Le Pakistan et le gaz fossile liquide

Publié le 14 octobre 2022 | Temps de lecture : 3 minutes

Au cours de l’occupation américaine de l’Afghanistan, le Pakistan — situé au sud — servait à la fois de refuge aux ennemis des Américains (dont Oussama ben Laden) et de base militaire à partir de laquelle l’armée d’occupation était ravitaillée.

Le Pakistan a joué ce double jeu pendant vingt ans.

Bien avant les attentats du 11 septembre, les États-Unis s’intéressaient à l’Afghanistan et au Pakistan parce que la Russie prévoyait y faire traverser un oléoduc qui aurait relié des républiques soviétiques situées au nord de ces deux pays, à la mer d’Arabie située au sud.

Les États-Unis ont dépensé des milliards de dollars pour empêcher la réalisation de ce projet.

Maintenant que les États-Unis ont perdu la guerre en Afghanistan, leur ‘allié’ pakistanais ne leur est plus d’aucune utilité.

Ce pays se retrouve donc privé non seulement des droits qu’on lui paierait si un oléoduc traversait son territoire, mais également des hydrocarbures qu’il lui aurait apportés.

Privé de ressources énergétiques, ce pays a donc choisi d’utiliser du gaz fossile liquide (GFL).

Dans un premier temps, le Pakistan a signé un contrat à long terme avec le Qatar. Puis, à son échéance, le pays a trouvé un moyen d’obtenir du GFL de manière encore plus économique; acheter son gaz d’un courtier italien qui était libre d’obtenir le GFL au cout le plus bas possible.

Et pour s’assurer que ce courtier respecterait ses engagements, le contrat prévoyait d’importantes pénalités s’il ne les respectait pas.

Mais voilà qu’avec le déclenchement de la guerre en Ukraine, on se dispute le GFL comme on se disputait les masques chirurgicaux au début de la pandémie.

Mais au lieu qu’une cargaison de masques soit achetée à prix d’or sur le tarmac d’un aéroport chinois et change de destination, ce sont les méthaniers qui sont détournés vers l’Europe.

Quant aux pénalités, elles sont devenues risibles en comparaison avec l’augmentation phénoménale du prix du GFL sur le marché libre.

Strictement parlant, aucun pays occidental n’est coupable de cette piraterie. Le coupable, c’est la ‘main invisible du marché’.

Justement en raison de son invisibilité, beaucoup de ces peuples se demandent pourquoi ils doivent payer le prix de nos chicanes domestiques entre Occidentaux.

D’autant plus que lorsque des conflits armés les affectent eux, ils ne suscitent pas le même élan de solidarité…

Référence : LNG: European thirst for natural gas puts Bangladesh and Pakistan in the dark

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Guerre russo-ukrainienne et désindustrialisation de l’Europe

Publié le 12 octobre 2022 | Temps de lecture : 4 minutes

Depuis des décennies, la mondialisation repose sur un réseau extrêmement complexe d’échanges internationaux régis par des contrats à long terme. Conclus au prix le plus bas, ces contrats assurent à la grande entreprise la stabilité de ses approvisionnements.

La Russie est un important exportateur d’hydrocarbures, de charbon, de blé, d’engrais chimiques, d’acier, d’aluminium, de palladium, de néon, etc.

En décidant, à la demande de Washington, de rompre brutalement leurs relations commerciales avec la Russie, les pays occidentaux ont provoqué la rupture de milliers de chaines d’approvisionnement.

Afin de maintenir leur production, les géants industriels ont dû se tourner vers le marché libre, où les prix sont substantiellement plus élevés. Voilà pourquoi cette remondialisation, opérée en catastrophe, s’avère extrêmement couteuse.


 
Cela se répercute sur les consommateurs par une accélération marquée de l’inflation. Une inflation qui devrait s’aggraver cet hiver.

Avec la destruction des gazoducs Nord Stream I et II, le divorce économique russo-européen est consommé.

Ne pouvant plus compter sur les hydrocarbures bon marché en provenance de Russie, le prix de l’énergie dans l’Union européenne sera plus élevé que dans la plupart des pays concurrents de l’Europe. Et ce, pour quelques années.

On peut donc anticiper que cette remondialisation s’accompagne d’une délocalisation industrielle.

En effet, les unes après les autres, les industries lourdes européennes — grandes consommatrices d’énergie — seront incitées à délocaliser leur production si elles veulent demeurer compétitives.

D’autre part, après deux ans de contraintes sanitaires, les peuples occidentaux ont la mèche courte.

Avant même que cette désindustrialisation soit amorcée, on assiste déjà à une augmentation de l’instabilité sociale en Europe en raison de l’inflation.

Au cours des années qui viennent, cette désindustrialisation accélérée provoquera la perte de millions d’emplois chez des travailleurs syndiqués, c’est-à-dire chez des gens dont la colère organisée peut facilement dégénérer.

Pour préserver la paix sociale, ces pays devront compter sur des gouvernements et des chefs d’État dont l’autorité morale aura été sapée par leur consentement au déclin économique de leur pays et de ce fait, leur trahison à l’intérêt national.

Références :
En Belgique, la colère sociale gronde face à l’explosion des factures énergétiques
La guerre russo-ukrainienne et la vassalisation de l’Europe
Le cout de la dé-Merkellisation de l’Allemagne
The Energy Shock — Germany Plans for a Winter Without Gas from Russia
Au Royaume-Uni, nouvel épisode des grèves de la colère face à l’inflation

