Mike Ward ou le harceleur aveugle

3 décembre 2019

Pour ceux qui ne le savent pas déjà, Mike Ward est un humoriste francophone condamné deux fois pour avoir ridiculisé les divers handicaps d’un jeune de 22 ans atteint du syndrome de Treacher Collins.

Entre Mike Ward et Jérémy Gabriel, le véritable handicapé est le premier, sourd et aveugle aux décisions judiciaires rendues contre lui.

L’humoriste s’entête à se voir comme le défenseur de la liberté d’expression. Or ce n’est pas cela qui est en cause.

Sans viser personne en particulier, Mike Ward peut bien rire de tous les handicapés de la terre. Cela manque d’empathie, mais il a le droit d’en manquer.

Mais quand il ridiculise quelqu’un en particulier, il doit choisir avec discernement la victime de ses sarcasmes.

Il peut se moquer de la bouche croche d’un ex-premier ministre canadien. Mais pas de celle de son voisin, assisté social, qui serait traumatisé à vie d’être devenu publiquement son souffre-douleur.

Le sarcasme peut être une arme.

Ce qui lui est interdit, c’est de stigmatiser — littéralement, marquer de stigmates — une personne vulnérable comme le font les harceleurs contre leurs victimes.

Il ne peut pas immoler publiquement des personnes immensément plus faibles que lui sur l’autel de son talent à rendre sa cruauté amusante.

Répétant ses sarcasmes de spectacle en spectacle, Mike Ward est le modèle de l’adolescent égocentrique qui se trouve drôle en harcelant la tapette, la grosse puante et le Nèg’ de sa classe. De celui qui estime qu’il en a le droit parce qu’il est plus fort qu’eux. Et qui se glorifie en se percevant comme le héros de ses fantasmes.

Le meilleur conseil que je pourrais donner à Mike Ward, c’est de ne pas tenter de porter sa cause en appel, de s’excuser publiquement, et de composer pour Jérémy Gabriel un numéro où celui-ci viendrait se moquer de l’humoriste dans un de ses spectacles.

Ça, ça serait sympa.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Traite humaine et cannabis anglais

30 juillet 2019


 
En Angleterre, des milliers d’usines désaffectées, d’entrepôts inutilisés, et de maisons unifamiliales ‘abandonnées’ servent d’usines à cannabis.

Dans certains cas, la pègre utilise des maisons louées, mais transformées à l’insu de leurs propriétaires.

Environ 92 % des sites britanniques de production sont en Angleterre.

Chaque site est opéré par un jeune immigré.

Annuellement, des centaines d’adolescents vietnamiens sont ‘importés’ clandestinement en Angleterre pour y servir de main-d’œuvre à l’industrie illégale du cannabis.

Cette situation résulte d’un partenariat entre la pègre anglaise et la pègre vietnamienne. Cette dernière est chargée de recruter les mineurs et d’assurer le suivi en sol britannique.

Les victimes ne sont pas des enfants ordinaires. Ce sont des orphelins qui vivent dans la rue. Pour échapper à la misère, on leur offre un voyage vers l’Europe moyennant un prix qu’ils n’ont évidemment pas le moyen de payer, mais qu’ils pourront acquitter par versements.

Dans les faits, jamais ces jeunes n’arriveront à payer leur dette. Et cette dette — croissante en raison des intérêts — justifiera les menaces et les sévices dont ils seront l’objet.

Au départ d’un voyage maritime qui durera deux ou trois mois, on les entasse dans des conteneurs avec de la nourriture de base, et une quantité d’eau embouteillée qui s’avèrera rapidement insuffisante pour la traversée. Ce qui les obligera à boire leur urine ou à mourir déshydratés.

On les fait entrer clandestinement au Royaume-Uni par les ports contrôlés par la pègre.

Pour les ‘casser’, ils feront plusieurs mois de prostitution dans des bordels pour pédophiles.

Puis finalement, ils sont amenés dans l’usine à cannabis dans laquelle ils vivront.

Leur travail se résume à arroser les plants deux fois par jour. Chaque tournée prend de deux à trois heures. Le reste, c’est du temps libre.

Aux deux ou trois semaines, un locuteur vietnamien les appellera ou passera sur les lieux pour les menacer, leur réitérer de bien suivre les instructions, et pour s’informer que tout va bien.

Leur traitement variera selon le propriétaire des lieux.

Au pire, ils sont séquestrés dans des usines où jamais la lumière du jour ne pénètre, et où tout ce qu’ils ont à manger, ce sont des conserves de nourriture pour chien.

D’autres vivront leur solitude dans des lieux où, par exemple, ils disposeront d’une petite cuisine, d’un réfrigérateur plein, d’une minuscule télévision près de laquelle se trouve une pile de DVDs vietnamiens ou une console de jeux vidéos, un matelas au sol, ici un calendrier vietnamien au mur, là un autel bouddhiste, etc.

