Le conflit russo-ukrainien : la guerre pour de vrai

Publié le 10 mars 2022 | Temps de lecture : 4 minutes

Introduction

À part d’anciens soldats et quelques reporters, personne en Amérique du Nord ne sait réellement ce qu’est une guerre.

En un mot, c’est une boucherie.

Depuis des décennies, nos gouvernements ont idéalisé les guerres qu’ils menaient et infantilisé leur population à ce sujet.

On nous a raconté que nos armées effectuaient des bombardements ‘humanitaires’ et combattaient pour délivrer des peuples de leurs tyrans.

Malheureusement, ce faisant, elles ont causé infiniment plus de morts que ces tyrans en auraient faits s’ils étaient demeurés au pouvoir.

Et à chaque fois, on ne comprend pas pourquoi les peuples qu’on a délivrés ne nous sont pas plus reconnaissants…

Une guerre différente

Cette fois, l’envahisseur est la Russie. Voilà pourquoi on donne enfin la parole aux victimes. Parce que les victimes de nos guerres, on les voyait dans des tableaux statistiques; c’était des dommages collatéraux.

Depuis plusieurs jours, nos journalistes recueillent le témoignage des réfugiés. Puisque toute guerre provoque l’exode des populations bombardées.

À l’écran de nos télévisions (ou de nos appareils mobiles), on voit des femmes qui parlent anglais et qui s’expriment à visage découvert. Ce qui favorise notre empathie et nous donne une idée de ce qu’est réellement une guerre.

Il est à prévoir que bientôt, ce sont les journalistes occidentaux qu’on prendra pour cible. Afin que la guerre se poursuive derrière des portes closes. Comme c’est actuellement le cas au Yémen et au Tigré.

Et ce qu’on ne verra pas sera pire que ce qu’on peut imaginer.

Les réalités de la guerre

Ceux qui croient qu’il est possible de faire la guerre proprement vivent dans le merveilleux monde des licornes.

Dans toute l’histoire de l’humanité, il n’y a jamais eu un seul conflit armé important où, d’un côté comme de l’autre, on n’ait pas commis des crimes de guerre.

Non pas parce qu’ils en avaient l’intention dès le départ, mais souvent parce que cela s’est imposé à eux dans la logique barbare de la stratégie militaire.

Par exemple, les deux-cent-mille civils tués par les deux bombes nucléaires larguées par les États-Unis au-dessus du Japon en 1945 représentaient moins de 0,3 % de la population de ce pays (à l’époque, de 72,4 millions d’habitants).

C’est beaucoup moins que le pourcentage de la population européenne qui a péri sous les bombardements de 1939 à 1945.

Aussi choquant que cela puisse paraitre, les bombes d’Hiroshima et de Nagasaki ont sauvé des vies humaines. Mais cela demeure un crime de guerre.

Un des livres les plus importants que j’ai lus dans ma vie est Inferno, de Keith Lowe.

Il ne s’agit pas du scénario du film hollywoodien homonyme, mais du récit minutieux de la destruction de la ville d’Hambourg par l’aviation anglaise en 1943.

En résumé, après avoir réussi à bombarder le centre industriel de la ville — où l’Allemagne nazie fabriquait ses sous-marins — on s’est rendu compte que la production reprenait au même rythme en moins de six mois.

On s’est donc résolu à tuer en quelques nuits, des dizaines de milliers d’Hambourgeois dans les quartiers strictement résidentiels de la ville afin de faire fuir la population et ainsi priver les usines de main-d’œuvre.

Dans son récit ‘chirurgical’ des faits (dont l’enfer vécu par la population), jamais l’auteur ne porte de jugement. Pourtant ce qu’on y lit glace le sang.

Lorsqu’on termine la lecture de ce livre, le plus étrange est de réaliser que la guerre possède sa propre logique monstrueuse…

Références :
Bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki
Guerre en Ukraine : le traitement médiatique du conflit crée l’émoi au Moyen-Orient
Opération Gomorrhe

Parus depuis :
L’armée ukrainienne a mis en danger des civils, conclut une enquête d’Amnistie (2022-08-04)
Des Canadiens disent avoir posé des mines antipersonnel en Ukraine (2022-08-22)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


McDonald’s et la culture du bannissement

Publié le 9 mars 2022 | Temps de lecture : 4 minutes

Dans la foulée de la guerre russo-ukrainienne, des dizaines d’entreprises occidentales ont décidé de cesser leurs opérations en Russie.

Certaines l’ont fait de leur propre chef. D’autres, à la suite des pressions exercées par un grand nombre d’internautes sur les médias sociaux.

C’est ainsi que McDonald’s a décidé de fermer ses restaurants en Russie tant que durera la guerre en Ukraine. Concrètement, cela signifie que des dizaines de milliers d’employés russes se retrouveront au chômage.

Les médias occidentaux laissent entendre que le chômage qui résultera du boycottage de la Russie par l’ensemble des sociétés occidentales sera de nature à susciter le mécontentement contre Vladimir Poutine.

Probablement. Mais l’effet devrait être de courte durée.

En réalité, beaucoup de sociétés occidentales se tirent dans le pied.

Qu’arriverait-il si McDonald’s fermait tous ses restaurants au Québec pour une raison ou une autre ?

Les Québécois qui auraient l’envie d’un hamburger iraient en acheter un à La Belle province, chez Lafleur ou dans n’importe quel restaurant populaire de leur quartier.

