Le Québec, patrie continentale des Francophones

26 novembre 2018

Précarité du français dans les provinces anglophones du Canada

Le 15 novembre dernier, le gouvernement ontarien décidait d’éliminer le poste de Commissaire aux services en français — une mesure atténuée depuis — et rompait sa promesse de financer la création d’une université française en Ontario.

De plus, il annulait la subvention de 2,9 millions$ que devait recevoir une nouvelle salle dédiée au théâtre francophone à Ottawa.

Au Nouveau-Brunswick, le nouveau gouvernement conservateur songe sérieusement à abolir le bureau du Commissariat aux langues officielles de cette province.

Au Manitoba, l’éducation en français dans cette province relève dorénavant d’un unilingue anglais, alors que cela relevait autrefois d’un sous-ministre adjoint francophone.

Dans une cause au sujet du sous-financement d’une commission francophone en Colombie-Britannique, le gouvernement de cette province invoque présentement que l’obliger à respecter l’article 23 de la Canadian Constitution serait un gaspillage des fonds publics en raison de l’assimilation inéluctable de la communauté francophone de cette province.

Le prix de l’unité canadienne

Dans les années 1960 et 1970, la force du mouvement indépendantiste était une menace sérieuse à l’unité canadienne.

Lors du référendum québécois de 1980, le vote favorable à ‘souveraineté’ a recueilli 40,44% des suffrages. Au référendum de 1995, cet appui avait grimpé à 49,42%.

Pour contrer le désir de nombreux Québécois de faire du Québec un pays indépendant, on a investi des sommes considérables afin que les Francophones québécois se sentent chez eux partout au Canada.

Cet investissement était jugé comme étant le prix à payer pour l’unité canadienne.

Mais les politiques à ce sujet se sont limitées à un bilinguisme de façade, plus précisément, au service à la clientèle du gouvernement fédéral.

Ce bilinguisme superficiel a été accepté au Canada anglais dans la mesure où il ne faisait pas obstacle à la volonté assimilatrice des provinces anglophones et qu’il ne nuisait pas aux chances de réussite d’un unilingue anglais dans la fonction publique fédérale.

Dans les faits, la machine interne de tous les gouvernements du pays est unilingue.

Autrement dit, à l’exclusion de l’interface qui interagit avec le citoyen, la machine étatique fonctionne presque exclusivement en français à Québec et presque exclusivement en anglais partout ailleurs.

C’est ainsi qu’à Ottawa, on exerce une discrimination à l’embauche à l’égard des unilingues francophones — ils sont plus d’un million au Québec — alors que n’importe quel unilingue anglophone peut y faire carrière.

Les postes destinés aux fonctionnaires bilingues sont fréquemment attribués à des fonctionnaires unilingues anglophones sous promesse d’apprendre le français… un jour.

Et il n’est pas rare qu’un Anglophone quitte le poste ‘bilingue’ qu’il occupait depuis des années sans jamais avoir appris notre langue ni fait d’efforts sérieux pour l’apprendre.

En mars dernier, un fonctionnaire fédéral au bureau montréalais du Bureau du surintendant des institutions financières a intenté une poursuite contre son employeur en raison du fait que tous les rapports destinés à Ottawa — où la fonction publique est à 92% unilingue anglaise — devraient obligatoirement être rédigés en anglais brimant ainsi son droit de travailler en français.

Les politiques canadiennes en matière de bilinguisme sont un succès dans la mesure où les francoCanadiens n’y voient que du feu. Mais dans les faits, il s’agit d’un façadisme destiné à faire illusion.

L’importance de la mobilisation francoOntarienne

À l’émission Tout le monde en parle d’hier soir, il était édifiant de voir le militantisme de cette délégation francoOntarienne vouée à la défense de ses institutions et ses droits.

Cette vaillance contraste avec l’apathie de très nombreux Québécois qui jugent normal qu’on exige à l’embauche la connaissance de l’anglais même lorsque cela n’est pas strictement nécessaire.

Conséquemment, le million de Québécois unilingues français sont des citoyens de seconde zone, ici même au Québec, alors que l’unilingue anglais est maitre chez lui partout au Canada.

Même les partis indépendantistes (le PQ et la CAQ) n’osent pas défendre le droit des Francophones de travailler dans leur langue. Imaginez qu’on refuse ce droit à l’Allemand unilingue dans son pays, ou à l’Italien unilingue dans le sien…

Le fait qu’une partie importante du peuple francoQuébécois soit stigmatisé chez lui est la preuve la plus éloquente de ce colonialisme canadian qui fait en sorte que les Québécois ont honte d’être ce qu’ils sont.

Les francoOntariens sont donc un exemple pour nous tous.

Conclusion

Le Québec est le seul endroit sur le continent américain où un Francophone devrait se sentir chez lui.

Partout ailleurs, il est en milieu hostile.

Maintenant que les Québécois veulent être Canadiens à n’importe quel prix — même au prix de politiques et de dépenses fédérales ouvertement discriminatoires pour le Québec — qu’est-ce qui justifie les couts supplémentaires et l’inefficacité du bilinguisme ?

Le retour des politiques ouvertement assimilatrices est la conséquence directe de cette perception au Canada anglais selon laquelle le mouvement indépendantiste est à l’agonie et que tout gouvernement fiscalement responsable doit mettre fin à des dépenses devenues superflues.

Références :
Front commun pour la pérennité des communautés de langues officielles
La Colombie-Britannique inquiète les francophones hors Québec
La restructuration au Bureau de l’éducation française inquiète la communauté francophone
Les concessions de Doug Ford visent-elles vraiment à calmer les Franco-Ontariens?
L’orangisme est de retour
Une autre coupe francophone: la Nouvelle Scène en danger
Un fonctionnaire fédéral défend son droit de travailler en français

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Face aux Saoudiens, Trudeau plaide l’impuissance

26 octobre 2018

 
Le 8 avril 2016, le gouvernement Trudeau accordait les licences d’exportation concernant 70% du matériel militaire canadien visé par un contrat de vente de chars d’assaut à la dictature saoudienne tout en accusant les Conservateurs de l’avoir fait.