Dans bien des cas, les portes ne sont même pas verrouillées.

Alors pourquoi ne s’enfuient-ils pas ? Pourquoi n’utilisent-ils pas le téléphone pour appeler la police ?

Pour plusieurs raisons.

Premièrement, ces adolescents ne parlent pas anglais. Deuxièmement, dans leur pays d’origine, ils ont passé toute leur enfance à subir la répression d’une police corrompue qui s’acharnait sur eux en raison de leur vagabondage et des petits méfaits qu’ils commettaient pour survivre.

Mais surtout, ces enfants n’ont jamais connu autre chose que la méchanceté humaine. Or maintenant, ils ont un toit. Ils sont nourris. Ils n’ont jamais froid parce qu’il fait toujours chaud dans une usine à cannabis, même en hiver. Ils se sont fait une petite vie monotone. Même ceux qui mangent de la nourriture pour chien n’ont jamais été mieux traités de leur vie.

Quand ils sont découverts par la police, une partie d’entre eux seront accusés de complicité dans le commerce de la drogue et sont expulsés vers leur pays d’origine après avoir été abusés en prison.

Les autres seront pris en charge par les services sociaux. Beaucoup s’enfuient, persuadés que leurs créanciers les trouveront et les tueront s’ils ne retournent pas travailler pour eux afin payer leur dette.

Dans un cas, par exemple, les ravisseurs avaient entaillé superficiellement les parties génitales d’un adolescent qui avait tenté de s’enfuir en lui faisant croire qu’ils y avaient inséré un émetteur de géolocalisation qui leur permettrait de le retracer, peu importe où il se trouvait.

Références :
Enslaved on a British cannabis farm: ‘The plants were more valuable than my life’
Trafficked and enslaved: the teenagers tending UK cannabis farms

Paru depuis :
Lorry deaths: police face trust problem over appeal to Vietnamese migrants (2019-10-31)

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 — 1/25 sec. — F/2,8 — ISO 6400 — 12 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Code secret mohawk

31 janvier 2019

Les Mohawks vivent principalement à Akwasasne, une réserve autochtone située à cheval entre l’État de New York et deux provinces canadiennes (le Québec et l’Ontario).

Au Canada, la langue mohawk n’est plus parlée que par 2 500 personnes.

Pendant des décennies, les écoles qui leur étaient destinées punissaient les élèves autochtones qui parlaient une autre langue que l’anglais.

Au cours de la Deuxième Guerre mondiale, les locuteurs mohawks étaient suffisamment nombreux pour qu’on en retrouve dans des unités de l’armée américaine stationnées en Océanie et aux Philippines.

Leur présence fut une occasion de mettre au point le ‘Code mohawk’.

Celui-ci est un des codes secrets mis au point à partir des langues autochtones d’Amérique du Nord. Pour être choisie, une langue devait s’écrire avec l’alphabet occidental.

Le langage codé consistait simplement à traduire les messages secrets américains en langue autochtone, les rendant incompréhensibles à l’ennemi sans qu’il soit nécessaire d’encoder ces messages.

Dans le cas d’autres langues autochtons, le texte traduit était encodé, ce qui ajoutait une couche de protection. Celle-ci devenait nécessaire lorsque la connaissance de cette langue était répandue au point qu’il y avait un risque qu’un de ses locuteurs soit capturé par l’ennemi.

Pour le mohawk, on jugea ce risque insuffisant pour nécessiter l’encodage. Si bien que le texte écrit en ‘Code mohawk’ n’était qu’un texte traduit en mohawk.

Louis-Levi Oakes, d’Akwasasne, est le seul survivant des dix-sept Canadiens qui ont servi de traducteurs mohawks à l’armée américaine.

Le ‘Code mohawk’ détient le record d’être le seul code militaire jamais déchiffré par les forces ennemies.

Références :
Code talker
Le dernier protecteur du code mohawk
Louis Levi Oakes, le dernier Mohawk à parler le langage codé

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La crise du Beaufort

18 janvier 2018
Tranche de Beaufort

L’hebdomadaire anglophone The Local se décline en différentes éditions nationales. Le rédacteur en chef de l’édition parisienne est le Britannique Ben McParland.

Cinq jours avant Noël, ce dernier se rend dans une fromagerie. Son fromager attitré étant absent cette semaine-là, le Britannique va dans un commerce parisien qu’il ne connait pas.

Au propriétaire qui le sert, le journaliste déclare qu’il vient acheter du fromage pour se faire une fondue. Mais il a sa propre recette, faite à partir de trois fromages.

Intrigué, le patron écoute.

Le premier est le Comté, un fromage au lait cru de vache, à pâte pressée cuite. On le qualifie ainsi parce que son caillé est pressé au moment du moulage et qu’il est chauffé au moment du tranchage.

Le second ingrédient de la recette de M. McParland est l’Appenzel, un fromage suisse au gout prononcé, également à pâte pressée cuite.

