Les prérequis iraniens à la paix

Publié le 18 mai 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

Aux discussions américano-iraniennes qui servent de préalable à l’ouverture de négociations de paix, la position iranienne nous parvient au travers du filtre de l’administration Trump.

Or ce que celle-ci nous transmet, c’est une liste où les demandes iraniennes sont présentées pêlemêle alors qu’il est clair qu’elles ne peuvent pas avoir toutes la même importance aux yeux de Téhéran.

Le 12 mai dernier, sur son compte X, Ali Hashem (qui œuvre pour Alzajeera) fournissait des précisions indispensables pour bien comprendre la position iranienne. Selon ce journaliste…

Les prérequis iraniens à l’ouverture de négociations de paix avec les États-Unis sont :
• la fin de la guerre sur tous les fronts,
• la levée de toutes les sanctions économiques contre l’Iran,
• le déblocage des avoirs iraniens gelés,
• l’indemnisation des dommages et pertes de guerre, et
• la reconnaissance de la souveraineté de l’Iran sur le détroit d’Ormuz.

C’est seulement après l’acceptation de ces prérequis par Washington que Téhéran décidera de participer à des négociations de paix au sujet de son programme nucléaire.

Par expérience, les dirigeants iraniens savent qu’on ne doit jamais faire confiance à la parole des États-Unis. En obligeant, par exemple, ces derniers à débloquer préalablement les avoirs iraniens gelés, il suffit à l’Iran de les encaisser pour que cela soit irréversible. Même si Donald Trump voudrait revenir en arrière, il ne le pourra pas. Voilà pourquoi c’est un prérequis.

D’autre part, contrairement à ce que laisse entendre l’Iran, ces prérequis sont négociables à la marge.

À titre d’exemple, au cours de leur histoire, les États-Unis n’ont jamais accepté de payer pour des réparations de guerre. Mais dans ce cas-ci, ils pourraient accepter que la reconstruction de l’Iran soit financée par une taxe iranienne sur le pétrole qui transite par le détroit d’Ormuz. Pour l’instant, Washington considère cela comme inacceptable. La montée inexorable du prix de l’essence devrait les amener à changer d’idée.

Bref, il y a toujours moyen de moyenner.

Parallèlement, les dirigeants iraniens répètent à tous ceux qui veulent les entendre que l’utilisation civile (c’est-à-dire pacifique) de l’énergie nucléaire est un droit inaliénable et que son programme nucléaire actuel jouit de l’assentiment de la vaste majorité des Iraniens.

Déjà, dans des négociations antérieures, l’Iran a déjà consenti à renoncer à l’enrichissement de l’uranium, à confier ses stocks d’uranium à une puissance amie — la Russie, qui l’approvisionnerait au fur et à mesure de ses besoins civils — et à ce que les inspecteurs de l’Onu visitent ses installations.

De nombreuses voix en Iran soutiennent que si l’Iran possédait déjà l’arme nucléaire, Washington et Tel-Aviv n’auraient pas osé l’attaquer.

Pourtant, l’Inde n’hésite pas à riposter militairement au Pakistan en dépit du fait que ce dernier est une puissance nucléaire. L’Ukraine s’attaque à des cibles situées en Russie, puissance nucléaire. Et l’Iran bombarde Israël, autre puissance nucléaire.

Bref, une arme de dernier recours que personne n’ose utiliser est moins utile qu’on pense.

En réalité, l’Iran n’a pas intérêt à posséder l’arme nucléaire. Grâce à ses drones, ses missiles et le blocage du détroit d’Ormuz, l’Iran exerce depuis peu une puissance hégémonique incontestable sur l’ensemble du Moyen-Orient.

Si ce pays se dote de l’arme nucléaire, l’Arabie saoudite, à portée de tir d’Israël et d’Iran, voudra faire pareil. Elle obtiendra l’arme nucléaire de son allié, le Pakistan.

Et les Émirats, coincés entre l’Arabie saoudite et l’Iran, voudront eux aussi appartenir au ‘club’ des puissances nucléaires. Dans ce contexte, son allié israélien pourrait soutenir cette démarche.

Quand plusieurs pays du Golfe rejoindront ce club, l’Iran perdra l’effet dissuasif de la possession de la bombe nucléaire.

Toutefois, plus les Américains croiront dur comme fer que l’Iran tient absolument à se doter de l’arme nucléaire, plus grande sera la victoire apparente de Donald Trump quand l’Iran renoncera à ce qui n’a jamais été son intention.

Quant au programme balistique iranien, on ne doit pas se surprendre de son absence de la discussion; il n’est pas négociable. L’Iran a acquis une expertise mondiale dans la fabrication de ses missiles. C’est ce qu’Israël a appris à ses dépens.

Il est maintenant évident pour tous que les missiles de l’Iran confèrent à ce pays une puissance dissuasive plus grande que l’arme nucléaire possédée par Israël.

Voilà pourquoi l’Iran n’y renoncera jamais.

Références :
Al Jazeera Insider reveals Iran’s actual demnds – w/ Journalist Ali Hashem (vidéo en anglais)
Iran Specifies 5 Demands To Restart Peace Talks With US
Message d’Ali Hashem sur X

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le dilemme iranien : gagner la guerre sans perdre la paix

Publié le 13 mai 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

Introduction

On ne sait pas dans quel pays asiatique est né le jeu d’échecs. Mais avec certitude, on le retrouve en Perse — l’Iran d’aujourd’hui — au VIe siècle.

Et de la Perse, ce jeu — dont le nom vient justement du perse — s’est répandu à travers le monde, notamment en Europe à la faveur de l’expansion ibérique de l’Islam.

Lorsqu’on analyse le jeu d’échecs auquel se livrent les belligérants de la Troisième guerre du Golfe, on a l’impression que Téhéran a continuellement plusieurs coups d’avance sur Washington.

La raison est simple; les Iraniens se préparent à cette guerre depuis des décennies.

David contre Goliath

De loin, l’armée américaine est la plus puissante au monde. Chacun des éléments de son arsenal militaire est une merveille technologique, conçue pour affronter brillamment n’importe quelle guerre du siècle passé.

Mais nous ne sommes plus en 1945.