Selon les experts, le partenaire d’affaires de l’Arabie saoudite n’est pas General Dynamics (le constructeur), mais le gouvernement canadien.

En effet, s’il s’agissait d’un simple contrat d’approvisionnement entre l’Arabie saoudite et un fabriquant, il est impossible que ce contrat prévoit des pénalités payées par une tierce partie, indépendante au contrat (soit le gouvernement canadien).

C’est la diplomatie canadienne qui a négocié le contrat et c’est le fédéral qui assure le financement de l’entente. Par ce moyen, le fédéral protège General Dynamics d’une rupture unilatérale de contrat par l’Arabie saoudite.

En vue d’augmenter sa production, la compagnie doit effectuer des investissements qui sont pour elles des pertes lorsqu’un tel contrat est annulé. Ce qui justifie que des dédommagements lui soient accordés.

Le cas échéant, les contribuables canadiens paieraient donc les chars d’assaut refusés — qui seraient alors refilés à l’armée canadienne —ou, à défaut, une pénalité au constructeur.

Une des raisons invoquées à l’époque par le gouvernement fédéral pour justifier cette vente, c’est que si le Canada refusait, de nombreux pays seraient heureux de prendre la relève.

La question qu’on peut se poser est la suivante : s’il était si facile à l’époque pour l’Arabie saoudite de s’approvisionner ailleurs, pourquoi aurait-elle exigé des pénalités importantes en cas de rupture de contrat par le Canada ?

Cela ne tient pas debout.

En raison de l’impuissance totale de Justin Trudeau face aux décisions saoudiennes — pensez ‘Raïf Badawi’ — le constructeur a très certainement exigé des garanties afin de se protéger de l’éventualité où l’Arabie saoudite refuserait d’honorer ses engagements.

Pour se justifier, Justin Trudeau invoque des obligations contractuelles secrètes.

Pourtant, depuis 1947, la Loi sur les licences d’exportation et d’importation interdit, entre autres, de vendre de la marchandise militaire vers des pays :
• qui sont engagés dans un conflit (ex.: au Yémen)
• où les droits de la personne font l’objet de violations graves et répétées de la part du gouvernement, à moins qu’il puisse être démontré qu’il n’existe aucun risque raisonnable que les marchandises puissent être utilisées contre la population civile.

Doit-on comprendre que le respect d’un contrat à préséance sur le respect de la loi ?

Si le premier ministre n’a pas l’intention de rendre public le contrat canado-saoudien, il aurait intérêt à cesser de justifier sa lâcheté derrière ses clauses secrètes.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le biais du fédéral : industrie automobile ontarienne vs industrie aéronautique québécoise

23 octobre 2018

Introduction

Lors de la Grande Récession, le Canada a décidé de soutenir son industrie automobile, durement affectée, comme le faisaient les États-Unis.

Cette décision était justifiée puisque des milliers d’emplois étaient alors en péril.

Et pour contrer les accusations de favoritisme à l’égard de l’Ontario — où est située cette industrie — le gouvernement canadien s’est dit tout aussi déterminé à soutenir l’industrie aéronautique, elle aussi affectée, mais située principalement au Québec.

Au-delà des paroles, la chronologie des faits

En 2009, le plan de sauvetage de l’industrie automobile ontarienne a consisté essentiellement en des prêts remboursables de 13,7 milliards$ consentis à GM et Chrysler, alors au bord de la faillite.

À l’époque, l’industrie aéronautique québécoise n’a pas bénéficié d’un plan de sauvetage analogue.

En juillet 2015, on annonçait un prêt de cent millions$ pour Toyota Canada dont 57,8 millions$ d’Ottawa.

En mai 2016, la même compagnie recevait une subvention — c’est-à-dire un don — de 200 millions$, en bonne partie payée par le fédéral.

Au début de 2017, après avoir investi 5,4 milliards$ en recherche et développement pour la CSeries, Bombardier s’est retrouvé à court de liquidités. En d’autres mots, au bord de la faillite.

Bombardier a donc cogné à la porte du gouvernement canadien. Pour Ottawa, c’était l’occasion de réaliser sa promesse d’aider également l’industrie aéronautique québécoise.

Le fédéral a d’abord exigé que la famille Bombardier-Beaudoin abandonne le contrôle qu’elle exerçait — par le biais d’actions privilégiées — afin que des investisseurs rapaces de Bay Street s’emparent de la compagnie pour une bouchée de pain puisque le prix des actions de Bombardier était à son plus bas.

Face au refus des dirigeants du constructeur, le fédéral a consenti à un prêt remboursable de 372,5 millions$, dont 248 millions$ — les deux tiers — à la condition que Bombardier maintienne ses activités en Ontario (où sont construits ses avions d’affaires Global 7000).

Ce prêt de 372,5 millions$ représente moins de 3% des sommes consacrées au sauvetage de l’industrie automobile ontarienne. En somme, des miettes.

Après ce refus d’aider significativement notre industrie, Ottawa accordait en mars 2017 une subvention — encore un don — de 102,4 millions$ à Ford Canada.

Par contre, en février 2018, le fédéral bousillait un contrat de vente d’hélicoptères civils représentant des retombées économiques de 2,7 milliards$ pour le Québec.

Et voilà qu’hier, on append que le fédéral va radier le prêt consenti à Chrysler dans le cadre du plan de sauvetage de l’industrie automobile lors de la Grande Récession. Ce prêt et ses intérêts représentent la somme de 2,6 milliards$.

En effaçant cette dette, le fédéral transforme rétroactivement le prêt à Chrysler en subvention.

Conclusion

Du strict point de vue du développement économique, l’impôt payé par les contribuables québécois sert principalement à édifier l’État pétrolier canadien; un pays qui produit des voitures à essence en Ontario et qui extrait du pétrole dans l’ouest canadien.