Parce que ‘fabriquer’ un hamburger, ce n’est pas de la haute technologie américaine; n’importe quel restaurateur peut mettre une rondelle de viande hachée entre deux tranches de pain, y ajouter quelques condiments et le tour est joué.

Les Russes incapables de manger un Big Mac ne décideront pas, à la place, de manger un plat de bœuf Stroganoff; ils iront simplement acheter leurs hamburgers ailleurs.

Et l’accroissement de leur clientèle incitera les restaurateurs russes à embaucher du personnel afin de répondre à la demande. Et bientôt plus personne ne regretta la décision de la chaine américaine de restauration rapide.

En 1978, la compagnie d’assurance Sun Life décidait de déménager son siège social à Toronto pour protester contre la Loi 101. Tous les journalistes anglophones du pays jouissaient en annonçant la nouvelle, anticipant une baisse de popularité du gouvernement de René Lévesque.

À l’époque, plus de 85 % des employés du siège social de cette compagnie à Montréal étaient des unilingues anglais. Parce que cette compagnie exerçait une discrimination à l’embauche contre les Québécois francophones, mêmes bilingues; nous n’étions bons, croyaient-ils, qu’à nettoyer leurs cabinets d’aisances.

Après le départ de cette compagnie, les Québécois se sont tournés vers des compagnies d’assurances d’ici, devenues du jour au lendemain des géants financiers.

Ceux-ci ont embauché des analystes francophones, des courtiers d’assurance francophones, des secrétaires francophones, etc.

Le même phénomène se passera en Russie. En définitive, l’effet le plus probable de la culture du bannissement occidental dans ce pays, c’est la russification de l’économie russe.

Parce que la nature a horreur du vide…

Références :
Cancel culture
Il y a 40 ans : le déménagement surprise de la Sun Life

Parus depuis :
Netflix shares tank 35% after it posts 1st subscriber loss in a decade (2022-04-20)
McDonald’s va revendre ses activités russes à un exploitant local (2022-05-18)
En Russie, le McDonald’s version « Vkousno i totchka » ne désemplit pas dans un pays « coupé du monde » (2022-06-24)
Sanctions occidentales en Russie : pas le choc auquel on s’attendait (2022-07-01)
Pénurie de frites due aux sanctions pour le «McDo russe» (2022-07-08)
Stars Coffee remplace le Starbucks américain à Moscou (2022-08-19)
Bean counters: how Russia’s wealthy profited from exit of western brands (2023-06-14)

Complément de lecture :
The grey Zara market: how ‘parallel imports’ give comfort to Russian consumers (2022-08-12)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Margaret Thatcher, le secret des Exocet, et la menace nucléaire

Publié le 3 mars 2022 | Temps de lecture : 3 minutes

L’archipel des Malouines est formé principalement de deux iles au large des cotes de l’Argentine.

Depuis le XIXe siècle, ce pays en disputait en vain la souveraineté à l’Angleterre.

En avril 1982, la junte militaire argentine décide d’envahir les Malouines afin de détourner l’opinion publique de la crise économique qui sévit dans le pays.

La guerre qui s’en suivit ne dura que du 2 avril au 14 juin suivant. Elle opposait donc la cinquième puissance économique mondiale, la Grande-Bretagne, à la vingt-huitième.

Fait à noter : entre ces deux alliés des États-Unis, le président Reagan penchait en faveur de l’Argentine puisque ce pays jouait un rôle-clé dans sa lutte obsessionnelle contre le communisme en Amérique latine.

Les porte-avions argentins transportaient, entre autres, cinq chasseurs Super-Étendard équipés de missiles Exocet. Leur nom fait référence aux exocets, les poissons volants.

Les missiles français, à la surprise des Anglais, s’avérèrent d’une redoutable efficacité.

Secrètement, ils étaient dotés d’un dispositif qui permettait de les inactiver à distance. C’était une précaution prise par la France au cas où elle vendrait ces missiles à un pays qui se retournerait contre elle.

Le 7 mai 1982, la première ministre britannique appelle le président français. Elle est furieuse. Trois jours plus tôt, un missile Exocet, largué à basse altitude, rase les flots et frappe mortellement le contretorpilleur HMS Sheffield.

Au moment de l’appel, les photos du navire en feu sont à la une de tous les journaux britanniques. Il mettra six jours à sombrer.

Nous sommes à un an des élections. Mme Thatcher somme alors le président français de lui révéler le code d’inactivation des Excocet, menaçant de recourir à l’arme nucléaire contre l’Argentine si Mitterand refuse.

Ce récit fait partie des confidences que le président français aurait faites à son psychanalyste Ali Magoudi et qui se retrouvent dans Rendez-vous, un livre paru en 2005.

Les documents déclassifiés en 2012 par Archives nationales britanniques — trente ans après les faits, comme c’est son habitude — révèlent une foule de détails quant à la coopération secrète entre la France et la Grande-Bretagne afin d’empêcher l’Argentine d’acquérir d’autres Excocet.

Mais elles sont muettes au sujet de l’appel du 7 mai. D’où la question : Margaret Thatcher, a-t-elle vraiment menacé de recourir à l’arme nucléaire ?

Ce qui rend douteuses les affirmations du psychanalyste, c’est qu’il précise que Mitterrand aurait cédé à la pression. Or cela est contredit par la suite de la guerre.

Le 25 mai, deux missiles Excocet coulent le MV Atlantic Conveyor. Le 11 juin, c’est au tour du HMS Glamorgan d’être atteint par un missile Exocet.

