Covid-19 : pour une diplomatie des respirateurs

7 avril 2021

Au début de la pandémie, les machines servant à maintenir l’oxygénation des patients gravement atteints faisaient partie des équipements essentiels pour combattre la pandémie.

On les appelle parfois ‘ventilateurs’; je préfère l’appellation de ‘respirateurs’ afin d’éviter la confusion avec les appareils domestiques dont on se sert pour faire circuler l’air par temps chaud.

Les connaissances au sujet du Covid-19 ont évolué rapidement. C’est ainsi qu’on a découvert très tôt l’utilité de la cortisone pour maitriser la tempête immunitaire qui s’abattait sur les patients gravement atteints, déclassant ainsi les respirateurs.

Sur les quarante-mille respirateurs commandés, Ottawa en a reçu 27 700, dont seulement deux pour cent ont été acceptés par les provinces (celles-ci se rendant compte qu’elles n’en avaient plus besoin).

Il en reste donc beaucoup, sans compter les douze-mille autres à recevoir.

Au parlement canadien, l’opposition accuse le gouvernement de gaspillage des fonds publics.

En agissant ainsi, les partis d’opposition envoient un très mauvais message; celui qu’ils auraient géré cette crise de manière fiscalement responsable.

Il y a un temps pour toute chose. En temps de guerre, ce n’est pas le temps de rechigner sur le prix des balles.

Si la vaccination en Europe continentale est trop lente (en comparaison avec celle en Grande-Bretagne), c’est justement parce que les fonctionnaires de Bruxelles ont tergiversé afin obtenir le meilleur prix possible pour leurs vaccins.

Si le pourcentage de citoyens complètement vaccinés est beaucoup plus grand aux États-Unis qu’au Canada, c’est entre autres parce que le chéquier de Washington était grand ouvert à tous les fabricants aptes à produire des vaccins aux États-Unis. Le Canada, lui, est pris à attendre les arrivages.

Bref, le gouvernement Trudeau a eu raison d’acheter ces respirateurs parce qu’il s’agissait de décision à prendre lorsqu’elle a été prise.

Quant à la question de savoir ce qu’on devrait faire des respirateurs excédentaires, pourquoi ne pas les donner aux pays en voie de développement ?

D’après ce que j’ai cru comprendre, ces respirateurs sont produits au Canada. Si tel est le cas, dans quelques années, lorsque ces appareils commenceront à devenir défectueux, les hôpitaux étrangers qui voudront les réparer se tourneront vers notre pays pour remplacer leurs pièces défectueuses.

N’est-ce pas une manière de se faire de nouveaux clients ?

À l’heure actuelle, la Chine et la Russie se font des amis en offrant leurs vaccins à tous les pays qui en demandent. C’est ce qu’on appelle la diplomatie des vaccins.

Au lieu de critiquer ces deux pays, imitons leurs bonnes idées; soyons utiles et créons la diplomatie des respirateurs

Référence :
Croulant sous les ventilateurs inutilisés, Ottawa essaie d’annuler les contrats restants

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La nouvelle guerre froide

22 mars 2021

Introduction

Cette semaine, le nouveau président américain a qualifié son homologue russe d’assassin. Pendant ce temps, le secrétaire américain à la Défense sonnait l’alarme au sujet de l’érosion de la suprématie militaire américaine face à la Chine.

Le miroir aux insultes

En réalité, dans tous les états totalitaires, les opposants politiques s’expriment au risque de leur vie.

Parlez-en à la veuve du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, dépecé à la tronçonneuse par des sbires de MBS (Mister Bone Saw). Sans parler de toutes les personnes disparues à l’époque où Washington couvrait l’Amérique latine de dictateurs à sa solde.

Washington aura beau dire qu’en assassinant le général iranien Qassem Soleimani, il a sauvé la vie de tous les civils qu’il s’apprêtait à tuer, le fait demeure que depuis un quart de siècle, les généraux américains ont tué considérablement plus de civils que leurs collègues iraniens en guerroyant en Afghanistan, en Irak, en Libye et en Syrie.

Une suprématie menacée

À l’heure actuelle, l’arsenal militaire américain possède vingt fois plus d’ogives nucléaires que la Chine.

Le tonnage de sa marine de guerre est le double de celui de la Chine, sans tenir compte de la sophistication écrasante de la technologie qui équipe ses navires.

On compte deux-mille chasseurs-bombardiers américains versus 600 chinois.

Et la puissance américaine se déploie dans 800 bases militaires à travers le monde alors que la Chine n’en possède que trois.

Le budget militaire chinois correspond à 1,5 % de son produit intérieur brut, soit moins que la norme au sein des pays de l’OTAN.

De son côté, le budget américain à la Défense équivaut à celui combiné des dix autres pays les plus dépensiers à ce sujet, dont six alliés de Washington; la Chine, l’Inde, la Russie, l’Arabie saoudite (alliée), la France (alliée), l’Allemagne (alliée), le Royaume-Uni (allié), le Japon (allié), la Corée du Sud (alliée), et le Brésil.

Depuis plus de mille ans, le pays dominant l’est en raison de sa puissance économique.

Au cours de son histoire, la Chine a perdu toutes les guerres qui l’opposaient à ses voisins. Ce qui ne l’a pas empêché d’être, pendant des siècles, le pays le plus riche au monde.

En 1820, au sommet de sa puissance économique, le produit intérieur brut de la Chine représentait 32,9 % de l’économie mondiale. Par comparaison, de nos jours, les États-Unis en représentent un peu moins de 20 %.

La Chine commerçait avec tous les marchands prêts à donner de l’or pour se procurer des biens de luxe chinois; de la porcelaine, de la soie et des épices, entre autres.

À l’autre bout du monde, la montée en puissance de l’Angleterre débute au XVIIIe siècle avec l’invention de la machine à vapeur. Celle-ci était alimentée par une ressource naturelle très abondante dans ce pays; le charbon.

Grâce à la tisseuse mécanique, on pouvait produire du textile moins cher que partout ailleurs. Conséquemment, les filatures anglaises firent la conquête du monde.

Contrairement à la Chine qui produisait ses biens de luxe à partir de ses propres ressources naturelles — le ver à soie, le kaolin pour la porcelaine, etc.— et qui vendait ses biens aux caravaniers et aux navires qui venait s’approvisionner chez elle, l’Angleterre ne produisant pas de coton.

