Le rideau de fer technologique

23 mai 2019
Huawei P40 Pro

Le 15 mai dernier, Donald Trump signait un décret présidentiel qui a eu pour conséquence de placer Huawei — le deuxième fabricant mondial de téléphones multifonctionnels — sur la liste des ‘entités’ avec lesquels les compagnies américaines ne peuvent commercer à moins d’une autorisation spéciale de Washington.

L’interdiction s’étend à la vente de brevets et au transfert technologique, dont les microprocesseurs des appareils mobiles de Huawei, basés sur l’architecture ARM, brevetée aux États-Unis.

Depuis, une cascade d’entreprises américaines ont annoncé la rupture de leurs liens commerciaux avec Huawei.

Selon le Washington Post, la fabrication des téléphones de Huawei nécessite la contribution d’une trentaine de compagnies américaines.

Cette contribution peut être matérielle, mais également logicielle.

C’est ainsi que les prochaines versions du système d’exploitation Android™ refuseront de s’installer sur les appareils Huawei. De plus, l’utilisateur ne pourra pas accéder à Gmail (le module de messagerie), à YouTube, à Google Maps, et au magasin Google Play.

Puisqu’Android™ est du logiciel libre, Huawei pourra facilement retirer les entraves du code source et créer sa variante parfaitement compatible avec ses téléphones comme elle le fait déjà sur ses modèles actuels.

En Chine, WeChat remplace déjà Gmail, Youku se substitue à YouTube et Baidu est le moteur de recherche national.

Mais Huawei n’a pas d’équivalent aux services logiciels de Google sur les marchés autres que chinois. À titre d’exemple, il sera difficile de convaincre un acheteur européen que Youku (où tout est ‘du chinois’) est aussi intéressant que YouTube.

Plus fondamentalement, rien n’égale la richesse du catalogue de Google Play. En raison de ses 2,5 millions d’applications, certains experts croient que Huawei mettra des années à créer une boutique aussi riche.

Mais la Chine pourrait nous étonner. Chez Huawei, quatre-vingt-dix-mille personnes travaillent en recherche et développement. La compagnie possède son propre campus universitaire à 27 km de Hong Kong.

Huawei n’a pas besoin de créer sa propre version de toutes les applications offertes sur Google Play. D’ailleurs, si la firme américaine purgeait de son catalogue les applications les moins populaires pour n’en laisser qu’un millier, peu de gens s’en rendraient compte.

L’actuel plan quinquennal de la Chine prévoit des investissements de 400 milliards$ uniquement pour la mise au point du 5G.

Non seulement ce pays produit 90% des terres rares essentielles aux appareils mobiles, mais la Chine détient 40% de tous les brevets-clés qui sont nécessaires au 5G.

En raison de ce pouvoir de marchandage, la Chine ne se laissera pas faire.

L’interdiction des transferts technologiques pénalise autant les entreprises américaines que chinoises. En fait, cela paralyse toute l’industrie.

Le rideau de fer technologique que Donald Trump dresse afin de protéger les États-Unis de la Chine subira le même sort que le rideau de fer qui devait protéger la Russie de l’influence occidentale.

Références :
A deeper tech concern is at the core of the U.S.-Huawei spat
Inside Huawei – a photo essay
L’affaire Huawei : dure pour le Canada, la vie de caniche américain
La téléphonie 5G : l’Asie contre les États-Unis
Le fabricant de processeurs ARM coupe les ponts avec Huawei
Réseau 5G: Huawei espère encore convaincre le Canada
The Trump administration owes the public answers about its restrictions on Huawei
Trump declares national emergency over threats against US technology amid campaign against Huawei

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 25mm F/1,2 — 1/60 sec. — F/5,6 — ISO 800 — 25 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La téléphonie 5G : l’Asie contre les États-Unis

9 mai 2019

 
Les communications, une priorité chinoise

Pour la première fois en 2011, la Chine s’est classée au premier rang mondial quant au nombre de demandes de brevets.

Selon le World Intellectual Property Indicators 2012, sur les 2 140 000 millions d’inventions dans le monde en 2011, 526 412 venaient de Chine, soit 24,6 % (en comparaison avec 23,5 % de provenance américaine).

Cette première place, la Chine l’a perdue puis regagnée depuis.

En 2015, le nombre de brevets chinois était supérieur au total des brevets américains, japonais, coréens et européens.

En Chine, le Treizième plan quinquennal de développement s’étend de 2016 à 2020. Il place le secteur des communications au niveau des grandes priorités nationales.

Il est donc normal qu’un jour, la technologie chinoise dépasse la technologie américaine dans certains domaines. C’est le cas aujourd’hui de la téléphonie mobile.

Après des investissements de l’ordre de 17,5 milliards$US depuis 2015, le réseau téléphonique chinois possède déjà la densité nécessaire à l’acheminement de quantités massives de données, comme c’est le cas en 5G.

Par kilomètre carré, il y a 1,37 tour Wifi (de relai ou de diffusion) en territoire chinois et 0,10 tour (treize fois moins) en territoire américain.

Bref, au niveau de l’acheminement des données sur son territoire, la Chine est plusieurs années en avance sur les États-Unis.

Les générations de la téléphonie mobile

La première génération de la téléphonie mobile (nommée 1G à postériori), débute avec la naissance du téléphone portable.

Les autres générations sont les suivantes :
• la 2G ajoutait le pouvoir d’échanger des textos,
• la 3G donnait accès à l’internet,
• la 4G augmentait la bande passante de manière à permettre la diffusion de vidéos en continu,
• la 5G devrait être environ cent fois plus rapide que la 4G.

Cette augmentation de la vitesse de transmission est liée à la rapidité des puces électroniques qui équipent le matériel téléphonique.

Ce matériel, c’est à la fois celui des réseaux téléphoniques (qui doivent avoir la puissance nécessaire) et les téléphones portables (qui doivent être capables de recevoir brutalement toutes ces données).

Les problèmes d’Apple

Jusqu’ici, Intel fabriquait les puces à modem des iPhone. Mais le 16 avril dernier, Intel abandonnait la course et renonçait à fabriquer des puces 5G.

Ce qui rend impossible le développement d’un iPhone 5G sans qu’Apple se trouve un nouveau fournisseur.

Or ils sont rares : ce sont l’américaine Qualcommm (chef mondial du 5G), la coréenne Samsung, et la chinoise Huawei.

Les deux derniers, Samsung et Huawei, sont aussi des fabricants de téléphones portables et donc, des compétiteurs directs d’Apple.

