Ceuta : un complot contre le gouvernement Sánchez

Publié le 27 septembre 2026 | Temps de lecture : 9 minutes

Introduction

Ceuta est une presqu’ile africaine qui fait face au détroit de Gibraltar. Ancienne possession espagnole, il est revendiqué par le Maroc.

Chaque année, des centaines de personnes tentent de franchir la frontière marocco-espagnole de Ceuta. Toutefois, le mois dernier, plus de soixante-mille personnes (surtout des jeunes hommes) ont tenté à la nage d’attendre Ceuta à partir du Maroc en contournant ses obstacles frontaliers. Plusieurs dizaines d’entre eux en sont morts noyés.

Rapidement, ce flux migratoire soudain s’est transformé en crise internationale.

Le contexte

• Les relations entre le Maroc et les États-Unis

Le Sahara occidental est un vaste territoire situé au sud du Maroc que celui-ci revendique (et occupe à 80 %).

Depuis plusieurs décennies, un groupe armé, soutenu par l’Algérie, y livre une guerre d’indépendance.

Le 10 décembre 2020, Donald Trump a mis tout le poids diplomatique des États-Unis en faveur du Maroc en reconnaissant la souveraineté du Maroc sur ce territoire. Aussitôt Israël et un certain nombre de pays occidentaux (dont la France) se sont rangés derrière la position américaine.

Depuis, le Maroc est un allié inconditionnel des États-Unis.

• Les relations entre le Maroc et Israël

En 2019, la firme israélienne NSO Group a permis au Maroc d’utiliser son logiciel Pegasus pour espionner les téléphones d’Emmanuel Macron, du premier ministre français, de quatorze membres du gouvernement et de plusieurs proches du chef de l’État.

À l’époque, la France soutenait encore la position algérienne au sujet du Sahara occidental contre celle du Maroc. Cela a également permis au Maroc de recueillir des informations sur l’utilisation de la cocaïne au sein des plus hautes sphères du pouvoir politique français.

En décembre 2020, le Maroc est devenu un des premiers signataires des accords d’Abraham (après les Émirats, Bahreïn et le Soudan).

Dès l’année suivante, le Maroc et Israël entament une coopération militaire qui s’est considérablement renforcée depuis.

Peu importe le sort réservé par Israël aux Palestiniens, le Maroc est aveuglément un des rares alliés sur lesquels Israël peut compter au sein des pays à la fois arabes et musulmans.

• Les relations entre l’Espagne et Israël

Depuis l’élection de Pedro Sánchez, dire que les relations entre l’Israël et l’Espagne se sont dégradées est un euphémisme.

Le 28 mai 2024, l’Espagne, l’Irlande et la Norvège ont été les premiers membres de l’Otan à reconnaitre l’État de la Palestine.

En plus, en septembre 2025, l’Espagne a décrété :
• l’interdiction de la vente d’armement espagnol à Israël,
• l’interdiction du transit de matériel militaire à destination d’Israël par les ports et l’espace aérien espagnol, et
• l’interdiction de l’importation de la production agricole des colonies juives de Cisjordanie.

Pour le gouvernement israélien, les sanctions espagnoles équivalent à une déclaration de guerre économique.

• Les relations entre l’Espagne et les États-Unis

De tous les gouvernements occidentaux, c’est l’Espagne qui a condamné le plus fermement la guerre ‘illégale’ des États-Unis et d’Israël contre l’Iran.

Au point d’interdire aux avions et aux navires américains à destination du Moyen-Orient de se ravitailler en Espagne.

Sur une mappemonde aplatie, la distance entre les États-Unis et l’Espagne est proche de celle entre les États-Unis et le reste de l’Europe continentale.

Toutefois sur un globe terrestre, ce n’est pas le cas. Si bien que la fermeture de l’espace aérien espagnol pose des problèmes logistiques qui compliquent le travail de l’armée américaine.

L’organisation du transport vers Ceuta

À la mi-juillet, des milliers de messages sur TikTok et sur Discord ont relayé l’information selon laquelle il suffisait de mettre le pied à Ceuta pour se trouver en territoire européen.

En somme, que Ceuta était le chemin Roxham de l’Europe.

Aux alentours de Ceuta, on trouve des agglomérations à partir desquels il est difficile de mobiliser une foule de 70 000 jeunes. Comme la ville de Fnideq, à six kilomètres, peuplée de 91 mille habitants.

Ce sont essentiellement les villes de Tétouan (à 35 km) et de Tanger (à 46 km) — peuplées respectivement par un demi-million et par 1,3 million d’habitants — qui ont constitué les bassins de population à partir desquels ces 70 000 jeunes se sont mobilisés.

Ces jeunes n’ont pas parcouru cette distance à pied ou par des moyens de transports (vélo ou automobile) qu’ils auraient dû abandonner à la frontière; ils n’ont pu se rendre à Ceuta que par des moyens du transport mis sur pied de concert avec la diffusion des rumeurs sur les médias sociaux.

C’est ce qui a rendu cette opération migratoire si soudaine et si efficace.

L’ingérence européenne dans les affaires intérieures de l’Espagne

La gestion de la crise de Ceuta par le gouvernement Sánchez a suscité évidemment la critique des partis d’opposition.

Mais elle a également mobilisé les vassaux de Washington et les alliés militaires d’Israël en Europe.

Le 31 juillet, au maximum de la crise, Emmanuel Macron faisait savoir qu’il avait demandé à son ministre de l’Intérieur de renforcer les contrôles à la frontière avec l’Espagne. Comme si les migrants de Ceuta se trouvaient en Espagne continentale et étaient donc susceptibles d’envahir la France.

En réalité, Ceuta est un cul-de-sac migratoire, séparé du continent européen par le détroit de Gibraltar. Précisons que l’Espagne n’a pas laissé à Ceuta se développer l’industrie des passeurs de migrants comme la Turquie l’a fait au cours de la guerre en Syrie.

Ici, ce que Macron fait, c’est de s’immiscer dans les affaires internes de l’Espagne.

Comme il l’a fait en Géorgie en appuyant la tentative (ratée) de coup d’État de Salomé Zourabichvili, en faisant invalider les élections présidentielles en Roumanie, et en appuyant publiquement la présidente sortante à trois semaines des élections moldaves.

De leur côté, le même jour, la présidente italienne et le ministre finlandais de l’Intérieur menaçaient d’exclure l’Espagne de la zone territoriale à l’intérieur de laquelle prévaut la libre circulation des personnes en Europe.

