Doit-on fêter le Canada ?

Publié le 25 juin 2021 | Temps de lecture : 3 minutes

Le 1er juillet est la fête du Canada. Ce jour commémore l’entrée en vigueur du British North America Act, cette loi adoptée par le parlement britannique et qui servit de constitution au Canada jusqu’en 1982.

Depuis la conquête anglaise, le Canada s’est construit sur la dépossession violente des terres occupées par les peuples autochtones du pays pour faire place à des colons européens.

Plus précisément, le péché originel de la Confédération canadienne, c’est le génocide des Premières Nations.

D’abord un génocide (au sens strict du terme) inachevé, suivi d’un génocide culturel dont on apprend ces jours-ci les sombres dessous.

Ce qui n’a pas empêché les premiers ministres canadiens de faire hypocritement la morale aux autres pays quant au respect des droits de la personne.

En conséquence, on doit distinguer le peuple canadien d’une part, et le Canada de l’autre.

Les Canadiens ont inventé la fermeture éclair, le téléphone, l’insuline, la pénicilline et d’innombrables inventions dont l’humanité tout entière ne pourrait plus se passer.

Le talent et l’excellence de nos artistes ensoleillent nos vies en plus de faire rayonner le pays à l’Étranger.

Et des millions de parents préparent l’avenir aidant leurs enfants à développer le meilleur d’eux-mêmes. C’est ce père qui prend le temps d’assister à la joute de hockey de son fils. C’est cette mère qui transmet la culture en chantant une cantine pour endormir son enfant.

Près de 38 millions de Canadiens méritent d’être honorés le premier juillet.

Mais pas le pays honteux qu’ils habitent.

Plus tôt nous, Québécois, en sortirons, plus tôt nous pourrons nous laver de cette tache originelle et construire un pays sur des bases nouvelles.

Un pays où femmes et hommes vivront libres et égaux. Où l’État sera laïc et républicain. Où nous protègerons l’eau de nos rivières, l’air que nous respirons et les terres fertiles qui nous nourrissent. Un pays imperméable au tribalisme anglo-saxon. Et un pays neuf où vivront en harmonie les gens qui ont choisi d’y coexister.

D’ici là, fêtons donc le peuple canadien — dont les angloCanadiens avec lesquels nous avons beaucoup plus d’affinités qu’on pense — et évitons d’exprimer une fierté indécente et déplacée à l’égard cette chose qu’on appelle le Canada.

Parus depuis :
« Avoir une célébration, ce n’est pas correct » (2021-06-29)
Une fête du Canada marquée par des refus de célébrer (2021-07-01)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Pensionnats autochtones : le froid entre le Canada et le Vatican

Publié le 11 juin 2021 | Temps de lecture : 6 minutes

La leçon papale

Afin d’honorer une promesse faite trois ans plus tôt, le pape Jean-Paul II avait rencontré cinq-mille Autochtones venus l’accueillir à Fort-Simpson le 20 septembre 1987.

À cette occasion, après avoir idéalisé le travail des missionnaires catholiques, le pape déclarait :

…j’affirme votre droit à une juste et équitable mesure d’auto-gouvernement et à la possession des terres propres et des ressources appropriées, indispensables pour le développement d’une économie vitale, adaptée aux besoins de l’actuelle génération et de celles de l’avenir.
(…)
Je voudrais rappeler qu’à l’aube de la présence de l’Église dans le Nouveau Monde, mon prédécesseur Paul III proclama en 1537 les droits des peuples indigènes de cette époque. Il affirma leur dignité, défendit leur liberté et déclara qu’on ne pouvait pas les réduire à l’esclavage ou les priver de leurs biens ou de leurs propriétés.

Ceci a toujours été la position de l’Église.

Tout comme le fameux ‘Vive le Québec libre’ du général de Gaulle en 1967, les appels vingt ans plus tard de Jean-Paul II en faveur de l’autodétermination des peuples Autochtones du Canada avaient créé un froid diplomatique entre notre pays et le Vatican.

Le charnier de la honte

Justin Trudeau est le premier chef d’État du pays à reconnaitre les sévices dont ont été victimes les Autochtones du pays.

Alors que ses efforts de réconciliation n’ont pas encore donné grand-chose de concret, la découverte d’un charnier dans lequel les corps de 215 enfants autochtones ont été jetés a ravivé les plaies vives des Autochtones et suscité l’indignation internationale.

Après avoir réagi par de l’embarras, le premier ministre canadien s’est rapidement ressaisi en exigeant des excuses du Vatican.

C’est comme si Ottawa disait : “Ce charnier est une initiative de cette communauté religieuse catholique. C’est de sa faute. Le Vatican doit s’en excuser.

Effectivement, aucune loi, aucun règlement, ni aucune norme fédérale n’a jamais exigé qu’on manque à ce point de respect pour la dépouille des Autochtones du pays.

Après s’être fait faire la morale par Jean-Paul II en 1987, voilà qu’Ottawa remet au Vatican la monnaie de sa pièce.

La véritable faute des autorités religieuses

Les Autochtones ont le plus faible niveau de vie au pays. Ils n’ont jamais eu la volonté ni les moyens d’envoyer leurs enfants pensionnaires dans des écoles privées.

Fondamentalement, si des communautés religieuses ont fait construire et mis sur pied des pensionnats autochtones, c’est parce qu’elles se sont laissé corrompre par l’argent du fédéral.

Autrement, ces maisons d’enseignement n’auraient jamais existé parce que non rentables.

De plus, c’est Ottawa qui peuplait ces pensionnats en ordonnant aux forces policières d’arracher littéralement les enfants autochtones des bras de leurs mères.

La création des pensionnats autochtones découle d’une volonté étatique de procéder au génocide culturel des peuples autochtones du pays. D’en faire de nouveaux citoyens, parlant anglais, capables de lire et d’écrire, mais incapables d’effectuer les tâches nécessaires à leur survie en forêt.

Du point de vue autochtone, on en faisait des bons à rien.

Au début, créer un pensionnat autochtone était payant. Voilà pourquoi ils se sont multipliés rapidement partout au Canada, surtout dans les provinces anglophones.

Le Québec fut la dernière province où une communauté religieuse se laissa corrompre. Un siècle après le premier pensionnat autochtone au Canada anglais, c’est en 1931 que les Oblats de Marie Immaculée créèrent le premier établissement du genre au Québec.