Quant à Qualcomm, un différend l’opposait à Apple jusqu’ici; Qualcomm poursuivait Apple, accusant celui-ci d’avoir violé ses brevets sur tous les modèles actuels d’iPhone.

Le 16 avril dernier, Apple et Qualcomm enterraient la hache de guerre. Coïncidence; c’était le jour où Intel décidait de jeter la serviette au sujet du 5G.

Mais Qualcomm vend ses puces chères. Plus chères que les autres. Et Apple, à genoux devant Qualcomm, n’est pas en position de forcer Qualcomm à baisser ses prix.

Le résultat final de tout cela, c’est qu’Apple traine la patte dans le développement des téléphones portables 5G.

Partie nulle, pour l’instant

Dans la course technologique qui les oppose, les États-Unis sont encore les chefs mondiaux dans la fabrication des puces 5G.

Pour ce qui est de l’équipement des réseaux téléphoniques, Huawei devrait continuer de dominer le marché en dépit des nuisances de Donald Trump.

Quant aux téléphones portables, les États-Unis doivent accuser leur retard; Apple sortira ses iPhones 5G des mois après ses concurrents asiatiques.

C’était à prévoir…

Références :
A deeper tech concern is at the core of the U.S.-Huawei spat
Apple had four terrible options to get the iPhone to 5G, so it went with the least of all evils
Chine vs Etats-Unis : qui gagne la course technologique ?
5G
Intel se retire du marché des puces 5G pour téléphones intelligents
La Chine, dragon de l’innovation
La Chine championne du monde des dépôts de brevet
Les priorités de la Chine dans le cadre d’un accord de libre-échange avec le Canada
World Intellectual Property Indicators 2012

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Au sujet du Mali

3 mai 2019


 
Le quotidien Le Devoir publie ce matin un plaidoyer en faveur du maintien d’une présence militaire canadienne au Mali.

Ce plaidoyer est écrit par Louis de Lorimier. Encore récemment, celui-ci occupait le poste d’ambassadeur canadien au Mali.

L’auteur souligne l’importance de sécuriser cette région du monde où sévissent des groupes terroristes. Il implore le gouvernement canadien de revenir sur sa décision d’interrompre après un an sa participation à la mission des Casques bleus de l’ONU au Nord-Mali.

On trouvera ci-dessous le commentaire que j’ai publié en réponse au texte de M. de Lorimier.


Le mirage d’un ex-ambassadeur
 
Les problèmes sécuritaires du Mali tirent leur origine du renversement en Libye de Kadhafi par l’OTAN.

À cette occasion, la Grande-Bretagne et la France, au nom de l’OTAN, ont déversé des millions de dollars d’armes qui, une fois Kadhafi assassiné, se sont dispersés dans la nature au fur et à mesure que les mercenaires-amis sont rentrés dans leurs pays respectifs.

C’est ainsi que des tribus nomades, armées lourdement par l’OTAN, ont vendu leurs armes aux plus offrants, dont des milices islamistes du Mali.

Permettez-moi, monsieur l’ex-ambassadeur, de vous poser deux questions.

En tant que membre de l’OTAN, le Canada a-t-il vu plus loin que le bout de son nez en votant en faveur du renversement par les armes du dictateur libyen ?

D’où vient cette manie de nous faire croire que nous avons le devoir de réparer les pots cassés par nos alliés ?

La guerre est couteuse. Le meilleur moyen d’inciter des pays producteurs de pétrole — la Libye en faisait partie — à produire au maximum, c’est d’y foutre le bordel.

Les guerres provoquées par les pays producteurs d’armements visent à maintenir bas le prix des hydrocarbures.

Et ce prix bas, c’est ce qui fait perdurer des habitudes de consommation qui sont en train de détruire la planète.

Je ne vous cacherai pas que je suis de plus en plus ulcéré de lire des plaidoyers en faveur des ‘missions’ canadiennes à l’étranger au cours desquels le Canada n’est que le complice des guerres prédatrices de l’Occident.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Syrie : Terroristes à donner

28 février 2019

Introduction

À l’appel, entre autres, de l’État islamique, des milliers de mercenaires étrangers sont venus combattre en Syrie.

Maintenant que la guerre y tire à sa fin se pose la délicate question de savoir quel sort doit être réservé aux mercenaires (et leurs familles) qui ont survécu au conflit.

Rappel afghan

À la fin officielle de la guerre en Afghanistan, l’armée du Nord — victorieuse, grâce à l’appui des Américains — avait désarmé et renvoyé dans leurs villages respectifs les Talibans afghans capturés.

Pour les vainqueurs, leurs concitoyens étaient essentiellement de pauvres jeunes paysans enrôlés par des fanatiques financés de l’Étranger.

Quant aux autres Talibans prisonniers, reconnaissables à leur langue ou leur accent, la très grande majorité d’entre eux furent massacrés.

Ce massacre se déroula en deux étapes :
• à l’occasion d’une mutinerie à la prison de Qalat-e-Janhi, où environ 470 Talibans trouvèrent la mort, et
• le transport à la forteresse de Kalai Zeini de cinq-mille Talibans étrangers sous le soleil de plomb de l’Afghanistan.

Ceux-ci étaient entassés dans des conteneurs à l’intérieur desquels la presque totalité d’entre eux sont morts d’hyperthermie et de déshydratation. Les rares survivants ont succombé aux mauvais traitements infligés une fois rendus à destination.

À l’heure actuelle, le sort qui attend les prisonniers en Syrie est incertain.

La politique américaine à ce sujet

Le 16 février dernier, Donald Trump a été clair : les pays européens doivent rapatrier et juger 800 de leurs ressortissants capturés en Syrie.

Mais cinq jours plus tard, le président américain s’opposait au retour aux États-Unis d’une Américaine ayant rejoint l’État islamique en 2014.

Comme souvent, le message américain est : faites ce que je dis et non ce que je fais.

La politique française

Lors de la reconquête de Mossoul (la deuxième ville d’Irak), 1 200 membres des forces spéciales françaises ont rémunéré des soldats irakiens afin qu’ils traquent et exécutent les mercenaires français dotés de pouvoirs de commandement au sein de l’État islamique.

À cette fin, les militaires français leur ont fourni les noms (et noms de guerre) d’une trentaine de Français recherchés, de même que les photos de quelques-uns d’entre eux.

Ceci est en Irak. Mais qu’en est-il en Syrie, où se trouve la grande majorité des djihadistes français toujours en vie ?

En octobre dernier, les forces kurdes de Syrie ont fait savoir aux pays occidentaux que l’emprisonnement des mercenaires étrangers représentait un fardeau financier et qu’à défaut d’être pris en charge par leurs gouvernements respectifs, ces centaines de terroristes seraient remis en liberté.

