L’influence étrangère par le biais des relations publiques

16 mai 2019


 
Une pénurie chronique de journalistes

Une étude publiée au début de cette année révélait l’influence des firmes de relations publiques sur les nouvelles qui nous parviennent.

Les quotidiens analysés furent La Presse et Le Devoir de Montréal, Le Nouvelliste de Trois-Rivières, Le Quotidien de Chicoutimi, Le Soleil de Québec et Le Journal de Montréal.

En 1988, 47,2 % des articles écrits par des journalistes québécois se basaient sur des informations fournies par des relationnistes de presse. De nos jours, cette proportion atteint environ les trois quarts des 214 articles maison scrutés par les chercheurs.

En contrepartie, on note une diminution des articles basés sur une source unique de renseignements; leur proportion est passée de 29,6 % à 10,5 %.

Ces données ne concernent pas les articles qui sont la reproduction telle quelle de dépêches émises par des agences de presse.

Depuis des années, les quotidiens subissent une érosion de leurs revenus, grugés par la concurrence de la publicité sur l’internet.

Si bien que le nombre de journalistes à leur emploi diminue d’une ‘rationalisation des effectifs’ à l’autre. D’où le recours croissant aux dépêches d’agences de nouvelles.

L’exemple saoudien

Soucieuse de son image, la dictature saoudienne est cliente de plusieurs parmi les plus influentes firmes de relations publiques. Ces dernières ont reçu plus de 35 millions $US au cours des deux dernières années, soit depuis la montée en puissance du prince héritier saoudien.

Parmi ces firmes, on compte l’américaine OmniComm (No 2 mondial), les britanniques Freud’s et Consulum, les françaises Havas et Publicis.

Dans le but d’exercer directement son influence sur la classe politique britannique, la dictature saoudienne a dépensé 350 000 $Can en voyages offerts gratuitement à 41 parlementaires anglais au cours des trois dernières années.

Le gentil prince saoudien

Le Canada s’étant brouillé avec de nombreux pays, son influence diplomatique est presque nulle.

Même s’il le voulait, le Canada ne pourrait pas constituer une menace sérieuse pour la dictature saoudienne.

Celle-ci se contente donc d’exercer son influence par le biais des associations musulmanes qu’elle finance et du clergé sunnite qui lui est inféodé.

Peu de sénateurs canadiens effectuent des voyages payés par la dictature saoudienne. Au Canada, ce sont des Émirats arabes unis (une pétromonarchie vassale de l’Arabie saoudite) qui paient une partie appréciable des voyages offerts gratuitement à nos sénateurs.

Quant à nos médias, leurs nouvelles internationales ne sont presque jamais rédigées par des correspondants à l’Étranger. Nos quotidiens reproduisent passivement des dépêches d’agences de nouvelles, elles-mêmes alimentées par les firmes de relations publiques.

Cette propagande finit par influencer nos propres journalistes.

En janvier 2018, dix mois avant l’affaire Khashoggi, la journaliste québécoise Michèle Ouimet — spécialiste autoproclamée de l’Arabie saoudite — publiait dans de La Presse une série de reportages au sujet du ‘Printemps saoudien’.

La journaliste de La Presse y décrivait avec enthousiasme le vent de modernisme qui soufflait sur le pays depuis l’avènement du prince Mohammed ben Salmane.

Avec le recul du temps, il est clair que la journaliste s’est laissée trompée par les colifichets qu’on agitait sous ses yeux.

Quant à Marie-Ève Bédard de Radio-Canada, ses articles
y vantaient l’Islam modéré que le prince saoudien voulait implanter. C’était avant qu’on découvre que, parmi les grandes avancées du régime, figurait le démembrement des dissidents à la tronçonneuse.

Conclusion

Autrefois, les médias traditionnels exerçaient une influence déterminante sur l’opinion publique. À titre d’exemple, c’est par eux qu’on amenait les peuples à se faire la guerre.

Ce n’est plus vrai.

Les firmes de relations publiques sont les nouveaux sorciers de la manipulation de masse. C’est par eux que des gouvernements étrangers exercent leur influence chez nous.

Dans les pays totalitaires où il est impossible de savoir ce qui s’y passe vraiment, il suffit à ces dictatures de recourir à des firmes de relations publiques pour alimenter les agences de presse de nouvelles fallacieuses qui se retrouveront nécessairement dans nos médias.

Et il suffit à ces pays d’offrir des faveurs à nos parlementaires pour boucler l’emprise qu’exercent ces pays sur notre politique étrangère.

Références :
Canadian MPs and their extravagant gifts. Is this bribery?
Inside Saudi Arabia’s scramble to recruit PR firms and turn the tide of international opinion/
Le printemps saoudien
Médias: forte hausse de la présence des relations publiques dans les articles
Nomination des juges: les limites de la Libéraliste
Plus de liberté pour les femmes saoudiennes
Publicis, Havas, Image 7… Ces communicants que l’Arabie saoudite paie à prix d’or/a>
Saudi Arabia pays UK firms millions to boost image
Sénat: Julie Miville-Dechêne dénonce les voyages payés par des pays tiers
Vent de changement en Arabie Saoudite

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Corruption fédérale : les voyages forment la vieillesse

11 mai 2019

Introduction

Un des grands tabous de la politique canadienne est la corruption au sein du gouvernement fédéral.

Il faut remonter aussi loin qu’en 2004, au scandale des commandites, pour rencontrer une affaire au cours de laquelle l’argent du gouvernement canadien a été partiellement détourné de ses fins pour aboutir dans la caisse d’un parti politique.

Les tribunaux ont sanctionné les agences de publicité qui ont versé illégalement des sommes à la caisse du Parti libéral du Canada. Mais aucun fonctionnaire ni aucun politicien libéral n’a été condamné pour avoir accepté cet argent.

Ce ne sont pas les tribunaux, mais l’électorat qui a puni le parti politique impliqué en le reléguant dans l’opposition pendant près d’une décennie.

Les fonctionnaires

L’ex-président de la Société des ponts fédéraux est actuellement accusé d’avoir accepté pour 1,5 million$ de pots-de-vin de la part de SNC-Lavalin.

Il est rare que des cas de corruption fédérale se retrouvent sur la place publique, peu importe les sommes impliquées.

Dans ce cas-ci, la Direction des poursuites pénales en a saisi les tribunaux afin de justifier subtilement son refus d’ouvrir une procédure de poursuite suspendue pour SNC-Lavalin. L’important ici est moins de punir le fonctionnaire corrompu que de souligner publiquement que la main corruptrice est celle de SNC-Lavalin.

D’habitude, les cas sont réglés derrière des portes closes. Si bien qu’on n’en entend jamais parler.

Il n’existe aucune donnée quant au nombre de fonctionnaires fédéraux impliqués et quant au sort qui leur est réservé.

La magistrature

La Commission Bastarache a révélé que le critère premier pour accéder à la magistrature québécoise fut, pendant des années, non pas la compétence, mais l’allégeance politique.

Concrètement, au bureau du premier ministre, une fonctionnaire avait pour tâche d’apposer un collant jaune Post-It™ sur le dossier des ‘bons’ candidats parmi ceux que le ministre de la Justice se proposait de soumettre au Conseil des ministres.

Un bon candidat était celui qui avait contribué à la caisse électorale du Parti libéral du Québec, sollicité des fonds ou effectué du bénévolat lors des campagnes électorales. Selon l’ex-ministre de la Justice du Québec, pas de Post-It™ sur un dossier, pas de nomination à la magistrature.

Cette pratique, instituée par Jean Charest en 2003, aurait cessé lorsque ce dernier a été chassé du pouvoir en 2012.

Qu’en est-il au niveau fédéral ?

Un éditorial récent du Devoir nous révélait que la nomination à la magistrature fédérale se fait après consultation d’une liste d’avocats partisans du Parti libéral du Canada.

Selon le ministre fédéral de la Justice, David Lametti, cette consultation n’affecte aucunement l’issue du choix effectué par le Conseil des ministres.

On se demande pourquoi on se donne la peine de consulter la liste des avocats ‘amis’ avant de procéder à une nomination si cela est inutile…

Dans un État de droit, la séparation des pouvoirs exige que l’État s’abstienne de mettre son nez dans le processus judiciaire. Une fois nommé juge, ce dernier n’est soumis qu’à l’autodiscipline que lui impose sa profession.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’autodiscipline des juges n’a jamais fait mourir personne.

L’émission The Fifth Estate révélait en 2017 que le juge Randall Bocock et son épouse, de même que le juge Denis Pelletier, avaient participé à un cocktail financé par un cabinet d’avocats spécialisé dans la fraude fiscale destinée à tromper le fisc canadien.