La marine marchande anglaise se développa pour importer des matières premières et exporter des produits finis. Et pour protéger ses sources d’approvisionnement et ses marchés d’exportation, l’Angleterre consacra une partie de sa richesse à bâtir des navires de guerre.

Avec la découverte du pétrole et l’invention du moteur à explosion, le centre de gravité de l’âge thermo-industriel bascule aux États-Unis où l’invention de la chaine de montage automobile permet aux États-Unis de faire la conquête du monde.

Par la suite, la suprématie militaire américaine sera la conséquence de la montée en puissance de son économie (et non l’inverse).

Alors que la Chine n’a jamais tenté d’imposer son modèle étatique (sauf à l’époque maoïste), la manie des peuples anglo-saxons d’imposer leurs valeurs morales aux autres les prédisposait à être manipulés par leur complexe militaro-industriel.

Au nom de la défense de la démocratie parlementaire, les États-Unis ont renversé les régimes autoritaires qui ne leur convenaient pas sans jamais réussir à pacifier les pays qu’ils ont longuement occupé militairement.

Malheureusement pour eux (et nous qui en dépendons), les Américains ont ainsi gaspillé des sommes colossales à faire la guerre, de même qu’à imposer au monde les lois écrites par le grand capital international que ce dernier fait adopter ensuite par le Congrès américain.

Une des différences fondamentales entre la Chine et les États-Unis, c’est que la Chine est autoritaire à l’égard de son propre peuple alors que les États-Unis le sont hors de leurs frontières.

Après avoir longtemps piraté la technologie occidentale, la Chine est maintenant devenue une puissance technologique à part entière.

Or, comme nous venons de le voir, la suprématie technologique — et non la puissance militaire — est l’assise de la suprématie mondiale depuis le début de l’âge thermo-industriel.

En 2015, le nombre de brevets chinois était supérieur au nombre de brevets américains, japonais, coréens et européens réunis.

En 2017, les établissements américains d’enseignement supérieur (lycées, universités, écoles spécialisées) ont décerné 3,9 millions de diplômes (dont plus d’un demi-million à des étudiants étrangers).

En 2012, les universités chinoises décernaient 6,2 millions de diplômes, sans compter les 800 000 étudiants chinois diplômés à l’Étranger.

Rien n’illustre mieux le retard technologique des États-Unis que cette contamination de milliers d’ordinateurs gouvernementaux par des virus (probablement russes), une contamination qui s’est propagée pendant des mois sans éveiller des soupçons à Washington.

L’indignation bruyante des Américains ne trompe personne; leur pays n’est plus le symbole de l’excellence.

D’autre part, depuis 1979, les États-Unis ont dépensé 3 000 milliards de dollars en dépenses militaires.

À elle seule, la mise au point du chasseur-bombardier F-35 aura couté 1 700 milliards de dollars au Trésor américain. Ce qui correspond approximativement au cout estimé de la construction (encore embryonnaire) de la nouvelle Route de la soie, ce réseau routier ultramoderne destiné à apporter à la Chine les matières premières dont elle a besoin et à exporter les biens qu’elle fabrique.

La Chine a construit près de 30 000 km de chemins de fer pour ses trains à grande vitesse, mis sur pied le plus vaste réseau de tours de transmission de téléphonie 5G, construit des ponts, des routes, modernisé ses infrastructures et construit des millions de tours résidentielles (dont beaucoup sont encore inoccupées).

Sa gestion draconienne de la pandémie au Covid-19 a non seulement épargné des millions de vies chinoises, mais lui a permis une croissance économique en 2020 alors que l’économie américaine souffrait des politiques sanitaires plus libérales décidées par une classe politique plus intéressée à se quereller au sujet du port du masque qu’à sauver des vies humaines.

En somme, les États-Unis et le Canada peuvent bien se lancer dans une guerre de mots contre la Chine et dresser un rideau de fer technologique contre elle, cela ne l’empêchera pas de nous vendre les produits électroniques qu’elle fabrique (dont nous ne pouvons plus nous passer) et de prélever ses ‘honoraires’ sur tous les produits fait ailleurs, mais dont la fabrication nécessite le recours à des métaux stratégiques dont elle détient le monopole extractif.

Oui, la Chine est une menace à la suprématie américaine. Mais cette suprématie n’est pas celle qu’on pense.

Références :
At war with the truth
Chine ou États-Unis, lequel est plus dangereux ?
Les conséquences géostratégiques du basculement vers les énergies vertes
Jamal Khashoggi
La Chine championne du monde des dépôts de brevet
La Chine, dragon de l’innovation
L’affaire Huawei : dure pour le Canada, la vie de caniche américain
Qassem Soleimani
The Pentagon’s Bottomless Money Pit
The Pentagon is using China as an excuse for huge new budgets

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Extraterritorialité et pétainisme

3 mars 2021

L’extradition vers les États-Unis

Le Canada et les États-Unis sont partenaires en vertu de la Loi sur l’extradition du Canada.

En vertu de celle-ci, une demande d’extradition vers les États-Unis ne peut être respectée que si les actes reprochés sont reconnus comme criminels par les deux pays.

À titre d’exemple, le Canada ne peut pas honorer une demande d’extradition qui concernerait des citoyens américains qui se sont enfuis au Canada pour échapper à la conscription obligatoire à l’occasion de la guerre au Vietnam.

Autrement, ce serait l’équivalent de ces Juifs que le régime de Vichy arrêtait en sol français parce que l’Allemagne nazie l’exigeait.

Ce qui est vrai pour des Américains réfugiés au Canada est encore plus vrai pour les citoyens canadiens.

À titre d’exemple, le Canada ne peut honorer une demande d’extradition qui viserait à soumettre à la justice américaine les entrepreneurs québécois qui font affaire avec Cuba, en violation de l’embargo américain. Parce que commercer avec Cuba est légal au Canada.

Si faire affaire avec Cuba était également illégal au Canada, notre pays ne pourrait non plus les extrader. Pourquoi ?

Le traité d’extradition ne concerne pas le cas des criminels qui ont commis leurs méfaits dans leur pays. Le Canada étant souverain, c’est à lui de punir les crimes commis chez lui.

