Encore et toujours plus de glyphosate

22 juillet 2021

Introduction

Jusqu’à mardi dernier, les Canadiens pouvaient se prononcer sur l’intention d’Ottawa de hausser les limites maximales de glyphosate — l’ingrédient actif du RoundUp™ de Mosanto/Bayer — dans les céréales et les légumineuses produites au Canada ou importées au pays.

La ‘norme’ du blé

Hausser la teneur en glyphosate permise dans le blé, cela se répercute sur le pain, toute la boulangerie, les pâtes alimentaires et certaines bières. Soit les fondements de notre alimentation.

Au moment où le glyphosate a été commercialisé, la ‘norme’ canadienne était de 0,1 partie par million (ppm) ou cent milligrammes de glyphosate par tonne de blé.

Au fur et à mesure qu’on utilisait le glyphosate à tort et à travers, le gouvernement canadien normalisait les abus en haussant les teneurs maximales permises.

C’est ainsi que les taux permis ont augmenté de cinquante fois pour passer de 0,1 à 5,0 ppm, notamment en raison de la maturation chimique du blé, c’est-à-dire de l’habitude d’empoisonner le blé afin de hâter sa récolte.

Au lieu de réduire les graines ainsi récoltées en farine, si on les semait, rien ne pousserait tellement ce blé est empoisonné.

Ottawa veut maintenant tripler la limite maximale permise dans le blé pour la faire passer à 15,0 ppm.

Cette limite est de 10 ppm en Europe. Cela signifie que si un agriculteur européen se trompe en mesurant son glyphosate et que son blé est interdit dans son pays, les assiettes des consommateurs canadiens lui serviront de poubelles. Au grand plaisir des importateurs canadiens qui pourront obtenir ce blé à bon prix.

Pour l’instant, les agriculteurs canadiens se réjouissent qu’Ottawa les laisse libres d’utiliser trois fois plus de glyphosate. Mais ils seront les premiers à se plaindre lorsque le blé jugé dangereux ailleurs sera l’objet de dumping sur le marché canadien.

Des normes qui ne veulent rien dire

À l’heure actuelle, les teneurs maximales permises de glyphosate varient de 0,5 ppm dans l’asperge à 200 ppm dans la luzerne.

Non pas que le glyphosate soit différent et moins dangereux dans la luzerne, mais parce que ce défoliant est inoffensif pour la luzerne génétiquement modifiée vendue au Canada. Et comme cet OGM en contient beaucoup, on en permet plus.

En réalité, les normes canadiennes n’obéissent à aucune logique. Ce sont des normes de complaisance adoptées pour rassurer les consommateurs.

Dès qu’on découvre que plus d’un pour cent des aliments dépassent les normes permises, on s’empresse de hausser ces dernières pour pouvoir dire que l’immense majorité des aliments respectent les normes.

Et plus on hausse les normes avant que l’abus soit généralisé, plus on permet à l’abus de se développer sous le couvert d’une norme plus permissive.

On ne s’étonnera donc pas que Mosanto/Bayer soit à l’origine de la demande de révision des normes. C’est ce que le quotidien La Presse révèle ce matin.

On peut présumer que cette compagnie a découvert une manière d’augmenter le rendement de la culture des céréales et des légumineuses en les empoisonnant avec encore plus de glyphosate.

Le fond du problème

Dès le départ du processus d’homologation du RoundUp™, Mosanto a fait accepter par les autorités sanitaires le principe que tout ingrédient dépourvu de propriétés défoliantes est présumé inoffensif.

Pulvérisé sur le feuillage des mauvaises herbes, le glyphosate y glisserait comme de la pluie s’il n’était pas accompagné d’additifs extrêmement chimiques qui forcent les feuilles à se laisser traverser lorsque ce poison est pulvérisé sur elles.

Car le glyphosate tue une plante après avoir été absorbé par ses feuilles et non bu par ses racines. S’il fallait compter sur le glyphosate qui mouille le sol, il en faudrait beaucoup plus. Ce qui serait contraire… aux normes actuelles.

La raison fondamentale pour laquelle celles-ci sont de plus en plus permissives, c’est que les autorités règlementaires sont convaincues depuis longtemps de l’absence de toxicité du glyphosate.

Il y a bien eu des études indépendantes qui suggèrent que le glyphosate est un cancérigène probable. Mais à l’opposé, il existe un très grand nombre d’études réalisées par le fabricant qui prouvent le contraire.