À la suite de ces révélations, le juge Bocock s’est récusé dans une cause qu’il avait pourtant accepté d’entendre et dans laquelle l’accusé était justement défendu par ce cabinet d’avocats.

Les politiciens

Copiée sur le modèle québécois, la loi fédérale au sujet du financement politique limite sévèrement l’importance des sommes d’argent qu’on peut offrir aux politiciens fédéraux. Pour Ottawa, le politicien nait le jour de son élection à titre de candidat à une élection fédérale.

Avant d’être choisi représentant d’une formation politique, le candidat à l’investiture de son parti peut accepter toutes les contributions qu’on peut lui faire. C’est la faille ‘Vaillancourt’, dénoncée sur ce blogue en 2010, mais qui n’a toujours pas été colmatée.

Sénatrice depuis moins d’un an, Julie Miville-Dechêne est une nouvelle venue en politique. À son arrivée en fonction, elle a été surprise de constater qu’accepter des voyages payés par des gouvernements étrangers était parfaitement ‘normal’.

C’est ainsi que le député conservateur Pierre Poiliève et son épouse ont profité de 11 705 $ de voyages payés par le gouvernement de Taïwan. Quant à la députée NPD Ruth-Ellen Brosseau, elle a fait un voyage de 11 705 $ en Israël, gracieuseté d’intérêts israéliens.

Au total, c’est plus de 600 000 $ en voyages gratuits qui ont été payés par des gouvernements étrangers à des parlementaires fédéraux. Le tout de manière parfaitement légale parce que rien ne s’y oppose.

Le gouvernement fédéral n’y voit pas d’objection puisque ces voyages aident les parlementaires à mieux connaitre les dossiers qu’ils auront à traiter.

À l’époque où il était député et ministre fédéral, John McCallum a effectué pour 73 000 $ de voyages en Chine pour le compte de ce pays. Et ce, sans savoir qu’il serait nommé un jour ambassadeur du Canada en Chine.

Est-ce que cela a influencé son jugement ou sa loyauté envers le Canada ? Pas du tout, selon le gouvernement canadien.

Pourtant, l’ambassadeur McCallum a été destitué de ses fonctions deux ans après sa nomination en raison de propos qu’il a tenus au sujet de l’affaire Huawei (propos où il se désolidarisait avec la position canadienne à ce sujet).

Conclusion

Un demi-million$ en voyages payés par des gouvernements étrangers, c’est de la corruption légalisée.

Tant au niveau de la magistrature que des parlementaires, l’extrême laxisme qui règne au niveau fédéral au sujet des conflits d’intérêts doit changer.

En particulier, il est totalement inacceptable que des décideurs publics soient captifs de pays étrangers — et donc soumis à leur propagande — pendant toute la durée des voyages qu’on leur offre.

La prochaine fois que vous n’arriverez pas à comprendre pourquoi le gouvernement fédéral refuse obstinément de satisfaire une volonté populaire qui coïncide avec l’intérêt national, c’est que quelqu’un, quelque part, est complice d’intérêts particuliers.

Références :
Affaire KPMG : un juge se récuse
Canadian MPs and their extravagant gifts. Is this bribery?
Corruption : la faille « Vaillancourt » doit être colmatée
Juges et cocktails commandités : le Conseil de la magistrature n’y voit pas de problème
L’ex-président de la Société des ponts fédéraux accusé d’avoir été corrompu par SNC-Lavalin
L’utilité de la Commission Bastarache
Nomination des juges: les limites de la Libéraliste
Scandale des commandites
Sénat: Julie Miville-Dechêne dénonce les voyages payés par des pays tiers

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Écrit par Jean-Pierre Martel


SNC-Lavalin et la démocratie canadienne

2 mars 2019
Siège social canadien de SNC-Lavalin

En septembre dernier, Mme Kathleen Roussel, directrice des poursuites pénales, a tranché : au nom de l’État canadien, le ministère de la Justice refuse de permettre à SNC-Lavalin de bénéficier d’une procédure d’accord de poursuite suspendue (APS).

Cette décision a déclenché une lutte de pouvoir au sein de l’État canadien entre la machine de l’État et son interface ministérielle.

Le gouvernement canadien s’est doté d’une procédure d’APS. Et il y a tout lieu de croire qu’on a adopté la législation à ce sujet précisément pour régler le cas de SNC-Lavalin.

En dépit de la volonté politique exprimée par le parlement, le cabinet de Me Roussel a décidé que SNC-Lavalin ne profiterait pas d’une telle procédure.

De manière générale, le refus systématique du gouvernement canadien d’accorder au Québec sa juste part des contrats fédéraux ne peut s’expliquer que par un biais d’une fonction publique à 92% unilingue anglaise qui partage avec l’ethnie dominante du pays les mêmes préjugés et la même hostilité à l’égard du Québec.

Conférer un pouvoir absolu à cette machine étatique hostile, c’est permettre au colonialisme canadien d’opérer secrètement sans qu’on puisse y faire quoi que ce soit, même en changeant de gouvernement.

Devant le comité parlementaire qui enquête à ce sujet, il est essentiel d’entendre la directrice canadienne des poursuites pénales afin de comprendre pourquoi une procédure d’APS est refusée à un fleuron de l’économie québécoise alors qu’on l’accorderait sans hésitation à n’importe quelle minière ontarienne.

Seul son témoignage peut donner un aperçu de la mentalité qui prévaut derrière l’interface ministérielle du gouvernement fédéral.

Dans tout procès important, le tribunal justifie ses motifs en rendant une décision écrite. Car l’indépendance des tribunaux s’accompagne d’une obligation à la transparence. Sans cela, il n’y a pas de démocratie.

Seuls les tribunaux militaires, reconnus pour leur justice expéditive frôlant l’arbitraire, agissent en catimini.

Ici l’affaire est simple; un comité de grands mandarins — le cabinet opaque de Me Kathleen Roussel — tente de faire échec à la volonté politique exprimée par le législateur, celle de régler les cas de corruption — à commencer par celui de SNC-Lavalin — par le biais d’une procédure d’APS.

Sans avoir à justifier ses décisions, ce simili-tribunal secret veut décider seul de la vie ou de la mort des grandes entreprises coupables de corruption et du sort de leurs milliers d’employés.

Nous ne devons pas être dupes. Ce qui est en cause, ce n’est pas l’indépendance de la Justice, mais le pouvoir absolu qu’entend exercer dans l’ombre la machine coloniale de l’État canadien.

Parus depuis :
Ruling of the Fededral Court: SNC-Lavalin vs The Director of Public Prosecutions (2019-03-08)
Décision de la Cour fédérale : SNC-Lavalin vs la Direction des poursuies pénales (2019-03-11)
Les ententes de réparation sont populaires… et payantes (2019-03-22)

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 — 1/80 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 12 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Syrie : Terroristes à donner

28 février 2019

Introduction

À l’appel, entre autres, de l’État islamique, des milliers de mercenaires étrangers sont venus combattre en Syrie.

Maintenant que la guerre y tire à sa fin se pose la délicate question de savoir quel sort doit être réservé aux mercenaires (et leurs familles) qui ont survécu au conflit.

Rappel afghan

À la fin officielle de la guerre en Afghanistan, l’armée du Nord — victorieuse, grâce à l’appui des Américains — avait désarmé et renvoyé dans leurs villages respectifs les Talibans afghans capturés.

Pour les vainqueurs, leurs concitoyens étaient essentiellement de pauvres jeunes paysans enrôlés par des fanatiques financés de l’Étranger.

Quant aux autres Talibans prisonniers, reconnaissables à leur langue ou leur accent, la très grande majorité d’entre eux furent massacrés.

Ce massacre se déroula en deux étapes :
• à l’occasion d’une mutinerie à la prison de Qalat-e-Janhi, où environ 470 Talibans trouvèrent la mort, et
• le transport à la forteresse de Kalai Zeini de cinq-mille Talibans étrangers sous le soleil de plomb de l’Afghanistan.

Ceux-ci étaient entassés dans des conteneurs à l’intérieur desquels la presque totalité d’entre eux sont morts d’hyperthermie et de déshydratation. Les rares survivants ont succombé aux mauvais traitements infligés une fois rendus à destination.

À l’heure actuelle, le sort qui attend les prisonniers en Syrie est incertain.

La politique américaine à ce sujet

Le 16 février dernier, Donald Trump a été clair : les pays européens doivent rapatrier et juger 800 de leurs ressortissants capturés en Syrie.

