Encore et toujours plus de glyphosate

22 juillet 2021

Introduction

Jusqu’à mardi dernier, les Canadiens pouvaient se prononcer sur l’intention d’Ottawa de hausser les limites maximales de glyphosate — l’ingrédient actif du RoundUp™ de Mosanto/Bayer — dans les céréales et les légumineuses produites au Canada ou importées au pays.

La ‘norme’ du blé

Hausser la teneur en glyphosate permise dans le blé, cela se répercute sur le pain, toute la boulangerie, les pâtes alimentaires et certaines bières. Soit les fondements de notre alimentation.

Au moment où le glyphosate a été commercialisé, la ‘norme’ canadienne était de 0,1 partie par million (ppm) ou cent milligrammes de glyphosate par tonne de blé.

Au fur et à mesure qu’on utilisait le glyphosate à tort et à travers, le gouvernement canadien normalisait les abus en haussant les teneurs maximales permises.

C’est ainsi que les taux permis ont augmenté de cinquante fois pour passer de 0,1 à 5,0 ppm, notamment en raison de la maturation chimique du blé, c’est-à-dire de l’habitude d’empoisonner le blé afin de hâter sa récolte.

Au lieu de réduire les graines ainsi récoltées en farine, si on les semait, rien ne pousserait tellement ce blé est empoisonné.

Ottawa veut maintenant tripler la limite maximale permise dans le blé pour la faire passer à 15,0 ppm.

Cette limite est de 10 ppm en Europe. Cela signifie que si un agriculteur européen se trompe en mesurant son glyphosate et que son blé est interdit dans son pays, les assiettes des consommateurs canadiens lui serviront de poubelles. Au grand plaisir des importateurs canadiens qui pourront obtenir ce blé à bon prix.

Pour l’instant, les agriculteurs canadiens se réjouissent qu’Ottawa les laisse libres d’utiliser trois fois plus de glyphosate. Mais ils seront les premiers à se plaindre lorsque le blé jugé dangereux ailleurs sera l’objet de dumping sur le marché canadien.

Des normes qui ne veulent rien dire

À l’heure actuelle, les teneurs maximales permises de glyphosate varient de 0,5 ppm dans l’asperge à 200 ppm dans la luzerne.

Non pas que le glyphosate soit différent et moins dangereux dans la luzerne, mais parce que ce défoliant est inoffensif pour la luzerne génétiquement modifiée vendue au Canada. Et comme cet OGM en contient beaucoup, on en permet plus.

En réalité, les normes canadiennes n’obéissent à aucune logique. Ce sont des normes de complaisance adoptées pour rassurer les consommateurs.

Dès qu’on découvre que plus d’un pour cent des aliments dépassent les normes permises, on s’empresse de hausser ces dernières pour pouvoir dire que l’immense majorité des aliments respectent les normes.

Et plus on hausse les normes avant que l’abus soit généralisé, plus on permet à l’abus de se développer sous le couvert d’une norme plus permissive.

On ne s’étonnera donc pas que Mosanto/Bayer soit à l’origine de la demande de révision des normes. C’est ce que le quotidien La Presse révèle ce matin.

On peut présumer que cette compagnie a découvert une manière d’augmenter le rendement de la culture des céréales et des légumineuses en les empoisonnant avec encore plus de glyphosate.

Le fond du problème

Dès le départ du processus d’homologation du RoundUp™, Mosanto a fait accepter par les autorités sanitaires le principe que tout ingrédient dépourvu de propriétés défoliantes est présumé inoffensif.

Pulvérisé sur le feuillage des mauvaises herbes, le glyphosate y glisserait comme de la pluie s’il n’était pas accompagné d’additifs extrêmement chimiques qui forcent les feuilles à se laisser traverser lorsque ce poison est pulvérisé sur elles.

Car le glyphosate tue une plante après avoir été absorbé par ses feuilles et non bu par ses racines. S’il fallait compter sur le glyphosate qui mouille le sol, il en faudrait beaucoup plus. Ce qui serait contraire… aux normes actuelles.

La raison fondamentale pour laquelle celles-ci sont de plus en plus permissives, c’est que les autorités règlementaires sont convaincues depuis longtemps de l’absence de toxicité du glyphosate.

Il y a bien eu des études indépendantes qui suggèrent que le glyphosate est un cancérigène probable. Mais à l’opposé, il existe un très grand nombre d’études réalisées par le fabricant qui prouvent le contraire.

Parce qu’il a payé pour ces études, Mosanto estime qu’elles lui appartiennent. Du coup, il en interdit la publication.

Complices, les autorités règlementaires acceptent de les prendre en considération sans en révéler le contenu. Ce qui rend totalement opaque le processus d’homologation.

Malgré cela, des fuites ont révélé qu’une partie de ces études ont été rédigées par des employés de Mosanto/Bayer et signées par des médecins corrompus.

Et puisqu’une autre corruption, celle au sein du gouvernement fédéral, est un sujet tabou, il se pourrait qu’on apprenne un jour que Mosanto/Bayer distribue les faveurs à des hauts fonctionnaires qui préfèrent se plier à sa volonté plutôt qu’à celle du peuple.

D’ici là, il nous faudra accepter que de plus en plus de céréales et de légumineuses soient empoisonnées au glyphosate; c’est le prix du fédéralisme canadien.

Précisons que la maturation chimique des récoltes par ce défoliant est interdite en Italie, en Autriche, en Belgique, et en République tchèque, c’est-à-dire dans un pays où on consomme beaucoup de pâtes et dans trois autres dont l’importance démographique se compare à celle du Québec. Bref, des pays sans doute plus à l’écoute de leur population.

Références :
Glyphosate
Glyphosate – À n’y rien comprendre
Ottawa, nid de corruption
Santé Canada veut autoriser plus de pesticide glyphosate sur des aliments

Votre évaluation :
 Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

Un commentaire

| Environnement, le prix du fédéralisme, Nourriture, Politique canadienne, Pollution, Santé | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Diffusion illégale de la vie privée sur l’Internet

30 juin 2021

Le quotidien La Presse nous apprenait ce matin l’existence d’un site web qui diffuse les images captées par des milliers de caméras de surveillance non sécurisées à travers le monde.

Plus de 260 de ces caméras présentent en direct ce qui se passe à l’intérieur de maisons et de commerces canadiens.

Ce site a l’ambition d’être le plus grand répertoire au monde de caméras de surveillance en ligne.

Or la vie privée des Canadiens est protégée par la constitution du pays.

Toutefois, ce droit n’est pas absolu. Les forces de l’ordre peuvent y contrevenir lorsque la permission d’épier quelqu’un leur est accordée par un tribunal.

