L’OTAN et les élections québécoises

5 juillet 2018

Tout se tient.

En 2014, le gouvernement Harper s’est engagé à doubler les dépenses militaires du pays d’ici 2024.

C’est ainsi que le budget de la Défense passera de 1% à 2% du Produit intérieur brut canadien. En clair, c’est une dépense récurrente de quinze-milliards$ par année.

Comme le défunt contrat des chasseurs F-35, il est à prévoir qu’il s’agira pour le Canada d’acheter du matériel militaire américain pour lequel notre pays n’obtiendra que très peu de retombées économiques.

Pour une famille de quatre personnes, cela équivaut annuellement à 2 000$ de taxes et d’impôts supplémentaires. Et ce, alors que le risque de guerre mondiale est nul (la force militaire américaine étant cinq à dix fois supérieure à celle de la Russie).

Selon toutes les apparences, le gouvernement Trudeau entend respecter les engagements pris par le gouvernement Harper à ce sujet. Cela changera profondément la nature du Canada.

Puisque les États-Unis viennent de réduire substantiellement l’impôt des entreprises, l’État canadien n’aura pas d’autres choix que de diminuer le filet de protection sociale qui constitue une caractéristique fondamentale du pays.

Quel est donc le rapport avec les élections québécoises ?

Peu importe le parti qui remportera les prochaines élections provinciales, celui-ci devra renoncer à une bonne partie de ses projets lorsque le fédéral lui coupera progressivement les vivres d’ici 2024.

D’où la stupidité aberrante de toutes ces promesses de réduction de taxes par les partis de droite du Québec plutôt que de l’investir dans la réfection des écoles et des hôpitaux pendant que nous en avons encore les moyens.

Les compressions devenues nécessaires dans notre système de santé arriveront à un bien mauvais moment.

Le faible taux de chômage actuel au Québec s’explique par la mise à la retraite des babyboumeurs (ce qui rend leurs emplois disponibles à d’autres).

Mais dans cinq ou dix ans, débutera leur perte d’autonomie. D’où l’explosion des couts que leur état de santé requerra.

Un nombre croissant d’entre eux devront être placés dans des centres d’hébergement qui sont déjà en décrépitude et que nous n’auront pas restaurés, préférant profiter de réductions de taxes promises par certains politiciens.

En manque d’argent, peut-être regrettons-nous alors notre négligence à nous intéresser au gaspillage militaire du pays quelques années plus tôt…

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Trans-Mountain vs Énergie-Est

3 juin 2018

Introduction

Trans-Mountain est le nom de ce pipeline que la pétrolière américaine Kinder Morgan veut construire pour acheminer le pétrole albertain vers l’océan Pacifique.

Afin de désenclaver ce pétrole — dont le seul débouché actuel se trouve vers les États-Unis — le gouvernement canadien veut lui permettre l’accès à d’autres marchés d’exportation, notamment en Asie.

Cet objectif est évidemment partagé par les provinces de l’Ouest (où l’industrie pétrolière canadienne est installée). Il est également appuyé par les institutions financières ontariennes; celles-ci ont massivement investi dans les sables bitumineux et sont impatientes d’obtenir un retour maximal de leurs investissements.

La Colombie-Britannique et les pipelines

Le projet de Trans-Mountain soulève beaucoup d’opposition parmi les citoyens de Colombie-Britannique.

Ce combat suscite de la sympathie chez nous, particulièrement auprès des Québécois qui ignorent que nos amis britannocolombiens étaient majoritairement d’accord avec les pipelines jusqu’au jour où il a été question qu’ils passent chez eux.

Le projet concurrent d’Énergie-Est devait traverser tout le Québec sans y créer d’emplois permanents et soumettait des centaines de plans d’eau québécois à un risque environnemental considérable.

Jusqu’à ce que ce projet soit abandonné parce que trop couteux, 54% des citoyens de Colombie britannique étaient d’accord avec la construction de ce pipeline.

De la même manière, l’opposition des maires de la région montréalaise au passage d’Énergie-Est ne recueillait la sympathie que de 48% des gens de Colombie-Britannique.

Il faut toutefois préciser que si Énergie-Est était supporté par toutes les provinces anglophones du pays, c’est en Colombie-Britannique que cet appui était le moins enthousiaste. On peut même dire que c’était un appui mou.

Il serait donc injuste de leur porter rancune pour si peu. Mais on doit avoir tout cela à l’esprit, sinon la devise du Québec ne serait pas ‘Je me souviens’.

Le spectre d’Énergie-Est

Puisque le pipeline Trans-Mountain dresse entre elles les provinces de l’Alberta et de la Colombie-Britannique, le fédéral a décidé de trancher la question et d’investir dans ce projet.

Déjà, le maire de Moncton et les dirigeants de la raffinerie d’Irwing au Nouveau-Brunswick crient à l’injustice et réclament que le fédéral ressuscite également le projet Énergie-Est.

Malheureusement pour eux, une fois Trans-Mountain construit, on n’aura pas besoin d’un pipeline semblable à Énergie-Est avant 2030.

En somme, au risque de manquer de rectitude politique, on peut affirmer que Trans-Mountain est, dans l’immédiat, une protection pour le Québec.

Par ailleurs, le combat des Britannocolombiens est de nature à révéler ce qui nous attend en 2030 si la consommation mondiale de pétrole justifie qu’on ressuscite Énergie-Est.

Les pouvoirs constitutionnels d’Ottawa

Selon la Canadian Constitution de 1982, les gouvernements provinciaux sont les intendants régionaux du gouvernement central canadien.

Ottawa possède les pouvoirs économiques les plus importants tandis que les provinces assurent des services de proximité (santé, éducation, réseau routier provincial, etc.).

Par le biais de leurs représentants provinciaux aux discussions constitutionnelles de 1982, les citoyens de la Colombie-Britannique ont consenti à cette concentration inouïe de pouvoirs à Ottawa. Voilà que maintenant cela se retourne contre eux.

Le transport interprovincial de marchandise (dont celui du pétrole) est un domaine de compétence exclusif du gouvernement canadien.

Ce dernier possède donc tous les pouvoirs constitutionnels qui lui sont nécessaires pour imposer le passage de Trans-Mountain en Colombie-Britannique.

De plus, le gouvernement Harper a modifié la loi de manière à ce que toute action citoyenne qui aurait pour effet de nuire à la construction d’infrastructure pétrolière réponde dorénavant à la définition d’un acte terroriste.