À l’initiative de la présidente italienne, vingt-deux membres de l’Union européenne ont même demandé le 1er aout la tenue d’une visioconférence d’urgence pour répondre à la situation créée par l’entrée illégale de dizaines de milliers de migrants dans l’enclave espagnole de Ceuta.

Ce grenouillage diplomatique stérile sert à manipuler l’opinion publique espagnole contre le gouvernement Sánchez.

Effectivement, hier dans la capitale espagnole, des dizaines de milliers de protestataires accusaient le gouvernement espagnol de ne pas protéger les frontières du pays et réclamant des législatives anticipées.

Une crise essentiellement résorbée

Sans ressources, les jeunes migrants de Ceuta y ont commis des méfaits, notamment en pillant un dépanneur (qu’on appelle supérette en France).

Plutôt que d’utiliser ce prétexte pour les réprimer violemment — comme l’aurait fait n’importe quel gouvernement de droite — le gouvernement Sánchez a conservé son sang-froid. Et ce, malgré la pression inouïe qui s’exerçait sur lui.

Le résultat est que l’immense majorité des personnes qui se sont rendues à Ceuta ont accepté de retourner au Maroc.

À l’heure actuelle, environ cinq-mille jeunes migrants sont encore sur place, dont 1 200 mineurs.

Conclusion

Au moment où ces lignes sont écrites, on ne connait pas les responsables de cette crise migratoire. Tout ce qu’on sait, c’est qu’à la frontière, les agents marocains ont guidé les passages vers l’enclave espagnole.

Ce n’est pas suffisant pour accuser le Maroc d’être l’initiateur de cette crise.

Ce qui est certain, c’est que tout cela est l’œuvre de malfaiteurs. L’ampleur de l’opération suggère même que ceux-ci étaient à la solde de pays hostiles au gouvernement Sánchez.

Références :
Accord UE‑Israël : les Vingt-Sept débattent d’une éventuelle suspension
Accords d’Abraham
À Ceuta, militarisation et extrême droitisation des esprits
Affaire Pegasus : Macron, Sánchez et Mohammed VI au cœur d’un scandale d’espionnage d’État
Afflux de migrants à Ceuta: quels sont les pays qui veulent que l’Espagne soit exclue de l’espace Schengen?
A Madrid, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté contre la gestion de la crise migratoire à Ceuta
Ceuta : la France va renforcer ses frontières, l’Italie veut suspendre « l’accord de Schengen avec l’Espagne »
Crise migratoire à Ceuta: 22 pays de l’UE demandent des discussions « d’urgence » des ministres de l’Intérieur/a>
Des tests anti-drogue positifs dans les ministères: « Ce n’est pas le travail qui les fait prendre de la cocaïne »
Embargo sur les armes, interdictions: l’Espagne durcit ses sanctions contre Israël face au «génocide à Gaza»
Incident à la frontière entre l’Espagne et le Maroc en 2026
Israël reconnaît la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental
La Géorgie sur la voie d’un coup d’État (2e partie)
La volonté populaire en Europe soumise à la dictature des juges : le cas de la Roumanie
L’ingérence étrangère en Moldavie
Maroc–Israël: une alliance militaire désormais stratégique
Maroc : une autoroute baptisée du nom de Donald Trump au Sahara occidental
Migrants à Ceuta : un rapport de la police espagnole contredit la version du gouvernement sur le rôle du Maroc
Morocco not to blame for Ceuta border breach, says Spanish PM
Statut du Sahara occidental

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Guerre et crimes de guerre

Publié le 4 septembre 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

Introduction

Il n’y a pas de guerre sans crimes de guerre.

Un conflit armé majeur qui n’occasionnerait pas de pertes civiles ne serait pas une guerre; ce serait un jeu vidéo.

Le mythe des bombardements chirurgicaux

C’est à l’occasion de la guerre en Syrie que Washington a popularisé l’expression ‘bombardements chirurgicaux’.

À en croire l’armée américaine, celle-ci pouvait presque tuer le djihadiste dans son sommeil sans réveiller la femme à ses côtés.

Cette guerre a fait plus de 350 000 morts, principalement parmi la population civile.

Or le régime de Bachar el-Assad, aussi cruel fut-il, n’a jamais eu la puissance de feu nécessaire pour causer plus que quelques dizaines de milliers de morts.

Essentiellement, les victimes de ce régime ont été des villageois rebelles décimés au gaz neurotoxique et les sujets de l’industrie de la torture, mise au service des pays étrangers qui ne voulaient pas se salir les mains (dont le Canada).

Le reste des victimes de cette guerre (soit beaucoup plus) ont perdu la vie en raison des bombardements dits ‘humanitaires’ des pays occidentaux.

Au cours de ce long conflit, s’est incrusté dans l’esprit occidental, le mythe selon lequel il était maintenant possible de guerroyer ‘proprement’.

La régression de ce mythe en Ukraine

Voilà pourquoi la guerre en Ukraine, du moins à ses débuts, à été un choc pour ceux qui croyaient que les guerres ‘sales’ étaient révolues.

Chaque bombardement d’une école (même vide, ou presque, au moment de la frappe), d’une maison ou d’une ferme suscitait l’indignation occidentale. Et rapidement, des dizaines d’ONG se sont employées à dresser la liste de ces ‘crimes’ en vue d’un procès éventuel auquel la Russie aurait à faire face.

Depuis que la guerre en Ukraine s’est transformée en guerre de drones, on peut entrevoir le jour où ces armes, mues par intelligence artificielle, pourront distinguer entre les combattants et la population civile.

Encore faut-il que ce soit la volonté des belligérants.

La guerre en Palestine

De loin, l’armée israélienne est le leadeur mondial quant à l’utilisation de l’intelligence artificielle à des fins militaires.

Et parce que la guerre qu’elle mène actuellement à Gaza n’est que le volet génocidaire d’une guerre coloniale qui dure depuis plus de sept décennies, le but des logiciels qui équipent ses drones est d’économiser les balles.

En d’autres mots, ils visent à ce que chaque balle tue, qu’il s’agisse d’un homme, d’une femme ou d’un enfant.

La guerre en Iran

En 2005, l’Onu a ajouté la ‘Responsabilité de protéger’ (Right 2 Protect) au Droit international. Il s’agit-là de la plus grande erreur de l’Onu depuis sa fondation en 1945.

En effet, ce droit niais justifie toutes les interventions militaires à travers le monde. Parce qu’il a toujours des êtres persécutés quelque part.

Moscou a invoqué ce principe à l’appel des minorités russophones en Ukraine massacrées par les milices néonazies financées secrètement par Kyiv.

Et Washington l’a invoqué pour déclarer la guerre contre l’Iran, prétextant la répression brutale dont les Iraniennes ont été l’objet en janvier dernier.