De nos jours, la maitrise des airs, par exemple, ne donne rien quand on ignore où se trouve l’essentiel du matériel militaire ennemi, enfoui ou caché dans des montagnes. Donc invisible aux radars et aux satellites-espions.

Depuis la guerre en Ukraine, les affrontements militaires se gagnent à l’aide de missiles, de drones, et d’intercepteurs. Le tout guidé par des radars ou des données de géolocalisation.

Ce que l’Iran possède amplement. Mais ce dont les États-Unis commencent à manquer après avoir donné généreusement les leurs à l’Ukraine et à Israël.

La stratégie iranienne

Au cours des dernières semaines, un petit nombre de navires américains ont tenté de traverser le détroit d’Ormuz — en mission de déminage ou pour sécuriser la traversée de pétroliers — mais ont dû rebrousser chemin après avoir été menacés par l’armée iranienne.

Puisque ces navires étaient à portée des missiles ennemis, pourquoi n’ont-ils pas été détruits ?

Parmi la multitude d’hypothèses qu’on peut émettre à ce sujet, celle qui m’apparait la plus plausible est celle qui soutient que le but de l’Iran n’est pas simplement de gagner la guerre.

Retournons en arrière.

En Irak, pays voisin de l’Iran, les États-Unis ont remporté la guerre contre Saddam Hussein en 2003. Mais en raison de l’incompétence de Paul Bremer III, chef du protectorat mis en place pour gérer le pays, Washington a perdu la paix; l’Irak est entré en guerre civile. Et de ce chaos est né l’organisation terroriste Daech.

Revenons au présent.

La stratégie de l’Iran n’est pas seulement de remporter cette guerre, mais surtout d’éviter de perdre la paix.

Si l’Iran avait anéanti le petit nombre de navires américains qui ont tenté de défier son autorité sur le détroit d’Ormuz ou si, lors d’une invasion militaire future, des dizaines de milliers de soldats américains devaient perdre la vie, l’Iran risque que les États-Unis se braquent contre lui pour des décennies.

Ce que veut l’Iran, c’est de crever l’abcès.

Et l’abcès, ce sont des décennies de sanctions économiques, des attaques aériennes israéliennes à répétition, des assassinats ciblés (contre un général iranien, tué par décision de Trump) ou contre des scientifiques œuvrant au programme nucléaire iranien (tués par Israël).

L’Iran en a assez. Ce pays veut créer des conditions qui forcent les États-Unis à pacifier le Proche et le Moyen-Orient.

Or ce n’est pas en transformant une invasion militaire américaine en bain de sang que l’Iran y parviendra.

Les dirigeants iraniens savent qu’on ne gagne pas aux échecs en éliminant au maximum les pièces de l’adversaire ou en tuant son roi, mais plutôt en faisant en sorte que ce dernier est menacé de capture au prochain coup sans qu’il puisse se sortir de cette impasse.

Mon hypothèse est qu’en capturant un très grand nombre de prisonniers américains et en faisant en sorte que toute tentative de les délivrer tourne à la catastrophe, ce butin — considéré comme un tout — acquerrait la même importance que celle d’un roi mis échec et mat.

Références :
Assassinat de Qassem Soleimani
Chinese military experts take stock of US munitions weak spot exposed by Iran war
Débarquement de la baie des Cochons
Échec et mat
Histoire du jeu d’échecs
Paul Bremer
Programme nucléaire iranien : ça joue dur
Ukraine’s US air defenses are at risk in Iran war

Complément de lecture : Trump pourrait gagner la guerre en Iran

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les émeutes iraniennes de l’hiver 2025-2026

Publié le 29 avril 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

Les émeutes survenues en Iran entre le 28 décembre 2025 et le 23 janvier 2026 n’ont aucun rapport avec celles consécutives à la mort de Mahsa Amini à Téhéran en septembre 2022 (assassinée pour ne pas avoir porté le voile islamique ‘correctement’).

Celles survenues plus tôt cette année, beaucoup plus meurtrières, ont été déclenchées par la faillite de la banque Ayandeh et instrumentalisées par le gouvernement israélien.

C’est en 2010 que l’homme d’affaires iranien Ali Ansari a fondé la banque privée Ayandeh à partir d’un capital de départ de deux-cent-millions de dollars.

Cette banque a attiré sept-millions d’épargnants en offrant des taux d’intérêt environ quatre pour cent plus élevés que ceux offerts par les banques concurrentes.

En 2017, la banque Ayandeh détenait 76 % de tous les dépôts du pays.

À plus des deux tiers, cet argent servait à financer les investissements immobiliers de son fondateur, notamment le centre commercial de deux-millions de mètres carrés qu’Ali Ansari avait fait construire dans la banlieue ouest de Téhéran.

À la suite du retrait des États-Unis de l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien en 2018 et le retour des sanctions américaines, l’économie iranienne s’est contractée. Conséquemment, les marques de luxe qui se proposaient d’ouvrir boutique à l’Iran Mall ont abandonné leurs projets.

Si bien que ce complexe, à la fois commercial et récréotouristique, est devenu un éléphant blanc. Ce qui, peu à peu, a drainé les liquidités de la banque Ayandeh.

Au moment de sa liquidation en octobre 2025, la banque devait 5,1 milliards de dollars américains.

Pour pallier la colère de ceux qui avaient tout perdu, le gouvernement a promis de rembourser la clientèle de la banque en donnant la priorité aux petits épargnants.

Pour ce faire, la Banque centrale iranienne se proposait d’imprimer 550 millions de millions de millions de millions de rials. Aussitôt, les économistes les plus compétents du pays ont fait valoir que cela créerait une poussée inflationniste qui nuirait à la stabilité économique iranienne.

Et pendant que la controverse faisait rage parmi les économistes, des millions d’Iraniens ne pouvaient plus payer leur loyer ni leur épicerie. Conséquemment, deux mois plus tard, d’immenses manifestations ont embrasé le pays.

La colère légitime du peuple iranien a été amplifiée sur les médias sociaux américains par une multitude de messages qui accusaient les autorités de laxisme, voire de connivence, avec les responsables de la faillite.

