Introduction
En vertu du Droit international, n’importe quel pays peut se doter d’infrastructures nucléaires civiles en vue, par exemple, de produire de l’électricité ou des isotopes radioactifs à des fins médicales.
Pendant des années, l’administration Biden exigeait que l’Arabie saoudite normalise ses relations avec Israël comme condition préalable à tout transfert technologique à ce sujet.
À l’époque, Washington était même prêt à donner à la dictature saoudienne des garanties de sécurité équivalentes à l’article 5 du Traité de l’Otan si celle-ci devenait alliée d’Israël.
En d’autres mots, l’administration Biden voulait que les États-Unis s’engagent à entrer en guerre contre tout pays qui oserait attaquer l’Arabie saoudite. Comme si celle-ci était membre de l’Otan. À la condition toutefois qu’elle ratifie au préalable les Accords d’Abraham.
Le traité nucléaire signé plus tôt cette semaine par l’administration Trump assure ce transfert technologique à l’Arabie saoudite sans l’obligation de s’entendre avec Israël.
De plus, contrairement à l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien, les inspecteurs chargés de vérifier le respect du traité avec la dictature saoudienne ne seront plus des inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique, renommés pour leur rigueur.
Ce seront plutôt de simples inspecteurs américains. Des inspecteurs sans doute aussi vigilants que ceux qui inspectent les avions de Boeing dont les portes et les hublots disparaissent en plein vol…
Dès son annonce, Israël a fait savoir qu’il s’opposait catégoriquement à ce traité.
Le rétropédalage de Trump
La crainte du gouvernement israélien, c’est que l’Arabie saoudite, dès qu’elle sera capable d’enrichir le minerai d’uranium, poursuive cet enrichissement jusqu’aux concentrations qui sont nécessaires pour fabriquer une bombe nucléaire.
Afin d’apaiser le gouvernement de Benyamin Netanyahou, Donald Trump a rétropédalé dès le lendemain de la signature de ce traité en prétendant faussement que cet accord était conditionnel à ce que l’Arable saoudite devienne signataire des Accords d’Abraham.
Or cela est impossible.
En contrepartie d’investissements américains ou israéliens, les Émirats ont détourné le regard face aux massacres liés à la guerre coloniale qu’Israël livre en Palestine. Mais l’Arabie saoudite ne le peut pas.
Cette dernière n’est pas seulement une pétromonarchie; c’est également une théocratie. En d’autres mots, c’est le ‘Vatican’ de l’Islam sunnite. Non seulement y trouve-t-on plusieurs lieux saints, mais l’université de Médine (située dans ce pays) est le gardien de l’orthodoxie musulmane telle que l’Arabie l’interprète.
Très peu de choses séparent l’Islam sunnite de l’Islam chiite. Si l’Arabie saoudite devait donner l’impression qu’elle consent au génocide des Palestiniens, des dizaines de millions de Musulmans sunnites indignés se convertiront sur-le-champ à l’Islam chiite.
D’autant plus que la théocratie iranienne (gardienne de l’orthodoxie chiite) a obtenu un immense prestige au sein des pays musulmans pour avoir tenu tête à l’armée américaine, au prix d’immenses sacrifices.
D’autre part, il y a deux jours, 4 288 colons israéliens ont pénétré de force dans le complexe de la mosquée Al-Aqsa, située à Jérusalem-Est. Et ce, grâce à la complicité des forces armées du pays. Précisons que cette mosquée est le troisième plus important lieu saint de l’Islam.
À la suite de cette profanation récente, on voit mal comment l’Arabie saoudite pourrait normaliser ses relations avec Israël.
Le rétropédalage de Trump signifie que non seulement sa parole ne vaut rien, mais même sa signature ne vaut guère mieux puisqu’il se réserve le droit d’ajouter des clauses à un traité après l’avoir signé.
Le gouvernement Carney devrait avoir cela à l’esprit en renégociant des accords de libre-échange avec lui.
La motivation de Donald Trump
La menace chinoise à l’hégémonie américaine est une des grandes préoccupations de Donald Trump.
La guerre en Iran a démontré aux pays du Golfe que les États-Unis ne sont plus en mesure d’assurer leur protection. Au contraire, la présence de bases militaires américaines sur leur sol agit comme un aimant qui leur attire des ennuis.
D’où l’idée pour eux d’adopter une ambivalence stratégique en vertu de laquelle on est ami avec tout le monde et vraiment ami avec personne.
Concrètement, c’est un affranchissement à l’égard de l’hégémonie américaine.
Pour éviter que l’Arabie saoudite se tourne vers la Chine pour domestiquer l’atome, l’administration Trump a choisi d’abandonner l’exigence de la normalisation des liens avec Israël.
Et ce, de manière à ce qu’elle dépende de la technologie américaine. Une technologie que Washington pourrait inactiver à distance comme c’est le cas des chasseurs-bombardiers F-35.
Le joker pakistanais
Il n’y a pas que la Chine qui pourrait aider la dictature saoudienne à se doter de l’arme nucléaire; il y a aussi le Pakistan.
Or justement, les relations entre l’Arabie saoudite et le Pakistan n’ont jamais été aussi bonnes.
La diplomatie pakistanaise s’est attiré le courroux d’Israël pour avoir joué un rôle majeur dans la conclusion d’un accord de cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran. Cet accord (dont le texte est secret) prévoyait la fin des hostilités sur tous les fronts.
Afin de saboter cet accord, Israël s’est empressé le jour même de bombarder le Hezbollah au Liban. Et c’est le Pakistan — présent à ces pourparlers à titre de négociateur — qui a contredit l’administration Trump en révélant que l’accord prévoyait bien l’interruption des hostilités sur tous les fronts.
Première pétromonarchie à signer les Accords d’Abraham, les Émirats arabes unis sont le plus fidèle allié d’Israël au Moyen-Orient. Voilà pourquoi ce pays a été la principale cible des frappes iraniennes contre les pays du Golfe.
L’alignement des Émirats sur la politique israélienne est tel que ce pays a voulu punir le Pakistan pour ses efforts diplomatiques en exigeant récemment le remboursement d’une série de prêts, totalisant 3,5 milliards de dollars, consentis au Pakistan en 1996, en 2021 et en 2023.
Coïncidence, quelques jours plus tard, l’Arabie saoudite a acheté pour 3 milliards de dollars de bons du Trésor pakistanais afin de l’aider à rembourser ses dettes.
Pour l’Arabie, cette somme, c’est de l’argent de poche. Mais pour le Pakistan, ce prêt est très important. D’autant plus qu’il s’ajoute aux cinq milliards de dollars déjà consentis par l’Arabie au Pakistan.
Si bien qu’on peut se demander si ce pays serait en mesure de dire non à l’Arabie saoudite si celle-ci devait demander l’aide du Pakistan pour se doter de l’arme nucléaire…
Références :
Accords d’Abraham
Accord de Vienne sur le nucléaire iranien
More than 4,200 Israelis storm Al-Aqsa Mosque in Jerusalem
Pakistan secures $3 billion from Saudi Arabia as ties deepen
Pakistan To Repay Historic $3.5 Billion Debt to UAE By This Deadline
Saudi nuclear deal in doubt as Trump adds new condition regarding Israel
The US-Saudi nuclear deal makes no sense
Trita Parsi Makes Blockbuster Point About Saudi Nuclear Deal (vidéo)
UAE pulls US$3.5 billion from Pakistan after Iran war mediation
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Écrit par Jean-Pierre Martel