Le gouvernement Trudeau invoque l’intérêt national pour accroitre l’acceptabilité sociale à ce projet. Mais cela n’est pas nécessaire. Intérêt national ou non, la Colombie-Britannique devra capituler devant Ottawa.

Une leçon pour le Québec

Le sort qui attend les Britannocolombiens, c’est qui attend les Québécois à l’avenir. Selon les prévisions, le pipeline Trans-Mountain ne suffira plus au-delà de 2030.

Beaucoup de Québécois — notamment parmi nos amis fédéralistes — surestiment les pouvoirs des provinces au sein de la fédération canadienne. Même si la jurisprudence à ce sujet est déjà éloquente, une confrontation très médiatisée entre la Colombie-Britannique et Ottawa permettra d’ouvrir bien des yeux.

De plus, très peu de Québécois se rappellent de la violence des expropriations de Mirabel et du parc national de Forillon, dans les années 1970.

Dans ce dernier cas, l’État a donné aux 225 familles expropriées — presque tous fermiers qui vivaient en parfaite autarcie — une somme moyenne équivalente à 30 000$ d’aujourd’hui en échange pour leur maison, leurs bâtiments et leur terre.

Dans le cas de l’expropriation qui sera nécessaire au passage de Trans-Mountain, on ignore qui procèdera aux expropriations.

L’évaluation pourrait être faite par des fonctionnaires et cela prendra une éternité. Non pas parce que les fonctionnaires sont lents de nature, mais parce que le néolibéralisme a entrainé l’atrophie de la fonction publique des États.

Sinon, l’évaluation pourrait être faite par les pétrolières elles-mêmes. Dans ce cas, celles-ci offriront une bouchée de pain aux expropriés afin de maximiser leurs profits.

Des histoires déchirantes inonderont nos écrans de télévision et les médias sociaux.

La seule manière de nous soustraire à la répétition éventuelle de ce drame au Québec, c’est de faire l’indépendance d’ici là et de nous séparer du pétro-État canadien.

Le référendum de 2022 sera notre dernière chance. Et cette dernière chance ne nous sera pas offerte si le PQ n’est pas porté au pouvoir en octobre prochain.

Conclusion

S’il est vrai que la production de pétrole influence sa consommation par son effet indirect sur les prix, il faut réaliser que les gaz à effet de serre sont essentiellement causés par la consommation d’hydrocarbures et non leur production.

Quand la production d’une ressource est à l’origine de quelques unes des plus grandes fortunes du monde et que cette ressource est un enjeu géostratégique de première importance, il est enfantin de penser qu’on peut s’y opposer par des pétitions…

La seule manière de combattre l’industrie pétrolière, c’est en changeant nos habitudes de vie.

Le pouvoir des pétrolières, on l’accroit chaque fois qu’on fait le plein d’essence ou qu’on préfère acheter des aliments qui viennent de l’autre bout du monde.

Références :
Expropriation de Forillon: 45 ans plus tard
Most say governments will agree to new emissions targets, less convinced Canada will meet them
Réseau d’oléoducs Trans Mountain
2 inconvenient facts make Energy East pipeline revival unlikely

Trans-Mountain vs Énergie-Est
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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’appartenance inutile du Canada à l’OTAN

16 mai 2018
Le ministre canadien de la Défense, M. Harjit Sajjan

Une promesse non tenue

Le 25 juin 1968, Pierre-Elliott Trudeau — de père de l’actuel premier ministre du Canada — était élu pour la première fois à la tête du gouvernement canadien.

Les deux engagements qui avaient dominé sa campagne électorale furent ses promesses de faire du Canada une société juste et de retirer le Canada de l’OTAN.

Grâce aux 155 députés libéraux élus sur les 263 que comptait alors la Chambre des Communes, M. Trudeau Père avait toute la latitude pour réaliser ses promesses.

Ce deuxième grand engagement n’eut jamais de suite. On présuma à l’époque que cela faisait partie d’une stratégie de négociation dont on ignorait les dessous.

Mais techniquement, ce scrutin était une élection référendaire. Même cinquante ans plus tard, le gouvernement canadien est toujours lié par le mandat qu’il a reçu des Canadiens (même si la majorité d’entre eux sont morts entretemps).

Doubler les dépenses militaires

En septembre 2014, les pays membres de l’OTAN se sont entendus pour augmenter leurs budgets militaires de manière à ce qu’en 2024, le niveau de leurs dépenses atteigne un minimum de deux pour cent de leur produit intérieur brut (PIB).

Par conséquent, lorsqu’on laisse entendre que le Canada est tenu de respecter ses engagements internationaux, on dit n’importe quoi.

Il ne s’agit pas d’un critère d’appartenance à l’OTAN, mais d’un engagement volontaire du Canada. Un engagement auquel notre pays pourrait renoncer aussi facilement que Donald Trump se retire de l’Accord de Paris sur le climat ou qu’il remet en question l’ALÉNA.

Conséquences économiques

Présentement, le risque de guerre mondiale est nul. Il l’est à court et à moyen terme. La force militaire des États-Unis est de cinq à dix fois plus puissante que celle de la Russie.

L’an dernier, le produit intérieur brut de la Russie était de quatre-trillions$. Celui des États-Unis était de 19,36 trillions$. Presque cinq fois plus.

L’OTAN a tendance à exagérer la menace russe pour justifier son existence.

De la même manière, les gazouillis belliqueux de Donald Trump servent à entretenir une psychose qui a pour but de promouvoir la vente d’armement américain.

Sur les 250 milliards$ de dépenses fédérales, la majorité de cette somme est incompressible.

Pour accroitre les dépenses militaires de quinze-milliards$ — un pour cent du PIB de plus — le choix de l’État fédéral sera entre :
• hausser de beaucoup la fiscalité des particuliers (puisqu’entretemps on aura diminué celle des entreprises) ou
• effectuer des coupures draconiennes dans les postes budgétaires autres que celui de la Défense nationale.

Pensez que quinze-milliards$, c’est environ cinq-cents dollars de plus d’impôts à payer pour chaque homme, femme et enfant du pays. Ou deux-mille dollars pour une famille moyenne de quatre personnes. Et ce, chaque année, tant et aussi longtemps que le Canada fait partie de l’OTAN.

Ce qui incitera la droite canadienne à soutenir que les contribuables sont trop taxés et qu’on doit mettre fin à un État-providence ruineux…

La machine invisible de l’État canadien

Augmenter les dépenses militaires, peu importe le contexte, cela est typique d’un gouvernement de droite.

Il est donc normal que le gouvernement Harper ait pris cet engagement en 2014.