De manière plus générale, l’État canadien peut également y contrevenir au nom de la lutte contre le terrorisme ou au nom de la sécurité nationale.

À part ces deux exceptions, ce droit constitutionnel à la vie privée s’applique non seulement dans un cadre domestique, mais également sur la voie publique.

C’est ainsi qu’on ne peut pas publier la photo de quelqu’un sur la rue sans son consentement explicite. À moins d’être un journaliste qui couvre l’actualité.

En somme, ce ‘YouTube’ des caméras de surveillance fonctionne dans l’illégalité… si le délit est commis au Canada.

Mais comment peut-on le savoir ?

Entre le moment où des images sont captées par une caméra de surveillance et le moment où, par exemple, le parent au travail observe ce que fait la gardienne à la maison, les images peuvent transiter par différents serveurs situés dans différents pays. Alors comment dire si le délit est commis en sol canadien ?

On se rappellera que toutes les images publiées par ce site ont été obtenues de caméras non sécurisées. Or ce qui distingue les caméras sécurisées de celles qui ne le sont pas, ce n’est pas que les premières enregistrent des images cryptées, mais qu’il est possible d’accéder aux secondes (les caméras non sécurisées) sans mot de passe.

Donc le délit se fait au niveau de la caméra connectée à l’internet et non au niveau des serveurs par lesquels transitent ses images.

Dans le cas des vidéos canadiennes, le délit est donc commis ici même au pays.

Alors pourquoi ne fait-on rien pour contrer cela ? C’est que les images interceptées sont immédiatement transmises l’Étranger. On soupçonne ces pirates d’opérer à partir de la Russie.

Le Canada échoue depuis neuf ans à obtenir la libération de Raïf Badawi détenu par un pays qu’on dit ami. À plus forte raison, il est impuissant à obtenir la collaboration de la Russie, un pays que la diplomatie canadienne s’évertue à diaboliser depuis des années.

Plutôt que d’admettre son impuissance, le Canada a choisi — par le biais du Commissariat à la protection de la vie privée — de nous faire croire que tout cela est légal.

Références :
Dozens sue Amazon’s Ring after camera hack leads to threats and racial slurs
La vie privée de nombreux Canadiens diffusée sur le web

Votre évaluation :
 Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

Laissez un commentaire »

| Informatique, le prix du fédéralisme, Politique canadienne, Sécurité | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Pensionnats autochtones : la honte canadienne

3 juin 2021

L’ordre établi

Depuis la conquête anglaise, le Canada a revêtu plusieurs formes gouvernementales dont l’avant-dernière fut le Dominion du Canada.

Ce dernier est né en 1867 d’une loi britannique appelée le British North America Act. Pendant plus d’un siècle, cette loi fit office de constitution.

Parallèlement, le parlement canadien adoptait en 1876 la Loi sur les Indiens en vertu d’un article de cette constitution.

Parce qu’elle découle explicitement de la constitution de 1867, cette loi en constitue un volet et conséquemment, possède une valeur constitutionnelle.

Elle définit le Droit autochtone canadien, cet apartheid juridique qui servait d’assise légale aux politiques exterminatrices du Canada.

La découverte d’un premier charnier

Dans les pensionnats autochtones mis sur pied par le gouvernement canadien dans le cadre de ses politiques génocidaires, environ six-mille enfants autochtones y sont morts de maltraitance, de maladie ou par suicide.

La dépouille de ces victimes n’était pas retournée aux parents; on expliquait simplement que l’enfant avait disparu parce qu’il s’était enfui. Au sein des communautés autochtones, personne n’y a jamais cru.

La nouvelle récente de la découverte d’un charnier dans lequel on avait jeté les cadavres de 215 enfants autochtones a fait le tour du monde.

Toutefois, 215 sur six-mille décès, c’est peu. Et c’est peu parce que la recherche à ce sujet ne fait que commencer.

Cette découverte possède l’avantage de frapper les esprits et de rendre concrètes des statistiques froides qui laissent la majorité de la population indifférente.

Propager la maladie

Gabriel Sagard est ce récollet qui a habité en Huronie en 1623-1624, à l’époque où les Hurons-Wendats avaient très peu été exposés à la culture européenne.

Tout comme lui, les explorateurs de l’époque sont unanimes à présenter les Autochtones comme beaux, fiers et vigoureux.

Mais le contact avec les Européens fut l’occasion d’un choc microbien qui décima des millions d’Autochtones en Amérique. Une propagation qui ne fut volontaire que dans le cadre de la stratégie militaire des troupes anglaises.

À cela, on doit ajouter au Canada le rôle spécifique de la tuberculose.

En 1907, le médecin en chef du Département des Affaires indiennes signalait que dans un des quinze pensionnats visités, l’insalubrité était telle que 69 % des enfants admis mourraient de tuberculose.

À la fin de leurs études, les survivants retournaient dans leurs communautés propager cette maladie qu’ils avaient contractée sans toutefois en mourir.

La difficile abrogation de l’apartheid canadien

À l’époque où il était premier ministre du Canada, Pierre-Elliott Trudeau — le père de l’actuel premier ministre — avait voulu abolir la Loi sur les Indiens.

À cette fin, il avait nommé Jean Chrétien, un de ses plus proches collaborateurs, au titre de ministre des Affaires indiennes.

Mais ils échouèrent. Modifier un ordre constitutionnel est une tâche colossale.

Car depuis l’adoption de la Loi sur les Indiens, se sont ajoutés tout un spaghetti de lois, de règlements et de jurisprudence croisée qui rendent presque impossible son abolition par Ottawa.

Pour ce faire, le fédéral devra affronter la profession juridique, gardienne de l’ordre établi, qui considère que son contrepouvoir est un rempart contre l’absolutisme de l’État et qui est toujours heureuse d’en faire la démonstration.

À titre d’exemple, s’il est possible de déplacer une réserve indienne (notamment sur des terres de moindre valeur économique), il est pratiquement impossible d’en augmenter la taille.

Quand Grégoire Gollin a voulu donner à la réserve de Kanesatake la partie de la pinède d’Oka dont il était propriétaire, il s’est buté à l’incroyable complexité juridique que cela représentait.

En dépit des témoignages, des enquêtes et des rapports, peu de choses ont réellement changé depuis un siècle. À titre d’exemple, un Autochtone ne peut toujours pas léguer des biens à ses héritiers sans que son testament soit approuvé par le ministre des Affaires indiennes.

Le blocage du droit autochtone canadien est un argument de plus en faveur de l’indépendance du Québec. En effet, l’indépendance est un moyen de faire table rase du passé et de construire un nouveau pays sur des bases nouvelles : justes, laïques, écologiques et républicaines.