Cela deviendrait inévitable si la Turquie devait profiter du retrait américain pour lancer une vaste offensive contre les forces kurdes de Syrie. La défense de leurs installations carcérales deviendrait alors le moindre de leurs soucis.

Les prisons kurdes comptent 800 hommes étrangers, 700 femmes et 1 500 enfants.

Légalement, le seul pays qui a autorité pour juger ces mercenaires, c’est celui où leurs crimes ont été commis, soit la Syrie.

Au cours de cette guerre, la France a violé à de multiples reprises l’espace aérien syrien, a bombardé ce pays et y a soutenu les forces rebelles. Bref, la France est ennemie du gouvernement syrien actuel.

On voit mal ce qui motiverait le régime de Bachar el-Assad à rendre service à la France en acceptant de juger ses ressortissants

Voilà pourquoi la France procède à des négociations avec l’Irak pour que ce pays accepte de les prendre en charge et de les juger.

Aux défenseurs des droits de la personne qui s’inquiètent d’une possible condamnation à la peine de mort en Irak, Paris affirme que la France interviendra alors auprès des autorités pour demander — du bout des lèvres, évidemment — que cette peine ne soit pas exécutée.

Tout cela est un peu académique puisqu’il est douteux que les tribunaux irakiens aient autorité pour sanctionner des crimes commis hors des frontières du pays.

La politique britannique

On compte au moins 700 citoyens britanniques partis vers la Syrie ou l’Irak, dont environ 300 en sont revenus.

Dans 90 % des cas, les tribunaux britanniques innocentent les djihadistes pour insuffisance de preuve.

Conséquemment, Londres estime que ses ressortissants doivent être jugés dans la région où leurs crimes ont été commis.

Et tout comme la France, la Grande-Bretagne s’est préparée à la fin de la guerre.

Plutôt que des assassinats ciblés, Londres a choisi la déchéance de citoyenneté comme moyen d’empêcher les djihadistes anglais de revenir chez eux.

Le droit international interdit la déchéance de citoyenneté lorsqu’elle crée des êtres apatrides. Seules les personnes qui ont plusieurs nationalités peuvent être déchues de l’une d’entre elles.

D’où l’intérêt de se hâter à déchoir. Depuis 2016, la Grande-Bretagne a déchu de leur citoyenneté environ 120 de ses ressortissants. C’est ça de moins au pays.

En comparaison, l’Italie a retiré la citoyenneté italienne à environ deux-cents personnes.

La politique canadienne

Pour revenir au pays, les djihadistes canadiens ont besoin d’un nouveau passeport puisque celui qu’ils avaient à leur arrivée en Syrie a été confisqué par Daech (afin d’empêcher les désertions).

Pour rentrer au pays, le djihadiste doit non seulement s’enfuir du califat, mais contacter une ambassade ou un consulat canadien afin d’obtenir un nouveau passeport qui lui permettra d’acheter un billet d’avion pour le Canada.

Le pays est tenu d’honorer toute demande de ses ressortissants en vertu de ses obligations internationales.

La soixantaine de djihadistes canadiens qui l’ont fait ne sont que la pointe de l’iceberg. Leur nombre n’a pas augmenté en 2017, ce qui témoigne en réalité des difficultés à s’échapper du califat encerclé.

Une bonne partie de ceux qui y sont encore mourront probablement les armes à la main.

Le nombre de djihadistes à rapatrier devait augmenter substantiellement après la chute d’Idlib.

Devenue une prison à ciel ouvert, cette province syrienne accueille depuis des années des milliers de djihadistes encerclés qui ont accepté de quitter les lieux pour Idlib à chaque fois que l’ONU négociait une trêve.

Après avoir laissé ces milices s’entretuer entre elles, l’Occident a eu la surprise de voir Al Qaïda prendre le contrôle d’Idlib le mois dernier.

Le jour où l’assaut sera donné par les forces gouvernementales et leurs alliés, un nombre inconnu de djihadistes canadiens seront capturés et s’ajouteront à ceux qui devront être jugés quelque part.

Un seul djihadiste canadien qui rentre au pays pour y commettre un attentat terroriste est un djihadiste de trop.

Le mirage d’un procès juste au pays

Au Québec, la Direction des poursuites criminelles et pénales (DPCP) n’a pas réussi à réunir suffisamment de preuves pour obtenir la condamnation d’un seul des dirigeants d’une compagnie ferroviaire qui a tué 47 personnes à Lac-Mégantic.

On peut donc douter que la DPCP soit capable de réunir suffisamment de preuves pour faire condamner n’importe quel djihadiste qui a commis ses méfaits à des milliers de kilomètres d’ici.

Il s’agit ici de preuves qu’il faudrait obtenir de témoins qui parlent kurde ou arable. Et auprès de gens qui pourraient être réticents à venir témoigner au Québec, le premier endroit en Occident où des Musulmans en prière se font tirer dans le dos.

Seul un procès dans le pays où les crimes ont été commis peut se dérouler normalement.

Un citoyen canadien qui commet un homicide aux États-Unis est passible de la peine de mort. S’il commet le même crime en Irak, c’est pareil. Où est le problème ?

L’idée de rapatrier les djihadistes pour les juger ici est d’autant plus difficile à justifier lorsqu’on tient compte de l’engorgement des tribunaux canadiens.

En prison, les accusés auront tout le temps de faire des convertis à leur cause.

Pour chaque procès finalement avorté contre un djihadiste au Canada, on retarde l’ensemble des causes en attente. Et certains malfaiteurs profiteront de l’arrêt Jordan pour obtenir l’abandon de toutes les procédures contre eux.

Bref, rapatrier les djihadistes canadiens est une très mauvaise idée.

Références :
Donald Trump demande aux Européens de rapatrier leurs jihadistes prisonniers en Syrie
En Irak, le sort des djihadistes français “est plus diplomatique que juridique”
France’s Special Forces Hunt French Militants Fighting for Islamic State
La Belgique pourra expulser vers le Maroc Malika El-Aroud, « la veuve noire du djihad »
La voie à suivre
Le Canada sommé de rapatrier ses djihadistes
Le sort des djihadistes français en Irak
L’Europe divisée sur le sort de ses ressortissants partis rejoindre l’Etat islamique en Syrie
Massacre à la citadelle
Massacre de Dasht-i Leili
Ottawa n’appréhende pas de retour massif de djihadistes
Sidération à Idlib après la conquête éclair des djihadistes
Trump demande aux alliés européens de rapatrier leurs ressortissants retenus en Syrie
Trump s’oppose au retour au pays d’une femme ayant rejoint l’EI
Who has been stripped of UK citizenship before Shamima Begum?

