qui est de 0,75 ng/kg) dans des œufs et des graisses animales. En moyenne, les œufs contaminés contenaient 16 ng/kg de dioxine.

Un millier de sites d’élevage de poules, de dindes et de porcs, situés pour la plupart en Basse-Saxe, ont stoppé leurs livraisons après détection de dioxine. Le 4 janvier, la Basse-Saxe a commencé à rendre publics les codes des œufs contaminés pour qu’ils puissent être retirés des magasins.

Environ 136 000 œufs, en provenance d’un élevage contaminé, avaient été livrés au début de décembre à Barneveld, aux Pays-Bas : conséquemment, le 5 janvier, le gouvernement néerlandais a ordonné leur saisie. La Slovaquie a bloqué la mise sur le marché de 365 000 œufs importés d’Allemagne dans la première semaine de janvier.

Le vendredi 7 janvier, 4 709 exploitations agricoles (sur les 375 000 que compte le pays) avaient été fermées en Allemagne à titre préventif dans l’attente de résultats de tests. Le lundi suivant, il n’en restait plus que 1 635. Entretemps, 8 000 poules avaient été abattues.

Hier, la Russie (un acheteur important de produits agricoles allemands) a interdit temporairement ses importations d’œufs et de volaille d’Allemagne.

Le paradis canadien

En dix ans, plusieurs scandales à la dioxine ont frappé l’Union européenne : en Belgique (en 1999 et en 2006), en Irlande (2008), en Italie (Seveso en 1976), aux Pays-Bas (en 2006). Pour l’Allemagne, il s’agit du cinquième cas de contamination à la dioxine (2003, 2004, 2006, 2010 et 2011, selon Der Spiegel).

Les retombées de ce scandale sont lourdes de conséquences pour l’Allemagne, un des principaux pays producteurs de viande au monde. Selon la fédération agricole allemande, les pertes s’élèvent déjà à 100 millions d’euros.

Aucun scandale à la dioxine n’a ébranlé le Canada jusqu’à ce jour. Pourquoi ? Tout simplement parce que la surveillance exercée par Santé Canada sur nos aliments est quasi-inexistante. L’industrie agroalimentaire s’auto-règlemente admirablement bien, semble-t-il.

Tellement bien qu’on entend jamais parler de rappels d’aliments au pays sauf à la suite d’empoisonnements manifeste (viande avariée et fromage sale). Les contaminations qui ne donnent aucun symptôme dans l’immédiat — comme c’est habituellement le cas avec la dioxine — ne sont jamais l’objet de rappels.

Oui, on entend bien parler d’aliments contaminés ailleurs mais jamais ces aliments n’atteignent les comptoirs de nos épiceries. Ce qui prouve bien comment Dieu (ou Allah ou Bouddha, c’est selon) aime notre beau pays.

Contrairement aux producteurs d’Europe, les producteurs d’ici ne sont soumis à aucune politique de traçabilité autre que les mesures américaines destinées à lutter contre le bioterrorisme (une lubie coûteuse et inutile).

Conséquemment, il est presqu’impossible pour le consommateur québécois de savoir la provenance de ce qu’il mange.

Certaines chaines d’épiceries font de leur mieux pour nous en informer : Loblaws en est un bon exemple. Mais ses efforts se buttent au mutisme de l’industrie agroalimentaire.

À mon épicerie Métro, c’est le désert au chapitre de l’information au consommateur. Par exemple, des olives sont présentées comme un produit canadien. À ma connaissance, le climat canadien ne permet pas la culture de l’olive : toutefois les olives sont probablement importées en baril et transvidées dans des pots plus petits au Canada, ce qui suffit à leur valoir la citoyenneté canadienne — le pays étant un modèle de multiculturalisme alimentaire.

