Traite humaine et cannabis anglais

30 juillet 2019


 
En Angleterre, des milliers d’usines désaffectées, d’entrepôts inutilisés, et de maisons unifamiliales ‘abandonnées’ servent d’usines à cannabis.

Dans certains cas, la pègre utilise des maisons louées, mais transformées à l’insu de leurs propriétaires.

Environ 92 % des sites britanniques de production sont en Angleterre.

Chaque site est opéré par un jeune immigré.

Annuellement, des centaines d’adolescents vietnamiens sont ‘importés’ clandestinement en Angleterre pour y servir de main-d’œuvre à l’industrie illégale du cannabis.

Cette situation résulte d’un partenariat entre la pègre anglaise et la pègre vietnamienne. Cette dernière est chargée de recruter les mineurs et d’assurer le suivi en sol britannique.

Les victimes ne sont pas des enfants ordinaires. Ce sont des orphelins qui vivent dans la rue. Pour échapper à la misère, on leur offre un voyage vers l’Europe moyennant un prix qu’ils n’ont évidemment pas le moyen de payer, mais qu’ils pourront acquitter par versements.

Dans les faits, jamais ces jeunes n’arriveront à payer leur dette. Et cette dette — croissante en raison des intérêts — justifiera les menaces et les sévices dont ils seront l’objet.

Au départ d’un voyage maritime qui durera deux ou trois mois, on les entasse dans des conteneurs avec de la nourriture de base, et une quantité d’eau embouteillée qui s’avèrera rapidement insuffisante pour la traversée. Ce qui les obligera à boire leur urine ou à mourir déshydratés.

On les fait entrer clandestinement au Royaume-Uni par les ports contrôlés par la pègre.

Pour les ‘casser’, ils feront plusieurs mois de prostitution dans des bordels pour pédophiles.

Puis finalement, ils sont amenés dans l’usine à cannabis dans laquelle ils vivront.

Leur travail se résume à arroser les plants deux fois par jour. Chaque tournée prend de deux à trois heures. Le reste, c’est du temps libre.

Aux deux ou trois semaines, un locuteur vietnamien les appellera ou passera sur les lieux pour les menacer, leur réitérer de bien suivre les instructions, et pour s’informer que tout va bien.

Leur traitement variera selon le propriétaire des lieux.

Au pire, ils sont séquestrés dans des usines où jamais la lumière du jour ne pénètre, et où tout ce qu’ils ont à manger, ce sont des conserves de nourriture pour chien.

D’autres vivront leur solitude dans des lieux où, par exemple, ils disposeront d’une petite cuisine, d’un réfrigérateur plein, d’une minuscule télévision près de laquelle se trouve une pile de DVDs vietnamiens ou une console de jeux vidéos, un matelas au sol, ici un calendrier vietnamien au mur, là un autel bouddhiste, etc.

Dans bien des cas, les portes ne sont même pas verrouillées.

Alors pourquoi ne s’enfuient-ils pas ? Pourquoi n’utilisent-ils pas le téléphone pour appeler la police ?

Pour plusieurs raisons.

Premièrement, ces adolescents ne parlent pas anglais. Deuxièmement, dans leur pays d’origine, ils ont passé toute leur enfance à subir la répression d’une police corrompue qui s’acharnait sur eux en raison de leur vagabondage et des petits méfaits qu’ils commettaient pour survivre.

Mais surtout, ces enfants n’ont jamais connu autre chose que la méchanceté humaine. Or maintenant, ils ont un toit. Ils sont nourris. Ils n’ont jamais froid parce qu’il fait toujours chaud dans une usine à cannabis, même en hiver. Ils se sont fait une petite vie monotone. Même ceux qui mangent de la nourriture pour chien n’ont jamais été mieux traités de leur vie.

Quand ils sont découverts par la police, une partie d’entre eux seront accusés de complicité dans le commerce de la drogue et sont expulsés vers leur pays d’origine après avoir été abusés en prison.

Les autres seront pris en charge par les services sociaux. Beaucoup s’enfuient, persuadés que leurs créanciers les trouveront et les tueront s’ils ne retournent pas travailler pour eux afin payer leur dette.

Dans un cas, par exemple, les ravisseurs avaient entaillé superficiellement les parties génitales d’un adolescent qui avait tenté de s’enfuir en lui faisant croire qu’ils y avaient inséré un émetteur de géolocalisation qui leur permettrait de le retracer, peu importe où il se trouvait.

Références :
Enslaved on a British cannabis farm: ‘The plants were more valuable than my life’
Trafficked and enslaved: the teenagers tending UK cannabis farms

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 — 1/25 sec. — F/2,8 — ISO 6400 — 12 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Immigration : l’illusion des prophéties

13 mars 2019

L’approche néolibérale

Pierre Fortin est un des plus brillants économistes du Québec. J’écoutais dernièrement un extrait de son témoignage en commission parlementaire.

Celui-ci faisait valoir l’importance de l’adéquation entre les besoins du marché et les qualifications des candidats à l’immigration.

Pour maximiser la contribution des néoQuébécois au développement du Québec, il faut choisir les candidats qui ont les meilleures chances de refaire leur vie ici.

Et pour en juger, on établirait une grille d’évaluation basée sur les besoins en main-d’œuvre de l’économie québécoise. Plus le candidat est apte à combler ces besoins, plus il serait accueilli à bras ouverts.

Cette approche est exactement celle du système Arrima, élaboré par l’ex-gouvernement libéral et que veut mettre en place le nouveau gouvernement caquiste.

Il s’agit d’une approche néolibérale dans la mesure où elle consiste à transformer les candidats à l’immigration en marchandise. En d’autres mots, elle consiste à dresser la liste du capital humain dont nous avons besoin comme on dresse sa liste d’épicerie.

Le mirage

Le problème fondamental de cette approche, c’est qu’elle se bute à l’imprévisibilité du futur dans un monde évoluant de plus en plus rapidement.

Les délais à l’immigration, qui se calculent en années au fédéral, font en sorte que les compétences utiles que possède le requérant pourraient ne plus être celles recherchées lorsqu’il est finalement accepté au pays.

À titre d’exemple, si Arrima avait été en vigueur il y a vingt ans, nous aurions accordé la citoyenneté canadienne à de nombreuses personnes capables de pourvoir les postes offerts dans le domaine des télécommunications, alors en plein essor.

Mais de 2007 à 2009, le secteur des télécommunications canadiennes s’est effondré. Au point que Nortel, un fleuron de l’économie canadienne, a fait faillite. Aurions-nous retiré la citoyenneté à tous ces gens qui auraient soudainement cessé de correspondre aux besoins du marché ?

D’où l’intérêt de dresser une grille qui tient compte des tendances du marché, de manière à anticiper les besoins du Québec dans un avenir prévisible.

Alors là, c’est pire.

Toujours dans les années 2000, la stratégie industrielle du gouvernement Charest, c’était le Plan Nord. Celui-ci consistait en un vaste projet de soixante-milliards de dollars visant à provoquer artificiellement un boum minier au Québec.

Si nous avions anticipé les besoins en main-d’œuvre du Plan Nord et ‘importé’ des mineurs à l’avance — de manière à ce qu’ils aient eu le temps de s’adapter au Québec et d’être parfaitement opérationnels lorsque les minières auraient eu besoin d’eux — on serait pris à essayer de recycler dans d’autres domaines ces mineurs étrangers devenus chômeurs chez nous en raison du fiasco total du Plan Nord.

Il est utopique de vouloir arrimer une politique migratoire sur une cible aussi fuyante que sont les besoins du marché.

Alors que faire ?