Le mariage endeuillé

Plus tôt cette semaine, une frappe américaine a tué quatre participants à un mariage iranien.

Ce ‘crime de guerre’ fait écho à cette frappe qui a tué 130 écolières au début du conflit.

Évidemment, sur les milliers de frappes américaines en Iran, nous n’entendons parler que des ‘crimes de guerre’ les plus odieux mis en avant par la propagande iranienne, et relayés par tous ceux qui, aux États-Unis, s’opposent à ce conflit.

En réaction à ce fait divers, le vice-président américain a d’abord mis en doute la responsabilité américaine pour finalement déclarer que ‘ce sont des choses qui arrivent’.

Effectivement, une guerre c’est une guerre.

Même si la déclaration de J.D. Vance manque de cette empathie hypocrite que nos dirigeants politiques adoptent sur le conseil de leurs relationnistes, c’est une déclaration d’un chef d’État, capable d’admettre que l’erreur est humaine et qu’il n’y a pas de guerre sans bavure.

Références :
Bombardement de l’école de Minab
JD Vance reacts to airstrike that killed four at Iran wedding: ‘Things happen’
La torture en Syrie et le Canada
Le statut des provinces ukrainiennes conquises par la Russie

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’ingérence européenne dans les affaires intérieures de l’Islande

Publié le 13 août 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

Il n’y a pas que la Chine ou la Russie qui tentent, nous dit-on, d’influencer les élections en Occident; il y a surtout l’Union européenne.

Le 29 aout prochain, les Islandais auront à se prononcer par référendum sur l’opportunité de relancer des négociations d’adhésion à l’Union européenne.

En 2009, l’Islande avait posé sa candidature pour l’intégrer. Une candidature qu’elle avait retirée en 2015. Depuis, les négociations sont au point mort.

Entretemps, ce pays fait partie du marché commun européen depuis 1992 et de l’espace Schengen (à l’intérieur duquel il existe une libre circulation des personnes) depuis 2001. Toutefois, l’Islande n’est pas soumise aux pouvoirs supranationaux dont s’est dotée l’UE par le traité de Lisbonne.

À la suite des élections législatives de 2024, le gouvernement islandais a promis de réaliser deux référendums.

Le premier vise à donner le feu vert à l’ouverture de négociations d’adhésion. Il aura lieu à la fin du mois.

À la conclusion d’une entente entre l’Islande et l’UE, un second référendum sera organisé afin de permettre au peuple de l’adopter, s’il le juge approprié.

Cette année, sept personnalités politiques européennes de premier plan — d’Allemagne, d’Autriche, d’Espagne, et de Slovaquie, en plus de la cheffe du parti macroniste (Renew Europe) au sein du parlement européen — se sont rendues en Islande pour plaider en faveur du ‘Oui’.

En avril 2026, dans ce pays où une partie importante de la population vit des ressources maritimes, le commissaire européen chargé de la pêche a fait miroiter la possibilité de modifier la politique de l’UE à ce sujet afin qu’elle soit plus favorable à l’Islande.

En juillet, le ministre français des Affaires étrangères s’y est rendu pour déclarer aux médias locaux que l’Islande avait tout à gagner à voter ‘Oui’.

Puisque l’avertissement vague du gouvernement islandais selon lequel il ne tolèrera aucune ingérence étrangère dans les affaires intérieures du pays n’a rien donné, la première ministre islandaise, accompagnée de sa ministre des Affaires étrangères, se sont rendues à la Commission européenne pour mettre les points sur les ‘i’.

À huis clos, les deux dirigeantes ont demandé à l’UE de cesser son ingérence dans les affaires internes de l’Islande.

Références :
L’Islande demande à Bruxelles de ne pas s’immiscer dans son référendum sur l’UE
Procédure d’adhésion de l’Islande à l’Union européenne
Référendum islandais de 2026

Paru depuis : Iceland rejects EU accession talks in referendum, reports say (2026-08-30)

Compléments de lecture :
La Géorgie sur la voie d’un coup d’État (2e partie)
La volonté populaire en Europe soumise à la dictature des juges : le cas de la Roumanie
L’ingérence étrangère en Moldavie

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Une menace arctique surfaite

Publié le 12 août 2026 | Temps de lecture : 6 minutes

Introduction

En raison des conditions climatiques qui règnent dans l’Arctique canadien, ce territoire est le plus improbable théâtre d’une invasion militaire.

En effet, pendant des milliers de kilomètres, les chars d’assaut, l’aviation et les fantassins ennemis perdraient un temps précieux à y affronter un climat hostile à la vie humaine et n’y trouver rien à piller qui justifierait une telle entreprise.

De plus, cette longue traversée à découvert priverait cette attaque de tout effet de surprise et favoriserait l’anéantissement des troupes qui y participeraient.

Bref, l’invasion nordique du Canada n’arrivera pas.

Néanmoins, dans l’éventualité d’une Troisième Guerre mondiale, il est certain que des missiles ennemis traverseraient l’Arctique en vue de détruire des cibles stratégiques situées en climat tempéré, notamment nos barrages hydroélectriques et toutes les cibles liées à l’effort de guerre canadien (dont nos usines de construction aéronautique).

Afin de contrer cette menace, Ottawa serait bien avisé de développer au pays une industrie canadienne d’intercepteurs.

Au lieu de cela, le gouvernement canadien préfère gaspiller nos taxes à doter nos armées d’équipements militaires conventionnels (sous-marins, chasseurs-bombardiers, radars, etc.), très utiles en 1939-1945, mais qui ont une place très limitée dans les guerres du XXIe siècle, basées sur des missiles à longue portée et sur des drones autonomes mus par intelligence artificielle.

La fabrication du consentement

Depuis des années, Ottawa a transformé le Téléjournal de Radio-Canada en organe de propagande de l’Otan. C’est ainsi que les ‘experts’ invités au Téléjournal n’exposent qu’un seul point de vue; la nécessité d’augmenter les dépenses militaires.

Pour ce faire, on frappe l’imagination des auditeurs par la peur.

• La présence menaçante de la Russie en Arctique

La Russie est de plus en plus présente dans l’Arctique. C’est vrai… dans la partie de l’Arctique qui appartient à la Fédération de Russie.

Une partie importante de ce territoire est situé au-delà du cercle polaire. La mise en valeur du territoire national — ce qui est légitime pour n’importe quel pays — entraine inévitablement une présence accrue de ce pays dans l’Arctique russe.