Mais pourquoi est-il maintenu par un gouvernement libéral qui se veut de centre-gauche ?

Parce que ce gouvernement élu n’est que l’interface ministérielle d’une machine étatique qui est la véritable détentrice du pouvoir.

La direction militaire du pays est formée d’experts, de meneurs d’hommes et de gens déterminés.

Ceux-ci rédigent les rapports qui guident les ‘décideurs’ publics. Ce sont eux qui, en coulisse, menacent de démissionner si on ne tient pas compte de leur point de vue. Et quand on les remplace, c’est du pareil au même.

Bref, en dépit des orientations politiques des différents partis politiques qui se sont succédé à la tête de l’État depuis cinquante ans, ceux-ci semblent se comporter comme à la belle époque où ils étaient financés par une caisse occulte à laquelle le complexe militaro-industriel pouvait contribuer significativement.

La permanence des orientations de l’État est une preuve supplémentaire que la machine de l’État fédéral est formée de grands mandarins qui exercent le pouvoir dans l’ombre, animés par leur propre conception de l’intérêt national.

Références :
Doubler les dépenses militaires et la dénaturation du Canada
Être payé pour apprendre le français, puis démissionner
Les États-Unis et la Corée du Nord
Russia
Service et OTAN: Mélenchon détaille son programme de défense
Un fonctionnaire fédéral défend son droit de travailler en français
United States

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 75mm F/1,8 — 1/160 sec. — F/1,8 — ISO 6400 — 75 mm

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La façade ministérielle du gouvernement fédéral

7 avril 2018

Introduction

Aux États-Unis, lorsqu’un nouveau président est élu, des dizaines de milliers de hauts fonctionnaires sont congédiés.

Non seulement le nouveau président s’entoure-t-il de ministres en qui il a confiance, mais ceux-ci se choisissent à leur tour des conseillers politiques et des experts qui les aideront à prendre les meilleures décisions possible en tenant compte de ce qu’ils se proposent de faire.

Le Canada étant neuf fois moins populeux que son voisin du sud, il ne dispose pas d’une abondance de talents qui lui permettrait de procéder à des purges aussi importantes.

Si bien que malgré la succession de politiciens à la tête des ministères, beaucoup de mandarins demeurent en place, s’ajustant du mieux qu’ils peuvent à leurs nouveaux patrons.

Mais comme l’a démontré l’avocat Juan Branco, les ministres sont fortement influencés par leur entourage.

Lorsqu’ils sont fraichement nommés, il est fréquent qu’ils n’aient aucune compétence particulière dans le domaine relevant dorénavant de leur autorité.

Les sous-ministres précèdent donc aux breffages périodiques qui visent à mettre le ministre au courant de ses principaux dossiers. Ses conseillers politiques peaufinent l’argumentation que le ministre utilisera pour convaincre le public du bienfondé des décisions du ministère. Un ou deux personnes, choisies parmi celles qui jouissent de sa plus grande confiance, rédigeront ses discours.

Bref, le ministre est une personne virtuelle qui prête sa voix et son charisme afin d’incarner publiquement l’ensemble des gens qui l’entourent.

Souvent, le principal conseiller du ministre est un sous-ministre imposé par le cabinet du premier ministre. Et quand l’un et l’autre entrent en conflit, c’est habituellement le ministre qui est muté ailleurs.

Plus un gouvernement est gros et plus un ministère est important, moins grandes sont les possibilités qu’un politicien y fasse sa marque.

Changer de maire peut faire une grande différence. Changer de gouvernement à Québec aussi. Mais cela est beaucoup moins évident au niveau fédéral.

En voici quatre exemples.

Protéger les banques plutôt que les consommateurs

Après avoir été condamnées à verser 32 millions$ pour avoir fraudé les consommateurs québécois, les grandes banques canadiennes se sont adressées au ministère fédéral des Finances afin qu’il adopte une loi qui leur permettrait de se soustraire à la loi provinciale de protection des consommateurs.

Ce fut le projet de loi C-29. Celui-ci provoqua un tollé général et fut purgé de ses dispositions controversées.

Pourtant, la loi au sujet du financement des partis politiques fait en sorte que ceux-ci sont fiancés par le peuple et non par de grandes corporations.

Comment se fait-il que des politiciens élus grâce au peuple se comportent comme s’ils étaient à la solde de la haute finance ?

Réponse : parce que le ministère des Finances est dirigé par des mandarins et non par le ministre Morneau.

Celui-ci est un gentilhomme mais aux facultés amoindries, incapable de se rappeler qu’il possède des intérêts dans une entreprise familiale et conséquemment, qui a oublié de le déclarer comme l’exige la loi. C’est juste si le ministre se rappelle avoir hérité cette compagnie de son père dont il se souvient toutefois du nom.

Les mandarins qui l’entourent sont bardés de diplômes émis par les plus grandes universités internationales. Leurs collègues de classe sont à la tête des plus importantes institutions financières du pays. Lorsqu’ils partiront de la fonction publique, ces mandarins seront aussitôt invités à siéger sur les conseils d’administration des compagnies de leurs amis.

Bref, ces gens-là n’appartiennent pas à notre monde. Et lorsqu’ils conseillent le pauvre ministre Morneau, celui-ci est honoré d’être entouré de gens si brillants.

Conséquemment, il ne faut pas s’étonner que le ministère des Finances obéisse aux commandes de Bay Street et non aux citoyens canadiens.

Du registre des armes à feu au système de paie Phœnix

Une fois élus, les Conservateurs ont aboli le registre des armes à feu, tel qu’ils l’avaient promis en campagne électorale.

Voilà un exemple qui prouve qu’un gouvernement fort peut imposer ses volontés à la fonction publique.

Si les Conservateurs ont pesté contre les énormes dépassements de cout du contrat accordé à IBM, ils n’ont rien trouvé de mieux, une fois au pouvoir, que d’accorder un autre contrat à cette compagnie, toujours sur la recommandation des fonctionnaires. Cette fois pour mettre sur pied le système de paie Phœnix. Nouveau fiasco et nouveau gouffre financier.

Même un gouvernement fort peut être amené à répéter les erreurs qu’il reprochait à ses prédécesseurs en faisant confiance aux mêmes fonctionnaires de l’État.

Les relations avec les peuples autochtones

En dépit de la bonne volonté de Justin Trudeau, les politiques racistes du gouvernement canadien à l’égard des peuples autochtones demeurent intactes.