Une alternative humaniste

Depuis 2001, la réforme éducative québécoise repose à la fois sur l’apprentissage des connaissances et sur l’acquisition de compétences jugées importantes au XXIe siècle : la pensée critique, la communication, la collaboration, la créativité, l’innovation, la facilité numérique et technologique, l’apprentissage continu, la flexibilité et l’adaptabilité, la citoyenneté, et l’esprit d’initiative.

On qualifie de transversales les compétences qui, une fois acquises, pourraient être appliquées dans n’importe quel autre domaine.

Depuis près de deux décennies, tous les professeurs du Québec évaluent l’acquisition de compétences transversales chez leurs élèves. Or évaluer cela chez un candidat à l’immigration ou chez un écolier, c’est pareil.

Le système Arrima consacre la suprématie des marchés. Il repose malheureusement sur une illusion; l’aptitude à prévoir rigoureusement les besoins futurs d’une économique dont le rythme de transformation s’accélère.

Plus pertinente, une politique migratoire humaniste consacre la suprématie de l’être humain.

En effet, ce dont le Québec a besoin, ce sont des citoyens capables d’affronter l’avenir, de s’y adapter et de réussir leur vie dans un monde en évolution. Or ce monde sera de plus en plus imprévisible.

Les compétences valorisées par notre politique migratoire devraient être les mêmes que celles inculquées par notre système éducatif à nos propres enfants.

De manière à ce que rien ne distingue l’aptitude à réussir du citoyen né au Québec de celui qui est venu s’y installer plus tard dans son existence.

Références :
Immigration: la CAQ accusée d’agir dans la précipitation
Les compétences du XXIe siècle

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Immigration : une solution digne du 14 février

14 février 2019

Introduction

De tous les sujets d’actualité, celui m’attriste le plus présentement, c’est la décision du gouvernement québécois d’annuler 18 000 demandes d’immigration en attente d’une décision.

De ces 18 000 demandes, 3 700 ont été présentées par des demandeurs qui vivent déjà sur le territoire québécois tandis que les autres demandes ont été présentées de l’Étranger par des demandeurs qui y sont demeurés.

Cette décision affecte environ 50 000 personnes.

Ce qui me déçoit, ce n’est pas le ministre de l’Immigration, ni le gouvernement Legault, ni les sympathisants de la CAQ qui y consentent.

Ce qui me déçoit, c’est nous tous.

Non pas que j’éprouve la moindre culpabilité à l’égard de cette décision, mais parce que cela jure avec la conception flatteuse que je me fais du peuple francoQuébécois.

Dans l’éventail des décisions que l’opinion publique d’ici juge acceptables, comment cette politique brutale et inhumaine peut-elle trouver le moindre écho favorable ?

L’humanité en régression

En conclusion d’un autre texte, j’écrivais que depuis quelque temps, le monde est entré en régression.

Entre autres, cette régression se caractérise par une déshumanisation des peuples.

Quand l’administration Trump punit les immigrants illégaux en emprisonnant séparément les enfants de leurs mères — alors que ces dernières sont les plus compétente au monde pour déchiffrer le langage non verbal de leurs petits — cela est d’une telle cruauté qu’on s’étonne que le peuple américain tout entier n’en soit pas scandalisé.

Tout ce qu’on a vu aux États-Unis, c’est un regret après que quelques enfants soient morts parce que les agents de l’État ont mal interprété l’expression par ces enfants de leurs besoins les plus élémentaires (dont la soif).

Ce résultat était la conséquence inévitable d’une telle politique.

De manière analogue, quand le gouvernement québécois se propose de détruire d’un trait de crayon tous les efforts accomplis par cinquante-mille personnes pour refaire leur vie au Québec, je m’attends à une indignation beaucoup plus vive que la petite controverse que cette nouvelle suscite au sein de la classe politique.

Parmi ces gens, 3 700 couples ont déménagé au Québec et meublé un appartement ou la maison qu’ils ont achetée. Ils occupent des métiers depuis des mois ou des années. Ils paient des impôts. Certains de leurs enfants sont nés au Québec tandis que d’autres vont à l’école française et n’ont d’amis que d’autres petits Québécois.

Qui voudrait être à la place de ces parents, paniqués et plongés dans les limbes, qui doivent cacher cette nouvelle à leurs enfants pour ne pas les inquiéter ?

Une alternative plus humaine

Les fonctionnaires sont les bras de l’État. Un gouvernement peut adopter n’importe quelle politique, mais celle-ci demeurera lettre morte s’il n’y a pas d’employés de l’État pour la mettre en application.

Les 18 000 dossiers en attente sont le résultat de l’austérité libérale. En somme, le ministère de l’Immigration manque de bras.

Cela ne veut pas dire que l’embauche de nouveaux fonctionnaires soit la seule issue à l’accumulation des dossiers non traités.

La seule autre solution est la simplification draconienne du processus d’approbation des demandes.

Aux États-Unis, à chaque mois de mai depuis 1995, cent-mille candidats à l’immigration sont choisis au hasard parmi les vingt millions de demandeurs. Les gagnants de la Green Card Lottery voient leurs dossiers traités de manière prioritaire.

Le Québec pourrait s’inspirer de cette idée pour accepter aveuglément tous les dossiers en attente s’ils remplissent les conditions suivantes :
• les personnes concernées vivent déjà au Québec depuis un nombre minimal de mois,
tous les membres de la famille parlent couramment français,
• cette famille ne doit pas avoir été dépendante de l’aide publique depuis plus de 10% du temps vécu ici, et
• aucun des membres de cette famille ne soit sous le coup d’une accusation portée devant les tribunaux du Québec.

Cela ne supprimerait pas tous les cas en attente, mais en réduirait immédiatement le nombre. Et elle supprimerait l’injustice criante qui est exercée à l’égard de gens qui sont déjà parfaitement intégrés au Québec.

En ce jour de la Saint-Valentin, une telle suggestion mériterait d’être envisagée.

Références :
Cafouillage et insensibilité dans les dossiers d’immigration annulés
États-Unis : la loterie de la green card, un dispositif d’immigration bien ancré
Immigration : le ministre Jolin-Barrette clarifie la situation

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La politique migratoire de la CAQ

11 septembre 2018

Introduction

Le pourcentage d’immigrants au Québec qui choisissent de s’angliciser est passé de 65% à 60% en une décennie. C’est encore trop.

François Legault a raison de dire ‘qu’importer’ un demi-million d’immigrants par décennie qui choisissent à 60% de s’angliciser, c’est compromettre la pérennité à long terme du français au Québec.

Cela ne se voit pas en région ni dans les banlieues montréalaises (massivement francophones). Mais c’est déjà évident à Montréal à la lecture des résultats inquiétants du dernier recensement canadien, alors que tous les voyants lumineux clignotent au rouge.

Si le diagnostic de François Legault est bon, quels sont les remèdes qu’il prescrit ?

Réduire l’immigration au Québec de 24%

Entre autres, la Coalition Avenir Québec se propose de réduire à quarante-mille le nombre d’immigrants accueillis annuellement au Québec, et ce dès 2019.

Selon les données du gouvernement québécois, le Québec aura accueilli cette année 53 900 immigrants.

De ce nombre, 31 800 auront été choisis par Québec à titre de travailleurs qualifiés et 22 100 auront été choisis par Ottawa à titre de réfugiés ou en vertu de sa politique de réunification des familles.

Afin de ne pas assumer seule la tâche de réduire le flot migratoire au Québec, la CAQ espère convaincre le fédéral de contribuer proportionnellement à cette réduction.

Les responsabilités canadiennes en matière d’immigration

Au Canada, la compétence constitutionnelle en matière d’immigration est exclusivement fédérale.

Toutefois, en 1991, le gouvernement fédéral a délégué au Québec le droit de choisir les requérants à titre de travailleurs qualifiés.