En pareil cas, si le Canada choisissait de fermer les yeux — notamment au sujet de crimes économiques — ce n’est pas aux États-Unis à le faire à sa place.

Bref, ce traité est conçu pour éviter que le Canada serve de refuge à n’importe quel criminel américain qui aurait commis son méfait dans son pays.

L’extraterritorialité des lois américaines

Depuis 1977, la loi intitulée Foreign Corrupt Practices Act habilite les États-Unis, par le biais de son ministère de la Justice, à poursuivre toute entreprise étrangère qui violerait une loi américaine.

Et ce, même lorsque cette entreprise ne possède aucune succursale aux États-Unis et que le ‘délit’ a été commis dans un pays étranger.

Il suffit que l’entreprise effectue de l’Étranger une transaction facturée en dollars américains, qu’elle ait un site web hébergé sur un serveur américain ou qu’elle possède une adresse de courriel offerte par un service américain de messagerie.

Le principe de l’extraterritorialité des lois américaine est soutenu par Washington, mais n’est actuellement reconnu par aucun autre pays.

Par le biais des lois que des politiciens à sa solde font adopter à Washington, le grand capital veut ainsi dicter ses volontés à la planète tout entière.

L’exemple de l’affaire Wuawei

Le 1er décembre 2018, lorsque la directrice financière de Wuawei, Mme Meng Wanzhou, fut arrêtée à l’aéroport de Vancouver, le crime qu’on lui reprochait ne répondait pas aux critères pouvant justifier une demande d’extradition vers les États-Unis.

Wuawei était visé par des allégations américaines selon lesquelles sa succursale Skycom (basée à Hong Kong) aurait tenté de vendre (ou aurait vendu) pour deux millions$US d’équipement informatique à une compagnie iranienne en 2010.

Il ne s’agissait pas d’une violation des sanctions économiques adoptées par l’ONU que s’est engagé à respecter le Canada. Il s’agissait plutôt d’une violation présumée de l’embargo beaucoup plus sévère décrété unilatéralement par les États-Unis contre l’Iran.

L’histoire remontait déjà à plusieurs années et son importance économique (deux-millions de dollars) est dérisoire pour une compagnie de la taille de Wuawei. Bref, ce sont des broutilles.

Le ‘crime’ avait été commis hors du territoire canadien et même hors du territoire américain.

Bref, il ne s’agissait pas d’un délit reconnu comme tel par la législation canadienne.

En dépit de cela, l’arrestation de Mme Meng Wanzhou s’est opérée de manière urgente à la demande des États-Unis.

Selon l’article 10 de la Canadian constitution, toute personne doit être informée dans les plus brefs délais des motifs qui justifient son arrestation.

Or les États-Unis mirent trois mois à trouver les motifs tirés par les cheveux qui justifient leur demande d’arrestation.

Si vous n’arrivez pas à comprendre pourquoi cette affaire traine en longueur, c’est que le Canada n’est pas pressé de reconnaitre le principe de l’extraterritorialité des lois américaines.

Et il ne veut pas non plus susciter la colère des États-Unis en refusant de le reconnaitre.

Le plus simple est donc de faire en sorte que ce procès traine en longueur afin de donner au juge les motifs d’une remise en liberté pour vice de forme (l’irrespect de l’article 10 de la constitution) ou en raison des délais déraisonnables de cette affaire.

Voilà le fond de l’histoire.

Références :
Aperçu général de l’extradition en droit canadien
L’affaire Huawei : dure pour le Canada, la vie de caniche américain

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le ‘génocide’ des Ouïgours en Chine

2 mars 2021
Ouïgours vendant des fruits séchés à Shanghai

Introduction

Le 22 janvier dernier, la Chambre des Communes du Canada adoptait une résolution conservatrice condamnant le génocide de la Chine contre sa minorité ouïgoure.

À cette occasion, tout le cabinet fédéral s’est abstenu de voter (y compris le premier ministre). La résolution a donc été adoptée unanimement par les députés qui ont choisi de s’exprimer.

De son côté, Wikipédia parle de génocide culturel des Ouïgours. Mais pas de génocide au sens strict, soit l’extermination massive de cette minorité chinoise.

Qu’en est-il ?

L’exemple vertueux du Canada

En Nouvelle-France, les colonisateurs français avaient développé des relations relativement harmonieuses avec tous les peuples autochtones d’Amérique du Nord, à l’exclusion des Iroquois (alliés militaires des Anglais).

Mais à partir de la conquête anglaise, le Canada s’est construit sur la dépossession violente des territoires occupés par des peuples autochtones.

Aujourd’hui éteint, le peuple des Béothuks habitait autrefois Terre-Neuve, devenue province canadienne en 1949.

Certains auteurs considèrent leur extermination (hommes, femmes et enfants) par la force des armes comme étant le premier génocide réussi en territoire canadien.

À cela s’ajoute, entre autres, le financement par Ottawa des pensionnats autochtones dont le but avoué était le génocide culturel des peuples autochtones du pays.

Les troubles sociaux au Xinjiang

Depuis leur migration vers l’Est le long de la Route de la soie, les Ouïgours (un peuple turcophone) habitent la province chinoise actuelle du Xinjiang.

À partir de la Révolution chinoise, de plus en plus de Hans — l’ethnie la plus importante en Chine — choisirent de s’établir au Xinjiang. De 1949 à 2010, la proportion de Hans passa de 6,7 % à 39 % dans cette province.

Encouragée par Beijing, cette colonisation suscita l’animosité des Ouïgours.

Au cours de la deuxième moitié des années 1980, des évènements violents opposèrent des Ouïgours aux forces gouvernementales.

Dans un premier temps, la réaction de Beijing fut de resserrer son contrôle sur les organismes de la région, dont les institutions islamiques (puisque les Ouïgours sont majoritairement de religion musulmane).

Toutefois, la contestation populaire s’intensifia, occasionnant environ deux-cents actes ‘terroristes’ entre janvier 1997 et avril 1999.

Fuyant vers les pays voisins que sont le Pakistan et l’Afghanistan, certains exilés tissèrent des liens avec les Talibans. Mais il faudra attendre 2008 pour que cette alliance porte ses fruits.

En 2009, de violentes émeutes firent officiellement 197 morts au Xinjiang, dont les trois quarts parmi les Hans.