Le fabricant estime que ses études sont protégées par le secret industriel. Complices, les autorités règlementaires acceptent de les prendre en considération sans en révéler le contenu.

Malgré cela, des fuites ont révélé qu’une partie de ces études ont été rédigées par des employés de Mosanto/Bayer et signées par des médecins corrompus.

Et puisqu’une autre corruption, celle au sein du gouvernement fédéral, est un sujet tabou, il se pourrait qu’on apprenne un jour que Mosanto/Bayer distribue les faveurs à des hauts fonctionnaires qui préfèrent se plier à sa volonté plutôt qu’à celle du peuple.

D’ici là, il nous faudra accepter que de plus en plus de céréales et de légumineuses soient empoisonnées au glyphosate; c’est le prix du fédéralisme canadien.

Précisons que la maturation chimique des récoltes par ce défoliant est interdite en Italie, en Autriche, en Belgique, et en République tchèque, c’est-à-dire dans un pays où on consomme beaucoup de pâtes et dans trois autres dont l’importance démographique se compare à celle du Québec. Bref, des pays sans doute plus à l’écoute de leur population.

Références :
Glyphosate
Glyphosate – À n’y rien comprendre
Ottawa, nid de corruption
Santé Canada veut autoriser plus de pesticide glyphosate sur des aliments

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Pommes et pesticides

15 octobre 2020


 
Après la banane, la pomme est le fruit le plus populaire au Québec.

Selon le palmarès annuel établi par The Environmental Working Group, les pommes sont au cinquième rang des fruits et légumes les plus contaminés par des pesticides.

Afin d’obtenir des fruits parfaits, les pomiculteurs ont recours à des fongicides, des insecticides et des herbicides (répandus à la base des arbres).

L’achat de ces produits chimiques représente le plus important déboursé pour les producteurs de pommes après leurs couts de main-d’œuvre.

Selon Santé Canada, cette contamination est conforme aux normes canadiennes.

Toutefois, dans le cas du glyphosate (un herbicide), lorsque les producteurs industriels ont de la difficulté à respecter les normes, le gouvernement canadien normalise l’abus en haussant les teneurs maximales permises.

Conséquemment, nous dire que ça respecte ‘les normes’, c’est un peu parler pour ne rien dire.

Alors que faire dans le cas des pommes ?

L’Université du Massachusetts a étudié le meilleur moyen de se débarrasser de deux pesticides largement utilisés par les pomiculteurs : le phosmet (un insecticide) et le thiabendazole (un fongicide).

Ce meilleur moyen s’est avéré être le trempage des pommes pendant 12 à 15 minutes dans une solution composée d’une cuillerée à thé de bicarbonate de soude (‘La p’tite vache’) dissoute dans deux tasses d’eau. Puis de rincer à l’eau courante.

Cela enlève 95 % du phosmet.

Dans le cas du thiabendazole, ce trempage en enlève 80 %. Ce pourcentage moindre s’explique par le fait que le thiabendazole est un fongicide systémique qui pénètre davantage que le phosmet dans la chair de la pomme.

Références :
Effectiveness of Commercial and Homemade Washing Agents in Removing Pesticide Residues on and in Apples
La pomme est gourmande en pesticides
Les céréales canadiennes contaminées au glyphosate
Palmarès des résidus alimentaires de pesticides
Pesticides: How ’bout washing them apples?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Palmarès des résidus alimentaires de pesticides

14 octobre 2020

Chaque printemps, The Environmental Working Group publie sa liste des fruits et légumes les plus contaminés par des pesticides.

Des plus contaminés à ceux qui le sont le moins :
• les fraises
• les épinards
• le kale
• les nectarines
• les pommes
• les raisins
• les pêches
• les cerises
• les poires
• les tomates
• le cèleri
• les patates
• les poivrons
• les tomates cerises
• la laitue
• les concombres
• les bleuets cultivés (et non sauvages)
• les piments forts
• les prunes
• les fèves vertes
• les tangerines
• les framboises
• les pamplemousses
• les pois cassés
• les courges d’hiver
• les carottes
• les oranges
• les zucchinis (ou courgettes)
• les bananes
• les patates douces
• le melon d’eau (ou pastèque)
• la mangue
• les kiwis
• le melon miel
• le chou
• les champignons
• les brocolis
• les cantaloups
• les choux-fleurs
• les asperges
• les aubergines
• les petits pois congelés
• la papaye
• les ognons
• les ananas
• le maïs sucré (non-OGM)
• les avocats

Référence :
EWG’s 2020 Shopper’s Guide to Pesticides in Produce™

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le brunch au Québec

26 décembre 2019
Une famille québécoise, un dimanche d’octobre 1917

Autrefois, on n’allait pas au lit le samedi soir sans s’être lavé en prévision du lendemain matin, alors qu’on mettrait ses plus beaux atours pour aller à la messe.

