Angélisme vs les réalités de la guerre

10 juillet 2018

Préambule : Le quotidien Le Devoir publiait ce matin une lettre adressée à Justin Trudeau dans laquelle plusieurs signataires demandaient que le Canada exige un cessez-le-feu immédiat destiné à secourir les civils d’une province située au sud-ouest de la Syrie.

Légèrement modifié, voici le commentaire que j’adressais aux signataires de cette lettre.


 
La guerre en Syrie prendra fin lorsque le régime syrien prendra le contrôle de l’ensemble du pays.

L’opposé — la victoire des rebelles — signifierait le début d’une autre guerre; celle des diverses factions de mercenaire entre eux.

Mais pour que le régime étende son contrôle sur le sud-ouest du pays, le front de la guerre doit s’y déplacer. Or dans toute guerre, les civils fuient à l’approche du front.

C’est l’armistice et non un cessez-le-feu qui marque la fin de la guerre. Un cessez-le-feu permet aux belligérants de reprendre leurs forces et de se taper dessus plus fort lorsque le conflit reprend.

Jusqu’ici, les cessez-le-feu ont été demandés par l’ONU lorsque des milices affiliées à Al-Qaïda étaient encerclées.

Dans le sud-ouest de la Syrie, les milices d’Al Qaïda sont soutenues par Israël en vertu du principe selon lequel les ennemis de mes ennemis (l’Iran et le Hezbollah) sont mes amis.

Si cette guerre a fait près d’un demi-million de morts et plus de douze-millions de personnes déplacées (dont plus de cinq millions de réfugiés) ce n’est pas à cause de la répression sanglante du printemps arabe en Syrie, mais parce que cette révolte a été le prétexte à une guerre de procuration qui a suivi.

Cette guerre de procuration a été financée par trois pays (l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie), appuyés par les pays occidentaux, toujours heureux de foutre le bordel dans un pays producteur de pétrole, surtout quand c’est un allié de Moscou.

Bref, le Canada, comme bien des pays occidentaux, a du sang syrien sur les mains et il devrait apprendre à se mêler de ses affaires.

Animés par de nobles intentions, les signataires de cette lettre servent une mauvaise cause; le prolongement de la guerre sous de beaux grands principes creux.

Référence :
La situation est désespérée à Deraa, en Syrie

Angélisme vs les réalités de la guerre
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Tuer pour sauver des vies

17 avril 2018

En 1939, si Hitler n’avait pas quitté plus tôt que prévu une brasserie de Munich — où la bombe de Georg Elser devait le tuer à 21h20 — combien de millions de vies humaines aurait-on épargnées au cours de la Deuxième Guerre mondiale ?

Tuer préventivement pour protéger la Patrie, pour délivrer un peuple ou pour sauver des personnes en danger, est la motivation habituelle des comploteurs.

Obsédé depuis des mois par le danger d’attaques terroristes contre ses proches, l’auteur de l’attentat de Québec était convaincu qu’en tuant les fidèles dans une mosquée, il sauvait des gens des attaques terroristes.

« Je me suis dit hier que, peut-être grâce à ce que j’ai fait, il va peut-être y avoir une centaine de personnes qui vont être sauvées.»

Devant un tel raisonnement, il est facile de présumer que le jeune auteur de l’attentat est un simple d’esprit.

Mais n’est-ce pas aussi notre cas lorsque nous applaudissons les dirigeants de nos pays qui ordonnent des bombardements ‘humanitaires’ à l’Étranger ?

Les Américains ont cru majoritairement que leur pays avait le devoir de faire une guerre ‘préventive’ en Irak dans le but de sauver des millions d’Européens à portée de tir des armes de destruction massive de Saddam Hussain.

Et ce, malgré le fait que la vaste majorité des Européens s’opposaient à cette guerre et doutaient (à juste titre) de l’existence de ces armes.

D’autre part, nos éditorialistes et nos lecteurs de nouvelles, n’ont-ils pas critiqué nos gouvernements, les accusant d’être impassibles devant la répression cruelle du Printemps arabe en Syrie ? Une répression qui faisait des centaines de morts, parmi lesquels de pauvres petits enfants.

Et n’ont-ils pas applaudi à cette guerre qui a causé entre 350 000 à 500 000 morts, principalement des civils, dont beaucoup plus de pauvres petits enfants ?

Quand un remède est mille fois plus mortel que la maladie, quel médecin s’entête à le prescrire ? Grâce à Dieu, médecine et journalisme sont des professions différentes.

Le plus sérieusement du monde, nos dirigeants militaires nous ont promis qu’avec plus de bombardements, nous réussirons enfin à délivrer les gens qui ont survécu à nos bombardements antérieurs.

Malheureusement, plus on bombarde, moins il en reste. Mais, dans la mesure où ce sont des gens qu’on ne voudrait surtout pas voir immigrer chez nous, un peu plus un peu moins, quelle importance…

Même après sept ans de guerre, nous n’apprenons pas de nos erreurs. Il suffit de nous monter les images choquantes des gens gazés en Syrie pour que, de nouveau, nous réclamions vengeance.

Il y a eu en Syrie des dizaines d’attaques chimiques depuis le début de cette guerre, dont trois qui ont scandalisé l’opinion publique internationale.

L’attaque chimique à Kan al-Assad

La première eut lieu en mars 2013, soit environ un an après que le président Obama ait tracé sa célèbre ligne rouge.

L’enquête de l’ONU effectuée sur place a conclu qu’elle avait commise par les rebelles et non par les forces gouvernementales. Ces rebelles étaient affiliés à Al-Qaida.

L’attaque chimique à Khan Cheikhoun

La deuxième attaque chimique eut lieu en avril 2017.

Cliquez sur l’image pour démarrer

Le premier témoignage à ce sujet a été une vidéo diffusée par les médias européens. On y voyait un secouriste présenter les conséquences horribles de cette tragédie.

Cette vidéo a été retirée des ondes dès qu’on s’est rendu compte que ce secouriste était un médecin tortionnaire d’Al-Qaida condamné pour terrorisme en Grande-Bretagne.

Il y a plusieurs autres vidéos qui circulent sur l’internet à ce sujet.

Lorsque le jour s’est levé en Amérique, les médias québécois ont choisi de nous montrer celle où on voit un garçon aux yeux bleus suffoquant dans un décor stylisé qui aurait pu être construit à Hollywood.

Trois jours plus tard, les États-Unis réagissaient en bombardant une base aérienne syrienne, tuant un petit nombre de militaires syriens.

Cette fois, les enquêteurs de l’ONU ne se sont pas rendus sur place : ils ont basé leurs conclusions sur les preuves présentées par différents pays occidentaux, dont la Turquie. L’ONU a conclu à la responsabilité du régime de Bachar el-Assad.

L’attaque chimique à Douma

La troisième attaque est celle survenue il y a dix jours. De nouveau, l’attaque a eu lieu dans un fief d’Al-Qaida.

Les pays occidentaux ont immédiatement blâmé le régime de Bachar el-Assad pour cette attaque au chlore.

Trump manipulé par la dictature soudienne

Sans attendre une résolution habilitante de l’ONU, les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France ont illégalement bombardé des sites de production et de stockage d’armes chimiques (notamment de chlore) en Syrie.

Malheureusement, dans ce pays comme chez nous, le chlore — sous forme gazeux, sous forme d’hypochlorite de sodium ou de bioxyde de chlore — sert principalement à l’épuration des eaux.