Jamais notre tour vient de recevoir notre juste part des impôts que nous payons au fédéral autrement que sous forme d’une péréquation qui vise — tel l’os jeté au chien — à nous faire tenir tranquille.

Ce retour d’ascenseur, il n’arrive jamais parce qu’Ottawa n’est qu’un gouvernement colonial à la tête d’un État pétrolier.

Plus tôt le Québec passera de colonie canadienne à pays indépendant, plus tôt notre argent servira à construire le premier État post-pétrolier de l’Amérique du Nord.

Références :
Andrew Scheer promet de relancer Énergie Est
Bombardier: de l’aide pour un avion construit en Ontario
Le gouvernement libéral radie un prêt de plus de deux milliards consenti à Chrysler
Les miettes fédérales à Bombardier
Les usines de Toyota Canada obtiendront une mise à niveau de 1,4 milliard de dollars
Ottawa accorde 100 millions en subventions au secteur automobile ontarien
Peut-on comparer l’aide à Bombardier à celle du secteur de l’automobile? Épreuve des faits
Une aide de 100 millions pour Toyota d’Ottawa et de l’Ontario

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Ottawa veut mettre Hydro-Québec sous tutelle

3 octobre 2018

Après avoir financé la tentative d’invalidation de toutes les lois du Québec plus tôt cette année, voilà maintenant qu’Ottawa tente de prendre le contrôle d’Hydro-Québec.

La partie 2 du projet de loi C-69 s’intitule Loi sur la Régie canadienne de l’énergie. Basée à Calgary, le Canadian Energy Regulator — aux pouvoirs considérablement étendus — vise à remplacer l’Office national de l’énergie.

Entre autres, cet organisme régira l’exploitation, le développement et le transport interprovincial ou international d’hydroélectricité, de même que les droits et tarifs qui s’y appliquent.

L’article 355 de cette loi interdit notamment l’exportation d’électricité sauf conformément à un permis émis par le fédéral.

En clair, Ottawa veut mettre Hydro-Québec sous tutelle. La société continuera de fonctionner comme avant sauf que toutes ces grandes décisions devront dorénavant recevoir l’autorisation du fédéral.

Ce projet de loi a été adopté en troisième lecture par la Chambre des communes le 20 juin 2018. Son adoption finale par le Sénat est prévue d’ici quelques semaines.

Rappelons que transport interprovincial ou international de biens ou de services est un domaine de compétence constitutionnelle exclusive d’Ottawa.

Jusqu’ici le fédéral avait négligé d’assumer ses pouvoirs au sujet de l’hydroélectricité. Grâce à l’adoption de ce projet de loi, cette lacune sera corrigée.

Ottawa justifie son intervention par le nécessité de protéger la population canadienne.

Si nous avons tous à l’esprit des exemples de catastrophes environnementales causées par des déversements pétroliers, il n’y a rien de comparable en ce qui concerne l’énergie hydroélectrique.

Si la rupture d’un barrage est un événement extrêmement rare, on voit mal comment les ingénieurs de la Canadian Energy Regulator pourraient prendre en défaut le travail des experts mondiaux que sont ceux qui travaillent pour Hydro-Québec.

Concrètement, pour Hydro-Québec, cela veut dire des délais supplémentaires et l’obligation de traduire en anglais les milliers de pages d’études et de documents techniques destinés à être soumis au Canadian Energy Regulator. Parce que si la fonction publique fédérale est à 92% unilingue anglais à Ottawa, imaginez à Calgary…

Récemment, on apprenait que le fédéral met en moyenne 45 semaines à décider de rembourser les frais de santé des vétérans francophones et 24 semaines dans le cas des vétérans anglophones.

Si le fédéral met plus de dix mois à payer une facture de quelques dizaines ou quelques centaines de dollars, peut-on imaginer le temps qu’il mettra à approuver un projet de plusieurs milliards$ ?

On peut donc craindre que le fédéral ralentisse le développement économique du Québec en se traînant les pieds dans le cas des projets d’Hydro-Québec.

Bien plus : l’organisme situé à Calgary pourra faire pression pour que le gouvernement québécois facilite la réalisation de projets pétroliers albertain au Québec en retardant nos projets hydroélectriques. Ce sera donnant-donnant.

En résumé, l’initiative d’Ottawa est une autre manière d’assujettir le peuple francoQuébécois au colonialisme canadian.

Voilà le prix de notre appartenance au Canada.

Références :
Les vétérans francophones doivent s’armer de patience
Projet de loi C-69
Vente d’électricité: «Ottawa met en tutelle Hydro-Québec» selon la bloquiste Monique Pauzé

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Lait : Trudeau capitule

1 octobre 2018
Le premier ministre Justin Trudeau

Introduction

« C’est une bonne journée pour le Canada » a déclaré le premier ministre Justin Trudeau en annonçant la conclusion in extrémis d’un accord commercial avec les États-Unis.

Bonne nouvelle pour le Canada peut-être, mais de quel Canada s’agit-il ? De toute évidence, c’est un Canada dont le Québec ne fait pas partie.

Alors que le président Trump qualifie l’accord d’historique et de merveilleux (‘wonderful’), le gouvernement Trudeau essaie de sauver la face en insistant sur ce qui n’a pas été perdu. Mais a-t-il gagné quelque chose ?

’Pas tellement’, comme dirait une électrice le soir d’un débat télévisé.

Du côté des ‘plus’

Le seul gain majeur du nouvel accord est la disparition presque totale du chapitre 11 de l’ALÉNA.

Conçu pour éroder la souveraineté des petits pays comme le Canada et le Mexique, ce chapitre accordait aux investisseurs le droit de poursuivre les pays lorsque leurs gouvernements adoptaient de nouvelles mesures préjudiciables à leurs intérêts.

L’ardeur américaine en faveur du chapitre 11 s’est considérablement refroidie lorsque cette disposition a été invoquée par une pétrolière canadienne pour poursuivre le gouvernement Obama.