Parus depuis :
Le Canada en voie de devenir une puissance de l’électrification automobile (2022-10-17)
Hauts-fourneaux à l’arrêt : « La flambée des prix de l’énergie n’est pas seule en cause » (2022-11-04)
Gaz, armes, céréales, Otan… Les Etats-Unis, grands gagnants de la guerre en Ukraine (2022-11-22)
Germany confronts a broken business model (2022-12-06)
Investissements industriels : l’Europe court derrière la Chine et les Etats-Unis (2022-12-11)
Le modèle industriel tchèque ébranlé par la crise énergétique (2023-01-03)
Ford to cut 3,200 jobs in Europe and move some work to US (2023-01-24)
BASF to cut 2,600 jobs as energy crisis puts Germany on track for recession (2023-02-24)
En Allemagne, l’angoisse monte face à la vague d’investissements industriels aux Etats-Unis et en Chine (2023-05-05)
Duravit investit 90 millions à Matane (2023-07-13)
Le moteur de l’Europe cale (2023-09-18)
Volkswagen envisage de fermer des usines en Allemagne, une première historique (2024-09-02)
German firms buck R&D trend in China, seek ecosystem partners to gain edge (2024-09-03)
En Allemagne, l’incertitude sur les grands projets industriels affecte la crédibilité de la politique de Berlin (2024-09-23)
La grande panne de l’industrie européenne (2024-09-23)
Volkswagen to shut three factories, axe jobs and cut pay by 10%, says union (2024-10-28)
L’équipementier automobile Schaeffler supprime 4 700 emplois en Europe (2024-11-05)

Compléments de lecture :
L’engrenage ukrainien
L’épouvantail russe

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Guerre en Ukraine : la levée des blocus céréaliers ?

Publié le 8 octobre 2022 | Temps de lecture : 4 minutes


 
Le blocus maritime russe contre l’Ukraine

Dans n’importe quelle guerre, les belligérants tentent de tarir le financement de l’armée ennemie et de nuire à son accès aux ressources dont elle a besoin pour fonctionner.

Il fallait donc s’attendre à ce que la Russie impose à l’Ukraine un blocus maritime en mer Noire de manière à l’empêcher d’écouler sa production agricole puisque les revenus qu’elle en tire servent, entre autres, à soutenir l’économie de guerre.

On estime que 12 % de toutes les calories alimentaires sur Terre — blé, orge, betterave sucrière, pommes de terre, soja, maïs, huile de tournesol, etc.— sont produites à partir des sols fertiles d’Ukraine et de Russie.

Dès le début du conflit, l’Onu a exprimé ses plus vives inquiétudes quant au risque d’effondrement du système alimentaire mondial.

Jusqu’à maintenant, la situation semblait être claire.

D’une part, l’Ukraine était prisonnière d’un blocus maritime russe en mer Noire (par laquelle elle exporte normalement ses denrées).

Par contre, la Russie était libre d’exporter sa propre production agricole en plus de la production ukrainienne confisquée dans les villes conquises puisque les sanctions occidentales évitaient expressément, disait-on, de s’appliquer au secteur agricole.

En somme, si on se retrouvait avec des famines dans le Tiers-Monde, ce serait la faute de la Russie. Cela explique peut-être pourquoi, dans les pays du Tiers-Monde, la majorité de la population est hostile à la rupture des liens économiques avec ce pays.

Le blocus maritime officieux contre la Russie

Fruit de la diplomatie turque, l’accord sur l’exportation des céréales ukrainiennes en mer Noire a été signé par les belligérants le 22 juillet dernier.

Cet accord prévoit que les navires marchands responsables du transport des céréales ukrainiennes seront inspectés à l’aller et au retour à Istanbul par un centre de coordination sur lequel toutes les parties impliquées sont représentées.

Si l’intérêt ukrainien pour cet accord est évident, on se demande pourquoi la Russie y a consenti.

C’est que contrairement à ce que répétait la propagande occidentale, le transport céréalier russe était l’objet d’un blocus économique clandestin.

Officiellement, le système SWIFT — qui facilite les flux financiers — permettait aux banques russes d’encaisser le paiement d’achats de céréales par des pays étrangers et de verser cet argent aux producteurs agricoles.

Toutefois, lorsqu’il s’agissait d’expédier les millions de tonnes de céréales achetées, la marine marchande internationale pouvait difficilement se faire payer. En fait, elle le pouvait, mais hors du système SWIFT.

De plus, par le biais des primes, les compagnies d’assurance occidentales rendaient le transport maritime des céréales russes tellement onéreux qu’il valait mieux que les pays du Tiers-Monde tentent de s’approvisionner ailleurs.

Selon le quotidien Le Monde, l’argument ultime qui a convaincu la Russie de signer est que les États-Unis auraient accepté de lever leur opposition à ce que des bateaux à gros tonnage soient fournis à la Russie pour faciliter l’exportation de ses céréales.

Références :
Democracy Perception Index 2022
L’accord sur les céréales ukrainiennes signé à Istanbul
Le chef de l’ONU met en garde contre « un ouragan de famines » dans le monde
Negative views of Russia mainly limited to western liberal democracies, poll shows
Ports de la mer Noire bloqués : Washington accuse Moscou d’utiliser la faim comme une arme
Quelle récolte pour les fermiers ukrainiens (vidéo)
Sanctions contre la Russie : les impairs d’Ursula von der Leyen

Compléments de lecture :
L’engrenage ukrainien
L’épouvantail russe

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La contre-offensive ukrainienne, début de la fin de la guerre ?

Publié le 15 septembre 2022 | Temps de lecture : 8 minutes

Introduction

La contre-offensive de l’armée ukrainienne déclenchée le 24 aout dernier dans le nord-est du pays l’a amené à reconquérir environ six-mille kilomètres carrés de territoire.

Certains analystes occidentaux y voient l’espoir d’une victoire complète de l’Ukraine contre la Russie. Qu’en est-il ?

La justification russe de cette guerre

Déclenchée par la Russie, la guerre en Ukraine a néanmoins été rendue inévitable par les États-Unis.

En incluant l’Ukraine dans leur objectif d’encerclement militaire de la Russie par l’Otan, les États-Unis menacent les intérêts géostratégiques essentiels de la Russie; celle-ci ne peut pas tolérer que des missiles nucléaires américains se retrouvent à 500 km de Moscou.

Pas plus que les États-Unis eux-mêmes ne pouvaient tolérer que la Russie installe des missiles pointés contre eux à Cuba en 1962, à 1500 km de Washington.

Autrefois, le plus grand nombre de missiles nucléaires américains hors des États-Unis étaient stationnés en Turquie.

En 2016, en déplaçant une partie de leur arsenal nucléaire de leur base turque d’Incirlik à leur base roumaine de Deveselu, les États-Unis ont réduit la distance de leurs ogives nucléaires de Moscou de 2 000 km à 1 488 km.

