La ‘batterification’ des transports

8 septembre 2018
BMW i8 hybride

Introduction

Lorsqu’on parle d’électrification des transports, il faut distinguer entre l’électrification des transports collectifs et l’électrification des transports individuels.

L’intention d’un parti politique du Québec d’interdire les voitures à essence dès 2030 correspond à une ‘batterification’ des transports.

L’électrification du transport individuel

Il existe actuellement 8,4 millions de véhicules au Québec (autos, camions, autobus, etc.).

Si cette interdiction était déjà en application, il faudrait prévoir les moyens de se débarrasser de 8,4 millions de piles non recyclables qui s’accumuleraient dans l’environnement à la fin de leur cycle de vie (à tous les cinq à dix ans).

En effet, contrairement à la carcasse d’une voiture — électrique ou non — qui peut être fondue et recyclée, la pile électrique n’est pas recyclable.

Il est certain qu’un jour, on inventera des piles éternelles, rechargeables indéfiniment, qu’on connectera dans sa nouvelle voiture après l’avoir prélevée de son ancien véhicule.

Mais nous n’en sommes pas là.

Contrairement aux voitures à essence dont la ‘batterie de char’ est relativement petite parce qu’elle sert essentiellement à faire démarrer le moteur, les voitures électriques sont équipés d’une pile qui pèse des centaines de kilogrammes.

Si tous les véhicules du Québec étaient déjà électriques, les 8,4 millions de véhicules sur nos routes nécessiteraient l’enfouissement de millions de tonnes de piles électriques à tous les cinq à huit ans.

Or ces piles renferment des métaux lourds, des terres rares et d’autres matériaux toxiques. Si ces vieilles piles sont enfouies ici, leur contenu migrera lentement vers nos nappes phréatiques avec les conséquences qu’on imagine.

Lorsqu’on inventera une pile biodégradable ou recyclable (c’est-à-dire non seulement rechargeable), le rapport entre les avantages et les inconvénients des véhicules électriques sera complètement inversé. Mais d’ici là, les politiciens qui veulent interdire la voiture à essence nuiront à l’environnement en croyant bien faire.

L’embourgeoisement du réseau routier

Protégée par des brevets pendant encore des décennies, la voiture électrique sera plus dispendieuse que la voiture à essence pendant encore longtemps.

À moins d’avoir la certitude qu’en 2030, même les assistés sociaux pourront se payer une ‘minoune’ électrique, seul un parti de gauche mal avisé pouvait décider d’embourgeoiser notre réseau routier, c’est-à-dire le réserver à l’usage exclusif de gens plus fortunés.

Le travailleur qui s’achète une voiture d’occasion prolonge la durée de vie de ce véhicule. À sa manière, il recycle des tonnes de métal et de plastique en les utilisant.

Tout ce qui retarde la mise au rébus de biens durables est une autre manière de protéger l’environnement. Au contraire, accélérer brutalement l’obsolescence de millions de voitures à essence en les interdisant au profit de voitures qui polluent différemment, cela n’est pas la meilleure façon de procéder.

La solution idéale est de rendre le transport en commun plus séduisant que le transport individuel et de décourager ainsi l’acquisition d’une voiture, qu’elle soit électrique ou non.

L’électrification du transport de passagers

Dans le texte ‘Le transport en commun finlandais : le matériel roulant’, j’ai présenté le cas de la Finlande.

Ce pays de 5,4 millions d’habitants a investi des sommes considérables dans l’électrification des transports collectifs.

L’efficacité de son réseau est telle que le nombre de véhicules dans ce pays est de 4,95 millions d’unités (dont 2,85 millions de voitures), alors qu’au Québec, il est de 8,49 millions d’unités (dont 5,59 millions de voitures).

C’est 627 véhicules en Finlande par mille personnes, comparativement à 1 000 véhicules par mille personnes au Québec.

Pour l’ile de Montréal, cette différence équivaut à faire disparaitre 694 000 véhicules qui y encombrent les rues.

Pour l’ensemble du Québec, c’est comme enlever 3,1 millions de véhicules de nos routes.

Tout cela sans aucune mesure coercitive.

L’électrification du transport en commun profite évidemment à ses utilisateurs. Mais il profite peut-être plus à ceux qui ne l’utilisent pas puisqu’il réduit les embouteillages et la congestion routière.