Rétroactivement, il est facile d’imaginer qu’une partie de ces messages étaient été publiés de l’Étranger.

Le 5 février dernier, devant le Comté sénatorial des banques, le secrétaire au Trésor américain (l’équivalent du ministre des Finances) s’est vanté d’avoir provoqué les émeutes en empêchant les Iraniens de se protéger de l’inflation en échangeant leurs rials pour des dollars américains.


 
Cela est douteux. La devise iranienne s’échangeait à 30 720 rials pour un dollar canadien au début des émeutes et au taux de 30 701 rials aujourd’hui.

Quant à l’inflation, elle était de 37,1 % en 2024, de 45,0 % en 2025, puis d’environ 50,0 % depuis le début de l’année 2026.

La vantardise du secrétaire au Trésor américain est un écran de fumée.

À quelques détails près, la participation israélo-américaine dans les émeutes iraniennes de l’hiver dernier a été calquée sur le modèle du coup d’État de la place Maïdan, en Ukraine, en février 2014.

À la différence que dans ce cas-ci, des armes étaient entrées illégalement au pays par le biais du Kurdistan iranien. De plus, après avoir piraté toutes les caméras de circulation de Téhéran, les services secrets israéliens pouvaient diriger les opérations de leurs tireurs d’élite infiltrés sur place.

Le rôle de ceux-ci était d’accéder aux toits de divers édifices de la capitale et, du haut des airs ou par petits groupes à l’écart dans la foule, de tirer à la fois sur les protestataires et sur les forces policières afin de les dresser les uns contre les autres.

Le bilan de l’Iran Human Rights fait état de 3 428 manifestants tués. L’Human Rights Activists News Agency (HRANA) estime plutôt ce nombre à 5 777 personnes. Parmi les forces de l’ordre, l’HRANA évalue le nombre de morts à 214 agents.

Après avoir ainsi manipulé l’opinion publique internationale, il ne restait plus au gouvernement israélien que de convaincre Donald Trump pour déclencher la Troisième guerre du Golfe.

Références :
Accord de Vienne sur le nucléaire iranien
Ayandeh Bank collapse lays bare Iran’s economic rot
Iran : la police lance un ultimatum aux participants aux « émeutes » pour se livrer
Les services secrets israéliens ont passé des années à pirater les caméras de surveillance de Téhéran pour localiser, espionner et finalement tuer le guide suprême iranien Ali Khamenei
Manifestations consécutives à la mort de Mahsa Amini
‘Rats leaving the ship,’ Bessent says of Iranian capital flight
Répression des manifestations iraniennes en 2026
Ukraine : l’histoire secrète de la révolution de Maïdan

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La Troisième guerre du Golfe et l’Australie

Publié le 23 avril 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

De toutes les régions du monde, c’est en Extrême-Orient et en Océanie que le blocage du détroit d’Ormuz a eu le plus d’impact.

L’Australie est le septième producteur mondial de gaz fossile et le cinquième producteur de charbon. Même si ce pays possède de modestes réserves de pétrole (37e rang mondial), il a démantelé six de ses huit raffineries de pétrole afin de s’approvisionner à moindre cout de Singapour et de Corée du Sud. Or ces deux pays importent leur brut des pays du golfe Persique.

Pire encore, alors que l’Agence internationale de l’énergie recommande aux pays de maintenir des réserves pétrolières équivalentes à 90 jours d’autonomie, les réserves stratégiques de l’Australie ne sont que pour 30 jours.

Avec le blocage du détroit d’Ormuz, cette imprudence se retourne contre l’Australie.

Depuis quelque semaines, on assiste à une multiplication du nombre de stations-service à court de pétrole. Pour inciter les automobilistes à utiliser le transport en commun, certaines villes ont décrété sa gratuité.

Dans ce pays de l’hémisphère sud, les saisons sont inversées par rapport à nous. Pour rassurer les fermiers inquiets de ne pouvoir moissonner leurs champs par manque de diésel, le gouvernement a adopté trois mesures.

Premièrement, celle de réduire de moitié la taxe d’accise sur le carburant. Deuxièmement, de libérer le cinquième de ses réserves stratégiques principalement au profit des régions rurales du pays.

Et finalement, le gouvernement a réduit ses exigences environnementales quant à la teneur en soufre du pétrole pouvant être vendu en Australie.

Le but de cette mesure est de permettre à une des deux raffineries du pays d’écouler son pétrole sur le marché intérieur alors que ce pétrole était jusque là réservé à l’exportation car trop polluant pour les moteurs australiens.

En dépit de ces mesures, certaines stations-service plafonnent la quantité de pétrole que les automobilistes peuvent acheter. D’où le succès d’une application téléphonique comme FuelChech pour savoir, en temps réel, où on peut trouver de l’essence.

Dans le cas d’une autre guerre, celle en Ukraine, l’Australie a ouvert ses portes à quinze-mille réfugiés ukrainophones. Par contre, le 26 mars dernier, l’Australie a révoqué sept-mille visas émis à des visiteurs iraniens. Comme si, à la différence des Ukrainiens, le peuple iranien était solidaire du régime en place et donc, représentait un risque sécuritaire pour l’Australie.

Références :
Australia must continue to stand with Ukrainians seeking safety
Classement des États du monde par production de charbon
L’Australie prise au piège de la guerre au Proche-Orient
Pétrole en Australie
Top 10 des pays producteurs de gaz naturel dans le monde en 2024

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Pénurie de gants chirurgicaux en vue ?

Publié le 22 avril 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

La société malaisienne Karex est le plus important fabricant de condoms au monde. Elle en fabrique plus de cinq-milliards par année, vendus sous diverses marques dont Durex™ et Trojan™.

L’entreprise annonçait hier qu’en raison des pénuries engendrées par la Troisième guerre du Golfe, elle hausserait de 30 % le prix de ses contraceptifs.

En 24 heures, cette nouvelle a fait le tour du monde.

Toutefois, ce qui a échappé à l’attention des médias, c’est que les ingrédients qui servent à faire des condoms (le latex, le nitrile, le polyuréthane et le polyisoprène) servent également à fabriquer des gants chirurgicaux.