Et parce que ces maisons d’enseignement dépendaient exclusivement de l’argent d’Ottawa, dès qu’elles étaient créées, elles étaient prises dans l’engrenage des politiques génocidaires canadiennes.

Il suffisait à Ottawa d’adopter une certaine rigueur budgétaire pour que les sommes allouées aux pensionnats diminuent.

Alors que fait-on ? Eh bien, on économise, par exemple, sur les frais de chauffage l’hiver. On se justifie en se disant qu’après tout, ces ‘gens-là’ sont habitués à vivre au froid.

Aux compressions budgétaires fédérales suivantes, on diminue la qualité de la nourriture ou les portions. Souvent les deux.

Et de compressions en compressions, les pensionnats autochtones sont passés d’établissements carcéraux en camps de concentration pour la durée des études de leurs pensionnaires.

Conclusion

Lorsqu’on prétend à l’infaillibilité, il est difficile de reconnaitre ses torts…

D’une manière ou d’une autre, les excuses du Vatican viendront. Elles viendront pour les principales victimes; les enfants autochtones.

Mais elles ne viendront jamais pour ces centaines de religieuses — victimes collatérales — qui croyaient entrer en religion pour accomplir le bien, mais dont la vie a été gâchée.

Une vie qui a été gâchée par des prélats corrompus par l’argent d’Ottawa et qui ont transformé ces religieuses en agentes de répression, distribuant les punitions corporelles et assujettissant les élèves aux privations les plus diverses au fur et à mesure que diminuait l’aide d’Ottawa.

Du coup, tout cela ne doit pas détourner notre attention vers les vrais coupables, au premier rang desquels le père de la Confédération canadienne, le premier ministre John-A. Macdonald, créateur de cette machine génocidaire.

Une machine sur laquelle reposent les assises du Canada puisque depuis la conquête anglaise, le Canada s’est construit sur la dépossession violente des terres occupées par les Autochtones.

Références :
John A. Macdonald
La destruction des Indiens des Plaines. Maladies, famines organisées, disparition du mode de vie autochtone
Nettoyer la statue de Macdonald, un gaspillage des fonds publics
Pape Jean-Paul II – Visite apostolique 1987
Pensionnats : après la douleur et la honte, quoi ?
Pensionnats autochtones : la honte canadienne
Trudeau déçu du refus du Vatican de s’excuser pour les pensionnats autochtones

Paru depuis :
Colère et solidarité : réactions vives en Ontario à la découverte des 751 tombes (2021-06-24)

Complément de lecture : Le génocide des Béothuks à Terre-Neuve

Un commentaire

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Tomates Demers : entre néolibéralisme et capitalisme sauvage

Publié le 5 juin 2021 | Temps de lecture : 3 minutes

Pendant que l’entreprise Productions horticoles Demers s’apprête à entreprendre la construction d’une immense serre de production maraichère à Lévis — un investissement de 70 millions de dollars — Radio-Canada nous apprenait la grossière insalubrité des logements dans lesquels la compagnie entasse ses 70 à 95 travailleurs saisonniers ‘importés’ du Guatemala.

Il n’y a pas de place au Canada pour l’exploitation de l’homme par l’homme. Particulièrement celle cautionnée par l’État.

Les entreprises agricoles dont les récoltes nécessitent l’embauche de travailleurs étrangers doivent répondre à des normes.

Mais comme dans le cas du transport ferroviaire, le gouvernement fédéral compte sur l’autodiscipline des entreprises. Donc peu d’inspecteurs, peu d’inspections et, lorsque des abus sont portés à son attention, on préfère ‘accompagner’ l’entreprise, c’est-à-dire l’inciter à améliorer ses façons de faire.

C’est ainsi que le ministère des Transports a laissé opérer la MMA jusqu’à la catastrophe de Lac-Mégantic au cours de laquelle 47 Québécois sont morts.

En soi, il n’y a pas de mal à s’abstenir de sévir chaque fois qu’une lacune est observée.

Mais il y a des lacunes dont la gravité est telle que l’État ne peut en être complice. Or ‘accompagner’ au lieu d’exiger des correctifs immédiats, c’est être complice.

Plus tôt cette semaine, la ministre fédérale expliquait au Téléjournal que l’entreprise Demers était sous surveillance, qu’elle avait reçu plusieurs avis d’infraction et qu’on était rendu à l’étape de l’application de sanctions.

Mais pourquoi en arrive-t-on à l’étape des sanctions qu’après 47 morts causées par un transporteur ferroviaire, ou après un reportage télévisé qui provoque l’indignation populaire ?

On peut bien blâmer le gouvernement Trudeau. Mais croit-on sérieusement que les choses seraient différentes sous un gouvernement conservateur ?

Peu importe le parti au pouvoir à Ottawa, il n’est que l’interface ministérielle d’une machine étatique convertie depuis des années au néolibéralisme.

Une machine affairée à donner au Canada un avantage compétitif en faisant de notre pays un paradis du capitalisme sauvage, où les entreprises pourront prospérer en faisant impunément fi de normes que personne ne fait respecter.

Références :
La face cachée des tomates Demers
La façade ministérielle de l’État canadien
La lourde responsabilité du gouvernement Harper dans la catastrophe de Lac-Mégantic

Paru depuis :
Travailleurs étrangers : les serres Demers rénovent leurs logements en piètre état (2021-09-09)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Pensionnats autochtones : la honte canadienne

Publié le 3 juin 2021 | Temps de lecture : 5 minutes

L’ordre établi

Depuis la conquête anglaise, le Canada a revêtu plusieurs formes gouvernementales dont l’avant-dernière fut le Dominion du Canada.

Ce dernier est né en 1867 d’une loi britannique appelée le British North America Act. Pendant plus d’un siècle, cette loi fit office de constitution.

Parallèlement, le parlement canadien adoptait en 1876 la Loi sur les Indiens en vertu d’un article de cette constitution.

Parce qu’elle découle explicitement de la constitution de 1867, cette loi en constitue un volet et conséquemment, possède une valeur constitutionnelle.

Elle définit le Droit autochtone canadien, cet apartheid juridique qui servait d’assise légale aux politiques exterminatrices du Canada.

La découverte d’un premier charnier

Dans les pensionnats autochtones mis sur pied par le gouvernement canadien dans le cadre de ses politiques génocidaires, environ six-mille enfants autochtones y sont morts de maltraitance, de maladie ou par suicide.