Et c’est une occasion de tisser avec les peuples autochtones du Québec des relations dignes de celles, étonnantes pour l’époque, de nos ancêtres en Nouvelle-France et de leur faire oublier le cauchemar canadien.

Références :
Droit autochtone canadien
Gabriel Sagard en Huronie
L’histoire d’un crime national
Loi sur les Indiens
Manitoba : droits fondamentaux et laïcité
Pensionnats autochtones : découverte « déchirante » des restes de 215 enfants
Un promoteur veut faire un « don écologique » de terrains à Kanesatake

Paru depuis :
La reconnaissance d’un génocide par Trudeau peut avoir des conséquences graves (2021-06-05)

Votre évaluation :
 Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

Laissez un commentaire »

| le prix du fédéralisme, Politique canadienne, Racisme, Sociologie | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Racisme : la poupée sacrificielle

27 mars 2021

Ce qui est en cause derrière les accusations de racisme portées contre les Québécois, c’est la justification des politiques coloniales de l’État canadien.

Pendant des décennies, ces politiques ont consisté, entre autres, à subventionner outrageusement les institutions anglo-québécoises au nom de la défense des minorités… en oubliant que la plus importante minorité du Canada, c’est le peuple francoQuébécois.

En réalité, la ‘minorité’ anglophone du Québec n’est que l’annexe québécoise de la majorité canadienne.

Aux yeux de bien des citoyens de ce pays, l’extinction en cours du peuple francoQuébécois ne fera qu’éliminer un peuple sans intérêt qui vit paresseusement aux dépens de la péréquation canadienne.

Lorsqu’on veut déposséder un peuple ou le faire disparaitre, la première étape est de le diaboliser ou de susciter le mépris à son égard. C’est précisément pour cette raison que le concept de race a été développé au XIXe siècle.

C’est ainsi que selon de jeunes bourgeois blancs et anglophones de l’université McGill, nous sommes coupables de racisme lorsque nous prenons fait et cause en faveur des victimes du colonialisme anglo-saxon. Sous l’accusation d’appropriation culturelle, nos créateurs doivent se taire et laisser ces victimes se défendre elles-mêmes.

L’impérialisme anglo-saxon nous oblige même à partager des tabous culturels (le Blackface) dont les racines sont complètement étrangères à notre histoire. En somme, nous devons nous sentir coupables des politiques esclavagistes des autres.

À partir du titre d’un pamphlet anticolonial qui fait le parallèle entre le sort des ‘Noirs’ américains et le nôtre — N… blancs d’Amérique de Pierre Vallières — on suggère que l’ensemble de la littérature québécoise serait raciste alors que le mot en ‘N’ est omniprésent dans la littérature américaine et rare dans celle d’ici.

En raison de leur opposition à ce colonialisme, le FLQ et les indépendantistes québécois sont jugés ‘racistes’ comme sont jugés ‘terroristes’ les patriotes qui s’opposent par les armes à l’envahissement de leur pays par des soldats américains.

Quant aux paroles malheureuses prononcées il y a un quart de siècle par un premier ministre à moitié ivre un soir de défaite référendaire, disons-le une fois pour toutes; elles ne sont pas plus un exemple du racisme des Québécois que le reflet de ce qu’il était véritablement.

Fondamentalement, le Canada s’est construit sur la dépossession territoriale violente des peuples autochtones et leur génocide culturel dans des pensionnats autochtones.

De plus, le multiculturalisme actuel du Canada n’est rien d’autre que l’expression du tribalisme des sociétés anglo-saxonnes.

Pour oublier son racisme, l’ethnie dominante du Canada doit habiller le Québec des attributs du racisme anglo-saxon et, comme la poupée sacrificielle, la détruire pour se sentir soulagée de ses propres fautes.

Le dénigrement du Québec existe parce qu’il fait du bien à ceux qui le pratiquent. Et ce phénomène sera récurrent tant que le Québec ne sera pas devenu une province anglophone comme les autres.

Références :
Appropriation culturelle et racisme anglo-saxon
Colonisation et esclavage en Nouvelle-France
Le colonialisme économique ‘canadian’
Le mot en ‘n’ dans la littérature anglo-américaine
Le multiculturalisme ou le tribalisme des sociétés anglo-saxonnes
Le néo-racisme multiculturel du NPD
L’invention des races humaines
Maquillage et Blackface
Nettoyer la statue de Macdonald, un gaspillage des fonds publics
Une présentation sur le mot en n sème l’émoi dans une école anglophone

Votre évaluation :
 Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

6 commentaires

| le prix du fédéralisme, Politique canadienne, Racisme, Sociologie | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Le nouveau PQ et le Covid-19

7 mars 2021

Introduction

Lors de l’exercice de réflexion devant mener à la ‘refondation’ du Parti Québécois, j’ai qualifié le projet de Charte politique du PQ de paroxysme de l’insignifiance.

À l’obsession de ne pas faire de vagues, j’opposais l’avis que pour tous les peuples qui aspirent à l’indépendance, le chemin qui mène à la liberté est un combat contre l’adversité.

Au lieu d’en arriver coute que coute à des décisions ‘rassembleuses’, j’affirmais que par son essence même, la promotion de l’indépendance provoque toujours une polarisation de l’opinion publique. Cela est vrai en Catalogne, en Écosse, et évidemment au Québec.

Bref, on ne peut pas faire avancer l’idée de l’indépendance en demeurant sagement dans son coin.

Vaccination et souveraineté

Israël est un pays de 8,9 millions d’habitants, soit environ autant que le Québec.

Au moment où ces lignes sont écrites, 57 % de sa population a reçu au moins une dose du vaccin de Pfizer : 43 % sont complètement vaccinés et 13 % sont en attente de leur deuxième dose.

Au Royaume-Uni, 32 % des gens ont reçu la première de leurs deux doses du vaccin d’AstraZeneca et 1,6 % ont reçu les deux.

Le taux de vaccination dans ce pays est six fois supérieur à celui qui prévaut dans le marché commun européen (où seulement 5,5 % des gens ont reçu une première dose).

Selon le premier ministre Boris Johnson, il s’agit là d’un avantage du Brexit; n’étant pas plombé par la lenteur de la bureaucratie de Bruxelles, son pays a commandé ses vaccins plusieurs mois avant le reste de l’Europe.

De son côté, le Canada est au 43e rang mondial à ce sujet.

En tant que province canadienne, le Québec n’est pas libre d’acheter des vaccins; les fabricants ne vendent qu’à des pays ou des groupes de pays.