Normalement, l’augmentation des prix fait diminuer la demande… sauf lorsque celle-ci est inélastique. En sciences économiques, est qualifiée d’inélastique la demande d’un bien ou d’un service qui varie peu, même en cas de forte variation de prix.

C’est le cas des gants chirurgicaux. Même si les prix devaient doubler ou tripler, la demande ne diminuera pas.

Ce qui laisse entrevoir la répétition de ce qui s’est passé en février et en mars 2020 au sujet des masques chirurgicaux.

Rappelons les évènements.

En janvier 2020, l’épidémie au Covid-19 n’a pas encore frappé le Québec. Ce mois-là, le directeur de la santé publique de Chine — la personne la plus compétente pour en parler — répète à qui veut l’entendre qu’une très grave épidémie s’apprête à frapper le monde et que celle-ci s’attrape en inhalant les gouttelettes respiratoires de personnes infectées.

Prenant acte de cet avertissement, l’Alberta achète le moins suivant des quantités très importantes de masques chirurgicaux.

Pendant ce temps, au Québec, la Santé publique est dirigée par des incompétents. Prétendant s’appuyer sur la science, son directeur déclare au Devoir, le 5 février 2020, que la grippe saisonnière était plus à craindre que le coronavirus.

Un mois plus tard, à son retour de vacances du Maroc, il rassure la cellule de crise créée par le premier ministre; le Québec ne manquera pas de masques de protection, dit-il.

Le reste est connu; ce fut un fiasco.

Dans les mois qui viennent, est-ce que nos hôpitaux manqueront de gants chirurgicaux ?

Personne ne le sait.

Le principe de précaution exige que le Québec fasse le plein de gants comme l’Alberta a fait le plein de masques en 2020. Au risque de réaliser par la suite qu’on s’est affolé pour rien.

Au contraire, si on évite d’agir par peur de se tromper, cela pourrait entrainer que des milliers d’opérations seront remises à plus tard parce que nos chirurgiens et leurs assistants manqueront de gants.

Références :
Covid-19 – Histoire d’un fiasco
World’s biggest condom maker set to raise prices due to Iran war

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La Troisième guerre du Golfe et la perfide Albion

Publié le 21 avril 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

Introduction

Le 1er mars dernier, des drones iraniens ont été tirés vers une base militaire que la Grande=Bretagne possède sur l’ile de Chypre, en Méditerranée.

Aussitôt, Londres a fait savoir qu’elle s’opposait à ce que ses bases militaires soient utilisées par les États-Unis pour des attaques en Iran. Du moins contre des cibles politiques ou économiques précise le quotidien The Independant.

Cette condition — qui s’apparente à un vœu pieux — ne s’applique pas aux bases que les États-Unis possèdent en sol britannique.

Alors que plusieurs pays européens interdisent à l’aviation militaire des États-Unis de survoler leur territoire, la Grande-Bretagne n’a pas jugé bon de le faire.

La base américaine de Fairford

De toutes les bases américaines en Europe, celle de Fairford (en Grande-Bretagne) possède la plus longue piste d’atterrissage.

Au cours des dix premiers jours de la guerre, c’est à cette base que cinq bombardiers B-1B et trois B-52s américains ont fait le plein de munitions avant d’aller bombarder l’Iran.

Entre autres, ils y ont chargé des bombes de 900 kg, renommées pour leur effet dévastateur mais qui évitent miraculeusement les cibles civiles, parait-il.

De l’armement britannique pour Israël

Moog est une société militaire américaine qui possède quelques usines en Grande-Bretagne, dont une à Wolverhampton.

Le 23 mars, à partir de cette usine, un camion d’UPS a transporté du matériel militaire à destination de l’aéroport de Liège, en Belgique. La cargaison devait être ensuite acheminée par avion en Israël par l’intermédiaire de la compagnie de fret belgo-israélienne Challenge.

La Belgique interdisant le transport aérien de matériel militaire à partir de son territoire, la cargaison a été interceptée par des douaniers belges.

L’enquête a démontré rétroactivement que dix-sept autres transits avaient été effectués précédemment.

Conclusion

Sans doute pour protester contre le fait que Washington ne l’a pas consulté ni même avisé avant de déclencher la Troisième guerre du Golfe, Londres a déclaré, dès les premiers jours du conflit : « Cette guerre n’est pas notre guerre.»

Aussi ‘étrangère’ soit-elle, celle-ci n’en demeure pas moins une occasion d’affaires à laquelle Londres a du mal à résister… comme probablement bien d’autres pays.

Références :
Attaque de drones iraniens sur Akrotiri et Dhekelia durant la Guerre d’Iran de 2026
Belgium seizes arms shipment sent from Britain to Israel
Britain says it’s not at war after a drone strikes its Akrotiri base in Cyprus
Du matériel militaire destiné à Israël bloqué à l’aéroport de Bierset
Guerre au Moyen-Orient: « Ce n’est pas notre guerre » réaffirme le Premier ministre britannique, Keir Starmer
Moog
Perfide Albion
Starmer says US strikes on Iran won’t be launched from Cyprus after row over UK bases
U.S. Air Force B-1 And B-52 Bombers Now Striking Iran From The UK

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Trump pourrait gagner la guerre en Iran

Publié le 19 avril 2026 | Temps de lecture : 7 minutes

Une occasion ratée

Ce qui s’est passé au Pakistan il y a une semaine n’a pas été une négociation, mais une rencontre.

L’Iran y avait délégué 71 personnes et s’attendait à ce que les pourparlers durent plusieurs jours. Toutefois, après une vingtaine d’heures, la délégation américaine a mis abruptement fin à la discussion.

En gros, la délégation américaine a tenté de convaincre les Iraniens qu’on devrait remettre la pâte dentifrice dans le tube. C’est-à-dire cesser les hostilités (comme avant la guerre), rouvrir le détroit d’Ormuz (comme il l’était avant) et continuer l’imposition de sanctions économiques à l’Iran (comme si rien ne s’était passé). Et seules différences; l’abandon du programme nucléaire iranien et du financement de ses alliés dans la région.

En somme, Washington se rendait au Pakistan afin de recueillir la capitulation de l’Iran.

Pour les Iraniens, cette guerre est une occasion de crever l’abcès.