On peut donc craindre l’apparition d’épidémies de choléra dans certaines villes syriennes qui auront été incapables de s’approvisionner en chlore. Et ce, au grand scandale des pays occidentaux qui accuseront le cruel régime syrien de procéder à une guerre bactériologique contre son propre peuple.

Quand cesserons-nous de tuer dans le but de sauver des vies et de suivre le raisonnement simpliste du terroriste de Québec ?

Références :
Attaque chimique de Douma
Attaque chimique de Khan Cheikhoun
Attaque chimique de Khan al-Assal
Georg Elser
Guerre d’Irak
Le tueur qui croyait sauver des vies
Menaces de tirs américains en Syrie : « Ça peut déraper », estime un observateur
Trump : un président manipulable et impulsif

Tuer pour sauver des vies
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Syrie : du vide américain au flop élyséen

2 avril 2018

Préambule

Le 30 mars dernier, cinq douaniers français armés ont pénétré en territoire italien afin d’y mener une enquête. Cette violation de la souveraineté italienne a fait grand bruit. Si bien que l’ambassadeur français a été sommé de venir s’expliquer auprès des autorités italiennes.

Il est donc ironique de se rappeler que ces deux pays, si soucieux du respect des frontières, ont assisté, impassibles, à l’invasion de la Syrie par l’armée turque en janvier dernier.

La reconquête de la Ghouta orientale

Le 20 janvier 2018, sous le nom charmant d’Opération ‘Rameau d’olivier’, des soldats et chars d’assaut turcs ont envahi la province d’Afrin, située à l’extrémité nord-ouest de la Syrie. Ils ont fait la conquête de la capitale de cette province le 18 mars suivant.

En vertu du droit international, le régime de Bachar el-Assad était justifié de déclarer la guerre à la Turquie.

Mais ses soldats avaient d’autres choses à faire. Ils en ont profité pour procéder à la conquête de la Ghouta orientale, la banlieue orientale de Damas (la capitale syrienne).

Depuis janvier dernier, les rebelles qui s’y trouvaient ont fait pleuvoir plus de 2 575 obus et missiles sur la population de la capitale. Ce qu’aucun pays au monde ne tolèrerait.

C’est dans cette banlieue qu’est né le Printemps arable syrien. Huit ans plus tard, c’est là que se trouvaient encore les derniers vrais rebelles modérés de Syrie, de même que des mercenaires d’Al Qaida. Se détestant les uns les autres et tous armés jusqu’aux dents, ces milices possédaient jusqu’à des chars d’assaut.

On devine donc la férocité des combats.

La conquête de cette banlieue était une étape indispensable à la pacification du pays. De manière générale, il ne peut y avoir de paix en Syrie sans que l’État syrien étende son autorité sur l’ensemble du territoire national, au premier rang duquel se trouvent les abords de la capitale.

La conquête turque d’Afrin

Dans la province d’Afrin, les choses se sont assez bien déroulées. L’armée turque a fait relativement peu de pertes civiles. Relativement peu si on tient compte qu’il s’agit d’une guerre, ce qui cause inévitablement des morts.

Les ‘supplétifs’ de l’armée turque — c’est le joli nom donné aux mercenaires islamistes qui l’ont aidé à conquérir cette province — ont évidemment commis des exactions dans le but de terroriser les Kurdes syriens et de les inciter à quitter les lieux. C’est voulu. Ils en ont profité pour piller les maisons abandonnées par ces derniers.

Le but de la Turquie est de procéder à une épuration ethnique en remplaçant les Kurdes syriens d’Afrin par des Syriens arabophones. Or personne ne veut déménager dans un champ de ruines.

Voilà pourquoi la Turquie y a fait relativement peu de dommages matériels. Ce qui, de toute façon, n’était pas nécessaire, la population y étant peu armée.

Je soupçonne qu’Erdoğan en a profité pour vider quelques uns de ses camps de réfugiés syriens et d’installer ceux-ci dans leurs nouvelles demeures d’Afrin.

La levée du verrou américain

L’intention avouée d’Erdoğan est de nettoyer tout le nord de la Syrie de la présence kurde.

Mais voilà. Quelques centaines de soldats américains sont stationnés à 97 km d’Afrin, dans la ville de Manbij, capitale de la province du même nom. Or si la Turquie envahissait ensuite la province de Manbij, ses soldats se retrouveraient face à face avec des soldats américains.

Il suffirait de l’indiscipline de quelques ‘supplétifs’ islamistes — détestant par-dessus tout les mécréants occidentaux — pour mettre le feu aux poudres.

Afin d’éviter cela, la Turquie fait pression depuis des semaines afin que les Américains quittent les lieux.

Mais comment les Américains peuvent-ils céder à la Turquie sans passer pour des lâches ?

Le 29 mars, Donald Trump a trouvé la solution. Les États-Unis, dit-il, ont gagné la guerre contre Daech : ils n’ont plus rien à faire en Syrie. Ils vont donc partir très vite de ce pays.

Même s’il est toujours hasardeux de prévoir si demain Donald Trump dira la même chose que la veille, il est probable qu’il maintiendra cette position puisque celle-ci est du Trump tout craché.

En d’autres mots, Donald Trump demande à Erdoğan de patienter encore quelque temps : les Américains lui laisseront le champ libre pour poursuivre son nettoyage ethnique vers l’Est syrien.

Le flop diplomatique de l’Élysée

Comme dans bien d’autres domaines, en politique internationale, la nature a horreur du vide.

Avec l’effondrement du califat et la diminution du financement saoudien de cette guerre, Emmanuel Macron y a vu une occasion pour la France d’accroitre son influence dans cette partie du monde.

Le 29 mars, l’Élysée a donc reçu une délégation de Kurdes syriens.

À l’issue de cette rencontre, les représentants kurdes se sont dit heureux d’apprendre que la France enverra des troupes dans le territoire syrien sous leur contrôle. Précisons qu’il s’agit d’une déclaration que la France n’a pas commentée ce jour-là.

Mais le lendemain, après avoir appris que Trump voulait que des États-Unis déguerpissent de Syrie, le Palais de l’Élysée s’est empressé de préciser qu’il était hors de question que la France envoie des troupes en Syrie. Tiens, tiens.

Résultat : Erdoğan est furieux que l’Élysée ait reçu officiellement des gens qui sont des ‘terroristes’ à ses yeux.

Et les Kurdes sont déçus de découvrir que la France mobiliserait en leur faveur une armée de mots, mais rien de plus.

L’initiative de Macron visait évidemment à faire rayonner la diplomatie française.

Mais à la suite de ce flop, on se demande comment Emmanuel Macron pourrait espérer passer pour un Jules César lorsque son ami américain le contraint à jouer les Ponce Pilate…

Conclusion

La dure réalité est que l’Occident a perdu la guerre en Syrie et que moins les pays étrangers se mêleront des affaires de ce pays, mieux celui-ci s’en portera.

Quant à la reconstruction éventuelle de la Syrie, nous savons par expérience que même si cette dernière devait se soumettre à toutes les conditions qu’exigeront les pays occidentaux, ceux-ci verseront à peu près rien de ce qu’ils auront promis.

Parlez-en aux Afghans et aux Irakiens.

Quant à Daech, vaincu sur les champs de bataille, il fait comme Al Qaida après sa défaite militaire en Afghanistan : il disparait dans la clandestinité.