La dépouille de ces victimes n’était pas retournée aux parents; on expliquait simplement que l’enfant avait disparu parce qu’il s’était enfui. Au sein des communautés autochtones, personne n’y a jamais cru.

La nouvelle récente de la découverte d’un charnier dans lequel on avait jeté les cadavres de 215 enfants autochtones a fait le tour du monde.

Toutefois, 215 sur six-mille décès, c’est peu. Et c’est peu parce que la recherche à ce sujet ne fait que commencer.

Cette découverte possède l’avantage de frapper les esprits et de rendre concrètes des statistiques froides qui laissent la majorité de la population indifférente.

Propager la maladie

Gabriel Sagard est ce récollet qui a habité en Huronie en 1623-1624, à l’époque où les Hurons-Wendats avaient très peu été exposés à la culture européenne.

Tout comme lui, les explorateurs de l’époque sont unanimes à présenter les Autochtones comme beaux, fiers et vigoureux.

Mais le contact avec les Européens fut l’occasion d’un choc microbien qui décima des millions d’Autochtones en Amérique. Une propagation qui ne fut volontaire que dans le cadre de la stratégie militaire des troupes anglaises.

À cela, on doit ajouter au Canada le rôle spécifique de la tuberculose.

En 1907, le médecin en chef du Département des Affaires indiennes signalait que dans un des quinze pensionnats visités, l’insalubrité était telle que 69 % des enfants admis mourraient de tuberculose.

À la fin de leurs études, les survivants retournaient dans leurs communautés propager cette maladie qu’ils avaient contractée sans toutefois en mourir.

La difficile abrogation de l’apartheid canadien

À l’époque où il était premier ministre du Canada, Pierre-Elliott Trudeau — le père de l’actuel premier ministre — avait voulu abolir la Loi sur les Indiens.

À cette fin, il avait nommé Jean Chrétien, un de ses plus proches collaborateurs, au titre de ministre des Affaires indiennes.

Mais ils échouèrent. Modifier un ordre constitutionnel est une tâche colossale.

Car depuis l’adoption de la Loi sur les Indiens, se sont ajoutés tout un spaghetti de lois, de règlements et de jurisprudence croisée qui rendent presque impossible son abolition par Ottawa.

Pour ce faire, le fédéral devra affronter la profession juridique, gardienne de l’ordre établi, qui considère que son contrepouvoir est un rempart contre l’absolutisme de l’État et qui est toujours heureuse d’en faire la démonstration.

À titre d’exemple, s’il est possible de déplacer une réserve indienne (notamment sur des terres de moindre valeur économique), il est pratiquement impossible d’en augmenter la taille.

Quand Grégoire Gollin a voulu donner à la réserve de Kanesatake la partie de la pinède d’Oka dont il était propriétaire, il s’est buté à l’incroyable complexité juridique que cela représentait.

En dépit des témoignages, des enquêtes et des rapports, peu de choses ont réellement changé depuis un siècle. À titre d’exemple, un Autochtone ne peut toujours pas léguer des biens à ses héritiers sans que son testament soit approuvé par le ministre des Affaires indiennes.

Le blocage du droit autochtone canadien est un argument de plus en faveur de l’indépendance du Québec. En effet, l’indépendance est un moyen de faire table rase du passé et de construire un nouveau pays sur des bases nouvelles : justes, laïques, écologiques et républicaines.

Et c’est une occasion de tisser avec les peuples autochtones du Québec des relations dignes de celles, étonnantes pour l’époque, de nos ancêtres en Nouvelle-France et de leur faire oublier le cauchemar canadien.

Références :
Droit autochtone canadien
Gabriel Sagard en Huronie
L’histoire d’un crime national
Loi sur les Indiens
Manitoba : droits fondamentaux et laïcité
Pensionnats autochtones : découverte « déchirante » des restes de 215 enfants
Un promoteur veut faire un « don écologique » de terrains à Kanesatake

Parus depuis :
La reconnaissance d’un génocide par Trudeau peut avoir des conséquences graves (2021-06-05)

Complément de lecture : Depuis quand les Autochtones peuvent-ils voter? (2025-03-26)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Canada et les paradis fiscaux

Publié le 15 avril 2021 | Temps de lecture : 4 minutes

La bonté d’Ottawa pour les riches

C’est en avril 2016 qu’éclatait le scandale des Panama Papers.

Malgré cela, en octobre 2016, le gouvernement Trudeau faisait battre la motion M-42 présentée par Gabriel Ste-Marie, député du Bloc Québécois. Celle-ci visait à mettre un terme à l’évitement fiscal dans les paradis fiscaux.

En juin 2017, sous Justin Trudeau, le gouvernement fédéral ajoutait même les iles Cook à la liste canadienne des endroits où les richissimes contribuables peuvent légalement cacher leur argent.

Cinq ans après l’éclatement de ce scandale, l’Agence du revenu du Canada n’a toujours pas porté d’accusation criminelle contre les neuf-cents contribuables canadiens impliqués dans ce scandale.

Selon le fédéral, 60 % d’entre eux se conformaient à leurs obligations de déclaration fiscale, ce qui ne justifiaient pas une vérification.

Mais comment sait-on qu’ils s’étaient conformés à leurs obligations fiscales si on n’a pas pris la peine de vérifier ?

C’est qu’on a vu qu’ils payaient un petit ‘pourboire’ d’impôt au Canada. Ce qui donne le droit de cacher son argent dans un paradis fiscal.

Après cinq ans de vérification, le gouvernement fédéral a récolté la somme considérable de… 21 millions de dollars, soit une moyenne annuelle de quatre-millions$.

Ce qui est probablement moindre que les sommes déboursées par le fédéral en rémunération pour les fiscalistes et avocats qui ont travaillé sur ces dossiers.

Pendant ce temps, le gouvernement du Québec a œuvré sur les cas qui concernaient des entreprises d’ici.

Dans le cadre de son programme de divulgation volontaire, une partie des compagnies prises la main dans le sac se sont empressées de payer 21,2 millions de dollars dus.

À cela s’ajoute une facture impayée de 11,8 millions de dollars contestée par les entreprises concernées.