Parus depuis :
Les pays nordiques opposés au retour des djihadistes (2019-03-05)
Comment gérer le retour des combattants partis en Syrie? (2019-03-16)
Le Danemark aurait préféré voir ses djihadistes mourir en Syrie (2019-03-27)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Une fin de guerre en Syrie

26 février 2019

Carte de la Syrie
 
Comme toujours, les grands gagnants de la guerre en Syrie sont les marchands de canons.

Puisque rien ne stimule mieux l’économie que de la jeter par terre, les deuxièmes grands gagnants seront les institutions financières; celles-ci prendront leurs honoraires sur la moindre transaction dont le but sera la reconstruction du pays. Un pays dont l’économie est détruite à 98 %.

Parmi les belligérants, il y a officiellement quatre gagnants : le gouvernement syrien, l’Iran, la Russie, et la minorité kurde de Syrie.

Le régime de Bachar el-Assad hérite d’un champ de ruines. Mais il a préservé l’intégrité territoriale du pays. Et tout pays qui réussit à repousser ses ennemis hors de ses frontières est habilité à déclarer avoir gagné la guerre.

L’influence régionale de l’Iran s’est accrue; un trio de pays alliés (Iran, Irak et Syrie) isole maintenant la péninsule arabique de l’Europe.

En conséquence, aucun oléoduc saoudien ne peut acheminer directement des hydrocarbures vers le marché européen sans traverser l’un ou l’autre de ces pays alliés de l’Iran.

En somme, l’Arabie saoudite est forcée d’exporter son pétrole par voie maritime, une solution plus dispendieuse que le transport par pipeline.

Le prestige de la Russie est en partie restauré. Perçue comme une éternelle perdante depuis la chute du rideau de fer, la Russie a fait la démonstration qu’elle ne laisse pas tomber ses alliés et qu’elle peut encore avoir une influence régionale déterminante.

Le territoire du Kurdistan syrien s’est considérablement agrandi. Profitant des déplacements de population et plus précisément du nettoyage ethnique qui a accompagné cette guerre, les Pechmergas ont regroupé le peuple kurde sur un grand territoire contigu, ce qui facilite son administration.

Parmi les gagnants il faut compter officieusement Daech. Né d’Al Qaïda en Irak au bord de l’extinction, Daech est arrivée ruiné en Syrie et la quitte aujourd’hui riche aux as.

Lors de la conquête de Mossoul — la deuxième ville d’Irak, où se trouvaient les réserves d’or et de devises de la banque de ce pays — Daech a fait main basse sur un butin de guerre de plus d’un milliard de dollars. Caché depuis dans des paradis fiscaux grâce à la complicité de banques libanaises et de cabinets d’avocats spécialisés dans l’évitement fiscal.

Débarrassé des corvées reliées à la gestion administrative de son califat, Daech pourra clandestinement se consacrer à ce pourquoi il excelle : l’attentat terroriste.

Plaidant pour l’abandon des rancunes et l’oubli des vieilles discordes, l’Arabie saoudite promettra de participer au financement de la reconstruction du pays… à la condition que la charia ait dorénavant force de loi et que les mosquées sunnites du pays soient dirigées par des imams à sa solde. Bref, comme si la dictature saoudienne avait gagné la guerre.

Quant aux pays occidentaux, ils promettront une aide dont le versement sera constamment différé d’une fois à l’autre parce que leurs exigences croissantes n’auront pas été respectées.

D’où la question : à quoi cette guerre a-t-elle servie ?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Une gifle au prince héritier saoudien

29 octobre 2018

Introduction

Vision 2030 est un pharaonique projet de diversification de l’économie de l’Arabie saoudite conçu par le prince héritier de ce pays au cout de 500 milliards$.

Ce projet vise la création d’une ville futuriste créée sur le modèle des zones économiques spéciales chinoises.

Afin d’en faire la promotion, la conférence Future Investment Initiative de l’an dernier avait attiré 3 500 participants provenant de 88 pays.

Cette année, le froid créé par l’affaire Khashoggi a fait en sorte que de nombreuses entreprises ont boudé la deuxième édition de cette conférence.

L’Arabie saoudite, exportatrice de capitaux

Le but de Vision 2030 n’est pas d’attirer des investissements étrangers mais de diversifier l’économie saoudienne.

Depuis des décennies, des sociétés d’investissement organisent la fuite des capitaux saoudiens.

Lors des attentats du 11 septembre 2001, des membres de la famille royale saoudienne et de riches entrepreneurs — dont certains provenaient de la famille d’Oussama bin Laden — assistaient justement à une conférence donnée à Washington par des conseillers financiers américains.

Parmi les centaines d’avions qui voulaient quitter le territoire américain ce jour-là, celui transportant ces augustes investisseurs fut le seul autorisé à s’envoler et ainsi échapper aux questions des policiers chargés de l’enquête au sujet de ces attentats.

Les dirigeants de ce pays savent bien qu’un jour une révolution les chassera du pouvoir. Voilà pourquoi la majorité de leur fortune personnelle est investie à l’Étranger.

Ils y ont de grands hôtels, des stations de ski, des clubs sportifs, des compagnies aériennes, des vignobles, de grandes enseignes de commerce au détail, des marques prestigieuses, etc.

On estime que les Saoudiens possèdent 8% de l’économie américaine. Cela équivalut à plusieurs fois les fortunes combinées de Bill Gates et de Warren Buffett.

De plus, si Amazon et Apple sont les deux compagnies qui possèdent la plus grande capitalisation boursière, c’est seulement parce qu’Aramco (la pétrolière de l’État saoudien) n’est pas inscrite en bourse. Si elle l’était, sa valeur capitalisée serait de trois à quatre fois celle d’Apple.

Bref, l’Arabie saoudite est immensément riche et n’a pas besoin de capitaux étrangers.

Le déficit technologique de l’Arabie saoudite

Pour diversifier son économie, l’Arabie saoudite a besoin de combler son abyssal déficit technologique.

L’école publique saoudienne est aux mains du clergé wahhabite. Tout fait scientifique incontestable qui contredit l’interprétation littérale des textes sacrés de l’Islam (vieux de 1 500 ans) est une hérésie dont l’enseignement est passible de la peine de mort.

Voilà pourquoi le système scolaire saoudien forme des hommes de lettres (avocats en droit musulman, écrivains, poètes, fonctionnaires peu qualifiés), mais peu de chercheurs, de scientifiques et de travailleurs qualifiés.