Délivré de la gestion administrative de son califat, Daech pourra dorénavant se consacrer à ce pour quoi ses mécènes le paient et là où il excelle; l’attentat terroriste. Celui du 30 mars dernier en France nous en donne un aperçu…

Références :
Attaques dans l’Aude : Daech vise une nouvelle fois le cœur de la France
Bataille d’Afrine
Bataille de la Ghouta orientale
L’Élysée dément l’envoi de troupes en Syrie en soutien aux Kurdes
Les Etats-Unis vont partir « très vite » de Syrie, assure Donald Trump
Macron assure les Kurdes syriens du « soutien » de la France lors d’une rencontre à l’Elysée
Syrie: Macron assure les FDS du soutien de Paris dans le nord-est
Syrie: scènes de pillage à Afrine après l’entrée des forces pro-turques
Un contrôle douanier de la police française en Italie vire au clash diplomatique
Washington et Ankara tentent de régler leurs différends sur la Syrie

Paru depuis :
Only Assad’s victory will end Syria’s civil war. The west can do nothing (2018-04-09)

Syrie : du vide américain au flop élyséen
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Le sort des djihadistes français en Irak

16 février 2018
Hôtel du ministère des Affaires étrangères à Paris

La déchéance ratée

Au lendemain des attentats de Paris en novembre 2015, François Hollande, ex-président de la République française, s’était engagé à modifier la constitution de son pays de manière à donner à l’État le pouvoir de déchoir de leur nationalité les terroristes binationaux.

Puisque le droit international interdit qu’on crée des êtres apatrides, ce pouvoir constitutionnel n’aurait concerné que ceux qui possèdent déjà une autre nationalité.

Cette privation de la citoyenneté française soulageait la France de toute obligation légale au sujet de ces gens.

Selon M. Hollande, ceux qui acceptent de commettre des attentats en France ou qui tentent de tuer des soldats français à l’Étranger s’excluent d’eux-mêmes de la Nation.

Après quatre mois de controverse, l’ex-président français renonça à cette mesure, appuyée par une majorité de ses compatriotes.

Plutôt que de créer deux classes de citoyens français (les binationaux et les autres), aux droits constitutionnels différents, le gouvernement français préféra finalement d’autres moyens d’empêcher le retour au pays des djihadistes.

Dans les faits, la déchéance de la nationalité aurait été l’objet de longues contestations juridiques qui en aurait retardé l’application dans chaque cas.

L’entrevue de l’ambassadeur irakien

À l’émission Focus, sous le titre ‘Irak : la trop lente reconstruction de Tikrit en ruines’, la chaine France24 diffusait le 14 février dernier une entrevue accordée par M. Fareed Yasseen, ambassadeur irakien à Washington.

À cette occasion, ce dernier rapporta les détails d’une réunion secrète à laquelle il a assisté et qui portait sur le problème du rapatriement des djihadistes français capturés par l’armée irakienne :

Je me souviens d’un ancien ministre français qui, soulevant ce problème, a dit à un haut responsable irakien : « Le retour de ces djihadistes va poser un vrai problème en France. On ne pourra pas les garder en prison. Ils vont sortir. Ils vont faire des dégâts.»

Alors, il se tourne vers lui — à l’époque, cela m’avait frappé — et lui a dit : « Tuez-les là-bas.»

Le ‘là-bas’ de cette citation suggère que la réunion s’est tenue hors d’Irak. Puisque c’est le genre de discussion qu’on tient loin d’oreilles indiscrètes, il serait raisonnable de penser que cela ait eu lieu au Quai d’Orsay, à Paris, là où se trouve le ministère des Affaires étrangères.

L’article du Wall Street Journal

Ce témoignage confirme un article paru en mai 2017 dans le Wall Street Journal.

Lors de la reconquête de Mossoul (la deuxième ville d’Irak), 1 200 membres des forces spéciales françaises auraient recruté officieusement des soldats irakiens afin qu’ils traquent et exécutent les mercenaires français dotés de pouvoirs de commandement au sein de l’État islamique.

À cette fin, les militaires français leur ont fourni les noms (et noms de guerre) d’une trentaine de Français recherchés, de même que les photos de quelques-uns d’entre eux.

L’État islamique regroupant ses mercenaires en brigades mono-ethniques (afin de favoriser leur cohésion), il suffisait aux agences de renseignement français d’intercepter un seul appel en français en provenance de Mossoul pour savoir où se cachaient les djihadistes français et conséquemment guider les bombardements ou les combats des forces gouvernementales.

La position française depuis Macron

Les mercenaires français capturés par l’armée irakienne seront jugés dans ce pays. Or il est presque certain qu’ils seront condamnés à la peine capitale.

Du point de vue irakien, ces prisonniers sont des mercenaires venus de l’Étranger pour semer la mort et la désolation. Il n’y a donc pas de raisons pour les tribunaux de ce pays d’être cléments à leur sujet.

D’autant plus qu’une peine d’emprisonnement à perpétuité dans ce pays serait à la charge des autorités irakiennes.

Officiellement, le gouvernement Macron n’exige pas que ses ressortissants prisonniers soient rapatriés en France pour y être jugés. Il se contente d’exprimer le souhait que la justice irakienne leur évite la peine capitale, ce qui est très improbable.

En somme, de François Hollande à Emmanuel Macron, la France poursuit une politique de fermeté à l’égard de ses ressortissants djihadistes.

Tout ce qui change, c’est la manière de l’exprimer.

Références :
France’s Special Forces Hunt French Militants Fighting for Islamic State
France’s Special Forces Hunt French Militants Fighting for Islamic State
François Hollande renonce à la déchéance de nationalité et au Congrès

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 — 1/320 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 12 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Syrie : Le baiser de Judas

25 janvier 2018

Un Kurdistan improbable

Démographiquement, les Kurdes constituent le peuple le plus important au monde qui n’ait pas son propre pays. Ce peuple parle le kurde et non l’arabe. Ils sont plus de quarante-millions de personnes dispersées sur un vaste territoire qui chevauche quatre pays.

Mais comme les Catalans en font l’expérience, il ne suffit pas d’avoir droit à un pays pour pouvoir le créer officiellement.

Kurdistan
 
Malheureusement pour les Kurdes, aucun pays ne veut d’un Kurdistan indépendant. Pour ce faire, l’Iran, l’Irak, la Syrie et la Turquie devraient être démantelés. Or quel allié de l’un d’eux peut se permettre le luxe d’en faire un ennemi ?

La guerre en Syrie s’est accompagnée d’une épuration ethnique. Les combattants kurdes, alliés des États-Unis, ont concentré la population kurde de Syrie dans une bande presque continue au sud de la Turquie (ce que ne reflète pas la carte ci-dessus).

Mais ces combattants, appelés Peshmergas, ont également conquis dans ce pays de vastes territoires occupés par des Arabes. Ces derniers les perçoivent de plus en plus comme des envahisseurs.

Une Turquie belliqueuse

Depuis des décennies, la Turquie opère un lent génocide contre ses ressortissants kurdes.

Les Pechmergas syriens et irakiens, sympathiques à la cause des leurs persécutés en Turquie, sont une menace aux yeux de la Turquie.

Le 14 janvier dernier, en annonçant la création d’une armée de trente-mille hommes dans le Kurdistan syrien, les États-Unis provoquaient la colère de la Turquie et lui fournissaient le prétexte pour déclencher une opération de nettoyage au sud de sa frontière.

Cette opération vise à dégager une zone tampon au sud de la frontière turque. Une zone tampon qu’Erdoğan souhaite créer depuis des années.

En affaiblissant les Peshmergas par ses bombardements, la Turquie veut également permettre aux milices islamistes qu’elle supporte de reconquérir les territoires sunnites actuellement aux mains des milices kurdes.

