Missiles iraniens : une dangerosité surfaite ?

11 janvier 2020

Avant-propos : Tout comme les obus, les missiles sont des armes meurtrières. Le texte qui suit concerne leur utilisation comme outils de guerre et n’est donc pas une allusion à cet avion ukrainien récemment abattu par l’Iran.

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Introduction

À la suite d’un attentat terroriste commis par les États-Unis contre le général iranien Qassem Soleimani, ce pays a répliqué par des tirs de missiles visant deux bases américaines en Irak.

Ces frappes n’ont fait aucune victime.

Pour expliquer cela, certaines sources soutiennent qu’afin d’éviter un incident diplomatique avec l’Irak (avec lequel l’Iran entretient de bonnes relations), l’Iran aurait eu la courtoisie de prévenir ce pays ami peu de temps avant l’attaque (demeurée secrète jusqu’alors).

Celui-ci, en retour, aurait averti les Américains (dont les militaires se sont alors réfugiés dans des abris sous-terrain).

Par contre, certains analystes ont émis l’hypothèse que Téhéran a sciemment raté son coup afin d’éviter une escalade des tensions avec Washington

Ceci est extrêmement douteux. Un pays menacé de guerre ne fait pas exprès pour prouver la vulnérabilité de ses défenses ou l’inefficacité de ses moyens d’attaque.

De plus, on ne gaspille pas des millions$ en missiles pour ‘faire semblant’ de se venger alors qu’on pourrait avoir bientôt besoin de cet argent (ou de ces missiles) pour se défendre.

D’autres sources estiment, au contraire, que les missiles iraniens seraient devenus tellement précis que l’Iran aurait choisi — à l’aveugle puisqu’on était en pleine nuit — de faire la distinction entre les casernes (où les soldats dormaient) et les hangars qui ont été ciblés et détruits. D’où l’absence de victimes.

Quinze ou seize missiles ont été tirés. Onze ont frappé la base militaire d’Ayn al-Assad (photo ci-dessus) tandis qu’un autre a frappé une base américaine située près d’Erbil.

Une première constatation : les bases américaines en Irak ne sont pas protégées par des missiles antimissiles.

De plus, trois ou quatre missiles se sont écrasés dans la campagne irakienne et donc, ont complètement raté leur cible.

D’où la question : les missiles iraniens sont-ils aussi précis qu’on le prétend ?

Les missiles russes

Les missiles iraniens proviennent de deux sources : ceux importés de Russie et ceux fabriqués en Iran.

La technologie antimissile russe est la plus efficace et la plus précise au monde.

En 2007, l’Iran avait obtenu 29 véhicules antiaériens mobiles Tor-M1 en vertu d’un contrat de 700 millions$ signé deux ans plus tôt avec Moscou.

Quoique très efficace, le système antimissile Tor-M1 n’est pas le plus sophistiqué de l’arsenal russe puisqu’il est maintenant vieux de deux décennies. Le cout unitaire de chaque véhicule est de 25 millions$.

En 2010, à l’époque du président russe Dmitry Medvedev, des pressions américaines et israéliennes avaient provoqué l’annulation d’un contrat de vente à l’Iran des redoutables missiles russes S-300.

Depuis le retour de Poutine à la résidence russe, Moscou se dit prêt à vendre des missiles S-300VM (encore plus puissants) à l’Iran. Une offre que Téhéran ne semble pas avoir acceptée.

Ce qui fait sans doute hésiter l’Iran, c’est le prix unitaire de ces véhicules antiaériens; 120 million$. Il s’agit d’une somme considérable pour un pays dont l’économie est étranglée par les sanctions américaines.

L’Iran peut évidemment pratiquer le troc avec Moscou. Mais quoi donner en retour ? La Russie est déjà un des principaux exportateurs de pétrole.

En raison des couts élevés de la technologie antimissile russe, l’Iran fabrique ses propres missiles. C’est sa principale source d’approvisionnement.

Les missiles faits en Iran

En 2018, le budget militaire iranien était de 13 milliards$US (environ le cinquième de celui de l’Arabie saoudite).

Son arsenal de drones et de missiles est le plus important du Moyen-Orient. Les Américains estiment que l’Iran en aurait des milliers, d’une douzaine de variétés.

Ceux dont la portée est la plus courte sont des missiles sol-air destinés à abattre des avions de chasse et des bombardiers ennemis.

Les missiles dont la portée est plus longue sont des missiles sol-sol. Les missiles Fateh ont une portée entre 200 et 300 km. Ce sont ceux que l’Iran a utilisés la semaine dernière contre les deux bases américaines.

Ceux qu’Israël craint sont des missiles sol-sol dont la portée est encore plus longue; les Shahab.

Les plus puissants d’entre eux pourraient atteindre des cibles situées à deux-mille kilomètres.

En balistique, l’écart circulaire probable (ÉCP) est le rayon du cercle à l’intérieur duquel tombent la moitié des frappes. En somme, c’est une mesure de la précision des missiles.

L’ÉCP des missiles Shahab-3 originels (ceux de 2002) était de 2,5 km. Une telle imprécision est inacceptable.

Membres de cette famille, les missiles Ghadr-1 sont apparus en 2015. Ces derniers sont cinq fois plus précis; leur ÉCP est de 300 mètres.

Le 12 juin dernier, l’aéroport saoudien d’Abha — situé à 306 km du Yémen — a été bombardé par les rebelles de ce pays.

À cette occasion, le missile (probablement d’origine iranienne) a raté la tour de contrôle. Si bien que c’est la salle d’arrivée des voyageurs qui a été endommagée.

Cette imprécision est compatible avec les renseignements qu’on possède au sujet de l’ÉCP actuel des missiles iraniens.

Cela contraste avec la précision ‘chirurgicale’ des frappes du 14 septembre dernier contre les sites pétroliers saoudiens.

Ce qui donne plus de poids à l’hypothèse — avancée sur ce blogue — selon laquelle ces frappes ont été tirées à bout portant par la dictature saoudienne contre ses propres installations dans le but de forcer les États-Unis à entrer en guerre contre l’Iran.

Conclusion

Le complexe militaro-industriel américain a continuellement besoin de nouvelles guerres pour maintenir l’emploi.

Ce complexe est un allié de l’OTAN. Afin de justifier son existence, ce dernier doit absolument exagérer la dangerosité des menaces ennemies.

D’abord, la Russie.

Alors que l’armée américaine est cinq à dix fois plus puissante que l’armée russe — en d’autres mots, alors que le risque de guerre mondiale est nul — l’OTAN s’est lancée depuis 2014 dans une course aux armements.

Le prétexte en a été l’annexion russe de la Crimée. L’OTAN feint d’ignorer que cette annexion était souhaitée par les Criméens eux-mêmes (qui l’ont adoptée par référendum). Ce que l’OTAN compare abusivement à l’invasion de la Pologne par l’Allemagne nazie en 1939.

Puis, la Chine.

Les États-Unis (et les ONG qu’ils financent) estiment qu’un million d’Ouïgours sont emprisonnés en Chine.

S’il ne fait aucun doute que la Chine a créé des ‘camps de rééducation’ afin de venir à bout des violences inter-ethniques dans l’ouest du pays, on se demande comment la Chine pourrait loger un million de personnes sans qu’on ait des photos satellites pour prouver l’ampleur de cette incarcération.

De plus, il ne faudrait pas oublier qu’il y a officiellement deux millions de prisonniers aux États-Unis, un pays quatre fois moins populeux.

Donc, même si un million d’Ouïgours étaient vraiment emprisonnés, les États-Unis demeureraient le champion mondial de l’incarcération.

Et l’Iran.

De la même manière, l’Iran nous est présenté comme une grande menace terroriste.