Dans les années qui suivraient une adhésion hypothétique de l’Ukraine à l’Otan, les États-Unis seraient en mesure de les rapprocher considérablement de Moscou, ce qui est totalement inacceptable pour n’importe quel dirigeant russe.

Les deux véritables ennemis

Dans les faits, la guerre russo-ukrainienne est une guerre américano-russe par Ukraine interposée.

Les États-Unis sont de loin le principal fournisseur d’armes sophistiquées à l’Ukraine. Et c’est par le biais de la fourniture de renseignements de géolocalisation que les États-Unis permettent à l’armée ukrainienne d’obtenir ses plus grands succès militaires.

Les États-Unis ont livré à l’Ukraine des missiles autopropulsés d’une remarquable précision. Mais pour chaque tir, on doit programmer la géolocalisation des cibles à atteindre. Ces coordonnées sont fournies à l’armée ukrainienne par les États-Unis.

Les satellites-espions américains surveillent le déplacement des camions de ravitaillement de l’armée russe. Leurs va-et-vient permettent de découvrir où se trouvent les entrepôts de matériel militaire russe.

Une fois en possession de cette information, il ne reste plus à l’armée ukrainienne qu’à communiquer à une équipe de fantassins la position exacte de ce dépôt pour que ceux-ci programment le logiciel du lance-roquette qui transfert l’information au système de guidage du missile immédiatement avant sa mise à feu.

À partir du succès de la contre-offensive ukrainienne, prédire une victoire totale de l’Ukraine contre la Russie, c’est oublier le deuxième objectif poursuivi par les États-Unis.

Affaiblir l’armée russe

La Russie ne constitue pas la pire menace à l’hégémonie mondiale des États-Unis. À environ 1 500 milliards$, le PIB russe est le septième de celui des États-Unis.

Par contre, la puissance économique de la Chine est environ les trois quarts de la puissance américaine.

Les États-Unis voient dans la perspective où la Chine deviendrait la première puissance mondiale, une menace fondamentale.

Depuis l’invention de la machine à vapeur, la suprématie du monde (telle que perçue par l’Occident) appartient à des peuples anglo-saxons.

Lorsqu’on passe d’une production industrielle basée sur charbon à celle basée sur le pétrole, le flambeau de la suprématie occidentale passe du Royaume-Uni aux États-Unis.

Dès lors que l’accès aux ressources énergétiques (fossiles, solaire et éolienne) cesse d’être le facteur limitant de la croissance industrielle et est remplacé par l’accès à des ressources minières contrôlées par la Chine — notamment les terres rares sur lesquelles repose la haute technologie — l’émergence de ce pays représente un saut vers l’inconnu pour les peuples qui contrôlaient depuis des siècles l’ordre mondial.

Ce qui explique que les pays à majorité anglo-saxonne — les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande — ont mis sur pied le plus vaste réseau d’espionnage au monde. Et ils ont créé une intégration militaire en vase clos qui exclut toute participation étrangère, comme en témoigne l’annulation du contrat d’approvisionnement des sous-marins australiens auprès de la France.

Ces pays se sont construits soit sur l’épuration ethnique des peuples autochtones qui habitaient leur territoire ou, dans le cas de l’Angleterre sur des guerres séculaires contre les Celtes d’Écosse et deux tentatives d’extermination contre les Celtes d’Irlande.

Bref, ce sont des peuples hyper-racistes aux yeux desquels la perspective d’une suprématie mondiale chinoise est totalement inacceptable.

Voilà pourquoi l’idée d’une guerre ‘préventive’ contre la Chine percole depuis des années dans les milieux militaires américains et les groupes de réflexion qui les alimentent d’idées.

En vue d’une telle guerre pour l’instant hypothétique, le conflit russo-ukrainien est une occasion de saper l’économie d’un allié éventuel de la Chine et de forcer l’Europe à couper dès maintenant ses liens économiques avec la Russie, ce qui rendra le Vieux Continent plus apte à participer à une Troisième Guerre mondiale sous commandement américain.

Mais pour saper l’économie russe, les États-Unis ont besoin d’une guerre prolongée en Ukraine. Plus elle sera longue, plus la Russie en sortira affaiblie.

Il est donc hors de question que l’Ukraine poursuive une reconquête rapide de son territoire.

Le jeu de bascule américain

Avant l’attaque japonaise de Pearl Harbor en 1941, les États-Unis vendaient des armes à la fois aux Alliés et à l’Allemagne nazie (qui recueillait la sympathie de la Droite américaine).

Il en fut de même lors de la guerre Iran-Irak qui se déroula de 1980 à 1988. Au cours de ce conflit, les États-Unis ont été un fournisseur secondaire d’armement.

Il faut toutefois souligner qu’à cette occasion, la livraison des armes américaines alternait d’un belligérant à l’autre, de manière à toujours soutenir celui qui semblait en train de perdre, et à changer de camp quand la situation s’inversait.

En étirant cette guerre, celle-ci dura huit ans et fit entre 680 000 et 1,2 million de morts.

Dans nos médias, on a fait peu de cas de cette guerre, puisque du point de vue occidental, plus les Musulmans s’entretuent, moins il en reste…

Il ne serait pas donc étonnant que le rythme des livraisons d’armement américain à l’Ukraine ralentisse afin de prolonger cette guerre puisque toute paix entre les belligérants marquerait la fin de l’hémorragie voulue des stocks militaires russes.

Conclusion

En 1945, en décidant de larguer deux bombes nucléaires sur la population civile d’Hiroshima et de Nagasaki, les États-Unis savaient sciemment qu’ils commettaient le plus grave ‘crime de guerre’ de l’histoire de l’Humanité.

Cette décision était rendue nécessaire pour faire réaliser au commandement militaire japonais que leur empereur n’était pas un demi-dieu et qu’il devait capituler.

La Russie croit à la nécessité existentielle d’empêcher l’Ukraine d’adhérer à l’Otan. Autant que les soldats ukrainiens ont été convaincus — par les déclarations stupides de Poutine lui-même — que toute victoire russe marquerait la disparition de leur pays.