Les États-Unis insouciants

Quant à la réaction américaine, elle a consisté à demander à la Turquie de faire preuve de retenue. En langage diplomatique, cela signifie : « Allez-y. Tuez des Peshmergas tant que vous voulez. On n’a plus besoin d’eux; l’État islamique est vaincu.»

Malheureusement, les États-Unis n’ont pas compris que le terrorisme est un bizness. Tant que l’argent coule, la plus minuscule milice islamiste en Syrie peut devenir un autre Al-Qaida ou un autre Daech et créer un nouveau califat sur les ruines fumantes de celui de Daech.

La Tony Blair Faith Foundation n’a-t-elle pas démontré qu’entre le tiers et la moitié des rebelles en Syrie souhaitent commettre des attentats en Occident ?

En ce début de reconquête, les supplétifs à qui la Turquie fait parvenir des armes et des munitions en Syrie sont essentiellement des milices d’Al-Qaida. C’est donc cette organisation terroriste qui devrait reprendre de la vigueur pour l’instant dans ce pays.

Poutine, maitre du jeu en Syrie

La Russie est le seul pays qui entretient des relations avec tous les belligérants et qui a quelque chose à donner si on est gentil avec elle.

La Russie contrôle l’espace aérien syrien. En laissant le champ libre à la Turquie, la Russie veut prouver que les États-Unis abandonnent toujours leurs alliés (sauf Israël et l’Arabie saoudite).

Les Américains ont abandonné le chah d’Iran, les Chiites qui se sont soulevés contre Saddam Hussein à l’appel des États-Unis, Ben Ali en Tunisie, Moubarak en Égypte, le Qatar boycotté par ses voisins, et maintenant les Kurdes (qui n’en sont pas vraiment surpris).

Le message de Moscou est le suivant : nous, Russes, sommes fidèles à nos amis. Voyez Bachar el-Assad en Syrie. Voyez la minorité russe d’Ukraine.

En réalité, la Russie a laissé tomber Saddam Hussein en Irak et Kadhafi en Libye. Mais elle a pris de bonnes résolutions depuis.

Et voilà Erdoğan, aveuglé par son animosité envers les Kurdes, qui contribue involontairement à un exercice de propagande russe. Tout le Kremlin doit se tordre de rire.

Conclusion

L’annonce de la création d’une force militaire au sud de la Turquie, c’est le baiser de Judas de l’administration Trump aux Kurdes. C’est une preuve supplémentaire de son inaptitude à comprendre la complexité des grands enjeux internationaux.

C’est également la relance d’un conflit que les États-Unis ont fait trainer en longueur pendant des années afin de vendre des armes aux pays voisins inquiets.

Références :
Ankara accuse Washington de vouloir créer une armée de « terroristes » kurdes en Syrie
Le radicalisme des rebelles syriens
Syrie: discorde américano-turque après un entretien Trump-Erdogan
Turkey to extend Syria campaign to Kurdish-controlled Manbij
Turquie vs Kurdes vs État islamique

Parus depuis :
Syrie : les motifs et les enjeux de la bataille d’Afrin (2018-02-21)
Le Moyen-Orient, point fort de la stratégie diplomatique de Vladimir Poutine (2018-03-17)

Syrie : Le baiser de Judas
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les armes de Daech en Irak et en Syrie

15 décembre 2017

Introduction

Après l’effondrement du califat, l’heure est aux bilans.

L’organisme britannique Conflict Armament Research dévoilait hier les résultats d’une enquête effectuée de juillet 2014 à novembre 2017 sur l’origine de l’équipement militaire dont disposait l’État islamique (ÉI) en Irak et en Syrie.

Il est à noter que dans le cas précis de la Syrie, les enquêtes se sont déroulées de juillet 2014 à septembre 2015 et ce, seulement sur le territoire contrôlé par les forces kurdes, les seules qui, essentiellement, ont fait reculer l’ÉI dans ce pays.

De plus, réitérons qu’il ne s’agit pas de tout le matériel mis en œuvre au cours de cette guerre, mais très précisément de celui de l’ÉI.

L’étude porte sur des dizaines de milliers d’items ayant appartenu aux miliciens de l’ÉI; 1 832 armes, 40 984 munitions, sans compter divers ingrédients nécessaires à la fabrication de bombes artisanales.

Dates de fabrication

À partir des numéros de série, on peut juger de la date de fabrication de l’équipement militaire utilisé par l’ÉI. De manière générale, cet équipement était ancien.

Environ 60% de cet équipement avait été fabriqué avant 1990. Près de 40%, entre 1990 et 2009. Seulement 2% des armes (et 15% des munitions), depuis 2010.

Les armes les plus sophistiquées sont évidemment les plus récentes. Elles sont celles dont l’ÉI a fait l’acquisition le plus rapidement.

Seulement deux mois s’écoulent entre la sortie d’usine de certains missiles sol-sol antitanks et leur utilisation par l’ÉI.

Fabriqués en Bulgarie, ces missiles ont été achetés par les États-Unis, fournis aux forces antigouvernementales de Syrie pour détruire les tanks de l’armée de Bachar el-Assad, mais qui ont été refilés plutôt aux mercenaires de l’ÉI en Irak.

D’autres missiles plus anciens — fabriqués en Roumanie et vendus aux États-Unis ou vendues par la Bulgarie à l’Arabie saoudite — ont mis davantage de temps avant de tomber entre les mains de l’ÉI.

En plus du butin de guerre gagné sur le champ de bataille, une partie des armes utilisées par l’ÉI provient donc du transfert de matériel militaire des milices islamistes vers l’ÉI.

On ne doit jamais perdre de vue que toute l’essence consommée par le matériel roulant des milices islamiques provenait des puits de pétrole de l’ÉI (directement ou par le biais du marché noir).

L’armement servait donc parfois de monnaie d’échange pour obtenir du pétrole.

Pays producteurs

Environ 90% des armes et 87% des munitions avaient été produits en Chine, en Russie et dans d’anciennes républiques soviétiques. À eux seuls, le matériel russe ou chinois représente un peu plus de la moitié de cet approvisionnement.

À titre d’anecdote, signalons que dans une cache trouvée près de Mossoul, des sachets de Captagon™ (la drogue stimulante utilisée par les miliciens de l’ÉI) avaient été préalablement attachés à chacune des mitraillettes chinoises qui y étaient entreposées.

Dans le cas de l’armement fabriqué par d’anciennes républiques soviétiques (30% des armes et 20% des munitions), ils proviennent de Roumanie, de Hongrie, de Bulgarie, de Serbie, de Pologne, et de République tchèque.

Seulement 3% des armes et 13% des munitions avaient été fabriqués par des pays membres de l’OTAN (autres que des pays d’Europe de l’Est). Ce fut principalement le butin de guerre dont l’ÉI hérita lors de la prise de Mossoul (la deuxième ville d’Irak). De ce 3%, les deux tiers sont américains.

Quant aux explosifs, leurs ingrédients et composants — nitrate d’ammonium, nitrate de potassium, détonateurs, mèches, etc.— avaient été achetés en Turquie (et secondairement de Jordanie) sur une longue période temps auprès d’un petit nombre de fournisseurs.

Conclusion

Lorsque la branche irakienne d’Al Qaïda, discréditée dans ce pays et presque complètement anéantie, part faire le djihad en Syrie, elle bénéficie des largesses de l’Arabie saoudite et du Quatar offertes à n’importe quelle milice désireuse d’abattre le régime de Bachar el-Assad.

Très tôt, cet ‘équipement de départ’ est supplanté par le butin obtenu lors des conquêtes territoriales qui mènent à la création du califat et au changement de nom pour État islamique.