• Les avions russes qui violent notre espace aérien

À l’occasion, la Russie teste la réactivité des défenses nord-américaines en envoyant des avions survoler le territoire polaire du Canada. C’est vrai.

Depuis belle lurette, la Russie joue au chat et à la souris avec le Canada. Et après ?

Au cours de la guerre en Iran, les bombardiers américains doivent être ravitaillés en vol parce que la distance entre leurs porte-avions et l’Iran est trop grande. Ce qui signifie qu’aucun modèle actuel d’avion n’a l’autonomie suffisante pour partir de Russie et larguer des bombes au-dessus d’une grande ville canadienne.

Donc le survol du territoire canadien par des avions russes est un problème mineur.

• …et que dire du ‘Péril jaune’ ?

On se rappellera l’épisode rocambolesque des ‘ballons-espions’ chinois qui dérivaient en 2023 au-dessus de l’Amérique du Nord.

La version maritime de ce roman psychotique est en cours; le Canada et les États-Unis surveillent deux brise-glaces qui naviguent en eaux internationales au large de l’Alaska comme le font ces navires chaque été depuis des années.

Conscient du danger, le Canada a déployé la frégate HMCS Ottawa, le brise-glace CCGS Des Groseilliers et les navires de patrouille extracôtiers HMCS Max Bernays et HMCS Robert Hampton Gray, en plus des avions de surveillance de l’armée de l’air. Tout est donc mis en œuvre pour contenir le ‘Péril jaune’…

L’orgie des dépenses militaires

En mars 2026, Ottawa dévoilait un plan de plus de quarante-milliards de dollars destiné à moderniser les infrastructures de défense canadiennes à Yellowknife, à Inuvik, à Iqaluit et à Goose Bay. Et ce, afin de contrebalancer l’intérêt croissant de la Chine et de la Russie dans l’Arctique russe.

À cela s’ajoute l’intention d’Ottawa d’acheter, pour une somme d’environ 90 milliards de dollars, une douzaine de sous-marins nucléaires auprès d’un consortium germano-norvégien. On justifie cette dépense par le besoin de protéger la souveraineté du Canada dans ses eaux territoriales.

Par la suite viendra l’achat de chasseurs-bombardiers.

Conclusion

En tant qu’État pétrolier, le Canada possède un taux d’endettement inférieur à la moyenne des pays de l’OCDE.

Mais cette situation avantageuse est en train de changer.

Depuis l’annexion en 2014 de la Crimée par la Russie — à la demande des Criméens eux-mêmes — l’Otan s’est lancée dans une course aux armements.

L’engagement pris volontairement en 2014 par le Canada de hausser ses dépenses militaires à 2 % de son PIB n’a, dans les faits, été respecté ni par le gouvernement Harper ni par le gouvernement Trudeau.

La cible des pays de l’Otan ayant été haussée à 5 % du PIB sous la pression de Donald Trump, le gouvernement Carney s’est évidemment empressé d’obéir, fidèle à son habitude de ne jamais contredire bien longtemps le locataire de la Maison-Blanche.

Afin d’obtenir le consentement de la population canadienne à cette capitulation, Ottawa se livre à une campagne de peur où jamais ne se pose le problème de l’allocation des ressources de l’État. Comme si celles-ci étaient illimitées.

Références :
Contrat de sous-marins : des offres finales « vraiment plus fortes », dit Ottawa
Hausse des dépenses militaires : la fabrication du consentement
La géopolitique de l’Arctique
Le Canada et les États-Unis surveillent des navires de recherche chinois dans l’Arctique
Ottawa investit 40 G$ pour défendre la souveraineté de l’Arctique «sans l’aide des alliés»
Victoire éclatante des États-Unis dans la Guerre des ballons chinois

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le traité nucléaire américain avec l’Arabie saoudite

Publié le 26 juillet 2026 | Temps de lecture : 8 minutes


 
Introduction

En vertu du Droit international, n’importe quel pays peut se doter d’infrastructures nucléaires civiles en vue, par exemple, de produire de l’électricité ou des isotopes radioactifs à des fins médicales.

Pendant des années, l’administration Biden exigeait que l’Arabie saoudite normalise ses relations avec Israël comme condition préalable à tout transfert technologique à ce sujet.

À l’époque, Washington était même prêt à donner à la dictature saoudienne des garanties de sécurité équivalentes à l’article 5 du Traité de l’Otan si celle-ci devenait alliée d’Israël.

En d’autres mots, l’administration Biden voulait que les États-Unis s’engagent à entrer en guerre contre tout pays qui oserait attaquer l’Arabie saoudite. Comme si celle-ci était membre de l’Otan. À la condition toutefois qu’elle ratifie au préalable les Accords d’Abraham.

Le traité nucléaire signé plus tôt cette semaine par l’administration Trump assure ce transfert technologique à l’Arabie saoudite sans l’obligation de s’entendre avec Israël.

De plus, contrairement à l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien, les inspecteurs chargés de vérifier le respect du traité avec la dictature saoudienne ne seront plus des inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique, renommés pour leur rigueur.

Ce seront plutôt de simples inspecteurs américains. Des inspecteurs sans doute aussi vigilants que ceux qui inspectent les avions de Boeing dont les portes et les hublots disparaissent en plein vol…

Dès son annonce, Israël a fait savoir qu’il s’opposait catégoriquement à ce traité.

Obliger Washington à guerroyer

Pour être adopté, il ne suffit pas que ce traité soit signé de part et d’autre par les négociateurs des deux pays; il doit être ratifié par le Sénat américain.

Dès l’annonce de sa signature par l’administration Trump, à l’appel de Benyamin Netanyahou, le lobby juif américain s’est activé dans le but de convaincre le Sénat de refuser sa ratification ou d’adopter un texte qui n’est pas identique à ce qui a été convenu.

Dans un cas comme dans l’autre, cela équivaut à saboter l’entente.

Donald Trump aurait pu demeurer ferme et exiger que le Sénat entérine le traité tel quel. Mais dès la condamnation publique du premier ministre israélien, il a plutôt fait volteface.

Le rétropédalage de Trump

La crainte du gouvernement israélien, c’est que l’Arabie saoudite, dès qu’elle sera capable d’enrichir le minerai d’uranium, poursuive cet enrichissement jusqu’aux concentrations qui sont nécessaires pour fabriquer une bombe nucléaire.

Afin d’apaiser le gouvernement de Benyamin Netanyahou, Donald Trump a rétropédalé dès le lendemain de la signature de ce traité en prétendant faussement que cet accord était conditionnel à ce que l’Arable saoudite devienne signataire des Accords d’Abraham.

Or cela est impossible.