Si la Russie ne peut gagner cette guerre par des moyens conventionnels, elle n’hésitera pas à prendre, en désespoir de cause, les mêmes moyens que ceux auxquels les États-Unis ont eu recours en 1945.

Fragilisé par les séquelles de la crise sanitaire (qui a fait un million de morts aux États-Unis) et par les pénuries d’approvisionnement liées à la remondialisation rendue nécessaire par les sanctions économiques contre la Russie, l’Occident n’est pas prêt à soutenir dès maintenant un effort de guerre.

D’autant plus que l’affaiblissement des démocraties libérales par le néolibéralisme les a rendues vulnérables à l’insurrection armée de leur propre population.

Voilà pourquoi les États-Unis devront laisser à la Russie la foi en son succès par des moyens conventionnels.

D’autre part, le succès militaire des soldats ukrainiens dépend évidemment de leur courage, mais surtout de l’équipement que les États-Unis leur fournissent.

Véritables maitres du jeu de bascule, les États-Unis n’ont pas d’autres choix que de maintenir l’espoir ukrainien, tout en différant le plus possible une victoire décisive de la Russie.

Références :
Bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki
Crise des missiles de Cuba
Guerre Iran-Irak
L’engrenage ukrainien
Les conséquences géostratégiques du basculement vers les énergies vertes
L’Ukraine contre-attaque… jusqu’où ?
Résumé de géopolitique mondiale (1re partie)
Satellites-espions et guerre de précision

Parus depuis :
Menace nucléaire russe : « Ce n’est pas du bluff », dit Vladimir Poutine (2022-09-21)
US Ammunition Supplies Dwindle as Ukraine War Drains Stockpiles (2022-10-09)
UK urged to protect Ukraine from legal action over private debt default (2024-07-07)

Complément de lecture : L’épouvantail russe

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les baisses d’impôts, l’inflation et la guerre

Publié le 30 août 2022 | Temps de lecture : 4 minutes

Au début de la pandémie au Covid-19, Ottawa et Washington ont soutenu financièrement les ménages afin de compenser les pertes de revenus qu’ils subissaient lors du confinement obligatoire.

De nos jours, il est fréquent d’entendre les milieux conservateurs accuser ces mesures d’avoir causé de l’inflation.

Ce qu’ils veulent dire par là, c’est que ces mesures ont été trop efficaces à stimuler l’économie. Au point d’avoir créé un déséquilibre entre l’offre (devenue insuffisante) et cette forte demande des consommateurs. Ce qui a incité des fabricants à hausser leurs prix, causant ainsi de l’inflation.

Multicausale, l’inflation a connu plusieurs vagues.

La première est apparue lors de la reprise économique consécutive à la levée des mesures sanitaires. La brutale augmentation de la demande qui en a résulté a provoqué la rupture des chaines d’approvisionnement avec l’Asie et l’engorgement des ports américains qui donnent sur l’océan Pacifique.

À cette inflation d’environ 3 %, s’est ajouté depuis l’effet des sanctions occidentales contre la Russie.


 
La Russie étant un important fournisseur d’hydrocarbures et de matières premières, les pays qui ont provoqué la rupture de leurs relations commerciales avec elle ont dû, en catastrophe, essayer de s’approvisionner ailleurs.

Ne disposant pas de contrats à long terme, ils ont été forcés de payer le gros prix pour trouver des produits de substitution. C’est la cause de la deuxième vague inflationniste, beaucoup plus importante que la première.

Malheureusement, tous les experts s’entendent pour dire que l’inflation actuelle n’est qu’un aperçu de ce qui nous attend l’hiver prochain si la guerre russo-ukrainienne n’est pas terminée.

Les sanctions économiques contre la Russie s’étant avérées inefficaces, les généraux à la retraite et les va-t-en-guerre anglo-saxons qui se succèdent aux chaines de nouvelles en continu plaident en faveur d’une récession économique.

À leur avis, celle-ci entrainerait une diminution de la consommation mondiale des hydrocarbures, d’où une chute des revenus d’exportation de la Russie et une diminution du financement de sa guerre en Ukraine.

L’augmentation rapide des taux d’intérêt vise donc deux objectifs. Un objectif officiel qui est de réduire l’inflation. Et un objectif inavoué, soit de provoquer volontairement une récession économique.

D’autre part, en ce début de campagne électorale, nous assistons à la surenchère des promesses de réduction de taxes et d’impôts. Ces mesures ont pour but d’aider les ménages à faire face à l’augmentation des prix.

Ici et ailleurs, les politiciens promettent des remises d’impôt et des allocations pour faire face à l’inflation. Quand ce n’est pas carrément la promesse d’une diminution des taxes sur l’essence.

Plutôt que de laisser les peuples occidentaux assumer les conséquences des sanctions économiques décidées par leurs gouvernements, on adoptera des mesures de mitigation qui rendront nécessaires des hausses encore plus importantes des taux d’intérêt.

Comme un pompier qui tente d’éteindre un feu en l’aspergeant de combustible, on compte combattre l’inflation par des mesures inflationnistes.

En dépit du fait que leur filet de protection sociale est en lambeaux, nos gouvernements ajoutent la lutte à l’augmentation du prix de l’essence parmi leurs mesures sociales, au même titre que l’assurance maladie, l’éducation gratuite ou les garderies. Comme si c’était le rôle de l’État de protéger le marché de l’automobile.

En réalité, plus on combattra l’inflation par des mesures inflationnistes, plus les banques centrales augmenteront leurs taux d’intérêt afin de provoquer la récession mondiale qu’elles estiment nécessaire.

Bref, on n’est pas sorti du bois…

Références :
German inflation hits 40-year high as calls mount for bigger ECB rate rises
La CAQ et les libéraux promettent des baisses d’impôt
Putin to blame for UK’s high energy bills, says Johnson on surprise visit to Kyiv
Quand Macron exhorte les Français à accepter de payer «le prix de la liberté» pour l’Ukraine

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’inflation européenne en juillet 2022

Publié le 20 août 2022 | Temps de lecture : 1 minute


 
Devant acheter à prix fort sur les marchés internationaux l’énergie dont elles ont besoin, les trois républiques baltes connaissent un taux d’inflation record.