Cet abandon permettra à un gouvernement du Québec de révoquer sans compensation le droit d’expropriation accordé par le gouvernement Couillard aux pétrolières.

Mais pour ce faire, il faudra attendre un autre gouvernement que celui que les Québécois s’apprêtent à porter au pouvoir aujourd’hui.

Du côté des ‘moins’

la protection accrue de la propriété intellectuelle

Le nouvel accord ne contient rien de neuf pour combattre la piraterie dont sont victimes les citoyens qui sont des créateurs de contenu.

Mais il prolongera la durée des brevets détenus par les grandes corporations et protègera mieux leurs marques de commerce (dont les noms de domaines sur l’internet).

Ce qui retardera, par exemple, la mise en marché de copies de médicaments brevetés et fera augmenter les couts de l’assurance médicaments défrayés par les provinces.

une nouvelle brèche dans la gestion de l’offre

Déjà, lors de l’AECG — l’Entente économique et commerciale global entre le Canada et l’Union européenne — les producteurs de fromage du Québec avaient été sacrifiés sur l’autel du libre échange.

Seize-mille tonnes de fromages européens pourront être importées en vertu de l’AECG. Cela représente des pertes de 1,5 milliard$ pour les producteurs québécois, en contrepartie d’une compensation insuffisante de 250 millions$ par Ottawa.

Quant au Partenariat Trans-Pacifique, il fera passer en vingt ans l’importation de lait asiatique de 8 300 tonnes à 57 000 mille tonnes. Et ce, sans compensation financière d’Ottawa.

Une fois de plus, la gestion de l’offre a été amputée. Cette fois non pas dans le but d’obtenir des gains au profit de l’industrie automobile ontarienne, mais pour la protéger d’éventuels et hypothétiques tarifs douaniers que menaçait d’imposer Trump.

En vertu du nouvel accord, les fermiers américains obtiennent une part de 3,5% du marché du lait canadien. Ce marché est évalué à seize-milliards$ dont les trois quarts sont produits du Québec.

C’est une perte annuelle de 420 millions$ pour les petites fermes laitières familiales du Québec, au profit des producteurs laitiers industriels américains.

Seront exclus de la gestion de l’offre les produits laitiers de classe 7, c’est-à-dire le lait en poudre, les concentrés de protéines laitières, et les substances laitières utilisées dans la fabrication des laits maternisés.

Pour compenser cette perte du marché intérieur, les producteurs canadiens ne pourront pas augmenter leurs ventes à l’Étranger puisque le gouvernement Trudeau a accepté de limiter les exportations de produits laitiers à travers le monde, c’est-à-dire non seulement aux États-Unis, mais également partout ailleurs.

En contrepartie, Ottawa a promis des subsides aux producteurs laitiers du Canada. Dans la mesure où il n’a pas respecté antérieurement cette promesse, on ne voit pas pourquoi il devrait tenir parole aujourd’hui.

Et, contre toute attente, si Ottawa décidait de dédommager les producteurs laitiers, ce ne serait qu’une question de temps pour qu’un parti politique canadien remettre en question cette dépense annuelle de 420 millions$ et fasse campagne contre les ‘assistés sociaux agricoles’ du Québec.

Conclusion

Dans la belle relation sadomasochiste que Justin Trudeau entretient avec Trump, il est évident que cette capitulation du premier ministre canadien est un jour sombre pour le Canada.

Puisque toutes les circonscriptions où se concentrent les fermes laitières du Québec votent pour des partis fédéralistes provinciaux, on ne voit pas ce qu’Ottawa aurait à craindre de la colère futile des agriculteurs québécois.

Références :
ALENA : Trump salue un « accord historique », Trudeau une « bonne journée pour le Canada »
« Il ne pouvait pas y avoir pire entente pour les producteurs laitiers » du Québec, dit leur président
Trump heralds ‘wonderful new trade deal’ to replace Nafta after Canada talks
Un nouvel accord de libre-échange entre le Canada, les Etats-Unis et le Mexique
U.S., Canada and Mexico just reached a sweeping new NAFTA deal. Here’s what’s in it.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 75mm F/1,8 — 1/160 sec. — F/1,8 — ISO 1250 — 75 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Pétrole et élections : un rendez-vous manqué avec le destin

26 septembre 2018

Introduction

Pendant des décennies, les intérêts économiques du Québec et ceux du Canada allaient dans le même sens; la conquête du marché américain et le développement de modes de transport pancanadiens (voies ferrées et autoroutes) qui favorisaient l’échange de biens et de service à travers le pays.

Depuis la mise en valeur des sables bitumineux albertains, les économies québécoise et canadienne sont entrées en concurrence.

De 2002 à 2006, le prix du pétrole a connu une très forte hausse sous l’effet combiné de la demande chinoise et d’une spéculation générale sur les matières premières.

Cette hausse de prix a entrainé plusieurs conséquences. La balance commerciale canadienne est devenue très excédentaire. De plus, les investissements étrangers en Alberta ont connu une croissance exponentielle.

Cela a provoqué une forte appréciation de la devise canadienne. En janvier 2002, le dollar canadien valait 61,79 cents américains. En novembre 2007, il valait 110,3 cents, soit une augmentation de 56%.

En l’espace de quelques années, l’industrie manufacturière canadienne — concentrée en Ontario et au Québec — est devenue beaucoup moins concurrentielle sur le marché américain.

Conséquemment, des milliers d’emplois ont été perdus au Québec et en Ontario, victimes en partie du mal hollandais et en partie d’un manque de productivité.

Selon Wikipédia, le mal hollandais «…est un phénomène économique qui relie l’exploitation de ressources naturelles au déclin de l’industrie manufacturière locale. Ce phénomène est suscité par l’accroissement des recettes d’exportations, qui à son tour provoque l’appréciation de la devise. Le résultat est que dans les autres secteurs, les exportations deviennent moins favorables que les importations.»

L’intérêt du Canada

Pour bien comprendre quelqu’un, il faut se mettre à sa place.