Selon les dépêches diplomatiques américaines révélées par Wikileaks, l’Arabie saoudite est le principal financier du terrorisme international.

L’Iran n’est impliqué que dans un terrorisme de portée régionale, comme le sont eux-mêmes presque tous les autres pays de la région.

Il est indiscutable que le général Soleimani planifiait de tuer des soldats américains. Toutefois, on doit admettre que tous les généraux au monde planifient de tuer des ennemis. Pour n’importe quel pays, à quoi ça sert d’avoir une armée si les soldats refusent de tuer des envahisseurs ?

Menacé de guerre par les États-Unis — le seul pays qui, jusqu’ici, ait utilisé l’arme nucléaire — l’Iran sait que seule son adhésion au club des détenteurs de l’arme atomique est susceptible de faire hésiter les Américains à l’envahir. Comme c’est le cas pour la Corée du Nord.

D’ici à ce qu’elle obtienne suffisamment de combustible nucléaire pour créer sa première bombe, l’Iran a choisi de développer son programme de missiles.

Il ne s’agit pas d’une stratégie offensive puisqu’on ne gagne pas de guerre à coups de missile ou de bombardements; l’échec américain en Syrie en est la preuve.

Il s’agit d’une stratégie de dissuasion. L’Iran sait que ses voisins hostiles (notamment l’Arabie saoudite) hésiteront à lui faire la guerre si leurs villes sont susceptibles d’être bombardées par des missiles iraniens alors que la technologie antimissile américaine sera impuissante à les protéger.

Références :
Emad, Ghadr (Shahab-3 Variants)
Fateh-110
How strong is Iran’s military?
Le mystère des attaques contre les champs pétroliers saoudiens
L’Iran riposte aux États-Unis
Russia offers to sell anti-aircraft missiles to Iran
Russia will supply new anti-aircraft missiles for Iran
S-300VM missile system
Tor missile system
2020 Iranian attack on U.S. forces in Iraq

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Crytomonnaies : la Libra et la DCEP chinoise

8 décembre 2019

La Libra, de Facebook

C’est en 2020 que devrait apparaitre Libra, la crytomonnaie promue par Facebook.

Contrairement au Bitcoin, dont la valeur est spéculative, le cours de la Libra sera stabilisé par des réserves équivalentes en devises que possèdera la fondation privée émettrice, la Facebook Global Holdings.

À l’origine, le projet de Facebook était appuyé par 28 partenaires financiers. Certains se sont retirés du projet depuis (eBay, Master Card, PayPal, Visa). Même s’il devait être abandonné de tous, Facebook a les reins suffisamment solides pour mener seul son projet à bon port.

Depuis 2015, il est possible aux États-Unis — et en France depuis 2017 — de transférer de l’argent à partir de Messenger.

L’expéditeur et le destinataire doivent évidemment avoir inscrit leur carte bancaire dans leurs profils Facebook respectifs. Comme PayPal le fait déjà sur eBay.

Toutefois, la procédure peut prendre jusqu’à trois jours en raison des délais imposés par les institutions financières intermédiaires.

Libra se veut une solution à ces délais; le transfert serait instantané comme le texte expédié par messagerie. De plus, Facebook assure qu’elle prendra à sa charge tous les frais de transaction normalement imposés par les banques concernées.

Non seulement la cryptomonnaie de Facebook est une solution de remplacement à Western Union et à PayPal, mais dans les pays du tiers-monde, la Libra offre aux épargnants la possibilité de se protéger d’une inflation galopante ou d’une dévaluation anticipée de la devise nationale.

En Inde, depuis février 2018, Facebook propose la Unified Payment Interface, une plateforme de paiement dématérialisé utilisée par un million de personnes.

La DCEP chinoise

En raison de la taille du marché intérieur chinois, le yuan est déjà une des devises les plus utilisées au monde.

Mais il n’y a pas de commerce électronique sans paiement électronique.

Afin de rendre son économie plus efficace, la Chine songe à implanter une monnaie électronique officielle qui serait émise par la Banque populaire de Chine.

L’objectif serait de supprimer les frais de transactions imposés par les banques, en plus de faciliter les flux monétaires entre elles.

Pour l’instant, cette devise électronique est connue sous le nom de Digital Currency for Electronic Payment (ou DCEP).

Les géants chinois de la distribution au détail — et les dirigeants de WeChat, équivalent chinois de Facebook — ont été avisés qu’ils seront obligés d’accepter les paiements en DCEP, ce qui en fera la devise électronique la plus acceptée au monde dès qu’elle sera offerte.

Les comptes en DCEP seront des comptes bancaires virtuels qui, à la différence de ceux en Bitcoin, seront garantis par la banque centrale du pays.

Il suffirait que celle-ci crée une carte de débit émise par les institutions bancaires du pays pour que la DCEP entre en compétition, au niveau du commerce de détail, non seulement avec les billets de banque chinois, mais également les cartes de crédit occidentales.

La carte de crédit chinoise UnionPay est déjà acceptée par 54 millions de commerces dans 174 pays. Il n’est pas exclu de penser qu’une carte de débit en DCEP puisse éventuellement la supplanter et menacer la suprématie de VISA et de MasterCard dans la vente au détail partout sur la planète.

Bien plus, il suffira aux employeurs de verser les salaires en DCEP et aux commerçants de l’accepter pour que toutes les succursales bancaires du pays ne servent plus qu’à émettre du crédit.

Si cela devait arriver, cela donnerait à l’État chinois le pouvoir de surveiller directement toutes les transactions financières du pays et de sévir contre les dissidents politiques en gelant leurs avoirs en DCEP.

Mais pourquoi la Chine songe-t-elle à faire de la DCEP une cryotomonnaie alors qu’il est beaucoup plus facile d’en faire une simple monnaie électronique ?

C’est que le principe de l’extraterritorialité des lois américaines repose sur le droit de regard que s’attribuent les États-Unis dès qu’une transaction est libellée en dollars américains.

C’est ainsi qu’en 2018, une dirigeante de Huawei a été arrêtée au Canada parce qu’une succursale de Huawei située à Hong Kong a vendu à une entreprise iranienne des ordinateurs alors que la transaction a été effectuée hors du sol américain. Ce qui viole non pas l’embargo décrété par l’ONU, mais celui décrété par Washington, beaucoup plus sévère. Le tout parce que la transaction était en dollars américains.

En devenant cryptée, la transaction en DCEP devient totalement opaque. L’émetteur peut voir l’argent qui disparait de son compte alors que le destinataire voit l’argent arriver dans le sien sans que personne sache très bien ce qui est survenu entre les deux.

Même si elle devait transiter sur des serveurs américains — autre critère qui justifierait l’extraterritorialité des lois américaines — Washington ne sait pas d’où vient l’argent, à qui elle est destinée et combien d’argent a été transféré.

Non seulement une cryptomonnaie stable dont la valeur est garantie comporte d’énormes avantages, mais elle constitue une menace à la suprématie que possèdent la City de Londres et Wall Street sur l’économie mondiale.

Et ce, en raison de l’incertitude que font planer les États-Unis en s’arrogeant un droit de regard sur la grande majorité des transactions financières effectuées par ces deux capitales financières.

Pour l’instant, rien n’empêcherait ces deux capitales d’offrir des services financiers libellés en DCEP. Mais connaissant Washington, on peut s’attendre à ce que la DCEP soit aussitôt interdite sous le prétexte qu’elle peut servir au blanchiment d’argent (ce qui est vrai aussi pour le Bitcoin). En réalité, la véritable raison sera qu’elle représente une menace à la suprématie américaine.

Concrètement, une telle interdiction signifie que vous et moi ne pourrons pas encaisser des fonds en DCEP dans des banques canadiennes.