Et l’abcès, ce sont des décennies de sanctions économiques, des attaques aériennes israéliennes à répétition, des assassinats ciblés (contre un général iranien, tué par décision de Trump) ou contre des scientifiques œuvrant au programme nucléaire iranien (tués par Israël).

L’Iran en a assez.

Si ce pays devait simplement accepter la fin des hostilités sans qu’on ait réglé les problèmes de fond, cette guerre n’aura servi à rien.

Aussitôt la guerre terminée, des capitaux occidentaux et des fonds souverains arabes entreprendront le creusage d’un canal qui permettra d’éviter le détroit d’Ormuz en reliant le golfe Persique à la mer d’Arabie (en traversant les Émirats et Oman).

Dès le canal achevé, la guerre reprendra en Iran là où elle aura été interrompue.

À la rencontre pakistanaise, l’administration Trump n’a pas compris que l’Iran lui donnait une occasion de sortir de cette guerre la tête haute.

Si Washington avait accepté que la levée complète des sanctions économiques soit l’élément central des négociations à venir, Donald Trump aurait pu obtenir le maximum de concessions de la part de l’Iran.

Quelles concessions ?

Le programme nucléaire iranien

L’Iran voudra-t-il abandonner son programme nucléaire (en partie ou en totalité) ?

Très certainement puisque c’est ce qu’il avait convenu au cours des négociations qui se sont tenus immédiatement avant le déclenchement sournois de cette guerre.

Toutefois, l’Iran n’abandonnera jamais la fabrication des isotopes radioactifs utilisés en médecine nucléaire.

Encadré par des inspections de l’Onu, l’Iran peut se doter d’un programme nucléaire civil sans que cela soit une menace à la sécurité d’Israël. C’est ce que l’Iran avait accepté dans le cadre des Accords de Vienne sur le nucléaire iranien, signés en 2015.

Au cours des négociations que cette guerre a interrompues, l’Iran était même prêt à accepter que son uranium soit entreposé chez une puissance amie (la Russie, par exemple) et livré au fur et à mesure de ses besoins.

La Troisième guerre du Golfe prouve, du moins jusqu’ici, que la possession de l’arme nucléaire n’a pas l’effet dissuasif qu’on croyait.

En effet, Israël subit d’importants bombardements malgré que ce pays soit une puissance nucléaire.

En désespoir de cause, si le gouvernement israélien décidait de recourir à l’arme nucléaire, cela justifierait l’acquisition de la bombe atomique par la République islamique. Et d’ici là, l’Iran pourrait répliquer en achetant des bombes nucléaires à la Corée du Nord (qui jouit probablement déjà à l’idée de leur en fournir).

À une négociation future, les négociateurs américains pourraient facilement convaincre l’Iran de l’inutilité de posséder une arme redoutable, mais qu’on ne peut pas utiliser.

Donc, au sujet du programme nucléaire iranien, Trump pourrait obtenir d’importantes concessions en échange de la levée complète des sanctions économiques.

Les drones et les missiles iraniens

Est-ce que l’Iran voudra renoncer à posséder de telles armes ? C’est comme demander à Trump de renoncer à son orgueil démesuré.

Jamais les Iraniens ne renonceront à leur seul moyen de se protéger des attaques aériennes d’Israël, c’est-à-dire d’un État hostile qui ne respecte jamais sa parole.

Le changement de régime

Cela n’est pas nécessaire. Il suffit que Téhéran accepte d’assouplir sa rigueur pour que cela constitue une victoire pour tous.

Des réserves américaines au plus bas

En quatre ans, la fourniture d’armement à l’Ukraine a sévèrement diminué les stocks de l’armée américaine.

Plus près de nous, la réplique israélienne à l’attaque du Hamas a provoqué une autre ponction dans les réserves américaines.

Dès les premiers jours de la Troisième guerre du Golfe, les États-Unis ont consommé une quantité très importante de bombes et de missiles. Le but recherché était de foudroyer l’ennemi. Ce qui ne s’est pas produit.

Puisque l’Iran résiste, les États-Unis ont, par exemple, utilisé en six semaines plus de missiles Tomahawk qu’ils peuvent en produire annuellement.

À ce rythme, ils en manqueraient dans quelques mois. D’où la nécessité absolue pour les États-Unis de négocier la paix avec l’Iran le plus tôt possible.

Conclusion

Les États-Unis ont été battus au Vietnam et en Afghanistan par des guérillas qui étaient armées de grenades et de kalachnikov.

À l’aide de missiles et de drones sophistiqués, l’Iran s’est montré capable de détruire les armes les plus puissantes de l’arsenal américain.

Si l’administration Trump devait ordonner l’invasion militaire de l’Iran, comment feront les soldats américains en sol découvert, alors des drones tourbillonneront autour d’eux comme des essaims de guêpes ?

Au-delà de la pénurie d’armes, comment convaincre les soldats américains de l’importance de risquer leur vie pour Israël ? Parce qu’il faut bien se le dire; la Troisième guerre du Golfe est essentiellement un conflit israélo-iranien dans laquelle les États-Unis se sont laissé entrainer.

Bref, il est impossible pour l’armée américaine de remporter cette guerre. Et elle le sait.

Les victoires que Donald Trump ne peut pas gagner sur les champs de bataille, il peut les remporter en pacifiant tous les pays riverains du golfe Persique. Ce que personne avant lui n’a réussi à faire.

Puisque le modèle de développement économique poursuivi par toutes les pétromonarchies depuis des décennies s’appuyait un mirage — une paix garantie par les États-Unis — ces pays n’ont pas d’autre choix que de s’entendre avec l’Iran.

Une fois le golfe Persique pacifié, pour étendre cette paix à l’ensemble du Proche et du Moyen-Orient, il ne restera à Trump que la tâche de mater le tigre israélien.

Bonne chance…

Références :
Accord de Vienne sur le nucléaire iranien
Guerre au Moyen-Orient : l’utilisation massive de missiles Tomahawk par l’armée américaine inquiète le Pentagone

Paru depuis : Chinese military experts take stock of US munitions weak spot exposed by Iran war (2026-04-23)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le double blocus du détroit d’Ormuz

Publié le 14 avril 2026 | Temps de lecture : 5 minutes


Introduction

En plus de l’hésitation à franchir le détroit d’Ormuz en raison des primes d’assurances élevées exigées par la Lloyd’s de Londres, ce détroit est l’objet de deux blocus complémentaires.