Ces deux autres frappes n’auraient pas eu lieu si Mitterrand avait révélé le code d’inactivation des Exocet à Mme Thatcher.

Finalement, la Guerre des Malouines, comme toutes les guerres, servit de réclame publicitaire en faveur des armes qui s’avérèrent les plus efficaces.

Dès l’année suivante, le nombre de commandes d’Exocet augmenta de manière importante.

Références :
Falklands: “The Sphinx and the curious case of the Iron Lady’s H-bomb”
Guerre des Malouines
Maggie’s war with treacherous Mitterrand over Exocet missile: Archive files reveal ‘James Bond’ plot to hijack aircraft carrying French-made weapons
Thatcher ‘threatened to nuke Argentina’

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La torture en Syrie et le Canada

Publié le 15 janvier 2022 | Temps de lecture : 3 minutes

Le colonel Anwar Raslan est un ex-officier des services syriens du renseignement.

Dans la capitale syrienne, le colonel Raslan dirigea une prison du 29 avril 2011 au 27 septembre 2012. Au cours de cette période, plus de quatre-mille détenus y ont été torturés (entrainant la mort de 27 à 58 d’entre eux).

À la fin de cette année-là, il déserta le régime de Bachar el-Assad pour se réfugier en Jordanie (où son épouse et ses enfants l’attendaient), puis en Allemagne à l’été de 2014.

Il y a deux jours, un tribunal allemand l’a reconnu coupable de crime contre l’Humanité et l’a condamné à la prison à perpétuité.

À l’époque des faits reprochés, la torture était une bizness de l’État syrien; celui-ci la pratiquait au nom de pays où le recours à la brutalité afin d’obtenir les aveux aurait indigné l’opinion publique.

C’est ainsi qu’à la demande du Canada, la Syrie a torturé Ahmed el-Maati, soupçonné de préparer des attentats terroristes contre l’édifice du parlement canadien et contre des centrales nucléaires ontariennes.

Sous la torture, il a révélé le nom de deux complices, dont Maher Arar (totalement innocent), à qui le gouvernement canadien a finalement accordé une compensation de 10,5 millions de dollars pour la torture qu’il a subie lui aussi en Syrie.

Dans le cas d’Ahmed el-Maati, il fut ensuite torturé en Égypte. Or on sait que les services canadiens du renseignement envoyaient à ce pays les questions à lui poser. Il y a tout lieu de croire que sa torture en Syrie était également téléguidée d’Ottawa.

Strictement parlant, le Canada ne payait pas pour faire torturer ses propres citoyens, mais pour les renseignements obtenus, peu importe comment.

Longtemps, cette politique d’Ottawa est demeurée un secret d’État.

Mais en décembre 2010, une agence de presse révélait l’existence d’une directive qui autorisait les services canadiens du renseignement à utiliser de l’information fournie par des agences étrangères qui aurait pu être obtenue grâce à la torture ou de mauvais traitements.

On imagine bien que lorsque le Canada demandait à la Syrie de torturer des Canadiens, le régime de Bachar el-Assad ne faisait pas cela gratuitement.

Par ricochet, la condamnation cette semaine du colonel Raslan est aussi une condamnation des pays défenseurs des droits de la personne qui, hypocritement, n’hésitent pas à financer leurs violations lorsque cela leur convient.

Pour terminer, précisons que le 18 avril 2018, le Canada cessait, officiellement, d’être client de la torture pratiquée ailleurs.

Références :
Ahmad El-Maati
Anwar Raslan
German court jails former Syrian intelligence officer for life
Le Canada et ses amis tortionnaires
Ottawa autorise les services secrets à utiliser des informations obtenues sous la torture

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les malheurs de l’Ukraine

Publié le 11 décembre 2021 | Temps de lecture : 8 minutes

Depuis des décennies, Ukrainiens et Russes entretiennent une relation conflictuelle.

De tous les évènements qui ont jalonné l’histoire de ces deux peuples, le fiasco des politiques agraires sous Staline a marqué la rupture définitive entre eux, une rupture qui est demeurée clandestine jusqu’à l’éclatement de l’Union soviétique.

Au cours de l’Holodomor — c’est le nom d’une série de famines qui ont frappé l’Union soviétique de 1931 à 1933 — entre 2,6 et 5 millions de personnes sont mortes de faim, principalement en Ukraine.

Même si Moscou a toujours prétendu que cette famine a touché l’ensemble les régions agricoles de l’URSS (dont la principale était l’Ukraine), dans l’imaginaire collectif ukrainien, il s’agissait d’une tentative délibérée d’extermination massive dirigée contre eux.

Ce préjugé (fondé ou non) a été intensifié par les exécutions et les déportations de nationalistes ukrainiens au cours des purges staliniennes de 1937-1939.

Depuis l’indépendance de l’Ukraine en 1991, l’Ukraine et la Russie sont politiquement hostiles, mais économiquement liées.

Sans le gaz naturel russe, l’économie ukrainienne ne peut fonctionner. Mais comme le gazoduc alimentant l’Ukraine alimente également l’Europe occidentale, la Russie a préféré construire un gazoduc court-circuitant l’Ukraine afin de se donner les moyens de fermer le plus ancien si elle devait juger cela opportun.

La Russie est le principal partenaire commercial de l’Ukraine; 21 % des biens importés viennent de Russie et 12 % des exportations y sont destinées.