Si bien qu’en Arabie saoudite, les familles aisées envoient leurs adolescents masculins étudier dans les meilleurs lycées occidentaux.

Le régime vante son taux élevé de scolarisation. Dans les faits, le système scolaire saoudien ne forme que des bons à rien que même les entreprises saoudiennes hésitent à embaucher comme travailleurs qualifiés. D’où le taux de chômage d’environ 40% chez les jeunes hommes du pays.

Environ 70% des emplois offerts aux Saoudiens le sont dans la fonction publique.

Le bilan de la Future Investment Initiative

À l’issue de la conférence de cette année, les dirigeants saoudiens se sont empressés de souligner qu’elle avait été un grand succès, permettant la signature de contrats évalués à cinquante-milliards de dollars.

Le message sous-jacent est clair; toute tentative de nous nuire est vaine. Notre influence est telle qu’elle nous permet de triompher de tous les obstacles.

La réalité est toute autre.

À l’édition de cette année, l’assistance a été constituée principalement d’hommes habillés à la manière musulmane, c’est-à-dire des Saoudiens et des alliés régionaux de l’Arabie saoudite.

Environ 68% des contrats signés cette année concernent Aramco, la pétrolière de l’État saoudien.

Les entreprises occidentales qui ont signé des contrats avec elle sont des pétrolières étrangères (dont la française Total), des entreprises américaines spécialisées dans la fourniture d’équipement pétrolier ou la recherche d’hydrocarbures, des banques et des fonds d’investissement spéculatifs.

Bref, rien pour diversifier l’économie du pays.

Le message est clair : si l’Arabie saoudite veut la technologie occidentale, elle devra s’occidentaliser.

Aussi bien dire que ce n’est pas demain la veille.

Maintenant que cette conférence a été un échec, on commence déjà à voir l’intérêt pour l’affaire Khashoggi s’estomper dans nos médias puisque ceux qui en tirent les ficelles ont atteint leur objectif.

Références :
Meurtre au consulat : du fait divers aux ressorts d’une crise internationale
Saudi conference shunned by west secures £39bn in deals
Vision 2030 : la Grande séduction saoudienne

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Meurtre au consulat : du fait divers aux ressorts d’une crise internationale

15 octobre 2018

Un meurtre sordide

Jamal Khashoggi est un dissident saoudien qui, après sa fuite en Occident en septembre 2017, est devenu journaliste au Washington Post.

Pour les amateurs de potins, c’est aussi le cousin de feu Dodi Fayed, le dernier compagnon de la princesse Diana.

Le 2 octobre dernier, il s’est rendu au consulat saoudien d’Istanbul afin d’y obtenir un document dont il avait besoin pour se marier.

Selon toutes les apparences, il y était attendu par une escouade d’agents venus spécialement de la capitale saoudienne pour l’assassiner, le démembrer et évacuer ses restes hors du pays dans des colis diplomatiques (non sujets à la fouille dans les aéroports).

Quelques litres de sang de plus

L’Arabie saoudite a financé à hauteur d’au moins 85% les milices de mercenaires islamistes qui sont venus de partout mettre la Syrie à feu et à sang au cours d’une guerre de procuration qui a fait plus de 350 000 morts.

Au Yémen, les bombardements saoudiens ciblent volontairement les populations civiles. Selon Wikipédia, la très grave crise humanitaire qui y menace la vie de millions de personnes est principalement due au blocus maritime, aérien et terrestre imposé par la dictature saoudienne.

Rappelons également que, selon les dépêches diplomatiques révélées par WikiLeaks, l’Arabie saoudite est la plaque tournante du financement du terrorisme international.

Dans la mer de sang que la dictature saoudienne répand autour d’elle, qu’est-ce qui fait que toute la planète s’intéresse soudainement au cas anecdotique de Jamal Khashoggi ?

La réponse est simple : tout le monde en parle parce que tout le monde a intérêt à en parler.

La rivalité entre la Turquie et l’Arabie saoudite

Depuis le début de cette crise, le maitre du jeu est Erdoğan. Par le biais de révélations et de rumeurs, la Turquie entretient le suspense et le mystère autour de cette affaire.

Même si la Turquie n’est pas un pays arabe (on y parle principalement le turc), c’est un pays musulman. Or la Turquie et l’Arabie saoudite sont rivales dans la lutte d’influence qu’elles se livrent au sein du monde sunnite.

Les dérives autoritaires d’Erdoğan ont fait pâlir le rayonnement international de la Turquie. Par ailleurs, l’ascension en 2017 du prince héritier saoudien a été une occasion pour son pays de tenter de refaire son image.

Déjà en 2015, l’Arabie saoudite avait acheté un siège au Conseil des droits de la personne de l’ONU puis en 2017, à la Commission de la condition de la femme des Nations unies.

Selon France24, la dictature saoudienne est cliente des deux plus importantes firmes de relations publiques de France.

Au Canada, elle a bénéficié des reportages extrêmement complaisants de la journaliste Marie-Ève Bédard sur les ondes de Radio-Canada.

Mais voilà que ce meurtre donne l’occasion à Erdoğan de prendre sa revanche.

Vision 2030

En temps normal, la puissance économique de l’Arabie saoudite et son importance géostratégique dispensent ce pays de l’obligation de soigner son image publique.

La chirurgie esthétique de l’image saoudienne a donc un but très précis.

Il y a un an se tenait la conférence Future Investment Initiative.

Le deuxième volet de cette rencontre doit avoir lieu le 23 octobre prochain, toujours dans le but de faire la promotion de Vision 2030, un ambitieux projet de 500 milliards$ en Arabie saoudite.

Il vise à combler l’abyssal déficit technologique de ce pays. En effet, celui-ci est captif d’un régime obscurantiste qui fait fuir ses plus brillants sujets à l’Étranger lorsqu’ils ne pourrissent pas en prison comme c’est le cas de Raïf Badawi.

Pour diversifier son économie et réaliser ce projet futuriste, l’Arabie saoudite n’a pas besoin du capital étranger, mais du savoir des grandes entreprises de haute technologie.

Et c’est là où beaucoup de pays l’attendaient.

En sabotant cette conférence, les pays occidentaux profitent de cette vulnérabilité pour infliger une leçon de modestie à l’insolente dictature saoudienne.

Un prince héritier menaçant

Comme tous les pays arabes du Moyen-Orient, l’Arabie saoudite est une société féodale qui repose, dans ce cas-ci, sur l’allégeance de tribus à la dynastie des Saoud.