Mais cinq jours plus tard, le président américain s’opposait au retour aux États-Unis d’une Américaine ayant rejoint l’État islamique en 2014.

Comme souvent, le message américain est : faites ce que je dis et non ce que je fais.

La politique française

Lors de la reconquête de Mossoul (la deuxième ville d’Irak), 1 200 membres des forces spéciales françaises ont rémunéré des soldats irakiens afin qu’ils traquent et exécutent les mercenaires français dotés de pouvoirs de commandement au sein de l’État islamique.

À cette fin, les militaires français leur ont fourni les noms (et noms de guerre) d’une trentaine de Français recherchés, de même que les photos de quelques-uns d’entre eux.

Ceci est en Irak. Mais qu’en est-il en Syrie, où se trouve la grande majorité des djihadistes français toujours en vie ?

En octobre dernier, les forces kurdes de Syrie ont fait savoir aux pays occidentaux que l’emprisonnement des mercenaires étrangers représentait un fardeau financier et qu’à défaut d’être pris en charge par leurs gouvernements respectifs, ces centaines de terroristes seraient remis en liberté.

Cela deviendrait inévitable si la Turquie devait profiter du retrait américain pour lancer une vaste offensive contre les forces kurdes de Syrie. La défense de leurs installations carcérales deviendrait alors le moindre de leurs soucis.

Les prisons kurdes comptent 800 hommes étrangers, 700 femmes et 1 500 enfants.

Légalement, le seul pays qui a autorité pour juger ces mercenaires, c’est celui où leurs crimes ont été commis, soit la Syrie.

Au cours de cette guerre, la France a violé à de multiples reprises l’espace aérien syrien, a bombardé ce pays et y a soutenu les forces rebelles. Bref, la France est ennemie du gouvernement syrien actuel.

On voit mal ce qui motiverait le régime de Bachar el-Assad à rendre service à la France en acceptant de juger ses ressortissants

Voilà pourquoi la France procède à des négociations avec l’Irak pour que ce pays accepte de les prendre en charge et de les juger.

Aux défenseurs des droits de la personne qui s’inquiètent d’une possible condamnation à la peine de mort en Irak, Paris affirme que la France interviendra alors auprès des autorités pour demander — du bout des lèvres, évidemment — que cette peine ne soit pas exécutée.

Tout cela est un peu académique puisqu’il est douteux que les tribunaux irakiens aient autorité pour sanctionner des crimes commis hors des frontières du pays.

La politique britannique

On compte au moins 700 citoyens britanniques partis vers la Syrie ou l’Irak, dont environ 300 en sont revenus.

Dans 90 % des cas, les tribunaux britanniques innocentent les djihadistes pour insuffisance de preuve.

Conséquemment, Londres estime que ses ressortissants doivent être jugés dans la région où leurs crimes ont été commis.

Et tout comme la France, la Grande-Bretagne s’est préparée à la fin de la guerre.

Plutôt que des assassinats ciblés, Londres a choisi la déchéance de citoyenneté comme moyen d’empêcher les djihadistes anglais de revenir chez eux.

Le droit international interdit la déchéance de citoyenneté lorsqu’elle crée des êtres apatrides. Seules les personnes qui ont plusieurs nationalités peuvent être déchues de l’une d’entre elles.

D’où l’intérêt de se hâter à déchoir. Depuis 2016, la Grande-Bretagne a déchu de leur citoyenneté environ 120 de ses ressortissants. C’est ça de moins au pays.

En comparaison, l’Italie a retiré la citoyenneté italienne à environ deux-cents personnes.

La politique canadienne

Pour revenir au pays, les djihadistes canadiens ont besoin d’un nouveau passeport puisque celui qu’ils avaient à leur arrivée en Syrie a été confisqué par Daech (afin d’empêcher les désertions).

Pour rentrer au pays, le djihadiste doit non seulement s’enfuir du califat, mais contacter une ambassade ou un consulat canadien afin d’obtenir un nouveau passeport qui lui permettra d’acheter un billet d’avion pour le Canada.

Le pays est tenu d’honorer toute demande de ses ressortissants en vertu de ses obligations internationales.

La soixantaine de djihadistes canadiens qui l’ont fait ne sont que la pointe de l’iceberg. Leur nombre n’a pas augmenté en 2017, ce qui témoigne en réalité des difficultés à s’échapper du califat encerclé.

Une bonne partie de ceux qui y sont encore mourront probablement les armes à la main.

Le nombre de djihadistes à rapatrier devait augmenter substantiellement après la chute d’Idlib.

Devenue une prison à ciel ouvert, cette province syrienne accueille depuis des années des milliers de djihadistes encerclés qui ont accepté de quitter les lieux pour Idlib à chaque fois que l’ONU négociait une trêve.

Après avoir laissé ces milices s’entretuer entre elles, l’Occident a eu la surprise de voir Al Qaïda prendre le contrôle d’Idlib le mois dernier.

Le jour où l’assaut sera donné par les forces gouvernementales et leurs alliés, un nombre inconnu de djihadistes canadiens seront capturés et s’ajouteront à ceux qui devront être jugés quelque part.

Un seul djihadiste canadien qui rentre au pays pour y commettre un attentat terroriste est un djihadiste de trop.

Le mirage d’un procès juste au pays

Au Québec, la Direction des poursuites criminelles et pénales (DPCP) n’a pas réussi à réunir suffisamment de preuves pour obtenir la condamnation d’un seul des dirigeants d’une compagnie ferroviaire qui a tué 47 personnes à Lac-Mégantic.

On peut donc douter que la DPCP soit capable de réunir suffisamment de preuves pour faire condamner n’importe quel djihadiste qui a commis ses méfaits à des milliers de kilomètres d’ici.

Il s’agit ici de preuves qu’il faudrait obtenir de témoins qui parlent kurde ou arable. Et auprès de gens qui pourraient être réticents à venir témoigner au Québec, le premier endroit en Occident où des Musulmans en prière se font tirer dans le dos.

Seul un procès dans le pays où les crimes ont été commis peut se dérouler normalement.

Un citoyen canadien qui commet un homicide aux États-Unis est passible de la peine de mort. S’il commet le même crime en Irak, c’est pareil. Où est le problème ?

L’idée de rapatrier les djihadistes pour les juger ici est d’autant plus difficile à justifier lorsqu’on tient compte de l’engorgement des tribunaux canadiens.

En prison, les accusés auront tout le temps de faire des convertis à leur cause.

Pour chaque procès finalement avorté contre un djihadiste au Canada, on retarde l’ensemble des causes en attente. Et certains malfaiteurs profiteront de l’arrêt Jordan pour obtenir l’abandon de toutes les procédures contre eux.

Bref, rapatrier les djihadistes canadiens est une très mauvaise idée.

Références :
Donald Trump demande aux Européens de rapatrier leurs jihadistes prisonniers en Syrie
En Irak, le sort des djihadistes français “est plus diplomatique que juridique”
France’s Special Forces Hunt French Militants Fighting for Islamic State
La Belgique pourra expulser vers le Maroc Malika El-Aroud, « la veuve noire du djihad »
La voie à suivre
Le Canada sommé de rapatrier ses djihadistes
Le sort des djihadistes français en Irak
L’Europe divisée sur le sort de ses ressortissants partis rejoindre l’Etat islamique en Syrie
Massacre à la citadelle
Massacre de Dasht-i Leili
Ottawa n’appréhende pas de retour massif de djihadistes
Sidération à Idlib après la conquête éclair des djihadistes
Trump demande aux alliés européens de rapatrier leurs ressortissants retenus en Syrie
Trump s’oppose au retour au pays d’une femme ayant rejoint l’EI
Who has been stripped of UK citizenship before Shamima Begum?

Parus depuis :
Les pays nordiques opposés au retour des djihadistes (2019-03-05)
Comment gérer le retour des combattants partis en Syrie? (2019-03-16)
Le Danemark aurait préféré voir ses djihadistes mourir en Syrie (2019-03-27)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


SNC-Lavalin et l’ex-ministre de la Justice : le dilemme de Justin Trudeau

21 février 2019


 
Introduction

À la fin de ce mandat, les deux seules réalisations majeures du gouvernement Trudeau auront été la légalisation du cannabis et le rapprochement avec les peuples autochtones du pays.

Les autres dossiers — Netflix, paradis fiscaux, réforme du mode de scrutin, nouvel ALÉNA — sont une suite de capitulations et de promesses brisées.