De toute évidence, le bilan de son gouvernement se soldera par des excuses publiques, quelques millions$ versés aux victimes des pensionnats autochtones, mais aucune remise en question fondamentale de l’apartheid juridique qui régit les réserves indiennes.

Sait-on qu’encore de nos jours, un autochtone ne peut léguer ses biens à ses héritiers sans que son testament ne soit approuvé par le ministère des Affaires indiennes ?

Les dépenses militaires

Dans l’opposition, le Parti libéral du Canada a beaucoup critiqué la décision du gouvernement Harper d’autoriser la vente de chars d’assaut à la dictature saoudienne.

Mais arrivé au pouvoir, ce sont les Libéraux qui ont finalement accordé les licences d’exportation concernant 70% du matériel militaire canadien visé par ce contrat.

De la même manière, Justin Trudeau annonçait fièrement le retour du Canada sur la scène internationale.

Pourtant le gouvernement Trudeau diminué les sommes consacrées à l’aide internationale, les faisant passer de 0,32% (qu’ils étaient sous les Conservateurs) à 0,27% du budget de l’État.

À l’opposé, le gouvernement Trudeau maintient l’engagement de hausser les dépenses militaires canadiennes d’ici 2024 à 2% du Produit intérieur brut.

Cela correspond à 6% du budget fédéral ou vingt-deux fois l’aide internationale. Et ce, alors que le risque de guerre mondiale est nul.

En effet, la puissance militaire américaine est de 5 à 10 fois supérieure à celle de la Russie. En cas de conflit armé, même si la Russie consacrait toute son économie à l’effort de guerre, son PIB ne correspond qu’à 20,6% de celui des États-Unis.

Conclusion

Depuis qu’il est au pouvoir, le gouvernement Trudeau agit comme un gouvernement de droite.

Et il agit ainsi parce que c’est un gouvernement mou et superficiel, soumis à l’influence d’une fonction publique qui exerce le véritable pouvoir.

La grande majorité des citoyens croient que l’État, c’est la somme des ministres et des députés dont on parle dans les quotidiens ou qu’on voit aux actualités télévisées.

En réalité, ceux-ci ne sont que l’interface entre les citoyens et la machine de l’État.

Et cette machine, ce sont des milliers de fonctionnaires et surtout un petit nombre de mandarins qui exercent le pouvoir dans l’ombre, animés de leur propre conception de l’intérêt de l’État.

Références :
Bill Morneau et le projet de loi C-29 : les banques avant les consommateurs?
Doubler les dépenses militaires et la dénaturation du Canada
Effectif de la fonction publique fédérale
Justin Trudeau ou l’égoportrait comme politique internationale
La clarté et l’opacité du ministre Dion
Le registre des armes à feu en chiffres
Le secrétaire général de l’OTAN se dit assez satisfait des promesses du Canada
Les mandarins de l’État sont-ils omnipotents?
« Monsieur TPS » admet avoir reçu près de 600 000 $

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Foresterie : le biais fédéral

1 avril 2018
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La Tordeuse des bourgeons de l’épinette est un papillon de nuit dont la chenille s’attaque aux aiguilles des conifères. En ordre de préférence, ses victimes sont le sapin baumier, l’épinette blanche, l’épinette rouge et l’épinette noire.

C’est l’insecte le plus destructeur des peuplements de conifères de l’Amérique du Nord. Son habitat naturel comprend toutes les provinces canadiennes.

Les populations de ce ravageur augmentent graduellement pour atteindre des niveaux épidémiques selon des cycles dont les plus dévastateurs s’étendent sur environ une trentaine d’années.

C’est le cas de l’épidémie actuelle, amorcée en 2009, qui se propage de manière exponentielle depuis. Entre 2014 et 2017, l’aire dévastée a presque doublé.


 
En 2017, l’épidémie québécoise atteignait sept millions d’hectares ou 70 000 km² dont le tiers, gravement. Cela correspond à 140 fois la superficie de l’ile de Montréal.

Dans le tout récent budget fédéral, on apprenait que le gouvernement canadien attribuera une somme de 75 millions$ pour lutter contre l’épidémie dans l’Est du Canada.

Toutefois, seules les provinces maritimes seront éligibles. En effet, le programme concerne exclusivement celles-ci alors qu’aucun autre programme d’aide n’est prévu pour notre province. Pourtant, l’aire dévastée au Québec est à elle seule supérieure à celle des quatre provinces maritimes réunies.

Cette subvention fédérale donne un avantage compétitif à l’industrie forestière des maritimes contre celle du Québec.

Précisons qu’en 2014, le gouvernement Harper attribuait au Québec une somme de six millions$ sur quatre ans pour lutter contre l’épidémie. Déjà, le Nouveau-Brunswick recevait le double de cette somme.

Cette fois-ci, le Québec a été complètement oublié.

Ce qui fait croire que peu importe le parti au pouvoir à Ottawa, les mandarins de la fonction publique fédérale favorisent systématiquement les provinces maritimes aux dépens du Québec.

Voilà un exemple du prix du fédéralisme canadien; nos impôts au fédéral servent à donner un avantage compétitif aux provinces qui nous font concurrence.

Bien plus, 90% du territoire forestier du Québec est public, c’est-à-dire qu’il appartient aux Québécois. Au Nouveau-Brunswick, la moitié appartient au privé.

Au lieu que l’argent que nous donnons au fédéral nous soit retourné afin de protéger notre propriété collective, ce gouvernement préfère le donner à des intérêts privés anglophones (la compagnie J.D. Irving) qui s’enrichissent ainsi à nos dépens.

Références :
Aires infestées par la Tordeuse des bourgeons de l’épinette au Québec en 2017
6M$ pour lutter contre la tordeuse des bourgeons de l’épinette
Tordeuse des bourgeons de l’épinette : rien pour le Québec dans le budget fédéral

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 40-150mm F/2,8 — 1/800 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 120 mm


Pour consulter les textes de ce blogue consacrés au prix à payer pour l’appartenance au Canada, veuillez cliquer sur ceci

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Psychodrame au Bloc

28 mars 2018

La majorité des Québécois ne croient pas qu’il soit dans l’intérêt du Québec de quitter le Canada.

Conséquemment, pour le député fédéraliste à Ottawa, il y a une grande différence entre défendre les intérêts du Québec et défendre l’indépendance du Québec. Pour lui, ce sont même des choses opposées.

Mais pour le député indépendantiste à Ottawa, c’est la même chose. Le Québec paie à Ottawa environ 50 milliards$ de taxes et d’impôt en échange de quoi il ne reçoit à peu près rien sauf 9 à 12 milliards$ de péréquation pour se tenir tranquille.