De 2009 à 2014, la construction d’une ligne de TGV desservant le Xinjiang y a accéléré l’établissement de colons Hans.

La violence culmina en 2014, alors que trois-cents personnes succombèrent à des actes terroristes. Choquée, l’opinion publique chinoise exigea qu’on mette fin à ces désordres.

Xinjiang est alors devenu un terrain d’expérimentation des technologies dont la Chine possède la suprématie mondiale, notamment celles liées à la reconnaissance faciale.

Des mosquées sont détruites. Le port de la barbe est règlementé. Les femmes sont arrêtées parce qu’elles portent le voile. Des dissidents sont emprisonnés et des malfaiteurs, exécutés. Parler ouïgour à l’école est interdit.

De plus, l’État chinois a construit d’immenses camps de ‘rééducation’ dans lesquels on enseigne le mandarin (la langue principale de Chine). Entre cent-mille et un million d’Ouïgours y seraient internés.

Des milliers de Ouïgours parlant le mandarin sont réquisitionnés pour travailler dans d’autres régions de la Chine dans le cadre d’une politique officielle de lutte à la pauvreté.

Selon le Washington Post, on poserait des stérilets aux femmes ouïgoures sans leur consentement.

Cette pratique n’est pas sans rappeler la stérilisation forcée des femmes autochtones. Une pratique courante jusqu’aux années 1970 dans certaines provinces canadiennes, mais qui se poursuivrait encore à échelle réduite de nos jours.

Conclusion

Quelle que soit la gymnastique intellectuelle à laquelle se plie la propagande américaine pour nous le faire croire, il n’existe pas d’extermination de masse des Ouïgours en Chine.

La plus grande tuerie de masse qui a cours actuellement, c’est celle que fait le Covid-19 aux États-Unis; plus d’un demi-million de morts. C’est un scandale. Ces morts sont les victimes d’une classe politique qui préfère se quereller au sujet du port du masque plutôt que de protéger leur population comme le font la Chine et le Vietnam, deux pays communistes.

Toutefois, il est vrai que Beijing subventionne la colonisation des Hans au Xinjiang. Tout comme Ottawa, par le biais de sa politique des langues officielles, subventionne la colonisation du Québec par l’ethnie dominante du pays.

En plus, l’État chinois pratique un génocide culturel à l’égard des Ouïgours. Ce qui n’est pas sans rappeler celui que le Canada a longtemps pratiqué à l’égard de l’ensemble de ses peuples autochtones.

L’adoption par le Canada d’une résolution condamnant le ‘génocide’ des Ouïgours est un alignement de notre pays sur la propagande américaine.

Plutôt que de se préparer à l’émergence de la Chine comme première puissance mondiale, le Canada préfère mettre tous ses œufs dans le panier d’un voisin en déclin technologique et commercial.

Un voisin raciste et belliqueux, au bord de la guerre civile.

Si demain matin tous les Ouïgours déménageaient aux États-Unis, ils échapperaient ainsi aux politiques assimilatrices de Beijing, mais vivraient sous la terreur des suprémacistes blancs. Et dans trois générations, presque plus rien de leur culture serait encore vivant.

Les États-Unis constituent la plus puissante machine d’assimilation culturelle de toute l’histoire de l’Humanité. À coté d’eux, les Chinois sont des amateurs.

Références :
Génocide culturel des Ouïghours
La Chambre des communes reconnaît formellement le « génocide » des Ouïgours en Chine
L’affaire Huawei : dure pour le Canada, la vie de caniche américain
Les Ouïgours à l’épreuve du « vivre-ensemble » chinois
LGV Lanzhou – Ürümqi
Stérilisation des femmes autochtones au Canada

Parus depuis :
New Zealand draws back from calling Chinese abuses of Uyghurs genocide (2021-05-04)
La stérilisation forcée est encore présente au pays, dit un comité du Sénat (2021-06-04)

Complément de lecture :
«Casser la société ouïgoure» par le travail et le déplacement forcés (2021-03-06)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’accord post-Brexit ou la fabrication du consentement politique

26 décembre 2020

Introduction

Dans notre série au sujet de la fabrication du consentement politique, nous avions choisi trois exemples : le cas de la Chine après l’accession au pouvoir du Parti communiste, le cas des États-Unis à la veille de la guerre en Irak et, à l’opposé, le contrexemple du Brexit.

Il existe également des situations où le libre consentement d’un peuple est construit de l’Étranger et sert à lui faire consentir à son assujettissement.

Un exemple récent est celui de l’accord commercial post-Brexit, intervenu ces jours-ci entre Grande Bretagne et l’Union européenne.

Récapitulons.

Un peuple divisé

Après l’éclatement, en 2007, de la bulle spéculative des prêts à haut risque (ou Crise des subprimes), le Royaume-Uni a sévèrement été touché par la Grande Récession qui en a résulté.

Le gouvernement britannique s’est vu contraint d’imposer des mesures d’austérité qui ont provoqué des émeutes durement réprimées en 2011.

Plutôt que de condamner la cupidité des milieux financiers de Londres, certains politiciens conservateurs ont commencé à prétendre que tout cela était la faute de l’Europe; selon eux, l’Union européenne appauvrissait la Grande-Bretagne au profit des pays ‘fainéants’ du sud de l’Europe et des anciennes républiques soviétiques.

En janvier 2013, David Cameron, promet que si son parti déloge les Travaillistes du pouvoir aux élections de 2015, son gouvernement négociera un nouveau traité d’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne, traité qu’il soumettra ensuite à l’approbation du peuple britannique.

À la tête d’un gouvernement majoritaire, le premier ministre entame donc les négociations promises.

Après deux ans de négociation, l’accord intervenu est rejeté de justesse lors d’un référendum en 2017.

Après la démission de David Cameron, la première ministre Theresa May demande une renégociation. Mais l’accord intervenu avec l’Union européenne, modifié légèrement à trois reprises, est rejeté trois fois par le parlement britannique.

Arrive Boris Johnson. Celui-ci réalise d’abord la sortie ‘définitive’ du Royaume-Uni de l’Union européenne à la fin de janvier 2020.

Cette sortie s’accompagne toutefois d’une période de transition de onze mois au cours de laquelle les deux parties se donnent l’occasion de conclure un traité de libre-échange.