Le conflit ouvert entre les deux pays a fait chuter le PIB ukrainien des deux tiers depuis l’indépendance.

Pour tenter de sortir du marasme économique, l’Ukraine a tenté en vain d’adhérer à l’Union européenne. Ce qui a échoué, entre autres en raison de la corruption généralisée qui y règne.

En 2014, l’annonce par l’Ukraine de son intention (qui n’aura pas le temps de se réaliser) de retirer au russe son statut de langue officielle en Crimée (peuplée à 65,3 % de russophones) a aussitôt provoqué l’indépendance de celle-ci et son rattachement à la Russie.

En réaction à l’annexion russe de la Crimée, l’Ukraine a adopté en septembre 2020 une nouvelle stratégie de sécurité nationale qui prévoit le développement d’un partenariat en vue de l’adhésion de ce pays à l’Otan.

Pour la Russie, cela est totalement inacceptable.

En tant que pays souverain, l’Ukraine est libre d’adhérer à n’importe quelle organisation internationale. Tout comme Cuba, tout aussi souverain, était libre d’acheter des missiles russes en 1962.

Ce qui n’a pas empêché le président Kennedy d’imposer un blocus maritime à Cuba et de menacer la Russie de faire sombrer tout navire qui s’approcherait des côtes cubaines. Ce à quoi la Russie finira par renoncer.

Les États-Unis ne pouvaient pas accepter qu’on installe des missiles ennemis dans leur cour arrière. C’est pareil pour la Russie; d’autant plus que les frontières ukrainiennes sont à 458 km de Moscou alors que Cuba est à 1 860 km de Washington.

Les prédécesseurs de Vladimir Poutine n’ont rien fait pour empêcher la politique d’encerclement de la Russie à laquelle l’Otan procède depuis l’effondrement de l’Union soviétique.

Presque toutes les anciennes républiques soviétiques d’Europe sont maintenant membres de l’Otan; les pays baltes (Estonie, Lettonie, et Lituanie), de la Pologne, de la République tchèque, de la Slovaquie, de la Hongrie, de la Slovénie, de la Roumanie, de la Bulgarie et de l’Albanie.

Pendant un demi-siècle, ces pays ont vécu dans la crainte d’une invasion soviétique. Elles se sont donc empressées de se mettre sous la protection de l’Otan dès que cela fut possible.

L’Ukraine veut faire de même.

Toutefois, une Ukraine militairement inoffensive correspond à un impératif stratégique pour la Russie. Et toutes les sanctions occidentales appliquées dès le lendemain d’une invasion russe ne sont rien en comparaison avec la possibilité d’un anéantissement nucléaire de la Russie par des missiles de l’Otan une fois que celle-ci les aura déployés en Ukraine.

Si Poutine laisse l’Ukraine adhérer officiellement à l’Otan, ce sera trop tard; toute agression militaire russe contre ce pays déclencherait automatiquement une guerre mondiale. Car le principe fondamental de l’Otan, c’est tous pour un, un pour tous (à la manière des Trois mousquetaires).

Or les membres fondateurs de l’Otan (les États-Unis et l’Europe occidentale) sont eux-mêmes inquiets des automatismes prévus par le traité de l’Otan. Puisque ce sont des automatismes semblables qui ont déclenché la Première Guerre mondiale à la suite d’un fait divers; l’assassinat politique d’un hériter de la couronne autrichienne à Sarajevo.

Parlons franchement; une invasion russe en Ukraine n’a pas la même importance que l’invasion de l’Allemagne par la Russie. Mais pour le traité de l’Otan, c’est pareil.

En somme, la Russie doit agir avant l’adhésion de l’Ukraine à l’Otan.

S’il est vrai que la puissance militaire russe est de 5 à 10 fois inférieure à celle des États-Unis, elle est amplement suffisante pour transformer l’Ukraine en champ de ruines.

L’administration Biden a intérêt elle-même à donner à Poutine les garanties qu’il exige. À défaut de quoi, les États-Unis risquent l’humiliation comme ce fut le cas quand l’intervention russe en Syrie a fait sortir le conflit de son enlisement, après des années de piétinement américain.

Pour les États-Unis, le pire moment pour entrer en guerre contre la Russie, c’est maintenant.

Non pas qu’il la perdrait, mais ils s’y enliseraient. Et ce, pour trois raisons majeures.

Premièrement, en nombres absolus, la force ouvrière américaine est celle qui a été la plus décimée par le Covid-19. De plus, la menace de l’apparition d’un variant exceptionnellement virulent qui échapperait à la protection des vaccins actuels fait en sorte que ce n’est pas le temps, actuellement, de faire la guerre.

Deuxièmement, pour encore quelques mois, les ports américains qui donnent sur la côte du Pacifique sont débordés. Les États-Unis éprouvent donc de sérieuses difficultés d’approvisionnement en temps de paix; imaginez en temps de guerre.

Et dernièrement, les États-Unis ont délocalisé en Chine une partie importante de leur capacité industrielle. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, la Chine sera heureuse de soutenir l’effort de guerre américain (et russe) parce que plus les Américains s’épuisent à faire la guerre, plus vite elle accèdera au rang de première puissance mondiale.

Au-delà des capacités guerrières indéniables de leur pays, les Américains ont encore frais en mémoire leur défaite militaire en Afghanistan. L’idée de recommencer aujourd’hui en Ukraine devrait susciter très peu d’enthousiasme.