En contrepartie d’investissements américains ou israéliens, les Émirats ont détourné le regard face aux massacres liés à la guerre coloniale qu’Israël livre en Palestine. Mais l’Arabie saoudite ne le peut pas.

Cette dernière n’est pas seulement une pétromonarchie; c’est également une théocratie. En d’autres mots, c’est le ‘Vatican’ de l’Islam sunnite. Non seulement y trouve-t-on plusieurs lieux saints, mais l’université de Médine (située dans ce pays) est le gardien de l’orthodoxie musulmane telle que l’Arabie l’interprète.

Très peu de choses séparent l’Islam sunnite de l’Islam chiite. Si l’Arabie saoudite devait donner l’impression qu’elle consent au génocide des Palestiniens, des dizaines de millions de Musulmans sunnites indignés se convertiront sur-le-champ à l’Islam chiite.

D’autant plus que la théocratie iranienne (gardienne de l’orthodoxie chiite) a obtenu un immense prestige au sein des pays musulmans pour avoir tenu tête à l’armée américaine, au prix d’immenses sacrifices.

D’autre part, il y a deux jours, 4 288 colons israéliens ont pénétré de force dans le complexe de la mosquée Al-Aqsa, située à Jérusalem-Est. Et ce, grâce à la complicité des forces armées du pays. Précisons que cette mosquée est le troisième plus important lieu saint de l’Islam.

À la suite de cette profanation toute récente, on voit mal comment l’Arabie saoudite pourrait normaliser ses relations avec Israël.

Le rétropédalage de Trump signifie que non seulement sa parole ne vaut rien, mais même sa signature ne vaut guère mieux puisqu’il se réserve le droit d’ajouter des clauses à un traité après l’avoir signé.

Le gouvernement Carney devrait avoir cela à l’esprit en renégociant des accords de libre-échange avec lui.

La motivation de Donald Trump

La menace chinoise à l’hégémonie américaine est une des grandes préoccupations de Donald Trump.

La guerre en Iran a démontré aux pays du Golfe que les États-Unis ne sont plus en mesure d’assurer leur protection. Au contraire, la présence de bases militaires américaines sur leur sol agit comme un aimant qui leur attire des ennuis.

D’où l’idée pour eux d’adopter une ambivalence stratégique en vertu de laquelle on est ami avec tout le monde, mais vraiment ami avec personne.

Concrètement, c’est un affranchissement à l’égard de l’hégémonie américaine.

Pour éviter que l’Arabie saoudite se tourne vers la Chine pour domestiquer l’atome, l’administration Trump a choisi d’abandonner l’exigence de la normalisation des liens avec Israël.

Et ce, de manière à ce qu’elle dépende de la technologie américaine. Une technologie que Washington pourrait inactiver à distance comme c’est le cas des chasseurs-bombardiers F-35.

Le joker pakistanais

Il n’y a pas que la Chine qui pourrait aider la dictature saoudienne à se doter de l’arme nucléaire; il y a aussi le Pakistan.

Or justement, les relations entre l’Arabie saoudite et le Pakistan n’ont jamais été aussi bonnes.

La diplomatie pakistanaise s’est attiré le courroux d’Israël pour avoir joué un rôle majeur dans la conclusion d’un accord de cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran. Cet accord (dont le texte est secret) prévoyait la fin des hostilités sur tous les fronts.

Afin de saboter cet accord, Israël s’est empressé le jour même de bombarder le Hezbollah au Liban. Et c’est le Pakistan — présent à ces pourparlers à titre de négociateur — qui a contredit l’administration Trump en révélant que l’accord prévoyait bien l’interruption des hostilités sur tous les fronts.

Première pétromonarchie à signer les Accords d’Abraham, les Émirats arabes unis sont le plus fidèle allié d’Israël au Moyen-Orient. Voilà pourquoi ce pays a été la principale cible des frappes iraniennes contre les pays du Golfe.

L’alignement des Émirats sur la politique israélienne est tel que ce pays a voulu punir le Pakistan pour ses efforts diplomatiques en exigeant récemment le remboursement d’une série de prêts, totalisant 3,5 milliards de dollars, consentis au Pakistan en 1996, en 2021 et en 2023.

Coïncidence, quelques jours plus tard, l’Arabie saoudite a acheté pour 3 milliards de dollars de bons du Trésor pakistanais afin de l’aider à rembourser ses dettes.

Pour l’Arabie, cette somme, c’est de l’argent de poche. Mais pour le Pakistan, ce nouveau prêt saoudien, ajouté aux cinq-milliards déjà consentis, représentent deux pour cent de son PIB.

Si bien qu’on peut se demander si ce pays serait en mesure de dire non à l’Arabie saoudite si celle-ci devait demander l’aide du Pakistan pour se doter de l’arme nucléaire.

Quant aux États-Unis, on les voit mal punir le Pakistan pour avoir aidé secrètement l’Arabie à devenir une puissance nucléaire alors que la diplomatie pakistanaise est essentielle à sortir l’administration Trump du bourbier iranien.

De toutes manières, quand Washington l’apprendra, il sera trop tard.

Références :
Accords d’Abraham
Accord de Vienne sur le nucléaire iranien
« America First or Israel First? » Ex-Israeli Negotiator Daniel Levy on Saudi Nuke Deal, Iran & More (vidéo)
More than 4,200 Israelis storm Al-Aqsa Mosque in Jerusalem
Pakistan secures $3 billion from Saudi Arabia as ties deepen
Pakistan To Repay Historic $3.5 Billion Debt to UAE By This Deadline
Saudi nuclear deal in doubt as Trump adds new condition regarding Israel
The US-Saudi nuclear deal makes no sense
Trita Parsi Makes Blockbuster Point About Saudi Nuclear Deal (vidéo)
UAE pulls US$3.5 billion from Pakistan after Iran war mediation

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La fabrication ukrainienne de missiles Patriot en temps de guerre

Publié le 16 juillet 2026 | Temps de lecture : 2 minutes


 
Introduction

Il y a une semaine, en marge du sommet de l’Otan à Ankara, le président américain a annoncé son intention d’autoriser l’Ukraine à fabriquer sur son sol des intercepteurs Patriot.

« De cette façon, vous ne pourrez pas vous plaindre qu’on ne vous en fournit pas assez » a déclaré Donald Trump.

Envoyer paitre Zelensky

On peut assembler des drones sur sa table de cuisine. Mais la fabrication d’intercepteurs nécessite de grandes usines, l’importation des pièces destinées à être assemblées, des laboratoires de contrôle de la qualité, des chaines de montage, des robots industriels, des entrepôts, etc.