Néanmoins, le fédéral a conservé ses prérogatives en matière d’accueil des réfugiés parce qu’il doit répondre de ses obligations internationales à ce sujet.

Quant à ses décisions en matière de réunification des familles, elles peuvent être contestées devant les tribunaux. Afin de s’assurer qu’elles soient prises de manière équitable, celles-ci sont déléguées à des tribunaux administratifs qui jouissent d’une grande autonomie.

L’imposition un quota de réduction de 24% à ces tribunaux administratifs provoquerait un tollé d’autant plus prévisible que cette contrainte serait imposée à la demande du Québec, une province que de nombreux commentateurs anglophones aiment dépeindre comme raciste et xénophobe.

Bref, il n’y a pas la moindre chance que le fédéral accepte de contribuer à une réduction du nombre d’immigrants au Québec à la demande de la CAQ.

La seule manière pour elle d’avoir autorité à ce sujet est de réaliser d’abord l’indépendance du Québec.

La démission de la CAQ en matière migratoire

D’ici là, la CAQ devra se débrouiller seule.

Compte tenu de la part fédérale, pour faire passer de 53 900 à 40 000 le nombre total d’immigrants au Québec, un gouvernement caquiste sera obligé de réduire le nombre d’immigrants qu’il accepte de 31 800 à 17 900.

Des 40 000 immigrants au Québec en 2019, 17 900 seraient donc choisis par Québec et 22 100 (la majorité) seraient choisis par Ottawa.

Les besoins de main-d’œuvre des entreprises québécoises, au lieu d’être assurés principalement par des politiques québécoises spécialement adaptées à cette fin, seront assurés par des politiques migratoires fédérales dictés par des considérations humanitaires totalement étrangères aux besoins économiques du Québec.

De plus, en donnant à Ottawa le contrôle majoritaire de notre immigration, la CAQ espère que la pérennité du français soit assurée dorénavant par des fonctionnaires fédéraux à 92% unilingues anglais.

Parce qu’il faut le dire : la fonction publique fédérale est massivement anglophone. Même les postes ‘bilingues’ à Ottawa sont confiés à des unilingues anglais qui disent vouloir apprendre le français et qui quittent leur poste plusieurs années plus tard sans jamais l’avoir appris.

Bref, c’est sur eux que François Legault compte pour expulser les immigrants qui n’auront pas appris le français après trois ans de séjour au Québec et pour sélectionner des réfugiés majoritairement francophones.

Disons les choses clairement : la politique migratoire de la CAQ est une trahison au profit du gouvernement colonial canadien.

Références :
Accord Canada-Québec relatif à l’immigration et à l’admission temporaire des aubains
Québec prévoit recevoir jusqu’à 53 000 immigrants en 2018
Un fonctionnaire fédéral défend son droit de travailler en français

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le ‘Test des valeurs’ de la CAQ : distinguer entre la connaissance et l’allégeance

18 mai 2018

L’immigration est un des thèmes récurrents de la Coalition Avenir Québec (CAQ).

Alors que le Québec manque de main d’œuvre pour soutenir son développement économique, ce parti politique veut réduire le nombre annuel d’immigrants. Et on croit que la venue d’un nombre jugé excessif d’étrangers créerait un risque de perversion de nos valeurs.

Dans ce contexte, la politique migratoire de la CAQ joue un rôle capital dans son programme électoral.

Dans celui-ci, la CAQ se propose d’imposer la réussite d’un Test des valeurs à tout immigrant et cela, trois ou quatre ans après son accueil chez nous.

Elle compte sur la menace d’une expulsion du pays pour motiver les immigrants à la réussite. Une expulsion qui, doit-on le préciser, ne dépendrait pas d’un gouvernement de la CAQ.

Cet examen serait un test de connaissance et non un serment d’allégeance. En d’autres mots, il ne s’agirait pas d’un engagement solennel à y adhérer.

Il est donc illusoire d’imaginer qu’un tel test protègerait la société québécoise de la ‘perversion’ causée par l’accueil de gens différents de nous; on peut savoir ce que sont les valeurs québécoises sans avoir la moindre intention de s’y conformer.

Dans le texte ‘Le serment d’allégeance aux valeurs du pays’, je suggérais que soit modifié le serment que l’immigrant doit prêter lors de la cérémonie de naturalisation, c’est-à-dire lors de l’étape ultime qui lui permet de devenir citoyen canadien.

Ce serment ne peut être exigé que par Ottawa.

Si la CAQ veut que le gouvernement québécois ait le pouvoir de l’imposer, il lui faudra réaliser l’indépendance du Québec (ce qui n’est pas dans son programme politique, je crois).

Au sein du Canada, il ne reste plus à la CAQ que le pouvoir d’exiger la connaissance de valeurs dites québécoises.

Mais pour exercer ce pouvoir limité, elle doit le faire avant l’émission d’un certificat de sélection. C’est-à-dire avant que le requérant mette les pieds au Québec.

Or cela se fait déjà.

Lorsqu’une personne demande à immigrer au Québec, elle doit signer une Déclaration sur les valeurs communes de la société québécoise.

Le requérant y déclare vouloir respecter ces valeurs et apprendre le français.

Tant que ce document n’est pas signé, le dossier du requérant est incomplet et ce dernier ne peut recevoir le certificat de sélection émis par Québec.

Tout comme un test de connaissance, une déclaration d’intention est moins contraignant qu’un serment d’allégeance. On peut très bien déclarer vouloir une chose et changer d’idée le lendemain, alors qu’il est plus difficile de renier un serment qui faisait de vous un citoyen du pays.

En somme, la déclaration d’intention est l’équivalent d’une résolution du Nouvel An.

Mais la CAQ n’a pas le choix; une fois que la personne concernée est admise au pays, un gouvernement caquiste ne pourrait rien exiger de plus. Cette impuissance est le prix du fédéralisme.

En effet, l’appartenance au Canada se paie par la soumission de la CAQ à une constitution adoptée en 1982 par le Canada anglais à l’issue d’une séance ultime de négociation à laquelle le Québec n’a pas été invité.

Cet ordre constitutionnel condamne tout gouvernement provincial à n’être que l’intendant régional du gouvernement canadian. Parce que c’est ce que veut l’ethnie dominante du pays.

La CAQ contribue à une psychose antimigratoire alors que sa politique à ce sujet, clé de voute de son programme électoral, est son talon d’Achille. Et c’est précisément parce que cette faille met en péril sa crédibilité que ses adversaires s’acharnent à ce sujet.

À quelques mois des élections, la CAQ pourrait in extremis apporter les changements nécessaires à son programme électoral.

À défaut de cela, ce parti enfourchera une picouille — sa politique migratoire actuelle — comme cheval de bataille de son combat contre l’immigration. De toute évidence, la CAQ risque de payer cher ce choix de monture.

En faisant la promotion de mesures coercitives qu’elle ne peut réaliser qu’après l’indépendance du Québec, la CAQ suscite des espoirs qui ne peuvent trouver leur aboutissement que si ses sympathisants portent au pouvoir une autre formation politique…

Tout un paradoxe !
 
 
Pour consulter les textes de ce blogue consacrés à la politique québécoise, veuillez cliquer sur ceci.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les Pères Noël libéraux

19 décembre 2017

Introduction

Le Comité fédéral sur la citoyenneté et l’immigration recommandait récemment l’abolition des entraves à l’immigration des personnes handicapées au pays.

Actuellement, le gouvernement fédéral rejette automatiquement toute demande d’immigration de nature à entrainer une charge annuelle supérieure à 6 655$ au système de soins du pays.

Précisons que cette disposition ne s’applique pas aux réfugiés.