Jusqu’en 1957, les Catholiques qui voulaient communier à la messe du dimanche devaient être à jeun depuis minuit.

Dans les campagnes québécoises, les fidèles devraient parfois parcourir de longues distances avant d’arriver à l’église. On faisait donc débuter la grande messe dominicale vers 9h30 afin de permettre à tous d’y assister.

Après la messe, les gens revenaient chez eux affamés, tard dans l’avant-midi.

D’où l’idée de devancer le repas du midi sans sentir le besoin de lui donner un nom particulier.

Symboliquement, le dimanche était le jour consacré à Dieu. On sortait sa plus belle vaisselle; on la déposait ce jour-là sur une nappe. On servait du pain blanc à la place du pain noir de semaine et on sortait de la glacière de la crème fraiche pour garnir les desserts.

Bref, c’était la fête hebdomadaire.

À la fin des années 1960, les grands hôtels se mettent à offrir au dimanche midi des buffets gargantuesques et répandent le mot ‘brunch’, un mot-valise combinant breakfast (petit déjeuner) et lunch (repas du midi).

Au fil des modes gastronomiques, le menu s’est transformé. Les sculptures de glace et le saumon en croute n’y trônent plus de manière ostentatoire et les petites bouchées ont fait place à des mets plus simples à préparer.

À l’origine réservé au dimanche, le brunch tend à se répandre le samedi midi et, dans certains restaurants, à tous les midis de la semaine.

Références :
Autopsie d’un repas du dimanche
Jeûne eucharistique

Postscriptum : Pour connaitre l’identité des personnes de la photo, veuillez cliquer sur ceci

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Cabral Colheita 2000

25 novembre 2019
Cliquez sur l’image pour l’agrandir

Colheita est un mot portugais qui signifie ‘récolte’.

En français, ce mot se prononce coléïta, tout comme au Brésil (où se parle le portugais).

Mais au Portugal, on le prononce couille-yata.

Un colheita est un assemblage de vins issus d’un seul millésime, vieilli en fut pendant au moins sept ans.

Lorsqu’il est rouge (rarement il est blanc), le colheita est un tawny spécial.

Chaque année, l’Institut des vins du Douro et de Porto (IVDP) détermine si l’année en cours peut servir à faire des colheitas. Ce choix est déterminé par l’ensoleillement, la pluviométrie et les températures qui ont prévalu cette année-là.

Dès qu’effectivement l’IVDP annonce que l’année y est propice, de nombreux producteurs s’empressent de réserver une partie de leur récolte (environ 1 %) à la fabrication d’un colheita.

Le colheita n’est pas nécessairement meilleur qu’un autre porto. C’est simplement un porto qui, au départ, avait pour lui toutes les chances de réussir.

Et comme chaque producteur possède son propre assemblage de cépages pour faire des portos, chaque colheita est différent.

Si le vieillissement minimal est de sept ans, la plupart des producteurs font vieillir le leur beaucoup plus longtemps.

Le premier colheita que j’ai acheté (à l’aéroport de Porto) était une demi-bouteille de Colheita Kopke 2003. Issu de la récolte de 2003 (comme son nom l’indique), il avait vieilli 14 ans.

En deux mots, le Colheita Kopke 2003 provoque en bouche un orgasme gustatif.

Malheureusement, il n’est pas disponible au Québec. On peut toutefois se le procurer en importation privée.

Comme solution de remplacement, je suggère le Colheita Cabral 2000, parfois disponible au Québec. Il l’est présentement pour un temps limité.

Issu à parts égales des cépages Touriga nacional, Touriga francesa, Tinta barroca et Tinta roriz, sa teneur en sucre est de 110 g/l.