Le blocus iranien

L’Iran autorise le passage du détroit aux seuls navires ‘non hostiles’, c’est-à-dire à ceux de pays qui ne participent ni soutiennent les actes d’agression contre l’Iran.

Concrètement, cela exclut les navires qui transportent des marchandises à destination d’Israël, des États-Unis et de leurs alliés.

Peuvent l’emprunter, les navires qui transportent, par exemple, des marchandises (iraniennes ou non) vers la Chine, l’Inde, le Pakistan et la Turquie.

Deuxièmement, l’Iran exigeait (théoriquement) que la cargaison transportée ait été payée en devise chinoise (en yuans).

Dans les faits, on ne se présente pas à un terminal pétrolier comme on le fait en allant à une station-service; les achats d’hydrocarbures sont conclus plusieurs semaines d’avance. Donc le pétrole actuellement transporté a été acheté avant le début de la guerre.

Cette exigence est plutôt un avertissement adressé aux armateurs au sujet de leurs achats futurs.

Le Japon dépend fortement du pétrole saoudien. Pour le pays du soleil levant, on peut imaginer l’humiliation de recourir à la devise chinoise pour se procurer du pétrole…

Troisièmement, l’Iran a imposé un péage (allant jusqu’à deux-millions de dollars, payables en cryptomonnaie) à certains des navires autorisés à franchir le détroit.

Depuis le début de la guerre, une centaine de pétroliers ont quitté le golfe Persique, soit beaucoup moins que d’habitude.

Le blocus américain

Au blocus iranien (qualifié d’illégal par les États-Unis), s’ajoute un blocus complémentaire imposé à partir d’hier par Washington aux navires qui partent des ports iraniens.

À quelques centaines de kilomètres des côtes iraniennes, la marine américaine se propose non seulement d’arraisonner ces navires, mais également de s’emparer de leur cargaison.

On se rappellera que Donald Trump avait suspendu son interdiction d’acheter du pétrole iranien dans l’espoir de faire baisser les cours mondiaux des hydrocarbures.

La décision de remettre un blocus nuit non seulement à l’Iran, mais également à ses clients, dont la Chine.

On estime que le pétrole iranien représente officieusement 15 % des importations de la Chine. On peut s’attendre à ce que cette dernière réagisse avec fermeté à la piraterie américaine.

Si elle devait décider d’envoyer des sous-marins ou des navires de guerre pour escorter ses pétroliers, on serait alors au bord d’un conflit beaucoup plus important.

La raison du blocus américain

Quotidiennement, l’Iran a exporté 1,84 million de barils de pétrole brut (bpb) en mars et un peu moins (1,71 million de bpb) jusqu’ici en avril. Dans les deux cas, c’est plus que la moyenne quotidienne de 2025 (1,68 million de bpb).

En février de cette année — donc avant le début de la guerre — l’Iran a vendu pour 3,45 milliards de dollars de pétrole brut. Puisque le prix du brut s’est apprécié depuis, ses revenus pétroliers ont grimpé à 4,97 mlliards$ en mars, soit une augmentation de 44 %.


 
En somme, dans les premiers jours de la guerre, le blocus partiel du détroit d’Ormuz par l’Iran a provoqué une importante hausse du prix du pétrole.

La décision de l’administration américaine de permettre à l’Iran d’écouler son pétrole a brisé cet élan. Les cours du pétrole se sont alors mis à varier à la hausse ou à la baisse selon les déclarations du président américain.

Ce nouveau blocus, qui s’ajoute à celui de l’Iran, aura des répercussions prévisibles au fur et à mesure que se fera sentir la baisse de l’offre sur les marchés internationaux.

De plus, dans la mesure où toute tentative américaine de bloquer partiellement l’approvisionnement pétrolier de la Chine est un casus belli, on peut s’attendre à ce que Washington revienne sur sa décision.

Références :
Blocus «dangereux et irresponsable»: la Chine hausse le ton vis-à-vis des États-Unis
How much will US Hormuz blockade hurt Iran, and does Tehran have an escape?
La Chine et la Troisième guerre du Golfe
Pays autorisés, péage… Sous quelles conditions les navires passent-ils le détroit d’Ormuz ?
Strait of Hormuz blockade explained: why is Trump threatening to block Iranian ports and how would it work?

Paru depuis : Trump says US navy like ‘pirates’ while seizing a ship in Iranian blockade (2026-05-02)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le golfe Persique est un cul-de-sac maritime

Publié le 12 avril 2026 | Temps de lecture : 7 minutes

L’art de se jeter dans la gueule du loup

Tout navire qui entre dans le golfe Persique ne peut en sortir qu’en empruntant ce détroit dans le sens inverse.

Hier, le président américain a annoncé l’envoi de deux navires dans le détroit d’Ormuz afin d’y mener des opérations de déminage.

Puisque les pourparlers américano-iraniens étaient alors en cours au Pakistan, cette nouvelle laissait croire que ce déminage s’effectuait avec le consentement de l’Iran.

Il n’en est rien.

Après l’annonce ce matin de l’échec des pourparlers, l’Iran a réitéré que seuls les navires civils sont autorisés à traverser le détroit (sous certaines conditions) et que tout navire militaire s’y aventurant sera traité sévèrement.

Il est à noter qu’on ne rapporte aucune explosion de mine dans le golfe Persique depuis le début de la guerre. Voilà pourquoi on doit accueillir avec beaucoup de scepticisme la rumeur iranienne selon laquelle le golfe serait infesté de mines.

Pourrait-il s’agir d’un piège ?

Dans les pétromonarchies — en somme, de l’autre côté du golfe — les États-Unis sont incapables de protéger leurs bases militaires des drones et des missiles iraniens.

D’autre part, leurs porte-avions sont stationnés en haute mer par crainte d’être détruits par les missiles supersoniques iraniens.