On comprend donc mal ce qui explique la zizanie qui s’est emparée du Bloc Québécois depuis que la nouvelle chef a décidé que la priorité de son parti serait de faire la promotion explicite de l’indépendance du Québec plutôt que défendre les intérêts du Québec.

À mon avis, c’est bonnet blanc, blanc bonnet.

En politique, on ne sait jamais qui est franc et qui est hypocrite. Mais s’il y a une chose dont je suis absolument certain, c’est du dévouement aveugle et inconditionnel de Mme Ouellet pour le Québec.

Est-ce que son approche est la bonne ? Je ne sais pas. Qui peut en être certain ?

Mais je trouve que ce serait une perte de jeter à la poubelle de l’histoire une personne aussi brillante et aussi dévouée sans lui avoir donné sa chance de prouver si son intransigeance donne de meilleurs résultats que le statuquo.

Revenons en arrière.

Selon Camille Laurin, le père de la Loi 101, l’objectif de sa loi était le suivant : « Nous voulons faire du français la seule langue officielle du Québec. Nous voulons que le français, effectivement, devienne la langue de travail et de communication… en ce sens que nous voulons que ça soit le milieu qui devienne français. Nous voulons que tout le monde sache que le français devient la langue… nécessaire, utile, rentable et qu’en particulier, les immigrants et les groupes ethniques se rendent compte que le Québec est français et que, pour gagner leur vie, la langue de promotion, la langue des avantages professionnels est le français.»

Entre autres, cette loi instaurait l’unilinguisme français au travail par défaut. Aucun poste ne pouvait être bilingue à moins que cela soit strictement nécessaire.

Pourtant, lorsque Camille Laurin présenta sa loi, beaucoup de ses collègues trouvaient qu’il allait trop loin. Au quotidien anglophone montréalais The Gazette, les chroniqueurs se déchainèrent violemment contre Camille Laurin, visé personnellement.

Même le rédacteur en chef du Devoir — à l’époque, le pape de la raisonnabilité — critiqua sévèrement le zèle du ministre.

Au moment du vote, les députés libéraux du Québec votèrent en bloc contre.

Pourtant, cinquante ans plus tard, cette loi fait l’unanimité.

Revenons au Bloc.

D’où vient cette peur d’aller trop loin ? Est-ce que la Droite canadienne (ou québécoise ou américaine) craint d’aller trop loin ? Non, elle fonce et bouscule. Et elle corrige le tir sur de petits détails quand ses mesures provoquent un tollé.

Si l’approche de Mme Ouellet donne des résultats ‘catastrophiques’, c’est quoi la catastrophe ? Que peut faire de catastrophique un parti condamné à ne jamais prendre le pouvoir ?

L’indépendance ne sera pas faite par des politiciens incapables d’affronter l’adversité. Martine Ouellet fait la démonstration qu’elle possède l’étoffe de ceux qui peuvent guider un peuple à traverser le désert pour l’amener à la terre promise, quitte à laisser derrière elle les pissous qui ne voudront pas la suivre.

Référence :
Camille Laurin voulait que la loi 101 soit un choc

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les Pères Noël libéraux

19 décembre 2017

Introduction

Le Comité fédéral sur la citoyenneté et l’immigration recommandait récemment l’abolition des entraves à l’immigration des personnes handicapées au pays.

Actuellement, le gouvernement fédéral rejette automatiquement toute demande d’immigration de nature à entrainer une charge annuelle supérieure à 6 655$ au système de soins du pays.

Précisons que cette disposition ne s’applique pas aux réfugiés.

Majoritaires sur ce comité, les représentants libéraux estiment qu’une telle discrimination est contraire aux valeurs canadiennes en plus de violer la Convention relative aux droits des personnes handicapées (dont le Canada est signataire).

La convention de l’ONU

L’article 18 de la Convention relative aux droits des personnes handicapées porte sur le droit de circuler librement et sur la nationalité.

L’alinéa 18.1.1 précise que les pays signataires reconnaissent aux personnes handicapées «…le droit d’acquérir une nationalité et de changer de nationalité et ne soient pas privées de leur nationalité arbitrairement ou en raison de leur handicap.»

Si on lit attentivement cet article, il ne crée pas d’obligation pour les États signataires à accepter les demandes d’immigration de personnes handicapés.

À titre de comparaison, le droit de divorcer et de se remarier ne signifie pas que le divorcé peut épouser en secondes noces quelqu’un contre son gré.

De manière analogue, les pays signataires de cette convention (presque tous les membres de l’ONU) ne se sont pas engagés à ouvrir leurs frontières à tous les handicapés de la Terre.

Si tel était le cas, des millions de désespérés n’hésiteraient pas à se mutiler pour échapper aux persécutions dont ils sont victimes et afin d’assurer un meilleur avenir à leur famille.

Donc les handicapés sont libres d’émigrer… dans les pays qui voudront bien d’eux. C’est tout. Voilà ce que stipule la convention.

Les valeurs canadiennes

Il n’y a aucun doute que la notion du partage est une des grandes valeurs canadiennes.

Le peuplement de ce vaste pays n’aurait pas été possible sans le partage forcé de terres autochtones — notamment celle des Métis des provinces des Prairies — au profit de colons anglais.

Le gouvernement Trudeau a donc raison de souligner l’importance de cette grande valeur canadienne. Toutefois, il ne donne pas un très bon exemple à ce sujet.

Son ministre des Finances, multimillionnaire, a négligé de révéler son patrimoine familial. Ce qui lui permettait de dissimuler — involontairement, bien sûr — les avantages personnels qu’il pouvait retirer des politiques que son ministère adoptait.

En mai 2017, le gouvernement Trudeau a reconnu officiellement un nouveau paradis fiscal, les iles Cook, où les riches Canadiens pourront dorénavant faire de l’évasion fiscale en toute impunité.

Le ministre de l’Immigration, avocat de métier, fait lui-même partie du 1%. Comme probablement tous les ministres fédéraux.

Et ce sont ces ministres richissimes — dont la classe sociale n’a de cesse que de trouver les moyens d’éviter de payer sa juste part du financement de l’État — qui font la morale aux autres Canadiens au sujet de leur devoir d’adhérer aux valeurs de partage du pays.

Les conséquences

Si le Canada avait accepté toutes les demandes d’immigration reçues de la part de personnes handicapées, cela n’aurait occasionné qu’une dépense supplémentaire annuelle d’à peine 135 millions$ pour le système de soins du pays.