Le Canada est au troisième rang mondial — après l’Arabie saoudite et le Venezuela — quant aux réserves exploitables de pétrole (173 milliards de barils).

Dans 50 ans, il est possible que l’économie mondiale soit devenue postpétrolière et que cette ressource n’ait plus aucune valeur.

D’ici là, indépendamment de toute considération environnementale, l’intérêt économique du pays est de s’enrichir en vendant le pétrole pendant que cette ressource naturelle vaut encore quelque chose.

Le marché domestique canadien est alimenté partiellement par du pétrole albertain. À titre d’exemple, 36% du pétrole vendu au Québec vient de l’Alberta.

Environ 90% de l’augmentation de la production pétrolière canadienne d’ici 2030 pourrait être écoulée aux États-Unis par le biais, notamment, du pipeline Keystone (en voie de construction).

En raison de la concurrence du pétrole de schiste américain, le pétrole canadien s’y vend vingt pour cent moins cher que le prix que le Canada obtiendrait sur les marchés internationaux.

Pour se libérer du marché américain et accéder au marché international, le Canada veut désenclaver son pétrole.

La première solution envisagée devait être la construction d’un pipeline — appelé Énergie Est — qui devait traverser les deux tiers du pays, dont le Québec.

C’est la baisse du prix mondial du pétrole qui a sonné, pour l’instant, le glas de ce projet pharaonique.

La seule autre issue est le transport vers l’océan Pacifique : c’est le pipeline Trans Mountain.

Ce pipeline existe déjà. Le gouvernement fédéral vient d’en faire l’acquisition au cout de 4,5 milliards$. Toutefois, ce vieux pipeline est insuffisant et le fédéral est déterminé à en augmenter la capacité.

Les sommes qu’il devra consacrer à cette fin n’ont pas été révélées.

Si ce projet a connu un revers juridique récent en raison de l’attitude cavalière du gouvernement Harper dans ce dossier, le gouvernement Trudeau est déterminé à aller de l’avant.

Ceux qui sont déçus de voir le gouvernement Trudeau poursuivre les mêmes politiques que celles du gouvernement Harper, n’ont pas compris que les gouvernements à Ottawa ne sont que l’interface ministérielle d’une machine étatique puissante, animée par sa propre conception de l’intérêt national.

Les pouvoirs absolus du fédéral

En 1867, le gouvernement fédéral a hérité des pouvoirs coloniaux de Londres.

Ces pouvoirs ont été reconduits dans la Canadian Constitution de 1982.

En vertu de celle-ci, tout transport de marchandises au-delà des frontières d’une province devient sous l’autorité exclusive du gouvernement fédéral.

Que ce transport soit routier, ferroviaire, maritime, aérien ou par pipeline, il tombe sous la compétence constitutionnelle exclusive du gouvernement fédéral. Les provinces n’ont aucun pouvoir.

Il leur est permis de protester. Mais au bout du compte, elles devront capituler devant Ottawa.

Bien plus. Le gouvernement Harper a modifié la loi canadienne sur le terrorisme : toute action citoyenne qui aurait pour effet de nuire à la construction d’un oléoduc répond maintenant à la définition d’un acte terroriste.

Le bouclier de l’indépendance

Vers 2030, l’augmentation prévue de la production pétrolière canadienne dépassera les capacités des pipelines Trans Mountain et Keystone.

Dans les années qui précèderont cette date fatidique, l’intérêt du Canada sera d’envisager d’autres possibilités.

L’une d’elles sera de ressusciter le projet d’un pipeline vers l’Est qui traversera le Québec.

Si le gouvernement canadien a eu l’audace de faire adopter une nouvelle constitution sans le Québec en 1982, il faut être naïf pour croire que l’opposition du gouvernement québécois empêchera Ottawa de nous passer ce pipeline sur le corps.

La seule chose qui pourrait empêcher la capitulation du Québec face à l’ordre pétrolier canadien, c’est de devenir un pays indépendant.

À preuve : si le Québec était déjà indépendant, le Canada ne pourrait exporter son pétrole vers l’Est que par le biais de la baie d’Hudson ou en contournant le Québec par les États-Unis.

De plus, si nous étions déjà indépendants, nous n’aurions pas à payer notre part (un milliard$) du cout d’acquisition de Trans Mountain et des sommes nécessaires à son amélioration.

Du point de vue environnemental, le choix entre le fédéralisme et l’indépendantisme se résume entre le financement obligatoire (par nos impôts) du Nation Building de l’État pétrolier canadien ou la création d’un pays moderne, respectueux de l’environnement et conforme à ce que nous aspirons à être.

Conclusion

De toute évidence, à l’élection qui aura lieu dans quelques jours, les Québécois vont rater l’occasion de se prémunir contre le passage — différé mais inévitable — d’un pipeline à travers le Québec.

Cela n’est pas catastrophique; tant que Trans Mountain ne sera pas en train de se réaliser, il est douteux qu’on entreprenne un autre grand chantier vers l’Est.

Toutefois, au fur et à mesure qu’approchera 2030, il y aura une limite à toujours rater nos rendez-vous avec le destin.

Références :
5 questions pour comprendre la chute du dollar canadien
État de l’énergie au Québec
La façade ministérielle de l’État canadien
Le pipeline Trans Mountain et « l’intérêt national »
Maladie hollandaise
Marché pétrolier
Risques bitumineux
Sables bitumineux de l’Athabasca

Paru depuis :
Andrew Scheer promet de relancer Énergie Est (2018-10-21)
Le pétrole du Québec vient désormais d’Amérique du Nord (2018-11-02)

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| 2014-2018 (années Couillard), Environnement, le prix du fédéralisme, Politique québécoise | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


La Citadelle de Québec défigurée

17 septembre 2018

Construites entre 1608 et 1871, les fortifications de Québec sont le plus important et le plus ancien ouvrage défensif du Canada.

En 2016, le gouvernement fédéral a annoncé qu’il investirait 37 millionsS pour la rénovation de la citadelle et des fortifications de la Vieille Capitale.