En concentrant tous les pouvoirs entre ses mains, l’impétueux prince Mohammed ben Salmane indispose un grand nombre de princes saoudiens (il y en a plus de mille) et de chefs de clans.

Sous le prétexte de la lutte contre la corruption, le prince héritier a dépouillé certains membres de la famille royale de milliards de dollars à son profit.

De plus, en donnant l’impression qu’il veut mettre fin à l’intégrisme de son pays, le prince hériter inquiète le clergé wahhabite, jaloux de ses pouvoirs et de son influence.

Rappelons que ce clergé influence les foules par ses prêches du vendredi et sa mainmise complète sur le système éducatif saoudien.

Après le bourbier saoudien au Yémen, le refus du Qatar se soumettre à son autorité et la victoire inéluctable de Bachar el-Assad en Syrie, Mohammed ben Salmane va de revers en défaites.

L’Arabie saoudite et le monde

L’Europe

Si les pays européens peuvent toujours prétendre ne pas avoir anticipé la crise migratoire qui a accompagné la guerre en Syrie, ils devraient se douter que la guerre que l’Arabie saoudite prépare contre l’Iran mettra de nouveau leurs frontières à dure épreuve.

Ils ont donc intérêt à calmer les ardeurs guerrières du prince héritier et à favoriser l’affaiblissement de son pouvoir. Tout cela dans un exercice périlleux qui consiste à vendre des armes à la dictature saoudienne sans qu’elle s’en serve.

Depuis des semaines, le gouvernement de Mme May tente de détourner l’attention du public anglais des conflits internes de son parti au sujet du Brexit.

La tentative d’empoisonnement par la Russie d’un ex-agent double russe lui donnait le prétexte d’une enflure verbale digne de la guerre froide.

Mais voilà que l’Arabie Saoudite fait pareil. En fait, elle fait pire puisque Khashoggi n’est même pas un espion.

Talonnée par son opposition travailliste (très à gauche), Mme May s’empresse donc de se scandaliser d’un fait divers.

En Amérique du Nord

Toute comme les autres fournisseurs d’armements à l’Arabie saoudite, le Canada n’a aucune intention d’indisposer un important client.

Le gouvernement Trudeau se réjouit donc de la désapprobation des médias canadiens envers la dictature saoudienne, désapprobation dont il peut plaider officiellement qu’il n’y est pour rien.

Quant aux États-Unis, si les attentats du 11 septembre 2001 n’ont pas nui aux bonnes relations américano-saoudiennes, il est douteux que ces deux pays se brouillent aujourd’hui pour si peu.

Mais ce n’est pas le cas du milieu journalistique américain qui vient de perdre un des leurs. En déchainant l’opinion publique sur les médias sociaux, les médias américains font pression sur les entreprises américaines soucieuses de leur image publique afin qu’elles annulent leur participation à Vision 2030.

Conclusion

À la fois partenaire officiel de la lutte antiterroriste et financier clandestin du terrorisme islamique, l’Arabie saoudite mène depuis longtemps un double-jeu.

Par cet assassinat sordide, l’Arabie saoudite donne à tous l’occasion d’exprimer publiquement son ressentiment contre une dictature misogyne et obscurantiste devant laquelle nos chefs d’État font la courbette depuis trop longtemps.

Références :
Arabie saoudite : un vent de réforme qui ne fait pas l’unanimité
Jamal Khashoggi
Guerre civile yéménite
La Grande séduction saoudienne
La promotion de l’Arabie saoudite au Conseil des droits de l’homme fait débat
L’Arabie saoudite ne peut défendre les droits des femmes à l’ONU
Transformer l’Arabie saoudite
Turks tell U.S. officials they have audio and video recordings that support conclusion Khashoggi was killed
Que sait-on sur l’empoisonnement de l’ex-agent double russe au Royaume-Uni ?

Paru depuis :
Saudi Arabia pays UK firms millions to boost image (2018-10-20)
La guerre des nerfs (2018-10-24)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Angélisme vs les réalités de la guerre

10 juillet 2018

Préambule : Le quotidien Le Devoir publiait ce matin une lettre adressée à Justin Trudeau dans laquelle plusieurs signataires demandaient que le Canada exige un cessez-le-feu immédiat destiné à secourir les civils d’une province située au sud-ouest de la Syrie.

Légèrement modifié, voici le commentaire que j’adressais aux signataires de cette lettre.


 
La guerre en Syrie prendra fin lorsque le régime syrien prendra le contrôle de l’ensemble du pays.

L’opposé — la victoire des rebelles — signifierait le début d’une autre guerre; celle des diverses factions de mercenaire entre eux.

Mais pour que le régime étende son contrôle sur le sud-ouest du pays, le front de la guerre doit s’y déplacer. Or dans toute guerre, les civils fuient à l’approche du front.

C’est l’armistice et non un cessez-le-feu qui marque la fin de la guerre. Un cessez-le-feu permet aux belligérants de reprendre leurs forces et de se taper dessus plus fort lorsque le conflit reprend.

Jusqu’ici, les cessez-le-feu ont été demandés par l’ONU lorsque des milices affiliées à Al-Qaïda étaient encerclées.

Dans le sud-ouest de la Syrie, les milices d’Al Qaïda sont soutenues par Israël en vertu du principe selon lequel les ennemis de mes ennemis (l’Iran et le Hezbollah) sont mes amis.

Si cette guerre a fait près d’un demi-million de morts et plus de douze-millions de personnes déplacées (dont plus de cinq millions de réfugiés) ce n’est pas à cause de la répression sanglante du printemps arabe en Syrie, mais parce que cette révolte a été le prétexte à une guerre de procuration qui a suivi.

Cette guerre de procuration a été financée par trois pays (l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie), appuyés par les pays occidentaux, toujours heureux de foutre le bordel dans un pays producteur de pétrole, surtout quand c’est un allié de Moscou.

Bref, le Canada, comme bien des pays occidentaux, a du sang syrien sur les mains et il devrait apprendre à se mêler de ses affaires.

Animés par de nobles intentions, les signataires de cette lettre servent une mauvaise cause; le prolongement de la guerre sous de beaux grands principes creux.

Référence :
La situation est désespérée à Deraa, en Syrie

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Tuer pour sauver des vies

17 avril 2018

En 1939, si Hitler n’avait pas quitté plus tôt que prévu une brasserie de Munich — où la bombe de Georg Elser devait le tuer à 21h20 — combien de millions de vies humaines aurait-on épargnées au cours de la Deuxième Guerre mondiale ?

Tuer préventivement pour protéger la Patrie, pour délivrer un peuple ou pour sauver des personnes en danger, est la motivation habituelle des comploteurs.