Ailleurs dans le monde, les entreprises éclaboussées par le scandale des Panama Papers ont payé les sommes suivantes auprès de leurs gouvernements respectifs (en impôts impayés et en pénalités) :
• Grande-Bretagne : 317 357 857 $
• Allemagne : 245 655 024 $
• Espagne : 209 040 782 $
• France : 178 647 605 $
• Australie : 172 832 626 $
• Colombie : 111 599 195 $
• Equateur : 105 843 708 $
• Italie : 82 232 116 $
• République Tchèque : 45 781 159 $
• Norvège : 42 472 057 $
• Islande : 32 049 373 $
• Mexique : 27 080 169 $
• Danemark : 26 823 108 $
• Suède : 24 226 101 $
• Belgique : 23 269 832 $

Un changement de cap ?

Le président Joe Biden a annoncé récemment son intention de revoir la fiscalité des entreprises.

Le but est de financer son plan d’investissement massif dans les infrastructures du pays.

Il ne s’agit pas seulement des infrastructures au sens conventionnel (routes, ponts, aéroports, aqueducs, égouts, etc.) mais également tout ce qui est un prérequis à la croissance économique au XXIe siècle.

À cette fin, le président américain veut hausser le taux minimum d’imposition des entreprises et établir une taxe minimale sur leurs profits, même ceux réalisés à l’Étranger. Ce qui, évidemment, mettrait fin aux paradis fiscaux.

Concrètement, si le Canada néglige de percevoir les impôts auprès de ses entreprises, Washington empochera les sommes dues à sa place.

On peut donc anticiper une détermination nouvelle du Canada à instaurer un minimum de justice fiscale au pays.

Références :
Est-il juste que les riches paient autant d’impôt ?
L’Accord avec les Îles Cook critiqué
Les entreprises canadiennes plus présentes dans les paradis fiscaux
Impôt des entreprises : une réforme américaine et un message pour le reste du monde
Le fédéral, les paradis fiscaux et l’indépendance du Québec
M-42 Évitement fiscal
Panama Papers
Panama Papers : Québec recouvre davantage en impôts impayés qu’Ottawa
Pour la déclaration obligatoire des investissements des élus dans les paradis fiscaux

Parus depuis :
Les efforts de l’ARC n’ont mené à aucune accusation (2021-06-21)
La Banque Royale forcée de révéler qui se cache derrière 97 comptes aux Bahamas (2022-07-27)
Plus de 56 millions dus à l’État… depuis 11 ans (2022-11-14)
Zéro impôt payé sur des gains de 35 milliards $ pour les plus riches (2023-08-15)
Les cadeaux fiscaux aux entreprises ont augmenté de 80% sous la CAQ (2023-10-19)
La grande évasion fiscale des multinationales continue (2023-10-22)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Racisme : la poupée sacrificielle

Publié le 27 mars 2021 | Temps de lecture : 4 minutes

Ce qui est en cause derrière les accusations de racisme portées contre les Québécois, c’est la justification des politiques coloniales de l’État canadien.

Pendant des décennies, ces politiques ont consisté, entre autres, à subventionner outrageusement les institutions anglo-québécoises au nom de la défense des minorités… en oubliant que la plus importante minorité du Canada, c’est le peuple francoQuébécois.

En réalité, la ‘minorité’ anglophone du Québec n’est que l’annexe québécoise de la majorité canadienne.

Aux yeux de bien des citoyens de ce pays, l’extinction en cours du peuple francoQuébécois ne fera qu’éliminer un peuple sans intérêt qui vit paresseusement aux dépens de la péréquation canadienne.

Lorsqu’on veut déposséder un peuple ou le faire disparaitre, la première étape est de le diaboliser ou de susciter le mépris à son égard. C’est précisément pour cette raison que le concept de race a été développé au XIXe siècle.

C’est ainsi que selon de jeunes bourgeois blancs et anglophones de l’université McGill, nous sommes coupables de racisme lorsque nous prenons fait et cause en faveur des victimes du colonialisme anglo-saxon. Sous l’accusation d’appropriation culturelle, nos créateurs doivent se taire et laisser ces victimes se défendre elles-mêmes.

L’impérialisme anglo-saxon nous oblige même à partager des tabous culturels (le Blackface) dont les racines sont complètement étrangères à notre histoire. En somme, nous devons nous sentir coupables des politiques esclavagistes des autres.

À partir du titre d’un pamphlet anticolonial qui fait le parallèle entre le sort des ‘Noirs’ américains et le nôtre — N… blancs d’Amérique de Pierre Vallières — on suggère que l’ensemble de la littérature québécoise serait raciste alors que le mot en ‘N’ est omniprésent dans la littérature américaine et rare dans celle d’ici.

En raison de leur opposition à ce colonialisme, le FLQ et les indépendantistes québécois sont jugés ‘racistes’ comme sont jugés ‘terroristes’ les patriotes qui s’opposent par les armes à l’envahissement de leur pays par des soldats américains.

Quant aux paroles malheureuses prononcées il y a un quart de siècle par un premier ministre à moitié ivre un soir de défaite référendaire, disons-le une fois pour toutes; elles ne sont pas plus un exemple du racisme des Québécois que le reflet de ce qu’il était véritablement.

Fondamentalement, le Canada s’est construit sur la dépossession territoriale violente des peuples autochtones et leur génocide culturel dans des pensionnats autochtones.

De plus, le multiculturalisme actuel du Canada n’est rien d’autre que l’expression du tribalisme des sociétés anglo-saxonnes.

Pour oublier son racisme, l’ethnie dominante du Canada doit habiller le Québec des attributs du racisme anglo-saxon et, comme la poupée sacrificielle, la détruire pour se sentir soulagée de ses propres fautes.

Le dénigrement du Québec existe parce qu’il fait du bien à ceux qui le pratiquent. Et ce phénomène sera récurrent tant que le Québec ne sera pas devenu une province anglophone comme les autres.

Références :
Appropriation culturelle et racisme anglo-saxon
Colonisation et esclavage en Nouvelle-France
Le colonialisme économique ‘canadian’
Le mot en ‘n’ dans la littérature anglo-américaine
Le multiculturalisme ou le tribalisme des sociétés anglo-saxonnes
Le néo-racisme multiculturel du NPD
L’invention des races humaines
Maquillage et Blackface
Nettoyer la statue de Macdonald, un gaspillage des fonds publics
Une présentation sur le mot en n sème l’émoi dans une école anglophone

Paru depuis :
Blackface : Netflix confirme avoir retiré un épisode des Filles de Caleb (2022-10-12)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le nouveau PQ et le Covid-19

Publié le 7 mars 2021 | Temps de lecture : 4 minutes

Introduction

Lors de l’exercice de réflexion devant mener à la ‘refondation’ du Parti Québécois, j’ai qualifié le projet de Charte politique du PQ de paroxysme de l’insignifiance.