Pendant des mois, ces négociations trainèrent en longueur. D’une part en raison du Covid-19 qui contamina les deux équipes de négociateurs. Et aussi en raison des voltefaces et des coups d’éclat de Boris Johnson.

Il y a quelques semaines à peine, les ministres britanniques préparaient l’opinion publique anglaise à la possibilité d’un Brexit à la dure, c’est-à-dire sans accord.

Le gouvernement a les choses bien en main, disait-on. La population ne doit craindre aucune pénurie. Le Brexit ‘complet’ devrait se dérouler en douceur.

Le boomerang

Comme la majorité des pays européens, la Grande-Bretagne est durement frappée par la seconde vague de la pandémie.

Pour expliquer l’aggravation de la crise sanitaire, le gouvernement anglais avait trouvé l’excuse parfaite; c’est à cause de la virulence de la souche.

Sous le climat ingrat des iles britanniques, le Covid-19 s’était transformé en un mutant extrêmement virulent. Il ne serait pas plus mortel, mais beaucoup plus contagieux.

L’explication la plus probable, c’est que ce mutant possède un plus grand nombre de cette protéine qui le décore en surface et qui lui sert à s’agripper aux récepteurs situés à la surface de certaines de nos cellules.

Toutefois, il semble que ce mutant circule déjà à travers le monde depuis quelques mois.

Mais l’Europe n’allait pas rater l’occasion.

Si l’Angleterre est dévastée par un microbe extrêmement dangereux, il est logique de tenter de le contenir en fermant nos frontières et ainsi protéger notre peuple bien-aimé.

Et voilà que la belle excuse du mutant se retourne contre Boris Johnson.

Du jour au lendemain, plus de dix-mille camions ne peuvent plus livrer les biens produits en Grande-Bretagne vers les clients européens. Et le journal télévisé montre aux familles inquiètes ces tablettes vides de produits frais dans les supermarchés britanniques.

On a encore à l’esprit les paroles rassurantes des ministres au sujet du Brexit à la dure. Or ce que le public anglais constate maintenant, c’est à quel point la Grande-Bretagne dépend de l’Europe.

D’où le soupçon qu’un Brexit sans accord serait beaucoup plus grave qu’on le dit, voire que ce serait… Mon Dieu ! Une catastrophe ?

L’anxiété se répand alors dans le pays comme une trainée de poudre. À leur bureau de comté, le téléphone des députés britanniques ne cesse de sonner.

Pour faire cesser immédiatement le blocus économique contre son pays, Boris Johnson n’a pas eu d’autre choix que d’accepter tout de suite ce que l’Europe lui offrait.

Échec et mat.

Références :
Brexit
Bust-ups and brinkmanship: inside story of how the Brexit deal was done
Emeutes britanniques : le gouvernement réunit les responsables des réseaux sociaux
La fabrication du consentement politique : un exemple américain
La fabrication du consentement politique : un exemple chinois
Le Brexit ou l’absence de fabrication du consentement politique
Référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Rapatriement des terroristes canadiens de Syrie : l’humanisme niais du Devoir

7 octobre 2020

Introduction

Sous le titre ‘Pour que justice soit rendue’, le quotidien Le Devoir publie aujourd’hui une chronique qui réclame le rapatriement des terroristes canadiens de Syrie afin qu’ils soient jugés ici.

Les limites de la justice

En droit criminel, il vaut mieux innocenter cent coupables que de condamner un seul innocent.

Voilà pourquoi un tribunal ne condamnera un accusé que s’il ne subsiste plus, dans l’esprit du juge, aucun doute raisonnable quant à sa culpabilité.

C’est ce qui explique l’incapacité intrinsèque du système judiciaire de punir les coupables de certains crimes à caractère sexuel lorsque la parole d’une victime (généralement une femme) s’oppose au témoignage du coupable (généralement de la même classe sociale que le juge).

Malgré cela, il arrive parfois que l’on condamne à tort un innocent. Le 26 septembre dernier, l’émission Josélito au cœur du monde en présentait trois exemples, dont celui — à faire pleurer les roches — d’Aaron Faucher-Laprise.

Beaucoup plus souvent rencontre-t-on la situation inverse.

Un des plus importants homicides de l’histoire du Québec fut celui de 47 personnes à Lac-Mégantic en 2013.

Après avoir échoué à faire condamner trois employés subalternes — boucs émissaires dans cette histoire — les avocats de la poursuite ont renoncé à accuser les vrais coupables, soit les dirigeants de la compagnie ferroviaire. Bref, personne n’a été condamné pour cette tragédie.

La corruption sous le gouvernement libéral de Jean Charest est un autre cas où personne n’a été condamné, grâce à la complicité probable de la DPCP et à celle évidente de l’UPAC.

Des questions sans réponse

Peut-on croire sérieusement qu’il sera possible de réunir les preuves irréfutables de crimes commis par les terroristes canadiens en Syrie alors que les témoins et les survivants de leurs méfaits vivent à des milliers de kilomètres d’ici ?

Comment un tribunal pourrait-il faire respecter un ordre de venir témoigner au Québec quand notre pays n’entretient plus aucune relation diplomatique avec le gouvernement officiel de Syrie ?

Les vols internationaux ayant été suspendus dans presque tous les pays en raison de la pandémie, est-on certain de pouvoir faire témoigner des victimes par vidéoconférence alors que l’aviation canadienne a gracieusement contribué à détruire 98 % des infrastructures syriennes, dont l’accès à l’internet ?

Par-dessus tout, comment peut-on condamner par erreur quiconque s’est rendu en Syrie pour servir de mercenaire à Daech ?

Conclusion

La seule manière d’assurer aux terroristes canadiens un procès juste et équitable, c’est qu’ils soient jugés dans le pays où auraient été commis les méfaits dont on les accuse. En effet, c’est là que se trouvent ceux qui pourraient leur fournir un alibi ou témoigner en leur faveur.

La guerre en Syrie a fait plus de 350 000 morts, dont 175 000 femmes. Les survivants d’actes terroristes dans ce pays ont droit de connaitre la vérité eux aussi.

Au sujet des djihadistes canadiens, plaider leur rapatriement en invoquant un humanisme de peccadille est une manière détournée d’obtenir leur libération à l’issue d’un procès bâclé où on n’aura ni la preuve de leur culpabilité ni la preuve de leur innocence.