Lorsqu’un producteur décide de commercialiser sa réserve d’un colheita, il n’est pas obligé de tout embouteiller en même temps. Il peut choisir d’embouteiller une partie de son trésor et poursuivre le vieillissement du reste.

Le lot de Colheita Cabral 2000 embouteillé en 2016 s’était mérité la première place aux Sélections mondiales des vins.

Le lot embouteillé l’année suivante est épuisé.

Mais Cabral vient de commercialiser un autre lot, provenant lui aussi de la récolte de 2000. C’est donc un porto qui a vieilli 19 ans.

On l’achète à la SAQ au prix de 15,65$ la demi-bouteille. Si vous aimez le porto, c’est une offre à ne pas manquer.

Avec son bouquet de prunes, de café, de caramel, de crème brulée, de gâteau aux fruits, de cassonade, de dattes, de figues, d’oranges amères, et de raisins secs, il est parfait avec un bleu danois, du chocolat et tout ce qui va bien avec un porto.

Bonheur garanti.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 25mm F/1,2 — 1/250 sec. — F/1,2 — ISO 200 — 25 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les boissons énergisantes et l’État fédéral

29 octobre 2019
L’auto promotionnelle Red Bull sur la rue Sainte-Catherine, à Montréal

Introduction

Sous l’Ancien régime, critiquer le roi vous attirait tous les ennuis.

Voilà pourquoi les opposants à une décision royale en imputaient prudemment la faute à la maitresse du roi et la mauvaise influence, disait-on, que celle-ci exerçait sur le monarque bienaimé.

Et il suffisait à ce dernier de répudier sa maitresse pour que ses errements passés lui soient pardonnés, tels ceux d’un born-again Christian.

Il en va de même des gouvernements à Ottawa.

L’aveuglement fédéral

J’écoutais jeudi dernier l’émission Enquête consacrée aux boissons énergisantes.

On y apprenait qu’il est impossible pour les Canadiens de signaler au fédéral les effets secondaires qu’ils ont ressentis à la suite de la consommation de ces breuvages.

Même lorsqu’un coroner en vient à la conclusion qu’un Canadien est mort victime d’une boisson énergisante, il ne peut le rapporter à Ottawa.

Ni par téléphone. Ni par courriel. Ni par poste recommandée.

Le gouvernement conservateur de Steven Harper a fait en sorte que les effets secondaires dus aux boissons énergisantes doivent être signalés uniquement aux fabricants. Ces derniers sont les seuls autorisés à rapporter annuellement à Ottawa les effets secondaires de leurs produits.

Est-ce que le gouvernement vérifie si les compagnies lui transmettent correctement les effets secondaires qui leur sont rapportées ? Non, Ottawa se fie aveuglément à l’autodiscipline des fabricants.

Mais peut-on, par exemple, envoyer à la compagnie Red Bull un courriel signalant un effet secondaire ? Non plus.

Pour ce faire, vous devez remplir un bref formulaire en ligne dont vous n’avez évidemment aucune copie, à moins d’effectuer une capture d’écran.

Si votre message n’est pas transmis à Ottawa par le fabricant, êtes-vous certain que ce dernier l’a bien reçu ? En avez-vous la preuve ? Auriez-vous oublié d’appuyer sur le bouton ‘Send’ ? Cela arrive plus souvent qu’on pense, parait-il…

N’espérez pas envoyer une lettre recommandée au fabricant. Son adresse civique n’apparait nulle part sur son site web et les journalistes d’Enquête ont eu toute la peine du monde de la trouver à Toronto.

Évidemment, on en conclut que cette situation est la faute du méchant gouvernement Harper. Un gouvernement qui a ignoré les sages critiques de l’opposition libérale.

Mais ce que l’émission de Radio-Canada oublie de préciser, c’est qu’après quatre ans de gouvernement libéral, c’est encore pareil.

Doit-on comprendre que blâmer un parti fédéral ‘au pouvoir’, c’est comme blâmer la maitresse du roi ?

L’interface politique de l’État canadien

La grande majorité des citoyens croient que l’État, c’est la somme des ministres et des députés dont on parle dans les quotidiens ou qu’on voit aux actualités télévisées.

En réalité, l’État canadien se compose de deux parties; les parlementaires et la machine de l’État.

Le gouvernement peut prendre toutes les décisions qu’il voudra. Toutefois, il est impuissant à appliquer les mesures qu’il adopte. Pour ce faire, il a besoin de la machine de l’État.