Majoritaires sur ce comité, les représentants libéraux estiment qu’une telle discrimination est contraire aux valeurs canadiennes en plus de violer la Convention relative aux droits des personnes handicapées (dont le Canada est signataire).

La convention de l’ONU

L’article 18 de la Convention relative aux droits des personnes handicapées porte sur le droit de circuler librement et sur la nationalité.

L’alinéa 18.1.1 précise que les pays signataires reconnaissent aux personnes handicapées «…le droit d’acquérir une nationalité et de changer de nationalité et ne soient pas privées de leur nationalité arbitrairement ou en raison de leur handicap.»

Si on lit attentivement cet article, il ne crée pas d’obligation pour les États signataires à accepter les demandes d’immigration de personnes handicapés.

À titre de comparaison, le droit de divorcer et de se remarier ne signifie pas que le divorcé peut épouser en secondes noces quelqu’un contre son gré.

De manière analogue, les pays signataires de cette convention (presque tous les membres de l’ONU) ne se sont pas engagés à ouvrir leurs frontières à tous les handicapés de la Terre.

Si tel était le cas, des millions de désespérés n’hésiteraient pas à se mutiler pour échapper aux persécutions dont ils sont victimes et afin d’assurer un meilleur avenir à leur famille.

Donc les handicapés sont libres d’émigrer… dans les pays qui voudront bien d’eux. C’est tout. Voilà ce que stipule la convention.

Les valeurs canadiennes

Il n’y a aucun doute que la notion du partage est une des grandes valeurs canadiennes.

Le peuplement de ce vaste pays n’aurait pas été possible sans le partage forcé de terres autochtones — notamment celle des Métis des provinces des Prairies — au profit de colons anglais.

Le gouvernement Trudeau a donc raison de souligner l’importance de cette grande valeur canadienne. Toutefois, il ne donne pas un très bon exemple à ce sujet.

Son ministre des Finances, multimillionnaire, a négligé de révéler son patrimoine familial. Ce qui lui permettait de dissimuler — involontairement, bien sûr — les avantages personnels qu’il pouvait retirer des politiques que son ministère adoptait.

En mai 2017, le gouvernement Trudeau a reconnu officiellement un nouveau paradis fiscal, les iles Cook, où les riches Canadiens pourront dorénavant faire de l’évasion fiscale en toute impunité.

Le ministre de l’Immigration, avocat de métier, fait lui-même partie du 1%. Comme probablement tous les ministres fédéraux.

Et ce sont ces ministres richissimes — dont la classe sociale n’a de cesse que de trouver les moyens d’éviter de payer sa juste part du financement de l’État — qui font la morale aux autres Canadiens au sujet de leur devoir d’adhérer aux valeurs de partage du pays.

Les conséquences

Si le Canada avait accepté toutes les demandes d’immigration reçues de la part de personnes handicapées, cela n’aurait occasionné qu’une dépense supplémentaire annuelle d’à peine 135 millions$ pour le système de soins du pays.

Toutefois, cette estimation n’est possible qu’à la condition que personne n’entende dire que le Canada songe à devenir un pays refuge pour les personnes handicapées. Si, à travers le monde, les centaines de millions d’entre eux l’apprennent et frappent à nos portes, comment cela va-t-il couter ?

D’autre part, même si un grand nombre de personnes saisissaient alors l’offre qui leur serait faite par le fédéral, l’essentiel des dépenses supplémentaires serait assumé par les gouvernements provinciaux, dont la Santé est un domaine exclusif de compétence constitutionnelle.

Dans les faits, ces sommes seraient payées par les contribuables de la classe moyenne puisque c’est eux qui assument véritablement le fardeau du financement de l’État.

Quant à l’engorgement du système de santé occasionné par la prise en charge de ces nouveaux arrivants, on se demande pourquoi un ministre attendrait des heures à l’urgence quand il lui est si facile d’aller à la clinique privée qu’il a les moyens de se payer…

Références :
Committee urges federal government to repeal law that bans disabled immigrants
Immigration: le Canada s’ouvrirait aux handicapés
L’Accord avec les Îles Cook critiqué
Les «affaires» Bill Morneau: les scandales collent à la peau du ministre des Finances du Canada
Texte intégral de la Convention relative aux droits des personnes handicapées

Paru depuis :
Ottawa ne veut plus rejeter les immigrants sur la seule base de leur handicap (2018-04-16)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La vision dépassée de François Legault

8 décembre 2017

Introduction

À l’occasion d’une entrevue accordée à la chaine anglaise de Radio-Canada, le chef de la Coalition Avenir Québec (CAQ) a déclaré au sujet de l’immigration au Québec :

I think we’ve put too much emphasis into knowing French. That’s why at the CAQ, we say we should give three years to pass a French test.


The first and maybe only criteria must be qualification, and answering the needs of the working market.

Traduction libre :

Je crois qu’on accorde trop d’importance à la connaissance du français. Voilà pourquoi la CAQ propose que les immigrants disposent de trois années pour réussir un examen de français.


Le premier (et peut-être le seul) critère devrait être la compétence, de même que l’aptitude à répondre aux besoins du marché du travail.

La majorité des néoQuébécois échouent à apprendre le français ou n’en font pas l’effort. Que ferait la CAQ après trois ans ? Expulser ceux qui ont commencé à prendre racine au pays ? Veut-elle vraiment expulser plus de 20 000 néoQuébécois par année, soit environ 400 par semaine ? Se peut-il que les policiers du CAQuistan aient mieux à faire ?

Évidemment, on peut présumer que la menace d’expulsion suffira à motiver les immigrants à apprendre le français. Sait-on quel est le pourcentage prévu d’échec de cette politique ?

La solution péquiste est simple : on ne met pas les pieds au Québec sans connaissance préalable du français.

C’est simple, économique et 100% efficace. Et on évite les sanglots de néoQuébécois expulsés devant les caméras du monde entier.

Rappel historique

Reportons-nous à l’époque encore récente où le gouvernement minoritaire de Mme Marois voulait renforcer la Loi 101. Face à l’opposition systématique du parti libéral, la CAQ disposait alors de la balance du pouvoir.

Or la CAQ exigea une série d’assouplissements et d’exemptions destinées au contraire à affaiblir la Loi 101. Son influence parlementaire se résuma à bloquer le PQ.

La tiédeur de la CAQ peut se résumer, dans la bouche de François Legault, par cette question devenue son leitmotiv : « Oui mais ça va couter combien ? »

Cela en dit long sur l’ardeur de la CAQ à défendre le français. On n’est donc pas surpris d’apprendre la teneur de l’entrevue qu’il vient d’accorder.

Diminuer l’immigration

Une des mesures-phares de la CAQ, c’est la diminution de vingt pour cent des quotas d’immigration. Il s’agit d’une mesure populaire chez nous comme dans de nombreux pays.

Malheureusement, cette mesure est nuisible à l’économie du Québec en raison des difficultés actuelles qu’éprouve le patronat à recruter le personnel dont il a besoin.

Le taux de chômage au Québec atteint des creux historiques. Cette situation s’explique principalement par le vieillissement de la population; les babyboumeurs quittent le marché du travail et exigent de manière croissante des soins et des services.

Inévitablement, arrivée au pouvoir, la CAQ fera exactement le contraire sous la pression des chambres de commerce, des clubs Kiwanis, des Chevaliers de Colomb, et de tous ces petits milieux d’affaires dont elle est très proche.

Qu’elle maintienne les quotas actuels (environ 50 000 immigrants par année) ou qu’elle les diminue à 40 000, tout assouplissement des exigences linguistiques provoquera une augmentation de l’anglicisation de Montréal. Une anglicisation déjà très préoccupante.

Le taux de chômage chez les néoQuébécois

Le refus de reconnaitre l’expérience acquise à l’Étranger et les exigences linguistiques sont deux obstacles majeurs à l’intégration des néoQuébécois.