Or un seul djihadiste canadien qui rentre au pays pour y commettre un attentat terroriste est un djihadiste de trop.

Références :
Pour que justice soit rendue
Syrie : Terroristes à donner

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| Guerre en Syrie, Politique canadienne | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : la diplomatie des vaccins

13 septembre 2020
Contagion actuelle par le Covid-19

Introduction

Le 22 juillet, la Chine a annoncé qu’elle accorderait un prêt d’un milliard de dollars aux pays d’Amérique latine et des Caraïbes afin de leur permettre d’acheter un vaccin chinois dès qu’il sera prêt.

L’offre a été présentée lors d’une réunion virtuelle présidée par le ministre des Affaires étrangères du Mexique et à laquelle participaient ses homologues d’Argentine, des Barbades, du Chili, de Colombie, de Costa Rica, de Cuba, d’Équateur, de Panama, du Pérou, de la République dominicaine, de Trinidad-et-Tobago et de l’Uruguay.

La course aux cas positifs

Avant sa commercialisation, la dernière étape que doit franchir un vaccin, c’est la phase III.

Au cours de cette phase, des dizaines de milliers de volontaires sains sont répartis en deux groupes : l’un recevant le vaccin et l’autre recevant un injectable identique mais dépourvu d’ingrédient actif.

Aucun des volontaires ne doit savoir à quel groupe il appartient.

Et on laisse les sujets poursuivre leur vie normale tout en les testant fréquemment pour savoir s’ils ont attrapé le virus.

Dès qu’on atteint un nombre suffisant de cas positifs, on peut arrêter l’expérience, comparer les deux groupes, puis publier les résultats.

Préalablement déterminé, le nombre de cas est jugé suffisant quand il permet de déceler une protection statistiquement significative dans le groupe ayant été réellement vacciné.

En Chine, treize compagnies tentent de découvrir un vaccin contre le Covid-19. La moitié de ces vaccins sont rendus en phase III.

Dans cette course, la Chine est désavantagée par rapport aux États-Unis.

En phase III, plus les sujets vivent dans un environnement contaminé au Covid-19, plus vite ils l’attrapent, et plus vite on atteint un nombre suffisamment de cas positifs pour pouvoir clore l’expérience et compiler les résultats.

Or en Chine, la prévalence du virus est trop faible pour permettre aux fabricants de vaccins de gagner la course contre leurs concurrents américains.

Les fabricants chinois se tournent donc vers l’épicentre actuel de la pandémie : l’Amérique du Sud.

Le soft power chinois

En participant à l’effort de recherche de la Chine, les pays d’Amérique du Sud aident cette dernière à recruter des volontaires à risque élevé. En contrepartie, il est facile d’imaginer que Beijing puisse remercier les pays participants en leur donnant de grandes quantités de vaccins parmi ceux qui se seront avérés efficaces.

Même dans le cas des pays qui ne participeront pas à cette recherche — en d’autres mots, même s’ils ne fourniront pas de volontaires sains — ceci est un exemple de soft power chinois; sans obligation de leur part, tous les pays d’Amérique du Sud se voient offrir des vaccins chinois à crédit.

Ils sont libres de préférer les vaccins américains. Mais quelle garantie ont-ils que les États-Unis, très atteints par la pandémie, accepteront de leur vendre leurs précieux vaccins…

Références :
China offers $1 billion loan to Latin America and the Caribbean for access to its COVID-19 vaccine
Essai clinique

Parus depuis :
Le Brésil, terrain d’expérimentation pour les vaccins contre le Covid-19 (2020-09-15)
Infecter des gens volontairement pour le développement d’un vaccin, est-ce éthique? (2020-10-26)

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés au Covid-19, veuillez cliquer sur ceci

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| Covid-19, Géopolitique, Santé | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Délocalisation de la production des médicaments et géopolitique

27 février 2020

C’est bien connu; les enfants qui toussent le font sans se soucier de la propagation de leurs microbes.

Lundi dernier, une famille dont le bébé toussait a été expulsée d’un avion en partance pour Paris à la suite de la plainte d’une autre passagère.

Pendant ce temps, des millions de voyageurs à travers le monde diffèrent leurs vacances, préférant voir comment l’épidémie de Covid-19 évoluera.

Représentant 290 compagnies aériennes (qui assurent 82 % du trafic aérien mondial), l’Association internationale du transport aérien estime que ses membres perdront 27,8 milliards$ en 2020.

À cela s’ajoutent les pertes des autres partenaires de l’industrie touristique; hôtels, restaurants, agences de voyages, etc.

Aujourd’hui, on apprend que l’Arabie saoudite interdira temporairement l’entrée sur son territoire à tous les pèlerins étrangers et que le Japon craint pour la tenue des Jeux olympiques qu’elle doit accueillir cet été.

En provoquant la mise en quarantaine de villes entières, le Covid-19 perturbe l’approvisionnement en matières premières et en produits finis.

Ces jours-ci, les indices boursiers fléchissent légèrement en raison des incertitudes que fait planer le coronavirus sur l’économie mondiale.

Basée sur de faibles données scientifiques, la rumeur se répand aujourd’hui selon laquelle la chloroquine (un vieux médicament contre la malaria) serait efficace contre le Covid-19.

Indépendamment de la véracité de cette rumeur, imaginons qu’un médicament déjà commercialisé depuis longtemps apparaisse soudainement comme le seul traitement efficace et peu couteux contre le coronavirus.

En pareil cas, il y a de très bonnes chances que ce médicament soit fabriqué exclusivement en Chine ou en Inde.

Le Canada a perdu la presque totalité de sa capacité de produire des ingrédients actifs et des médicaments finis, laissant son industrie pharmaceutique délocaliser sa production en Chine ou en Inde afin de réaliser des économies d’échelle.

En conclusion à un texte paru en 2011, j’écrivais :

Le jour où l’approvisionnement en médicaments sera jugé aussi stratégique que l’approvisionnement en pétrole, les gouvernements seront davantage soucieux d’établir des règles qui garantissent à leurs citoyens l’accès ininterrompu en médicaments essentiels à leur vie.