Et quand la machine dit ‘non’ (comme pour sauver SNC-Lavalin), le premier ministre lui-même s’écrase.

L’explication est toute simple : les députés, les sénateurs et les ministres ne sont que l’interface entre le peuple et la machine de l’État canadien.

Or cette machine, ce sont des milliers de fonctionnaires et surtout un petit nombre de mandarins qui exercent le pouvoir dans l’ombre, animés de leur propre conception de l’intérêt national.

Que ce soit au sujet de l’étiquetage obligatoire des OGM (réclamé par 86 % des Canadiens), les politiques énergétiques (lire pétrolières), la politique étrangère du pays (dont la vente d’armes à la dictature saoudienne), plus ça change, plus c’est pareil.

Et c’est pareil parce que tout ce qui change, c’est l’interface ministérielle qui sert de paravent à une machine étatique qui opère dans l’ombre.

Références :
Deux canettes de Red Bull : épilepsie
É-U: enquête sur 13 morts potentiellement liées à des boissons énergisantes
La façade ministérielle de l’État canadien
Les boissons énergisantes peuvent tuer… mais Santé Canada ne vous le dit pas
SNC-Lavalin vs la machine de l’État canadien
Stimulant à mort (vidéo)

Détails techniques de la photo : 
Panasonic GH1, objectif Lumix 14-45mm — 1/125 sec. — F/5,6 — ISO 100 — 30 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les conséquences pédiatriques de la légalisation des produits dérivés du cannabis

11 septembre 2019

L’expérience française

En France, où le cannabis est illégal, la consommation de cannabis est la plus élevée d’Europe. Autre particularité, le cannabis y est fumé davantage sous forme de hachich qu’en feuilles.

L’administration orale accidentelle de hachich — qui, pourtant, n’a pas l’attrait des produits dérivés — été responsable de 136 des 187 intoxications au THC observées chez les enfants de moins de six ans dans les hôpitaux pédiatriques de France de 2010 à 2014.

Près de 86 % de l’ensemble des cas l’ont été chez des bébés de moins de deux ans.

Parmi les symptômes observés, notons le coma (16,9 %), le rythme cardiaque élevé (14,2 %), et les convulsions (5,5 %). L’admission aux soins intensifs a été nécessaire dans 14,7 % des cas.

Précisons qu’il est impossible d’attribuer ces symptômes au THC seul puisque le hachich vendu illégalement en France peut contenir des contaminants.

L’expérience du Colorado

Au Colorado, c’est en janvier 2014 que débutait la commercialisation des produits dérivés du cannabis.

Dès la première année, cette industrie a généré des ventes de 573 millions$US dont près de la moitié, 257 millions$US, en produits dérivés.

En raison de la somnolence qu’il provoque, le cannabis n’est jamais mortel lorsqu’il est fumé; l’utilisateur s’endort avant d’avoir atteint une dose qui mettrait sa vie en péril.

Mais au Colorado, trois adultes sont morts d’avoir consommé des produits dérivés.

Qu’en est-il chez les enfants ?

À chacune des deux années qui ont suivi la commercialisation des produits dérivés, 16 enfants ont été admis à l’une ou l’autre des urgences ou des unités de soins intensifs des hôpitaux pédiatriques de l’État.

Leur âge médian fut de 2,4 ans.

Contrairement à l’expérience française, ce sont ici les produits dérivés qui sont responsables de 94 % des admissions pédiatriques pour intoxication au cannabis.

Sur l’ensemble des 62 cas rapportés au Colorado depuis 2009 — soit 6 cas par année avant la légalisation des produits dérivés et 16 cas par année depuis — les intoxications pédiatriques au cannabis l’ont été :
• par des boissons (48 % des cas),
• par des pâtisseries (27 %),
• par des friandises (16 %),
• par du maïs soufflé (3 %).

L’expérience du Québec

Par extrapolation à partir de l’expérience du Colorado, la légalisation des produits dérivés au Québec occasionnerait annuellement 21 admissions dans nos urgences et soins intensifs pédiatriques sur l’ensemble des 23 qui seraient causées par l’intoxication au cannabis sous toutes ses formes.

Toutefois, certains indices nous laissent croire que la situation pourrait être pire.