Obsédé depuis des mois par le danger d’attaques terroristes contre ses proches, l’auteur de l’attentat de Québec était convaincu qu’en tuant les fidèles dans une mosquée, il sauvait des gens des attaques terroristes.

« Je me suis dit hier que, peut-être grâce à ce que j’ai fait, il va peut-être y avoir une centaine de personnes qui vont être sauvées.»

Devant un tel raisonnement, il est facile de présumer que le jeune auteur de l’attentat est un simple d’esprit.

Mais n’est-ce pas aussi notre cas lorsque nous applaudissons les dirigeants de nos pays qui ordonnent des bombardements ‘humanitaires’ à l’Étranger ?

Les Américains ont cru majoritairement que leur pays avait le devoir de faire une guerre ‘préventive’ en Irak dans le but de sauver des millions d’Européens à portée de tir des armes de destruction massive de Saddam Hussain.

Et ce, malgré le fait que la vaste majorité des Européens s’opposaient à cette guerre et doutaient (à juste titre) de l’existence de ces armes.

D’autre part, nos éditorialistes et nos lecteurs de nouvelles, n’ont-ils pas critiqué nos gouvernements, les accusant d’être impassibles devant la répression cruelle du Printemps arabe en Syrie ? Une répression qui faisait des centaines de morts, parmi lesquels de pauvres petits enfants.

Et n’ont-ils pas applaudi à cette guerre qui a causé entre 350 000 à 500 000 morts, principalement des civils, dont beaucoup plus de pauvres petits enfants ?

Quand un remède est mille fois plus mortel que la maladie, quel médecin s’entête à le prescrire ? Grâce à Dieu, médecine et journalisme sont des professions différentes.

Le plus sérieusement du monde, nos dirigeants militaires nous ont promis qu’avec plus de bombardements, nous réussirons enfin à délivrer les gens qui ont survécu à nos bombardements antérieurs.

Malheureusement, plus on bombarde, moins il en reste. Mais, dans la mesure où ce sont des gens qu’on ne voudrait surtout pas voir immigrer chez nous, un peu plus ou un peu moins, quelle importance…

Même après sept ans de guerre, nous n’apprenons pas de nos erreurs. Il suffit de nous monter les images choquantes des gens gazés en Syrie pour que, de nouveau, nous réclamions vengeance.

Il y a eu en Syrie des dizaines d’attaques chimiques depuis le début de cette guerre, dont trois qui ont scandalisé l’opinion publique internationale.

L’attaque chimique à Kan al-Assad

La première eut lieu en mars 2013, soit environ un an après que le président Obama ait tracé sa célèbre ligne rouge.

L’enquête de l’ONU effectuée sur place a conclu qu’elle avait commise par les rebelles et non par les forces gouvernementales. Ces rebelles étaient affiliés à Al-Qaida.

L’attaque chimique à Khan Cheikhoun

La deuxième attaque chimique eut lieu en avril 2017.

Cliquez sur l’image pour démarrer

Le premier témoignage à ce sujet a été une vidéo diffusée par les médias européens. On y voyait un secouriste présenter les conséquences horribles de cette tragédie.

Cette vidéo a été retirée des ondes dès qu’on s’est rendu compte que ce secouriste était un médecin tortionnaire d’Al-Qaida condamné pour terrorisme en Grande-Bretagne.

Il y a plusieurs autres vidéos qui circulent sur l’internet à ce sujet.

Lorsque le jour s’est levé en Amérique, les médias québécois ont choisi de nous montrer celle où on voit un garçon aux yeux bleus suffoquant dans un décor stylisé qui aurait pu être construit à Hollywood.

Trois jours plus tard, les États-Unis réagissaient en bombardant une base aérienne syrienne, tuant un petit nombre de militaires syriens.

Cette fois, les enquêteurs de l’ONU ne se sont pas rendus sur place : ils ont basé leurs conclusions sur les preuves présentées par différents pays occidentaux, dont la Turquie. L’ONU a conclu à la responsabilité du régime de Bachar el-Assad.

L’attaque chimique à Douma

La troisième attaque est celle survenue il y a dix jours. De nouveau, l’attaque a eu lieu dans un fief d’Al-Qaida.

Les pays occidentaux ont immédiatement blâmé le régime de Bachar el-Assad pour cette attaque au chlore.

Trump manipulé par la dictature soudienne

Sans attendre une résolution habilitante de l’ONU, les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France ont illégalement bombardé des sites de production et de stockage d’armes chimiques (notamment de chlore) en Syrie.

Malheureusement, dans ce pays comme chez nous, le chlore — sous forme gazeux, sous forme d’hypochlorite de sodium ou de bioxyde de chlore — sert principalement à l’épuration des eaux.

On peut donc craindre l’apparition d’épidémies de choléra dans certaines villes syriennes qui auront été incapables de s’approvisionner en chlore. Et ce, au grand scandale des pays occidentaux qui accuseront le cruel régime syrien de procéder à une guerre bactériologique contre son propre peuple.

Quand cesserons-nous de tuer dans le but de sauver des vies et de suivre le raisonnement simpliste du terroriste de Québec ?

Références :
Attaque chimique de Douma
Attaque chimique de Khan Cheikhoun
Attaque chimique de Khan al-Assal
Georg Elser
Guerre d’Irak
Le tueur qui croyait sauver des vies
Menaces de tirs américains en Syrie : « Ça peut déraper », estime un observateur
Trump : un président manipulable et impulsif

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Syrie : du vide américain au flop élyséen

2 avril 2018

Préambule

Le 30 mars dernier, cinq douaniers français armés ont pénétré en territoire italien afin d’y mener une enquête. Cette violation de la souveraineté italienne a fait grand bruit. Si bien que l’ambassadeur français a été sommé de venir s’expliquer auprès des autorités italiennes.

Il est donc ironique de se rappeler que ces deux pays, si soucieux du respect des frontières, ont assisté, impassibles, à l’invasion de la Syrie par l’armée turque en janvier dernier.

La reconquête de la Ghouta orientale

Le 20 janvier 2018, sous le nom charmant d’Opération ‘Rameau d’olivier’, des soldats et chars d’assaut turcs ont envahi la province d’Afrin, située à l’extrémité nord-ouest de la Syrie. Ils ont fait la conquête de la capitale de cette province le 18 mars suivant.

En vertu du droit international, le régime de Bachar el-Assad était justifié de déclarer la guerre à la Turquie.

Mais ses soldats avaient d’autres choses à faire. Ils en ont profité pour procéder à la conquête de la Ghouta orientale, la banlieue orientale de Damas (la capitale syrienne).