Tout cela, Poutine le sait; de tous les chefs d’État, c’est le plus expérimenté et le plus rusé.

Or il n’a pas besoin de déclencher une guerre avec l’Ukraine; il lui suffit de lui faire peur pour obtenir sa promesse de ne jamais adhérer à l’Otan.

Et si l’Ukraine refuse, Poutine n’a qu’à annexer les provinces russophones (et consentantes) de l’Ukraine. Une annexion que la population de ces provinces sera heureuse de valider par référendum. Comme la population de la Crimée l’a fait en 2014.

Et si l’Ukraine résiste toujours, Poutine n’a qu’à paralyser l’économie ukrainienne, totalement à sa merci.

Il n’a donc pas besoin d’y déclencher la guerre. Mais si l’Ukraine l’y oblige, Poutine fera en Ukraine ce qu’il a fait en Tchétchénie…

Or justement, avec la montée du prix des hydrocarbures, il en a les moyens.

Pourquoi ne l’a-t-il pas fait plus tôt ? Justement parce que c’est un chef d’État froid, dépourvu d’impulsivité, et qui choisit toujours d’obtenir ce qu’il veut avec le moins d’efforts.

Mais si on le pousse à bout, prenez garde…

L’Ukraine devra donc renoncer à son intention d’adhérer à l’Otan ou en subir les conséquences.

L’Ukraine ne doit pas se faire d’illusion; la stratégie américaine consiste à inciter la Russie à l’envahir afin d’effrayer les anciennes républiques soviétiques et de leur vendre des armes.

Références :
Annexions : Crimée vs Palestine
Crise des missiles de Cuba
Relations avec l’Ukraine
Résumé de géopolitique mondiale (1re partie)
Ukraine
What sanctions could the US hit Russia with if it invades Ukraine?

Paru depuis :
Défense européenne : la Pologne achète 250 chars de combat américains pour 4,74 milliards de dollars (2022-04-05)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les zones de défense aérienne et la géopolitique

Publié le 12 octobre 2021 | Temps de lecture : 3 minutes

En plus de leurs frontières terrestres, les pays qui ont accès à la mer possèdent des eaux territoriales (sur douze milles à partir de leurs côtes) et une zone économique exclusive (dont les limites sont à 200 milles de leurs côtes).

Encore plus étendue, la zone de défense aérienne (ZDA) sert à donner à un pays le temps de réagir à l’approche d’un aéronef éventuellement hostile.

En plus des États-Unis et du Canada (conjointement), plusieurs pays ont proclamé une ZDA : parmi eux, on compte le Bangladesh, la Chine, la Corée du Sud, l’Inde, l’Islande, le Japon, la Norvège, le Pakistan, le Royaume-Uni, et la Suède.

Contrairement aux espaces aériens nationaux (s’étendant sur douze milles nautiques ou 22,2 km à partir des côtes), les ZDA ne sont définies dans aucun traité et ne sont règlementées par aucun organisme international.

Puisque chaque pays définit la sienne selon son bon vouloir, il arrive que la ZDA d’un pays chevauche celle d’un autre.

Cliquez sur l’image pour l’agrandir

Dessinée par l’armée américaine, la ZDA de l’ile de Taïwan couvre partiellement le territoire de la Chine continentale. Voilà pourquoi les avions qui relient Shanghai à Hong Kong la survolent quotidiennement.

Ces jours-ci, des dizaines d’avions militaires chinois ont fait incursion près de Taïwan sans toutefois pénétrer dans son espace aérien.

En effet, l’ile est distante de 140 km de la Chine continentale, soit bien au-delà des limites des espaces aériens respectives de l’un et de l’autre.

Pour calmer les faucons de la guerre au sein du Congrès américain, Washington a fait fuiter l’information ultra-confidentielle selon laquelle toutes les simulations de guerre auxquelles s’est livré le Pentagon donnent les États-Unis perdantes s’ils se portaient à la défense de Taïwan en cas d’invasion chinoise.

Si Beijing avait réellement voulu faire la conquête militaire de Taïwan, ce serait déjà fait. Elle n’en serait pas à tourner autour du pot.

À mon avis, l’intimidation de Taïwan par Beijing est une erreur.

D’une part parce que l’ile est déjà consciente de sa vulnérabilité.

Et surtout parce que cette démonstration de force compromet des années d’efforts diplomatiques destinés à créer une Nouvelle route de la soie (terrestre) et le Collier de perles (portuaires), l’un et l’autre ayant pour but de faciliter l’exportation des marchandises chinoises et favoriser ainsi l’émergence de la Chine comme première puissance mondiale.

En somme, l’excès nationaliste de Xi Jinping est une aubaine pour les États-Unis.

La diplomatie chinoise a eu la vie facile à l’époque où les États-Unis étaient dirigés par un homme d’affaires totalement incompétent en matière de politique étrangère. Depuis l’élection de Joe Biden, les États-Unis sont fermement décidés à ne rater aucune occasion de contrer la montée en puissance de la Chine.

Quoi de mieux que d’inquiéter tous les pays qui l’entourent en la présentant comme une puissance expansionniste, ce que les démonstrations de force de Xi Jinping tendent eux-mêmes à prouver.

Références :
Frontière maritime
Zone d’identification de défense aérienne

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’affaire Alstom

Publié le 26 septembre 2021 | Temps de lecture : 4 minutes

Alstom est connue au Québec pour avoir fait l’acquisition de Bombardier Transport le 29 janvier 2021.