Alors que le fromager s’apprête à lui trancher son troisième fromage, il apprend que c’est du Beaufort. Affiné pendant quelques mois, le Beaufort est couramment utilisé pour faire de la fondue savoyarde.

Malheureusement, le seul Beaufort du fromager est millésimé de l’été 2015.

C’est trop bon pour de la fondue, lui dit-il.

Qu’à cela ne tienne, ce fromage vieilli n’en sera que plus gouteux pense le rédacteur en chef.

Donnez-m’en 200 grammes, s’il vous plait.

Le fromager insiste.

Ça me ferait mal au cœur de savoir qu’un tel fromage finisse ses jours en fondue.

Faisant fi des réticences du fromager, le journaliste hausse sa commande à 400 grammes, un changement perçu comme un affront par le commerçant.

Conservant son calme, il essaie de dissuader son client en lui précisant qu’à 39 euros (60$) du kilo, c’est très cher pour de la fondue.

Mais le rédacteur (qui avait déjà vu le prix, bien en évidence) lui dit qu’il en a les moyens.

Ce fromage savoyard, le fromager l’a fait vieillir dans ses caves pendant deux ans et il est inconcevable qu’il finisse ses jours fondu sur des croutons comme du vulgaire emmental.

Vous avez vraiment l’intention de mettre ça dans votre fondue ? lui demande le commerçant qui commence à sentir la moutarde lui monter au nez.

Euh… oui.

C’est hors de question !

Comment ça, hors de question ?

Après quinze minutes de palabres, le journaliste pourra acheter ce Beaufort 2015 s’il promet de ne pas s’en servir dans sa fondue.

Comme troisième fromage, le journaliste choisit plutôt l’Abondance, un fromage au lait cru de vache, à pâte ferme pressée cuite.

Mais à bien y penser, il va quand même pendre un petit 200 grammes de Beaufort, à part.

Par-dessus ses lunettes, le fromager lui jette un regard suspicieux; si le journaliste pense qu’il peut se moquer de lui, il se trompe.

Lui tendant un morceau de papier et un stylo, il accepte de lui en vendre à la condition que le journaliste s’engage par écrit à ne pas le gratiner ni le faire fondre.

Quelques jours plus tard, le journaliste publie dans The Local le récit de sa mésaventure et proteste sur son compte Twitter qu’en France, le client n’ait pas toujours raison.

Mais voilà qu’une bonne partie de ses lecteurs prennent le parti de son fromager. L’affaire prend des proportions internationales quand l’ambassadeur français en Suède écrit à ce sujet (sans vraiment prendre position, évidemment).

Depuis, la nouvelle a été reprise par différents quotidiens, dont Le Monde et The Telegraph.

En signe d’apaisement, le journaliste a finalement publié sur son compte Twitter un message remerciant ce fromager et reconnaissant que le Beaufort 2015 était vachement bon (‘bloody good’).

Le message est accompagné d’une photo du Beaufort servi sur des craquelins de blé entier, accompagné d’une bière — non pas anglaise (c’eut été de la provocation) — mais portugaise.

Tout est donc bien qui finit bien…

Références :
Abondance (fromage)
Appenzeller
Beaufort (fromage)
Comté (fromage)
Du refus de se faire servir un bout de Beaufort par un fromager au « fonduegate »
Fonduegate and why the customer is not always right in France
“Fonduegate” sparks row of international proportions
Fondue savoyarde

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 25mm F/1,2 — 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 1000 — 25 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Coup de pouce contre Apple

8 novembre 2017

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Il y eut une époque où le mari infidèle devait absolument éviter que son téléphone portable tombe entre les mains de son épouse.

Mais cette époque est bien révolue.

De nos jours, même le FBI peine à briser le code à quatre chiffres qui protège la confidentialité des téléphones d’Apple.

Or cette compagnie offre maintenant un code à six chiffres et, sophistication suprême, le déverrouillage par empreinte digitale.

Rien n’est plus distinctif qu’une empreinte digitale. Conséquemment, de nos jours, les maris infidèles peuvent dormir sur leurs deux oreilles.

C’est du moins ce qu’a cru un passager de Qatar Airways en partance hier de la capitale qatari en direction de l’Indonésie.

Durant son sommeil, son épouse soupçonneuse a d’abord allumé le téléphone de son mari en appuyant sur le bouton principal.

À l’écran de déverrouillage, l’épouse a délicatement placé le téléphone sous le pouce de son mari endormi. Et bingo ! le téléphone était prêt à livrer ses secrets; courriels expédiés à sa maitresse, factures électroniques des cadeaux somptueux offerts à celle-ci, etc.

Réveillé brutalement par les coups de son épouse, le mari n’a pu contenir la colère déchainée de son épouse. Même les agentes de bord en furent incapables. Les gardiens de sécurité ont bien maitrisé l’épouse, sans réussir à faire taire ses cris et le scandale qu’elle provoquait.