Pour ce faire, l’Ukraine devra déblayer secrètement un terrain de grande taille tout en évitant sa détection par des satellites-espions russes.

De plus, il faudra y ériger une manufacture hautement robotisée dont la structure est capable de résister à une pluie de drones (voire de missiles).

En un mot, cela est tout simplement impossible.

Les demandes désespérées de Kyiv

Washington manque d’intercepteurs pour protéger adéquatement ses bases militaires et ses alliés au Proche et au Moyen-Orient.

En réponse aux demandes répétées de Zelensky d’obtenir ces précieuses armes défensives, l’administration Trump a décidé de rire de lui.

Le président ukrainien est trop intelligent pour ne pas le réaliser. Mais il est obligé de faire semblant d’y croire. Parce que s’il ose protester, on ne manquera pas de le traiter d’ingrat.

Voilà pourquoi Volodymyr Zelensky avale cette couleuvre et joue le jeu.

Toutefois, ce qui n’est pas normal, ce sont ces agences de presse et ces chroniqueurs occidentaux qui nous répètent cette sottise le plus sérieusement du monde…

Référence : Missiles Patriot fabriqués en Ukraine : coût de production, construction des usines… Après l’annonce de Trump, les questions s’accumulent

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le drone russe tombé en Roumanie et le délire anti-russe de l’Otan

Publié le 31 mai 2026 | Temps de lecture : 3 minutes
Lieu de l’écrasement

Introduction

Depuis le début du mois, il est tombé des milliers de drones en Europe de l’Est, au Proche-Orient et sur les États riverains du golfe Persique.

Toutefois, celui qui est tombé dans la nuit du 28 au 29 mai derniers sur la ville roumaine de Galați — située à une dizaine de kilomètres de la frontière ukrainienne — a provoqué la réaction la plus vive dans les chancelleries occidentales.

Pourtant, ce drone, tiré de Russie, n’a provoqué que des dommages légers, et n’a causé que des blessures mineures chez deux personnes.

L’outrance des réactions diplomatiques occidentales

Le consul russe à Constanta (deuxième ville de Roumanie) a été expulsé et son consulat, fermé.

Les ministères des Affaires étrangères de France et de Grande-Bretagne ont convoqué leur ambassadeur russe respectif afin de condamner cette ‘agression’.

Sur son compte X, l’ambassadeur américain à l’Otan a déclaré que Washington se tenait solidaire aux côtés de la Roumanie.

Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a accusé Moscou de franchir une nouvelle limite et promis de nouvelles sanctions.

Quant à lui, le secrétaire général de l’Otan a dénoncé le comportement ‘irresponsable’ de la Russie.

Un fait divers insignifiant

Doté d’une petite charge explosive, ce projectile faisait partie d’un essaim de drones tirés par la Russie vers l’Ukraine. La majorité d’entre eux ont été abattus.

Mais le drone dont il est question a été touché par un tir et a dévié vers la Roumanie où, comme on l’a vu, il n’a causé que des dégâts mineurs.

La responsabilité russe

Soutenue par l’Otan et l’Union européenne, la Roumanie a fait porter à la Russie l’entière responsabilité des dommages causés par ce drone.

Que doit-on en penser ?

Imaginons qu’un avion d’Air France assurant la liaison entre Paris et Alger soit touché par un tir d’un groupe islamiste et que cet avion s’écrase sur la capitale algérienne, causant des centaines de morts. Pourrait-on accuser la France d’être responsable de l’accident ?

C’est la logique accusatrice des dirigeants occidentaux.

L’immaturité des dirigeants occidentaux

La Roumanie est à la périphérie du théâtre de la guerre russo-ukrainienne. Ce qui comporte des risques.

Ce sont des risques que la Roumanie doit assumer. D’autant plus qu’elle est cobelligérante, fournissant à l’Ukraine armes et munitions.

En faisant un drame du moindre fait divers de cette guerre, les dirigeants occidentaux font étalage de leur immaturité et de leur manque de pragmatisme.

Alors que les pays occidentaux n’ont plus la capacité industrielle de fournir un effort de guerre important, et alors que leurs stocks d’armements sont au plus bas en raison de leur générosité à aider l’Ukraine, les dirigeants de ces pays continuent de battre le tambour de la guerre comme si l’humiliation actuelle des États-Unis face à l’Iran n’était pas un appel à la prudence…

Références :
Bucarest accuse la Russie, qui affirme ne pas « menacer » l’Europe
Nato ready to defend ‘every inch’ of territory as Russian drone hits Romania
Une ONG proche de Nicușor Dan diffuse une théorie du complot concernant l’incident du drone à Galați. Cette théorie contredit les propos du président. (en roumain)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Faciliter l’éradication des Palestiniens en les désarmant

Publié le 22 mai 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

Un plan de paix complice

Il y a deux jours, le représentant américain au Conseil de sécurité de l’Onu présentait le premier rapport du Conseil de la paix. Cet organisme a été mis sur pied par Donald Trump afin de vérifier la mise en œuvre de son plan dans la bande de Gaza.

La première phase de ce plan prévoyait la cessation des hostilités et un échange de prisonniers entre les belligérants.

Cet échange a bien eu lieu. Toutefois, l’armée israélienne a continué de bombarder quotidiennement la population gazaouie, mais avec moins de vigueur qu’avant.

La deuxième phase prévoyait le désarmement du Hamas (auquel le Hamas n’a jamais consenti) en contrepartie du retrait souhaitable de l’armée israélienne du territoire occupé.

Dans le rapport remis à l’Onu, le Conseil déclare que le Hamas est le principal obstacle à la poursuite du plan de paix de Trump.

Nature du Hamas

Dans le contexte d’une guerre coloniale, le colonisé a non seulement le droit de se défendre, mais également celui d’attaquer par les armes son colonisateur… du moment qu’il le fait en respectant le Droit de la guerre.

En pareil cas, le colonisateur ne possède pas, légalement, le droit de répliquer. Si c’était le cas, le Droit international reconnaitrait le droit de réprimer ceux qui s’opposent à leur dépossession et conséquemment, cautionnerait le droit de coloniser.

Les pays occidentaux ont choisi le contraire, soit de considérer le Hamas comme une organisation terroriste.

En réalité, le Hamas est le gouvernement de la bande de Gaza. En temps normal, c’est lui qui assure l’ordre et tous les services publics qui ne sont pas défrayés par des bienfaiteurs étrangers (Onu et pétromonarchies, notamment).

Depuis la réplique israélienne aux attaques du Hamas, ce dernier vit dans la clandestinité.