Depuis janvier dernier, les rebelles qui s’y trouvaient ont fait pleuvoir plus de 2 575 obus et missiles sur la population de la capitale. Ce qu’aucun pays au monde ne tolèrerait.

C’est dans cette banlieue qu’est né le Printemps arable syrien. Huit ans plus tard, c’est là que se trouvaient encore les derniers vrais rebelles modérés de Syrie, de même que des mercenaires d’Al Qaida. Se détestant les uns les autres et tous armés jusqu’aux dents, ces milices possédaient jusqu’à des chars d’assaut.

On devine donc la férocité des combats.

La conquête de cette banlieue était une étape indispensable à la pacification du pays. De manière générale, il ne peut y avoir de paix en Syrie sans que l’État syrien étende son autorité sur l’ensemble du territoire national, au premier rang duquel se trouvent les abords de la capitale.

La conquête turque d’Afrin

Dans la province d’Afrin, les choses se sont assez bien déroulées. L’armée turque a fait relativement peu de pertes civiles. Relativement peu si on tient compte qu’il s’agit d’une guerre, ce qui cause inévitablement des morts.

Les ‘supplétifs’ de l’armée turque — c’est le joli nom donné aux mercenaires islamistes qui l’ont aidé à conquérir cette province — ont évidemment commis des exactions dans le but de terroriser les Kurdes syriens et de les inciter à quitter les lieux. C’est voulu. Ils en ont profité pour piller les maisons abandonnées par ces derniers.

Le but de la Turquie est de procéder à une épuration ethnique en remplaçant les Kurdes syriens d’Afrin par des Syriens arabophones. Or personne ne veut déménager dans un champ de ruines.

Voilà pourquoi la Turquie y a fait relativement peu de dommages matériels. Ce qui, de toute façon, n’était pas nécessaire, la population y étant peu armée.

Je soupçonne qu’Erdoğan en a profité pour vider quelques uns de ses camps de réfugiés syriens et d’installer ceux-ci dans leurs nouvelles demeures d’Afrin.

La levée du verrou américain

L’intention avouée d’Erdoğan est de nettoyer tout le nord de la Syrie de la présence kurde.

Mais voilà. Quelques centaines de soldats américains sont stationnés à 97 km d’Afrin, dans la ville de Manbij, capitale de la province du même nom. Or si la Turquie envahissait ensuite la province de Manbij, ses soldats se retrouveraient face à face avec des soldats américains.

Il suffirait de l’indiscipline de quelques ‘supplétifs’ islamistes — détestant par-dessus tout les mécréants occidentaux — pour mettre le feu aux poudres.

Afin d’éviter cela, la Turquie fait pression depuis des semaines afin que les Américains quittent les lieux.

Mais comment les Américains peuvent-ils céder à la Turquie sans passer pour des lâches ?

Le 29 mars, Donald Trump a trouvé la solution. Les États-Unis, dit-il, ont gagné la guerre contre Daech : ils n’ont plus rien à faire en Syrie. Ils vont donc partir très vite de ce pays.

Même s’il est toujours hasardeux de prévoir si demain Donald Trump dira la même chose que la veille, il est probable qu’il maintiendra cette position puisque celle-ci est du Trump tout craché.

En d’autres mots, Donald Trump demande à Erdoğan de patienter encore quelque temps : les Américains lui laisseront le champ libre pour poursuivre son nettoyage ethnique vers l’Est syrien.

Le flop diplomatique de l’Élysée

Comme dans bien d’autres domaines, en politique internationale, la nature a horreur du vide.

Avec l’effondrement du califat et la diminution du financement saoudien de cette guerre, Emmanuel Macron y a vu une occasion pour la France d’accroitre son influence dans cette partie du monde.

Le 29 mars, l’Élysée a donc reçu une délégation de Kurdes syriens.

À l’issue de cette rencontre, les représentants kurdes se sont dit heureux d’apprendre que la France enverra des troupes dans le territoire syrien sous leur contrôle. Précisons qu’il s’agit d’une déclaration que la France n’a pas commentée ce jour-là.

Mais le lendemain, après avoir appris que Trump voulait que des États-Unis déguerpissent de Syrie, le Palais de l’Élysée s’est empressé de préciser qu’il était hors de question que la France envoie des troupes en Syrie. Tiens, tiens.

Résultat : Erdoğan est furieux que l’Élysée ait reçu officiellement des gens qui sont des ‘terroristes’ à ses yeux.

Et les Kurdes sont déçus de découvrir que la France mobiliserait en leur faveur une armée de mots, mais rien de plus.

L’initiative de Macron visait évidemment à faire rayonner la diplomatie française.

Mais à la suite de ce flop, on se demande comment Emmanuel Macron pourrait espérer passer pour un Jules César lorsque son ami américain le contraint à jouer les Ponce Pilate…

Conclusion

La dure réalité est que l’Occident a perdu la guerre en Syrie et que moins les pays étrangers se mêleront des affaires de ce pays, mieux celui-ci s’en portera.

Quant à la reconstruction éventuelle de la Syrie, nous savons par expérience que même si cette dernière devait se soumettre à toutes les conditions qu’exigeront les pays occidentaux, ceux-ci verseront à peu près rien de ce qu’ils auront promis.

Parlez-en aux Afghans et aux Irakiens.

Quant à Daech, vaincu sur les champs de bataille, il fait comme Al Qaida après sa défaite militaire en Afghanistan : il disparait dans la clandestinité.

Délivré de la gestion administrative de son califat, Daech pourra dorénavant se consacrer à ce pour quoi ses mécènes le paient et là où il excelle; l’attentat terroriste. Celui du 30 mars dernier en France nous en donne un aperçu…

Références :
Attaques dans l’Aude : Daech vise une nouvelle fois le cœur de la France
Bataille d’Afrine
Bataille de la Ghouta orientale
L’Élysée dément l’envoi de troupes en Syrie en soutien aux Kurdes
Les Etats-Unis vont partir « très vite » de Syrie, assure Donald Trump
Macron assure les Kurdes syriens du « soutien » de la France lors d’une rencontre à l’Elysée
Syrie: Macron assure les FDS du soutien de Paris dans le nord-est
Syrie: scènes de pillage à Afrine après l’entrée des forces pro-turques
Un contrôle douanier de la police française en Italie vire au clash diplomatique
Washington et Ankara tentent de régler leurs différends sur la Syrie

Paru depuis :
Only Assad’s victory will end Syria’s civil war. The west can do nothing (2018-04-09)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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