Cette dépense représente 1,2% d’un vaste programme de trois-milliards$ que Parc Canada réalisera à travers le pays d’ici 2021.

Ce programme vise à réaliser des travaux d’infrastructure dans les installations patrimoniales situées dans les lieux historiques de juridiction fédérale, dont les parcs nationaux et les aires marines de conservation.

Aux fins de la restauration des fortifications de Québec, les fonctionnaires d’Ottawa ont décidé d’acheter pour 16,5 millions$ de pierre bleue Pensylvania Bluestone américaine au lieu de pierre grise Grès vert de Sillery dont les carrières sont situées à Lévis.

La citadelle de Québec sera donc dorénavant bicolore; une partie ancienne, gris légèrement verdâtre, et la partie restaurée, bleu foncé.

Cette décision a été prise à l’encontre des recommandations de l’architecte responsable du projet et en violation de l’appel d’offres.

Celui-ci stipulait clairement que la restauration devait être effectuée avec une pierre semblable à celle utilisée autrefois pour l’érection des fortifications. Or le Grès vert de Sillery est exactement la même pierre qui fut utilisée jusqu’ici.

Si le Pensylvania Bluestone coute la moitié du prix du Grès vert de Sillery, les contribuables n’économiseront que trois pour cent de la facture, la différence étant empochée par les frais de transport de la pierre jusqu’au Québec et les profits de l’entreprise qui a obtenu le contrat en violation de l’appel d’offres.

Non seulement cette rénovation québécoise ne représente que 1,2% du programme de Parc Canada, mais Ottawa a trouvé le moyen de faire en sorte que près de la moitié de la dépense fédérale à Québec soit représentée par l’achat de pierre américaine.

Voilà un autre exemple du prix du fédéralisme; les Québécois paieront 18,9% d’un programme de trois-milliards$ de Parc Canada, mais n’en recevront que des bénéfices de l’ordre de 0,7%.

Références :
Nouveaux investissements de 22 M $ dans les Fortifications de Québec et 15 M $ à la Citadelle
Patrimoine : la Citadelle de Québec rénovée avec des pierres américaines

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Nettoyer la statue de Macdonald, un gaspillage des fonds publics

23 août 2018
Monument à sir John-A. Macdonald (sur le boulevard René-Lévesque)

Introduction

La statue montréalaise de l’ex-premier ministre John-A. Macdonald a récemment été éclaboussée de peinture rouge par des manifestants qui l’accusent d’être un suprémaciste blanc.

À plusieurs reprises, cette statue a été la cible de vandales. Elle a même été décapitée en 1992, à l’occasion du centième anniversaire de la pendaison de Louis Riel (que Macdonald avait ordonnée).

Gloire et déchéance de Macdonald

Avant de devenir premier ministre du Canada (de 1867 à 1873, puis de 1878 à 1891), John-A. Macdonald fut l’un des principaux artisans de l’adoption du British North America Act, cette loi britannique qui servit de constitution à la Confédération canadienne de 1867 à 1982.

Durant ses mandats à la tête du pays, le territoire canadien se prolongea vers l’Ouest pour s’étendre finalement d’un océan à l’autre.

En raison de l’éclat indéniable de ses réalisations, il fut longtemps considéré comme le ‘père de la Confédération canadienne’.

Pourtant, depuis quelques années, ses statues sont vandalisées d’un bout à l’autre du pays. De plus, le gouvernement canadien cessera, en 2018, d’imprimer des billets de banque à son effigie.

Qu’est-ce qui lui vaut aujourd’hui un tel discrédit ?

C’est que Macdonald est devenu infréquentable parce qu’il fut responsable de la plus grande entreprise génocidaire de l’histoire canadienne.

Le travail génocidaire de Macdonald

En 1649, Oliver Cromwell envahit l’Irlande dans le but de déposséder les Irlandais de leurs terres et de les confier à des colons anglais. À cette occasion, les soldats anglais exterminèrent entre le tiers et la moitié des habitants de l’ile.

De manière analogue, le gouvernement colonial de Macdonald entreprit de déposséder les Métis des territoires qu’ils occupaient depuis des siècles. Après avoir exigé d’eux qu’ils présentent des titres de propriété — ce qu’aucun autochtone en Amérique du Nord n’était en mesure de faire — les Métis étaient forcés de quitter leurs terres.

Parallèlement, John-A. Macdonald créait au Canada — à l’image de ce que faisaient les États-Unis depuis 1851 — des réserves à l’intérieur desquels les Indiens dépossédés étaient forcés de vivre en vertu d’un apartheid juridique.

Le gouvernement colonial canadien forçait les Premières Nations à abandonner des terres ayant un bon potentiel agricole ou riches en ressources naturelles, pour se retrouver finalement sur des réserves éloignées et marginales du point de vue économique.

Ce n’est pas le colonialisme anglo-saxon qui a créé les ghettos mais ceux-ci en sont une caractéristique essentielle. Qu’il s’agisse des ghettos sur scène créés pour éviter les reproches d’appropriation culturelle ou les ghettos urbains créés par l’aménagement du territoire sous un régime colonial de type britannique.

En 2013, le professeur James Daschuk de l’Université du Manitoba publiait la thèse universitaire intitulée ‘La destruction des Indiens des Plaines. Maladies, famines organisées, disparition du mode de vie autochtone’.

Cette publication de 366 pages s’est mérité le prix attribué par le Gouverneur général du Canada au meilleur livre savant en histoire canadienne. Ironiquement, ce prix s’appelle ‘Prix Sir-John-A.-Macdonald’.

Ce livre est un accablant réquisitoire qui accuse John-A. Macdonald d’avoir voulu exterminer par la famine les Amérindiens des Prairies. C’est depuis la publication de ce livre que l’opinion publique canadienne s’est retournée contre Macdonald.