Depuis la légalisation du cannabis, 26 enfants ont été admis à l’Hôpital de Montréal pour enfants alors qu’avant le 17 octobre 2018, leur nombre était d’un par année.

Puisque les produits dérivés ne sont pas encore légalisés, il s’agissait de petits gâteaux et de biscuits au cannabis fait artisanalement par des parents qui, imprudemment, les ont laissés à portée de leurs enfants.

À l’hôpital Sainte-Justine, le nombre est passé de deux par année entre 2012 et 2016 à 11 en 2018-2019.

Dans la ville de Québec, on parle de 15 cas depuis le 6 février 2019.

Conclusion

N’importe quel parent sait que dès qu’ils commencent à se déplacer à quatre pattes, les enfants portent à leur bouche n’importe quoi. Y compris des choses qui nous répugnent.

L’expérience française nous apprend que même si le THC se présente sous forme de fragments de hachich qui ressemblent à des excréments de petits rongeurs, il causera des intoxications pédiatriques.

Il est donc naïf de penser qu’on peut prévenir la plupart des empoisonnements au cannabis en interdisant la commercialisation de produits dérivés qui se présentent sous une forme attrayante.

C’est portant une des principales exigences sur lesquelles compte le gouvernement canadien pour assurer la protection du public.

En plus de l’aspect, les friandises au cannabis devront être enveloppées individuellement.

Toutefois, rien ne distinguera une friandise normale d’une friandise à la drogue sans sa pellicule.

Cela signifie que toute friandise obtenue d’un inconnu à l’occasion de l’Halloween devra être jetée systématiquement au cas où cet inconnu aurait eu l’idée de faire une plaisanterie de très mauvais gout en retirant la pellicule qui permettait de savoir qu’elle contenait du THC.

Ottawa s’oppose également à toute politique québécoise qui serait plus restrictive que la sienne.

Selon un jugement récent de la Cour supérieure au sujet du cannabis, le gouvernement du Québec ne pourra pas interdire ce que le fédéral permet.

Ce qui signifie que les produits dérivés seront commercialisés au Québec, qu’on le veuille ou non.

Voilà le prix de notre appartenance au Canada.

Références :
Cannabis and Canada’s children and youth
La légalisation des produits dérivés du cannabis
Half-Baked — The Retail Promotion of Marijuana Edibles
L’interdiction de faire pousser du «pot» à domicile invalidée
Multiplication des intoxications au cannabis chez les enfants
Pediatric marijuana exposures in a medical marijuana state
The Implications of Marijuana Legalization in Colorado
Unintentional Cannabis Ingestion in Children: A Systematic Review
Unintentional Cannabis Intoxication in Toddlers
Unintentional Pediatric Exposures to Marijuana in Colorado, 2009-2015

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Quand la pureté dominait le monde

9 septembre 2019

La bière allemande

Bières allemandes

C’est en raison de son adoption plus précoce de la pomme de terre comme principale source calorique que l’Allemagne est devenue le pays le plus populeux d’Europe en dépit du fait que c’est en France qu’on trouve une bonne partie des terres les plus fertiles du continent.

En effet, ce tubercule est moins sujet aux mauvaises récoltes que les céréales. Donc son adoption protégeait des famines.

Mais au début du XVIe siècle, la patate n’a pas encore été rapportée des Amériques.

Afin de réserver le blé à la fabrication du pain et obliger l’utilisation du houblon, Guillaume IV, duc de Bavière, promulgue le 23 avril 1516 le Décret de pureté sur la bière. C’est un des plus vieux décrets alimentaires européens.

Celui-ci stipule que la bière bavaroise ne pouvait contenir que trois ingrédients : l’orge, le houblon et l’eau.

Même si ces restrictions ont été assouplies, notamment pour se conformer à la règlementation européenne, la majorité des bières allemandes se conforment volontairement au décret de 1516.

De nos jours, dans les pays germaniques, le 23 avril est célébré comme le Jour de la bière allemande.

La baguette française

Dans leur désir de rendre leur pain plus blanc et plus digestible, d’en uniformiser les trous, de le rendre plus moelleux, d’en équilibrer les protéines et d’en prolonger la conservation, les boulangeries industrielles ont transformé leur pain en un produit qu’ils sont les seuls à pouvoir fabriquer.

Et le plus merveilleux, c’est qu’en dépit de tout, cela rappelle encore vaguement le gout du pain.