Celui qui a cours au Royaume-Uni est le plus élevé depuis février 1982.

Au sein de la Zone euro, la France est le pays où l’inflation est la moindre. Toutefois, le cout de l’énergie pourrait y augmenter d’ici peu puisque la sècheresse actuelle a fait dangereusement baisser le niveau des cours d’eau qui normalement refroidissent ses réacteurs nucléaires.

Référence : ‘I am not blaming anyone’: Estonians shrug off 23% inflation

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’Ukraine sous le respirateur artificiel américain

Publié le 16 août 2022 | Temps de lecture : 5 minutes

Introduction

La capacité des États à rembourser leurs dettes est évaluée par les agences de notation financière.

Selon le cas, celles-ci qualifient les bons du Trésor d’un pays, les obligations d’épargne d’une province, ou les obligations municipales, de placements de première qualité, de haute qualité, de qualité moyenne supérieure, de qualité moyenne inférieure ou de placement spéculatif.

Mais il y a pire.

Elles peuvent qualifier l’achat de ces titres financiers de placement très spéculatif, de placement à risque élevé, ou d’ultra spéculatif.

Et, tout au bas de la grille, il y a ‘en défaut avec quelques espoirs de recouvrement’ ‘en défaut sélectif’ ou finalement, ‘en défaut de paiement’.

On apprend aujourd’hui que deux des plus importantes agences de notation financière au monde — S&P Global Ratings et Fitch Ratings — ont rétrogradé les finances de l’Ukraine au niveau de l’avant-dernier échelon de leur grille; en défaut de paiement sélectif. En somme, l’Ukraine est presque en faillite.

Cela n’est pas nouveau.

Déjà, en 2013

En novembre 2013, le trésor ukrainien n’avait plus que 18,79 milliards de dollars de devises alors que le pays devait rembourser une tranche de sept-milliards de dollars à ses créanciers, dont la Russie (à qui elle devait au total dix-sept-milliards de dollars de gaz fossile impayé).

À l’époque, Vladimir Poutine offrait secrètement au gouvernement ukrainien la levée des barrières tarifaires entre l’Ukraine et la Russie, une baisse du prix de son gaz fossile, de même qu’un prêt de quinze-milliards de dollars.

En contrepartie, l’Ukraine devait renoncer à appartenir à l’Otan.

De son côté, l’Union européenne ne promettait rien de concret.

Le 21 novembre de cette année-là, le président prorusse annonce qu’il accepte les conditions de Moscou.

Aussitôt, la population qui habite près de la capitale se révolte et déclenche une révolution à l’issue de laquelle le président est destitué. Pour le peuple ukrainien, la liberté n’a pas de prix.

Sept ans plus tard, plus précisément en septembre 2020, le président Zelensky adopte une nouvelle stratégie de sécurité nationale qui prévoit le développement d’un partenariat en vue de l’adhésion de ce pays à l’Otan.

De tous les projets caressés à ce sujet par l’Ukraine depuis son indépendance, c’est le plus concret.

Si, de manière générale, la liberté n’a pas de prix, devenir l’ennemi militaire de son puissant voisin comporte un cout très élevé puisque cela mène inévitablement à la guerre.

Si le Mexique décidait de se doter de missiles capables d’anéantir les États-Unis, ces derniers feraient au Mexique ce qu’ils ont fait en Irak et ce que Moscou fait actuellement en Ukraine.

Guerroyer à crédit

Si la dette de la Russie correspond approximativement au cinquième de son PIB — un endettement six fois moindre que celui de la France — les finances de l’Ukraine, elles, ne lui permettent pas de financer une guerre.

Dans ce pays, le PIB par habitant est inférieur à quatre-mille dollars par année. Les analystes prévoient qu’il chutera de moitié d’ici douze mois.

Avant même le premier coup de fusil, ce pays riche en ressources naturelles était dirigé par un gouvernement central ruiné. Donc incapable d’acheter quoi que ce soit pour défendre le pays.

L’Ukraine est donc totalement dépendante de l’équipement militaire que lui fournissent les pays occidentaux, au premier rang desquels, les États-Unis.

Ceux-ci espèrent remplacer la Russie comme fournisseur principal d’hydrocarbures à l’Europe et salivent à l’idée de faire main basse sur le pétrole de schiste de l’ouest du pays.

La paix viendra peut-être d’Europe occidentale

Les sanctions contre la Russie placent l’Europe au seuil de grandes difficultés économiques, particulièrement en Allemagne.

L’hiver qui vient sera la saison des privations.

Or, on doit se rappeler que les peuples ont la mèche courte quand ils sont bousculés trop longtemps; la révolte des Gilets jaunes en France, le Convoi de la liberté au Canada, et la révolte actuelle des tracteurs aux Pays-Bas en sont des exemples.

Après deux ans de Yo-yo sanitaire qui a ruiné des milliers de petites entreprises, jamais n’a-t-on vu autant d’incivilités entre les citoyens. En deux mots, nous sommes à l’âge des Révoltes.

Si les dirigeants européens ne réussissent pas à faire entendre raison aux va-t-en-guerre anglo-saxons, et s’ils ne laissent pas l’Ukraine assumer ses choix, c’est leur propre sécurité nationale qui sera menacée. Non pas à cause d’une invasion armée, mais plutôt en raison de la colère populaire.

Références :
Aux Pays-Bas, la révolte des agriculteurs contre la réduction des émissions d’oxyde d’azote
Covid-19 : du Yo-yo à la roulette russe
Jordan-bound Ukrainian cargo plane carrying weapons crashes in Greece
La délicate restructuration de la dette ukrainienne
L’engrenage ukrainien
Les États-Unis et le gaz fossile ukrainien
L’expansionnisme toxique de l’Otan
L’Ukraine placée à un cran du défaut de paiement
S&P Global Ratings

Parus depuis :
Au Royaume-Uni, nouvel épisode des grèves de la colère face à l’inflation (2022-08-18)
Au Royaume-Uni, la vague de grèves salariales se durcit (2022-08-23)
En Belgique, la colère sociale gronde face à l’explosion des factures énergétiques (2022-09-09)
En Tunisie, des pénuries alimentaires à répétition (2022-09-14)
All aboard the gravy train: an independent audit of US funding for Ukraine (2023-06-27)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Accueil des réfugiés : l’usure de la bonne volonté

Publié le 15 août 2022 | Temps de lecture : 3 minutes

La Moldavie

Ni membre de l’Otan ni membre de l’Union européenne, la Moldavie est le pays le plus pauvre d’Europe.