Or le califat chevauche deux pays, l’Irak et la Syrie. Le premier est un ancien allié de Moscou tandis que le second l’est toujours.

L’armement des forces gouvernementales de chacun de ses pays est le reflet de ses allégeances géopolitiques. On y trouve donc beaucoup d’armes russes, chinoises et d’anciennes républiques soviétiques.

Lorsque ces forces gouvernementales reculent devant l’avancée de l’ÉI ou d’autres milices islamistes, elles laissent sur place du vieux matériel ‘communiste’.

En Syrie, le recul des forces gouvernementales vers la Syrie dite ‘utile’ (à l’ouest) fait en sorte que le califat s’est retrouvé menacé sur le terrain par les milices islamistes soutenues par les États-Unis et l’Arabie saoudite.

Dans un premier temps, en équipant ces milices, on leur fournissait de nouvelles munitions compatibles avec leurs vieilles armes. Puis bientôt de nouvelles armes compatibles avec leurs vieilles munitions.

Puis, pour aider ces mercenaires à vaincre les milices de l’ÉI et les forces gouvernementales, leurs commanditaires leur ont bientôt fait parvenir des armes plus puissantes.

Dans le cas des missiles antitanks, leur fourniture s’effectue à l’encontre des résolutions de l’ONU et alors que les services de renseignements américains sont parfaitement conscients du danger que ces armes tombent entre les mains de l’ÉI.

Voilà pourquoi les États-Unis et l’Arabie saoudite préfèreront expédier des missiles bulgares et roumains, moins compromettants.

Référence :
Weapons of the Islamic State

Paru depuis :
La valse des armes au Proche-Orient (2017-12-16)


Compléments de lecture :
L’ABC de la guerre syrienne (1re partie)
L’ABC de la guerre syrienne (2e partie)
L’ABC de la guerre syrienne (3e partie)

Les armes de Daech en Irak et en Syrie
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les États-Unis et la Corée du Nord

2 décembre 2017

Introduction

Depuis avril 2017, le président Trump est engagé dans une guerre de mots avec les dirigeants de la Corée du Nord, menaçant ce pays (ou ses dirigeants) d’anéantissement.

Mais après sept mois d’insultes et de menaces réciproques, on peut s’interroger sur l’imminence d’un conflit armé entre leurs deux pays.

Dangerosité de la Corée du Nord

• Les armes nucléaires

En 1980, la Corée du Nord entamait un programme destiné à se doter de l’arme nucléaire. Toutefois, en 1985, ce pays signe le Traité de non-prolifération des armes nucléaires.

Entre l’adhésion de la Corée du Nord et son retrait du traité en 2003, les États-Unis n’ont pas cessé de reprocher à ce pays de ne pas respecter sa parole.

D’autre part, la Corée du Nord blâmait les États-Unis de confondre ses installations nucléaires civiles avec des installations militaires.

Selon la CIA World Factbook, la production électrique en Corée du Nord serait à 55% de l’hydroélectricité; le reste proviendrait d’énergies fossiles (probablement du charbon). Selon l’agence américaine, rien ne serait produit à partir de centrales nucléaires.

En avril 2002, G.W. Bush accuse l’Irak, de même que l’Iran et la Corée du Nord, de faire partie de l’Axe du Mal.

En janvier 2003, alors que les États-Unis sont en train de déployer leur armada en vue de la Guerre d’Irak (qui sera déclenchée officiellement en mars), la Corée du Nord se retire du Traité de non-prolifération des armes nucléaires, convaincue de subir bientôt le même sort.

C’est en octobre 2006 que la Corée du Nord procède à son premier essai nucléaire souterrain. L’expérience fut répétée en 2009, en 2013, en 2016 et en 2017.

En supposant que la Corée du Nord ait effectivement poursuivi secrètement son programme nucléaire de 1985 à 2003, on peut affirmer rétroactivement qu’elle y a mis les bouchées doubles entre 2003 et 2006.

• Les ogives balistiques

Posséder l’arme nucléaire est une chose. Être capable de frapper un pays lointain avec cette arme, c’est autre chose.

Depuis trente ans, la Corée du Nord procède à des tirs balistiques. Mais la fréquence de ces essais — autrefois espacés de plusieurs années — s’est considérablement accélérée depuis 2016.

Jusqu’à maintenant, la plupart des missiles effectuaient une trajectoire en cloche, allongée vers le ciel, puisque tirés presque à la verticale.

L’an dernier, sur neuf tentatives, une seule a réussi. À l’époque, la Corée du Nord propulsait ses missiles à l’aide du moteur 4D10.

En raison de cet échec, le pays s’est tourné vers le moteur Paektusan, utilisé originellement pour lancer des fusées. Et c’est là que tout débloque.

Depuis le début de 2017, la Corée du Nord a procédé à dix-sept tirs dont celui du 29 aout qui, pour la première fois, a survolé le territoire japonais.

Selon les experts, la Corée du Nord aurait développé à ce jour deux modèles de missiles balistiques basés sur le moteur Paektusan.

Un exemplaire du modèle de portée moyenne a survolé le Japon et a atteint une altitude de 550 km.

Mais elle mettrait également au point un missile intercontinental d’une portée de 10 000 km. Celui-ci serait capable d’atteindre une altitude légèrement supérieure à mille kilomètres.

Le missile tiré le 29 novembre 2017 nous en donne un aperçu. Tiré à la verticale, il aurait atteint une altitude de 4 475 km, soit bien au-delà de ce qui est nécessaire pour frapper les États-Unis. Après un vol de 53 minutes, il se serait abimé dans les eaux territoriales du Japon, à 950 km de son site de lancement.

Pour finaliser ses projets, la Corée devrait mettre au point des matériaux composites capables de résister aux températures de 7 000 à 8 000°C, typiques de la rentrée dans l’atmosphère.

Puis la question restera de savoir si les missiles coréens sont capables de transporter sur de longues distances le poids élevé d’ogives nucléaires.

Retour sur la crise des missiles cubains

Missiles russes à La Havane

En 1982, les États-Unis découvrent que l’URSS installe secrètement des missiles à tête nucléaire sur l’ile de Cuba.

Même si Cuba est libre de se doter des moyens défensifs qu’il juge appropriés, le déploiement de missiles à seulement 150 km des côtes américaines est jugé totalement inacceptable par les États-Unis.

Ces missiles sont tellement proches que leurs tirs ne peuvent pas être détectés suffisamment d’avance (par les moyens du temps) pour garantir une riposte.

Le 16 octobre 1962, de son propre chef, le président John-F. Kennedy ordonne un blocus naval autour de l’ile.

Les États-Unis menacent de détruire tout navire soviétique qui tenterait de ravitailler Cuba en armement.

Douze jours plus tard, une troisième guerre mondiale est évitée de peu lorsque les sous-marins et navires soviétiques rebroussent chemin et que l’URSS et les États-Unis s’entendent.

Le laisser-faire américain envers la Corée du Nord

La Corée du Nord n’est pas une ile. Conséquemment, les États-Unis ne peuvent pas lui imposer un blocus maritime et terrestre que si la Chine et la Russie, voisins de la Corée du Nord, y consentent. Ce qui n’est pas le cas.

Mais les États-Unis auraient pu abattre les missiles tirés par la Corée du Nord, l’empêchant de développer son expertise.

Pourquoi ne l’ont-ils pas fait ?