À l’heure actuelle, douze pays sont l’objet de sanctions économiques de la part des États-Unis. Ce sont autant de pays qui seront heureux de se joindre à la deuxième économie mondiale (la Chine) pour faire commerce en DCEP.

Références :
A Chinese digital currency is the real threat, not Facebook’s Libra
DCEP: China’s National Digital Currency Overview
La Chine, puissance dominante du bitcoin, la crypto-monnaie libertaire
L’affaire Huawei : dure pour le Canada, la vie de caniche américain
Le chinois UnionPay vient défier Visa et Mastercard en Europe
Les premiers partenaires de la crypto-devise chinoise seraient Alibaba et Tencent
Libra (cryptomonnaie)
Vous pouvez désormais envoyer de l’argent à vos amis sur Facebook Messenger

Paru depuis :
Banque de France vs Facebook : Paris dégaine son propre projet de monnaie dématérialisée (2019-12-09)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le mystère des attaques contre les champs pétroliers saoudiens

22 septembre 2019
Carte régionale

Introduction

Le 14 septembre dernier, la raffinerie d’Abqaiq (également appelée Buqyaq) et le site d’extraction de Khurais ont été les cibles d’attaques revendiquées par des rebelles yéménites appuyés par l’Iran.

Cette raffinerie est responsable d’un premier raffinement qui consiste à abaisser à moins de 0,5 % la quantité du soufre dans le pétrole brut saoudien.

Sur les 12 millions de barils de pétrole que produit quotidiennement le pays, la raffinerie d’Abqaiq en traite 7 millions.

Quant aux champs pétroliers de Khurais, on y extrait 1,5 million de barils de pétrole brut par jour, soit le huitième de la production du pays.

En droit international, ces attaques constituent un Casus belli, c’est-à-dire qu’ils justifient une déclaration de guerre.

Les suspects

Les rebelles yéménites

Il est extrêmement rare que des belligérants s’attribuent le mérite d’un attentat qu’ils n’ont pas commis. Tout simplement parce que cela les priverait de toute crédibilité lorsqu’ils revendiqueraient d’autres attentats qu’ils auraient, ultérieurement, commis réellement.

Mais de nos jours, les guerres n’obéissent plus à aucune loi ni à aucune règle.

Si l’attaque provient du Yémen, cela est très inquiétant.

Ce pays est déchiré par une succession de guerres civiles depuis des décennies.

Le Yémen n’a plus les talents ni les ressources matérielles pour créer de l’armement sophistiqué. Les rebelles qui s’y affrontent dépendent de l’approvisionnement étranger.

Or très peu d’endroits au monde sont l’objet d’une surveillance aussi étroite que la péninsule arabique.

En dépit de cela, si les rebelles ont reçu des missiles de croisière iraniens, ceux-ci sont d’une extrême précision; les 19 missiles ont tous fait mouche, et ce après avoir parcouru 1 700 kilomètres (s’ils ont été tirés de la capitale yéménite).

Mentionnons que la distance entre Téhéran et Jérusalem (les capitales d’Iran et d’Israël) est de 1 936 kilomètres soit à peine plus que la distance parcourue par les missiles impliqués dans ce cas-ci.

Sans mettre en doute les revendications yéménites, envisageons d’autres possibilités.

L’Iran

Depuis des années, l’Arabie saoudite veut que les États-Unis fassent la guerre à l’Iran.

Cette semaine, la dictature saoudienne a présenté des preuves selon lesquelles les missiles auraient été tirés d’Iran et non du Yémen.

Cette thèse a été reprise par certains officiels Américains.

Lundi dernier, sur les ondes de Radio-Canada, le reporter Jean-François Bélanger affirmait : « La piste yéménite n’a convaincu personne à Washington. Les photos satellites, publiées par le Pentagone, semblent indiquer que l’attaque provenait du nord-ouest. Donc de l’Irak ou de l’Iran. Et non du Yémen, au sud

Lieux d’impact de 4 des 19 missiles

À l’appui de cette thèse, le journaliste montrait les photos publiées par le Pentagone dont celle-ci. On y voit clairement que les missiles provenaient effectivement du nord-ouest (sinon de l’ouest). Et on est fasciné par la symétrie et la précision chirurgicale des attaques.

Malheureusement, il suffit de consulter n’importe quelle carte géographique pour voir que l’Iran est au nord-est, et non au nord-ouest, de l’Arabie saoudite.

Dans la carte du début de ce texte, le petit cercle rouge (en haut, à droite) entoure la pétromonarchie insulaire de Bahreïn.

Le Royaume-Uni y possède (ou y construit) une base militaire depuis l’an dernier. Quant aux Américains, ils y stationnent leur 5e Flotte navale.

Celle-ci est un élément-clé du dispositif défensif qui sert de bouclier à l’Arabie saoudite.

Cette base navale veille sur un territoire immense qui couvre le golfe Persique, le canal de Suez, la mer d’Arabie, et le golfe d’Oman.

Tirés d’Iran, des missiles doivent voyager vers la base américaine — voire la survoler à basse altitude — pour finalement atteindre la raffinerie d’Abqaiq, située à seulement 88 km derrière.

Les champs pétroliers de Khurais sont un peu plus loin de la base, à 353 km. Ce qui est quand même relativement proche.

Si effectivement les tirs provenaient d’Iran, personne ne peut plus croire en la protection militaire des États-Unis puisque les Iraniens peuvent s’attaquer à l’Arabie saoudite au nez et à la barbe des Américains.

L’Arabie saoudite

Les États-Unis manipulés par l’Arabie saoudite

Le 31 aout 1939, l’Allemagne nazie simula un incident frontalier qui lui servit de prétexte à l’invasion de la Pologne le lendemain.

De la même manière en 1990, devant une commission du Congrès américain, les États-Unis mirent en scène le témoignage larmoyant d’une jeune infirmière — un témoignage inventé de toutes pièces — afin de rallier la population américaine en faveur de la guerre du Golfe.

Lorsqu’on regarde les points d’impact des missiles de croisière sur les installations pétrolières saoudiennes, ceux-ci sont situés au nord-ouest (sinon à l’ouest). Dans un cas comme dans l’autre, on a affaire à des attaques qui provenaient du territoire saoudien ou qui l’ont traversé d’ouest en est.

Tous ceux qui connaissent bien l’Arabie saoudite n’ont pas de mal à imaginer que cette dictature mafieuse puisse être prête à se priver de milliards$ de revenus pétroliers si cela avait pour effet de provoquer l’entrée en guerre des États-Unis contre l’Iran.

Références :
Affaire des couveuses au Koweït
Attaques en Arabie saoudite: Pompeo évoque un «acte de guerre» de l’Iran
Bahreïn, puissante mais calme base navale dans le Golfe persique
2019 Abqaiq–Khurais attack
Everything you need to know about the Saudi Arabia oil attacks
Le Royaume-Uni ouvre une base militaire à Bahreïn
Opération Himmler
Saudi Arabia oil attack: Trump hints at action as US points finger at Iran
Who Was Behind the Saudi Oil Attack? What the Evidence Shows

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Chine ou États-Unis, lequel est plus dangereux ?

11 août 2019

La Chine, bientôt première puissance mondiale

Pendant plus de mille ans, la première puissance mondiale fut la Chine. À cette époque, les caravaniers et les marins transportaient les épices, la soie et la porcelaine chinoises aux quatre coins du monde.

En 1820, au sommet de sa puissance, le produit intérieur brut de la Chine représentait 32,9 % de l’économie mondiale. Comparativement, les États-Unis représentent de nos jours un peu moins de 20 % de l’économie mondiale.

En 1870, grâce à l’invention de la machine à vapeur et au pillage des richesses de leurs colonies, les pays européens étaient devenus les plus riches du monde.