À l’obsession de ne pas faire de vagues, j’opposais l’avis que pour tous les peuples qui aspirent à l’indépendance, le chemin qui mène à la liberté est un combat contre l’adversité.

Au lieu d’en arriver coute que coute à des décisions ‘rassembleuses’, j’affirmais que par son essence même, la promotion de l’indépendance provoque toujours une polarisation de l’opinion publique. Cela est vrai en Catalogne, en Écosse, et évidemment au Québec.

Bref, on ne peut pas faire avancer l’idée de l’indépendance en demeurant sagement dans son coin.

Vaccination et souveraineté

Israël est un pays de 8,9 millions d’habitants, soit environ autant que le Québec.

Au moment où ces lignes sont écrites, 57 % de sa population a reçu au moins une dose du vaccin de Pfizer : 43 % sont complètement vaccinés et 13 % sont en attente de leur deuxième dose.

Au Royaume-Uni, 32 % des gens ont reçu la première de leurs deux doses du vaccin d’AstraZeneca et 1,6 % ont reçu les deux.

Le taux de vaccination dans ce pays est six fois supérieur à celui qui prévaut dans le marché commun européen (où seulement 5,5 % des gens ont reçu une première dose).

Selon le premier ministre Boris Johnson, il s’agit là d’un avantage du Brexit; n’étant pas plombé par la lenteur de la bureaucratie de Bruxelles, son pays a commandé ses vaccins plusieurs mois avant le reste de l’Europe.

De son côté, le Canada est au 43e rang mondial à ce sujet.

En tant que province canadienne, le Québec n’est pas libre d’acheter des vaccins; les fabricants ne vendent qu’à des pays ou des groupes de pays.

Notre province n’est pas libre non plus d’homologuer un vaccin comme le Sputnik-V, dont l’efficacité a été prouvée le mois dernier par une importante étude publiée dans The Lancet.

Même si les choses sont en train de s’améliorer, le Québec est encore lié aux difficultés d’approvisionnement d’Ottawa.

Une occasion ratée

Si le Parti Québécois reprochait publiquement l’appartenance au Canada d’être un obstacle à la vaccination rapide des Québécois, cette déclaration susciterait la controverse.

Il est à noter que la cible d’un tel reproche doit être précisément l’appartenance du Québec au Canada. Dès qu’on rend responsable un chef d’État, son gouvernement, ou sa formation politique, on abaisse l’argumentaire indépendantiste au niveau de la politique partisane. Et alors le message dérape.

Même en prenant soin d’éviter cet écueil, on accuserait le PQ de semer la discorde. On lui rappellerait qu’en temps de guerre, on évite de tirer dans le dos de nos généraux.

Et la presse fédéraliste se dirait outragée par de tels propos.

En raison de ce tollé généralisé, il est probable que les sondages révèleraient une chute des intentions de vote pour le PQ.

Mais une fois la poussière retombée, une partie des Québécois réaliseraient que cela est l’évidence même.

Un Québec souverain est libre de protéger ses frontières plutôt que de subir le laxisme d’Ottawa envers les voyageurs contagieux.

De plus, l’hécatombe survenue dans nos hospices sous-financés est la conséquence directe de la diminution des transferts fédéraux en matière de santé.

Si Ottawa préfère investir dans l’édification de l’État pétrolier canadien, un Québec indépendant pourrait allouer à la santé les sommes colossales qu’on verse malgré nous au financement étatique des énergies fossiles.

Par contre, si un Québec indépendant recevait au goutte-à-goutte les vaccins dont il a besoin, ce serait de sa faute et non celle d’Ottawa.

Voilà ce que j’aurais aimé entendre de la bouche du nouveau PQ. Du concret. Et de l’actuel.

Références :
Europe’s unified vaccination strategy is splintering as countries turn to Israel, China and Russia for help
Le Canada piétine au 43e rang mondial
Le texte de ‘refondation’ du PQ : le paroxysme de l’insignifiance
L’Europe a-t-elle déjà perdu la course aux vaccins?
Sputnik V COVID-19 vaccine candidate appears safe and effective

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| 2018-202X (années Legault), le prix du fédéralisme, Politique québécoise | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Extraterritorialité et pétainisme

Publié le 3 mars 2021 | Temps de lecture : 5 minutes

L’extradition vers les États-Unis

Le Canada et les États-Unis sont partenaires en vertu de la Loi sur l’extradition du Canada.

En vertu de celle-ci, une demande d’extradition vers les États-Unis ne peut être respectée que si les actes reprochés sont reconnus comme criminels par les deux pays.

À titre d’exemple, le Canada ne peut pas honorer une demande d’extradition qui concernerait des citoyens américains qui se sont enfuis au Canada pour échapper à la conscription obligatoire à l’occasion de la guerre au Vietnam.

Autrement, ce serait l’équivalent de ces Juifs que le régime de Vichy arrêtait en sol français parce que l’Allemagne nazie l’exigeait.

Ce qui est vrai pour des Américains réfugiés au Canada est encore plus vrai pour les citoyens canadiens.

À titre d’exemple, le Canada ne peut honorer une demande d’extradition qui viserait à soumettre à la justice américaine les entrepreneurs québécois qui font affaire avec Cuba, en violation de l’embargo américain. Parce que commercer avec Cuba est légal au Canada.

Si faire affaire avec Cuba était également illégal au Canada, notre pays ne pourrait non plus les extrader. Pourquoi ?

Le traité d’extradition ne concerne pas le cas des criminels qui ont commis leurs méfaits dans leur pays. Le Canada étant souverain, c’est à lui de punir les crimes commis chez lui.

En pareil cas, si le Canada choisissait de fermer les yeux — notamment au sujet de crimes économiques — ce n’est pas aux États-Unis à le faire à sa place.

Bref, ce traité est conçu pour éviter que le Canada serve de refuge à n’importe quel criminel américain qui aurait commis son méfait dans son pays.

L’extraterritorialité des lois américaines

Depuis 1977, la loi intitulée Foreign Corrupt Practices Act habilite les États-Unis, par le biais de son ministère de la Justice, à poursuivre toute entreprise étrangère qui violerait une loi américaine.

Et ce, même lorsque cette entreprise ne possède aucune succursale aux États-Unis et que le ‘délit’ a été commis dans un pays étranger.