Notre province n’est pas libre non plus d’homologuer un vaccin comme le Sputnik-V, dont l’efficacité a été prouvée le mois dernier par une importante étude publiée dans The Lancet.

Même si les choses sont en train de s’améliorer, le Québec est encore lié aux difficultés d’approvisionnement d’Ottawa.

Une occasion ratée

Si le Parti Québécois reprochait publiquement l’appartenance au Canada d’être un obstacle à la vaccination rapide des Québécois, cette déclaration susciterait la controverse.

Il est à noter que la cible d’un tel reproche doit être précisément l’appartenance du Québec au Canada. Dès qu’on rend responsable un chef d’État, son gouvernement, ou sa formation politique, on abaisse l’argumentaire indépendantiste au niveau de la politique partisane. Et alors le message dérape.

Même en prenant soin d’éviter cet écueil, on accuserait le PQ de semer la discorde. On lui rappellerait qu’en temps de guerre, on évite de tirer dans le dos de nos généraux.

Et la presse fédéraliste se dirait outragée par de tels propos.

En raison de ce tollé généralisé, il est probable que les sondages révèleraient une chute des intentions de vote pour le PQ.

Mais une fois la poussière retombée, une partie des Québécois réaliseraient que cela est l’évidence même.

Un Québec souverain est libre de protéger ses frontières plutôt que de subir le laxisme d’Ottawa envers les voyageurs contagieux.

De plus, l’hécatombe survenue dans nos hospices sous-financés est la conséquence directe de la diminution des transferts fédéraux en matière de santé.

Si Ottawa préfère investir dans l’édification de l’État pétrolier canadien, un Québec indépendant pourrait allouer à la santé les sommes colossales qu’on verse malgré nous au financement étatique des énergies fossiles.

Par contre, si un Québec indépendant recevait au goutte-à-goutte les vaccins dont il a besoin, ce serait de sa faute et non celle d’Ottawa.

Voilà ce que j’aurais aimé entendre de la bouche du nouveau PQ. Du concret. Et de l’actuel.

Références :
Europe’s unified vaccination strategy is splintering as countries turn to Israel, China and Russia for help
Le Canada piétine au 43e rang mondial
Le texte de ‘refondation’ du PQ : le paroxysme de l’insignifiance
L’Europe a-t-elle déjà perdu la course aux vaccins?
Sputnik V COVID-19 vaccine candidate appears safe and effective

Votre évaluation :
 Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

Laissez un commentaire »

| 2018-202X (années Legault), le prix du fédéralisme, Politique québécoise | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


CHSLD : l’ivresse du pouvoir à Ottawa

26 septembre 2020

La mortalité causée par le Covid-19

Au Québec, les quatre cinquièmes des décès survenus le printemps dernier en raison du Covid-19 sont survenus dans des résidences pour vieillards.

À des degrés divers, ce fut également le cas dans les autres provinces canadiennes et dans tous les pays européens où prévaut l’idéologie néolibérale.

Cette idéologie prescrit le désinvestissement des États dans leur filet de protection sociale afin de favoriser leur compétitivité économique.

Au fil des décennies, le gouvernement canadien a réduit son aide financière aux provinces au chapitre de la Santé. Conséquemment, les provinces ont réagi en diminuant le financement de leurs établissements de Santé, notamment de leurs hospices.

Jusqu’à cette année, leur sous-financement chronique avait passé inaperçu. Mais il a suffi d’une crise sanitaire mondiale pour que tout tourne à la catastrophe.

D’autre part, une étude épidémiologique récente a révélé qu’environ 247 voyageurs internationaux sont à l’origine des soixante-dix-mille cas et des six-mille morts au Québec.

Il aurait suffi qu’Ottawa ferme les frontières du pays une semaine plus tôt pour que des centaines de Québécois — peut-être des milliers — aient la vie sauve.

Évidemment, on aime insinuer que les personnes décédées sont surtout des vieillards qui seraient morts quand même quelques jours plus tard s’ils n’avaient pas été fauchés par la pandémie.

Malheureusement, la vérité est que, dans probablement la majorité des cas, leur espérance de vie a été amputée de quelques années.

En sabrant ses transferts en Santé vers les provinces et en tardant à fermer les frontières du pays, Ottawa porte une lourde responsabilité dans le bilan humain de la pandémie au Canada.

L’occasion fait le larron

En raison des lacunes révélées lors de la pandémie, les provinces canadiennes se proposent de réinvestir massivement dans leurs hospices avec l’aide du gouvernement fédéral.

Profitant de l’occasion, le gouvernement fédéral leur a fait savoir que son aide ne serait pas inconditionnelle et qu’il entend les soumettre au respect de normes fédérales qu’il entend adopter.

Hier, à la reprise des travaux parlementaires, le premier ministre du Canada a déclaré qu’il se refuse à envoyer des chèques en blanc aux provinces. Des chèques en blanc ?

À l’entendre, il serait facile d’oublier qu’il parle de notre argent et non du sien. Quand l’impôt et les taxes payés par les contribuables passent de la poche d’un gouvernement à celle d’un autre, cela demeure notre argent.

Et plus cet argent passe d’une poche à l’autre sans paperasserie administrative, plus cet argent est utilisé là où il le faut, c’est-à-dire à prodiguer des soins.

Or les entités gouvernementales les plus compétentes au pays pour s’occuper de Santé, ce sont les provinces.

Si le gouvernement fédéral avait vraiment à cœur la santé des Canadiens, il n’aurait pas laissé toutes grandes les portes du pays à une pandémie mortelle.

Des questions

Dès l’élection d’un parti conservateur à Ottawa, voulons-nous que l’aide médicale à mourir en CHSLD cesse d’être financée à ceux qui en ont le droit parce que cela est contraire aux valeurs morales du nouveau gouvernement fédéral ?

Voulons-nous que les fonctionnaires du Québec découvrent qu’il est préférable de rédiger en anglais les rapports exigés par Ottawa en raison du fait que les fonctionnaires fédéraux travaillent dans cette langue ?

Étant donné que le Québec est la seule province qui a mis sur pied un réseau de garderies publiques, si le Québec veut se doter d’un réseau d’hospices qui ne cadre pas avec les critères pancanadiens, est-ce que nos vieillards en seront privés au motif qu’une telle mesure dévie des normes canadians dictées par un gouvernement qui ne connait rien en Santé ?

Conclusion

L’accommodement raisonnable le plus pernicieux exigé du peuple francoQuébécois, c’est d’être constamment en deçà de ce qu’il aspire à être dans le but de se soumettre aux dictats de l’ethnie dominante du pays.

La seule manière de nous libérer de cette tutelle, c’est de créer une société meilleure, en rupture avec l’État pétrolier canadien : en somme, c’est de faire l’indépendance du Québec.