De manière générale, des tonnes d’aliments sont « Fabriqués pour Briska », sans aucune mention du pays d’origine. Ou alors c’est « Fabriqué au Canada à partir d’ingrédients canadiens et importés », ce qui signifie probablement que le contenant est canadien mais le contenu vient de quelque part sur Terre. À la télévision, Oasis essaye de nous faire croire que son jus d’orange est aussi québécois que la Grande muraille de Chine est chinoise. N’importe quoi.

Si l’Allemagne veut écouler ses œufs, il suffit de nous les passer dans ses délicieux biscuits et gâteaux. Nos douaniers aiment tellement les pâtisseries que je serais surpris qu’ils nous privent du plaisir d’en manger.

Bref, si vous faites de l’insomnie à l’idée de consommer des aliments contaminés à la dioxine, la meilleure solution est sans doute une tisane calmante, en espérant qu’elle ne le soit pas contaminée à quelque chose…

Références :
Alerte à la dioxine en Allemagne
Dioxine (Futura sciences)
Dioxine (Wikipédia)
Dioxine/Allemagne: pas de « danger »
Dioxine : l’Allemagne abat tous les animaux contaminés
Dioxine: la Russie interdit les importations de volailles d’Allemagne
Pas bon – Gigantesque scandale à la dioxine en Allemagne

Détails techniques : Panasonic GH1, objectif Lumix 14-45mm — 1/30 sec. — F/5,0 — ISO 250 — 14 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Gifle diplomatique pour Monsieur Harper

Publié le 13 octobre 2010 | Temps de lecture : 3 minutes

Le Conseil de sécurité de l’ONU est composé de quinze membres, dont cinq permanents, qui disposent chacun d’un droit de veto. En 1945, lors de la création de cette organisation, le Conseil de sécurité ne comptait que quatre membres permanents, soit États-Unis, la France, l’URSS et le Royaume-Uni. Aux lendemains de la deuxième guerre mondiale, ces pays étaient les quatre grandes puissances victorieuses de ce conflit. Depuis, la Chine est devenue le cinquième membre permanent du Conseil de sécurité.

À ce nombre s’ajoute dix membres non-permanents, élus pour deux ans par l’Assemblée générale de cette organisation. Les membres non-permanents ont droit de vote mais n’ont pas droit de veto. À six reprises depuis soixante ans, le Canada a fait application pour devenir membre du Conseil de sécurité et à chaque fois, notre pays a été élu.

Cette année, notre pays a soumis sa candidature pour la septième fois, en compétition avec l’Allemagne et le Portugal. L’Allemagne a été élue au premier tour alors qu’au second, le Portugal a obtenu 113 votes contre seulement 78 pour le Canada. Puisqu’aucun de ces deux derniers pays n’a obtenu le nombre de votes suffisant — soit les des deux tiers des pays présents à l’Assemblée générale, c’est-à-dire 127 votes — il devait y avoir un troisième tour. Plutôt que de subir une défaite cuisante, le Canada a préféré retirer sa candidature. Tous les observateurs s’entendent pour dire qu’il s’agit d’un revers extrêmement humiliant pour le gouvernement Conservateur canadien.

Dans la mesure où le Canada est perçu comme le petit caniche des États-Unis en politique étrangère, beaucoup de pays ne voient pas l’utilité de lui donner un siège au Conseil de sécurité puisque cela revient à en donner deux aux Américains. Également, le refus du Canada d’honorer ses engagements à réduire sa pollution en vertu du Protocole de Kyoto — protocole qu’il a signé — constitue un scandale diplomatique. En effet, le Droit international oblige tout pays à respecter ses engagements.

Le gouvernement Conservateur canadien, dirigé par le Premier ministre Harper, récolte donc ce qu’il a semé.

Quant à la déclaration du Premier ministre à l’effet que cette défaite ne détournera pas le Canada de ses principes, à ce que je sache, le refus d’honorer ses engagements internationaux est une absence de principe et non le contraire.

Références :
Conseil de sécurité: humiliante défaite pour le Canada
Dur revers pour le Canada aux Nations unies
Le Canada reçoit une gifle à l’ONU

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Écrit par Jean-Pierre Martel