Il suffit que l’entreprise effectue de l’Étranger une transaction facturée en dollars américains, qu’elle ait un site web hébergé sur un serveur américain ou qu’elle possède une adresse de courriel offerte par un service américain de messagerie.

Le principe de l’extraterritorialité des lois américaine est soutenu par Washington, mais n’est actuellement reconnu par aucun autre pays.

Par le biais des lois que des politiciens à sa solde font adopter à Washington, le grand capital veut ainsi dicter ses volontés à la planète tout entière.

L’exemple de l’affaire Wuawei

Le 1er décembre 2018, lorsque la directrice financière de Wuawei, Mme Meng Wanzhou, fut arrêtée à l’aéroport de Vancouver, le crime qu’on lui reprochait ne répondait pas aux critères pouvant justifier une demande d’extradition vers les États-Unis.

Wuawei était visé par des allégations américaines selon lesquelles sa succursale Skycom (basée à Hong Kong) aurait tenté de vendre (ou aurait vendu) pour deux millions$US d’équipement informatique à une compagnie iranienne en 2010.

Il ne s’agissait pas d’une violation des sanctions économiques adoptées par l’ONU que s’est engagé à respecter le Canada. Il s’agissait plutôt d’une violation présumée de l’embargo beaucoup plus sévère décrété unilatéralement par les États-Unis contre l’Iran.

L’histoire remontait déjà à plusieurs années et son importance économique (deux-millions de dollars) est dérisoire pour une compagnie de la taille de Wuawei. Bref, ce sont des broutilles.

Le ‘crime’ avait été commis hors du territoire canadien et même hors du territoire américain.

Bref, il ne s’agissait pas d’un délit reconnu comme tel par la législation canadienne.

En dépit de cela, l’arrestation de Mme Meng Wanzhou s’est opérée de manière urgente à la demande des États-Unis.

Selon l’article 10 de la Canadian constitution, toute personne doit être informée dans les plus brefs délais des motifs qui justifient son arrestation.

Or les États-Unis mirent trois mois à trouver les motifs tirés par les cheveux qui justifient leur demande d’arrestation.

Si vous n’arrivez pas à comprendre pourquoi cette affaire traine en longueur, c’est que le Canada n’est pas pressé de reconnaitre le principe de l’extraterritorialité des lois américaines.

Et il ne veut pas non plus susciter la colère des États-Unis en refusant de le reconnaitre.

Le plus simple est donc de faire en sorte que ce procès traine en longueur afin de donner au juge les motifs d’une remise en liberté pour vice de forme (l’irrespect de l’article 10 de la constitution) ou en raison des délais déraisonnables de cette affaire.

Voilà le fond de l’histoire.

Références :
Aperçu général de l’extradition en droit canadien
L’affaire Huawei : dure pour le Canada, la vie de caniche américain

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le marécage du multiculturalisme canadien

Publié le 25 janvier 2021 | Temps de lecture : 6 minutes

L’impureté du sang

En tant qu’Atikamek (un des onze peuples autochtones du Québec), Alexandra Lorange signait dans La Presse un texte collectif accusant d’appropriation culturelle la pièce Kanata, présentée à Paris en décembre 2018.

Récipiendaire d’une bourse réservée aux étudiants autochtones, Mme Lorange était coresponsable d’un cours féministe et anticolonial intitulé Femmes autochtones du Québec : débats et enjeux, enseigné à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM).

Mais en février 2020, un groupe d’étudiants a fait scandale en accusant la militante de n’avoir aucun ancêtre autochtone avant la 12e génération de sa lignée. Selon eux, le plus récent ancêtre autochtone de Mme Lorange est Marguerite Pigarouiche, née en 1646.

En raison de la dilution excessive de son sang, la militante a été congédiée de l’UQÀM. Officiellement pour des raisons académiques.

La rectitude raciale

Inconveniant Indian (ou L’Indien malcomode) a remporté le prix du meilleur film canadien à la dernière édition du Festival international du film de Toronto.

Au Canada anglais, sa réalisatrice, Michelle Latimer, est depuis vingt ans une tête d’affiche des œuvres autochtones. Or selon certaines critiques, il s’agit ici de son meilleur long métrage.

Alors qu’on songeait à choisir ce film pour représenter le Canada aux Oscar, voilà que la chaine de nouvelles CBC News révélait qu’il fallait remontrer au XVIIe siècle pour trouver des parents autochtones à Michelle Latimer.

Comme une œuvre soudainement perçue comme dégénérée, son film a été retiré du circuit de distribution par le producteur, l’Office national du film du Canada.

Une multiculturaliste pure et dure

Parmi plus d’une centaine de candidats, Mme Bochra Manaï vient d’être choisie par l’administration Plante pour occuper la fonction de Commissaire à la lutte contre le racisme et la discrimination systémiques à Montréal.

Dès l’annonce de sa nomination, le premier ministre du Québec a déploré ce choix.

Sans exagérer (ou si peu), Mme Manaï affirme que le Québec est devenu rien de moins qu’une référence pour les suprémacistes et les extrémistes du monde entier…

De plus, la loi 21 — qui interdit le port de signes religieux par les employés de l’État en position d’autorité — serait une loi raciste.

Mais ce n’est pas tout. Selon la nouvelle commissaire, toute critique du wahhabisme — l’idéologie haineuse de l’Arabie saoudite — est également du racisme. Selon Mme Bochra Manaï :

Les détracteurs du terme islamophobie évoquent l’idée qu’il est possible de « critiquer » l’islam, sans pour autant « détester » les musulmans. Or, cette hostilité qui s’exprime à l’encontre de l’islam comme religion semble directement liée au rejet des musulmans eux-mêmes.

Dans un texte paru dans Huffpost en 2015, Mme Manaï nie même qu’un imam puisse contribuer à la radicalisation de ses fidèles. Selon elle :

Formule magique, s’il en est, qui voudrait que la conversion théologique constitue la voie royale vers la violence politique.

Mais comment donc Al-Qaida recrute-t-elle ses djihadistes si ce n’est par le biais des imams inféodés à son idéologie ? De plus, on se demande pourquoi des gens sont assassinés à la suite d’une fatwa émise contre eux…

Conclusion

Au printemps de 2020, ce qui a fait la force du mouvement Black Lives Matter, c’est qu’il a fait alliance avec une multitude de gens, principalement jeunes, qui exprimait leur indignation face à ce qu’il découvrait; un pays où des gens sont tués simplement parce qu’ils ont la peau ‘trop’ pigmentée.