Quand le désarmement conduit au chaos

Rami Abou Jamous est un journaliste palestinien qui décrit le quotidien des personnes qui vivent dans la bande de Gaza.

Le 15 mai dernier, il écrivait :

[L’armée israélienne] cible particulièrement les policiers, afin de susciter le chaos sécuritaire à Gaza. Cela n’arrête pas. Presque chaque jour, un commissariat, un 4×4, un poste de contrôle est visé.

Un mois plus tôt, il écrivait :

[Si le Hamas] accepte de [se] désarmer, ce sera le début d’une guerre civile à Gaza. Les milices armées par les Israéliens auront le champ libre.
[…]
Le véritable objectif d’Israël, c’est la guerre civile. Il a vu que, malgré le génocide, beaucoup de Gazaouis veulent résister en restant chez eux. Mais si une guerre civile éclate, [ceux-ci] partiront.

Le massacre de Sabra et de Chatila

Les Palestiniens se souviennent de ce qui arrive lorsqu’ils sont sans défense.

Après avoir été chassée de Jordanie en 1970, l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) s’était réfugiée au Liban.

Le 6 juin 1982, l’armée israélienne envahit ce pays et s’arrête aux portes de la capitale libanaise.

Afin d’éviter un affrontement meurtrier (autant pour l’OLP que pour l’armée israélienne), l’OLP signe le 20 aout 1982 un accord en vertu duquel elle quitte le Liban pour la Tunisie en contrepartie de l’engagement de l’armée israélienne de ne pas avancer davantage dans la ville.

Mais Israël ne respecte jamais sa parole.

Alors que l’OLP n’est plus là pour protéger les réfugiés palestiniens,
l’armée israélienne envahit Beyrouth-Ouest le 15 septembre 1982, contrairement à l’accord de cessez-le-feu signé un mois plus tôt.

Israël justifie ce redéploiement par la nécessité de maintenir l’ordre et de détruire l’infrastructure laissée par les terroristes.

Les 16 et 17 septembre, alors que les camps de Sabra et Chatila sont encerclés par l’armée israélienne et que celle-ci empêche les habitants de s’en échapper, elle laisse entrer les milices chrétiennes (financées secrètement par le ministère de la Défense israélienne) qui y tueront hommes, femmes et enfants pendant ces deux jours.

Le massacre fit entre 800 et 3 500 victimes.

Conclusion

Depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, le gouvernement américain est — plus que jamais — à la solde d’Israël.

Ce que l’armée israélienne n’a pas réussi à faire depuis son invasion de la bande de Gaza, le 27 octobre 2023, Donald Trump croit y parvenir par des moyens ‘diplomatiques’.

Mais peut-on parler de diplomatie quand le principal intéressé (le Hamas) est exclu des discussions ?

Bref, Donald Trump voudrait que les Palestiniens oublient tout ce que l’histoire leur a appris (notamment au Liban) et n’offrent plus aucune résistance à leur dépossession violente.

Références :
Conseil de la paix
Gaza : le Conseil de la paix de Donald Trump étale son impuissance devant l’ONU
Gaza : les mots qui comptent
« Il n’y a pas de cessez-le-feu à Gaza »
Le Hamas est le « principal obstacle » au plan de paix, selon le Conseil de paix créé par Trump
Mouawad et la guerre civile libanaise
Plan de paix pour Gaza
« Si le Hamas est désarmé, c’est la guerre civile à Gaza »

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les prérequis iraniens à la paix

Publié le 18 mai 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

Aux discussions américano-iraniennes qui servent de préalable à l’ouverture de négociations de paix, la position iranienne nous parvient au travers du filtre de l’administration Trump.

Or ce que celle-ci nous transmet, c’est une liste où les demandes iraniennes sont présentées pêlemêle alors qu’il est clair qu’elles ne peuvent pas avoir toutes la même importance aux yeux de Téhéran.

Le 12 mai dernier, sur son compte X, Ali Hashem (qui œuvre pour Alzajeera) fournissait des précisions indispensables pour bien comprendre la position iranienne. Selon ce journaliste…

Les prérequis iraniens à l’ouverture de négociations de paix avec les États-Unis sont :
• la fin de la guerre sur tous les fronts,
• la levée de toutes les sanctions économiques contre l’Iran,
• le déblocage des avoirs iraniens gelés,
• l’indemnisation des dommages et pertes de guerre, et
• la reconnaissance de la souveraineté de l’Iran sur le détroit d’Ormuz.

C’est seulement après l’acceptation de ces prérequis par Washington que Téhéran décidera de participer à des négociations de paix au sujet de son programme nucléaire.

Par expérience, les dirigeants iraniens savent qu’on ne doit jamais faire confiance à la parole des États-Unis. En obligeant, par exemple, ces derniers à débloquer préalablement les avoirs iraniens gelés, il suffit à l’Iran de les encaisser pour que cela soit irréversible. Même si Donald Trump voudrait revenir en arrière, il ne le pourra pas. Voilà pourquoi c’est un prérequis.

D’autre part, contrairement à ce que laisse entendre l’Iran, ces prérequis sont négociables à la marge.

À titre d’exemple, au cours de leur histoire, les États-Unis n’ont jamais accepté de payer pour des réparations de guerre. Mais dans ce cas-ci, ils pourraient accepter que la reconstruction de l’Iran soit financée par une taxe iranienne sur le pétrole qui transite par le détroit d’Ormuz. Pour l’instant, Washington considère cela comme inacceptable. La montée inexorable du prix de l’essence devrait les amener à changer d’idée.

Bref, il y a toujours moyen de moyenner.

Parallèlement, les dirigeants iraniens répètent à tous ceux qui veulent les entendre que l’utilisation civile (c’est-à-dire pacifique) de l’énergie nucléaire est un droit inaliénable et que son programme nucléaire actuel jouit de l’assentiment de la vaste majorité des Iraniens.

Déjà, dans des négociations antérieures, l’Iran a déjà consenti à renoncer à l’enrichissement de l’uranium, à confier ses stocks d’uranium à une puissance amie — la Russie, qui l’approvisionnerait au fur et à mesure de ses besoins civils — et à ce que les inspecteurs de l’Onu visitent ses installations.

De nombreuses voix en Iran soutiennent que si l’Iran possédait déjà l’arme nucléaire, Washington et Tel-Aviv n’auraient pas osé l’attaquer.

Pourtant, l’Inde n’hésite pas à riposter militairement au Pakistan en dépit du fait que ce dernier est une puissance nucléaire. L’Ukraine s’attaque à des cibles situées en Russie, puissance nucléaire. Et l’Iran bombarde Israël, autre puissance nucléaire.