L’hégémonie de la Chine

À l’époque où la Chine dominait le monde, celle-ci n’a jamais cherché à exporter son modèle hiérarchisé d’organisation sociale — Empereur, mandarins, fonctionnaires choisis par examens parmi les lettrés — mais s’est plutôt contentée de s’enrichir aux dépens de ses clients.

La Chine n’a cherché à exporter son mode de gouvernement que sous Mao Zedong. C’est sous son règne que la Chine s’est emparée du Tibet.

Aux autres époques, lorsque le territoire chinois s’est agrandi, c’était toujours lorsque des peuples voisins ont fait la conquête de la Chine et non l’inverse puisque la Chine n’a jamais gagné une seule guerre de son histoire.

Jusqu’aux guerres de l’opium (au XIXe siècle), les envahisseurs de la Chine étaient toujours assimilés par ce pays, émerveillés par sa civilisation au point de devenir plus chinois que les Chinois eux-mêmes.

C’est ainsi que la dernière dynastie chinoise est celle des Qing (1644-1911), d’origine mandchoue et non chinoise.

La revanche chinoise

Deuxième puissance mondiale, la Chine deviendra la première dans quelques années. Doit-on s’en inquiéter ?

Les États-Unis soutiennent que l’émergence de la Chine est basée sur la tromperie et le vol de la propriété intellectuelle détenue par des entreprises occidentales.

Cela a déjà été vrai. Effectivement, pendant des années, les dirigeants occidentaux ont toléré la piraterie chinoise en contrepartie de l’accès au marché de ce pays.

De nos jours, les choses sont plus complexes.

Recherche et développement

Selon le World Intellectual Property Indicators 2012, sur les 2 140 000 millions d’inventions dans le monde en 2011, 526 412 venaient de Chine, soit 24,6 % (en comparaison avec 23,5 % de provenance américaine).

Cette première place, la Chine l’a perdue puis regagnée depuis.

En 2015, le nombre de brevets chinois était supérieur au total des brevets américains, japonais, coréens et européens.

Les études supérieures

Aux États-Unis, il existe un grave problème d’accessibilité économique aux études supérieures. En 2017, les établissements américains d’enseignement supérieur (lycées, universités, écoles spécialisées) ont décerné 3,9 millions de diplômes (dont plus d’un demi-million à des étudiants étrangers).

En 2012, les universités chinoises décernaient 6,2 millions de diplômes, sans compter les 800 000 étudiants chinois diplômés à l’Étranger.

Gaspillage militaire vs investissements structuraux

Les États-Unis ont fait la guerre en Corée de 1950 à 1953.

Ils ont fait la guerre au Vietnam de 1955 à 1975.

Ils ont fait la guerre du Golfe en 1990 et 1991.

Ils ont participé à la guerre au Kosovo en 1998 et 1999.

Ils ont fait la guerre en Afghanistan de 2001 à 2014.

Ils ont fait la guerre en Irak une seconde fois de 2003 à 2011.

Ils ont abattu le régime de Kadhafi en 2011, livrant la Libye au chaos et à l’anarchie depuis.

Ils ont fait la guerre en Syrie depuis 2011.

Et maintenant, ils provoquent l’Iran.

Sans y prendre part directement, ils ont soutenu la guerre Iran-Irak (de 1980 à 1988), les guerres en Yougoslavie (de 1991 à 2001), la guerre en Tchétchénie (de 1994 à 2000), la guerre du Donbass (en Ukraine, depuis 2014).

Bref, selon l’avis de l’ex-président Jimmy Carter, les États-Unis ne sont rien de moins que la nation la plus belliqueuse de l’histoire de l’humanité.

Pendant ce temps, la Chine n’a joué un rôle important que durant la guerre en Corée. Son rôle fut très secondaire ou insignifiant dans les autres conflits.

Conséquemment, depuis 1979, les États-Unis ont dépensé 3 000 milliards de dollars en dépenses militaires.

De son côté, la Chine a construit près de 30 000 km de chemins de fer à grande vitesse, mis sur pied le plus vaste réseau de tours de transmission de téléphonie 5G, construit des ponts, des routes, modernisé ses infrastructures et construit des millions de tours résidentielles (dont beaucoup sont encore inoccupées).

Bref, la Chine a préparé l’avenir.

La guerre économique

Par le biais de décrets présidentiels et le réseau d’espionnage révélé par Edward Snowden, les États-Unis livrent une guerre économique à tous les pays avec lesquels ils font affaire et n’hésitent pas à saboter l’économie de leurs alliés, dont la France.

Pendant ce temps, la Chine utilise la diplomatie et son pouvoir de dépenser pour établir des partenariats économiques en vue de créer une nouvelle route de la soie et déployer sa stratégie dite du ‘Collier de perles’.

Il s’agit de deux aspects d’une même volonté de domination hégémonique par la douceur.

Parallèlement, la Chine est devenue le principal créancier du gouvernement américain, étant détentrice de la majorité des bons du Trésor américain. Or jamais la Chine n’a exigé que les États-Unis deviennent communistes ni exigé qu’ils modifient leur politique étrangère.

Il est douteux que les États-Unis auraient laissé le choix à la Chine si c’était l’inverse.

Un pouvoir autoritaire

Le taux d’incarcération est moindre en Chine qu’aux États-Unis puisque ces derniers ont le taux le plus élevé au monde.

Les États-Unis représentent 5 % de la population mondiale mais abritent 25 % des prisonniers de la planète, soit deux-millions de personnes.

Depuis quelques temps, le États-Unis et les organismes non-gouvernementaux qu’ils financent accusent la Chine d’emprisonner un million d’Ouïghours (musulmans) dans des ‘camps de rééducation’
qui seraient, en réalité, des camps de concentration.

Pour simplifier la discussion, supposons que cela soit vrai. Le nombre de Chinois incarcérés demeure alors inférieur au nombre d’Américains en prison. Quand à la proportion des prisonniers, on doit garder à l’esprit que la Chine est quatre fois plus populeuse que les États-Unis.

D’autre part, lorsque de jeunes enfants sont séparés de leurs mères et meurent en captivité par manque de soin, tout gouvernement qui utilise officieusement ce moyen pour décourager l’immigration clandestine ne peut pas se prétendre champion des droits de la personne.

En somme, il serait temps qu’on réalise que depuis l’élection de Donald Trump, les États-Unis ont emprunté la même pente dangereuse que celle empruntée par l’Allemagne dans les années 1930.

Communiste ou impériale, la Chine a traversé trop de guerres civiles au cours de son histoire pour accepter d’exercer autre chose qu’un pouvoir autoritaire sur son propre peuple.

Si on devait nous dire qu’il existe un gouvernement qui n’hésite pas à crever des yeux, casser des dents, briser des mâchoires et provoquer des commotions cérébrales pour rétablir l’ordre, personne ne serait surpris d’apprendre qu’il s’agisse du gouvernement chinois.

Pourtant c’est précisément ce qu’a fait le gouvernement libéral pour réprimer le Printemps érable au Québec.

Et sans avoir suivi le cas des Gilets jaunes, j’ai cru comprendre que l’État français avait également utilisé des armes à mortalité réduite contre certains de ses citoyens.

En Israël, les soldats tirent sur les manifestants palestiniens avec des balles réelles. L’Espagne n’y va pas de main morte contre l’expression de la démocratie catalane.

Bref, quand il s’agit de rétablir l’ordre, plus un État se sent menacé, plus il réagit de manière autoritaire.

La Chine n’est pas différente.

Conclusion

De toute évidence, la Chine profite de l’attitude belliqueuse et ruineuse des États-Unis pour établir tranquillement les bases de sa puissance industrielle et commerciale.

Que sera son attitude une fois devenue No 1 mondial ? Personne ne le sait.