Si bien que l’avion dût atterrir d’urgence au port de Madras, en Inde.

Toute cette histoire prouve que si Apple est assez puissante pour se dresser contre le FBI, ses téléphones ne peuvent résister à la débrouillardise d’une épouse soupçonneuse…

Référence :
Qatar Airways plane forced to land after wife discovers husband’s affair midflight

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La leçon d’Expo67

22 septembre 2017

Une fois par semaine, j’avais pris l’habitude de passer la journée à l’Expo67.

Pour ce faire, je prenais l’autobus tôt le matin et je revenais le soir à Joliette par le dernier autobus. Quelques fois, l’ayant raté, je faisais de l’autostop et rentrais à la maison un peu avant minuit.

À part ce souvenir pris dans la cabine photographique Expo Service E, je n’ai conservé aucune photo de mes visites à l’expo.

Si la photographie argentique (c’est-à-dire sur film) n’avait pas été si dispendieuse, j’aurais probablement tout photographié tant mon émerveillement était grand.

Aux pavillons de la Russie et de la Tchécoslovaquie, la file d’attente était tellement longue qu’à chaque tentative, je remettais la visite à la prochaine fois dans l’espoir que l’achalandage y diminuerait à la longue. En vain. Si bien que ce furent les deux seuls pavillons que je n’ai pas vus.

Dans tous les autres, j’ai vu tous les films (parfois à plus d’une reprise) et entendu tous les enregistrements. Il n’y a pas une seule ligne de texte en français que je n’ai pas lue.

Au papillon de la France, à toutes les dix minutes, on faisait jouer une œuvre de Xenakis, un compositeur de musique atonale qui me tombait sur les nerfs. J’en étais sorti exaspéré. C’était comme si on voulait éviter que les gens s’éternisent à visiter les lieux.

Aller à l’expo, c’était comme visiter le monde sans décalage horaire, sans transporter de lourds bagages, sans attente dans des aéroports et sans se fatiguer.

Au Québec, l’Expo67 changea radicalement les mentalités. Lointains et étranges, les autres pays devenaient soudainement familiers, beaux et amicaux.

Ce fut la plus grande exposition universelle tenue jusqu’à ce moment-là.

Elle fut l’œuvre de quelques Canadiens anglophones et d’une majorité de Francophones. C’était à l’époque où les femmes n’avaient pas encore pris la place qui est la leur aujourd’hui dans la sphère publique. C’était donc tous des hommes.

Quelques-uns d’entre eux étaient de grande expérience.

Il y a d’abord Pierre Dupuy, commissaire général. En d’autres mots, c’était le patron. Théoriquement.

Dans les faits, son rôle a été d’ordre diplomatique. Profitant de la bonne réputation internationale du Canada, ce diplomate de carrière recueillit l’adhésion d’un nombre record de pays participants, soit une soixantaine.

Il y a surtout le colonel Edward Churchill, directeur de l’aménagement, sans qui Expo67 n’aurait jamais été prêt à temps. En seulement trois ans — plus précisément du 20 juin 1964 au 28 avril 1967 — voici ce qu’il fallait faire :
• l’érection de 847 édifices,
• 82 km de routes ou de chemins piétonniers,
• 27 passerelles et ponts,
• 162 km de canalisations pour l’eau, le gaz, l’électricité et l’éclairage,
• 37 km d’égouts et de tuyaux d’écoulement,
• 84,5 km de conduits de communication,
• 88 500 km de fils et câbles de communication,
• des espaces de stationnement pour près de 25 000 véhicules,
• 14 950 arbres et 89 000 arbustes, plantes et bulbes,
• 0,8 km² de gazon,
• 256 piscines, fontaines et sculptures,
• des bancs pouvant assoir 6 200 personnes,
• 4 330 bacs à déchets et
• 6 150 lampadaires extérieurs.

À pester contre les entrepreneurs qui tentaient d’avoir plus de temps, à botter le derrière des employés qui se trainaient la patte, le colonel a fini par faire un infarctus.

Le téléphone à la main, les yeux rivés sur le schéma du cheminement critique des travaux collé aux murs de sa chambre d’hôpital, le colonel a continué de diriger le chantier. Au grand désespoir de ses médecins qui lui recommandaient le repos.

Parmi les hommes d’expérience, il faut ajouter Édouard Fiset, architecte en chef, responsable de concevoir tous les pavillons thématiques.

À l’opposé, on trouvait Pierre Bourque. À 23 ans, celui-ci commandait une troupe de 700 personnes œuvrant à l’aménagement paysager.

Entre ces deux extrêmes, on trouvait une majorité d’hommes dans la vingtaine, la trentaine ou la quarantaine.