Pour prendre l’exemple des personnes originaires du nord de l’Afrique et plus particulièrement des pays du Maghreb, leur langue maternelle est souvent le bergère ou l’arabe. En plus, ils connaissent le français comme langue seconde ou tierce. Arrivé au Québec, on exige qu’ils parlent également une troisième ou une quatrième langue, soit l’anglais. C’est beaucoup.

La véritable solution, c’est de revenir à l’essence de la Loi 101, le contraire de ce prêche la CAQ.

La Loi 101 et la langue de travail

Les Francophones unilingues sont victimes de discrimination croissante à l’embauche, au fur et à mesure que le bilinguisme se généralise, notamment à Montréal.

Quels que soient les avantages indéniables de la connaissance de l’anglais, cette discrimination est inacceptable. Ces Francophones unilingues sont chez eux au Québec. Comme les Anglophones unilingues sont chez eux au Canada.

La Loi 101 prescrit que la langue de travail au Québec soit le français. Comme en Allemagne, c’est l’allemand. L’italien en Italie. Et ainsi de suite.

Toutefois, dans une économie tournée vers l’exportation comme la nôtre, il est normal que le service à la clientèle de nombreuses entreprises comprenne suffisamment d’employés parlant anglais pour servir adéquatement les locuteurs anglophones.

Mais entre eux, les employés doivent généralement parler français. Je dis ‘généralement’ parce qu’on ne punira pas deux Anglophones d’avoir parlé anglais entre eux. Sauf cette exception, c’est en français que cela doit se passer. C’est ce que prescrit la Loi 101.

Ce n’est pas ce qui arrive.

Beaucoup d’employeurs trouvent commode d’obliger tout le personnel à être bilingue; c’est ce que révèlent les dernières donnés de Statistique Canada.

Mais cette solution de facilité nuit à l’intégration des néoQuébécois en plus d’aggraver les difficultés de recrutement des entreprises.

Il y a des centaines de millions de Francophones à travers le monde. C’est suffisant pour pourvoir tous les postes vacants du Québec. Mais pour cela, il faut une seule langue de travail.

Diminuer les quotas d’immigration tout en diminuant nos exigences linguistiques pour satisfaire ‘la demande’, c’est un autre exemple de politiques anciennes et dépassées de la CAQ.

Ce sont à la fois des entraves au développement économique du Québec et une mesure qui accentue le déclin démographique du peuple francoQuébécois.

Postscriptum : une anecdote

En prenant le taxi en 2013 dans la capitale cubaine, le chauffeur a remarqué mon accent.

Détentrice d’un certificat en français décerné par l’Alliance française de La Havane, son épouse infirmière avait voulu immigrer au Québec.

Mais à l’ambassade canadienne, on l’a découragée de faire application sous le prétexte qu’elle ne parlait pas anglais.

Il y a des régions du Québec où presque personne ne parle anglais. On aurait été heureux d’accueillir cette infirmière.

En dépit du fait que le fédéral a délégué au Québec le pouvoir de sélectionner les travailleurs qualifiés, il y a des candidatures dont le Québec n’entend jamais parler parce que certaines ambassades ‘filtrent’ les demandeurs.

Voilà ce qui explique peut-être pourquoi tant d’immigrants qualifiés arrivés au Québec ne connaissent que l’anglais.

Références :
François Legault on boosting the birth rate, curbing immigration and ‘bonjour/hi’
La francisation des immigrants au Québec est un échec, selon la vérificatrice générale
L’anglais mieux que le français pour les immigrants
La rondelle ne roule pas pour le français dans la LHJMQ
L’exigence de l’anglais frustre des immigrants francophones
Recensement 2016: le Canada plus bilingue, le Québec plus anglophone

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Welcome to English-speaking Illegals

25 février 2017

C’est à l’unanimité que les élus montréalais ont adopté dernièrement une résolution désignant Montréal ville refuge (ou ville sanctuaire).

Cette mesure vise à offrir gratuitement des services aux immigrants illégaux sans qu’ils aient à craindre l’expulsion du pays.

C’est ainsi que les policiers appelés sur les lieux d’une dispute impliquant des sans-papiers rétabliront l’ordre en évitant de les dénoncer aux services canadiens de l’immigration.

Strictement parlant, la résolution municipale a peu d’impact.

Concrètement, cela permet aux sans-papiers de profiter de cliniques de vaccination offertes par la Ville sans avoir à s’inquiéter. Cette mesure se justifie par le fait que personne n’a intérêt à ce que les sans-papiers soient des vecteurs d’épidémies.

Toutefois, la ville ne peut pas obliger un propriétaire à louer un logement à quelqu’un contre lequel il n’a aucun recours s’il s’enfuit sans payer le loyer en souffrance ou après avoir endommagé son appartement.

Même chose en garderie. Les parents déboursent quotidiennement 8$ pour chaque enfant. Toutefois, le cout réel est d’environ 35$ (le reste est assumé par les contribuables). Que ces garderies soient privées ou non, il est douteux qu’elles acceptent d’accueillir à perte des enfants d’une famille se trouvant illégalement au pays alors que déjà elles ne suffisent pas à la demande.

Présentée comme de la désobéissance civile face aux politiques migratoires du président Donald Trump, le maire est demeuré vague au sujet de l’attitude qu’adopteraient les forces policières dans les cas de délits mineurs, comme le vol à l’étalage. Jusqu’où ira la solidarité avec les sans-papiers ?

Ce sera du cas par cas, répondent les élus municipaux.

Il est certain que cela est injuste pour ceux qui choisissent d’immigrer au Canada légalement et qui doivent parfois attendre des années avant que leur demande soit acceptée.

Puisque les sans-papiers n’ont pas de numéro d’assurance sociale, ils ne peuvent que travailler au noir, au risque d’y être exploités.

De plus, ce travail au noir donnera vraisemblablement naissance à des réseaux clandestins d’embauche qui pourraient être infiltrés par le monde interlope si ce marché s’avère lucratif et si les organismes de défense des sans-papiers peinent à les aider à ce sujet.

Plus inquiétante est l’intention du maire Coderre — avouée le 21 février dernier en entrevue au Téléjournal — de se prévaloir des dispositions de la loi 121 pour accorder gratuitement tous les services sociaux aux sans-papiers, notamment la gratuité scolaire et des soins médicaux.

Je serais surpris que l’État québécois ne ramène pas le maire à la réalité dans ses grands élans de générosité avec l’argent des autres.

S’il est vrai que les immigrants illégaux sont soumis aux taxes sur la consommation, ils ne paient pas d’impôts. Or ce sont nos impôts qui paient la très grande majorité du cout des mesures sociales dont nous bénéficions.

L’intention des élus municipaux de tout offrir gratuitement n’est rien d’autre que de l’irresponsabilité fiscale puisqu’on demande aux contribuables d’assumer le financement de services dispensés à des gens qui n’en paient pas leur juste part.

Plus grave encore est l’effet de cette générosité sur l’équilibre linguistique de Montréal.

Les millions d’illégaux menacés d’expulsion par Donald Trump sont essentiellement des latinoAméricains qui se sont anglicisés au cours de leur séjour aux États-Unis.

Selon des estimations grossières, il y aurait 200 000 immigrants illégaux à Toronto. Combien y en a-t-il à Montréal ? Personne ne le sait.

Sans en tenir compte, les recensements de Statistique Canada révèlent que 60% des néoQuébécois choisissent de s’angliciser.

Ajoutez aux 50 000 néoQuébécois que nous accueillons annuellement, une cohorte de seulement dix ou quinze milles sans-papiers en provenance des États-Unis — sur les onze millions menacés d’expulsion et attirés par la générosité de nos élus — et la proportion de néoQuébécois qui décideront de vivre au Québec en anglais augmentera substantiellement, annulant ainsi les millions$ dépensés à la francisation des néoQuébécois.