Dans le cas des Autochtones, l’ambition de Justin Trudeau est beaucoup plus vaste qu’un simple rapprochement interculturel; son but est l’abolition de la Loi sur les Indiens, remplacée par une série de traités modernes négociés avec les peuples autochtones du pays.

L’exemple du père

Pierre-Elliott Trudeau, père de Justin, avait beaucoup voyagé. Il savait que les réserves indiennes du Canada avaient servi de modèles à l’apartheid en Afrique du Sud. Et il était parfaitement conscient qu’elles discréditaient le Canada en tant que défenseur des droits de la personne sur la scène internationale.

En tant que premier ministre, il annonçait en 1969 son intention d’éliminer le concept d’Indien et le ministère des Affaires indiennes.

Dans ce but, il avait nommé un de ses meilleurs amis, Jean Chrétien, à la tête du ministère des Affaires indiennes.

À eux deux — l’un premier ministre, l’autre ministre responsable — ils croyaient être en position de force pour faire bouger les choses.

Malheureusement, ils ont vite réalisé les limites des pouvoirs que possède l’interface ministérielle à Ottawa lorsqu’elle doit affronter la machine de l’État qui travaille dans leur ombre. Une machine sur les épaules desquels repose la pérennité du système colonial canadien.

Invoquant d’innombrables traités — le Traité de Westphalie de 1649, le traité de Paris de 1764, et une multitude de traités obtenus frauduleusement par l’occupant anglais — des juristes, des experts, des consultants, des constitutionnalistes et des historiens chevronnés sont venus expliquer à nos deux politiciens intrépides que le statut juridique des Autochtones canadiens était un château de cartes prêt à s’effondrer au moindre souffle.

Ce qui risquerait de donner naissance à d’innombrables procès remettant en cause la souveraineté de l’État canadien sur une partie du territoire national.

Bref, il fallait surtout ne toucher à rien.

Et face à Trudeau-Chrétien, les peuples autochtones eux-mêmes s’opposaient à un projet décidé au sommet de l’État canadien sans leur consentement.

Le fils Trudeau prend le relai

Cinquante ans plus tard, son fils Justin entreprend la tâche de réformer l’État colonial canadien, parfaitement conscient des difficultés rencontrées par son père.

À cette fin, Justin Trudeau a adopté une politique de réconciliation nationale destinée à vaincre la méfiance des peuples autochtones et les amener éventuellement à discuter puis à conclure l’équivalent moderne de la Grande Paix de Montréal de 1701.

Et pour leur inspirer encore plus confiance, il nomme une Autochtone au Conseil des ministres fédéral, une première dans l’histoire du pays.

Le ministère qu’il lui donne n’est pas n’importe lequel; c’est le ministère de la Justice. Celui-ci occupera une place cruciale dans les discussions de paix visant à établir le cadre législatif du ou des traités à conclure avec les peuples autochtones.

Mais en politique, il arrive souvent que les choses ne se passent pas comme prévu.

Les surprises de la politique

Née en 1911, la firme d’ingénierie SNC-Lavalin porte un lourd passé de corruption remontant à l’époque où cela était généralisé.

Mais les temps ont changé et SNC-Lavalin n’a pas changé à temps, encouragé dans ses mauvaises habitudes par un des gouvernements les plus corrompus de l’histoire récente du Québec.

Pris à plusieurs reprises la main dans le sac, SNC-Lavalin doit conclure avec le fédéral un Accord de poursuite suspendue (APS) si elle veut éviter la faillite.

Ces accords servent à suspendre des poursuites criminelles en contrepartie de quoi, l’entreprise en cause doit admettre ses torts, payer une amende, prouver qu’elle s’est purgée de ses dirigeants fautifs et accepter la présence d’un surveillant externe dans ses affaires tant qu’existent des risques de récidives.

SNC-Lavalin veut se soumettre à de tels accords. Le gouvernement Trudeau a adopté l’an dernier une loi permettant ceux-ci… et puis, plus rien ne se produit.

Le bureau du premier ministre a donc essayé de savoir où se trouvait le blocage qui empêchait SNC-Lavalin de se prévaloir des dispositions de la loi C-74.

Puisque l’ancienne ministre de la Justice refusait de s’en mêler, le premier ministre n’avait pas besoin de lui donner des ordres; il suffisait de la remplacer. C’est ce qu’il a fait.

Dans un dossier capital pour l’économie canadienne, que Justin Trudeau ait destitué une ministre qui n’agissait pas dans l’intérêt national tel qu’il le conçoit, cela est parfaitement légitime.

Après avoir été rétrogradée à un ministère moins important, l’ancienne ministre de la Justice provoquait dernièrement un scandale en démissionnant du Cabinet et en reprochant à Justin Trudeau d’avoir fait pression sur elle dans le dossier de SNC-Lavalin.

Normalement, lorsqu’une personne politique agit ainsi, toute la machine de propagande de l’État se déchaine contre elle afin de détruire sa crédibilité. Pourtant, Justin Trudeau semble la ménager. Pourquoi ?

Analyse spéculative

Justin Trudeau pile sur des œufs.

S’il condamne publiquement l’ex-ministre, il envoie le signal à ses troupes de s’en prendre à la réputation de celle-ci. Avec le risque que le débat dégénère et que ses partisans les plus zélés s’en prennent à l’appartenance ethnique de l’ex-ministre.

Or des attaques racistes compromettraient le grand dessein qu’il a conçu pour sceller une nouvelle alliance avec les peuples autochtones.

Justin Trudeau évitera de rompre les ponts avec la députée dissidente tant qu’il n’aura pas abandonné le désir secret de la voir réintégrer le Conseil des ministres afin de l’aider à mettre en œuvre ce qui pourrait être la plus grande réalisation de son deuxième mandat… s’il est réélu.

Pour l’instant, tous ses adversaires politiques et tous les médias anglo-canadiens crient au scandale à partir de ce qui semble n’être qu’un simple quiproquo.

Le ‘scandale’ trouve donc un écho favorable auprès d’un auditoire qui veut désespérément croire que l’ex-ministre de la Justice a été sacrifiée sur l’autel des intérêts du Québec.

D’où la question : que faisons-nous dans le même pays que ces gens-là ?

Références :
Loi sur les Indiens
SNC-Lavalin vs la machine de l’État canadien

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Écrit par Jean-Pierre Martel


SNC-Lavalin vs la machine de l’État canadien

12 février 2019


 
L’exemple américain

Depuis plusieurs années, les États-Unis se sont donné comme mission d’assainir la gouvernance des pays en voie de développement.

En 1977, le Foreign Corrupt Practices Act est adopté. Celle-ci interdit le versement de pots-de-vin par des compagnies américaines à des gouvernements étrangers.

Conscients que cette loi plombe la compétitivité de leurs propres entreprises, les États-Unis ont étendu en 1998 cette loi hors de leurs frontières, selon le principe de l’extraterritorialité du droit américain.

En vertu de ce principe, les États-Unis se donnent le droit de poursuivre des entreprises qui ne sont pas américaines pour des actions commises à l’Étranger, lorsque ces entreprises ont un lien avec les États-Unis.

Entre 2008 et 2017, les condamnations imposées à ce sujet par les tribunaux américains à des entreprises européennes ont été le triple de celles imposées à des compagnies américaines.

En raison de la sévérité des sanctions et de l’impossibilité pour l’entreprise condamnée d’obtenir des contrats de l’administration publique américaine pendant plusieurs années, une condamnation peut provoquer la faillite de l’entreprise, la mise au chômage de ses employés et surtout, une perte totale pour des investisseurs qui ont profité des magouilles de l’entreprise sans en être responsables.

Or l’actionnaire est le piler du capitalisme. Aux États-Unis, son statut est analogue à celui de la vache en Inde.

Afin d’éviter de punir les actionnaires, on a mis en place un programme ‘volontaire’ de conformité aux standards américains. Celui-ci est offert à toutes les entreprises accusées, qu’elles soient américaines ou non.

Au cours de sa réhabilitation, l’entreprise doit accepter la présence d’un ‘moniteur’.

Nommé par le ministère de la Justice américaine, ce moniteur peut assister à toutes les réunions et possède le pouvoir de prendre connaissance de tous les documents de l’entreprise, de manière à débusquer toute tentative de récidive. De plus, l’entreprise doit de plier à ses recommandations.

Finalement, celle-ci doit accepter de verser une pénalité négociée — le fusil sur la tempe — avec le ministère de la Justice américaine. Une pénalité qui, dans les faits, est déterminée arbitrairement afin de punir plus sévèrement les entreprises étrangères.