Références :
COVID-19 : l’antimalaria chloroquine, une piste très préliminaire
Jeux de Tokyo et COVID-19 : trop tôt pour s’alarmer, dit l’OMS
L’affaire Huawei : dure pour le Canada, la vie de caniche américain
L’épidémie du COVID-19 coûterait 30 milliards au secteur aérien
Les marchés prennent la mesure de la propagation
Les pénuries de médicaments
Microsoft n’atteindra pas certains objectifs financiers en raison du COVID-19
Terres rares : l’arme secrète de Pékin dans sa guerre commerciale contre Washington ?
Un bébé tousse? Qu’on l’expulse de l’avion!

Paru depuis :
Plus d’un million de masques retenus en Inde (2020-03-30)

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| Économie, Géopolitique, Politique internationale, Sécurité | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Les conséquences géostratégiques du basculement vers les énergies vertes

14 février 2020
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Guillaume Pitron est journaliste et documentariste. Il est l’auteur du livre La guerre des métaux rares : la face cachée de la transition énergétique et numérique.

Dans cette entrevue, diffusée en décembre 2019 sur la chaine ThinkerView, il aborde les sujets suvants :
• l’envers du capitalisme vert
• la guerre des métaux stratégiques
• l’effondrement de l’âge thermo-industriel
• l’émergence de l’extractivisme minéral
• l’approvisionnement minier et la sécurité nationale
• l’empreinte carbone des technologies.

Citation (à partir de 41:15) :

«… on a vécu un basculement des énergies-monde, au début du XXe siècle, lorsqu’on a basculé du charbon au pétrole.

Ce saut technologique était un saut énergétique puisqu’on est parti de la machine à vapeur au moteur à essence.
[…]
Le Royaume-Uni avait le charbon. Chez lui. Et il tirait le meilleur parti des technologies qui utilisaient le charbon; la machine à vapeur, par exemple, et la tisseuse mécanique.

Le moment où on passe à un système énergétique qui dépend davantage du pétrole, c’est tout ‘bénéf’ pour les Américains.
[…]
Les États-Unis ont le pétrole chez eux […]. Et c’est ainsi qu’ils développent les technologies qui se servent de ce pétrole. Et c’est ainsi qu’arrive la Ford-T en 1908 […].

[Maintenant], on passe dans un nouvel ordre énergétique puisqu’on va passer à l’après-pétrole.

Et c’est donc un nouveau basculement des économies-mode qui arrive, mais cette fois-ci à l’avantage de la Chine.

Parce que la Chine a les matières premières. […] Et puis, elle a la maitrise des technologies qui utilisent ces métaux.

[…] on bascule dans un monde où c’est la Chine qui va être capable de fabriquer les technologies vertes. Et c’est ce qu’elle fait; elle fabrique la majorité des panneaux solaires. Elle fabrique la majorité des batteries des voitures électriques aujourd’hui.

Elle fabriquera demain la majorité des voitures électriques. Et demain, nous achèterons des voitures électriques chinoises.»

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| Environnement, Géopolitique | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Missiles iraniens : une dangerosité surfaite ?

11 janvier 2020

Avant-propos : Tout comme les obus, les missiles sont des armes meurtrières. Le texte qui suit concerne leur utilisation comme outils de guerre et n’est donc pas une allusion à cet avion ukrainien récemment abattu par l’Iran.

Cliquez sur l’image pour l’agrandir

Introduction

À la suite d’un attentat terroriste commis par les États-Unis contre le général iranien Qassem Soleimani, ce pays a répliqué par des tirs de missiles visant deux bases américaines en Irak.

Ces frappes n’ont fait aucune victime.

Pour expliquer cela, certaines sources soutiennent qu’afin d’éviter un incident diplomatique avec l’Irak (avec lequel l’Iran entretient de bonnes relations), l’Iran aurait eu la courtoisie de prévenir ce pays ami peu de temps avant l’attaque (demeurée secrète jusqu’alors).

Celui-ci, en retour, aurait averti les Américains (dont les militaires se sont alors réfugiés dans des abris sous-terrain).

Par contre, certains analystes ont émis l’hypothèse que Téhéran a sciemment raté son coup afin d’éviter une escalade des tensions avec Washington

Ceci est extrêmement douteux. Un pays menacé de guerre ne fait pas exprès pour prouver la vulnérabilité de ses défenses ou l’inefficacité de ses moyens d’attaque.

De plus, on ne gaspille pas des millions$ en missiles pour ‘faire semblant’ de se venger alors qu’on pourrait avoir bientôt besoin de cet argent (ou de ces missiles) pour se défendre.

D’autres sources estiment, au contraire, que les missiles iraniens seraient devenus tellement précis que l’Iran aurait choisi — à l’aveugle puisqu’on était en pleine nuit — de faire la distinction entre les casernes (où les soldats dormaient) et les hangars qui ont été ciblés et détruits. D’où l’absence de victimes.

Quinze ou seize missiles ont été tirés. Onze ont frappé la base militaire d’Ayn al-Assad (photo ci-dessus) tandis qu’un autre a frappé une base américaine située près d’Erbil.

Une première constatation : les bases américaines en Irak ne sont pas protégées par des missiles antimissiles.

De plus, trois ou quatre missiles se sont écrasés dans la campagne irakienne et donc, ont complètement raté leur cible.

D’où la question : les missiles iraniens sont-ils aussi précis qu’on le prétend ?

Les missiles russes

Les missiles iraniens proviennent de deux sources : ceux importés de Russie et ceux fabriqués en Iran.

La technologie antimissile russe est la plus efficace et la plus précise au monde.

En 2007, l’Iran avait obtenu 29 véhicules antiaériens mobiles Tor-M1 en vertu d’un contrat de 700 millions$ signé deux ans plus tôt avec Moscou.

Quoique très efficace, le système antimissile Tor-M1 n’est pas le plus sophistiqué de l’arsenal russe puisqu’il est maintenant vieux de deux décennies. Le cout unitaire de chaque véhicule est de 25 millions$.

En 2010, à l’époque du président russe Dmitry Medvedev, des pressions américaines et israéliennes avaient provoqué l’annulation d’un contrat de vente à l’Iran des redoutables missiles russes S-300.

Depuis le retour de Poutine à la résidence russe, Moscou se dit prêt à vendre des missiles S-300VM (encore plus puissants) à l’Iran. Une offre que Téhéran ne semble pas avoir acceptée.