Autrement, peu à peu, le gouvernement du Québec se transforme en intendant régional du pouvoir central d’Ottawa.

Quand mes ancêtres ont bravé les mers au XVIIe siècle afin de s’établir dans ce coin-ci du monde et d’y créer une société nouvelle, je ne crois pas que c’était pour en arriver à ça…

Références :
Aperçu du fonctionnement interne de l’État canadien
247 voyageurs ont introduit la COVID-19 au Québec
La COVID-19 détectée dans des vols intérieurs et internationaux au Canada
Le néo-racisme multiculturel du NPD
Ottawa a exempté une milliardaire américaine de l’obligation de la quarantaine
Presque 70 vols commerciaux avec des cas confirmés de COVID-19 dans les dernières semaines
Transferts en santé : Trudeau refuse d’envoyer des « chèques en blanc » aux provinces

Votre évaluation :
 Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

Laissez un commentaire »

| le prix du fédéralisme, Politique canadienne | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Les origines honteuses de la Confédération canadienne

4 septembre 2020

Prétendre que le Canada soit né en 1867, c’est chercher à faire oublier que l’histoire du Canada remonte à la Renaissance.

À cette époque, la Nouvelle-France comprenait trois parties  l’Acadie, le Canada et la Louisiane.

En gros, ce Canada originel correspondait à la vallée du Saint-Laurent.

Se développant vers l’ouest et vers l’est au cours des siècles, le Canada en est venu à s’étendre d’un océan à l’autre et correspondre au Canada d’aujourd’hui, définitif depuis l’annexion volontaire de Terre-Neuve en 1949.

Voilà donc comment s’explique l’expansion territoriale du Canada.

« Retournez-donc en France si vous n’êtes pas contents » m’a-t-on dit un jour en anglais alors que je critiquais le pays.

Ce à quoi j’ai répondu que mon ancêtre (Honoré Martel) est arrivé au Canada en 1665 et que mes racines dans ce coin-ci du monde sont plus profondes que n’importe quel Anglophone canadien à l’exception des Autochtones.

Mais si on coupe à la profondeur de 1867 les racines des Canadiens dont les ancêtres sont au pays depuis des siècles, on supprime toute légitimité particulière à la présence autochtone, française et celte (irlandaise) au Canada.

Le mythe de la naissance du pays en 1867 s’accompagne de la glorification des pères de la Confédération canadienne, au premier rang desquels John-A. Macdonald.

Depuis deux semaines, je n’en reviens pas d’entendre des bouffons prêcher la nécessité de dépenser un demi-million de dollars pour restaurer l’hommage rendu à ce tyran.

Les Autochtones d’ici sont des Canadiens. Lorsqu’ils prennent l’avion, leur passeport indique qu’ils sont de citoyenneté canadienne. C’est ce qu’Ottawa reconnait officiellement.

Conséquemment, John-A. Macdonald est le seul premier ministre qui ait travaillé à l’extermination de centaines de milliers de Canadiens.

Et on devrait lui élever un monument ? Mais pourquoi pas lui donner une médaille avec ça…

Voici ce qu’en dit plutôt l’historien Serge Bouchard :

Cliquez sur l’image pour démarrer
Votre évaluation :
 Appréciation moyenne : 5 — Nombre de votes : 1

8 commentaires

| le prix du fédéralisme, Politique canadienne | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : les prix citron à Ottawa et à la STM

14 mars 2020

Introduction

Au moment où ces lignes sont écrites, la prévalence de l’infection au Covid-19 est extrêmement faible au sein de la population québécoise.

Dans quelques semaines, la situation sera très différente.

Les excellentes mesures préventives annoncées cette semaine par le gouvernement Legault — conformes aux recommandations des experts en santé publique — devraient atténuer la montée de l’épidémie chez nous.

Ces mesures attestent du sérieux du gouvernement québécois.

Ce qui jure avec le laxisme d’Ottawa.

Le prix citron d’Ottawa

À l’heure actuelle, les différences interprovinciales observées quant au nombre de personnes atteintes ne sont pas proportionnelles à la taille de leur population, mais à la fréquentation de leurs aéroports internationaux.


Relation entre la fréquentation des aéroports et le nombre actuel de cas de Covid-19 par province

Aéroport Millions de voyageurs/an Personnes atteintes
Toronto 49,5 59
Vancouver 25,9 46
Montréal 19,4 17
Calgary 17,3 19

Ce qui suggère que les aéroports canadiens sont présentement les portes d’entrée du Covid-19 au pays.

C’est pourtant logique; puisque le Covid-19 n’est pas né au Canada et qu’il commence à ce répandre au pays, c’est nécessairement parce qu’une partie des voyageurs internationaux sont des foyers de propagation de l’épidémie. Comment peut-il en être autrement ?

Face à cette évidence, on peut se demander quelles sont les mesures adoptées par Ottawa afin de protéger la population canadienne ?

Alors que de nombreux pays (dont la Chine) utilisent des scanneurs thermiques pour déceler aux aéroports les personnes qui pourraient être atteintes du Covid-19, les préposés aux aéroports canadiens se contentent d’aviser les arrivants de se mettre volontairement en quarantaine s’ils devaient développer les symptômes de l’infection.

En d’autres mots, depuis l’épidémie de SRAS qui a durement affecté Toronto en 2003, Ottawa n’a pris aucune mesure sérieuse pour éviter que cela se répète.

On a dépensé des centaines de millions$ pour implanter un excellent système de déclaration automatique aux douanes.

Mais pas un centime n’a été dépensé pour protéger le public canadien.

Imaginez : le fédéral n’a même pas institué un suivi des voyageurs (symptomatiques ou non) qui entrent au pays. On s’en fout.

La machine de l’État canadien est entièrement vouée à la création d’un grand marché intérieur canadien dépourvu d’obstacles à la maximisation des profits par le grand capital international.

Si le fédéral était réellement au service du peuple, il ne diminuerait pas depuis des années ses transferts en santé, obligeant les provinces à couper dans leurs services (comme l’a fait impitoyablement l’ex-ministre québécois Gaétan Barrette).

Voilà pourquoi les principales mesures fédérales contre le Covid-19 ont été annoncées cette semaine par le ministre des Finances d’Ottawa et non par la ministre fédérale de la Santé.

Essentiellement, les milliards$ serviront à aider les investisseurs. Ces milliards$ seront puisés dans les poches de la classe moyenne, comme pour le sauvetage des banques en 2007-2008.