Transport de passagers vs transport ferroviaire de marchandise

Contrairement à la Finlande, le Québec ne peut électrifier le transport ferroviaire des marchandises.

En Amérique du Nord, le réseau de chemins de fer est continental et, conséquemment, transnational. Il traverse trois États pétroliers qui n’ont aucun intérêt à son électrification; le Canada, les États-Unis et le Mexique.

Même si le Québec était un pays indépendant, il ne pourrait pas interdire le passage sur son territoire des trains étrangers dotés de moteurs à explosion; cela impliquerait qu’à chaque fois qu’un de ces trains se présente à ses frontières, une locomotive électrique l’attende du côté québécois, prête à prendre en charge ses wagons.

Cela est totalement irréaliste.

Ce qui peut très bien se faire dès maintenant est l’électrification du transport des passagers. À preuve : c’est ce que fait déjà le métro de Montréal.

Si le Québec se dote d’un réseau québécois de transport en commun qui va bien au-delà du territoire montréalais — comme ce projet fascinant de monorail électrique — ce réseau peut être coordonné avec les lignes ferroviaires canadiennes.

Mais il est très important qu’il ne soit pas intégré au réseau canadien. Pourquoi ? Parce que si, par exemple, Montréal n’est qu’un arrêt dans une liaison Toronto-Québec, cette liaison (dont le tronçon québécois) devient de compétence fédérale.

Or l’État colonial canadien ne rate jamais l’occasion de nuire à l’économie du Québec.

Regardez les cas de Bombardier, du chantier maritime Davie, de Bell Helicopter et des papetières québécoises.

Dépendre du fédéral porte malheur surtout lorsqu’on fait concurrence à une entreprise ontarienne. Or n’importe quel réseau électrique de transport de passagers fera concurrence à VIA Rail.

Conclusion

Toute personne de bonne foi ne peut nier l’urgence d’agir pour protéger l’environnement.

Mais dans notre empressement à adopter différentes mesures à cette fin, il est important d’éviter les solutions simplistes qui, à y regarder de près, sont plus nuisibles qu’utiles.

C’est le cas de la ‘batterification’ des transports individuels, une solution technologique haut de gamme destinée à favoriser l’émergence d’une nouvelle industrie qui pollue le sol plutôt que l’air.

Protéger l’environnement exige l’adoption de mesures révolutionnaires qui vont de la castration du capitalisme rapace qui pille les richesses de ce monde, jusqu’à la dématérialisation de l’économie, ce qui implique le refus obstiné d’acheter tout bien matériel à moins qu’il soit strictement nécessaire.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les actions futiles de Greenpeace

28 juillet 2018
Puits de pétrole

En 2016, après l’adoption par la ville de Montréal d’une résolution s’opposant au passage du pipeline Énergie-Est sur le territoire montréalais, l’Albertain Ezra Levant avait entrepris une campagne de publicité accusant le maire de Montréal de préférer le pétrole ‘de la charia’.

Déjà à l’époque, le Québec n’achetait pas une goutte de pétrole d’Arabie saoudite. Qu’en est-il depuis ?

Au 30 mai 2017, nos deux principaux fournisseurs étaient les États-Unis (41%) et l’Alberta (36%). Le 23% restant se répartissait essentiellement entre l’Algérie, le Kazakhstan et le Nigéria.

Greenpeace peut bien suspendre au mât du stade olympique une banderole hostile à la production pétrolière de l’Alberta, la réalité demeure que chaque fois qu’on met un dollar d’essence dans le réservoir d’un véhicule au Québec, 36 cents financent la production de pétrole de cette province.

Le mythe entretenu par les écologistes, c’est que si on nuit à la production pétrolière, on fait augmenter le prix des hydrocarbures. Et si le pétrole devient plus cher, les consommateurs achèteront de plus petits véhicules, ce qui réduit la production de gaz à effet de serre.

En théorie, tout cela est bien joli. Mais dans les faits, si l’Alberta cessait de produire du pétrole, les stations-service du Québec s’approvisionneraient ailleurs.

Les campagnes de Greenpeace n’ont qu’un seul but : stimuler l’ardeur de ses donateurs. En somme, c’est de la poudre aux yeux.