Toutefois, cette estimation n’est possible qu’à la condition que personne n’entende dire que le Canada songe à devenir un pays refuge pour les personnes handicapées. Si, à travers le monde, les centaines de millions d’entre eux l’apprennent et frappent à nos portes, comment cela va-t-il couter ?

D’autre part, même si un grand nombre de personnes saisissaient alors l’offre qui leur serait faite par le fédéral, l’essentiel des dépenses supplémentaires serait assumé par les gouvernements provinciaux, dont la Santé est un domaine exclusif de compétence constitutionnelle.

Dans les faits, ces sommes seraient payées par les contribuables de la classe moyenne puisque c’est eux qui assument véritablement le fardeau du financement de l’État.

Quant à l’engorgement du système de santé occasionné par la prise en charge de ces nouveaux arrivants, on se demande pourquoi un ministre attendrait des heures à l’urgence quand il lui est si facile d’aller à la clinique privée qu’il a les moyens de se payer…

Références :
Committee urges federal government to repeal law that bans disabled immigrants
Immigration: le Canada s’ouvrirait aux handicapés
L’Accord avec les Îles Cook critiqué
Les «affaires» Bill Morneau: les scandales collent à la peau du ministre des Finances du Canada
Texte intégral de la Convention relative aux droits des personnes handicapées

Paru depuis :
Ottawa ne veut plus rejeter les immigrants sur la seule base de leur handicap (2018-04-16)

Les Pères Noël libéraux
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Écrit par Jean-Pierre Martel


La Davie et le petit pain fédéraliste

7 décembre 2017
Le Petit pain de Gérard Sénécal (1940)

Introduction

Le 19 octobre 2011, le gouvernement fédéral de Steven Harper accordait une série de contrats de construction navale totalisant 36 milliards$. Avec les dépassements de couts, ces contrats approcheront les 60 milliards$.

À cette occasion, le chantier Irving de Nouvelle-Écosse obtenait deux contrats pour construire six navires de patrouille et quinze navires de combat, ce qui garantissait du travail à ses 1 800 employés jusqu’en 2040.

Le chantier Seaspan de Colombie-Britannique se voyait confier la tâche de construire six navires pour la Garde côtière et la Marine royale canadienne.

Pas un centime n’a été donné à la Davie, située au Québec. Grâce à l’adoption d’une série de critères discriminatoires, un des buts secondaires de ce contrat était de délocaliser la construction maritime canadienne à l’extérieur du Québec.

Encore de nos jours, la Marine canadienne refuse d’accorder de menus contrats au Québec sous le prétexte que le Québec ‘ne fait pas partie de la stratégie maritime du Canada’. Ce jargon technocratique signifie ‘nous ne voulons pas donner de contrat au Québec’.

Précisons que le chantier de la Davie est le plus important constructeur naval du Canada. C’est aussi le plus compétent : le 18 février 2015, il a remporté le prix du chantier naval nord-américain de l’année lors de la cérémonie de la Lloyd’s List North American Maritime Awards 2015.

La ‘juste part’ du Québec

Depuis quelques jours, le gouvernement Couillard estime que le Québec devrait recevoir le quart des sommes dépensées dans le cadre de la stratégie maritime fédérale.

En réalité, dans le cas particulier des contrats de construction navale, cette part est plutôt de l’ordre de 60%.

L’Alberta et la Saskatchewan n’ont pas accès à la mer. D’autres provinces n’ont pas de chantier de construction navale.

Bref, seuls le Québec (population de 8,1 millions), la Nouvelle-Écosse (0,9 million) et la Colombie britannique (4,7 millions) peuvent obtenir des contrats. De ces trois provinces, le Québec représente 60% de la population.

Donc la ‘juste part’ du Québec est de 60% et non du quart. Mais le gouvernement Couillard semble estimer que le Québec ne doit pas présenter des demandes déraisonnables aux yeux du Canada anglais; il est préférable de se contenter de peu.

La passivité du gouvernement libéral

C’est en 2011 que le gouvernement Harper a accordé les contrats en question.

La décision fédérale a été rendue publique le 19 octobre 2011. Cette date est comprise entre un dépôt du budget du Québec qui haussait substantiellement les frais de scolarité (en mars 2011) et le déclenchement du Printemps érable (le 13 février 2012).

À l’époque de l’annonce fédérale, ‘payer sa juste part’ était une expression utilisée couramment pour justifier l’appauvrissement des étudiants universitaires. Mais pas pour défendre l’économie du Québec.

Maintenant, la mise à pied des 800 travailleurs de la Davie est prévue d’ici un mois. Cette fin abrupte n’est que la conséquence de l’absence de contrats fédéraux. Une absence connue depuis des années.

Que faisaient les responsables libéraux du développement économique du Québec alors que le revenu disponible par personne au Québec passait du 4e rang canadien quand M. Charest a pris le pouvoir en 2003 et glissait lentement pour atteindre cette année le plancher, soit le 10e rang, sous Couillard ? À quoi s’affairait-on ?

La leçon

Les partis indépendantistes — le Parti québécois et Québec Solidaire — doivent transformer les 800 futurs chômeurs de la Davie en 800 indépendantistes.

Ils doivent leur dire que si la Davie ne reçoit pas de contrat du fédéral, c’est que le Québec est la colonie interne du Canada.

En effet, contrairement aux autres pays qui ont leurs colonies sous les tropiques, le Canada a les siennes encastrées dans son territoire; ce sont une multitude de réserves indiennes régies par un apartheid juridique qui vise à leur lente extermination, et le Québec. Le Québec dont on soutire 50 milliards$ de taxes et d’impôt en contrepartie de 9 à 12 milliards$ de péréquation s’il se tient tranquille.

Ces deux formations politiques doivent dire aux Québécois qu’avec l’indépendance, le Québec obtient :
• une zone côtière dans la Baie et le Détroit d’Hudson (limitée à la rive actuellement),
• le contrôle de ses ports (d’où la possibilité d’adopter une véritable stratégie maritime, impossible actuellement), et
• les moyens financiers de soutenir son seul chantier naval en se dotant d’une marine nationale, comme il devra le faire en raison de sa géographie.

Conclusion

La mise à pied de 800 des nôtres est un drame humain qui doit servir de leçon.

N’y voir qu’un cas particulier, c’est favoriser notre amnésie collective et notre passivité devant le colonialisme économique du Canada.

Pour les travailleurs de la Davie, le prix du fédéralisme, c’est le chômage. Par contre, l’indépendance du Québec représente pour eux des emplois à perpétuité.