Voisine de l’Ukraine, elle a accueilli cent-mille réfugiés ukrainiens. Proportionnellement à sa population de 2,7 millions d’habitants, c’est plus de réfugiés que n’importe quel autre pays au monde.

Dans tous les pays limitrophes où on entasse les réfugiés dans des camps, ils sont d’abord accueillis favorablement.

Puis, au fil des mois, ils sont victimes de désinformation destinée à susciter de l’animosité à leur égard. On exagère l’importance des services qui leur sont offerts. Et on propage des rumeurs au sujet des méfaits qu’ils commettraient.

La Moldavie dépend presque totalement sur la Russie comme fournisseur d’hydrocarbures. L’inflation y est de 27 %.

Il est donc facile de faire des Ukrainiens les responsables des problèmes économiques actuels de la Moldavie.

La Pologne

La majorité des Ukrainiens qui ont fui leur pays ont été accueillis en Pologne. Non pas sous la tente, dans des camps de réfugiés comme c’est généralement le cas, mais plutôt chez l’habitant.

Plus précisément, des centaines de milliers de Polonais ont pris leur voiture et se sont rués aux frontières pour choisir des gens au hasard parmi le lot des personnes qui arrivaient en Pologne.

Ils ont pris des femmes et des enfants épuisés par la marche. Des personnes aux yeux rougis qui descendaient des trains. Des inconnus souvent sales et couverts de sueur. Des types désespérés qui ont tout perdu.

Et c’est à des millions de ces gens-là que les Polonais offrent gratuitement le gite, la nourriture, des vêtements de rechange et sortent des placards quelques jouets qui pourraient aider les enfants à surmonter les traumatismes de la guerre.

Les jours où le nombre d’arrivants a dépassé le nombre de bons Samaritains, ceux qui n’ont pas été choisis trouvent place dans des centres d’hébergement d’urgence.

De son côté, le gouvernement polonais a débloqué une aide d’urgence de 1,6 milliard d’euros. Il a délivré des permis de travail. Il a ouvert les écoles aux enfants ukrainiens et a garanti à tous l’accès aux soins médicaux.

Conclusion

Le présent texte ne vise pas à opposer les vilains Moldaves aux bons Polonais.

On ne peut pas demander à un peuple d’être d’une hospitalité exemplaire quand la vague migratoire est d’une telle ampleur qu’elle provoque un appauvrissement marqué de la société d’accueil.

L’accueil est une réussite quand les immigrants peuvent très tôt s’intégrer, combler la pénurie de main-d’œuvre, accroitre la consommation et de ce fait, la prospérité des fournisseurs de biens et de services.

C’est quand la société d’accueil y trouve son compte que l’immigration est une réussite.

Références :
L’immigration et l’extrême droite
Ukrainians at risk from anti-refugee tensions in host countries, report warns
Warm welcomes, lurking tensions

Parus depuis :
Un an après le début de la guerre, l’intégration réussie de 1,4 million d’Ukrainiens en Pologne et en République tchèque (2023-02-21)
‘Teach your daughter to speak Polish’: Ukrainians in Poland face growing resentment (2025-12-22)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La guerre russo-ukrainienne : La Presse contre le côté obscur de la Force

Publié le 9 août 2022 | Temps de lecture : 4 minutes

Je me serais abonné à La Presse depuis longtemps si ce n’était de ses éditorialistes.

Ce quotidien emploie des journalistes dont les excellents reportages me servent souvent d’inspiration sur ce blogue. Et le chroniqueur Patrick Lagacé possède un jugement et une aptitude à s’indigner face aux injustices qui suscitent mon admiration.

Mais il y a ses éditorialistes…

Ce matin, La Presse s’en prend à un rapport d’Amnistie internationale selon lequel les tactiques de l’armée ukrainienne mettraient en danger les populations civiles.

Dans l’ensemble des nouvelles que nous rapportent nos médias depuis cinq mois au sujet de la guerre russo-ukrainienne, ce rapport est comme cette mouche sur la chevelure immaculée du vice-président Mike Pence lors d’un débat télévisé.

On me permettra de ne pas répliquer point par point à cet éditorial, mais de discuter plus spécifiquement du concept de ‘crime de guerre’ puisqu’il lui sert de trame de fond.

‘Crime de guerre’ est un pléonasme. Une guerre où personne n’est tué et au cours de laquelle rien n’est détruit n’est pas une guerre; c’est un jeu vidéo.

Ceux qui ne sont pas de cet avis font la distinction entre ‘crimes de guerre’ et ‘dommages collatéraux’.

Le premier se définit par la destruction délibérée d’une population civile. Alors que le second est l’homicide involontaire de civils à l’occasion de frappes visant des cibles militaires.

Mais le flou persiste quant à savoir si on parle de ‘dommages collatéraux’ seulement lorsqu’on ne prévoyait pas que des civils seraient tués ou si cela s’applique aussi lorsqu’on le savait, mais qu’on a décidé de procéder quand même.

Si en plus de tuer le dirigeant d’une organisation terroriste à l’occasion d’un mariage, on ne fait qu’abimer le gâteau de noces, c’est simple. Mais si on tue aussi deux-cents invités (dont des enfants), dans quelle catégorie doit-on mettre cette frappe ?

Dans ce cas, on recourt à une nouvelle explication; c’est juste une bavure. Ah bien oui, une bavure. Il fallait y penser.

Et si le terroriste n’avait pas été invité et qu’on a tué deux-cents personnes pour rien ? Alors là, c’est une lacune du renseignement.

Bref, toutes ces belles catégories font en sorte que les États-Unis ne commettent jamais de crimes de guerre. Vladimir Poutine, à l’instar de Darth Vader, ne fait que ça. Mais pas les Américains.