Voici leur âge en 1964, lors de leur entrée en fonction :
• Philippe de Gaspé Beaubien, directeur de l’exploitation (36 ans)
• Pierre de Bellefeuille, directeur des exposants (41 ans)
• Dale Rediker, directeur des finances (âge inconnu)
• Edward Churchill, directeur de l’aménagement (âge inconnu)
• Édouard Fiset, architecte en chef (54 ans)
• Moshe Safdie, étudiant à McGill dessine Habitat 67 (26 ans)
• Yves Jasmin, directeur de l’information (42 ans)
• Julien Hébert, designer du symbole graphique (47 ans)
• Georges Huelm, graphiste en chef (34 ans)
• Paul Arthur, responsable de la signalétique (40 ans)
• Michel Robichaud, styliste, responsable des uniformes (25 ans)
• Pierre Bourque, responsable de l’aménagement paysager (23 ans)
• Stéphane Venne, compositeur de la chanson-thème (23 ans)

De nos jours, il est rare qu’un projet d’une telle envergure soit confié à autant de jeunes dirigeants.

Pourquoi fut-ce le cas à l’Expo67 ?

Le 8 mars 1960, le Bureau international des Expositions accorde à la Russie la permission d’organiser une grande exposition universelle de catégorie A à Moscou.

La Russie voulait ainsi célébrer de manière éclatante le cinquantième anniversaire de la Révolution de 1917.

Mais bientôt on déchanta. Des critiques s’élevèrent contre le danger représenté par ces étrangers qui traverseraient le Rideau de fer, parmi eux de nombreux espions occidentaux, mêlés à des millions de visiteurs occidentaux qui — par leur tenue proprette et leurs accessoires dernier-cri — risqueraient d’exercer une mauvaise influence et corrompre l’esprit du prolétariat soviétique.

En 1962, coup de théâtre; Moscou se désiste.

Mais il est trop tard pour recommencer un nouveau concours. On se tourne aussitôt vers le Canada, qui avait perdu contre la Russie deux ans plus tôt.

Le Canada accepte.

Le premier ministre canadien, John Diefenbaker, offre d’abord au maire de Toronto la possibilité d’organiser l’exposition.

Celui-ci refuse puisque son administration est occupée à réaliser un vaste projet d’amélioration des infrastructures municipales. « Donnez-ça à Drapeau (le maire de Montréal) pour qu’il s’y casse la gueule » dit le maire de Toronto en plaisantant (à moitié).

Mais Drapeau accepte.

Une première administration est nommée. Des conflits avec la ville surgissent au sujet du choix du site.

Malgré son opposition, les contrats sont accordés en vue de la création de l’ile Notre-Dame et la fusion de l’ile Sainte-Hélène et l’ile Ronde (sur laquelle se trouve aujourd’hui le parc d’attractions La Ronde).

Ridiculisée, cette première administration démissionne au début de 1964. Il ne reste plus que trois ans.

Aux yeux de tous, l’exposition universelle de Montréal est en très sérieuse difficulté. Qui voudra prendre la relève ?

Lorsqu’on sollicite des personnalités connues pour prendre en charge l’évènement, ceux-ci hésitent. Leur carrière, jusque-là brillante, pourrait être entachée d’un échec cuisant dont tout le monde se rappellera pendant des années.

Alors les portes se ferment. Poliment.

En désespoir de cause, on se tourne vers des jeunes talentueux qui, moins par ambition que par insouciance, se lancent à l’aventure, totalement inconscients du piège qu’on leur tend.

Et ces jeunes décident de n’écouter personne et de faire les choses à leur manière.

Au lieu d’un long titre (ex.: Exposition universelle de Montréal de 1967), tel qu’attendu, ce sera Expo67.

Au lieu d’un symbole graphique qui rappelle les raisons pour lesquelles le Canada a obtenu cette exposition (le Centenaire du Dominion du Canada), ce sera un cercle formé d’êtres humains stylisés, deux par deux, sans aucune référence au Canada. Des couples d’êtres humains dont on ignore le sexe.

Pour éviter les pressions des pays en faveur d’une signalétique dans leur langue nationale, on crée des symboles graphiques dépourvus de texte descriptif, même pas dans les langues nationales du Canada.

Par leur audace et leurs provocations répétées, ces jeunes suscitent les critiques de toutes parts, particulièrement au Canada anglais. Si bien que leurs adversaires se réjouissent d’avance de leur échec anticipé.

Lorsque s’ouvrent les portes d’Expo67, la foule se presse aux guichets et se rue sur les pavillons. Au cours des six mois que durera l’exposition, quinze-millions de visiteurs et cinquante-millions d’entrées seront enregistrées. Le plus grand succès jusque là et probablement l’évènement le plus important de l’année… après la parution de l’album Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band des Beatles, évidemment.

Mais pourquoi n’a-t-on pas appris la leçon d’Expo67 ? Cette leçon est simple : faites confiance aux jeunes. La prudence étouffe. C’est l’audace qui délivre.

De nos jours, qui oserait confier un projet de 432 millions$ — ce qui vaut 3,1 milliards$ en dollars d’aujourd’hui — à des gens talentueux, mais qui ont si peu d’expérience ?