SNC-Lavalin et la corruption

Fondée au Québec en 1911, SNC-Lavalin est une des plus importantes firmes d’ingénierie au monde. C’est la plus importante au Canada. Elle compte près de douze-mille employés au Canada. Son chiffre d’affaires est d’environ six-milliards de dollars.

Pendant des décennies, ici comme ailleurs, le développement des affaires impliquait la tâche d’entretenir de bonnes relations avec les partenaires de l’entreprise, dont les décideurs publics.

Le quotidien La Presse révélait aujourd’hui que SNC-Lavalin aurait versé des pots-de-vin à un ancien PDG de la Société des ponts fédéraux au début des années 2000.

Lors de l’accession au pouvoir du Parti libéral en 2003, la corruption faisait déjà partie de l’ADN de SNC-Lavalin comme à celui de très nombreuses entreprises florissantes à travers le monde.

SNC-Lavalin a donc beaucoup profité du pillage du trésor public québécois mis en place par le gouvernement libéral de Jean Charest et dont les mécanismes ont été révélés par la commission Charbonneau.

A tournant des années 2010, l’entreprise aurait versé des pots-de-vin à divers dirigeants politiques au Maghreb.

Lorsque le gouvernement libéral de Jean Charest est forcé par l’opinion publique de mettre sur pied une commission d’enquête au sujet de la corruption dans l’industrie de la construction, SNC-Lavalin est piégé par un passé impossible à dissimuler.

Jusqu’ici, seuls deux officiers supérieurs de la firme ont été condamnés à des peines mineures pour cause de corruption, et ce dans le dossier précis du contrat de construction d’un hôpital universitaire montréalais.

Maintenant, c’est au tour de l’entreprise, en tant que personne morale, de faire face à des accusations criminelles.

Si ces accusations devaient entrainer la condamnation de l’entreprise, celle-ci serait exclue des contrats publics, partout au Canada, pour une décennie. En somme, ce serait la faillite de cette firme d’ingénierie.

Les accords de poursuite suspendue

Tout comme le gouvernement américain, le gouvernement Trudeau a adopté en 2018 un programme appelé Régime d’accord de poursuite suspendue.

Celui-ci permet au gouvernement canadien, au nom de l’intérêt public, de négocier une entente avec des entreprises fautives qui entreprendraient de se conformer à de saines pratiques commerciales.

Adoptés en juin 2018, les dispositions de la loi C-74 entraient en vigueur en septembre dernier.

En raison de leur nouveauté, aucune entreprise n’a profité de ce programme jusqu’ici.

Dans le cas de SNC-Lavalin, cela permettrait de suspendre l’enquête criminelle. En échange, l’entreprise doit admettre ses torts, payer une amende, prouver qu’elle s’est purgée de ses dirigeants fautifs et accepter la présence d’un surveillant externe dans ses affaires.

Comme c’est le cas aux États-Unis.

Le quotidien La Presse révèle aujourd’hui que des démarcheurs de SNC-Lavalin ont eu une cinquantaine de rencontres avec des responsables fédéraux à ce sujet. L’entreprise a recruté un ancien juge de la Cour suprême dans le but de se prévaloir des dispositions de la loi.

Ce que la procureure en chef du gouvernement canadien a refusé d’accepter. Le ministre fédéral de la Justice pourrait casser cette décision; il en a le pouvoir discrétionnaire.

L’ancienne ministre de la Justice refusait de s’en mêler. En conséquence, le premier ministre Justin Trudeau l’a démise de ses fonctions et a confié son ministère à un député du Québec.

Trudeau et la machine étatique

Le gouvernement canadien est formé de deux parties; les parlementaires et la machine de l’État.

Les députés, les sénateurs et les ministres ne sont que l’interface entre cette machine et le peuple.

Et cette machine, ce sont des milliers de fonctionnaires et surtout un petit nombre de mandarins qui exercent le pouvoir dans l’ombre, animés par leur propre conception de l’intérêt de l’État.

Or cette fonction publique, composée à 92% d’unilingues anglais, voit le Québec exactement comme la population angloCanadienne nous voit, c’est-à-dire de manière péjorative.

C’est ce qui explique le refus obstiné de cette machine étatique de donner au Québec sa juste part des contrats fédéraux.

Un scandale révélateur

C’est un quotidien torontois, renommé pour son hostilité à l’égard du Québec, qui a révélé l’intervention du bureau du premier ministre Trudeau auprès de l’ancienne ministre de la Justice.

Depuis ce temps, on accuse Justin Trudeau de s’être immiscé dans un processus judiciaire.

En réalité, ce scandale illustre ce conflit entre l’interface ministérielle du gouvernement canadien et sa machine étatique.

Aucun chef d’État digne de ce nom ne laisserait un fleuron économique de son pays être acculé à la faillite alors que cette disparition peut être évitée.

Il est normal que le bureau du premier ministre ait essayé de comprendre où se trouvait le blocage qui empêchait SNC-Lavalin de se prévaloir des dispositions de la loi C-74.

Que le premier ministre ait destitué, dans un dossier stratégique, une ministre qui n’agissait pas dans l’intérêt national tel qu’il le conçoit, cela est parfaitement légitime.

Tout ceci sent les élections. À quelques mois du scrutin fédéral, la stratégie conservatrice est double.

Au Québec, avec la complicité de la CAQ, on s’emploie à faire passer Justin Trudeau comme hostile aux demandes du Québec. Comme, par exemple, au sujet de la déclaration fiscale unique ou de la modification des règles en matière d’immigration.

Et au Canada anglais, on veut accuser Justin Trudeau d’être tellement biaisé à l’égard du Québec qu’il voudrait que la justice canadienne ferme les yeux sur la corruption des entreprises québécoises.

Il n’est pas surprenant que le Globe and Mail — un quotidien aux sympathies conservatrices — se prête à cette stratégie partisanne.

Mais parlons franchement.

Toutes les minières ontariennes sont accusées par des ONG de corrompre les gouvernements des pays où elles opèrent ou, au contraire, de soutenir les milices rebelles qui sont favorables à leurs opérations.

On peut être certain que si le fédéral s’attaquait à cela au risque de mettre l’une d’entre elles à la faillite, le Globe and Mail aurait une position très différente.
 

 
En faisant fondre la valeur capitalisée de SNC-Lavalin, ce quotidien favorise sa prise de contrôle par des investisseurs voraces de Bay Street et le déménagement de son siège social en Ontario.

L’éditorialiste Jean-Robert Sansfaçon du Devoir écrit :

…nos collègues (journalistes) de Toronto aimeraient bien empêcher politiquement le gouvernement Trudeau de sauver ce géant québécois aux prises avec des problèmes qu’il s’est lui-même infligés, il faut le dire.

Mais pourquoi punir ses milliers d’employés alors que les coupables sont ses anciens dirigeants ?

Conclusion

Ce qui est regrettable dans cette affaire, c’est que toute l’élite médiatique du Canada anglais, tous les partis d’opposition et la très grande majorité de la population angloCanadienne jouissent du plaisir sadique de risquer la faillite d’un des fleurons de l’économie québécoise.

Il serait temps de penser quitter cet État pétrolier avec lequel nous avons de moins en moins d’affinités.

Si, contrairement à mes vœux, SNC-Lavalin devait disparaitre, j’espère que ses milliers d’ex-employés s’en souviendront le jour où ils auront à se prononcer sur l’indépendance du Québec.

Références :
Accords et arrêtés de réparation pour remédier au crime d’entreprise
Assez d’hypocrisie!
Comment punir les entreprises criminelles ?
Corruption : le ‘verrou’ libéral
Enquête du commissaire à l’éthique sur l’«affaire SNC-Lavalin»
Guerre économique : comment les Etats-Unis font la loi
La façade ministérielle de l’État canadien
Le colonialisme économique ‘canadian’
Le DPCP et l’esprit de caste
Le Québec, ce grand mal-aimé du Canada
L’extraterritorialité américaine : une superpuissance juridique de la lutte contre la corruption mondiale
SNC-Lavalin
SNC-Lavalin et la justice en matière de corruption
SNC-Lavalin: le DPCP pourrait aussi porter des accusations

Parus depuis :
Une taxe à la corruption? (2019-02-21)
Que cesse l’acharnement (2019-03-01)
Pleurnicheries canadiennes (2019-03-02)
Les ententes de réparation sont populaires… et payantes (2019-03-22)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le fédéral, les paradis fiscaux et l’indépendance du Québec

28 janvier 2019

La lutte famélique contre les paradis fiscaux

Par souci d’économie, le gouvernement québécois de François Legault aimerait instaurer une déclaration de revenus unique (fédérale et québécoise) gérée par le Québec.