Références :
Chantier Davie, l’unique mégachantier naval au Canada
Construction navale: le gouvernement Harper aurait faussé le jeu et favorisé Seaspan
Davie, le meilleur chantier naval nord-américain ignoré par les conservateurs
Des employés de Davie à Ottawa pour obtenir des réponses
Halifax, B.C. yards win shipbuilding work


Pour consulter les textes de ce blogue consacrés au prix à payer pour l’appartenance au Canada, veuillez cliquer sur ceci

La Davie et le petit pain fédéraliste
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Culture : la parade du ministre Fortin

19 septembre 2017

Introduction

Lorsque vous achetez un bien sur l’internet, peu importe le pays où se trouve le vendeur, c’est au moment où vous acceptez son offre — en cliquant sur un bouton à l’écran de votre ordinateur — que la transaction s’effectue. En d’autres mots, cette vente est conclue au Canada.

Depuis des années, les entreprises qui vendent des produits culturels sur des supports physiques (CD, DVD) se plaignent qu’ils subissent la concurrence déloyale de ceux qui vendent les mêmes produits dans leur version dématérialisée (iTunes, Netflix, etc.)

Plus criante encore est l’injustice à l’égard des vendeurs canadiens (comme Club Illico et Tou.tv) qui offrent eux aussi la version dématérialisée et doivent facturer la taxe de vente, contrairement à leurs concurrents internationaux.

Depuis juillet dernier, l’Australie taxe les services en ligne.

La lettre du ministre Fortin

Samedi dernier, dans une lettre publiée dans Le Devoir, le ministre québécois de la Culture et des Communications pressait le gouvernement fédéral d’imposer une telle taxe.

Le Québec a le droit constitutionnel de taxer à sa guise les biens et services vendus à ses citoyens même lorsque le Fédéral ne le fait pas.

De plus, selon la Canadian Constitution, la culture est un domaine de compétence constitutionnelle exclusif des gouvernements provinciaux. Voilà pourquoi le gouvernement fédéral n’a pas, officiellement, de ministère de la Culture.

Toutefois, par son pouvoir de dépenser, le gouvernement fédéral fait indirectement ce qu’il ne peut pas faire directement.

La ministre du Patrimoine canadien, Mme Mélanie Joly

Par le biais d’organismes fédéraux comme Radio-Canada, l’Office national du film, Téléfilm Canada et le Conseil des Arts du Canada, le gouvernement canadien exerce une influence considérable sur la création culturelle au pays. Ces organismes relèvent du ministère du ‘Patrimoine’ canadien (sic).

Moins le fédéral taxe la culture, moins il a les moyens d’envahir ce domaine de compétence provinciale.

Il est donc étonnant de voir le ministre québécois de la Culture supplier le fédéral de taxer ces produits culturels alors que la décision fédérale ne le regarde pas et ne l’empêche pas d’agir.

Ce que le ministre feint d’ignorer, c’est qu’il s’agit pour lui d’une occasion extraordinaire puisque si le fédéral refuse de taxer la vente de certains biens ou services, Québec peut taxer le double de sa propre taxe et empocher légalement la part fédérale et la sienne (c’est-à-dire la TPS + la TVQ).

Détourner l’attention

Étranger au milieu culturel, le ministre Fortin est néanmoins un des plus brillants ministres du gouvernement Couillard (ou un des ‘moins pires’, selon le point de vue).

Avocat et détenteur d’une maitrise en science politique, le ministre Fortin sait parfaitement que son gouvernement a les pleins pouvoirs pour agir seul.

S’il fait siennes les préoccupations du milieu culturel et vient pleurnicher publiquement contre le fédéral, c’est pour masquer le fait qu’il a les pieds et les mains liés par un Conseil des ministres pleutre, tétanisé face à la moindre difficulté, et incapable de s’imposer pour défendre ses droits et ses prérogatives.

Seulement auprès des abonnés québécois de Netflix, la taxe de vente québécoise rapporterait douze-millions$ annuellement, selon une étude de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques.

En la doublant afin de combler le vide fédéral, c’est une vingtaine de million$ que Québec pourrait empocher annuellement tout en corrigeant l’injustice faite à ces propres entreprises. Et ce, seulement pour Netflix.

Voilà des sommes qui pourraient aider à stimuler la création artistique québécoise.

Mais il ne le peut pas. Ses collègues réclament sans doute plus d’études, plus de comités, plus de consultations, etc.

Inconfortable au milieu de cette bande d’abrutis, le ministre essaie de détourner l’attention du public en laissant croire que le gouvernement fédéral est responsable de son impuissance alors que le véritable problème est la médiocrité de son gouvernement.

Ce qu’on doit réaliser, c’est que ce type de service en ligne, c’est l’avenir.

Si l’ALÉNA est modifié de manière à couvrir les produits culturels, il sera trop tard pour imposer une nouvelle taxe qui portera atteinte à la profitabilité des entreprises internationales visées par une ‘taxe Netflix’.

Le gouvernement Couillard ne soupçonne pas qu’un des enjeux secrets de la renégociation de l’ALÉNA, c’est de verrouiller l’avantage économique des distributeurs américains de contenu culturel afin d’assurer l’hégémonie de la culture américaine.

L’intérêt de la nation, c’est qu’il se grouille le derrière pendant qu’il en est encore temps.

Mais ce médiocre petit gouvernement provincial, est-il capable de voir plus loin que le bout de son nez ?

Références :
Le commerce électronique : l’Australie s’adapte à la nouvelle réalité
Les défis d’une «taxe Netflix»

Paru depuis :
Québec envisage de taxer Netflix seul (2017-09-22)
Lexique fiscal de la culture numérique (2017-09-23)
Politique culturelle canadienne: abdication ou équité? (2017-09-23)
Publicités sur Facebook et Google: le Canada privé de plus de 700 millions (2018-01-16)

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 75mm F/1,8 — 1/80 sec. — F/1,8 — ISO 6400 — 75 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Doubler les dépenses militaires et la dénaturation du Canada

25 mai 2017
Le ministre canadien de la Défense, M. Harjit Sajjan

Introduction

Depuis l’élection de Donald Trump, les États-Unis accusent les autres membres de l’OTAN de ne pas faire leur juste part dans la défense du monde occidental en raison de l’insuffisance de leur budget militaire.

En réalité, ce reproche n’est pas nouveau mais le nouveau chef d’État américain s’est fait beaucoup plus instant que son prédécesseur à ce sujet.