C’est à croire que la génération des Babyboumeurs — à qui les générations qui ont souffert de la guerre ont tellement fait confiance — a oublié de rendre la pareille à ceux qui l’ont suivie…

Références :
Exposition universelle de 1967
La construction d’Expo 67
La magie d’expo et son magicien en chef

Paru depuis :
Habitat 67, modèle d’une nouvelle génération d’appartements en Asie (2019-09-04)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les petits caractères

14 juillet 2017

Introduction

En 2011, j’écrivais un texte qui critiquait la manie de certains fournisseurs de biens ou de services (nommément Apple), manie qui consiste à obliger leurs utilisateurs à consentir à un contrat d’utilisation abusivement long et rédigé en jargon juridique.

En commentaire, j’ajoutais : «…en obligeant (théoriquement) tout le monde à accepter des contrats que personne ne lit, les compagnies comme Apple créent une habitude irresponsable parmi le public soit celle d’accepter n’importe quoi en faisant confiance.»

La clause Hérode

En 2014, l’entreprise F-Secure réalisa une expérience au cours de laquelle n’importe qui pouvait se connecter gratuitement à une borne wifi installée par elle à Londres. Il suffisait de consentir à un contrat d’utilisation.

Ce contrat contenait une ‘clause Hérode’, du nom d’Hérode Ier, ce roi de Galilée qui fit exterminer tous les enfants de moins de deux ans de la région de Bethléem.

Dans ce cas-ci, cette clause stipulait que pour utiliser cette borne wifi, l’utilisateur consentait à donner à la compagnie le premier-né de ses enfants.

Seulement six personnes y consentirent. Ce tout petit nombre s’explique par le fait que le contrat était court et que cette clause était placée de manière à ce qu’il était difficile de ne pas la voir.

Dans aucun cas, F-Secure n’a tenté de se prévaloir de cette clause.

Mille heures de travail communautaire

Le fournisseur d’Internet Purple offre des bornes wifi dans un grand nombre de restaurants de la région de Manchester, notamment chez Outback Steakhouse et Pizza Express.

Afin de vérifier la proportion de ses utilisateurs qui ne se donnent pas la peine de lire ses contrats d’utilisation, Purple s’est livré à l’expérience suivante.

Pendant deux semaines, cette compagnie a ajouté au texte de son contrat une clause en petits caractères stipulant que l’utilisateur s’engageait à effectuer mille heures de travail communautaire en échange d’un accès gratuit à l’internet dans les restaurants desservis par le réseau de Purple.

En seulement deux semaines, plus de 22 000 personnes se sont engagées légalement à nettoyer les toilettes mobiles de festivals extérieurs, à gratter les gommes à mâcher collées sur la voie publique, à enlever les matières fécales laissées par les animaux de compagnie dans les parcs, etc.

Une seule personne a contacté Purple pour se plaindre du caractère abusif de ce contrat (qu’elle avait refusé de signer).

Heureusement, là non plus, la compagnie n’avait pas l’intention de se prévaloir du pouvoir conféré par cette disposition contractuelle.

Autrement, Manchester serait la ville la plus propre au monde…

Références :
Thousands sign up to clean animal poop after failing to read contract’s fine print
Thousands sign up to clean sewage because they didn’t read the small print

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La dernière Dosett™

13 juillet 2017

Un nombre grandissant de personnes âgées reçoivent leurs médicaments à la semaine en se rendant hebdomadairement à leur pharmacie ou en les recevant par livraison.

À l’origine, la délivrance se faisait dans de petites boites de plastique rouge, vendues sous la marque Dosett™. Mais il est maintenant plus hygiénique et plus économique de les fournir en cartes alvéolées dont chaque case possède l’apparence de ces contenants uniservice de mayonnaise ou de confiture.

Chaque case contient tous les médicaments que doit prendre le destinataire à l’un ou l’autre de quatre temps du jour.

La Régie de l’assurance-maladie du Québec ne paie la fourniture en semainier que lorsqu’il existe une raison médicale de le faire. Habituellement cette raison est liée à des problèmes d’observance.

Justement parce que les destinataires ont tendance à oublier de prendre leurs médicaments, les semainiers devraient idéalement être fournis à la semaine en contrepartie de l’obligation de présenter le semainier précédent. Ce qui donne l’occasion au pharmacien de juger du nombre de prises oubliées.

Il n’est pas rare que les patients trouvent fastidieuse l’obligation de se présenter à la pharmacie chaque semaine. Voilà pourquoi, dans des cas légers, un pharmacien peut décider de fournir plus d’un semainier à la fois.

Au-delà de ces cas particuliers, on voit mal les raisons qui justifieraient la fourniture de semainiers en grande quantité, à part un voyage à l’étranger.