L’Histoire ne retient jamais les vertus des peuples qui ont eu la stupidité de ne pas assurer leur survivance.

Bref, tant que ‘Montréal, ville refuge’ est un concept publicitaire bon chic bon genre sans conséquence concrète, il est bien difficile de s’y opposer.

Toutefois, dès qu’il s’agit d’une mesure fiscalement irresponsable et inquiétante du point de vue linguistique, on est en droit de critiquer l’angélisme de nos dirigeants municipaux.

Références :
De la parole aux actes
Entrevue du maire Coderre au Télé-Journal
Montréal ville refuge : la déclaration adoptée, des gestes concrets réclamés
Ville refuge : les ratés de Toronto

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les Chippendales du PQ ou l’art de déchirer sa chemise en public

14 janvier 2017


 
Dans une lettre ouverte publiée dans Le Devoir, cinq Indépendantistes influents critiquent certaines des modifications que M. Jean-François Lisée, chef du Parti québécois, se propose d’apporter au programme de sa formation politique.

Soumettre les CÉGEPs anglophones à la Loi 101

Selon les signataires, «…il est si essentiel que le champ d’application de la Charte de la langue française soit étendu au collégial, agissant ainsi en amont du monde du travail.»

En somme, ils veulent limiter l’accès des CÉGEPs anglophones aux seuls angloQuébécois. Il s’agit d’une mesure que ni René Lévesque, ni Jacques Parizeau, ni Lucien Bouchard, ni Bernard Landry, ni Pauline Marois n’ont entreprise.

Pourquoi aucun gouvernement péquiste n’a osé faire cela jusqu’ici ? Parce que le problème était moins important, répondent les signataires.

Le fond de l’histoire, c’est que M. Lisée veut enlever du programme du PQ une disposition qui permettrait aux Libéraux de crier au loup. Une mesure qui, de toute manière, ne serait mise en application ni par lui ni par personne d’autre.

Au niveau collégial, 23% des parents québécois jugent — à tort ou à raison — que leurs adolescents devraient suivre leurs cours en anglais.

J’inviterais les protestataires à se demander pourquoi tant de parents pensent ainsi. Promouvoir un programme électoral de type ‘punitif’ pour corriger le peuple de ses défauts n’est pas très vendeur.

En contrepartie, au niveau des CÉGEPs anglophones, M. Lisée propose que tous les finissants réussissent un examen de français avant de recevoir leur diplôme. Conséquemment, le français devient alors l’équivalent d’une matière obligatoire.

Même auprès des parents angloQuébécois, cela se justifie au nom de l’employabilité. De plus, c’est une mesure facile à mettre en application et qui a l’avantage indiscutable d’être mieux que rien.

Les cours de francisation aux immigrants

Les auteurs de la lettre ouverte écrivent : « …étant donné qu’encore aujourd’hui, plus de 200 000 Québécois issus de l’immigration ne parlent pas un mot de français, les cours de francisation devraient être obligatoires et les allocations pour ce faire, bonifiées.»

Les cours de francisation demeureront nécessaires dans le cas des réfugiés. M. Lisée se propose de les maintenir et de les rémunérer.

Mais les signataires radotent au sujet des travailleurs qualifiés. Ce que M. Lisée propose à leur sujet est beaucoup plus radical et beaucoup plus efficace : le candidat à l’immigration et son conjoint devront démontrer une connaissance intermédiaire ou avancée du français, sinon ils ne recevront pas de certificat de sélection.

En d’autres mots, un travailleur qualifié ne pourra pas mettre le pied au Québec s’il ne connait pas déjà le français. Peut-on trouver une meilleure motivation à apprendre notre langue ?

Fini les excuses des néoQuébécois qui ont renoncé à apprendre le français au Québec sous le prétexte que c’était trop difficile.

L’unilinguisme français de l’État québécois

Les signataires écrivent : «…il faut considérer comme prioritaire de mettre fin au bilinguisme institutionnel dans les services gouvernementaux.»

Qualifiant cette mesure de vexatoire et de mesquine, M. Raymond Labelle réplique : « Refuser de parler anglais au citoyen unilingue anglais qui cherche à payer ses impôts, se fait soigner, va au CLSC ou demande des renseignements sur son permis de conduire ne se fait pas en pratique de toute façon – c’est pour ça que ça n’arrivait pas même sous les gouvernements du PQ.»

Je ne saurais pas dire mieux.

Conclusion

Depuis des décennies, j’assiste impuissant à l’anglicisation de Montréal pendant que le PQ — qui devrait nous protéger — se déchire dans des débats futiles. Cette lettre publiée dans Le Devoir en est un exemple.

Le PQ est né d’un mouvement politique, le Mouvement Souveraineté-Association. Il a malheureusement conservé les attributs d’un simple mouvement politique, notamment un programme truffé de mesures ‘décoratives’.

Sont décoratives les mesures que personne n’a l’intention de mettre en application, qu’aucun gouvernement péquiste n’a implantées alors qu’il était au pouvoir, mais qui demeurent dans le programme parce que cela fait joli.

Or un programme politique se définit comme un ensemble de mesures qu’un parti s’engage à mettre en place une fois élu.

Retirer du programme des mesures indéfendables et les remplacer par d’autres, simples et efficaces, voilà ce que proposent les nouveaux dirigeants du PQ. Et voilà justement ce qui m’a incité à adhérer au PQ; voir ce parti renouveler son idéologie vieillissante, pleine de belles résolutions creuses.

Au cours des mois qui viennent, les propositions présentées aujourd’hui feront l’objet de discussions parmi les membres de chaque circonscription. Et ces propositions, amendées ou non, seront soumises à un congrès en septembre 2017 pour approbation finale.

Pour les signataires de cette lettre ouverte, qu’est-ce qui justifiait l’urgence de déchirer leurs chemises sur la place publique ? Sont-ils à ce point désespérés de ne pouvoir se faire entendre de la direction du PQ ?

Je suggèrerais à nos Chippendales de se rhabiller et d’en discuter calmement, entre amis, devant les diverses instances du PQ.

Références :
Langue française: Lisée rencontre de la résistance
La proposition de Jean-François Lisée est insuffisante
Le PQ et la francisation des immigrants

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le PQ et la francisation des immigrants

13 janvier 2017

Introduction

Sur le site du Devoir et de Radio-Canada, on apprenait hier que le Conseil national du Parti Québécois présentera demain une nouvelle politique relative à la francisation des immigrants.

Deux fois par année, un Conseil national réunit deux délégués provenant de chacune des circonscriptions du Québec.

Cet hiver, les propositions présentées à cette réunion feront l’objet de discussions parmi les membres de chaque circonscription. Et s’il y a des amendements, ceux-ci seront soumis à un congrès en septembre 2017.

Les propositions, amendées ou non, deviendront alors la position officielle du Parti québécois.

Francisation des immigrants

Parmi les candidats à l’immigration, le PQ fait la distinction entre les travailleurs qualifiés et les réfugiés.

Les travailleurs qualifiés

Les dirigeants du PQ veulent que 100% des travailleurs qualifiés parlent français avant d’arriver au Québec.

En d’autres mots, avant de recevoir un certificat de sélection, le candidat à l’immigration et son conjoint doivent démontrer une connaissance intermédiaire ou avancée du français. Sinon, leur demande sera rejetée.

Ce faisant, le PQ s’inspire de la Grande-Bretagne. Dans ce pays, l’immigrant ne peut pas mettre le pied sur le sol britannique s’il n’a pas déjà la connaissance de l’anglais. De manière conséquente, un citoyen britannique ne peut pas faire venir son conjoint de l’Étranger si cette personne ne parle pas l’anglais.