Les bombes atomiques larguées par ces derniers sur Hiroshima et Nagasaki avaient pour unique but de tuer un grand nombre de civils afin que le peuple japonais réalise que son Empereur n’était pas un demi-dieu.

Sept décennies plus tard, on se demande toujours quelle catégorie on devrait inventer pour ne pas dire que c’était un ‘crime de guerre’.

En réalité, dans toutes les guerres prolongées, chacune des parties impliquées commet des ‘crimes de guerre’. Parce qu’effectivement ‘crime de guerre’ est un pléonasme. Et le belligérant qui commet les plus graves est toujours celui qui dispose des moyens les plus destructeurs.

Fondamentalement, ce que La Presse reproche à Amnistie internationale, c’est de refuser de brosser de la guerre russo-ukrainienne un tableau simpliste où les bons sont tous du côté de l’Ukraine et que les méchants portent tous l’uniforme russe.

En croisade contre le Mal, La Presse estime donc qu’Amnésie Internationale travaille pour le côté obscur de la Force.

Références :
Amnistie internationale s’égare
Ukrainian Fighting Tactics Endanger Civilians

Paru depuis : Moscou pointe Washington du doigt après une frappe meurtrière en Crimée (2024-06-23)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le cout de la dé-Merkellisation de l’Allemagne

Publié le 8 août 2022 | Temps de lecture : 11 minutes


 
L’ouverture à l’Est

Née en 1954, Angela Merkel avait vécu presque toute sa vie en Allemagne de l’Est lorsqu’elle assiste, à titre de jeune politicienne, à la réunification de l’Allemagne (en 1989-1990) et à la dislocation de l’URSS en 1991.

Au moment où les deux Allemagnes se fusionnent, l’économie de sa partie occidentale est très prospère alors que sa partie orientale est en piteux état en raison d’un désinvestissement chronique.

Cette dernière sera donc un bassin de main-d’œuvre compétente et à bon marché pour la première.

De plus, aux yeux de la nouvelle classe politique allemande — au sein de laquelle Mme Merkel occupe diverses fonctions ministérielles — la Russie ruinée représente une occasion d’affaires.

En 1991, le parlement russe adopte un ambitieux plan de privatisation de son économie. Profitant des lacunes du droit des affaires, des proches du pouvoir font main basse — à partir de fonds dont on ignore la provenance — sur les fleurons de l’économie russe.

C’est ainsi que Mikhaïl Khodorkovski a payé en 1996 la somme de 309 millions de dollars pour Ioukos, la quatrième plus importante compagnie pétrolière au monde, dont la valeur réelle dépassait vingt-milliards de dollars.

Tout occupée à investir dans l’ancienne Allemagne de l’Est pour y hausser le niveau de vie, la classe politique allemande n’a pas incité ses industriels à participer au pillage économique de la Russie.

Toutefois, la stratégie industrielle allemande fut d’ouvrir le marché allemand aux nouveaux riches russes à la condition que les industriels allemands aient accès à du gaz fossile, du pétrole et des ressources minières à des prix défiant toute concurrence.

Et comment inciter les Russes à offrir tout cela à des prix d’ami ? En leur promettant le financement des infrastructures nécessaires à l’exportation de leur production.

Les nouveaux oligarques russes trouvèrent donc en Allemagne une source d’enrichissement personnel presque illimité. Et d’autre part, l’industrie allemande acquérait un avantage compétitif.

Mais la motivation des dirigeants allemands dépassait le cadre limité du calcul économique et même celui des préoccupations environnementales (puisque bruler du méthane crée moins de gaz à effet se serre qu’utiliser du charbon ou du pétrole).

Pacifier par l’intégration

Pendant des siècles, les empires européens se sont fait la guerre en dépit des mariages dynastiques qui avaient précisément pour but de les empêcher.

Quant aux alliances militaires, contrairement à ce qu’on pense, elles sont belligènes.

La Première Guerre mondiale a été déclenchée à la suite d’un fait divers; l’assassinat du prince héritier de la dynastie austro-hongroise à Sarajevo en 1914.

Un mois plus tard, l’Empire austro-hongrois déclarait la guerre à la Serbie.

Mais en raison de tout un réseau complexe d’alliances militaires bilatérales, bientôt l’Europe entière fut mise à feu et à sang.

C’est le développement de liens commerciaux et plus précisément l’intégration économique qui diminue les risques de guerre. Quand deux pays ne peuvent plus se passer l’un de l’autre, ils trouvent le moyen d’apaiser leurs divergences par la diplomatie.

Ce que font incidemment les partenaires sexuels…

L’exemple franco-allemand

La France et la Prusse (alliée à une bonne partie des principautés allemandes) se sont fait la guerre en 1870. Elles étaient ennemies en 1914-1918. Puis de nouveau en 1939-1945.

Le 9 mai 1950, alors que les haines suscitées par la Deuxième Guerre mondiale étaient encore vives, Robert Schuman, en sa qualité de ministre français des Affaires étrangères, propose à l’ennemi d’hier de placer l’ensemble de la production franco-allemande du charbon et de l’acier sous l’autorité d’un organisme supranational.

Cette déclaration aboutit l’année suivante à création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier, ancêtre du marché commun européen.

De nos jours, l’intégration économique entre ces deux pays est telle qu’une guerre entre eux est impossible. En exagérant à peine, on pourrait dire que la France et l’Allemagne forment une fédération sans gouvernement central où sont réunies une province occidentale dirigée par un président français, et une province orientale dirigée par un chancelier allemand.

Le résultat, c’est que non seulement ces deux pays vivent en paix depuis sept décennies, mais tous les conflits européens qui sont survenus au cours de cette période l’ont été hors du marché commun.

C’est cela que Mme Merkel avait à l’esprit en établissant des ponts économiques entre son pays et la Russie; elle pacifiait leurs relations mutuelles.

Comme tous les choix politiques, ce pari n’était pas sans risque, mais il en valait la peine à ses yeux.

Toutefois, à la suite du déclenchement de la guerre russo-ukrainienne, ses successeurs ont choisi une autre voie pendant qu’éditorialistes et chroniqueurs, d’une même voix, s’entendaient pour blâmer l’ancienne chancelière d’avoir fragilisé l’économie allemande en la rendant aussi dépendante de la Russie.