Citée par Le Devoir, une source fédérale indique que cette idée doit être rejetée parce que cela nuirait à la lutte contre l’évasion fiscale.

On apprend donc l’existence, au niveau fédéral, d’une lutte contre l’évasion fiscale. Que donne-t-elle ?

En janvier 2018, Radio-Canada révélait que depuis la publication des Panama Papers en avril 2016, le fisc d’une douzaine de pays a récupéré une somme totale de plus d’un demi-milliard de dollars. Mais rien par le Canada.

Cela n’est pas surprenant. En octobre 2016, le gouvernement Trudeau faisait battre la motion M-42. Celle-ci visait à mettre un terme à l’évitement fiscal dans les paradis fiscaux.

En juin 2017, sous Justin Trudeau, le gouvernement fédéral a ajouté les iles Cook à la liste canadienne des endroits où les richissimes contribuables peuvent légalement cacher leur argent.

Ce qui n’a pas empêché la ministre du Revenu national d’annoncer fièrement que sa lutte à l’évasion fiscale lui aurait permis de récupérer 25 milliards$ (!!!) d’impôts impayés… sans qu’on sache où cet argent est passé.

Officiellement, les contribuables fautifs ont 25 milliards$ de moins à payer sans que le fédéral ait 25 milliards$ de plus dans ses coffres.

C’est ainsi que se solde la lutte fédérale aux paradis fiscaux; un véritable fiasco.

La double imposition

L’évitement fiscal n’est que de l’évasion fiscale légalisée. Et cette légalisation fédérale s’applique à l’impôt provincial uniquement parce que les provinces y consentent implicitement.

L’injustice qui permet aux riches d’éviter de payer leur juste part d’impôt est basée sur le souci d’éviter la double imposition.

Normalement, une multinationale doit payer au fisc canadien l’impôt sur les profits réalisés au Canada. Tout comme elle paie à l’Étranger l’impôt sur les profits réalisés ailleurs.

Le milieu des Affaires soutient que si une compagnie paie déjà de l’impôt ailleurs sur ses profits canadiens, il est injuste de l’obliger à payer une deuxième fois de l’impôt, cette fois au Canada, sur ces mêmes profits.

Mais pourquoi une compagnie serait-elle assez stupide pour déclarer dans un paradis fiscal les revenus qu’elle a réalisés au Canada ?

Si cette compagnie veut éviter la double imposition, il suffit qu’elle cesse de déclarer ses profits canadiens au fisc d’un autre pays. Et si un pays l’oblige à payer de l’impôt sur les profits réalisés partout à travers le monde, cette compagnie n’a qu’à quitter ce paradis fiscal et le problème est réglé.

L’injustice fiscale ou l’indépendance

Pour taxer les gains faits au Canada, on n’a pas besoin de savoir l’importance des avoirs à l’Étranger; il suffit de connaitre les profits réalisés au Canada et d’interdire les tours de passepasse qui permettent de les soustraire au fisc d’ici.

Essentiellement, ce que dit le fédéral, c’est que si le Québec veut s’attaquer aux paradis fiscaux, il doit faire son indépendance.

C’est seulement lorsqu’il aura rapatrié les pouvoirs souverains du Canada — pouvoirs inutilisés par Ottawa — que le Québec pourra créer une société basée, entre autres, sur l’équité fiscale.

Références :
Est-il juste que les riches paient autant d’impôt ?
L’Accord avec les Îles Cook critiqué
Où sont les 25 milliards dus au fisc?
Panama Papers : 500 millions récupérés dans le monde, rien au Canada
Paradis fiscaux: la permission de Trudeau
Pour la déclaration obligatoire des investissements des élus dans les paradis fiscaux

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| 2018-202X (années Legault), Économie, le prix du fédéralisme, Politique canadienne, Politique québécoise | Mots-clés : , , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


La légalisation des produits dérivés du cannabis

31 décembre 2018

Introduction

Si chacun d’entre nous avait à dresser une liste de vingt choses merveilleuses à acquérir en 2019, il est à parier que personne n’aurait pensé à une bouteille de cola qui rend stone, à une boite de biscuits décadents au chocolat marbrés de cannabis, ou à la crème ‘Anti-4’ au THC (à la fois anti-ride, anti-cernes, anti-acné et anti-verrue).

Pourtant, c’est ce que nous promet Santé Canada pour le 17 octobre 2019.

Déjà, les médias ont commencé à nous présenter les cas charmants de petits entrepreneurs qui aimeraient gagner leur vie en vendant des desserts à base de principes actifs du cannabis ou en ‘inventant’ des cosmétiques contenant du THC.

En réalité, la légalisation des produits dérivés du cannabis n’est pas conçue pour eux. Elle profitera essentiellement à la grande industrie agroalimentaire et plus précisément à celle qui commercialise des aliments hautement transformés.

C’est elle qui trépigne aux portes des antichambres ministérielles, convoitant le lucratif marché des produits dérivés.

La brasserie Molson Coors a créé un partenariat avec le producteur de cannabis Hexo en vue de créer des boissons infusées à la marijuana. La distillerie Constellation Brands a investi cinq-milliards$ dans le capital de Canopy Growth.

Cette dernière aurait mis au point un breuvage qui drogue en sept à douze minutes. Comme quoi, on n’arrête pas le progrès.

Conséquences

La commercialisation des produits dérivés entrainera un bouleversement complet du mode choisi par certaines provinces pour rendre disponible le cannabis récréatif.

Essentiellement parce que ces produits ne peuvent être offerts qu’en libre-service. Seuls les breuvages à base de cannabis pourraient s’ajouter facilement à la gamme de produits offerts par la Société des alcools du Québec.

Toutefois, avant d’acheter un format de muffins ou de biscuits au cannabis, le consommateur a le droit de consulter la liste de tous ses ingrédients. Ou peut-être voudra-t-il sentir l’odeur d’un produit destiné à être appliqué sur sa peau.

À l’heure actuelle, n’importe quel adulte peut ajouter de l’huile de cannabis au dessert de son choix.

De la même manière, s’il croit que le THC topique — crèmes, onguents, lotions et gels — est utile à quoi que ce soit, il peut se procurer des huiles concentrées de cannabis dont il appliquera quelques gouttes ou quelques jets.

Dans le cas précis des préparations topiques contenant du THC, le gouvernement est déterminé à empêcher l’industrie de leur prêter des propriétés qu’elles n’ont pas.

C’est oublier que l’industrie cosmétique repose sur le rêve.

La bataille qui vise à empêcher cette industrie de tromper les consommateurs est une bataille que l’État a perdue depuis longtemps. La même chose surviendra donc avec les cosmétiques dérivés du cannabis.

De plus, légaliser les produits dérivés, cela obscurcit le message politique qui soutenait originellement la légalisation du cannabis.

Jusqu’ici, les arguments centraux qui justifiaient la légalisation étaient des préoccupations sanitaires et le désir de tarir une des sources de revenus du monde interlope.

Et voilà qu’à peine un an plus tard, on va ouvrir le marché du cannabis à l’industrie agroalimentaire pour seul motif ‘qu’il y a de l’argent à faire là-dedans’.

Or justement, suivez l’argent. Il part de la poche du consommateur et termine sa course dans le paradis fiscal où le géant agroalimentaire cache ses profits. Après, on en perd la trace.

Conclusion

Le Canada est le premier grand pays industrialisé à légaliser le cannabis.

Pour le gouvernement fédéral, cela est une occasion unique de transformer notre pays en un vaste laboratoire permettant aux géants mondiaux de l’industrie agroalimentaire de tester la popularité d’aliments à faible valeur nutritionnelle auxquels on aura ajouté des psychotropes.

Il est ironique de penser que c’est Santé Canada qui se propose de compliquer la tâche de milliers de diététistes qui luttent contre la malbouffe.

Cet organisme permettra également la mise en marché de préparations topiques de psychotropes sans exiger la moindre preuve quant à l’efficacité et l’innocuité de ces produits.

Peu importe l’opinion qu’on a de la légalisation du cannabis, il est difficile de comprendre où se trouve l’intérêt du peuple canadien à devenir des cobayes du développement international des produits dérivés du cannabis.

Au sein de la machine de l’État canadien, personne ne semble soupçonner que c’est une mauvaise idée que de mettre de la drogue dans quelque chose d’aussi attrayant pour les enfants que des bonbons, des chocolats, des biscuits ou des petits gâteaux.