Tout ce qu’on sait c’est que la Chine sera alors la première puissance économique sans être la première puissance militaire.

Or le pays le plus puissant pourrait être dirigé par quelqu’un psychologiquement instable, atteint de graves problèmes de la personnalité, et dépourvu de scrupule à recourir au mensonge et à la haine afin de parvenir à ses fins.

Bref, si un pays devait déclencher une guerre mondiale d’ici quelques années, ce ne sera pas la Chine.

Références :
Détention d’enfants migrants : une tête tombe en plein scandale aux États-Unis
Carter, Trump, Trudeau et les armes
La Chine championne du monde des dépôts de brevet
La Chine, dragon de l’innovation
Les guerres de l’opium du 19e siècle en Chine
Liste historique des régions et pays par PIB
Nombre de diplômes de l’enseignement supérieur obtenus aux États-Unis entre 1950 et 2029 (en milliers)
Tirs de balles de plastique : attend-on de tuer quelqu’un ?
Universités aux États-Unis

Paru depuis :
Comment peut se terminer la crise à Hong Kong? (2018-08-14)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La guerre d’Iran : la fabrication de l’ennemi

5 août 2019

Le programme nucléaire iranien

La Russie, les États-Unis, la France, la Chine, la Grande-Bretagne, le Pakistan, l’Inde, Israël et depuis peu, la Corée du Nord, forment le club sélect des puissances nucléaires.

Débuté dans les années 1950 grâce à l’appui des États-Unis — à l’époque où l’Iran était un pilier de la défense américaine au Moyen-Orient — le programme nucléaire iranien a connu diverses fortunes; abandonné en 1979, puis repris quelques années plus tard.

La volonté de l’Iran de se doter de l’arme atomique est toutefois devenue impérieuse en 2002 lorsque G.W. Bush a imprudemment associé l’Iran à l’Axe du Mal. Et ce, au moment où il déclarait la guerre à une autre pays membre de ce trio ‘maléfique’.

Implicitement, le message adressé aux deux autres pays était : « Voyez le sort qui vous attend.». Un message très bien compris par l’Iran et la Corée du Nord qui ont immédiatement accéléré leur programme nucléaire.

Éviter la contagion

Malheureusement, dans la poudrière qu’est le Moyen-Orient, si l’Iran acquiert la bombe, son ennemi juré, l’Arabie Saoudite, voudra également se doter de la sienne.

Et qui dit que le Qatar, en conflit avec l’Arabie Saoudite, ne voudra pas se protéger de son voisin belliqueux en faisant pareil.

Il n’y a pas pire cauchemar que de penser que la dictature mafieuse d’Arabie Saoudite puisse se doter du pouvoir d’anéantir tous les mécréants de la terre.

L’émission Enquête de Radio-Canada révélait que les petits Saoudiens apprennent à l’école qu’il faut tuer les Juifs, les Chiites et les Chrétiens.

Il est donc inconcevable que l’Arabie Saoudite ait l’arme nucléaire; voilà pourquoi l’Iran ne doit pas l’avoir non plus.

Afin de dissuader l’Iran d’aller de l’avant, les États-Unis et l’Union européenne ont adopté un certain nombre de sanctions économiques.

Parallèlement, ils ont entamé des négociations en vue de lever ces sanctions en contrepartie de concessions importantes de la part de l’Iran.

Cette stratégie a porté ses fruits puisqu’en juillet 2015, les États-Unis, la Russie, la Chine, la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, l’Union européenne et l’Iran signaient l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien.

Devant le fait accompli, les pays occidentaux acceptent finalement la présence d’une activité nucléaire civile puisque la centrale iranienne de Bouchehr produit déjà de l’énergie électrique à partir de l’uranium.

En contrepartie, l’Iran accepte d’être soumis aux inspections de l’Agence internationale d’énergie atomique (qui dépend de l’ONU), de diminuer le nombre des centrifugeuses qui enrichissent l’uranium, et de limiter ses stocks d’uranium enrichi de même que de plutonium.

Malheureusement, en mai 2018, Donald Trump reniait la parole des États-Unis et choisissait de maintenir les sanctions américaines. Et ce, en exigeant que l’Iran continuât de respecter l’entente comme si de rien n’était.

Quelques jours plus tard, le secrétaire d’État américain réclamait de nouvelles conditions qui ne font pas partie de l’accord de 2015; l’arrêt total de l’enrichissement d’uranium (même à des fins civiles), l’arrêt des menaces contre Israël, le retrait des troupes iraniennes de Syrie, l’arrêt du soutien aux rebelles yéménites, au Hezbollah libanais, et au Hamas palestinien.

En octobre 2018, les quinze juges de la plus haute instance judiciaire des Nations Unies décidaient unanimement que certaines des sanctions américaines contre l’Iran étaient illégales: celles qui concernent la vente de médicaments, de matériel médical, de denrées alimentaires et de produits agricoles, de même que les transactions financières qui les concernent.

Aussitôt, les États-Unis ont réitéré leur refus de reconnaitre l’autorité de la Cour internationale de justice, tout en accusant par ailleurs l’Iran de violer le droit international…

En juin 2019, plusieurs pétroliers ont été victimes d’attaques de drones dans le golfe Persique.

Les pays limitrophes du golfe Persique ont les moyens de faire sombrer n’importe quel pétrolier au large de leurs côtes. Si ces navires n’ont subi que des dommages mineurs, c’est qu’il s’agit d’une tentative de manipulation de l’opinion publique. Par qui ? Par les pays qui veulent la guerre, évidemment.

Le 10 juillet, les États-Unis demandaient aux pays européens de former une coalition afin de garantir la liberté de navigation dans le golfe Persique.

Les dirigeants européens ont très bien deviné qu’il s’agit-là d’un piège destiné à ce qu’ils mettent la main dans un engrenage conflictuel dont l’issue est incertaine; conséquemment, ils ont donc poliment décliné l’invitation.

Afin de faire monter la tension, la Grande-Bretagne saisissait le lendemain à Gibraltar un pétrolier soupçonné de transporter 2,1 millions de barils de brut iranien vers la Syrie.

Londres invoque les sanctions économiques européennes contre la Syrie (et non contre l’Iran) pour justifier cette arrestation.

En réalité, ni l’ONU ni l’Union européenne n’ont décidé d’un blocus économique contre la Syrie.

En d’autres mots, les sanctions européennes contre la Syrie ne concernent que les acheteurs européens (ou les acheteurs étrangers en sol européen) qui font commerce avec la Syrie.

L’Union européenne ne prétend pas à l’extraterritorialité de ses lois. Donc, le commerce bilatéral entre l’Iran et la Syrie n’est pas soumis aux lois européennes.

La saisie du pétrolier iranien par Londres est une pure provocation, à la fois dépourvue de base juridique, et typique d’une politique de fabrication de l’ennemi.

Le 14 juillet, Téhéran répliquait en saisissant un navire-citerne battant pavillon panaméen (le Mt Riah). Puis le 19 juillet, un pétrolier suédois battant pavillon britannique (le Stena Impero).

Hier matin, l’Iran saisissait un troisième pétrolier (d’appartenance inconnue pour l’instant).

Conclusion

Collectivement, les Anglo-Saxons sont les Vikings des temps modernes; un peuple qui détruit, qui pille, qui vole, qui tue, qui impose sa loi aux peuples inféodés à sa puissance militaire et qui aspire à exercer une hégémonie mondiale.

Les conflits armés que ces deux pays prédateurs déclenchent de plus en plus fréquemment — en Libye, en Syrie, en Irak et maintenant en Iran — contribuent à maintenir bas le prix des hydrocarbures puisque tout pays producteur de pétrole maximisera sa production afin de soutenir l’effort de guerre, puis pour reconstruire le pays dévasté une fois la guerre finie.