À juste titre, l’Ordre des pharmaciens du Québec attache une grande importance à la ‘prise en charge’ (sic) des patients par leur pharmacien et surtout au suivi que ce dernier doit effectuer sur leur consommation de médicaments.

Or le suivi des patients qui reçoivent leurs médicaments en semainiers est beaucoup plus facile que pour la clientèle ordinaire.

Tous les pharmaciens dressent une liste des patients ‘sous semainier’. À la vue exclusive du personnel, cette liste indique, pour chaque jour de la semaine, les noms des patients dont les semainiers devraient être prêts à être fournis ce jour-là (puisque les patients ne débutent pas leurs semainiers le même jour de la semaine).

Et c’est le devoir de tout pharmacien de contacter les retardataires pour leur signaler que leur semainier devrait être renouvelé ou, à défaut, de signaler tout retard prolongé à la personne-ressource indiquée au dossier ou au CLSC le plus près.

Le 20 novembre 2015, une Trifluvienne de 65 ans a été retrouvée morte plus d’un mois après avoir reçu sa dernière Dosett™.

Rendu public récemment, le rapport du coroner est rudimentaire. Dans son analyse de trois paragraphes, il retrace la date probable du décès à la dernière prise dans l’unique Dosett™ trouvée sur place.

Il est étonnant qu’une patiente puisse ne donner aucun signe de vie pendant plus d’un mois sans que son pharmacien s’en inquiète.

Le coroner ne semble pas connaitre les normes professionnelles à ce sujet. C’est sans doute pourquoi son rapport ne fournit aucune recommandation adressée à l’Ordre des pharmaciens.

Ce rapport soulève de nombreuses questions au sujet de la délivrance des médicaments à cette patiente.

Depuis plusieurs années, une minorité des pharmaciens du Québec pratiquent ce qu’on appelle ‘la délégation contenant-contenu’.

En vertu de cette délégation, non seulement les aides techniques préparent les médicaments, mais vérifient entre eux le travail effectué. Particulièrement dans le cas de la préparation routinière des semainiers, tout se fait sans intervention du pharmacien, souvent dans un local indépendant de lui.

Le rôle du pharmacien se limite à structurer le travail au départ et de faire des vérifications aléatoires de temps en temps, à une fréquence laissée à sa discrétion (par exemple, une fois par mois ou quelques fois par année).

Là où cela se fait, on ne juge pas nécessaire d’en informer le public puisque des études ont démontré que cela donne d’excellents résultats.

Mais qu’en est-il dans la vie de tous les jours, hors du cadre formaté de ces études ? On présume que c’est pareil.

Il serait méprisant d’insinuer que seuls des professionnels peuvent agir de manière responsable. Toutefois, on doit avouer que la motivation à agir correctement n’est pas la même pour l’employé renvoyé qui refera sa vie ailleurs et pour le pharmacien qui devra vivre le restant de la sienne en portant les stigmates d’une faute professionnelle grave aux yeux de sa clientèle.

Qu’en est-il dans ce cas-ci ? S’agit-il d’une pharmacie de type industriel où les aides techniques ont cette responsabilité et ont tout simplement négligé d’aviser le pharmacien d’une anomalie, jugeant à tort que cela n’est pas de leurs affaires ?

Encore là, le rapport du coroner est muet, probablement parce que le Dr Raynald Gauthier ignore comment les choses se passent concrètement dans une pharmacie.

Raison de plus pour l’Ordre des pharmaciens de faire enquête à ce sujet.

Référence :
Trouvée un mois après sa mort: un coroner trace un triste portrait d’isolement

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La retraite du prince Phillip

5 mai 2017

L’Agence France-Presse nous apprenait hier que le prince Phillip — l’époux de la reine d’Angleterre — avait décidé de prendre sa retraite.

Mais il prend sa retraite de quoi au juste ? Il n’a jamais travaillé de sa vie !

Il a couru le gibier à cheval. Il a coupé des rubans à des inaugurations. Il s’est penché plusieurs fois pour déposer des fleurs sur les tombes de soldats morts pour assurer la gloire de la race anglaise. Il a fumé le cigare en faisant la promotion du scotch écossais. Et, noblesse oblige, il a fait quelques enfants à la reine.

Cela est évidemment très méritoire. Mais est-ce cela travailler ?

S’il pense que oui, je l’invite à rencontrer n’importe quelle cheffe de famille monoparentale qui doit concilier travail et famille, servir le déjeuner des enfants, les porter à la garderie, se présenter au travail, faire l’épicerie en vitesse en fin d’après-midi, aider aux devoirs, assurer la discipline, préparer le souper, demander aux enfants de ramasser leurs traineries, se battre pour qu’ils aient au lit, préparer le lunch des enfants pour le lendemain, etc.

Au contraire, ce gars-là est l’ultime exemple du bon à rien. Sait-il seulement comment faire cuire un œuf ?

Référence :
Le prince Philip, 95 ans, prend sa retraite cet automne

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Rater la perfection

1 mai 2017
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Au secondaire, dès qu’on m’enseigna la chimie, ce fut le coup de foudre.