Pendant plus de deux décennies, Frédéric Pierucci fut cadre d’une division de cette multinationale française.

Le 14 avril 2013, il est arrêté à l’aéroport JFK de New York sous l’accusation d’avoir participé à une affaire de corruption en 2003-2004.

À cette époque, Alstom était en compétition avec une entreprise américaine en vue de l’obtention d’un contrat de construction d’une centrale électrique en Indonésie.

À la suggestion des dirigeants indonésiens, Alstom avait retenu les services de démarcheurs payés au succès; si Alstom obtenait le contrat, ceux-ci recevaient entre 1 et 3 % du prix du contrat.

Or il s’est avéré que ces démarcheurs ont corrompu les responsables indonésiens afin de toucher leur commission.

Pour le ministère de la Justice américaine (DoJ), Alstom est responsable d’aveuglement volontaire et aurait dû savoir que ce mode de rémunération incitait ces démarcheurs à corrompre.

La Foreign Corrupt Practices Act habilite le ministère de la Justice américaine à poursuivre toute entreprise étrangère qui violerait une loi des États-Unis. Et ce, même lorsque le délit a été commis dans un pays étranger (comme c’est le cas ici).

Soutenu par Washington, c’est le principe de l’extraterritorialité des lois américaines.

Dans les cas de corruption impliquant des entreprises étrangères, les pénalités sont généralement au-delà d’un demi-milliard de dollars américains. En 2019, après avoir plaidé coupable, Alstom fut condamnée à payer 772 millions$US.

À l’époque de l’arrestation de Frédéric Pierucci en 2013, General Electric est en négociation secrète avec Alstom en vue de l’achat de sa division électrique (celle dirigée par Pierucci).

Frédéric Pierucci devient donc l’otage qui fait peser une épée de Damoclès sur Alstom afin de l’obliger à accepter l’offre de General Electric.

Il ne sera libéré qu’après que la vente fut validée par la Commission européenne.

En une décennie, Alstom devenait ainsi la cinquième entreprise acquise par General Electric grâce à la complicité du DoJ. En effet, par le biais de Foreign Corrupt Practices Act, le DoJ participe activement à la guerre économique que livrent les États-Unis à ses propres alliés.

Dans le cas d’Alstom, les procureurs américains avaient épié 300 000 courriels internes de la compagnie en utilisant le réseau de surveillance créé officiellement pour combattre le terrorisme, mais qui est principalement utilisé à des fins d’espionnage industriel.

Le rôle du DoJ est d’affaiblir et de déstabiliser les entreprises étrangères aux fins de rachat et de capture par des entreprises américaines.

En plus de l’amende qui sert à réduire la valeur capitalisée de l’entreprise, le DoJ jette en prison un ou plusieurs dirigeants de l’entreprise afin d’intimider les autres et les inciter à accepter l’offre.

Même lorsque ces dirigeants évitent de transiter par les États-Unis (afin de ne pas y être arrêtés), Washington donne l’ordre à des pays qui lui sont inféodés de procéder à leur arrestation puis de les extrader aux États-Unis.

Dans le cas d’Alstom, quatre de ses dirigeants furent arrêtés pendant que se déroulaient les négociations avec General Electric.

D’autre part, la compagnie américaine promettait un généreux bonus aux membres du Conseil d’administration s’ils recommandaient aux actionnaires sa prise de contrôle.

Les vingt-et-un dirigeants d’Alstom ont reçu un bonus additionnel de 30 millions d’euros, dont 4 millions pour le président sortant.

Références :
Alstom
Alstom condamnée à une amende de 772 millions pour corruption
Entrevue de Frédéric Pierucci à Thinkerview
Frédéric Pierucci
Le piège General Electric

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Sous-marins : les mauvais calculs de Canberra

Publié le 23 septembre 2021 | Temps de lecture : 3 minutes

Introduction

Du point de vue économique, une des différences fondamentales entre le Canada et l’Australie, c’est que la grande majorité des exportations canadiennes se font par voie terrestre alors que la presque totalité des exportations australiennes se font par voie maritime.

Si on exclut les conflits frontaliers entre la Chine et le Japon en mer de Chine orientale, et les rivalités conflictuelles d’une multitude de pays entre eux en mer de Chine méridionale, la Chine et l’Australie partagent le même intérêt à assurer la sécurité de la navigation dans l’océan Pacifique, lui qui couvre le tiers de la surface de la planète.

Rôle des sous-marins australiens en temps de paix

La Première Guerre mondiale a été déclenchée par un simple assassinat politique à Sarajevo. Mais un siècle plus tard, les États-Unis ne déclencheront pas une Troisième Guerre mondiale à la suite d’une fanfaronnade australienne qui a mal tourné.

C’est donc à dire que toute provocation australienne en mer de Chine orientale ou en mer de Chine méridionale devra être autorisée secrètement par Washington dans le cadre d’une concertation militaire interalliée.

Concrètement, cela signifie que la marine militaire australienne sera vassale de celle des États-Unis si elle ne l’est pas déjà; en somme, les ordres viendront de Washington et non de Canberra.

Bref, en achetant douze sous-marins, l’Australie prend à sa charge une dépense qui évite aux États-Unis de le faire.

Rôle des sous-marins en temps de guerre

Au cours de la Deuxième Guerre mondiale, les sous-marins allemands ont infligé des pertes considérables aux convois maritimes qui assuraient l’approvisionnement des pays alliés en biens et en matériel militaire.