Mais on n’a pas prévu débourser les sommes nécessaires à l’achat de scanneurs dont on ne voit pas l’utilité puisque les grands investisseurs voyagent en jets privés, à l’abri de la toux de la plèbe.

Le prix citron de la STM

Vitesse maximale de la ventilation du métro

Dans les nouveaux trains du métro de Montréal (contrairement aux anciens), la ventilation est très mal répartie, atteignant des pics de 9,6 km/h à de nombreux endroits, notamment dans les passages ouverts d’un wagon à l’autre.

À cette vitesse, les particules virales parcourent 2,6 mètres par seconde. Ce qui signifie qu’en une seule seconde, les virus se dispersent au-delà de la distanciation sociale recommandée de deux mètres. Après deux secondes, les gouttelettes ont été soufflées à 5,2 mètres. Et ainsi de suite jusqu’à toucher le sol.

À l’heure actuelle, la contamination ‘locale’ (d’un Québécois à l’autre) n’est pas encore un problème. Mais elle le deviendra bientôt.

Porte palière à Shanghai

Au cours des huit dernières années, j’ai publié plusieurs textes réclamant l’installation de portes palières dans le métro de Montréal afin de prévenir les arrêts prolongés de service. À chaque fois, j’ai avisé la STM de la publication du texte. En vain.

Dans le cas de la ventilation du métro, j’espère que la direction incompétente de la STM (nommément Philippe Schnnobb) se grouillera le derrière. Ça urge.

Références :
COVID-19: sept provinces maintenant touchées au pays
Les avions ont joué un rôle crucial dans la propagation rapide et mondiale du coronavirus
Liste des aéroports les plus fréquentés au Canada
Métro : les statistiques ne doivent pas nous aveugler
Plan canadien de lutte contre la pandémie d’influenza
Temperature screening to cover all flights
Voyageurs internationaux au Canada d’octobre 2019 à février 2020

Parus depuis :
COVID-19 : « Comme si de rien n’était » à bord des avions, dénoncent des agents de bord (2020-03-16)
Why aren’t airport customs agents taking people’s temperatures? (2020-03-17)
L’insoutenable légèreté de l’être occidental (2020-03-21)
Vols de rapatriement d’Espagne: «Ils n’ont fait aucun contrôle sanitaire» (2020-03-26)
Des rapports sur les risques de pandémie au Canada produits dès janvier (2020-04-10)
Covid-19 : contamination en chaîne dans un restaurant chinois climatisé (2020-04-20)
Loi sur la mise en quarantaine : les peines les plus sévères restent inutilisées (2020-04-23)
Un quart des voyageurs malades de la COVID-19 au Québec venaient des États-Unis (2020-05-04)
Comment s’est propagée la COVID-19 au Canada? (2020-05-06)
Virus et frontières, l’exemple de Hong Kong (2020-05-15)
COVID-19 : un tiers des Américains mentent sur leurs symptômes, selon une étude (2020-08-24)
247 voyageurs ont introduit la COVID-19 au Québec (2020-09-22)
4 mois avant de relever toutes les données sur les voyageurs exemptés de quarantaine (2020-11-18)
Aucune sanction pour les voyageurs refusant la quarantaine à Montréal et Calgary (2021-05-04)


Post-Scriptum : Trois jours après la publication de ce texte, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé la fermeture des frontières canadiennes.

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés au Covid-19, veuillez cliquer sur ceci

Votre évaluation :
 Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

4 commentaires

| Covid-19, le prix du fédéralisme, Politique canadienne, Santé, Transport en commun, Urbanisme | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Blocus ferroviaire : quand l’État prend le parti de compagnies étrangères contre ses propres citoyens

23 février 2020

Le cas de Ben’s Deli vs la Maison Manuvie

La Maison Manuvie est une tour de 28 étages qui se dresse au 900 ouest du boulevard de Maisonneuve, à Montréal.

À l’origine, les promoteurs avaient l’intention de construire leur édifice sur le boulevard de Maisonneuve, mais du côté est de la rue Mansfield.


 
Le terrain convoité était celui de Ben’s Deli, un restaurant célèbre pour ses sandwichs à la viande fumée. Le décor de ce restaurant n’ayant pas été rafraichi depuis des décennies, on avait bon espoir d’acheter l’édifice pour une bouchée de pain.

Mais les promoteurs se sont heurtés à l’entêtement de la propriétaire, Jean Kravitz, veuve du dernier des trois fils du fondateur du restaurant, Ben Kravitz.

Note : en anglais, Jean est un prénom féminin (qu’on prononce comme des pantalons en denim).

Le restaurant et son terrain valaient environ 2,5 millions$. Même après avoir offert quatre fois plus, Mme Kravitz ne voulait rien entendre.

En conséquence, les promoteurs se sont rabattus sur le terrain de l’autre côté de la rue pour y ériger leur tour.

Quant au restaurant, ce fut peine perdue; il devait fermer ses portes en raison d’un conflit syndical, un an près l’échec des négociations avec la société immobilière.

Autochtones Wet’suwet’en vs le Coastal GasLink


 
Coastal GasLink est un gazoduc de 670 km qui doit traverser d’est en ouest la plus occidentale des provinces canadiennes.

Son promoteur est TC Energy, associé à l’hollandaise Royal Dutch Shell, la malaysienne Petronas, la coréenne Korea Gas Corporation, la japonaise Mitsubishi et PetroChina.

Sur la côte canadienne du Pacifique, les Wet’suwet’en constituent un peuple autochtone dont il ne reste plus que 3 450 personnes.

Le territoire qu’ils occupent est situé sur le passage du gazoduc.

De 2012 à 2014, pour l’ensemble du projet, TC Energy a patiemment obtenu l’appui de tous les dirigeants officiels des peuples autochtones concernés, y compris ceux des Wet’suwet’en.

Seuls se sont opposés les chefs traditionnels du peuple Wet’suwet’en. Et ce en dépit de 120 rencontres et de 1 300 échanges téléphoniques ou par courriel.

Jugeant trop couteuses les modifications exigées par ces derniers, la compagnie a décidé d’aller de l’avant.

Dès le début des travaux sur leur territoire, les Wet’suwet’en y ont fait obstacle.

Or il faut savoir que l’ex gouvernement Harper a fait modifier la loi canadienne de manière à ce que toute action citoyenne qui vise à nuire à la construction d’un oléoduc soit considérée comme un acte terroriste.

Conséquemment, les tribunaux de la province ont émis deux injonctions contre les Wet’suwet’en, la première en 2018 et l’autre l’année suivante.

Au début de cette année, la police fédérale (la RCMP) a procédé à des arrestations. Ce qui a mis le feu aux poudres et qui a incité, plus tôt ce mois-ci, d’autres peuples autochtones à bloquer le transport ferroviaire au pays.