Ce qui distingue le Canada de la Grande-Bretagne, c’est que la Cour suprême du Canada a déjà fait savoir — dans son jugement relatif aux écoles passerelles — que la réunification des familles est de la plus haute importance à ses yeux. Conséquemment, il est probable que les tribunaux canadiens invalideront tout refus d’accorder la citoyenneté à un conjoint pour des motifs linguistiques. Alors qu’en Grande-Bretagne, la Cour suprême de ce pays a déjà reconnu la validité du refus de permettre l’immigration du conjoint qui ne parle pas l’anglais.

Tout cela pour dire que le PQ a raison d’étendre l’exigence de la connaissance du français au conjoint du requérant.

En comparaison, la Coalition avenir Québec propose d’obliger tous les membres d’une même famille à suivre un programme de francisation une fois qu’ils sont accueillis au Québec.

L’idée est excellente. Malheureusement, elle est anticonstitutionnelle; la Canadian Constitution de 1982 consacre le droit absolu de tout citoyen canadien de s’assimiler au groupe linguistique de son choix. Or la célèbre cause du niqab nous a appris que même les immigrants reçus ont des droits constitutionnels. En d’autres mots, même si on n’est pas encore citoyen canadien, on est protégé par cette constitution dès qu’on est admis au pays, ce qui invalide la proposition de la CAQ.

Une fois au Canada, l’immigrant ne peut donc pas être forcé à parler français. Alors que, demeuré à l’Étranger, il ne peut invoquer les dispositions de la Canadian Constitution.

Les réfugiés

Il serait cruel d’obliger un requérant en danger de mort dans son pays à demeurer chez lui jusqu’à ce qu’il ait appris le français.

Dans le cas des réfugiés, ceux-ci seraient admis au Québec et rémunérés pendant plusieurs mois pour apprendre le français. Un échec n’entrainerait cependant pas leur expulsion (contrairement à ce que propose la CAQ).

Les propositions extramigratoires

Dans sa tournée des salles de rédaction et des médias, le chef du PQ a également présenté des éléments de la politique linguistique de son parti qui dépassent le cadre strict de la francisation des immigrants.

La francisation des petites entreprises

M. Jean-François Lisée a réitéré l’intention du PQ d’étendre l’obligation d’obtenir un certificat de francisation aux entreprises de 25 à 49 employés. Cette obligation existe déjà pour les entreprises de cinquante employés et plus.

Cette mesure ferait d’une pierre deux coups.

Elle créerait une incitation majeure à apprendre le français puisqu’il deviendrait à peu près impossible pour un immigrant qui ne connait pas le français de décrocher un emploi au Québec.

De plus, elle règle les difficultés des Francophones québécois à être servis dans leur langue au Québec. En effet, la grande majorité des plaintes à l’Office de la langue française relatives à la langue de service concernent des petites entreprises (notamment des restaurants) dont le personnel ne parle pas le français.

Le Parti libéral s’y oppose catégoriquement. Quant à la CAQ, elle préfère émettre le vœu que les entreprises s’y soumettent volontairement alors qu’elles ont déjà toute la liberté de se franciser volontairement.

Pas de diplôme universitaire sans connaissance du français

Selon M. Lisée, vingt pour cent des jeunes angloQuébécois se déclarent unilingues. Plus précisément, le pourcentage d’étudiants anglophones qui connaissent le français diminue progressivement de la fin du secondaire à la fin des études universitaires. Selon le chef du PQ, aux CÉGEPs et aux universités anglophones, les jeunes angloQuébécois désapprendraient le français.

Cet unilinguisme constitue un handicap sur le marché du travail et pousse ces jeunes diplômés à s’exiler à la fin de leurs études. Cela constitue un gaspillage des fonds publics puisque la société québécoise paie la grande majorité du financement de ces maisons d’enseignement et perd alors les fruits de cet investissement.

Au niveau des CÉGEPs anglophones, le PQ exigera que tous les finissants réussissent un examen de français avant de recevoir leur diplôme. Conséquemment, le français devient alors l’équivalent d’une matière obligatoire.

Au niveau universitaire, les choses se compliquent.

Les universités anglophones du Québec accueillent des centaines d’étudiants étrangers (notamment américains) qui viennent recevoir dans une institution comme McGill une formation de très grande qualité à un cout substantiellement inférieur à celui exigé par les universités de leur pays.

Chacun d’eux investit annuellement plus de 17 000$ dans l’économie québécoise sous forme de frais de subsistance, ce qui correspond à un investissement annuel de millions de dollars dans l’économie québécoise pour l’ensemble de ceux-ci.

Selon Radio-Canada, M. Lisée entend dialoguer avec les universités anglophones du Québec afin de les convaincre que tout étudiant d’origine québécoise doit être appelé à démontrer sa capacité de travailler en français dans son domaine pour obtenir son diplôme. Dans le cas des étudiants étrangers, ils se verraient plutôt proposer un cours d’initiation au français.

On peut présumer de l’enthousiasme des universités anglophones à servir de police de la langue pour le compte du gouvernement péquiste et leur motivation crépusculaire à séparer le bon grain québécois de l’ivraie étrangère. Je vois déjà les caricatures postées sur les médias sociaux montrant les étudiants universitaires angloQuébécois décorés d’une fleur de lis jaune brodée à la poitrine pour les distinguer des autres…

Pour ne rien vous cacher, je crois que cette proposition est superflue.

Étendre la Loi 101 à toutes les entreprises d’au moins 25 employés fera en sorte qu’il sera très difficile pour l’étudiant unilingue anglais de trouver un emploi d’été lui permettant de financer ses études. D’où une motivation nouvelle à maintenir ses connaissances du français.

Les stages scolaires dans l’autre langue officielle

Selon Le Devoir, pour contrer l’attrait du CÉGEP anglais chez les étudiants provenant des écoles francophones, les CÉGEPs français seraient appelés à leur fournir un parcours d’anglais enrichi qui pourra comporter une session dans un CÉGEP anglais.

Voilà une idée très intéressante.

De nos jours, la langue anglaise est l’équivalent de ce qu’était la langue romaine au sein du clergé chrétien du Moyen-Âge. La connaissance de l’anglais est un atout incontestable. Conséquemment, la grande majorité des parents québécois souhaitent que leurs enfants puissent comprendre et s’exprimer en anglais.

Pour répondre à cette préoccupation, le Parti libéral a décidé que la sixième année du primaire serait une année d’immersion en anglais pour tous les étudiants du Québec. Cette mesure rencontre d’énormes difficultés d’application.

Dans beaucoup de classes du Québec, un seul professeur est responsable de l’enseignement de toutes les matières en sixième année, sauf la gymnastique et peut-être l’enseignement religieux. Pour l’enseignant, il y a un gouffre entre s’exprimer en anglais et tout enseigner dans cette langue, ce qui signifie la maitrise de tous les termes techniques utilisés en physique et en sciences naturelles, par exemple.

Proposer que les élèves francophones effectuent un ou plusieurs stages dans un CÉCEP anglais — et réciproquement, un ou plusieurs stages des élèves anglophones dans un CÉGEP francophone — serait un moyen efficace de favoriser la cohésion sociale de tous les Québécois, peu importe leur langue d’origine.

Permettre l’école anglaise aux enfants des soldats canadiens

Selon ce que j’apprends de l’éditorialiste Michel David du Devoir, la CAQ aurait fait tout un scandale en 2013 dans la région de Québec (où elle est influente) à propos de la petite Sandra, la fille d’un militaire blessé en Afghanistan. Celle-ci faisait partie d’une poignée d’enfants de soldats francophones auxquels le gouvernement Marois voulait retirer le privilège de fréquenter l’école anglaise.