L’expérience désastreuse des États américains qui ont légalisé cela aurait dû tuer dans l’œuf l’intention stupide de les imiter.

Dans tous les États où on a autorisé la vente des produits dérivés, on a assisté à une augmentation significative et durable du nombre d’admissions aux urgences pour empoisonnement, notamment chez les enfants.

Alors que se multiplient les voix opposées au suremballage, l’État canadien veut imposer une limite de THC par emballage, ce qui incitera l’industrie à envelopper séparément chaque jujube, chaque chocolat, chaque biscuit, afin de pouvoir y mettre le maximum autorisé.

Ce cadre règlementaire fait tellement ‘XXe siècle’; pour compenser le danger que constitue la présence de drogue dans la nourriture, on compte protéger la population canadienne par de la cellophane.

Ce qui veut dire qu’à l’Halloween, les parents devront dorénavant, dès leur retour à la maison, jeter systématiquement toutes les friandises sans enveloppe de cellophane, de peur que ce soit des friandises au THC déballées.

À voir ce à quoi mène la légalisation du cannabis, il ne faudrait pas se surprendre que l’appui à légalisation diminue dans l’opinion publique, notamment chez les parents de jeunes enfants.

De manière plus générale, si on veut sérieusement protéger l’environnement, il faudra entreprendre un jour la lutte contre le gaspillage des ressources.

Or justement, le résultat final de ce projet est l’utilisation de ressources alimentaires afin d’augmenter le nombre de ‘cochonneries’ que nous proposera l’industrie.

De la part de l’État canadien, cela trahit une manière arriérée de travailler au développement économique et un profond mépris des Canadiens, relégués au rang de rats de laboratoire.

Ceux qui désirent s’exprimer à ce sujet peuvent le faire en cliquant sur ceci. La date limite est le 20 février 2019.

Références :
Canadian entrepreneurs cooking up edible pot products despite legalization delay
Le cannabis récréatif
Règlement modifiant le Règlement sur le cannabis
Santé Canada propose des règles sur le cannabis comestible
Tableau récapitulatif de la légalisation des dérivés du cannabis

Parus depuis :
L’acceptabilité du cannabis est en baisse au Canada (2019-05-09)
La légalisation du cannabis a multiplié les cas d’intoxication chez les enfants (2019-05-16)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Aliments contaminés par des bactéries intestinales : est-ce normal ?

28 décembre 2018

Introduction

Le mois dernier, l’Agence canadienne d’inspection des aliments recommandait de cesser de manger de la laitue romaine et les mélanges contenant cette variété en raison de leur contamination aux États-Unis par la bactérie E. coli.

Ce faisant, l’agence canadienne ne faisait que relayer la nouvelle de cette contamination, décelée chez nos voisins du Sud.

Ce mois-ci, la mise en garde était étendue aux choux-fleurs, également importés des États-Unis.

En 2016, le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec recensait 133 cas d’infections alimentaires. Les données pour 2017 viennent d’être publiées; c’est 210 cas, soit une augmentation de 58% en un an.

On explique cette augmentation par un meilleur dépistage de la maladie et par une plus grande attention du public aux rappels d’aliments contaminés. Bref, ce serait normal.

Pourtant, le dépistage de la diarrhée est un des plus faciles. Il n’est même pas nécessaire d’être le médecin pour en faire le diagnostic; n’importe quelle personne atteinte le sait.

Ce que les techniques de pointe permettent de faire, c’est de dire précisément quelle souche entérotoxique de telle bactérie en est la cause.

Mais cela ne nous dit pas pourquoi des aliments avariés aux États-Unis se retrouvent dans nos assiettes, ici même au Canada.

Le laxisme du gouvernement canadien

Le néolibéralisme s’exprime par la dérèglementation.

Durant les années Harper, le gouvernement fédéral a réduit substantiellement le nombre d’inspecteurs. Tout comme pour le transport ferroviaire, l’État canadien économise l’argent des contribuables en se fiant dorénavant à l’autodiscipline de l’industrie concernée.

Dans le cas de la contamination fécale de la viande, un inspecteur fédéral expérimenté confiait à Radio-Canada :

« Les inspecteurs fédéraux des viandes ne s’occupent plus de la contamination fécale. C’est laissé à la responsabilité de la compagnie. Si je vois passer de la matière fécale sur un cœur ou un foie, je ne peux rien dire. Je ne peux qu’espérer que quelqu’un de la compagnie le voie. Et j’en vois tous les jours !»

D’où viennent les bactéries fécales ?

Les bactéries fécales prolifèrent dans les intestins des mammifères. Lorsqu’on les retrouve à la surface d’un aliment, c’est toujours en raison d’une contamination fécale, c’est-à-dire d’un contact de cet aliment avec des selles animales.

Ce qui ne veut pas dire que manger un aliment contaminé nous rendra malades. Aussi dégoutant que cela puisse être, une telle contamination est généralement inoffensive puisque ces bactéries déjà sont présentes dans notre intestin.

Ces bactéries sont nocives lorsqu’il s’agit de souches particulières, dites entérotoxiques.

C’est donc à dire que la contamination fécale des aliments passe généralement inaperçue parce qu’asymptomatique; elle est donc beaucoup plus fréquente qu’on pense.

Dans le texte Bœuf haché, fourrure et matières fécales, j’explique comment la viande en vient à être contaminée de la sorte.

Qu’en est-il des légumes ?

Le cas particulier des légumes

Un sol s’épuise lorsqu’il n’est pas fertilisé par des engrais. Ces engrais peuvent être chimiques ou naturels.

Or ce que nous appelons de l’engrais ‘naturel’, c’est généralement du fumier, c’est-à-dire des matières fécales d’animaux de la ferme. Même composté, le fumier n’est jamais stérile. Parfois il s’agit des boues récupérées d’usines d’épuration.

Les légumes racines — carottes, betteraves, navets, etc.— et les tubercules de patate se développent donc souvent dans un mélange de terre et de fumier.

Quant aux légumes qui poussent hors terre, ils sont éclaboussés par des gouttelettes de boue lorsqu’il pleut.

En plus, on doit tenir compte de la contamination humaine.

Dans tous les pays du monde, les travailleurs saisonniers embauchés de l’Étranger pour s’occuper de la récolte des produits maraichers sont traités d’une manière proche de l’esclavage.

Dans certaines exploitations agricoles américaines, ces Latino-Américains n’ont pas accès à des toilettes chimiques disposées un peu partout dans les immenses champs où ils travaillent du matin jusqu’au soir. Tout au plus ont-ils un peu de papier hygiénique et un flacon de gel alcoolisé à leur disposition pour soulager sur place leurs besoins pressants.

Voilà comment ils transfèrent sur les légumes cueillis manuellement, les bactéries présentes à la surface de leurs mains contaminées.

Que faire ?

Lorsqu’on fait bouillir n’importe quelle pomme de terre avec sa pelure pendant plus de vingt minutes, ce tubercule n’est pas seulement cuit; il est stérilisé. Plus aucun microbe à sa surface n’est vivant.

Ce n’est pas le cas des légumes qu’on consomme crus. Ceux-ci doivent être rincés à l’eau. Dans le cas des feuilles extérieures d’un légume comme la laitue, il est même souhaitable de frotter leur surface entre les doigts sous un filet d’eau.

On devra frotter également la surface des légumes comme les concombres, à moins de les peler.

Finalement, ceux que tout cela répugne peuvent consommer des légumes obtenus par culture hydroponique puisque cette dernière repose sur une fertilisation artificielle.

Références :
Bœuf haché, fourrure et matières fécales
Évitez de consommer de la laitue romaine au Québec et en Ontario
L’auto-inspection des compagnies alimentaires
Les cas d’infections à l’E. coli ont doublé en six ans au Québec
Rappel de choux-fleurs et de laitues contaminés à l’E. coli

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| Insalubrité, Nourriture, Politique canadienne, Santé | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


L’affaire Huawei : dure pour le Canada, la vie de caniche américain

19 décembre 2018


 
Introduction

La compagnie Huawei est le deuxième fabricant mondial de téléphones multifonctionnels, derrière Samsung (mais devant Apple).

Le 1er décembre dernier, la citoyenne chinoise Meng Wanzhou a été arrêtée à l’aéroport de Vancouver à la demande du ministère de la Justice américaine (DoJ). Mme Wanzhou est directrice financière de Huawei et deuxième personne en importance dans la hiérarchie de cette compagnie.

Le premier ministre Justin Trudeau admet avoir été informé au préalable de cette arrestation, mais affirme n’y avoir joué aucun rôle. Strictement parlant, les autorités policières ont simplement obéi à une demande d’extradition émise par les États-Unis.

