La triste histoire d’un magasin général

13 septembre 2019


Avant-propos : Voici un texte que j’ai écrit alors que j’étais étudiant à l’université.

C’est un texte que je trouvais bien, sans plus, jusqu’au jour où ma mère m’a appris que mon père (grossiste de métier) en avait fait la lecture à voix haute, fièrement, devant un groupe d’amis.

Lorsqu’à l’intersection de la rue Principale et de la route provinciale no 84, Saint-Clin-Clin passa de carrefour à agglomération, Jean Faidècène établit un magasin qu’il légua à sa mort à son fils Henri.

Peu à peu, à mesure que Saint-Clin-Clin était devenu village, les besoins des voisins s’étaient diversifiés; on avait besoin de fusils, de munitions, d’allumettes, de carburant, d’épicerie, de vêtements, etc.

Si bien que l’ancien Chez Ti-Jean était devenu le Magasin général Faidècène afin de répondre à la demande et de rendre service.

Henri connut, par sa situation aisée, le respect qu’on réserve aux notables et aux bourgeois de la place. Sa chaude hospitalité et son sens des affaires lui valurent l’estime et l’admiration de tous. Sa mort causa une grande perte.

Le plus vieux de ses fils, Paul, hérita du célèbre magasin. Mais les jours gris approchaient. Car selon le ‘standing’ de la nouvelle cité de Saint-Clin-Clin-de-l’industrie, on prisait peu ce magasin général qui rappelait trop fidèlement des origines villageoises.

Non, à Saint-Clin-Clin-de-l’industrie, on achetait dorénavant la viande à la boucherie, les conserves à l’épicerie, les biscuits à la biscuiterie, les journaux à la tabagie, les outils à la ferronnerie, les vêtements à la lingerie et le reste à la pharmacie.

Bientôt le magasin général dut fermer ses portes. Que de souvenirs disparurent avec lui.

Les vieux se rappelleront sans doute de son air de prospérité, de cette odeur particulière de bran de scie, de ce va-et-vient caractéristique des endroits achalandés, de Louise qui passait son temps à faire des étalages pour embellir le magasin, et des moments qu’on passait à discuter avec Henri, des conseils qu’il avait le tour de prodiguer, sans parler de son répertoire d’histoires à faire rougir monsieur le curé.

Ouais ! Quand on y pense; avoir l’air si prospère puis, en si peu de temps, plus rien.

Le temps passe vite, le temps passe vite…

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Des fois c’est beau, des fois c’est triste

31 août 2019


Avant-propos : Voici un texte que j’ai écrit à 22 ans, alors que j’étais étudiant à l’université. Il est reproduit tel quel, malgré ses maladresses.

Le p’tit gars qui fait un détour pour ne pas faire peur à l’écureuil qui est figé, là, sur le tronc d’arbre, à trois pieds devant : je trouve ça beau.

La mère qui se dépêche à faire son marché puis qui est tout excitée parce qu’elle vient de recevoir la lettre de Jean, son Jean, qui a décidé de revenir à’maison : je trouve ça beau.

Les gens que je vois sur la rue après que je me sois enfermé dans ma chambre pendant toute la journée, ils sont donc beaux.

À l’aéroport, le bonhomme qui éclate en sanglots dans le cou de sa femme en la retrouvant, puis qui la serre dans ses bras comme si c’était pour la dernière fois : je trouve ça beau.

Sur la rue, le gars qui prend son fils dans ses bras puis qui lui parle, en extase, comme s’ils étaient rien que tous les deux sur la terre : je trouve ça beau.

Mais la vieille dame qui a de la misère à monter les marches de l’autobus, mais qui se dépêche, en forçant, pour ne pas retarder personne : je trouve ça triste.

L’ouvrier, à 6h du soir, qui se passe la main dans les cheveux, les deux yeux fermés, puis qui est assis sur les premières marches d’un perron parce qu’il est trop fatigué pour attendre l’autobus debout : je trouve ça triste.

L’ivrogne, le bras accoté sur le mur, de dos à la rue, penché en avant, occupé à vomir, puis qui se dit que sa femme a eu bien raison de laisser tomber un sans-cœur comme lui : je trouve ça triste.

Le gars à’table, juste en face, près de la colonne, qui s’arrête tout d’un coup de parler, que la face lui tombe, puis qui part presque à brailler en entendant un vieux morceau qui lui rappelle des souvenirs : je trouve ça triste.

C’est comme ça; des fois c’est triste puis on le voit pas. D’autres fois c’est beau puis on le remarque même pas.

Parfois je me demande combien de temps on perd à passer sans regarder, à regarder sans voir, à voir sans penser, ou à penser sans réfléchir.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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