L’abondance de l’offre entraine la baisse du prix des hydrocarbures et évite ainsi la reconversion douloureuse d’une économie énergivore comme celle des États-Unis.

De plus, l’insécurité créée par leurs guerres motivent les pays voisins à acheter de l’équipement militaire principalement auprès du complexe militaro-industriel américain.

Or ce complexe est un cancer, réclamant toujours de nouvelles guerres afin de maintenir l’emploi.

Même quand la guerre en Syrie n’est pas complètement terminée, il faut susciter un nouveau conflit pour éviter un ralentissement économique et détourner l’attention du peuple américain de la stagnation de ses revenus alors que se creusent les inégalités sociales depuis 1980.

Références :
Accord de Vienne sur le nucléaire iranien
Au nom de la loi… américaine
Aux Etats-Unis, l’Etat laisse filer les inégalités
Carter, Trump, Trudeau et les armes
Décision de la Cour internationale de Justice
Deux pétroliers attaqués dans le golfe d’Oman
L’affaire Huawei : dure pour le Canada, la vie de caniche américain
L’Iran saisit un troisième pétrolier en moins d’un mois
Pétrolier iranien arraisonné à Gibraltar: le capitaine arrêté
Programme nucléaire de l’Iran
Résumé de géopolitique mondiale (2e partie et fin)
Sanctions contre l’Iran
Sanctions contre l’Iran : la Cour internationale de justice rappelle à l’ordre les États-Unis
Washington veut une coalition pour protéger la navigation dans le golfe Persique

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La revue de géopolitique par Alain Juillet

3 août 2019

 

Cliquez sur l’image pour démarrer

Alain Juillet est un ancien directeur du renseignement de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE).

En d’autres mots, il était l’homologue (ou l’équivalent français) du directeur de la CIA.

Voici l’entrevue d’un peu plus de deux heures qu’il donnait à la chaine Thinkerview, une entrevue qui portait principalement sur sa vision des conflits internationaux.

Parmi les sujets abordés :
• la guerre d’Irak,
• la guerre de Yougoslavie,
• la Palestine,
• la Jordanie,
• Daech,
• la fin du dollar,
• Edward Snowden,
• le scandale Alstom,
• importance du Golan.

Il est à noter que l’ex-chef du renseignement français affirme — de 38:14 à 40:01 — que la guerre en Syrie a été provoquée par le refus de Bachar el-Assad d’autoriser le passage d’un gazoduc qatari sur son territoire, une thèse défendue sur ce blogue depuis 2015.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le rideau de fer technologique

23 mai 2019
Huawei P40 Pro

Le 15 mai dernier, Donald Trump signait un décret présidentiel qui a eu pour conséquence de placer Huawei — le deuxième fabricant mondial de téléphones multifonctionnels — sur la liste des ‘entités’ avec lesquels les compagnies américaines ne peuvent commercer à moins d’une autorisation spéciale de Washington.

L’interdiction s’étend à la vente de brevets et au transfert technologique, dont les microprocesseurs des appareils mobiles de Huawei, basés sur l’architecture ARM, brevetée aux États-Unis.

Depuis, une cascade d’entreprises américaines ont annoncé la rupture de leurs liens commerciaux avec Huawei.

Selon le Washington Post, la fabrication des téléphones de Huawei nécessite la contribution d’une trentaine de compagnies américaines.

Cette contribution peut être matérielle, mais également logicielle.

C’est ainsi que les prochaines versions du système d’exploitation Android™ refuseront de s’installer sur les appareils Huawei. De plus, l’utilisateur ne pourra pas accéder à Gmail (le module de messagerie), à YouTube, à Google Maps, et au magasin Google Play.

Puisqu’Android™ est du logiciel libre, Huawei pourra facilement retirer les entraves du code source et créer sa variante parfaitement compatible avec ses téléphones comme elle le fait déjà sur ses modèles actuels.

En Chine, WeChat remplace déjà Gmail, Youku se substitue à YouTube et Baidu est le moteur de recherche national.

Mais Huawei n’a pas d’équivalent aux services logiciels de Google sur les marchés autres que chinois. À titre d’exemple, il sera difficile de convaincre un acheteur européen que Youku (où tout est ‘du chinois’) est aussi intéressant que YouTube.

Plus fondamentalement, rien n’égale la richesse du catalogue de Google Play. En raison de ses 2,5 millions d’applications, certains experts croient que Huawei mettra des années à créer une boutique aussi riche.

Mais la Chine pourrait nous étonner. Chez Huawei, quatre-vingt-dix-mille personnes travaillent en recherche et développement. La compagnie possède son propre campus universitaire à 27 km de Hong Kong.

Huawei n’a pas besoin de créer sa propre version de toutes les applications offertes sur Google Play. D’ailleurs, si la firme américaine purgeait de son catalogue les applications les moins populaires pour n’en laisser qu’un millier, peu de gens s’en rendraient compte.

L’actuel plan quinquennal de la Chine prévoit des investissements de 400 milliards$ uniquement pour la mise au point du 5G.

Non seulement ce pays produit 90% des terres rares essentielles aux appareils mobiles, mais la Chine détient 40% de tous les brevets-clés qui sont nécessaires au 5G.

En raison de ce pouvoir de marchandage, la Chine ne se laissera pas faire.

L’interdiction des transferts technologiques pénalise autant les entreprises américaines que chinoises. En fait, cela paralyse toute l’industrie.

Le rideau de fer technologique que Donald Trump dresse afin de protéger les États-Unis de la Chine subira le même sort que le rideau de fer qui devait protéger la Russie de l’influence occidentale.

Références :
A deeper tech concern is at the core of the U.S.-Huawei spat
Inside Huawei – a photo essay
L’affaire Huawei : dure pour le Canada, la vie de caniche américain
La téléphonie 5G : l’Asie contre les États-Unis
Le fabricant de processeurs ARM coupe les ponts avec Huawei
Rettino-Parazelli K. Le protectionnisme numérique. Forces 2018; no 194: 24-7.
Réseau 5G: Huawei espère encore convaincre le Canada
The Trump administration owes the public answers about its restrictions on Huawei
Trump declares national emergency over threats against US technology amid campaign against Huawei

Paru depuis :
Huawei lance son premier téléphone «zéro Google» (2019-09-20)

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 25mm F/1,2 — 1/60 sec. — F/5,6 — ISO 800 — 25 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La téléphonie 5G : l’Asie contre les États-Unis

9 mai 2019

 
Les communications, une priorité chinoise

Pour la première fois en 2011, la Chine s’est classée au premier rang mondial quant au nombre de demandes de brevets.

Selon le World Intellectual Property Indicators 2012, sur les 2 140 000 millions d’inventions dans le monde en 2011, 526 412 venaient de Chine, soit 24,6 % (en comparaison avec 23,5 % de provenance américaine).

Cette première place, la Chine l’a perdue puis regagnée depuis.

En 2015, le nombre de brevets chinois était supérieur au total des brevets américains, japonais, coréens et européens.

En Chine, le Treizième plan quinquennal de développement s’étend de 2016 à 2020. Il place le secteur des communications au niveau des grandes priorités nationales.

Il est donc normal qu’un jour, la technologie chinoise dépasse la technologie américaine dans certains domaines. C’est le cas aujourd’hui de la téléphonie mobile.

Après des investissements de l’ordre de 17,5 milliards$US depuis 2015, le réseau téléphonique chinois possède déjà la densité nécessaire à l’acheminement de quantités massives de données, comme c’est le cas en 5G.

Par kilomètre carré, il y a 1,37 tour Wifi (de relai ou de diffusion) en territoire chinois et 0,10 tour (treize fois moins) en territoire américain.