Pour faire augmenter le prix du pétrole, il faut cesser d’élire des gouvernements nationaux qui, sous de beaux grands principes creux, provoquent des guerres dans les pays producteurs de pétrole.

En effet, toute guerre est ruineuse. Conséquemment, les conflits armés obligent les belligérants à augmenter si possible leur production pétrolière ou à l’offrir à n’importe quel prix afin de financer le conflit dans lequel ils sont engagés.

Quand avez-vous entendu Greenpeace se mêler de politique internationale ? Apparemment, cela ne le regarde pas.

De plus, ce qu’il faut faire, c’est réduire la consommation (et non la production) d’énergies fossiles. Entre autres, en favorisant le transport en commun et en consommant des aliments produits localement, quitte à modifier nos habitudes alimentaires selon les saisons.

Au Québec, la personne la plus influente à ce sujet est Valérie Plante. Dès le lendemain de son élection-surprise à la mairie de Montréal, le thème de la mobilité durable est devenu une recette à la mode pour se faire élire.

Évidemment, Greenpeace ne commet pas de geste d’éclat afin de dissuader la conduite automobile : les centaines de bouchons de circulation un peu partout dans la région métropolitaine s’en chargent.

Malheureusement, après seize ans de sous-financement du transport en commun, le millier de pannes annuelles dans le métro et le service déplorable offert par les trains de banlieue n’ont rien pour motiver les automobilistes à abandonner leurs véhicules.

Et on prévoit que ce sera comme ça pendant encore des années.

Depuis seize ans, nous avons voté pour des gouvernements en sachant qu’ils étaient pourris. Eh bien, voilà notre punition.

Malheureusement, lorsque je lis les sondages, je n’ai pas l’impression que nous avons retenu la leçon.

Références :
Banderole au Stade olympique: sept militants de Greenpeace arrêtés
Coderre accusé de préférer «le pétrole de la charia»
État de l’énergie au Québec

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’or beige

26 juillet 2018
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Rien n’est plus commun que le sable.

Plus de 86 millions de tonnes de gravier et de sable sont produites chaque année au Québec.

Au-delà de son utilisation dans la fabrication du verre (souvent la seule solution de remplacement au plastique) et des puces électroniques, c’est l’industrie de la construction qui utilise le plus de sable.

Il faut environ deux-cents tonnes de sable — mélangé avec du ciment pour faire du béton — pour bâtir une maison de taille moyenne, vingt-mille tonnes pour construire un hôpital, et presque le double pour un seul kilomètre d’autoroute.

À travers le monde, quinze-milliards de tonnes de sable sont utilisées annuellement, dont 70% en Asie. À elle seule, en trois ans (de 2011 à 2013), la Chine a eu besoin d’autant de sable que les États-Unis durant tout le XXe siècle.

Depuis 1965, Singapour a agrandi son territoire de vingt pour cent, soit 130 km², en déversant des millions de tonnes de sables à la mer.

En Indonésie, vingt-cinq petites iles de l’archipel ont disparu en raison de prélèvements de sable effectués par des contrebandiers au profit de Singapour.

Le Cambodge, le Vietnam et le Myanmar ont dû interdire l’exportation de leur sable.

En Inde, le marché noir du sable destiné à la construction rapporte 3,3 milliards$ annuellement.

Peut-on croire que les pétromonarchies — qu’on imagine comme de vastes étendues désertiques — manquent de sable ?

En effet, il y a sable et sable.

Celui du désert est trop rond et lisse. Il ne convient pas à la majeure partie des utilisations commerciales. Il est préférable de choisir un sable qui peut s’agréger facilement. Comme le sable marin.

En conséquence, le Qatar et les Émirats arabes unis importent à prix d’or du sable d’Australie, entre autres.

Pendant ce temps, d’énormes navires de drague aspirent la mince couche de sable qui couvre le fond marin. Entre quatre-mille et quatre-cent-mille m³ de sable sont prélevés quotidiennement, éliminant au passage une partie de la flore marine.

La nature compense ce vide de sable en mer en tirant vers le large les grains de sable du rivage, ce qui accentue l’érosion des plages touristiques.