Les pensionnats autochtones

Le 9 mai 1883, pour faire adopter sa politique des pensionnats, Macdonald déclarait à la Chambre des communes :

« Lorsque l’école est sur la réserve, l’enfant vit avec ses parents, qui sont sauvages; il est entouré de Sauvages, et bien qu’il puisse apprendre à lire et écrire, ses habitudes, son éducation domestique, et ses façons de penser restent celles des Sauvages. En un mot, c’est un Sauvage capable de lire et d’écrire.


On a fortement insisté auprès de moi (…) pour soustraire autant que possible les enfants sauvages à l’influence de leurs parents. Or, le seul moyen d’y réussir serait de placer ces enfants dans des écoles industrielles centrales, où ils adopteraient les habitudes et les façons de penser des Blancs.

En 1883, le gouvernement fédéral établit trois grands pensionnats pour les enfants des Premières Nations dans l’ouest du Canada. Au cours des années qui suivirent, le système connut une croissance considérable.

Selon le rapport annuel du ministère des Affaires indiennes de 1930, il y avait quatre-vingt pensionnats en activité partout au pays.

Les derniers pensionnats financés par le gouvernement colonial canadien sont demeurés en activité jusqu’à la fin des années 1990. Au total, environ 150 000 enfants autochtones y furent admis. On estime qu’environ six-mille d’entre eux y sont morts de maltraitance, de maladie ou par suicide.

Leur but était d’assimiler de force les Autochtones. La police venait littéralement arracher les enfants des bras de leur mère. On interdisait aux pensionnaires de parler autre chose que l’anglais. Et on séparait les membres d’une même famille en différents pensionnats pour qu’ils n’aient plus personne sur lequel s’accrocher.

Puis, à la fin de leurs études, on les renvoyait dans leurs communautés alors que tout ce qu’on leur avait enseigné (religion, lecture, écriture, notamment) n’avait aucun rapport avec la lutte pour leur survivance dans leur réserve. Selon le témoignage des chefs autochtones de l’époque, ils éraient des bons à rien.

Loin de leur famille et de leur communauté, sept générations d’enfants autochtones ont été privés de leur identité à la suite d’efforts systématiques et concertés visant à anéantir leur culture, leur langue et leur esprit.

Et ce, sans compter les dizaines de milliers d’abus sexuels qui laissèrent aux victimes la marque indélébile de la honte et de la culpabilité.

En somme, les pensionnats complétaient les réserves. Les réserves visaient à réduire le nombre d’Autochtones; les pensionnats visaient au génocide culturel de ceux qui y survivraient.

Conclusion

Revenons au cas de cette statue montréalaise éclaboussée de peinture.

Lorsque l’État dresse un monument à la gloire d’un personnage ayant réellement existé, il rend un hommage collectif à un bâtisseur de la nation où à un héros qui l’a protégé d’un péril.

Cette commémoration est à la fois un acte de reconnaissance rendu au nom du peuple et un appel au dépassement. Comme si on affirmait implicitement : « Voyez comment des gens issus de cette nation peuvent être grands.»

D’autre part, les mentalités changent. À la suite des Révolutions, les statues aux noms des héros de l’ancien régime sont souvent déboulonnées.

De la même manière, il arrive que les citoyens en viennent à trouver inacceptable qu’on leur propose comme édifiants des modèles qui méritent le mépris.

C’est le cas de John-A. Macdonald. Voilà pourquoi, partout à travers le Canada, les voix s’élèvent pour qu’on détruise les monuments indécents élevés à sa gloire.

Éclabousser cette statue de peinture est un vandalisme mineur puisqu’il n’abime pas l’œuvre. Cela se justifie lorsque les pouvoirs publics demeurent sourds au gros bon sens; on ne rend pas hommage à un chef d’État génocidaire. Les Allemands l’ont bien compris. Je ne vois pas pourquoi on devrait agir autrement au Canada.

Au contraire d’un méfait, éclabousser cette statue de peinture est une manière économique de transformer un hommage en acte de réprobation populaire. C’est une manière de dire « Honte à toi, John-A. Macdonald, pour ce que tu as fait.»

Rares sont les fois où le vandalisme se justifie : c’est le cas cette fois-ci.

Au fond, ce que les vandales ont fait, c’est ce que la ville n’a pas eu l’idée de faire elle-même par manque d’imagination; transformer un hommage en acte de désapprobation à l’aide d’un peu de peinture.

Voilà pourquoi la ville devrait s’abstenir de nettoyer cette statue. Procéder à son nettoyage n’est rien d’autre qu’un gaspillage des fonds publics.

Références :
Aboriginal nutritional experiments had Ottawa’s approval
À quand le limogeage de John A. Macdonald?
Cartes : 1667-1999
Déboulonner Macdonald au nom de la réconciliation
Des vandales couvrent de peinture sur la statue de John A. Macdonald à Montréal
John A. Macdonald
La destruction des Indiens des Plaines. Maladies, famines organisées, disparition du mode de vie autochtone

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 25mm F/1,2 — 1/400 sec. — F/1,2 — ISO 200 — 25 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’OTAN et les élections québécoises

5 juillet 2018

Tout se tient.

En 2014, le gouvernement Harper s’est engagé à doubler les dépenses militaires du pays d’ici 2024.

C’est ainsi que le budget de la Défense passera de 1% à 2% du Produit intérieur brut canadien. En clair, c’est une dépense récurrente de quinze-milliards$ par année.

Comme le défunt contrat des chasseurs F-35, il est à prévoir qu’il s’agira pour le Canada d’acheter du matériel militaire américain pour lequel notre pays n’obtiendra que très peu de retombées économiques.

Pour une famille de quatre personnes, cela équivaut annuellement à 2 000$ de taxes et d’impôts supplémentaires. Et ce, alors que le risque de guerre mondiale est nul (la force militaire américaine étant cinq à dix fois supérieure à celle de la Russie).

Selon toutes les apparences, le gouvernement Trudeau entend respecter les engagements pris par le gouvernement Harper à ce sujet. Cela changera profondément la nature du Canada.