Ils sont tellement loin des côtes iraniennes que leurs chasseurs-bombardiers sont incapables d’effectuer l’aller-retour sans être ravitaillés en plein vol par des avions-citernes (appelés justement ravitailleurs).

Conséquemment, envoyer des centaines de marins américains dans le détroit d’Ormuz pour y mener des activités de déminage, c’est les jeter dans la gueule du loup.

Du point de vue militaire, cela anticipe une répétition de la victoire décisive des Vietnamiens sur l’armée française dans la cuvette de Diên Biên Phu, en 1954.

Peu importe l’importance des efforts déployés par l’armée américaine pour sauver ses marins, les avions et les hélicoptères appelés en renfort seront abattus les uns après les autres dans ce qui sera alors un colossal exercice de tir aux plateaux d’argile.

L’Iran se contente de répliquer

Jusqu’ici, l’Iran s’est contenté de répliquer aux attaques israélo-américaines.

Après l’assassinat d’une partie de ses dirigeants, l’Iran a détruit la résidence personnelle de Benyamin Netanyahou.

Après le bombardement israélien d’installations nucléaires de l’Iran, ce dernier a endommagé la principale centrale nucléaire israélienne (Dimona).

Après le bombardement américain d’une usine de dessalement , l’Iran a fait de même contre un allié américain, soit le Bahreïn. Etc.

Mais dans le cas des navires américains de déminage, quel serait le précédent ? Tout simplement l’anéantissement de la flotte maritime iranienne par les États-Unis et par Israël dès le premier jour de la guerre.

Le Droit international

À plusieurs reprises sur ce blogue, nous avons soutenu que le Droit international était facultatif. À Davos, c’est ce que le premier ministre Mark Carney a affirmé en d’autres mots.

Dans le cas de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, elle ne s’applique pas à l’Iran puisque ce pays n’a pas ratifié le Traité de Montego Bay de 1982 et que le droit de la mer est facultatif, ne s’appliquant qu’aux pays qui choisissent de s’y soumettre.

De nos jours, l’Iran est dans une situation juridique identique à celle de la Grande-Bretagne au cours de la Deuxième Guerre mondiale. À l’époque, cette dernière s’autorisait à détruire les sous-marins et les navires marchands allemands qui se seraient aventurés dans le détroit du Pas-de-Calais.

De nos jours, en raison de la guerre, l’Iran est parfaitement justifié d’interdire le passage des navires qui appartiennent à des pays hostiles.

Signalons que les États-Unis, eux non plus, n’ont pas ratifié le Traité de Montego Bay. Or ce pays pratique effrontément la piraterie en haute mer.

Quand la marine américaine arraisonne un pétrolier appartenant à la flotte ‘fantôme’ russe — ce qui signifie simplement que ce pétrolier n’est pas assuré à la Lloyd’s de Londres — et vole son pétrole, cela est de la piraterie.

Le péage iranien

La largeur du détroit d’Ormuz est d’une cinquantaine de kilomètres. Au sud, on trouve les eaux territoriales du Bahreïn, larges de 12 milles nautiques (environ 21 km). Au nord, les eaux territoriales d’Iran, également larges d’environ 21 km. Et entre les deux, une dizaine de kilomètres en eaux internationales.

Dans les eaux qui lui sont propres, l’Iran a délimité très précisément d’étroits chenaux dans lesquels il garantit la navigation. Et c’est là que l’immense majorité des navires qui empruntent le détroit d’Ormuz préfèrent naviguer.

Ces chenaux doivent périodiquement être dragués pour évier leur ensablement. Les couts d’entretien justifient des frais de péage.

Ce qui doit nous étonner, c’est que l’Iran ne l’aie pas fait avant.

Le blocage américain du détroit

Plus tôt aujourd’hui, Donald Trump a annoncé la fermeture complète du détroit d’Ormuz, probablement afin de faciliter les activités de déminage.

Concrètement, cette mesure a pour effet d’empêcher le passage des pétroliers que l’Iran, jusqu’ici, laissait passer. Notamment, ceux qui transportent son pétrole à lui.

Pour l’Iran, cela rend impérieux l’anéantissement des navires américains mandatés unilatéralement pour déminer le détroit… en supposant que ce déminage soit justifié.

Références :
Bataille de Diên Biên Phu
Convention des Nations unies sur le droit de la mer
Droit international et géopolitique (deuxième partie)
Guerre au Moyen-Orient : en représailles aux frappes contre Natanz, l’Iran bombarde Dimona et Arad, plus de 100 blessés à déplorer
Guerre en Iran : « S’en prendre à une usine de dessalement équivaut à sortir l’arme nucléaire”
Trump annonce un blocus du détroit d’Ormuz après l’échec des négociations avec l’Iran
US-Iran talks in Islamabad stretch on as Hormuz stand-off fuels duelling claims

Paru depuis : Trump says US navy like ‘pirates’ while seizing a ship in Iranian blockade (2026-05-02)

Postscriptum du 13 avril 2026 : Ce matin, sur les ondes de CNN, Beth Sanner — ex-directrice adjointe du renseignement national américain — a déclaré que les deux navires envoyés pour déminer le détroit d’Ormuz s’y sont rendus. Mais après avoir abattu un drone iranien aussitôt tiré vers eux (et qui servait d’avertissement), ils ont retraité au loin dans la mer d’Oman.

Ainsi s’achève l’opération de déminage des États-Unis.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’Europe et la Troisième guerre du Golfe

Publié le 11 avril 2026 | Temps de lecture : 7 minutes

Le début de la pénurie d’hydrocarbures en Europe

Il n’existe pas de pipeline ou de gazoduc qui relie le Moyen-Orient à l’Europe. Ce qui signifie que tout approvisionnement européen en provenance du golfe Persique doit nécessairement arriver par voie maritime.

L’obligation de contourner le cap de Bonne-Espérance (au sud de l’Afrique) fait en sorte que les pétroliers et les méthaniers qui franchissent le détroit d’Ormuz mettent environ un mois pour arriver en Europe.

Les derniers navires qui ont réussi à le faire avant sa fermeture, le 28 février dernier, sont arrivés en Europe plus tôt cette semaine.