Si on avait exigé que seules les ‘Noirs’ aient le droit de s’en plaindre, ce mouvement n’aurait pas eu l’impact qu’il a eu.

Plutôt que de promouvoir l’égalité de tous les citoyens aux yeux de l’État, le multiculturalisme exacerbe la tendance naturelle au repli ethnique et renforce le sentiment d’appartenance à sa tribu.

Comme en Inde, on aboutit donc à une série de castes régies par des tabous, dont celui d’accomplir des tâches réservées aux gens d’une caste différente de la sienne.

Se porter à la défense des peuples autochtones est donc interdit aux metteurs en scène (ex.: Robert Lepage), aux enseignants universitaires (ex.: Alexandra Lorange) et aux cinéastes (ex.: Michelle Latimer) qui n’appartiennent pas à la caste ou à la tribu appropriée.

Concrètement, voilà l’effet du multiculturalisme canadien. Celui-ci n’est rien d’autre que l’expression du tribalisme des sociétés anglo-saxonnes.

Références :
Alexandra Lorange perd son poste à l’UQAM
Appropriation culturelle et racisme anglo-saxon
Art dégénéré
Héritage autochtone contesté de Michelle Latimer : l’ONF retire son film
La crise identitaire de Michelle Latimer
L’authenticité, notre plus grand atout
Le multiculturalisme ou le tribalisme des sociétés anglo-saxonnes
Le prosélytisme de l’Arabie saoudite
Le quiproquo de la radicalisation
Les peuples autochtones du Québec
L’inquiétante intolérance de la nouvelle commissaire antiracisme
Montréal: la conseillère Marie-Josée Parent se retire du dossier de la réconciliation
POL4105 – Femmes autochtones du Québec : Débats et enjeux
Prendre congé de la gauche identitaire
Remise en doute des origines d’une militante autochtone; des chefs dénoncent
Un professeur émérite de l’Université McGill s’attire l’ire d’étudiants

Parus depuis :
Enquête indépendante sur Carrie Bourassa à l’Université de la Saskatchewan (2021-11-19)
Détecter les « faux Autochtones » dans les universités (2022-04-11)
Les origines autochtones de Buffy Sainte-Marie remises en question (2023-10-27)
Des Autochtones demandent la démission de Randy Boissonnault (2024-11-19)
L’affaire Thomas King : la déflagration qui secoue le milieu littéraire autochtone (2025-12-02)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le multiculturalisme ou le tribalisme des sociétés anglo-saxonnes

Publié le 27 décembre 2020 | Temps de lecture : 9 minutes

Introduction

Dans son édition de février 2015, le bimestriel La Revue publiait une entrevue accordée par le poète syrien Ali-Ahmad Saïd-Esber.

À la question : « Que reprochez-vous aux (sociétés) arabes ?», celui-ci répondait :

D’abord une culture fondée sur une conception du pouvoir liée à l’argent et à la tribu (…).

Les Arabes n’ont pas réussi à créer un seul État de citoyenneté. Seulement des régimes basés sur des alliances tribales où la valeur de l’individu ne se définit pas par ses qualités intrinsèques mais par sa couleur ethnique et religieuse, et par sa relation avec le zaïm [NDLR – mot qui signifie chef charismatique ou leader politique].

La logique intérieure de la vie arabe est une logique fondée sur l’appartenance. C’est un monde habité par une peste sociologique et ethnique.

À la manière des sociétés arabes vues par le poète syrien, il suffit de syntoniser la télévision américaine pour être frappé par l’importance accordée aux divers groupes ethniques qui composent ce pays.

L’intégration facultative

En vertu du multiculturalisme, le nouvel arrivant au pays peut s’adapter à la société d’accueil, mais n’en a aucune obligation. Au contraire, la suprématie des droits individuels, prescrite par la Canadian Constitution de 1982, exige l’obligation de la société d’accueil de s’ajuster à lui par le biais d’accommodements, aussi couteux soient-ils.

La population du pays, qualifié de ‘post-national’, devient alors un ensemble de citoyens atomisés vivant sur un même territoire. Des citoyens qui, chacun à sa manière, se forgent une identité selon leurs affinités (ethniques, notamment).

L’importance ethnique

Au Québec et en France, dès qu’un nouveau chef de gouvernement annonce la composition de son Conseil des ministres, on y évalue la compétence des titulaires et la place faite aux femmes.

Le reste (l’ethnie, la religion, voire l’orientation sexuelle) est jugé secondaire.

Aux États-Unis, la place des femmes est également prise en considération. Mais ce qui retient surtout l’attention, c’est la nomination de ministres issus de divers groupes ethniques; première femme Autochtone à occuper tel poste, premier Latino-Américain ou premier ‘Noir’ à occuper tel autre poste, et ainsi de suite.

Avec ses 328 millions d’habitants, les États-Unis sont suffisamment populeux pour qu’on puisse y trouver des gens compétents au sein de n’importe quel groupe ethnique.

Mais l’accent porté à l’ethnie contribue à enraciner son importance en tant que facteur identitaire. C’est ainsi que les études ont démontré que les entrepreneurs américains issus de divers groupes ethniques privilégient les liens d’affaires avec leurs semblables.

L’importance de la pigmentation de la peau

Chez nos voisins du Sud, on distinguait autrefois les ‘Noirs’ et les ‘Blancs’ : depuis l’abolition officielle de la discrimination raciale, les unions interethniques ont fait en sorte qu’on parle de plus en plus des ‘Black and Brown people’ (des gens Noirs ou Bruns).

En vertu de la même logique, on peut anticiper qu’il sera bientôt question des ‘Black, Brown and Beige people’. Et finalement, des ‘Black, Brown, Beige and Off-White people’. Parce qu’on réalise très vite qu’aux États-Unis, on perd le statut de ‘Blanc’ dès qu’on n’est pas ‘pure-race’.

Quand la ‘race’ sert de paravent à la pauvreté

Au sujet du Covid-19, la télévision américaine rapporte parfois les taux de mortalité selon la race; chez les ‘Blancs’, les ‘Noirs’ et les Latino-Américains. Mais jamais ou presque selon le revenu familial.

Or il n’existe aucune preuve que les ‘Noirs’ et les Latino-Américains souffrent d’une vulnérabilité intrinsèque (c’est-à-dire génétique) au virus.