Qu’en est-il ?

Les dépenses militaires des membres de l’OTAN

En septembre 2014, les pays membres de l’OTAN se sont entendus pour augmenter leurs budgets militaires de manière à ce qu’en 2024, le niveau de leurs dépenses atteigne un minimum de 2% de leur produit intérieur brut (PIB).

Les motifs d’un tel engagement sont obscurs.

D’une part, il est vrai que depuis plusieurs années, la Russie et la Chine augmentent leurs dépenses militaires.

Si on exclut le cas particulier du nombre d’ogives nucléaires (dont la Russie possède un stock vieillissant mais toujours supérieure à celui des États-Unis), la supériorité américaine est écrasante; on estime que la force militaire américaine est de cinq à dix fois supérieure à celle de la Russie.

Conséquemment, même au taux d’augmentation actuel, ni la Russie ni la Chine ne sont en train de rattraper leur retard sur les États-Unis.


 
En 2016, des 28 membres de l’OTAN, seuls six respectaient déjà l’engagement pris pour 2024 : ce sont Les États-Unis, la Grèce, l’Estonie, le Royaume-Uni et la Pologne.

En montants absolus, leurs budgets militaires ne sont pas nécessairement les plus élevés mais ils sont les plus importants relativement à la taille de leur économie.

À 3,6% du PIB, le budget militaire américain est le plus élevé en raison d’une politique étrangère belliqueuse qui les amène utiliser la force militaire et à déclencher des guerres prédatrices sous n’importe quel prétexte. Par la même occasion, cela leur permet de tester l’efficacité et la fiabilité de leur matériel de pointe.

Pourquoi la Grèce, si endettée, est-elle en deuxième position avec 2,4% ? Parce qu’elle inclut le cout de la défense de ses frontières dans le calcul de ses dépenses militaires. Or la Grèce est à l’avant-scène de la crise migratoire européenne.

Ex-république soviétique et pays voisin de la Russie, l’Estonie vit dans la hantise d’un envahissement russe et de la déstabilisation de son économie par des agitateurs à la solde de Moscou. Son budget militaire (2,2%) en est le reflet.

De la troisième place en 2015, le Royaume-Uni occupe maintenant la quatrième en 2016 (avec 2,2%) puisque ce pays n’a plus les moyens de continuer d’être le fidèle accompagnateur des États-Unis dans leurs entreprises guerrières.

De 1990 à 2013, la Pologne a réduit ses dépenses militaires de 2,4% à 1,8%. Elles ont remonté à 2,0% depuis pour une raison précise; ce pays ambitionne de devenir un exportateur d’armement et, entretemps, subventionne massivement le développement d’un complexe militaro-industriel national.

Le cas canadien

Le Canada n’a que quatre voisins : la Russie, les États-Unis, les iles Saint-Pierre et Miquelon, et le Groenland.

La Russie ne se risquerait pas à envahir le Canada puisque cela mettrait en péril l’approvisionnement des États-Unis en matières premières et provoquerait immédiatement l’entrée de ce pays en guerre.

Si devenir un champ de bataille n’est jamais une perspective intéressante pour aucun pays, il est illusoire de penser que doubler nos dépenses militaires changerait l’issue d’un conflit.

Pour ce qui est des Américains, on voit mal pourquoi ils utiliseraient la force afin de s’emparer de ressources qu’ils obtiennent déjà pacifiquement.

Quant à la menace d’une attaque par les milices de Saint-Pierre et Miquelon ou par les Esquimaux du Groenland, notre budget militaire actuel devrait suffire à nos protéger de cette redoutable menace.

La dénaturation du Canada

Ce dont il est question ici, ce n’est pas de hausser de 1% le budget fédéral consacré aux dépenses militaires mais de consacrer à ce poste budgétaire une somme supplémentaire équivalent à 1% du PIB.

Le PIB du Canada est de 1 551 milliards$. Il s’agit donc de dépenser quinze-milliards$ de plus par année à ce sujet.

C’est l’équivalent de l’important contrat de blindés canadiens achetés par l’Arabie saoudite. Sauf qu’il ne s’agira pas d’une dépense étalée sur plus d’une décennie, mais répétée annuellement par le Canada.

De plus, comme le contrat défunt des chasseurs F-35, il est à prévoir qu’il s’agira en bonne partie pour le Canada d’achats d’armements américains pour lesquels notre pays n’obtiendra que très peu de retombées économiques.

Les différents postes budgétaires de l’État sont des vases communicants. Dans la perspective où les États-Unis s’apprêtent à réduire substantiellement l’impôt des entreprises, où donc l’État canadien trouvera-t-il l’argent supplémentaire pour la Défense nationale sinon en diminuant le filet de protection sociale qui constitue une caractéristique fondamentale du pays ?

En somme, que les Canadiens élisent un gouvernement de gauche ou de droite, il suffit de doubler les dépenses militaires canadiennes pour forcer le gouvernement fédéral à virer à Droite, peu importe la volonté exprimée démocratiquement par les citoyens du pays.

Et toute réduction appréciable du taux d’imposition aux entreprises décrété par Washington rendra encore plus inévitable et dramatique le démantèlement du filet de protection sociale canadien, devenu trop onéreux.

Sur les 250 milliards$ de dépenses fédérales, la majorité de cette somme est incompressible. Pour accroitre les dépenses militaires de quinze-milliards$, le choix de l’État fédéral sera entre hausser de beaucoup la fiscalité des particuliers ou effectuer des coupures draconiennes dans les postes budgétaires autres que celui de la Défense nationale.

Sous les motifs obscurs d’engagements internationaux, ce dont il est question est d’obliger le Canada à revêtir volontairement une camisole de force budgétaire qui le condamne à appauvrir son propre peuple pour engraisser le complexe militaro-industriel américain.

Références :
Le Canada prêt à doubler son budget de défense d’ici 2024
Les dépenses de défense des pays de l’OTAN (2009-2016)
Les pays de l’Otan dépensent toujours moins en matière de défense
Les 25 ans de l’OTAN
Ottawa tente de comptabiliser différemment ses dépenses militaires
Sommet de l’OTAN sous pression pour Justin Trudeau
Trump qualifie l’OTAN d’organisation «obsolète»
Quels pays ont le plus augmenté leur budget militaire? La réponse en carte

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 75mm F/1,8 — 1/160 sec. — F/1,8 — ISO 6400 — 75 mm

Doubler les dépenses militaires et la dénaturation du Canada
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Écrit par Jean-Pierre Martel


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