Ce qui fait sans doute hésiter l’Iran, c’est le prix unitaire de ces véhicules antiaériens; 120 million$. Il s’agit d’une somme considérable pour un pays dont l’économie est étranglée par les sanctions américaines.

L’Iran peut évidemment pratiquer le troc avec Moscou. Mais quoi donner en retour ? La Russie est déjà un des principaux exportateurs de pétrole.

En raison des couts élevés de la technologie antimissile russe, l’Iran fabrique ses propres missiles. C’est sa principale source d’approvisionnement.

Les missiles faits en Iran

En 2018, le budget militaire iranien était de 13 milliards$US (environ le cinquième de celui de l’Arabie saoudite).

Son arsenal de drones et de missiles est le plus important du Moyen-Orient. Les Américains estiment que l’Iran en aurait des milliers, d’une douzaine de variétés.

Ceux dont la portée est la plus courte sont des missiles sol-air destinés à abattre des avions de chasse et des bombardiers ennemis.

Les missiles dont la portée est plus longue sont des missiles sol-sol. Les missiles Fateh ont une portée entre 200 et 300 km. Ce sont ceux que l’Iran a utilisés la semaine dernière contre les deux bases américaines.

Ceux qu’Israël craint sont des missiles sol-sol dont la portée est encore plus longue; les Shahab.

Les plus puissants d’entre eux pourraient atteindre des cibles situées à deux-mille kilomètres.

En balistique, l’écart circulaire probable (ÉCP) est le rayon du cercle à l’intérieur duquel tombent la moitié des frappes. En somme, c’est une mesure de la précision des missiles.

L’ÉCP des missiles Shahab-3 originels (ceux de 2002) était de 2,5 km. Une telle imprécision est inacceptable.

Membres de cette famille, les missiles Ghadr-1 sont apparus en 2015. Ces derniers sont cinq fois plus précis; leur ÉCP est de 300 mètres.

Le 12 juin dernier, l’aéroport saoudien d’Abha — situé à 306 km du Yémen — a été bombardé par les rebelles de ce pays.

À cette occasion, le missile (probablement d’origine iranienne) a raté la tour de contrôle. Si bien que c’est la salle d’arrivée des voyageurs qui a été endommagée.

Cette imprécision est compatible avec les renseignements qu’on possède au sujet de l’ÉCP actuel des missiles iraniens.

Cela contraste avec la précision ‘chirurgicale’ des frappes du 14 septembre dernier contre les sites pétroliers saoudiens.

Ce qui donne plus de poids à l’hypothèse — avancée sur ce blogue — selon laquelle ces frappes ont été tirées à bout portant par la dictature saoudienne contre ses propres installations dans le but de forcer les États-Unis à entrer en guerre contre l’Iran.

Conclusion

Le complexe militaro-industriel américain a continuellement besoin de nouvelles guerres pour maintenir l’emploi.

Ce complexe est un allié de l’OTAN. Afin de justifier son existence, ce dernier doit absolument exagérer la dangerosité des menaces ennemies.

D’abord, la Russie.

Alors que l’armée américaine est cinq à dix fois plus puissante que l’armée russe — en d’autres mots, alors que le risque de guerre mondiale est nul — l’OTAN s’est lancée depuis 2014 dans une course aux armements.

Le prétexte en a été l’annexion russe de la Crimée. L’OTAN feint d’ignorer que cette annexion était souhaitée par les Criméens eux-mêmes (qui l’ont adoptée par référendum). Ce que l’OTAN compare abusivement à l’invasion de la Pologne par l’Allemagne nazie en 1939.

Puis, la Chine.

Les États-Unis (et les ONG qu’ils financent) estiment qu’un million d’Ouïgours sont emprisonnés en Chine.

S’il ne fait aucun doute que la Chine a créé des ‘camps de rééducation’ afin de venir à bout des violences inter-ethniques dans l’ouest du pays, on se demande comment la Chine pourrait loger un million de personnes sans qu’on ait des photos satellites pour prouver l’ampleur de cette incarcération.

De plus, il ne faudrait pas oublier qu’il y a officiellement deux millions de prisonniers aux États-Unis, un pays quatre fois moins populeux.

Donc, même si un million d’Ouïgours étaient vraiment emprisonnés, les États-Unis demeureraient le champion mondial de l’incarcération.

Et l’Iran.

De la même manière, l’Iran nous est présenté comme une grande menace terroriste.

Selon les dépêches diplomatiques américaines révélées par Wikileaks, l’Arabie saoudite est le principal financier du terrorisme international.

L’Iran n’est impliqué que dans un terrorisme de portée régionale, comme le sont eux-mêmes presque tous les autres pays de la région.

Il est indiscutable que le général Soleimani planifiait de tuer des soldats américains. Toutefois, on doit admettre que tous les généraux au monde planifient de tuer des ennemis. Pour n’importe quel pays, à quoi ça sert d’avoir une armée si les soldats refusent de tuer des envahisseurs ?

Menacé de guerre par les États-Unis — le seul pays qui, jusqu’ici, ait utilisé l’arme nucléaire — l’Iran sait que seule son adhésion au club des détenteurs de l’arme atomique est susceptible de faire hésiter les Américains à l’envahir. Comme c’est le cas pour la Corée du Nord.

D’ici à ce qu’elle obtienne suffisamment de combustible nucléaire pour créer sa première bombe, l’Iran a choisi de développer son programme de missiles.

Il ne s’agit pas d’une stratégie offensive puisqu’on ne gagne pas de guerre à coups de missile ou de bombardements; l’échec américain en Syrie en est la preuve.

Il s’agit d’une stratégie de dissuasion. L’Iran sait que ses voisins hostiles (notamment l’Arabie saoudite) hésiteront à lui faire la guerre si leurs villes sont susceptibles d’être bombardées par des missiles iraniens alors que la technologie antimissile américaine sera impuissante à les protéger.

Références :
Emad, Ghadr (Shahab-3 Variants)
Fateh-110
How strong is Iran’s military?
Le mystère des attaques contre les champs pétroliers saoudiens
L’Iran riposte aux États-Unis
Russia offers to sell anti-aircraft missiles to Iran
Russia will supply new anti-aircraft missiles for Iran
S-300VM missile system
Tor missile system
2020 Iranian attack on U.S. forces in Iraq

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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