Des milliers d’entreprises comptent sur ce mode de transport pour leur approvisionnement et/ou pour acheminer leur production.

Pour l’instant, l’économie canadienne n’est pas totalement paralysée. Mais cela arrivera inévitablement si cette crise persiste.

Un conflit artificiel

Par sa Loi sur les Indiens, Ottawa s’est donné un rôle de fiduciaire à l’égard des Autochtones du pays.

Dans l’exercice de ce rôle, le fédéral s’est généralement comporté cavalièrement, ignorant que tout fiduciaire doit faire preuve d’une loyauté absolue envers son commettant.

Cette crise aurait pu être évitée et pourrait se résoudre instantanément; il suffirait à Justin Trudeau d’affirmer son appui au droit des Autochtones de disposer à leur guise du territoire qu’ils occupent. Ce qui signifie le droit de refuser d’en céder le droit de passage à des intérêts privés.

Qu’il s’agisse de la propriétaire du Ben’s Deli, ou de n’importe qui d’entre nous, personne n’est obligé de céder un bien convoité ni d’avoir à justifier son refus… sauf lorsqu’on est Autochtone.

Respecter l’état de droit

En vertu des lois coloniales du Canada, l’agrandissement territorial d’une réserve indienne est d’une extraordinaire complexité juridique.

Comme a pu le constater Grégoire Gollin lorsqu’il a voulu vendre soixante hectares de terrain aux Mohawks d’Oka. Ce que ces derniers étaient prêts à accepter.

Au contraire, amputer du territoire autochtone a été facilité par l’adoption en 2012 de la loi fédérale C-45 par le gouvernement Harper.

C’est en réaction à cette loi qu’est né le mouvement Idle No More. Ce militantisme fait qu’aujourd’hui, les Mohawks dressent des barricades d’un bout à l’autre du pays afin d’appuyer les Wet’suwet’en.

Au Canada, les Autochtones sont juridiquement des mineurs. Comme les Canadiennes l’ont été pendant des décennies.

Voilà pourquoi tout transfert testamentaire de biens entre Autochtones doit être approuvé par le ministre des Affaires indiennes.

Dans le cas de Coastal GasLink, l’accord des dirigeants élus de la communauté Wet’suwet’en suffit à justifier le passage du gazoduc sur leur territoire selon les promoteurs.

Comme si l’accord des élus municipaux aurait suffi à obliger la veuve Kravitz à céder le Ben’s Deli aux promoteurs immobiliers de la tour Manuvie.

TC Energy n’a eu grand peine pour obtenir toutes les autorisations provinciales et gagner ses demandes d’injonction.

Les appels qu’on entend ces jours-ci au sujet du ‘respect de l’état de droit’ sont très précisément des appels à la soumission au droit colonial canadien (appelé ‘droit autochtone’).

On oublie généralement que le droit international a préséance sur le droit colonial canadien.

Le Canada est signataire de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Or celle-ci stipule l’obligation de respecter le droit à un consentement libre, préalable et éclairé aux projets de ressources.

Le Canada a adopté cette déclaration, mais n’a pas incorporé ses dispositions à aucun de ses textes de loi.

L’appel hypocrite à la négociation

Depuis le début du blocus ferroviaire, le gouvernement fédéral a laissé pourrir la situation.

Alors que les pertes économiques s’accumulent pour les entreprises, alors que des milliers de Canadiens subissent des mises à pieds temporaires, les messages haineux se multiplient sur l’internet.

Il y a quelques jours, sur les ondes d’une radio montréalaise, le conseiller politique d’un ex premier ministre canadien a émis le souhait que les agents de sécurisé des compagnies ferroviaires soient équipés d’armes plus puissantes pour faire entendre raison aux Autochtones qui bloquent pacifiquement les voies ferrées du pays.

Cette montée de l’intolérance est le résultat voulu de la manipulation de l’opinion publique exercée par les stratèges fédéraux afin de faire plier, indirectement, les Wet’suwet’en.

Résultat : les analystes, les chroniqueurs et les éditorialistes blâment l’intransigeance des chefs héréditaires des Wet’suwet’en et répètent comme des perroquets les appels à la négociation lancés par le premier ministre canadien.

En réalité, une telle ‘négociation’ n’aurait qu’une seule issue satisfaisante; la capitulation des Wet’suwet’en.

Tant que les discussions n’arriveraient pas à cette finalité, on parlerait d’impasse des négociations. Donc, à la fin, ce qu’on attend des Wet’suwet’en, c’est réellement leur capitulation aux intérêts de la compagnie.

Se sacrifier au nom du progrès

Il est normal que l’État utilise son droit d’expropriation pour réaliser des projets publics d’infrastructure : parcs, autoroutes, aéroports, hôpitaux, écoles, etc.

Au contraire, dans ce cas-ci, on a affaire à un projet privé qui n’a de collectif que ses retombées économiques. Tout comme c’était le cas de la construction de Maison Manuvie à Montréal.

Comment aurait-on jugé l’intervention publique du maire de Montréal pour que Mme Kravitz vende son restaurant plutôt que de s’entêter à nuire au développement économique de la métropole ?

L’entêtement, c’est celui de TC Energy. Que cette dernière fasse passer son gazoduc ailleurs, un point c’est tout.

Tant que les Humains choisissent d’utiliser des machines qui carburent au pétrole et au gaz, il est normal que des pétrolières cherchent à satisfaire notre besoin d’hydrocarbures.

Par contre, ce qui est inacceptable, c’est qu’un chef d’État demande à ses propres citoyens de se sacrifier afin que soient maximisés les profits de multinationales.

La population canadienne en otage

L’opposition des Wet’suwet’en viendrait d’une dizaine de chefs héréditaires. Leur nombre n’a pas plus d’importance que le nombre des héritiers de Ben Kravitz.

TC Energy, Shell, Petronas, Korea Gas, Mitsubishi et PetroChina ont accepté de financer le projet de gazoduc Coastal GasLink sans, évidemment, en décider des moindres détails; on voit mal la Shell demander que le gazoduc passe par ici alors que Mitsubishi préfèrerait qu’il passe plutôt par là.

Bref, ces compagnies ont accepté un package deal proposé par TC Energy. Et au sein même de cette dernière, le conseil d’administration a probablement entériné l’accord obtenu par un petit nombre de cadres supérieurs.

Et si cette poignée de cadres a choisi de faire passer le gazoduc en territoire autochtone, c’est tout simplement parce que ça coute moins cher.

La rumeur veut qu’il en aurait couté 800 millions$ de plus pour passer chez les ‘Blancs’.