Au fur et à mesure des ‘améliorations’, la liste officielle des ingrédients s’allonge. Et ce, sans compter les contaminants qui sont permis en quantité croissante par les autorités sanitaires.

Par exemple, au fil des années, la teneur maximale permise de glyphosate dans le blé canadien a augmenté de 50 fois afin de légitimer les abus des producteurs de céréales.

Heureusement, ni au Québec ni en France, on a pris l’habitude d’empoisonner le blé au glyphosate avant de le faucher, comme c’est le cas en Saskatchewan.

En plus, dans le cas précis des baguettes, leur production est sévèrement règlementée en France; elles ne peuvent contenir que de la farine de blé, de l’eau, de la levure (ou de la poudre à lever), et du sel.

Ces contraintes garantissent la qualité du pain. Contrairement à ce qu’on aurait pu s’attendre, elles n’entrainent pas l’uniformisation du produit.

L’excellence en boulangerie est le sujet de plusieurs concours et même d’émissions télévisées.

Le pain nature a donc encore de belles années devant lui.

Le savon de Marseille

Tout comme certains aliments, d’autres produits de consommation ont su résister aux assauts de la modernité; le savon de Marseille fut l’un d’eux entre 1688 et 1820.

Les Romains fréquentaient les bains publics, mais ne se lavaient pas avec de l’eau et du savon.

À domicile, debout dans une cuvette, ils s’enduisaient et se massaient la peau avec de l’huile d’olive. Et ils se débarrassaient de l’huile souillée à l’aide de petits racloirs de bois (appelés strigiles) dont la courbure épousait le corps. Le mince film d’huile résiduel servait à lubrifier et parfumer la peau.

À la faveur des croisades, la recette syrienne du savon (à base d’huile d’olive ou de laurier) se propagera en Europe.

Dès le IXe siècle, on fabrique de manière saisonnière du savon à Marseille à partir de l’huile d’olive produite en Provence. L’histoire retiendra le nom de Crescas Davin, premier véritable savonnier marseillais en 1371.

Au cours de la Guerre de Quatre-Vingts Ans (1568 à 1648), Marseille augmente sa production et assure les approvisionnements en savon d’une bonne partie de l’Europe occidentale.

La paix revenue, Louis XIV promulgue en 1688 un édit qui fait du savon de Marseille un produit de qualité. Sous peine de confiscation, seule l’huile d’olive sera utilisée comme corps gras dans la fabrication de ce savon.

Ce savon rencontra un immense succès.

Mais à partir de 1820, on utilisera diverses huiles végétales et parfois même du gras animal (saindoux et suif).

Peu à peu, le savon de Marseille, dégénéré, fut délaissé au profit de savons moins chers.

De nos jours, on ne produit plus de savons faits exclusivement avec de l’huile d’olive dans cette ville. Mais un très petit nombre d’entreprises fabriquent, ailleurs en France, du ‘savon de Marseille’ selon la recette originale dont :
le Savon ‘Antique’ d’Alepia
la Savonnerie de la Goutte noire

Références :
Des boulangeries à la française
Guillaume IV de Bavière
Histoire de la pomme de terre
La Meilleure Boulangerie de France
Les céréales canadiennes contaminées au glyphosate
Reinheitsgebot
Savon
Savon de Marseille

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 12-40 mm F/2,8 — 1/250 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 40 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Dépenses bio par personne selon les pays

31 juillet 2019

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les lupins

27 juillet 2019
Lupins

Les lupins sont des légumineuses riches en protéines.

Avant d’être dégorgées et cuites, les légumineuses ont une teneur en protéines de :
• 36,2 g par 100 g de lupins,
• 24,6 g par 100 g de lentilles,
• 22,5 g par 100 g d’haricots rouges,
•   9,9 g par 100 g de fèves de soya, et
•   8,8 g par 100 g de pois chiches.

À titre de comparaison, on trouve 12,6 g de protéines par 100 g d’œuf cru.

Toutefois, une fois cuit, l’œuf contient toujours la même quantité de protéines par 100 grammes alors qu’une fois dégorgés, les lupins cuits seront trois fois plus lourds. Gonflés d’eau, leur apport protéiné par 100 grammes aura chuté au niveau de celui de l’omelette nature.

Autre différence : la teneur en méthionine (un acide aminé essentiel).