Bref, au niveau de l’acheminement des données sur son territoire, la Chine est plusieurs années en avance sur les États-Unis.

Les générations de la téléphonie mobile

La première génération de la téléphonie mobile (nommée 1G à postériori), débute avec la naissance du téléphone portable.

Les autres générations sont les suivantes :
• la 2G ajoutait le pouvoir d’échanger des textos,
• la 3G donnait accès à l’internet,
• la 4G augmentait la bande passante de manière à permettre la diffusion de vidéos en continu,
• la 5G devrait être environ cent fois plus rapide que la 4G.

Cette augmentation de la vitesse de transmission est liée à la rapidité des puces électroniques qui équipent le matériel téléphonique.

Ce matériel, c’est à la fois celui des réseaux téléphoniques (qui doivent avoir la puissance nécessaire) et les téléphones portables (qui doivent être capables de recevoir brutalement toutes ces données).

Les problèmes d’Apple

Jusqu’ici, Intel fabriquait les puces à modem des iPhone. Mais le 16 avril dernier, Intel abandonnait la course et renonçait à fabriquer des puces 5G.

Ce qui rend impossible le développement d’un iPhone 5G sans qu’Apple se trouve un nouveau fournisseur.

Or ils sont rares : ce sont l’américaine Qualcommm (chef mondial du 5G), la coréenne Samsung, et la chinoise Huawei.

Les deux derniers, Samsung et Huawei, sont aussi des fabricants de téléphones portables et donc, des compétiteurs directs d’Apple.

Quant à Qualcomm, un différend l’opposait à Apple jusqu’ici; Qualcomm poursuivait Apple, accusant celui-ci d’avoir violé ses brevets sur tous les modèles actuels d’iPhone.

Le 16 avril dernier, Apple et Qualcomm enterraient la hache de guerre. Coïncidence; c’était le jour où Intel décidait de jeter la serviette au sujet du 5G.

Mais Qualcomm vend ses puces chères. Plus chères que les autres. Et Apple, à genoux devant Qualcomm, n’est pas en position de forcer Qualcomm à baisser ses prix.

Le résultat final de tout cela, c’est qu’Apple traine la patte dans le développement des téléphones portables 5G.

Partie nulle, pour l’instant

Dans la course technologique qui les oppose, les États-Unis sont encore les chefs mondiaux dans la fabrication des puces 5G.

Pour ce qui est de l’équipement des réseaux téléphoniques, Huawei devrait continuer de dominer le marché en dépit des nuisances de Donald Trump.

Quant aux téléphones portables, les États-Unis doivent accuser leur retard; Apple sortira ses iPhones 5G des mois après ses concurrents asiatiques.

C’était à prévoir…

Références :
A deeper tech concern is at the core of the U.S.-Huawei spat
Apple had four terrible options to get the iPhone to 5G, so it went with the least of all evils
Chine vs Etats-Unis : qui gagne la course technologique ?
5G
Intel se retire du marché des puces 5G pour téléphones intelligents
La Chine, dragon de l’innovation
La Chine championne du monde des dépôts de brevet
La 5G, ou la promesse de la communication entre machines
Rettino-Parazelli K. Le protectionnisme numérique. Forces 2018; no 194: 24-7.
Les priorités de la Chine dans le cadre d’un accord de libre-échange avec le Canada
World Intellectual Property Indicators 2012

Paru depuis :
5G: Samsung fait son entrée au Canada grâce à Vidéotron (2019-12-13)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Au sujet du Mali

3 mai 2019


 
Le quotidien Le Devoir publie ce matin un plaidoyer en faveur du maintien d’une présence militaire canadienne au Mali.

Ce plaidoyer est écrit par Louis de Lorimier. Encore récemment, celui-ci occupait le poste d’ambassadeur canadien au Mali.

L’auteur souligne l’importance de sécuriser cette région du monde où sévissent des groupes terroristes. Il implore le gouvernement canadien de revenir sur sa décision d’interrompre après un an sa participation à la mission des Casques bleus de l’ONU au Nord-Mali.

On trouvera ci-dessous le commentaire que j’ai publié en réponse au texte de M. de Lorimier.


Le mirage d’un ex-ambassadeur
 
Les problèmes sécuritaires du Mali tirent leur origine du renversement en Libye de Kadhafi par l’OTAN.

À cette occasion, la Grande-Bretagne et la France, au nom de l’OTAN, ont déversé des millions de dollars d’armes qui, une fois Kadhafi assassiné, se sont dispersés dans la nature au fur et à mesure que les mercenaires-amis sont rentrés dans leurs pays respectifs.

C’est ainsi que des tribus nomades, armées lourdement par l’OTAN, ont vendu leurs armes aux plus offrants, dont des milices islamistes du Mali.

Permettez-moi, monsieur l’ex-ambassadeur, de vous poser deux questions.

En tant que membre de l’OTAN, le Canada a-t-il vu plus loin que le bout de son nez en votant en faveur du renversement par les armes du dictateur libyen ?

D’où vient cette manie de nous faire croire que nous avons le devoir de réparer les pots cassés par nos alliés ?

La guerre est couteuse. Le meilleur moyen d’inciter des pays producteurs de pétrole — la Libye en faisait partie — à produire au maximum, c’est d’y foutre le bordel.

Les guerres provoquées par les pays producteurs d’armements visent à maintenir bas le prix des hydrocarbures.

Et ce prix bas, c’est ce qui fait perdurer des habitudes de consommation qui sont en train de détruire la planète.

Je ne vous cacherai pas que je suis de plus en plus ulcéré de lire des plaidoyers en faveur des ‘missions’ canadiennes à l’étranger au cours desquels le Canada n’est que le complice des guerres prédatrices de l’Occident.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Syrie : Terroristes à donner

28 février 2019

Introduction

À l’appel, entre autres, de l’État islamique, des milliers de mercenaires étrangers sont venus combattre en Syrie.

Maintenant que la guerre y tire à sa fin se pose la délicate question de savoir quel sort doit être réservé aux mercenaires (et leurs familles) qui ont survécu au conflit.

Rappel afghan

À la fin officielle de la guerre en Afghanistan, l’armée du Nord — victorieuse, grâce à l’appui des Américains — avait désarmé et renvoyé dans leurs villages respectifs les Talibans afghans capturés.

Pour les vainqueurs, leurs concitoyens étaient essentiellement de pauvres jeunes paysans enrôlés par des fanatiques financés de l’Étranger.

Quant aux autres Talibans prisonniers, reconnaissables à leur langue ou leur accent, la très grande majorité d’entre eux furent massacrés.

Ce massacre se déroula en deux étapes :
• à l’occasion d’une mutinerie à la prison de Qalat-e-Janhi, où environ 470 Talibans trouvèrent la mort, et
• le transport à la forteresse de Kalai Zeini de cinq-mille Talibans étrangers sous le soleil de plomb de l’Afghanistan.

Ceux-ci étaient entassés dans des conteneurs à l’intérieur desquels la presque totalité d’entre eux sont morts d’hyperthermie et de déshydratation. Les rares survivants ont succombé aux mauvais traitements infligés une fois rendus à destination.

À l’heure actuelle, le sort qui attend les prisonniers en Syrie est incertain.

La politique américaine à ce sujet

Le 16 février dernier, Donald Trump a été clair : les pays européens doivent rapatrier et juger 800 de leurs ressortissants capturés en Syrie.

Mais cinq jours plus tard, le président américain s’opposait au retour aux États-Unis d’une Américaine ayant rejoint l’État islamique en 2014.

Comme souvent, le message américain est : faites ce que je dis et non ce que je fais.