S’ils sont plus atteints, c’est en raison de leur condition sociale; appartements surpeuplés, promiscuité intergénérationnelle, de même que l’éloignement des cliniques où ils pourraient être diagnostiqués précocement, des pharmacies où ils pourraient se faire vacciner, et des épiceries offrant des aliments frais (d’où l’obésité et le diabète prédisposant à la pandémie).

Dans ce pays dominé par la droite ou l’extrême droite, on juge préférable de ne pas parler de l’influence de la pauvreté sur les taux de mortalité au Covid-19. Car cela alimenterait le discours de ceux qui réclament plus de justice sociale.

En mettant l’accent sur l’effet de la ‘race’, cela fait qu’on n’y peut rien; si les ‘Noirs’ et les Latino-Américains sont plus atteints, c’est parce que Dieu les a faits ainsi…

L’assimilation idéologique du Québec

Comme une ile entourée par un océan d’Anglophones, le Québec est à la frontière de ce tribalisme auquel nous sommes exposés par le biais de l’énorme influence culturelle et politique de nos voisins.

L’appropriation culturelle

On se rappellera de la controverse au sujet des pièces SLĀV et Kanata, accusées d’appropriation culturelle.

Appliqué aux arts de la scène, ce concept consiste à interdire aux créateurs québécois d’aborder des sujets sensibles — le KKK, l’esclavagisme noir américain, les réserves indiennes, les pensionnats autochtones — qui correspondent aux squelettes que le colonialisme anglo-saxon cache dans ses placards.

Colliger des données selon la ‘race’

En juin dernier, le Nouveau Parti démocratique (NPD) réclamait que le gouvernement fédéral punisse le Québec en raison de son refus de compiler des données au sujet du Covid-19 en fonction des ‘races’ et des origines ethniques.

Lorsque l’Institut national de Santé publique lance une campagne de sensibilisation dans l’arrondissement de Montréal-Nord, il ne le fait pas parce qu’on y trouve des ‘Noirs’, mais parce que le nombre de cas y est plus élevé qu’ailleurs.

Et les masques qu’on y distribue gratuitement ne sont pas donnés exclusivement aux minorités ‘visibles’, mais à tous puisque la contagion affecte tous les pauvres du quartier, peu importe la pigmentation de leur peau.

Concrètement, ce que demandait le NPD, c’est qu’en remplissant des questionnaires à ce sujet, on estime à quelle ‘race’ appartient la personne qu’on évalue. Ce qui contribue à entretenir ce concept fallacieux.

En effet, le racisme ne consiste pas à observer une différence de pigmentation de la peau, mais à y attacher une importance particulière.

L’exemple de McGill

Dans une lettre publiée récemment dans le quotidien Le Devoir, le professeur Martin Drapeau de l’université McGill écrit :

…voici que cette année, nos programmes comptent introduire une nouvelle échelle (…) pour favoriser l’admission d’étudiants issus de groupes dits minoritaires et adhérant à une définition de la « justice sociale » selon laquelle toute minorité est de facto opprimée.

Ce dont il s’agit, ce n’est pas d’une politique de discrimination positive en faveur de groupes ethniques victimes jusqu’ici de discrimination à l’admission, mais d’une politique favorisant le multiculturalisme, perçu comme un idéal en soi au sein de la communauté universitaire.

En réalité, qu’elle soit positive ou non, la discrimination a toujours fait partie de l’ADN de McGill.

Au cours de la première moitié du XXe siècle, dans chaque faculté, l’admission des étudiants de ‘race juive’ (comme on disait à l’époque) était contingenté; la majorité des étudiants y devait être de ‘race britannique’.

Hier comme aujourd’hui, la discrimination ethnique à McGill découle du même tribalisme qui, selon l’époque, donne des résultats différents, voire opposés.

Conclusion

Les États-Unis et le Canada sont nés de l’épuration ethnique des Autochtones par des colons européens.

De manière générale, l’appartenance ethnique est la fondation sur laquelle sont édifiées les sociétés anglo-saxonnes; ce sont des sociétés inégalitaires au sein desquelles chacun doit demeurer à sa place.

Lorsqu’un ‘Noir’ accède à la présidence américaine, il provoque immédiatement l’explosion du nombre de milices d’extrême droite partout à travers le pays. Des milices qui se donnent la mission de rétablir la suprématie violente de la ‘race blanche’.

Ce tribalisme est omniprésent. Dans ce pays, même l’antiracisme perpétue involontairement l’importance démesurée attachée à la pigmentation de la peau.

Strictement parlant, ce n’est pas la faute des peuples anglo-saxons; ceux-ci sont nés dans ce tribalisme qui les accompagne toute leur vie. Au point qu’ils ne le voient plus.

Lorsqu’on examine l’évolution du Québec depuis le dernier référendum, on constate que pour l’élite anglophone du Canada, il ne suffit pas que le Québec renonce à faire son indépendance politique; il lui faut ensuite abandonner ses valeurs républicaines (dont sa conception de la laïcité) et adopter l’idéologie raciste de nos colonisateurs.

De manière à ce que l’idée même de société distincte soit vide de sens, parallèlement à la bilinguisation de Montréal, étape intermédiaire vers l’extinction irréversible du peuple francoQuébécois.

Défendre ce que nous sommes, ce n’est pas seulement défendre le français. C’est défendre les idéaux de la Civilisation occidentale à laquelle nous appartenons contre le tribalisme barbare qui nous entoure.

Références :
Adonis (poète)
Appropriation culturelle et racisme anglo-saxon
Diversité ou discrimination? le cas universel de McGill
Le néo-racisme multiculturel du NPD
L’invention des races humaines

Parus depuis :
Des organisations « pas suffisamment noires » écartées d’un programme fédéral (2021-01-16)
L’obsession américaine de la ‘race’ (2021-10-15)
Majority of Latinos Say Skin Color Impacts Opportunity in America and Shapes Daily Life (2021-11-04)
Britain ‘not close to being a racially just society’, finds two-year research project (2023-04-09)
Association musulmane du Canada : des liens « troublants » avec un réseau de soutient du Hamas (2023-11-13)
Chute de Kaboul : le ministre Sajjan dément avoir priorisé l’évacuation de sikhs (2024-06-27)

Compléments de lecture :
La convergence culturelle : communion et symbiose
Le charabia woke de l’interculturalisme

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Écrit par Jean-Pierre Martel