Comment un premier ministre du Canada peut-il demander à ses propres citoyens de se sacrifier aux désirs d’entreprises étrangères qui ont décidé qu’un gazoduc passerait là et pas ailleurs ?

Cette trahison n’est ‘normale’ que dans la mesure où elle s’inscrit dans la tradition coloniale du Canada à l’égard de ses peuples autochtones.

Quant aux inconvénients pour l’économie québécoise, c’est ça le prix du fédéralisme.

Références :
Blocus ferroviaire et réactions réactionnaires
Canada police prepared to shoot Indigenous activists, documents show
Coastal GasLink Pipeline
Droit autochtone canadien
La fin d’une époque
Le Canada doit stopper trois projets, dont Trans Mountain, exhorte un comité de l’ONU
Le propriétaire des terrains à Oka critique l’approche d’Ottawa
Le restaurant Ben’s ferme ses portes
Luc Lavoie suggère «un coup [de pistolet] entre les deux yeux» des Autochtones
Mouvement Idle No More
Nation Tsilhqot’in c Colombie-Britannique : bonne décision, mauvaises raisons
Une solution intimement liée au territoire

Parus depuis :
Les convulsions (2020-03-01)
Des experts remettent en question le recours à ces injonctions (2020-03-02)
Trois ans chez les Wet’suwet’en (2020-03-04)

Votre évaluation :
 Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

Un commentaire

| Économie, Environnement, le prix du fédéralisme, Politique canadienne, Racisme, Sociologie | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Les chutes Muskrat : un éléphant blanc à nos frais

11 février 2020

Situées au Labrador, les chutes Muskrat ont donné leur nom à un vaste projet de développement hydroélectrique capable de produire 4,9 TWh par année.

Le projet terre-neuvien comprend la construction :
• de deux barrages situés au Labrador,
• d’une ligne sous-marine de transmission, longue de 30 km, acheminant l’électricité du Labrador à l’ile de Terre-Neuve, et
• d’un deuxième cêble sous-marin, long de 180 km, acheminant l’électricité de Terre-Neuve à la Nouvelle-Écosse.

À l’origine, le cout du projet égalait l’ensemble des revenus de la province pour une année. Afin de vaincre les hésitations, à l’élection fédérale de 2011, Stephen Harper promettait d’aider Terre-Neuve à aller de l’avant.

Une fois réélu, le gouvernement conservateur tenait parole et accordait en novembre 2012 une garantie d’emprunt de cinq-milliards de dollars.

À l’époque, le cout du pétrole dépassait 100$ le baril. La rentabilité du projet était tellement évidente que la garantie de prêt du fédéral n’était qu’une formalité, croyait-on, destinée à rassurer les investisseurs.

Le projet des chutes Muskrat aurait été beaucoup plus économique si on s’était contenté de construire les deux barrages (raccordés ensuite au territoire de Terre-Neuve), tout en faisant en sorte que les surplus destinés à l’exportation vers la Nouvelle-Écosse et les États-Unis empruntent plutôt le circuit de distribution déjà existant d’Hydro-Québec.

Mais depuis qu’il a signé le contrat de Churchill Falls (très désavantageux pour lui), le gouvernement de Terre-Neuve est en froid avec Hydro-Québec.

Conséquemment, Terre-Neuve a refusé de recourir aux plus grands experts nord-américains en matière d’hydroélectricité (nous) et a préféré donner le contrat de construction des barrages à Astalsi (une compagnie italienne).

Mais dès l’annonce de la garantie de prêt du fédéral, le projet devenait un grand bar ouvert.

En cours de construction, beaucoup d’erreurs ont été commises et de nombreux travaux ont dû être refaits.

En raison de la croissance des couts, Terre-Neuve demanda au gouvernement fédéral d’augmenter sa participation.

Ce que fit le gouvernement de Justin Trudeau en novembre 2016, accordant une garantie supplémentaire de 2,9 milliards de dollars.

Le fédéral se portait ainsi garant des dettes terre-neuviennes liées au projet, jusqu’à concurrence de 7,9 milliards de dollars.

Ce qui n’a pas empêché l’entreprise italienne en charge de la construction des barrages de faire faillite en octobre 2018.

Si bien qu’on ne sait pas très bien qui pourrait être tenu responsable des vices de construction qu’on pourrait découvrir.

Depuis, le barrage a été complété. La facture est passée de 6,2 milliards de dollars à 12,7 milliards.

Cette somme est le double du prix du complexe québécois de La Romaine, deux fois plus puissant. Bref, c’est quatre fois trop cher.

Parallèlement, le prix du pétrole a chuté.

Toute l’Amérique du Nord nage dans les surplus d’énergie. Voilà pourquoi les perspectives d’exportation sont nulles. Si bien que le câble sous-marin vers la Nouvelle-Écosse ne sera probablement jamais construit. Ce qui n’empêche pas le projet de couter ce qu’il coute.

Et comme la puissance de la centrale dépasse largement les besoins de la province, les Terre-Neuviens devront faire fonctionner la centrale au ralenti tout en assumant les frais.

À Terre-Neuve, le vieillissement de la population est le plus élevé au Canada et le taux de natalité est le plus bas. Conséquemment, le fiasco des chutes Muskrat menace de placer la province en faillite.

Ces temps-ci, le déficit budgétaire du gouvernement terre-neuvien ajoute déjà mille dollars de dette supplémentaire par citoyen (homme, femme et enfant) à chaque année. Sans compter le gonflement du montant cumulatif de la dette dû aux intérêts. Ce qui fait que la dette par personne est la plus élevée de toutes les provinces canadiennes.

Pour éviter la faillite de la province, Ottawa pourrait être amené à respecter ses engagements, voire à assumer seul le cout de cet éléphant blanc, soit 12,7 milliards$.

En tenant compte de notre part des dépenses fédérales, les contribuables québécois pourraient avoir à payer une note approximative de 2,8 milliards de dollars pour ce fiasco.

C’est ça, le prix du fédéralisme.

Références :
Harper signs loan guarantee deal for Muskrat Falls despite Quebec’s outcry
Les Canadiens paieront-ils pour le fiasco de Muskrat Falls?
Lower Churchill Project
Ministers, not Marshall, made initial Muskrat Falls loan guarantee request
Muskrat Falls : que cache la bouée de sauvetage lancée à Terre-Neuve par Ottawa?
Que faut-il comprendre de la saga Muskrat Falls?

Votre évaluation :
 Appréciation moyenne : 5 — Nombre de votes : 1

Un commentaire

| le prix du fédéralisme, Politique canadienne | Mots-clés : | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


%d blogueurs aiment cette page :