D’autre part, chaque grain de sable résulte de l’effritement d’une roche qui s’effrite sous l’action de la glace, de l’eau et du vent. Il faut des millions d’années pour qu’un grain de sable se rende jusqu’à la mer par la voie des ruisseaux et rivières.

Or, 845 000 barrages obstruent les cours d’eau du monde. Ainsi, entre le quart à la moitié de l’approvisionnement naturel des océans en sable se trouve bloqué.

Références :
Enquête sur une disparition
Le sable, enquête sur une disparition

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les sacs en plastique mince : meilleurs pour l’environnement ???

15 janvier 2018

Introduction

Le Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG) est né et basé à l’école Polytechnique de Montréal.

Il est associé à des centres de recherche européens et a conclu des partenariats avec d’importants groupes industriels, dont la pétrolière française Total et le groupe chimique Solvay.

Pour le compte de Recyc-Québec, le CIRAIG a dernièrement effectué une analyse des impacts environnementaux des sacs d’emplettes au Québec.

En résumé, l’étude conclut que les sacs minces d’épicerie — ceux qu’un nombre croissant de municipalités bannissent — sont meilleurs pour l’environnement que leurs solutions de remplacement, notamment les sacs en papier et ceux en coton.

Le texte qui suit ne vise pas à faire l’analyse détaillée de cette étude, mais à comprendre comment on est arrivé à la conclusion que les sacs nés de l’industrie pétrochimique sont préférables à leurs solutions de remplacement naturels et parfaitement biodégradables.

Les sacs en papier

Réglons immédiatement le cas du sac en papier.

Il est le plus facilement compostable, dégradé en 86 jours. En comparaison, le sac en plastique se dégrade en 500 ans et le sac de coton en 111 jours.

Habituellement sans poignée, il est le moins robuste. Particulièrement sous la pluie. Peu pratique, il ne sera pas considéré au-delà de cette section expéditive.

Comparons maintenant les sacs en plastique mince aux sacs en coton.

Les couts environnementaux du transport

Parce qu’ils sont imprimés au nom du commerce qui les utilise, les sacs en plastique mince sont principalement produits au Canada, plus particulièrement en Ontario.

Les sacs en coton sont généralement produits en Chine.

Les premiers parcourent en moyenne 800 km en camion pour parvenir au Québec alors que les seconds sont transportés en bateau sur une distance de 22 000 km.

Contrairement à ce qui se passe en Europe, très peu de commerces québécois offrent des sacs en coton à leur nom. Si cette coutume se répandait ici, il n’est pas exclu de penser que la nécessité de les personnaliser favoriserait leur production en Amérique du Nord, comme c’est le cas des sacs d’emplettes mince.

La production des sacs en plastique mince

Le plastique servant à leur fabrication est importé principalement du Texas. Il est dérivé d’hydrocarbures extraits du sol à l’aide d’une machinerie alimentée au pétrole.

Toutefois, l’empreinte environnementale des sacs en plastique mince est jugée nulle en raison de leur taux élevé de réutilisation comme sacs à ordures.

En d’autres mots, dans la mesure où ils évitent l’utilisation de sacs à ordure dédiés, ils n’ont aucune empreinte environnementale.

Cette prémisse étonnante n’est pas valable dans le cas de Montréal.

S’il n’est pas rare que des sacs en plastique mince servent à protéger l’intérieur de poubelles d’intérieur, les citoyens de Montréal doivent les placer finalement à l’intérieur de sacs à poubelle standards, ce qui ne dispense personne de l’utilisation de ceux-ci.

Il s’agit là d’une faille méthodologique majeure. Cette prémisse étant inexacte, cela entraine que les calculs de l’étude devront être refaits avant de conclure que l’interdiction montréalaise des sacs en plastique mince est une mauvaise décision.

La production des sacs en coton

Plan de coton chinois

Le plus grand producteur mondial de coton est la Chine. Le coton utilisé dans ce pays est produit localement. Celui-ci séquestre 0,26 kg de carbone par kg et 152,3 m³ de méthane à la tonne.

Ces avantages sont contrebalancés par le fait que sa culture nécessite l’utilisation de pesticides et d’eau (une ressource limitée en Chine). Pire, son tissage là-bas se fait sur des machines alimentées par de l’électricité principalement produite par la combustion du charbon.