En réalité, l’ex-chancelière a soutenu une politique d’ouverture qui faisait consensus au sein de la classe politique allemande pendant trente ans et du coup, qu’ont soutenue les trois chanceliers allemands au pouvoir depuis l’effondrement de l’Union soviétique.

Plutôt que de défendre son héritage, Mme Merkel a préféré se murer dans le silence, convaincue que le peuple allemand découvrirait assez vite les conséquences du harikiri économique décrété par ses successeurs sous pression américaine.

Le cout catastrophique des sanctions allemandes

La compagnie allemande Uniper est le principal distributeur de gaz fossile russe en Allemagne. Elle est responsable de la vente d’environ 60 % de tout le gaz fossile vendu dans le pays.

Liée à des municipalités et à des géants industriels par des contrats à long terme, elle a dû acheter à fort prix du gaz fossile sur les marchés internationaux afin de respecter ses engagements quand la Russie a réduit ses exportations.

Si bien que les cinq mois de guerre russo-ukrainienne l’ont mené au bord de la faillite. Conséquemment, l’État allemand a dû débourser quinze-milliards d’euros pour la renflouer.

Puisque cette compagnie a été autorisée à hausser le prix de son gaz, on calcule que chaque foyer allemand pourrait bientôt payer mille euros de plus par année pour se chauffer… à moins de se résoudre à économiser de l’énergie.

Dans l’éventualité où le pays devrait se résoudre au rationnement, la règlementation européenne stipule qu’on doit prioriser les résidences privées, les petites et les moyennes entreprises, de même que ce qui est essentiel au maintien de l’ordre public et de la protection de la vie; la police, le service des incendies et les établissements de la santé.

Selon la modélisation de Bruxelles, les Allemands devraient manquer de gaz dès février 2023 si le gazoduc Nord Stream I continue de fonctionner à 20 % de sa capacité (comme actuellement).

Les premières usines qui devront se serrer la ceinture, ce sont celles qui produisent des biens non essentiels. En principe, cela devrait être le cas des aciéries, des verreries et des usines de céramique.

Mais si on prend le cas des verreries, il faut distinguer la fabrication des gobelets de la fabrication des fioles de médicaments injectables. De plus, sans phares ni parebrises, l’industrie automobile est paralysée.

Certains géants industriels possèdent déjà leurs propres centrales électriques, capables de produire de l’électricité indistinctement à partir du méthane ou du pétrole.

À l’heure actuelle, une multitude d’entreprises cherchent désespérément à s’équiper de génératrices afin d’augmenter leur autonomie.

L’hydrogène peut être produit par l’hydrolyse de l’eau. Mais il est généralement produit à partir du méthane. Pour la pétrochimie allemande, manquer de gaz fossile, c’est manquer aussi de ce qu’il faut pour produire de l’ammoniac (pour fabriquer de l’engrais et des produits de nettoyage) et de l’acétylène (pour la fabrication des colles industrielles). C’est donc paralyser l’agriculture, la construction, l’industrie automobile et l’industrie pharmaceutique, entre autres.

Pour pallier la pénurie, on retardera la mise hors service de toutes les chaudières industrielles qui fonctionnent encore au charbon et dont certaines remontent à l’ère soviétique.

Et pour être en mesure de hausser au maximum sa production d’électricité afin d’aider l’Allemagne l’hiver prochain, la France a décidé de hâter la réparation de la moitié de son parc nucléaire.

De telles réparations sont habituellement effectuées à la belle saison alors que la consommation d’électricité est plus faible. Elles sont beaucoup plus nombreuses cet été à nécessiter des réparations parce que celles-ci ont été différées depuis deux ans en raison de la pandémie.

Le résultat, c’est que la France achète de l’électricité aux pays voisins, dont l’Allemagne, alors cette dernière tente désespérément de constituer des réserves en vue de l’hiver.

Pendant ce temps, les États-Unis — principal fournisseur de gaz fossile liquéfié (GFL) à l’Europe — ont un problème; les installations portuaires de leur deuxième terminal méthanier (à Freeport, au Maine) ont été détruites par le feu en juin dernier. Ce qui réduit du sixième la capacité exportatrice américaine de GFL vers l’Europe.

Bref, tout va mal.

Conclusion

La dé-Merkellisation n’est pas seulement la rupture brutale des relations commerciales avec la Russie, c’est aussi un recul environnemental avec le retour à des combustibles encore plus polluants que le gaz fossile.

Avec sa population de 83 millions de personnes, l’Allemagne ne manque pas de talents pour faire face aux défis gigantesques qu’elle devra relever au cours des prochains mois.

Mais tous ces problèmes, elle ne les aurait pas si elle avait laissé le peuple ukrainien assumer son choix de devenir un ennemi militaire de son puissant voisin. Ce qui rendait la guerre russo-ukrainienne inévitable.

En décembre 2021, deux mois avant le déclenchement de cette guerre, la chancelière Merkel quittait la vie politique. Ce qui ne l’a pas empêchée, à titre privé, de la condamner sévèrement.

Toutefois, au-delà des paroles accusatrices, on ne saura jamais ce qu’elle aurait fait si elle était encore au pouvoir.

Ce qui est certain, c’est que si elle et ses prédécesseurs (Gerhard Schröder et Helmut Kohl) n’avaient pas poursuivi contre vent et marée une politique d’ouverture à l’égard de la Russie, l’Allemagne n’aurait pas connu la remarquable période de prospérité économique qui fut la sienne depuis l’effondrement du Bloc soviétique et au cours de laquelle son PIB a doublé.

Références :
Angela Merkel
Boris Eltsine
Déclaration du 9 mai 1950
Europe et Russie : la bataille des gazoducs
Germany Plans for a Winter Without Gas from Russia
Guerre franco-allemande de 1870
L’engrenage ukrainien
L’expansionnisme toxique de l’Otan
Oligarchie russe
Pourquoi autant de réacteurs nucléaires français sont-ils actuellement à l’arrêt ?

Parus depuis :
Germany confronts a broken business model (2022-12-06)
Le moteur de l’Europe cale (2023-09-18)
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