De plus, de nombreux navires de guerre alliés ont été torpillés par des sous-marins allemands.

Mais on ne fait plus la guerre comme autrefois. Ce qui change la donne, ce sont les missiles de croisière.

À l’heure actuelle, les missiles de croisière qui atteignent une portée de 2 600 km sont ceux qui sont lancés à partir de bombardiers (qualifiés d’air-sol) et ceux lancés de navires ou de sous-marins (qualifiés de mer-sol).


 
Selon Israël, les missiles Sahab-3 iraniens (sol-sol) auraient une portée de 2 000 km.

Même si, comme les prétendues armes de destruction massive de Saddam Hussein, il y avait là matière à exagération, il est certain que la technologie militaire évoluera d’ici le moment où l’Australie prendra livraison de ses nouveaux sous-marins, soit dans une décennie.

La portée des missiles sol-sol offrira bientôt un rapport cout-avantage beaucoup plus intéressant que les sous-marins. Voilà pourquoi, en cas de conflit armé, la Chine n’aura plus besoin de navires de guerre pour menacer les convois maritimes australiens dans le Pacifique.

Pour l’Australie, le seul intérêt sera alors d’équiper ses sous-marins d’ogives nucléaires afin de frapper ses ennemis de plus près, donc avec plus de précision.

Toutefois, cela lui est interdit par le Traité de non-prolifération des armes nucléaires.

Cela n’est permis qu’aux membres du Conseil de sécurité de l’ONU. Auxquels s’ajoutent trois pays qui ont refusé de signer ce traité; le Pakistan, l’Inde et Israël.

Références :
Conflit en mer de Chine méridionale
Missile de croisière

Complément de lecture : L’affaire des sous-marins australiens

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’affaire des sous-marins australiens

Publié le 22 septembre 2021 | Temps de lecture : 8 minutes

L’effet domino – 1re partie

De 1966 à 1996, la France a mené dans le Pacifique — plus précisément en Polynésie française — une série de 193 essais nucléaires, dont 46 aériens.

En raison de la poussière radioactive dispersée par les vents, ces essais ont suscité des tollés dans tous les pays environnants.

En 1985, un commando secret français fait exploser le bateau Rainbow Warrior de Greenpeace, amarré dans le port d’Auckland, la capitale néozélandaise. L’explosion fit un mort.

Ce grave incident a poussé la Nouvelle-Zélande à adopter en 1987 le New Zealand Nuclear Free Zone, Disarmament, and Arms Control Act.

Parmi les conséquences de la dénucléarisation complète de ce pays, il devenait interdit à tout navire à propulsion nucléaire d’accoster dans un port néozélandais.

Depuis des années, l’Australie — pays voisin de la Nouvelle-Zélande — possède une flotte de six sous-marins à propulsion diésel de conception suédoise. Ces sous-marins arriveront en fin de vie en 2032.

Remplacer une flotte prend du temps.

C’est à la suite d’une longue réflexion que l’Australie avait lancé un appel d’offres international en vue de remplacer ses six sous-marins actuels par douze sous-marins plus modernes.

Pour parer à l’éventualité où un sous-marin australien en difficulté voudrait accoster en Nouvelle-Zélande, l’appel d’offres australien exigeait que les nouveaux sous-marins soient à propulsion diésel.

Normalement, un chantier maritime possède une foule de fournisseurs soumis à ses spécifications.

Mais l’Australie avait fait le choix d’accorder séparément des contrats pour les sous-marins et pour certains de leurs composants essentiels; les sonars, les mâts optroniques (qui remplacent de nos jours les périscopes) et l’armement.

Ce qui signifie que le fabricant du sous-marin ‘dépouillé’ — la coque, de même que son système de navigation et de propulsion — devait modifier ses spécifications pour tenir compte de la taille des composants achetés en vertu de contrats séparés.

Au départ, c’était un consortium japonais (Mitsubishi et Kawasaki) qui était donné favori dans la course. Mais pour tenter d’obtenir le contrat australien, la France a accepté deux choses.

Premièrement, de modifier son modèle de sous-marin Barracuda, haut de gamme, en remplaçant son alimentation nucléaire par une alimentation diésel.

Et deuxièmement, en faisant en sorte que la partie française du contrat ait non seulement des retombées économiques australiennes, mais soit également l’occasion d’un transfert technologique au profit de l’Australie.

C’est en raison de ces compromis que la France a obtenu le contrat, à la surprise de tous.

Un contrat critiqué

C’est le gouvernement de Malcom Turnbull (2015-2018) qui conclut le contrat avec la France en 2016.

Au sein même du gouvernement, Scott Morrison, à titre de ministre des Finances, était fermement opposé à ce contrat. À juste titre, il estimait que les sous-marins à propulsion nucléaire permettaient une plus grande autonomie de ravitaillement (15 ans) et étaient plus difficiles à repérer.

À la suite d’intrigues au sein du Parti libéral d’Australie, Malcom Turnbull démissionna en 2018 et fut remplacé par Scott Morrison. Ce dernier poursuivit le mandat obtenu par son prédécesseur.

Toutefois, il déclencha des élections anticipées en 2019 à l’issue desquelles une coalition formée par le Parti libéral et le Parti national d’Australie dirigea le pays sous l’autorité de Scott Morrison.