Les auteurs de l’étude n’ont pas pris en considération le fait que si le cultivateur chinois ne produisait pas de coton, ses terres seraient utilisées à produite autre chose qui nécessiterait aussi l’emploi d’eau et de pesticides.

Si les sacs de coton étaient universellement bannis, les usines de tissage chinois ne cesseraient pas d’opérer dans ce pays de 1,3 milliard de personnes où la demande de tissus (pour des vêtements ou des sous-vêtements) ne cesse d’augmenter.

À l’opposé, si les sacs en plastique mince étaient universellement bannis, les usines texanes en faillite ne se seraient pas nécessairement replacées par d’autres entreprises de fabrication de biens en plastique.

Les couts environnementaux de l’usage

À juste titre, les auteurs ont présumé que personne ne lave ni ne repasse ses sacs en plastique.

Toutefois, les auteurs présument que les sacs en coton sont lavés à toutes des douze utilisations. Ils ont donc pris en considération l’impact environnemental de la lessive (savon, eau et électricité) comme si les utilisateurs de sacs en coton effectuaient une brassée exclusivement pour ceux-ci. Encore là, il s’agit d’une prémisse étonnante.

Finalement, les auteurs ont estimé la distance en voiture qu’effectuerait le consommateur s’il réalisait qu’il a oublié d’apporter son sac en coton. Cette distance est estimée être entre 13 et 126 km (sic).

On a peine à croire que les épiceries sont si dispersées sur le territoire montréalais et que tout le monde s’y rend en voiture.

Conclusion

À la lecture de cette étude, il est évident que les auteurs ont effectué une recherche approfondie et des calculs impressionnants, mais à partir de prémisses indéfendables.

Comme un gratte-ciel en béton armé, en acier et en verre qui reposerait sur de la vase.

Bref, rien dans cette étude ne permet de mettre en doute l’à-propos du bannissement des sacs en plastique mince sur le territoire montréalais.

Références :
Analyse du cycle de vie des sacs d’emplettes au Québec
Le CIRAIG annonce l’un des plus importants partenariats du monde dans le secteur de la recherche sur le cycle de vie
Les sacs de plastique ont-ils été bannis trop vite?

Détails techniques : Panasonic GH1, objectif Lumix 14-45mm — 1/250 sec. — F/5,6 — ISO 100 — 14 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le désert, les baleines et la jungle

8 septembre 2017

Le lac Tchad est situé à la frontière du Tchad, du Cameroun, du Nigéria et du Niger. D’une superficie de 1 540 km² durant la saison sèche, il est tout ce qui reste d’une mer intérieure appelée mer paléotchadienne.

Durant les périodes postglaciaires, le Sahara était couvert de végétation. La mer paléotchadienne couvrait alors deux-millions de km², soit dix fois la taille actuelle des Grands Lacs de l’Amérique du Nord.

Au fur et à mesure de son assèchement, le lit de cette mer accumulera les sédiments de poissons et de plantes aquatiques, particulièrement dans une formation géologique appelée dépression du Bodélé, grande de 24 000 km² et située au nord-est du lac Tchad actuel.

À vol d’oiseau, la dépression du Bodélé est une grande tache blanche allongée. Sa couleur lui vient de ses sédiments riches en phosphore.

Friables, ceux-ci sont soulevés par les grandes tempêtes de sable du Sahara qui font rage, toujours vers l’ouest, une centaine de jours par année.

Le vent y soulève 120 millions de tonnes de poussière par année, soit le cinquième du total mondial.

Or cette poussière est extrêmement importante.

Portée par les vents, une grande partie atteint le bassin amazonien en dix jours. Son phosphore contribue de façon majeure à la fertilisation de l’Amazonie.

Au cours de ce voyage, ce qui tombe dans l’Atlantique est une source alimentaire majeure du phytoplancton. Or celui-ci produit la moitié de l’oxygène terrestre, en plus de constituer la base alimentaire du krill, essentiel à de nombreux poissons et aux baleines à fanons.

Comme tout se tient…

Références :
Dépression du Bodélé
Lac Tchad
Phytoplancton
Pauchet B. Poussière de poisson. Quatre-Temps 2016; vol. 40 no 2: 55.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le gouvernement Couillard accorde le droit d’expropriation aux pétrolières

12 décembre 2016

Introduction

Le 10 décembre 2016, sous le bâillon, l’Assemblée nationale du Québec adoptait la loi 106. Celle-ci donne aux pétrolières le droit d’expropriation.