Le droit international

Lorsqu’un missile coréen pénètre dans l’espace aérien japonais, ce missile peut être abattu. Toutefois, si ce missile effectue une trajectoire exclusivement au-dessus de la Corée du Nord, puis au-dessus d’eaux internationales (la mer du Japon), n’y a-t-il pas danger que cela puisse être un Casus belli, c’est-à-dire un motif suffisant pour déclarer la guerre ?

La Corée du Nord ne peut pas déclarer la guerre aux États-Unis. Pourquoi ? Parce que ces deux pays le sont déjà officiellement depuis six décennies.

Déclarée en 1950, la guerre de Corée s’est terminée par un armistice. Mais aucun traité de paix n’a été signé. On a simplement convenu en 1953 de cesser de se battre.

Le risque d’échec

Si les États-Unis échouent à abattre un ou plusieurs missiles coréens, n’y a-t-il pas danger que cela mine la réputation d’excellence de la technologie militaire américaine ?

Oui, en effet.

Mais vaut-il mieux attendre que la Corée du Nord frappe le territoire des États-Unis pour découvrir que les missiles sol-air américains ne sont pas aussi fiables qu’on pense ?

Les missiles coréens sont une occasion en or pour tester et améliorer la fiabilité de l’armement américain dans des conditions réelles de combat.

Les raisons probables de l’inaction américaine

Vendre de l’armement

Avant l’intervention directe de la Russie en Syrie à l’automne 2015, la stratégie américaine dans ce pays était d’arrêter l’expansion territoriale de l’État islamique et, une fois cela fait, de maintenir sa dangerosité afin de susciter l’inquiétude des pays voisins et de les motiver à acheter de l’armement américain.

Voilà pourquoi seulement 2% des frappes américaines visaient les champs pétrolifères de l’ÉI, sa principale source de revenu à l’époque.

Cette fois-ci, Trump provoque le pitbull coréen. Par ses gazouillis, il fait augmenter la tension dans cette partie du monde. Et sa surenchère verbale fait qu’en Corée du Sud comme au Japon, les populations s’inquiètent. Les parlementaires se demandent s’ils sont suffisamment protégés.

Les États-Unis vendent assez librement de l’armement aux pays amis. Mais ils imposent des restrictions sur l’exportation de certains types d’armes sophistiquées.

Le 5 septembre dernier, le président Trump autorisait la Corée du Sud et le Japon à accroître substantiellement leurs achats de matériel militaire sophistiqué.

De plus, au cours de sa tournée asiatique le mois dernier, le président Trump a souligné que la Corée du Sud et le Japon devaient assumer davantage leur propre défense et compter moins sur la protection américaine.

Le bouclier antimissile

Depuis plus d’une décennie, les États-Unis consacrent environ neuf-milliards$ annuellement pour le déploiement d’un système de défense antimissile comprenant des radars et des missiles sol-air.

Le complexe militaro-industriel américain croit qu’un pays aussi riche que les États-Unis pourrait dépenser davantage.

Afin de surmonter les réticences de nombreux membres du Congrès qui croient qu’une augmentation des budgets n’est pas nécessaire, le président américain fait campagne — gratuitement grâce à Twitter — en faveur de l’augmentation des budgets de la défense.

Conclusion

Dans un pays où les industriels maximisent leurs profits en déménageant leur production vers des pays où la main-d’œuvre est moins dispendieuse, le complexe militaro-industriel est le seul dont les entreprises ne procèdent jamais à des délocalisations.

Pour des raisons stratégiques, il est interdit de faire fabriquer à l’Étranger du matériel militaire de pointe.

Puisque tout le reste fout le camp, ce complexe occupe une importance croissance dans l’économie américaine.

Or, justement, ce complexe est un cancer. Afin de maintenir les emplois, il lui faut toujours de nouvelles guerres ou, à défaut, de nouvelles menaces de conflits armés qui stimulent les ventes.

Tout comme leur appui aux Talibans en Afghanistan avant les attentats de New York, les États-Unis ont choisi de laisser la Corée du Nord acquérir des technologies de plus en plus menaçantes.

Ce laisser-faire est un pari. Le pari que les dirigeants américains pourront y mettre fin quand bon leur semblera.

Si le président américain se préparait vraiment à la guerre, les États-Unis déplaceraient une colossale armada vers cette partie du monde.

Mais depuis sept mois, seuls les redoutables gazouillis présidentiels frappent sans relâche la Corée du Nord. Quand, épuisée, finira-t-elle par capituler ?

C’est à suivre…

Références :
Abattre un missile nord-coréen ? Une option risquée pour les Etats-Unis
Armes nucléaires en Corée du Nord
Axe du Mal
Corée du Nord : le dernier tir de missile balistique en six questions
Corée du Nord : jusqu’où peuvent aller les missiles de Pyongyang ?
Crise des missiles de Cuba
Crise des missiles nord-coréens de juillet 2006
Crise des missiles nord-coréens de 2013
Guerre d’Irak
Le coup de bluff de Trump avec la Corée du Nord
National missile defense
North Korea
Politique du rayon de soleil
Programme balistique nord-coréen : «Je suis bluffé par la rapidité avec laquelle ils avancent»
Trump offers to sell ‘sophisticated’ militari gear to Japan and South Korea
Trump prêt à une «guerre» avec la Corée du Nord
Trump promet à la Corée du Nord une riposte «sévère»
Trump says Japan should buy US military equipment to protect against North Korea

Parus depuis :
Menace nord-coréenne: le Japon haussera son buget de défense (2017-12-16)
Le chef de la CIA a rencontré Kim Jong-un (2018-04-18)

Détails techniques : Panasonic GH1, objectif Lumix 12-35mm F/2,8 — 1/500 sec. — F/7,1 — ISO 200 — 35 mm

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Les visées hégémoniques de l’Arabie saoudite au Liban

10 novembre 2017

Introduction

À la tête du Liban depuis janvier dernier, le premier ministre de ce pays a annoncé cette semaine sa démission depuis la capitale saoudienne au motif que sa vie serait en danger s’il demeurait au Liban.

Aujourd’hui, le Hezbollah — un mouvement politicomilitaire libanais soutenu par l’Iran — accuse l’Arabie saoudite d’avoir contraint le premier ministre libanais à la démission et de le retenir contre son gré.

Que faut-il en penser ?

Saad Hariri possède la double citoyenneté libano-saoudienne. S’il est exact que M. Hariri craint pour sa vie, il est plausible qu’il ait choisi de se réfugier dans son pays natal, l’Arabie saoudite, où vivent déjà son épouse et leurs trois enfants.

Une hypothèse

Pays voisin du Liban, la Syrie a joué un rôle considérable dans les affaires intérieures du Liban au cours des dernières décennies.

Le vide laissé par l’affaiblissement du régime de Bachar el-Assad représente une opportunité pour l’Arabie saoudite d’étendre son influence dans ce pays.

Au premier abord, la démission d’Hariri, un allié de l’Arabie saoudite, s’apparente à un recul de l’influence politique de l’Arabie au Liban.

Sauf si la dictature saoudienne y prépare la guerre et désire mettre Hariri en sécurité afin de préparer son retour éventuel.

Le belliqueux prince héritier saoudien pourrait être tenté de combattre les milices du Hezbollah au Liban pour les raisons suivantes :
• réduire l’influence qu’exerce l’Iran au Liban par le biais du Hezbollah qui lui est allié,
• tester, comme au Yémen, son arsenal militaire et augmenter l’expérience de ses généraux en vue d’une guerre éventuelle contre l’Iran,
• favoriser l’implantation au Liban d’une république islamiste fondamentaliste, à défaut d’avoir réussi à le faire en Syrie, et
• recycler les mercenaires démobilisés par la fin de la guerre en Syrie et éviter leur dispersion dans leurs pays natals respectifs.