La politique française

Lors de la reconquête de Mossoul (la deuxième ville d’Irak), 1 200 membres des forces spéciales françaises ont rémunéré des soldats irakiens afin qu’ils traquent et exécutent les mercenaires français dotés de pouvoirs de commandement au sein de l’État islamique.

À cette fin, les militaires français leur ont fourni les noms (et noms de guerre) d’une trentaine de Français recherchés, de même que les photos de quelques-uns d’entre eux.

Ceci est en Irak. Mais qu’en est-il en Syrie, où se trouve la grande majorité des djihadistes français toujours en vie ?

En octobre dernier, les forces kurdes de Syrie ont fait savoir aux pays occidentaux que l’emprisonnement des mercenaires étrangers représentait un fardeau financier et qu’à défaut d’être pris en charge par leurs gouvernements respectifs, ces centaines de terroristes seraient remis en liberté.

Cela deviendrait inévitable si la Turquie devait profiter du retrait américain pour lancer une vaste offensive contre les forces kurdes de Syrie. La défense de leurs installations carcérales deviendrait alors le moindre de leurs soucis.

Les prisons kurdes comptent 800 hommes étrangers, 700 femmes et 1 500 enfants.

Légalement, le seul pays qui a autorité pour juger ces mercenaires, c’est celui où leurs crimes ont été commis, soit la Syrie.

Au cours de cette guerre, la France a violé à de multiples reprises l’espace aérien syrien, a bombardé ce pays et y a soutenu les forces rebelles. Bref, la France est ennemie du gouvernement syrien actuel.

On voit mal ce qui motiverait le régime de Bachar el-Assad à rendre service à la France en acceptant de juger ses ressortissants

Voilà pourquoi la France procède à des négociations avec l’Irak pour que ce pays accepte de les prendre en charge et de les juger.

Aux défenseurs des droits de la personne qui s’inquiètent d’une possible condamnation à la peine de mort en Irak, Paris affirme que la France interviendra alors auprès des autorités pour demander — du bout des lèvres, évidemment — que cette peine ne soit pas exécutée.

Tout cela est un peu académique puisqu’il est douteux que les tribunaux irakiens aient autorité pour sanctionner des crimes commis hors des frontières du pays.

La politique britannique

On compte au moins 700 citoyens britanniques partis vers la Syrie ou l’Irak, dont environ 300 en sont revenus.

Dans 90 % des cas, les tribunaux britanniques innocentent les djihadistes pour insuffisance de preuve.

Conséquemment, Londres estime que ses ressortissants doivent être jugés dans la région où leurs crimes ont été commis.

Et tout comme la France, la Grande-Bretagne s’est préparée à la fin de la guerre.

Plutôt que des assassinats ciblés, Londres a choisi la déchéance de citoyenneté comme moyen d’empêcher les djihadistes anglais de revenir chez eux.

Le droit international interdit la déchéance de citoyenneté lorsqu’elle crée des êtres apatrides. Seules les personnes qui ont plusieurs nationalités peuvent être déchues de l’une d’entre elles.

D’où l’intérêt de se hâter à déchoir. Depuis 2016, la Grande-Bretagne a déchu de leur citoyenneté environ 120 de ses ressortissants. C’est ça de moins au pays.

En comparaison, l’Italie a retiré la citoyenneté italienne à environ deux-cents personnes.

La politique canadienne

Pour revenir au pays, les djihadistes canadiens ont besoin d’un nouveau passeport puisque celui qu’ils avaient à leur arrivée en Syrie a été confisqué par Daech (afin d’empêcher les désertions).

Pour rentrer au pays, le djihadiste doit non seulement s’enfuir du califat, mais contacter une ambassade ou un consulat canadien afin d’obtenir un nouveau passeport qui lui permettra d’acheter un billet d’avion pour le Canada.

Le pays est tenu d’honorer toute demande de ses ressortissants en vertu de ses obligations internationales.

La soixantaine de djihadistes canadiens qui l’ont fait ne sont que la pointe de l’iceberg. Leur nombre n’a pas augmenté en 2017, ce qui témoigne en réalité des difficultés à s’échapper du califat encerclé.

Une bonne partie de ceux qui y sont encore mourront probablement les armes à la main.

Le nombre de djihadistes à rapatrier devait augmenter substantiellement après la chute d’Idlib.

Devenue une prison à ciel ouvert, cette province syrienne accueille depuis des années des milliers de djihadistes encerclés qui ont accepté de quitter les lieux pour Idlib à chaque fois que l’ONU négociait une trêve.

Après avoir laissé ces milices s’entretuer entre elles, l’Occident a eu la surprise de voir Al Qaïda prendre le contrôle d’Idlib le mois dernier.

Le jour où l’assaut sera donné par les forces gouvernementales et leurs alliés, un nombre inconnu de djihadistes canadiens seront capturés et s’ajouteront à ceux qui devront être jugés quelque part.

Un seul djihadiste canadien qui rentre au pays pour y commettre un attentat terroriste est un djihadiste de trop.

Le mirage d’un procès juste au pays

Au Québec, la Direction des poursuites criminelles et pénales (DPCP) n’a pas réussi à réunir suffisamment de preuves pour obtenir la condamnation d’un seul des dirigeants d’une compagnie ferroviaire qui a tué 47 personnes à Lac-Mégantic.

On peut donc douter que la DPCP soit capable de réunir suffisamment de preuves pour faire condamner n’importe quel djihadiste qui a commis ses méfaits à des milliers de kilomètres d’ici.

Il s’agit ici de preuves qu’il faudrait obtenir de témoins qui parlent kurde ou arable. Et auprès de gens qui pourraient être réticents à venir témoigner au Québec, le premier endroit en Occident où des Musulmans en prière se font tirer dans le dos.

Seul un procès dans le pays où les crimes ont été commis peut se dérouler normalement.

Un citoyen canadien qui commet un homicide aux États-Unis est passible de la peine de mort. S’il commet le même crime en Irak, c’est pareil. Où est le problème ?

L’idée de rapatrier les djihadistes pour les juger ici est d’autant plus difficile à justifier lorsqu’on tient compte de l’engorgement des tribunaux canadiens.

En prison, les accusés auront tout le temps de faire des convertis à leur cause.

Pour chaque procès finalement avorté contre un djihadiste au Canada, on retarde l’ensemble des causes en attente. Et certains malfaiteurs profiteront de l’arrêt Jordan pour obtenir l’abandon de toutes les procédures contre eux.

Bref, rapatrier les djihadistes canadiens est une très mauvaise idée.

Références :
Donald Trump demande aux Européens de rapatrier leurs jihadistes prisonniers en Syrie
En Irak, le sort des djihadistes français “est plus diplomatique que juridique”
France’s Special Forces Hunt French Militants Fighting for Islamic State
La Belgique pourra expulser vers le Maroc Malika El-Aroud, « la veuve noire du djihad »
La voie à suivre
Le Canada sommé de rapatrier ses djihadistes
Le sort des djihadistes français en Irak
L’Europe divisée sur le sort de ses ressortissants partis rejoindre l’Etat islamique en Syrie
Massacre de Dasht-i Leili
Ottawa n’appréhende pas de retour massif de djihadistes
Sidération à Idlib après la conquête éclair des djihadistes
Trump demande aux alliés européens de rapatrier leurs ressortissants retenus en Syrie
Trump s’oppose au retour au pays d’une femme ayant rejoint l’EI
Who has been stripped of UK citizenship before Shamima Begum?

Parus depuis :
Les pays nordiques opposés au retour des djihadistes (2019-03-05)
Comment gérer le retour des combattants partis en Syrie? (2019-03-16)
Le Danemark aurait préféré voir ses djihadistes mourir en Syrie (2019-03-27)

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| Guerre en Syrie, Politique canadienne, Sécurité, Terrorisme | Mots-clés : , , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


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