Comparée à celle de l’œuf, voici la teneur en méthionine de certains aliments crus par 100 g d’azote :
• 200 mg dans un œuf,
•  34 mg (?) dans le cas des lupins,
•  50 mg dans le cas des lentilles,
•  70 mg dans le cas des haricots rouges,
•  80 mg dans le cas des fèves de soya, et
•  80 mg dans le cas des pois chiches.

Cette lacune est compensée lorsque le repas comprend également des céréales puisque celles-ci sont plus riches en méthionine.

Voilà pourquoi on associe haricots noirs et riz à Cuba, haricots rouges et maïs en Amérique latine, pois chiches et semoule de blé au Maghreb, de même que lentilles et riz en Égypte et en Iran.

De toutes les légumineuses comestibles, la préparation des lupins est, de loin, la plus longue.

Alors que les petites lentilles (comme les lentilles du Puy) n’ont pas besoin d’être dégorgées avant cuisson, et alors qu’une nuit (8h) suffira à faire dégorger les mélanges de haricots vendus dans le commerce, les lupins doivent tremper dans de l’eau à température ambiante pendant un jour complet (24h).

Leur cuisson durera une heure. Et une fois cela fait, vous ne serez pas plus avancés; vos lupins seront toujours incomestibles.

C’est qu’il existe deux sortes de lupins; les lupins doux (rares, avec lesquels ont fait de la farine) et les lupins amers (ceux qu’on trouve assez facilement).

Or ces derniers ne sont pas seulement amers; ils sont épouvantablement amers. Après avoir fait cuire les miens, il aura suffi de croquer délicatement la peau qui s’était détachée de l’un d’entre eux pour qu’une forte amertume, tel un gaz volatil, se répande instantanément dans toute ma bouche.

Bref, on doit ‘désamertumer’ les lupins après cuisson. Cela prend cinq jours (sic).

Dans un grand chaudron, on couvre les lupins d’eau du robinet auquel on ajoutera 30 g de sel par litre. Concrètement, 750 g de lupins seront recouverts de 1,5 litre d’eau auquel on ajoutera environ 50 g de sel.

Puis on couvre et on laisse reposer douze heures. On égoutte. Et on recommence pendant cinq jours.

Puisque la préparation des lupins est longue, il est préférable de les faire cuire en quantité. Un format de 750 g de lupins secs vous donnera 2,2 kg de lupins prêts à manger.

Une fois cela fait, je divise les miens dans plusieurs sachets à sandwich. Que je fais congeler. Et que je décongèle au besoin.

Le liquide dans lequel baignent vos lupins au cours de leur préparation n’est pas suffisamment salé pour avoir les mêmes propriétés antibactériennes de la saumure. En conséquence, au cours des cinq jours de ‘désamertumation’, toute cette eau stagnante pourrait devenir un nid de prolifération bactérienne.

Habituellement, ce liquide demeure inodore. Si par malheur ce n’était pas le cas, portez votre chaudron à l’ébullition, égoutter, recouvrez d’eau fraiche, salez et reprenez le processus de ‘désamertumation’ là où vous en étiez rendus.

Au frigo, on conserve les lupins dans de la saumure (100 g de sel par litre).

On peut également donner une deuxième vie au liquide qui baignait des olives en pots; une fois les olives mangées, le liquide qui les baignait peut servir à conserver les lupins réfrigérés.

On prélèvera quelques lupins réfrigérés pour une collation (à la place de croustilles devant la télévision) ou pour ajouter des protéines à un mets végétarien.

Détail très important : les protéines des lupins ressemblent beaucoup à celles des arachides. Donc les personnes allergiques aux arachides pourraient avoir une allergie croisée avec les lupins.

Pour terminer, parlons flatulence. Les lupins étant pauvres en composés soufrés, leur flatulence est relativement inodore.

Voilà. Je pense que vous savez tout des lupins.

Référence : Lupins : Nutrient composition

Postscriptum : Puisqu’il est difficile de trouver un endroit où on vend des lupins non cuits, je me permets de préciser le détaillant suivant :
• Marché SÁ et fils — 4701 rue Saint-Urbain — Montréal — 514-842-3373 (4$ pour 750 g)

Si vous connaissez d’autres endroits où on vend des lupins à cuire, veuillez nous en aviser en commentant ce texte.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 — 1/250 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 40 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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