Ce qui plaide en faveur de cette explication purement spéculative, c’est le fait que l’Arabie saoudite ait demandé hier à ses ressortissants de quitter le Liban le plus rapidement possible. Comme si un conflit y était imminent.

Références :
L’Arabie saoudite demande à ses ressortissants à quitter le Liban
Le premier ministre libanais Saad Hariri démissionne et dénonce la « mainmise » de l’Iran
Liban: Hariri est «détenu» en Arabie saoudite, selon le Hezbollah
Saad Hariri

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le mystère de l’ambassade

30 octobre 2017

Introduction

Entre la fin de 2016 et le début de 2017, au moins 21 employés de l’ambassade américaine à Cuba ont été victimes d’un mal mystérieux en quelques semaines.

Lésions cérébrales, perte définitive de l’audition, perte d’équilibre, migraines aigües, troubles cognitifs et œdèmes cérébraux font partie des symptômes de ce mal mystérieux.

Le 23 mai dernier, le gouvernement Trump a expulsé deux diplomates cubains en fonction aux États-Unis afin de protester contre les attaques présumées de Cuba ciblant le personnel diplomatique américain.

Selon les États-Unis, ce personnel aurait été soumis à des attaques ‘soniques’ causées par des ondes situées hors du spectre audible.

De nos jours, il n’y a pas d’ondes qui ne puissent être décelées facilement. Lorsqu’elles sont inaudibles parce que trop faibles, les ondes sonores peuvent être amplifiées. Les ondes radio peuvent être captées par une simple radio. Il existe des capteurs d’ondes électromagnétiques. Les émissions radar peuvent être captés par des antiradars. Et ainsi de suite.

Bref, pour que l’explication des attaques ‘soniques’ soit crédible, il faut imaginer que Cuba ait mis au point une technologie sophistiquée capable d’émettre des ondes que même les États-Unis n’arrivent pas à la déceler.

Au risque d’offenser mes lecteurs cubains, j’ai peine à croire en la haute technologie militaire de l’ile…

On doit se rappeler que le régime castriste désire la normalisation des relations diplomatiques avec les États-Unis — mais pas à n’importe quel prix — alors que l’administration Trump y est farouchement opposée.

Il serait contreproductif pour Cuba de se livrer à des attaques ‘soniques’ contre les États-Unis alors qu’on cherche à s’en rapprocher.

La maladie du légionnaire

En 1976, lors d’un congrès à Philadelphie, 200 membres de l’American Legion étaient victime d’une nouvelle maladie pulmonaire (surnommée Maladie du légionnaire).

Cette pneumonie était causée par une bactérie inconnue jusque là qui se reproduisait dans les tubulures des systèmes de climatisation qui ne sont pas régulièrement nettoyés.

S’il est facile d’imaginer qu’une bactérie dispersée dans l’air puisse être inhalée et causer une maladie pulmonaire, on voit mal comment un microbe dans l’air puisse atteint les organes internes de l’oreille et causer la surdité de certains membres du personnel diplomatique américain.

En effet, la cochlée (responsable de l’audition) et le labyrinthe (responsable en partie de l’équilibre) sont situés profondément dans l’oreille interne, protégée de l’extérieur par le tympan.

À moins d’une lésion du tympan, il est presque impossible pour un microbe d’atteindre l’oreille interne… à moins de passer par le nez.

En effet, le nez est directement relié à l’oreille interne par la trompe d’Eustache. C’est par l’intermédiaire de ce tube étroit que nous pouvons rétablir, lors d’un vol d’avion, l’équilibre de pression entre l’air de la cabine et la pression derrière le tympan.

Inspirés par le nez, ce sont habituellement des virus, mais parfois des bactéries, qui réussissent à migrer vers l’oreille interne en passant par la trompe d’Eustache. On peut facilement imaginer qu’une bactérie inconnue puisse faire la même chose.

Un système d’aération vieux d’un demi-siècle

Cliquez sur l’image pour l’agrandir

L’édifice de l’ambassade américaine à Cuba a été construit en 1953 sur le Malecón. Celui-ci est un long boulevard aménagé le long du détroit de Floride.

Tout comme de nombreux édifices modernes, on ne peut en ouvrir les fenêtres et toute l’aération dépend d’un système de climatisation placé sur le toit.

En 1961, les États-Unis rompent leurs relations diplomatiques avec Cuba et ne les reprendront qu’en 2015. Pendant 54 ans, l’édifice demeurera en l’état et logera le personnel très restreint de la Section des intérêts des États-Unis à La Havane.

Les appareils qui climatisent, qui déshumidifient et peut-être qui détoxifient l’air de l’ambassade étaient sans doute à la fine pointe de l’art il y a un demi-siècle. Est-il possible qu’ils se soient dégradés depuis au point de devenir dangereux ?

Soumis à un climat chaud et humide, l’édifice est aspergé par de l’écume et des gouttelettes corrosives d’eau salée à chaque fois qu’une tempête frappe l’ile.

Le béton et les vitres de l’ambassade ne portent aucun signe visible d’érosion. Toutefois, il est raisonnable de penser que les appareils de climatisation situés sur le toit de l’édifice puissent vieillir prématurément.

Plutôt que d’explorer la piste hasardeuse et compliquée d’une cause microbienne, l’administration Trump a préféré recourir à l’accusation extravagante d’attaques ‘soniques’, elle qui cherche des prétextes pour rompre de nouveau les relations diplomatiques avec Cuba…

Références :
Ambassade des États-Unis à Cuba
American Legion
Le mystère des «attaques acoustiques» contre des diplomates américains à Cuba reste entier
US embassy employees in Cuba possibly subject to ‘acoustic attack’

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif Lumix 12-35mm — 1/500 sec. — F/8,0 — ISO 200 — 35 mm

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La Grande séduction saoudienne

27 octobre 2017

Introduction

Du 24 au 26 octobre 2017 se tenait dans la capitale saoudienne la conférence Future Investment Initiative, réunissant au-delà de 3 500 participants provenant de 88 pays.

Le but de cette réunion était de faire la promotion d’un projet d’investissement colossal de 500 milliards$US en Arabie saoudite.

Vidéo promotionnelle de Neom (en anglais)

Ce projet vise la création d’une ville futuriste (appelée Neom) au sein d’une zone industrielle de 26 000 km², soit l’équivalent de 500 fois la surface de l’ile de Montréal. Cette zone serait située dans l’ouest de l’Arabie, à la jonction avec la Jordanie et l’Égypte.

Elle serait créée sur le modèle des zones économiques spéciales chinoises.

La ville proprement dite serait alimentée en énergie solaire et robotisée à l’extrême. Les bâtiments et des infrastructures resteraient immaculés grâce à l’absence de pollution atmosphérique.

L’approvisionnement alimentaire serait assuré grâce à l’agriculture verticale, au développement de cultures en zones arides et en eau de mer ainsi que l’utilisation de serres photovoltaïques.

En marge de cette conférence, une vaste offensive de relations publiques s’est déroulée.

Le prince héritier a accordé une entrevue à l’influent quotidien britannique The Guardian. Il ne l’a pas fait pour Le Monde puisque ce quotidien a l’habitude (comme Le Devoir) de reproduire intégralement les dépêches de l’Agence France-Presse (qu’il suffit de mettre dans sa poche).

Le site de Radio-Canada s’est contenté d’une entrevue avec la journaliste Clarence Rodriguez, chantre du régime et seule journaliste française accréditée en Arabie saoudite (selon sa page Twitter).