Le 15 septembre 2021, au cours d’une allocution conjointe avec Joe Biden et Boris Johnson, Scott Morrison annonça la rupture unilatérale du contrat accordé à la France en 2016 et la conclusion d’une entente de gré à gré, négociée secrètement entre son pays, les États-Unis et la Grande-Bretagne.

L’effet domino – 2e partie

Crise diplomatique

À la suite de la rupture de ce contrat, la France a rappelé son ambassadeur à Washington. Il s’agit d’un geste diplomatique habituellement réservé dans les cas où un pays veut exprimer sa contrariété envers un pays ennemi. C’est le premier rappel d’ambassadeur français aux États-Unis depuis son indépendance.

Cette décision a été prise par le président de la République française.

Le retour du gaullisme

Par ‘gaullisme’, on entend ici la défense de l’indépendance de la France, le refus de sa vassalisation à des organismes supranationaux, à des superpuissances, ou aux puissances économiques ou financières.

Jusqu’à maintenant, les dirigeants politiques français croyaient leur pays partenaire des États-Unis. Mais ils le voient maintenant traité comme un vassal.

Du coup, ces jours-ci, le gaullisme a le vent dans les voiles dans le discours politique français.

À droite comme à gauche, on réclame le retrait de la France de l’Otan. Comme le général de Gaulle l’a fait en 1966.

Un projet de libre-échange en péril

Depuis 2016, l’Australie caressait le projet d’un traité de libre-échange avec l’Union européenne sur le modèle de celui conclut avec le Canada.

Non seulement l’Australie est-elle maintenant assurée du véto français, mais qui voudra conclure un traité avec un pays qui ne respecte pas sa parole ?

Évidemment, l’Australie n’est pas le premier pays à agir ainsi. Le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat, c’est un peu la même chose. Mais les voltefaces américaines, on doit faire avec alors qu’on peut très bien se passer de celles de l’Australie.

À l’opposé, depuis le sommet de Glasgow, le droit international autorise l’imposition des tarifs aux pays qui tardent à réduire leur production de gaz à effet de serre. L’Australie est l’un d’eux…

Le mythe du bouclier américain

L’achat de sous-marins se justifie par la nécessité de défendre la souveraineté maritime d’un pays.

Je vous avoue candidement que je ne vois pas en quoi l’Australie pourrait se sentir menacée par la marine chinoise. En effet, le territoire chinois et celui de l’Australie sont distants de plus de 4 000 km, soit à peu près la distance entre le Canada et le Maroc.

Le premier ministre d’Australie justifie l’achat de ses sous-marins par la nécessité selon lui de faire respecter le droit international dans les espaces maritimes revendiqués par Beijing.

Donc l’Australie se voit comme un policier investi de la mission de faire respecter le droit international.

En dollars américains, en 2019, les produits intérieurs bruts de la Chine et de l’Australie étaient respectivement de 14,3 mille milliards et de 1,4 mille milliards. En somme, la Chine est dix fois plus puissante que l’Australie.

Les prétentions australiennes sont la version moderne de la fable ‘La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf’.

Forte de la protection présumée des États-Unis, l’Australie peut bien bomber le torse.

Elle semble oublier qu’au cours des deux premières années de la Deuxième Guerre mondiale, l’Europe occidentale a dû faire face seule aux armées allemandes. Il a fallu attendre l’attaque de Pearl Harbor en 1941 pour que les États-Unis se réveillent.

Si la Chine devait couler un sous-marin australien qui la provoque en mer de Chine orientale, entre les appels australiens à la vengeance et les craintes du grand patron de Home Depot de manquer de marteaux et de scies électriques faits en Chine, le choix est simple aux yeux de n’importe quel sénateur américain.

Si un tel incident devait survenir, tout ce que l’Australie obtiendra c’est un vote unanime du Congrès américain blâmant la Chine et un rabais spécial sur l’achat d’un 13e sous-marin pour remplacer celui détruit…

Références :
Accord économique et commercial global
Affaire du Rainbow Warrior
Classe Collins
Crise des sous-marins australiens
Essais nucléaires français
Face aux critiques de la Chine, l’Australie dit défendre le droit international
Gaullisme
Sous-marins australiens: le contrat du siècle, vraiment?
Nouvelle-Zélande : l’affaire du Rainbow Warrior, un symbole de lutte contre le nucléaire
Paris has a long memory – Scott Morrison’s cavalier treatment of France will hurt Australia
Sous-marins australiens : un risque de prolifération nucléaire dans le monde ?

Paru depuis : US senators urge Joe Biden not to sell ‘scarce’ nuclear submarines to Australia (2023-01-06)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le sabotage ‘amical’ de l’économie française

Publié le 20 septembre 2021 | Temps de lecture : 1 minute
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L’Australie a dernièrement décidé d’accorder un contrat pour l’achat de sous-marins américano-britanniques et conséquemment, d’annuler unilatéralement le contrat équivalent signé avec la France.

Arnaud Montebourg est un ex-ministre de l’Économie qui pourrait être candidat à l’élection présidentielle française de 2022.

En tant que blogueur québécois, j’ai toujours évité de m’immiscer dans la politique partisane française.

Toutefois, la longue entrevue qu’il a accordée en 2019 à Thinkerview porte sur l’importance de la prédation américaine des fleurons de l’économie française et aide à comprendre pourquoi la France a réagi si vivement à l’annulation du contrat australien.

Complément de lecture :
Les États-Unis et le sabotage de l’économie française

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Écrit par Jean-Pierre Martel