Normalement, l’expropriation crée une obligation d’abandonner à l’État la propriété d’un bien, moyennant une indemnité, quand l’intérêt public l’exige.

Au début des années 1970, deux grands projets ont nécessité des expropriations massives : la création de l’aéroport de Mirabel (392 km²) et la création du parc national de Forillon (245 km²).

Dans son livre ‘L’expropriation du territoire de Forillon : les décisions politiques au détriment des citoyens’, l’historienne Aryane Babin explique que des centaines de familles vivaient en autarcie sur le territoire de Forillon avant la création de ce parc.

Ces familles ont été réduites à la misère par le gouvernement québécois, recevant pour leur terre à bois, leur potager, les animaux de la ferme et leur bâti (ferme et maison) une somme qui ne dépassait pas 30 000$ en dollars d’aujourd’hui.

Cette dépossession a été condamnée par tous les tribunaux auxquels les expropriés se sont adressés. Si bien que depuis, on a mis en place un certain nombre de mesures qui visent à éviter la répétition d’une telle tragédie.

En décidant de déléguer à l’entreprise privée le soin d’exproprier les territoires sur le passage du pipeline Énergie Est, le gouvernement Couillard ne fait pas que de se décharger de l’odieux d’une expropriation réalisée au bénéfice d’intérêts étrangers; il court-circuite toutes les mesures mises en place depuis Forillon.

En effet, la loi 106 ne prévoit rien qui soit destiné à encadrer le conflit d’intérêts des pétrolières, à la fois évaluatrices de la valeur d’un terrain et bénéficiaires des économies réalisées lors de son acquisition.

Concrètement, ce nouveau pouvoir accordé aux pétrolières signifie que si un citoyen refuse de vendre son terrain ou s’il demande un prix jugé excessif par la compagnie, celle-ci pourra s’en emparer de force et l’obtenir pour presque rien.

La loi 106 n’est rien de moins que la capitulation de l’État qui, au lieu de défendre le territoire national, l’offre à la convoitise irrépressible d’intérêts étrangers.

Grâce à cette loi, Trans-Canada pourra faire main basse sur tout territoire convoité et obliger leurs propriétaires à le lui céder — sous la menace d’expropriation — au plus faible prix possible.

En somme, il s’agit d’un pouvoir d’extorsion accordé légalement aux pétrolières.

Le boycottage

Le Printemps érable ne s’est terminé qu’à la suite de l’accession au pouvoir de Mme Marois.

Cette crise sociale a démontré l’inefficacité de marches de protestation contre un gouvernement libéral déterminé à parvenir à ses fins.

Voilà pourquoi je suggère un moyen nouveau, d’autant plus efficace qu’il tient compte de la vulnérabilité des partis politiques, encadrés au Québec par de strictes règles de financement.

Ce moyen nouveau, c’est le boycottage du financement populaire.

On n’a pas pris conscience de l’impact révolutionnaire de la loi sur le financement des partis politiques : celle-ci place les politiciens à la merci du peuple. Le peuple n’a plus le pouvoir uniquement au moment du scrutin : il a ce pouvoir en tout temps.

Dans ce cas-ci, il s’agit de faire cesser immédiatement toute contribution financière au Parti Libéral du Québec tant qu’il n’aura pas retiré la loi 106.

Ce qu’il faut, c’est que le mot d’ordre de boycottage se répande sur les médias sociaux, les blogues et les courriers des lecteurs, comme le feu sur une flaque de pétrole.

Le premier ministre et son cabinet ne sont que la façade derrière laquelle se cachent les véritables dirigeants du PLQ. Ceux qui mènent cette formation politique, ce sont les collecteurs de fonds. C’est à eux qu’il faut nous adresser.

Ce boycottage est le moyen ultime pour nous faire entendre d’eux.

J’invite donc les lecteurs de ce blogue à répandre le court clip vidéo ci-dessous dans les médias sociaux. À cette fin, il suffit de cliquer sur la flèche qui apparaitra dans le coin supérieur droit de la vidéo à la fin du visionnement.

Merci à l’avance.
 