Officiellement, cette conférence vise à attirer des investissements. Mais ce n’est pas son véritable but.

Les problèmes structurels de l’économie saoudienne

En raison de l’insécurité permanente qui règne au Moyen-Orient, des firmes occidentales d’investissement (principalement américaines) y orchestrent une fuite des capitaux depuis des décennies.

Si bien que la famille royale saoudienne est lentement devenue propriétaire d’environ 8% de l’économie américaine, soit dix fois plus que les fortunes combinées de Bill Gates et Warren Buffett.

De plus, s’il est vrai que la capitalisation boursière d’Apple est, de temps en temps, la plus importante au monde, c’est seulement parce que la compagnie Aramco (la compagnie nationale saoudienne d’hydrocarbures) n’est pas inscrite en bourse.

On estime que la capitalisation d’Aramco est 3 000 milliards$, soit environ quatre fois celle d’Apple.

En dépit de la diminution de ses revenus pétroliers, l’Arabie ne manque pas d’argent. Au contraire, elle est immensément riche. Alors quel est son problème ?

Son problème est un abyssal déficit technologique.

L’école publique saoudienne est aux mains du clergé wahhabite.

Très bon à former des hommes de lettres (avocats en droit musulman, écrivains, poètes, fonctionnaires peu qualifiés), le système scolaire du pays ne forme que très peu de chercheurs, de scientifiques et de travailleurs qualifiés puisque souvent la science moderne entre en conflit avec l’interprétation rigoureuse des textes sacrés de l’Islam, vieux de 1 500 ans.

Le régime vante son taux élevé de scolarisation. Dans les faits, le système scolaire ne forme que des bons à rien que même les entreprises saoudiennes hésitent à embaucher comme travailleurs qualifiés. D’où le taux de chômage d’environ 40% chez les jeunes hommes du pays.

Quant aux femmes, l’accès aux études supérieures leur est théoriquement permis depuis des décennies. Mais encore là, leur tutelle masculine permanente et les interdits tatillons des forces de l’ordre font en sorte que très peu d’entre elles font des études supérieures (alors que les femmes forment la majorité des diplômés universitaires au Qatar, aux Émirats arabes unis et en Iran).

Si bien qu’en Arabie saoudite, les familles aisées envoient leurs adolescents masculins étudier dans les meilleurs lycées occidentaux.

Le chômage élevé chez les Saoudiens peu fortunés explique l’importance des mercenaires saoudiens au sein des groupes terroristes sunnites.

Jusqu’ici, l’Arabie saoudite avait tout misé son avenir postpétrolier sur le développement du tourisme religieux.

D’immenses complexes hôteliers ont été érigés sur les sites sacrés, occupés à saturation lors les quelques jours du pèlerinage annuel (Hajj), et sous-utilisés le restant du temps. Cet afflux soudain n’est pas sans causer des problèmes sécuritaires qui émergent régulièrement et que l’État saoudien n’arrive pas à juguler.

L’homme fort de la dictature saoudienne, le prince héritier Mohammed bin Salman, a résolu de diversifier l’économie de son pays. Cela implique d’y attirer des entreprises qui voudront faire profiter le pays des technologies avancées qui font cruellement défaut à cette dictature moyenâgeuse.

Mais voilà, comment attirer des investisseurs étrangers dans un pays où tous les petits écoliers apprennent qu’il faut tuer les Chiites, les Juifs et les Occidentaux ?

La grande séduction

À cette conférence, le prince héritier a estimé que son pays avait abandonné la modération en 1979 — c’est l’année de la Révolution iranienne — avec la montée en puissance de courants religieux extrémistes.

En somme, c’est la faute de l’Iran si l’Arabie saoudite s’est radicalisée.

En décembre 2015, dix-sept femmes ont été élues lors d’élections municipales en Arabie saoudite. La dictature saoudienne en a fait grand cas.

Toutefois, on doit savoir que dans l’éventualité où elles auraient eu à s’adresser à une foule, les candidates auraient dû le faire derrière un rideau. Bref, leur élection démontre que tout est possible en Arabie saoudite quand les tyrans du pays l’ordonnent.

Selon un décret promulgué le mois dernier, les femmes saoudiennes pourront conduire une automobile à partir de juin 2018.

À la fin d’une dépêche publiée récemment, l’Agence France-Presse écrivait que les Saoudiens attendent maintenant l’ouverture de salles de cinéma et plus divertissements, longtemps interdits par les milieux conservateurs.

Dans la mesure où en Iran, les femmes ont déjà le droit de conduire et qu’il existe déjà des salles de cinéma, on voit mal comment c’est la faute de l’Iran si tout cela n’existe pas encore en Arabie saoudite.

Mais par-dessus tout, si le prince héritier est tellement d’accord avec les idées réformatrices qu’exprimait Raïf Badawi sur son blogue, on ne comprend pas pourquoi il n’ordonne pas sa libération immédiate de prison.

En tant que ministre de la Défense, le prince héritier est responsable des bombardements saoudiens au Yémen.

Parmi les trois groupes d’insurgés opposés au président yéménite en exil, le prince hériter saoudien n’a choisi de bombarder que les insurgés chiites, en évitant soigneusement de nuire aux deux autres : les milices d’Al Qaida et celles affiliées à l’État islamique.

Ces dernières lui ont manifesté leur reconnaissance en faisant sauter quelques mosquées chiites en Arabie saoudite.

Il est donc difficile de savoir dans quelle mesure l’œcuménisme de façade du prince héritier s’inscrira à l’avenir dans la réalité saoudienne.

Les risques d’un investissement étranger en Arabie

Les États-Unis ont été incapables d’obtenir la collaboration de l’Arabie saoudite à l’enquête au sujet des attentats du 11 septembre 2001. Si bien qu’il n’existe aucune preuve formelle de l’implication de ce pays dans ces attentats.

L’Arabie saoudite n’est pas un État de droit. Il n’a pas de constitution. Les décisions des tribunaux sont soumises à l’arbitraire de la volonté royale. Bref, c’est une dictature absolue.

L’investissement étranger en Arabie saoudite est donc hautement risqué.

Si le prince héritier devait sérieusement menacer les intérêts du clergé wahhabite, il suffirait d’une fatwa pour que sa vie soit menacée (comme celle de Salman Rushdie). Si cela devait être le cas, la valeur boursière des investissements étrangers en Arabie saoudite dégringolerait.

Aussi puissants que puissent être les tyrans du pays, il suffit d’un garde du corps résolu à se faire l’instrument de la volonté divine pour que le prince héritier aille fertiliser à sa manière le lopin de terre où il sera enterré.

Bref, il serait donc étonnant que ses idées réformatrices aillent très loin.

Références :
Irak et Corée : deux poids, deux mesures
I will return Saudi Arabia to moderate Islam, says crown prince
L’Arabie saoudite va construire une ville futuriste à l’encontre de son image conservatrice
La vision de Mohammed ben Salman pour faire entrer l’Arabie saoudite dans la modernité
Le prince héritier promet une nouvelle Arabie saoudite «modérée»
Saudi Arabia’s Grand Plan to Move Beyond Oil: Big Goals, Bigger Hurdles
Saudi Arabia wants to return to ‘moderate Islam.’ Skeptics say it’s a marketing ploy.
Saudi Aramco
Villes du futur : Neom, la mégapole high-tech voulue par l’Arabie saoudite
20 femmes élues pour la première fois en Arabie saoudite

La Grande séduction saoudienne
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