Dans les vitrines de Noël de Beaudry Sports, parmi les lumières scintillantes et les couleurs criardes des objets en vitrine, rien n’avait autant attiré mon attention que ce nécessaire de chimie Kay, importé d’Angleterre.

Le manuel d’instruction donnait la recette de 162 expériences permettant de découvrir quelques-uns des plus extraordinaires secrets de la composition de l’univers.

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Pouvais-je imaginer qu’un an ou deux plus tard, mes parents m’offriraient le triptyque métallique Chemistry Lab No. 510. Avec un nom pareil, il ne pouvait s’agir que d’un produit américain. Plus moderne et plus complet, cet outil fit reculer davantage les frontières de l’inconnu.

Adolescent, j’adorais la chimie. C’était simple, logique et parfaitement prévisible. Bref, le contraire des filles. Au cours d’une démonstration, combien de fois ai-je vu des professeurs de physique perdre la face ? Jamais ceux de chimie.

Dans la cuisine abandonnée du premier étage de la maison familiale, le comptoir émaillé faisait office de table de laboratoire. Son lavabo servait à faire disparaitre discrètement les traces des innombrables échecs de mes premières expériences.

Que de liquides nauséabonds, que d’écumes dangereusement envahissantes ont disparu dans les profondeurs des égouts de la ville…

En pré-universitaire, j’étudiais au collège Roussin. À l’époque, le ministère de l’Éducation n’attachait aucune importance aux notes attribuées par cette institution privée en cours d’année; seul son examen à lui, en fin d’année, comptait.

Nous étions tous réunis dans l’aréna du collège, transformé pour l’occasion en grande salle d’examen.

Chacun d’entre nous était attablé derrière son pupitre. Celui-ci était parfaitement aligné au sein d’une des six rangées qui s’étendaient jusqu’au fond de l’ancienne patinoire.

Dans les estrades, des surveillants marchaient de long en large, prêts à débusquer les tricheurs.

Au départ de l’examen, un messager apportait au surveillant principal une mystérieuse enveloppe scellée renfermant les questionnaires ministériels. Ceux-ci étaient immédiatement distribués.

Il s’agissait de cinquante questions à deux points.

Les deux heures de ce sprint se déroulèrent au son feutré du papier labouré par des crayons à mine ou frotté nerveusement par des effaces. Parfois, un crayon échappé sur le ciment faisait résonner au loin la voute métallique de l’aréna.

Après les quelques semaines nécessaires à la compilation des résultats, je pris connaissance de ma note; 99,8%.

99,8% ? Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Comment peut-on avoir un tel score à l’issue d’un examen de cinquante questions à deux points ? Ce peut être 98% ou 100% mais rien entre les deux.

Ma première hypothèse fut que la moyenne québécoise avait été trop basse et qu’on aurait majoré tous les résultats par un certain pourcentage. Une chose impensable de nos jours…

Ou – seconde hypothèse – que les fonctionnaires du ministère ont réalisé que certaines questions avaient été mal rédigées et conséquemment mal comprises : on aurait donc compilé les notes en ne tenant compte que des ‘bonnes’ questions et reporté le tout en pourcentage.

Cela donnerait 99,8%. Bon.

Si cela peut être frustrant d’ignorer la note qu’on méritait vraiment, on se console très vite avec 99,8%.

Mais imaginons une troisième hypothèse.

Supposons que le ministère de l’Éducation n’ait pas prévu que quelqu’un puisse obtenir une note parfaite. Incapable d’accorder 100%, on aurait mis le maximum prévu soit 99,8%.

Alors là, ce n’est plus pareil.

Imaginez. Obtenir 60%, cela n’est pas trop forçant.

En étudiant quelques heures de plus, on peut atteindre 70%.

Pour avoir 80%, c’est déjà plus difficile.

Mais passer à 90% et même à chaque pourcentage supplémentaire, la somme de travail devient exponentielle.

Voilà pourquoi, par exemple, passer de 98% à 100%, cela exige un travail colossal.

Évidemment, je n’ai pas passé mes nuits à préparer cet examen. Mais si le hasard a fait que j’ai bien répondu à toutes les questions, cette chance inouïe ne s’était jamais produite avant et ne s’est jamais reproduite depuis.

C’est comme la différence entre avoir tous les chiffres à la loterie ou en manquer un. Qu’est-ce qui est préférable ? Gagner cinquante-millions$ ou une belle participation gratuite ?

Le plus triste dans cette histoire, c’est que même sur mon lit de mort, il y aura toujours un doute dans mon esprit; ai-je bénéficié de la majoration d’une note insignifiante ou avais-je, pour une fois dans ma vie, touché à la perfection…

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8
1re photo : 1/80 sec. — F/2,8 — ISO 640 — 17 mm
2e  photo : 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 500 — 17 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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