Depuis ce temps, trois Canadiens ont été arrêtés en Chine, en représailles, semble-t-il, à l’arrestation au Canada de Mme Wanzhou.

Les motifs de l’arrestation de Mme Wanzhou

Depuis 1977, la loi intitulée Foreign Corrupt Practices Act habilite les États-Unis, par le biais du DoJ, à poursuivre toute entreprise étrangère qui violerait une loi américaine. Et ce, même lorsque cette entreprise ne possède aucune succursale aux États-Unis et que le ‘délit’ a été commis dans un pays étranger.

Il suffit que l’entreprise effectue de l’Étranger une transaction facturée en dollars américains, qu’elle ait un site web hébergé sur un serveur américain ou qu’elle possède une adresse de courriel offerte par un service américain de messagerie.

Huawei est visé par des allégations selon lesquelles sa succursale Skycom (basée à Hong Kong) aurait tenté de vendre (ou aurait vendu) pour deux millions$US d’équipement informatique à une compagnie iranienne en 2010.

La Chine ne pouvant se procurer des ordinateurs haut de gamme, elle ne peut vendre à l’Iran que des ordinateurs bas ou milieu de gamme. De plus, on doit noter ici qu’il s’agit d’une vente (ou d’une tentative de vente) de deux-millions de dollars et non de deux-milliards.

Bref, les États-Unis cherchent des puces à Huawei.

La compagnie chinoise n’aurait violé ni une loi canadienne ni un embargo décrété par l’ONU, mais plutôt un embargo décrété unilatéralement par les États-Unis contre l’Iran.

Ne pouvant arrêter Mme Wanzhou aux États-Unis — un pays qu’elle évite soigneusement — les autorités américaines ont piégé la dirigeante chinoise à Vancouver (où Mme Wanzhou possède une résidence secondaire).

Une demande d’extradition est un processus qui peut prendre des mois ou des années avant d’aboutir, en raison des nombreuses possibilités d’appel. La décision finale reviendra au ministre fédéral de la Justice (qui ne sera pas tenu de la justifier).

Lors des attentats du 11 septembre 2001 à New York, le seul avion autorisé à quitter le sol américain ce jour-là fut celui qui ramenait vers l’Arabie saoudite des membres de la famille d’Oussama ben Laden (l’ex-chef d’Al Qaida). Ils étaient venus à Washington pour assister à un colloque d’investisseurs. Leur départ s’est fait au grand dam des autorités policières américaines qui auraient voulu les interroger.

Si Justin Trudeau avait invoqué la raison d’État pour imiter George-W. Bush, il aurait certainement provoqué la colère passagère de Donald Trump, mais il aurait évité une crise diplomatique qui ne peut se résoudre qu’en une capitulation canadienne à l’une ou l’autre des superpuissances qui s’affrontent.

En prétextant le désir de protéger les tribunaux canadiens de toute ingérence politique, M. Trudeau feint d’ignorer que la décision finale au sujet de l’extradition de Mme Wanzhou ne sera pas prise par les tribunaux, mais par son ministre de la Justice.

Le 12 décembre dernier, Donald Trump lui-même déclarait qu’il n’hésiterait pas à intervenir auprès du DoJ afin de faire retirer la demande d’extradition américaine s’il le jugeait approprié.

D’où la question : Est-il possible que toute cette affaire ne soit qu’un écran de fumée ? Plus précisément, est-il possible que les États-Unis tentent d’inféoder les pouvoirs répressifs de l’État canadien à la guerre économique qu’ils livrent à la Chine ?

Le fond de l’affaire

L’hégémonie économique des États-Unis repose en bonne partie sur leur supériorité technologique.

L’émergence rapide de la Chine à titre de géant de la téléphonie mobile repose essentiellement sur la piraterie de brevets occidentaux.

Une piraterie facilitée par des compagnies américaines qui n’hésitent pas à faire fabriquer des téléphones haut de gamme en Chine, donnant à ce pays l’occasion de découvrir tous les secrets de leur fabrication.

Afin de redonner aux compagnies occidentales une avance technologique, les États-Unis et leurs alliés tentent de mettre au point un nouveau standard de téléphonie (le 5G) dont le débit serait 100 fois plus rapide que de 4G.

En septembre 2018, l’opérateur China Telecom a testé à Shenzhen un réseau 5G ‘lent’ (seulement dix fois plus rapide que le 4G).

L’Australie, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis interdisent à leurs opérateurs téléphoniques d’offrir des téléphones de marque Huawei qui accèderaient à de futurs réseaux 5G.

Mais le Canada a autorisé un partenariat entre Huawei et Telus. Non seulement Huawei fabrique des téléphones haut de gamme, mais c’est le plus important fabricant d’équipement pour des réseaux de téléphonie mobile. On voit donc l’intérêt d’une telle association.

Toutefois cela suscite la crainte des services de renseignements. Ceux-ci accusent la Chine de chercher à pirater cette technologie.

Jusqu’ici, le Canada a fait la sourde oreille aux craintes américaines.

En plaçant le Canada en situation conflictuelle avec la Chine au sujet de Huawei, les États-Unis rendent toxique toute association commerciale avec ce concurrent chinois de l’américaine Apple.

Cela ne sera pas suffisant pour empêcher la Chine d’accéder pleinement à la technologie 5G, mais cela la retardera. C’est déjà ça.

Quant à la saga judiciaire canadienne, elle constitue un risque.

Si les tribunaux canadiens devaient reconnaitre le principe de l’extraterritorialité des lois américaines, le Canada s’en mordra les doigts le jour où ce sera une compagnie canadienne qui sera ciblée par les Américain parce qu’elle leur fait de l’ombre.

Concrètement, la reconnaissance de ce principe par le Canada signifie que non seulement notre pays extradera ceux qui se sont enfuis au Canada dans le but d’échapper à la justice américaine, mais également ceux n’ont jamais mis les pieds aux États-Unis —  et conséquemment, qui n’y ont jamais commis de crime — mais qui ont fait dans n’importe quel pays du monde des choses interdites par les Américains.

Le véritable enjeu de l’affaire Huawei, c’est la souveraineté du Canada. Un enjeu qui est d’abord et avant tout politique. Mais un enjeu qui devient juridique lorsque les dirigeants du Canada s’en remettent aux tribunaux pour défendre l’intérêt national.

Pour régler immédiatement cette crise, le ministre de la Justice du Canada n’a qu’à déclarer que notre pays ne reconnait pas le principe de l’extraterritorialité des lois américaines et conséquemment, ne peut donner suite à des demandes d’extradition basées directement ou indirectement sur ce principe.

Autrement, le Canada consentirait implicitement à avoir un statut analogue à celui de la France libre du maréchal Pétain…

Conclusion

Depuis quelques temps, le monde est entré en régression.

L’affaire Huawei rappelle cette époque où, parfois, un petit royaume servait de champ de bataille à des puissances hégémoniques.

Dans ce cas-ci, on a un petit pays, vassal d’un plus grand, qui se trouve dans la tourmente.

Son impétueux voisin lui ordonne de participer à un rapt.

Au final, l’unique but de ce rapt, c’est de ne libérer la captive que sur paiement d’une rançon colossale payée par Huawei à l’État américain (par l’intermédiaire de son bras juridique).

Bref, l’affaire Huawei n’est qu’une triste histoire de brigands modernes.

Références :
Affaire Huawei: le Canada coincé entre le marteau chinois et l’enclume américaine
5G
Huawei
Huawei affair reveals superpowers’ imperial rules of engagement
Huawei CFO Meng Wanzhou’s arrest: What you need to know
La directrice financière de Huawei libérée sous caution
La directrice financière de Huawei soupçonnée de fraude par les États-Unis
L’extraterritorialité du droit américain, instrument de guerre économique
Ottawa confirme l’arrestation d’un troisième Canadien en Chine
Quand la fuite de la famille Ben Laden passait par Genève: le récit du vol qui embarrasse Bush
Trump says he would intervene in Huawei case

Parus depuis :
L’affaire Huawei touche à la rivalité stratégique entre la Chine et les Etats-Unis (2018-12-20)
Chine: nouveau procès pour un Canadien accusé de trafic de drogue (2018-12-29)
Le droit américain est devenu une arme de répression et de dissuasion massives (2019-01-21)
Des accusations «politiques» (2019-01-29)
Trump perd une bataille dans sa guerre contre le chinois Huawei (2019-02-18)
Comment la 5G est devenue un enjeu géopolitique (2019-05-07)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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