Pour les cinq prochaines semaines (au moins), aucun pétrolier ni aucun méthanier n’apportera en Europe des hydrocarbures en provenance du Moyen-Orient.

Rappel géostratégique

Malgré l’écrasante supériorité militaire des États-Unis, le pays que les stratèges américains craignaient le plus, pendant des décennies, c’était la Russie.

À leurs yeux, une intégration économique entre la Russie et les pays d’Europe apparaissait comme une menace existentielle à l’hégémonie américaine.

Voilà pourquoi Washington s’est employé pendant des années à couper l’Europe de l’approvisionnement en hydrocarbures russes, notamment son gaz fossile (le moins cher au monde), qui donnait à l’industrie lourde européenne un avantage compétitif.

La guerre russo-ukrainienne a été l’occasion pour Washington de briser ce lien. En cessant volontairement cet approvisionnement, l’Europe s’est tirée dans le pied.

Et pour compenser, les pays européens se sont tournés vers d’autres fournisseurs; les États-Unis et le Qatar.

Comble de malchance, la Troisième guerre du Golfe a entrainé la fermeture du détroit d’Ormuz et le bombardement par l’Iran des installations gazières du Qatar.

Voilà pourquoi, les analystes prévoient que ce mois-ci, les États-Unis devraient bénéficier d’une augmentation du tiers de leurs exportations de pétrole, principalement vers l’Asie et accessoirement vers l’Europe.

Quant au gaz fossile, on peut s’attendre à ce que les pays européens deviennent encore plus dépendants des États-Unis. Ce qui accroit la vassalisation de l’Europe aux diktats de Washington.

Les conséquences concrètes

En France

En début de semaine, environ 18 % des stations-service dans tout le pays étaient en rupture de stock pour l’un ou l’autre des carburants qu’ils offraient. Aujourd’hui, ce pourcentage était tombé à 12 %.

Mardi dernier, des ouvriers du bâtiment et des artisans des travaux publics ont bloqué le boulevard périphérique de Nantes pour dénoncer la hausse du prix du diésel.

Selon France24, les six principaux ports de Corse sont bloqués depuis mardi matin par des pêcheurs qui protestent contre le prix élevé des carburants, déjà plus chers sur l’ile que sur le continent.

En Irlande

En République d’Irlande, une centaine de stations-service sont à court d’essence. Depuis cinq jours, des fermiers et des camionneurs bloquent certaines des autoroutes qui mènent à la capitale.

Le mois dernier, le gouvernement irlandais a décidé de consacrer 250 millions d’euros à la réduction du prix de l’essence. Parmi les mesures annoncées, on a réduit les taxes sur les carburants.

Dans l’urgence, l’État a mis sur pied un groupe pour coordonner les mesures destinées à pallier la pénurie. Déjà celui-ci prévient que la moitié des stations-service du pays pourraient bientôt fermer temporairement.

La plus grande entreprise privée de livraison de colis a suspendu ses activités.

L’Association médicale irlandaise s’est inquiétée publiquement du sort des patients incapables de se rendre à leurs rendez-vous et des difficultés rencontrées par les ambulanciers à faire le plein.

En raison de la rupture anticipée de l’approvisionnement en nourriture, en eau potable, et en moulée animale, le gouvernement a mis l’armée sur un pied d’alerte, prête à intervenir.

De plus, il a accusé les protestataires de prendre le pays en otage, ce qui a jeté de l’huile sur le feu… à défaut d’essence.

En Norvège

Le 1er avril, le gouvernement norvégien a supprimé les taxes sur l’essence. Cela n’a pas réussi à empêcher le prix du diésel d’augmenter de 23,6 %. D’où l’échec à calmer le mécontentement populaire.

Hier, un convoi de 70 à 80 camions s’est dirigé vers le parlement. Toutefois, les forces policières les ont empêchés d’atteindre leur destination.

Le carburant d’avion

Les pays du Golfe sont responsables de 40 à 60 % de l’approvisionnement européen en carburant d’avion.

Le dernier cargo transportant ce combustible a déchargé une partie de sa cargaison lundi dernier à Rotterdam et le reste à Copenhagen ce matin même.

Depuis le 28 février 2026, plus aucune goutte de carburant d’avion n’a franchi le détroit d’Ormuz à destination de l’Europe.

Hier, de son siège social mondial (situé à Montréal), le Conseil international des aéroports a prévenu les compagnies aériennes que le carburant d’avion pourrait manquer d’ici trois semaines en Europe si on ne débloquait pas le détroit d’Ormuz d’ici là.

En réalité, même si l’Iran permettait aujourd’hui la réouverture complète du détroit, l’Europe manquerait brièvement de carburant d’avion, compte tenu du temps du transport maritime. De manière urgente, l’Europe devra donc en trouver ailleurs entretemps.

En anticipation d’une crise pétrolière, le prix du carburant d’avion a augmenté de 138 % en Europe et de 163 % en Asie.

Au fur et à mesure que les réserves européennes s’épuiseront, on s’attend à ce que les prix flambent et que d’importantes surcharges soient facturées aux passagers des vols en partance des aéroports européens.

Conclusion

Avant cette semaine, l’augmentation du prix des hydrocarbures en Europe était spéculative puisque ce continent recevait encore normalement les navires qui avaient quitté le détroit d’Ormuz avant sa fermeture.

Depuis quelques jours s’amorcent les véritables pénuries de carburants.

Dans l’histoire de l’Humanité, les pénuries de pain étaient de mauvais augure. De nos jours, on doit également ajouter les pénuries de carburants. Or celles-ci ne font que commencer…

Références :
Blocages et tensions autour du prix des carburants
Carburants : l’UE dénonce la baisse de la TVA en Espagne et en Pologne
Fears of UK and EU flight cancellations as airports warn of jet fuel shortages
Fuel-price protests cause chaos in Ireland and spread to Norway
Guerre au Moyen-Orient : les ventes de pétrole des Etats-Unis n’ont jamais été aussi importantes
Le cout de la dé-Merkellisation de l’Allemagne
Les conséquences en France de la guerre au Moyen-Orient : le dossier explosif des carburants
Près d’une station service sur cinq en rupture en France, nouvelles aides envisagées

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