Pour la CAQ et ses partisans, les sacrifices consentis sur les champs de bataille justifiaient le privilège de se soustraire à une règle applicable à tous les autres francophones du Québec.

Dans un pays étranger, les envahisseurs se donnent tous les droits. Mais pas à leur retour dans leur pays d’origine.

Le principe fondamental de la Loi 101, c’est que seule l’école publique française est gratuite. Comme l’école publique italienne est la seule gratuite en Italie. Ou l’école publique allemande en Allemagne. Font exception à cette règle, les angloQuébécois qui ont le droit acquis et constitutionnel d’accéder à l’école publique anglaise.

Tous les autres parents — qu’ils soient francophones ou allophones — peuvent, s’ils le désirent, faire instruire leurs enfants en anglais à la condition que ce soit à leurs frais, c’est-à-dire en les envoyant à l’école privée anglaise. Mais il n’ont pas droit à l’école publique anglaise, réservée aux seuls angloQuébécois.

Le principe est simple; le peuple francoQuébécois refuse de financer sa propre extinction en payant l’école publique anglaise aux enfants des néoQuébécois.

Toutefois, en 1982, les provinces anglophones ont adopté la Canadian Constitution à l’issue d’une ultime séance de négociation à laquelle le Québec n’a pas été invité.

Depuis ce temps, tous les moyens sont bons pour tenter d’invalider des pans entiers de la Loi 101. Multiplier les cas d’exception — comme c’est le cas au sujet de ces militaires francophones — ne fait que donner des arguments à ceux qui soutiennent que la Loi 101 est une législation discriminatoire et injuste.

Le désir de M. Lisée de supprimer les irritants qui divisent les Québécois est légitime surtout, dit-il, lorsque cela ne concerne que très peu de personnes. C’est là une attitude pragmatique.

Toutefois, on doit réaliser qu’il existe une distinction fondamentale entre favoriser l’apprentissage d’une langue seconde par les étudiants francophones et autoriser la transformation d’un jeune québécois en citoyen anglophone. Je ne vois aucune raison de faciliter la tâche aux familles francophones qui veulent s’assimiler à l’anglais.

Qu’il s’agisse de trois enfants ou d’un demi-million de personnes, le PQ ne peut favoriser l’anglicisation du Québec. Cela est une hérésie idéologique.

Afin de favoriser l’élection du PQ, on peut transformer la Loi 101 en fromage gruyère parce que les sondages montrent que beaucoup de Québécois le souhaitent. C’est la stratégie adoptée lors de cette élection basée sur la Charte de la laïcité. Avec le résultat qu’on sait.

Une règle d’or en politique est de ne jamais saper sa base électorale. Or celle du PQ est composée de farouches défenseurs de la Loi 101. Il est donc préférable, même si le temps presse, d’entreprendre une campagne qui vise à transformer l’opinion publique en espérant recueillir les fruits de ce labeur aux prochaines élections.

Défendre ou promouvoir le français ?

Aux prochaines élections, les Québécois qui voudront chasser le Parti libéral du pouvoir auront le choix entre la CAQ et le PQ. Pour simplifier ce choix, le PQ devra se distinguer de cette formation politique.

Or la CAQ a pris un virage qui se veut nationaliste, dans le but évident de gruger la clientèle des Indépendantistes ‘mous’, tout en butinant les fédéralistes déçus du PLQ. Cette stratégie est brillante et sera gagnante si le PQ tarde à se décaquiser.

Le PQ a accompli un pas important dans cette voie en abandonnant sa charte de la laïcité.

Sur le plan linguistique, les mesures préconisées par la CAQ reposent sur la promotion de français sans l’assortir de mesures coercitives.

Nos amis angloCanadiens n’ont pas eu la naïveté de miser sur la séduction irrésistible de la langue de Shakespeare. L’anglais a été imposé aux Métis et aux minorités francophones du Canada par l’abolition des écoles françaises et la punition des écoliers qui parlaient français entre eux dans les cours de récréation. Quant aux peuples qui parlaient une langue autochtone, c’est le kidnappage de leurs enfants dans des pensionnats anglophones qui les a anglicisés.

Ceux qui veulent qu’on entreprenne une campagne de promotion du français oublient que des milliers de scénaristes, de cinéastes, de dramaturges, de comédiens, de paroliers, de chanteurs, de romanciers et de poètes s’affairent déjà depuis plus d’un siècle à faire aimer notre langue.

Si on tient compte des émissions de télévision et de radio, des films, des pièces de théâtre, des chansons, des romans, des bandes dessinées et des livres de poésie, le cout des moyens utilisés pour rendre notre langue attrayante peut être évalué à plusieurs centaines de millions de dollars annuellement.

Peut-on faire mieux ? Il serait tentant de répondre cette lapalissade selon laquelle on peut toujours faire mieux. Mais en réalité, nos créateurs sont déjà acclamés partout à travers le monde. Il nous faut donc reconnaitre qu’on pourrait difficilement faire mieux.

Pour une nation de huit-millions de personnes, cet effort promotionnel en faveur du français est herculéen.

Et pourtant, de 2006 à 2011 (date du dernier recensement publié), la proportion de Francophones a reculé de 1% sur l’ile de Montréal et presque autant dans ses banlieues.

Une telle diminution, en aussi peu de temps, est extrêmement préoccupante.

On juge un arbre à ses fruits. Le laisser-faire libéral mène directement à l’extinction du peuple francoQuébécois. Et les moyens incitatifs de la CAQ aboutiront au même résultat.

C’est cela qu’il faut démontrer aux Québécois et non occulter les menaces qui planent sur notre avenir par un discours jovialiste et faussement rassembleur.

Conclusion

À l’exception de l’anglicisation des enfants des militaires canadiens (un détail auquel je suis farouchement opposé), je partage les principales mesures proposées par la nouvelle direction du PQ.

Plus précisément, l’assujettissement de toutes les entreprises de 25 employés ou plus à la Loi 101 et l’adoption de la solution britannique en matière d’immigration sont deux mesures d’une redoutable efficacité pour stopper l’anglicisation de Montréal.

Justement pour cette raison, le PQ ne pourra pas échapper à la controverse. Toutefois, plus la CAQ criera au scandale, plus elle révèlera la superficialité de son virage nationaliste. Quant au PQ, il lui sera facile de rallier une bonne partie des Québécois francophones (notamment dans la région de Montréal) à l’importance de défendre le français.

Compte tenu du morcèlement des allégeances politiques, de nos jours, il n’en faut pas plus pour prendre le pouvoir.

Ceci étant dit, on doit se rappeler qu’une politique de francisation des immigrants n’est pas destinée à couvrir tous les aspects d’une politique linguistique.

La langue de travail, la langue de service et l’affichage commercial sont d’autres volets d’une telle politique. Or ils ne sont pas abordés ici ou ils le sont indirectement.

Si on passe sous silence certaines propositions extramigratoires controversées, la nouvelle politique de francisation des immigrants est la plus sérieuse et la plus efficace jamais proposée au sein de cette formation politique.

Références :
Cap sur la « francisation 100% » pour le Parti québécois
Données linguistiques de Montréal selon le recensement de 2011
Franciser sans diviser
Immigrants’ spouses must speak English before entering UK
La CAQ veut rendre la francisation obligatoire pour les immigrants
La Charte de la laïcité : un mauvais départ
L’augmentation des frais de scolarité
Le français en péril — Deuxième de trois volets
Le souvenir de Sandra

Paru depuis :
Laval s’anglicise (2018-01-16)
Un immigrant belge dénonce le recrutement à l’étranger du Nouveau-Brunswick (2018-04-25)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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