Bref, une arme de dernier recours que personne n’ose utiliser est moins utile qu’on pense.

En réalité, l’Iran n’a pas intérêt à posséder l’arme nucléaire. Grâce à ses drones, ses missiles et le blocage du détroit d’Ormuz, l’Iran exerce depuis peu une puissance hégémonique incontestable sur l’ensemble du Moyen-Orient.

Si ce pays se dote de l’arme nucléaire, l’Arabie saoudite, à portée de tir d’Israël et d’Iran, voudra faire pareil. Elle obtiendra l’arme nucléaire de son allié, le Pakistan.

Et les Émirats, coincés entre l’Arabie saoudite et l’Iran, voudront eux aussi appartenir au ‘club’ des puissances nucléaires. Dans ce contexte, son allié israélien pourrait soutenir cette démarche.

Quand plusieurs pays du Golfe rejoindront ce club, l’Iran perdra l’effet dissuasif de la possession de la bombe nucléaire.

Toutefois, plus les Américains croiront dur comme fer que l’Iran tient absolument à se doter de l’arme nucléaire, plus grande sera la victoire apparente de Donald Trump quand l’Iran renoncera à ce qui n’a jamais été son intention.

Quant au programme balistique iranien, on ne doit pas se surprendre de son absence de la discussion; il n’est pas négociable. L’Iran a acquis une expertise mondiale dans la fabrication de ses missiles. C’est ce qu’Israël a appris à ses dépens.

Il est maintenant évident pour tous que les missiles de l’Iran confèrent à ce pays une puissance dissuasive plus grande que l’arme nucléaire possédée par Israël.

Voilà pourquoi l’Iran n’y renoncera jamais.

Références :
Al Jazeera Insider reveals Iran’s actual demnds – w/ Journalist Ali Hashem (vidéo en anglais)
Iran Specifies 5 Demands To Restart Peace Talks With US
Message d’Ali Hashem sur X

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le dilemme iranien : gagner la guerre sans perdre la paix

Publié le 13 mai 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

Introduction

On ne sait pas dans quel pays asiatique est né le jeu d’échecs. Mais avec certitude, on le retrouve en Perse — l’Iran d’aujourd’hui — au VIe siècle.

Et de la Perse, ce jeu — dont le nom vient justement du perse — s’est répandu à travers le monde, notamment en Europe à la faveur de l’expansion ibérique de l’Islam.

Lorsqu’on analyse le jeu d’échecs auquel se livrent les belligérants de la Troisième guerre du Golfe, on a l’impression que Téhéran a continuellement plusieurs coups d’avance sur Washington.

La raison est simple; les Iraniens se préparent à cette guerre depuis des décennies.

David contre Goliath

De loin, l’armée américaine est la plus puissante au monde. Chacun des éléments de son arsenal militaire est une merveille technologique, conçue pour affronter brillamment n’importe quelle guerre du siècle passé.

Mais nous ne sommes plus en 1945.

De nos jours, la maitrise des airs, par exemple, ne donne rien quand on ignore où se trouve l’essentiel du matériel militaire ennemi, enfoui ou caché dans des montagnes. Donc invisible aux radars et aux satellites-espions.

Depuis la guerre en Ukraine, les affrontements militaires se gagnent à l’aide de missiles, de drones, et d’intercepteurs. Le tout guidé par des radars ou des données de géolocalisation.

Ce que l’Iran possède amplement. Mais ce dont les États-Unis commencent à manquer après avoir donné généreusement les leurs à l’Ukraine et à Israël.

La stratégie iranienne

Au cours des dernières semaines, un petit nombre de navires américains ont tenté de traverser le détroit d’Ormuz — en mission de déminage ou pour sécuriser la traversée de pétroliers — mais ont dû rebrousser chemin après avoir été menacés par l’armée iranienne.

Puisque ces navires étaient à portée des missiles ennemis, pourquoi n’ont-ils pas été détruits ?

Parmi la multitude d’hypothèses qu’on peut émettre à ce sujet, celle qui m’apparait la plus plausible est celle qui soutient que le but de l’Iran n’est pas simplement de gagner la guerre.

Retournons en arrière.

En Irak, pays voisin de l’Iran, les États-Unis ont remporté la guerre contre Saddam Hussein en 2003. Mais en raison de l’incompétence de Paul Bremer III, chef du protectorat mis en place pour gérer le pays, Washington a perdu la paix; l’Irak est entré en guerre civile. Et de ce chaos est né l’organisation terroriste Daech.

Revenons au présent.

La stratégie de l’Iran n’est pas seulement de remporter cette guerre, mais surtout d’éviter de perdre la paix.

Si l’Iran avait anéanti le petit nombre de navires américains qui ont tenté de défier son autorité sur le détroit d’Ormuz ou si, lors d’une invasion militaire future, des dizaines de milliers de soldats américains devaient perdre la vie, l’Iran risque que les États-Unis se braquent contre lui pour des décennies.

Ce que veut l’Iran, c’est de crever l’abcès.

Et l’abcès, ce sont des décennies de sanctions économiques, des attaques aériennes israéliennes à répétition, des assassinats ciblés (contre un général iranien, tué par décision de Trump) ou contre des scientifiques œuvrant au programme nucléaire iranien (tués par Israël).

L’Iran en a assez. Ce pays veut créer des conditions qui forcent les États-Unis à pacifier le Proche et le Moyen-Orient.

Or ce n’est pas en transformant une invasion militaire américaine en bain de sang que l’Iran y parviendra.

Les dirigeants iraniens savent qu’on ne gagne pas aux échecs en éliminant au maximum les pièces de l’adversaire ou en tuant son roi, mais plutôt en faisant en sorte que ce dernier est menacé de capture au prochain coup sans qu’il puisse se sortir de cette impasse.

Mon hypothèse est qu’en capturant un très grand nombre de prisonniers américains et en faisant en sorte que toute tentative de les délivrer tourne à la catastrophe, ce butin — considéré comme un tout — acquerrait la même importance que celle d’un roi mis échec et mat.

Références :
Assassinat de Qassem Soleimani
Chinese military experts take stock of US munitions weak spot exposed by Iran war
Débarquement de la baie des Cochons
Échec et mat
Histoire du jeu d’échecs
Paul Bremer
Programme nucléaire iranien : ça joue dur
Ukraine’s US air defenses are at risk in Iran war

Paru depuis : Patriot missile shortage has created ‘window of vulnerability’ Russia is exploiting in Ukraine (2026-06-02)

Complément de lecture : Trump pourrait gagner la guerre en Iran

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Écrit par Jean-Pierre Martel