Puisque les États-Unis viennent de réduire substantiellement l’impôt des entreprises, l’État canadien n’aura pas d’autres choix que de diminuer le filet de protection sociale qui constitue une caractéristique fondamentale du pays.

Quel est donc le rapport avec les élections québécoises ?

Peu importe le parti qui remportera les prochaines élections provinciales, celui-ci devra renoncer à une bonne partie de ses projets lorsque le fédéral lui coupera progressivement les vivres d’ici 2024.

D’où la stupidité aberrante de toutes ces promesses de réduction de taxes par les partis de droite du Québec plutôt que de l’investir dans la réfection des écoles et des hôpitaux pendant que nous en avons encore les moyens.

Les compressions devenues nécessaires dans notre système de santé arriveront à un bien mauvais moment.

Le faible taux de chômage actuel au Québec s’explique par la mise à la retraite des babyboumeurs (ce qui rend leurs emplois disponibles à d’autres).

Mais dans cinq ou dix ans, débutera leur perte d’autonomie. D’où l’explosion des couts que leur état de santé requerra.

Un nombre croissant d’entre eux devront être placés dans des centres d’hébergement qui sont déjà en décrépitude et que nous n’auront pas restaurés, préférant profiter de réductions de taxes promises par certains politiciens.

En manque d’argent, peut-être regrettons-nous alors notre négligence à nous intéresser au gaspillage militaire du pays quelques années plus tôt…

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les services gouvernementaux à visage découvert : la perte des illusions

4 juillet 2018

Introduction

Selon la loi 62 du gouvernement Couillard, adoptée le 18 octobre 2017, toute demande et toute prestation de service gouvernemental doit s’effectuer à visage découvert.

En matière de laïcité, cette loi correspond au plus petit dénominateur commun de tous les partis politiques du Québec. On peut souhaiter que la législation soit plus exigeante. Mais on ne peut pas vouloir moins.

Voilà pourquoi je suis d’accord avec cette loi. Toutefois, j’ai toujours soutenu que cette loi était anticonstitutionnelle.

C’est ce que confirme le jugement rédigé en anglais rendu le 29 juin dernier par le juge Marc-André Blanchard de la Cour supérieure du Québec.

Une gifle pour les fédéralistes québécois

La Canadian Constitution de 1982 a été adoptée par les provinces anglophones du Canada à l’issue d’une séance ultime de négociation à laquelle le Québec n’a pas été invité.

C’est une constitution ethnique qui reflète l’idéologie dominante au pays et à laquelle le Québec doit se soumettre.

Les idéologues qui l’ont rédigée voulaient consacrer la suprématie absolue des droits individuels afin de bloquer les dispositions les plus importantes de la Loi 101. En effet, cette dernière proclamait la préséance de certains droits collectifs — ceux nécessaires à la pérennité de la langue française au Québec — sur certains droits individuels, notamment celui de s’assimiler au groupe linguistique de son choix.

En consacrant la suprématie absolue des droits individuels, ces idéologues n’ont pas su prévoir la montée de l’intégrisme islamique, résultat des sommes colossales que la dictature saoudienne consacre à sa promotion.

Si bien que, par exemple, le port du niqab sur la voie publique est un droit constitutionnel au Canada, mais ne l’est pas ni en France, ni en Belgique, et ni en Allemagne. Et ce n’est même pas un droit constitutionnel au Maroc, pourtant pays musulman.

En raison de cette constitution dysfonctionnelle, toutes les formes de laïcité préconisées par les partis politiques du Québec sont anticonstitutionnelles. Même le parti le moins exigeant à ce sujet (le Parti Libéral du Québec) devra céder devant l’ordre constitutionnel canadian.

L’accommodement raisonnable le plus pernicieux exigé du peuple francoQuébécois, c’est d’être constamment en deçà de ce qu’il aspire à être dans le but de se soumettre à l’idéologie de l’ethnie angloCanadienne, imposée par le biais d’une camisole de force constitutionnelle.

Voilà le prix du fédéralisme.

Dans ce sens, la décision du tribunal est une gifle — infligée en anglais, s’il-vous-plaît — à ceux qui croient toujours que le Québec peut mettre en application la plus rudimentaire des laïcités tout en demeurant au sein du Canada.

L’espoir en la clause dérogatoire

L’ultime espoir des fédéralistes québécois, c’est dans le recours à la clause dérogatoire de la constitution.

On ne doit pas se faire trop d’illusion à ce sujet.

La Canadian Constitution, c’est du Common Law et non du droit civiliste. Son interprétation peut varier selon les époques, selon les juges et selon la météo.

Autrefois, les Canadiennes n’étaient pas des personnes au sens constitutionnel du terme. Puis elles le sont devenues en 1929. Et ce, en vertu de la même constitution.

Lorsqu’un mot du texte constitutionnel signifie le contraire du sens qu’il a dans le dictionnaire, c’est que les juges en ont décidé ainsi. Tout simplement.

Autre exemple. Le texte de la constitution ne nous oblige qu’à traduire les lois québécoises après leur adoption et à les publier dans les deux langues. Mais surprise; la Cour suprême du Canada a estimé que l’adoption dans les deux langues était une exigence constitutionnelle ‘implicite’; c’est écrit nulle part mais c’est ça qui est ça.

Ce n’est donc qu’une question de temps pour que la Cour suprême décrète que pour invoquer la clause dérogatoire, il faut convaincre cette cour — composée majoritairement de juges qui appartiennent à l’ethnie dominante du pays — du bien fondé de cette démarche.

Cela verrouillerait complètement la camisole de force constitutionnelle imposée au Québec par l’ethnie angloCanadienne en 1982.

Conclusion

La décision du juge Marc-André Blanchard est une victoire pour les Indépendantistes.

Il prouve que la seule façon pour le Québec de définir sa propre conception de la laïcité et de la vivre, c’est en devenant un pays indépendant.

Références :
À visage découvert, ou l’ordre canadien
Le projet de loi libéral au sujet de la neutralité de l’État (dernière partie : les quiproquos)
Loi 62 (Québec)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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