 

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Hausse du prix des demandes d’autorisation des pétrolières

29 juillet 2016

J’ai honte.

J’ai honte parce que je me vois contraint de l’avouer; pour une fois, je suis entièrement d’accord avec David Heurtel, le ministre de l’Environnement du gouvernement Couillard.

Par tous les dieux du ciel, de quoi s’agit-il ?

Le gouvernement Couillard vient d’imposer une hausse tarifaire substantielle aux entreprises pétrolières et gazières qui souhaitent obtenir des autorisations du ministère de l’Environnement. Le prix exigé pour l’analyse d’une demande passe de 569$ à 18 750$.

L’article 22 de la Loi sur la qualité de l’environnement exige l’obtention préalable d’un certificat d’autorisation avant d’effectuer tout travail qui serait susceptible de créer des contaminants dans l’environnement ou d’en modifier la qualité.

Prenons un exemple.

En 2014, lorsqu’un certificat d’autorisation avait été accordé à TransCanada pour lui permettre de commencer les travaux de forages à Cacouna (une décision annulée par la Cour), quatre fonctionnaires avaient été impliquées dans l’étude de ce dossier, dont une jeune analyste qui y avait consacré plusieurs semaines de travail.

Et pour défendre cette décision, contestée devant les tribunaux par des environnementalistes, le ministère avait également dépensé des milliers de dollars en honoraires juridiques.

Dans cet exemple, TransCanada n’avait versé que 569$ pour que sa demande soit analysée.

Après avoir calculé le cout réel moyen de ces analyses, le ministère hausse donc de 569$ à 18 750$ le tarif des demandes d’autorisation.

Ce qui signifie que jusqu’à maintenant, à chaque fois qu’une pétrolière versait 569$, les contribuables payaient la différence — soit 18 181$ — ce qui correspond à une subvention involontairement du peuple québécois à cette industrie richissime.

Ce qui est révélateur est la réaction de cette dernière.

Selon l’Association pétrolière et gazière du Québec, cette mesure crée une nouvelle barrière au développement des hydrocarbures dans la province.

Mais est-ce que cette mesure compromet réellement la croissance économique du Québec ?

Le cout d’un seul forage destiné à explorer le potentiel d’un territoire en hydrocarbures est d’environ dix-millions de dollars.

Dans le cas de la demande récente de Petrolia à Antocosti en vue d’effectuer trois nouveaux forages, cette hausse aurait représenté une augmentation des couts de 0,07% si le nouveau tarif avait été en vigueur.

Je soupçonne que c’est beaucoup moins que l’augmentation du salaire du président de cette compagnie cette année.

Références :
Certification d’autorisation: Québec impose une hausse de tarifs aux pétrolières
Décision de la Cour Supérieure au sujet des bélugas du Saint-Laurent

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La végétalisation de l’ile de Surtsey

19 juillet 2016

Naissance de l’ile

Située à 32km des côtes islandaises, l’ile de Surtsey est née d’une éruption volcanique qui a commencé à 130 mètres sous le niveau de la mer aux alentours du 10 novembre 1963, a atteint la surface le 14 novembre 1963, s’est poursuivie durant quatre ans. Elle s’est terminée le 5 juin 1967. Toute activité volcanique a cessé depuis.

Surtsey vient de Surt, le dieu du feu, de la forge et des volcans dans la mythologie islandaise.

Sous l’effet de l’érosion des vagues et du vent, la superficie de cette ile noire a diminué; elle est passée de 2,65km² à sa naissance, à 1,41km² aujourd’hui. Plus ronde à l’origine et en forme de figue depuis, c’est l’ile la plus au sud de l’Islande.

La première décennie

La première phase de végétalisation dure une décennie. Elle débute avant même la fin de l’activité volcanique alors qu’apparait la première plante au printemps de 1965.

Durant cette phase, des graines, des bactéries, des moisissures et des champignons sont charriés principalement par la mer et accessoirement par les vents.

Riches en minéraux, les cendres volcaniques de Surtsey sont toutefois pauvres en azote et en phosphore, deux éléments essentiels à la croissance des plantes.

Ce handicap est partiellement compensé par les bactéries et les champignons qui possèdent la propriété de fixer l’azote, c’est-à-dire de transformer l’azote de l’air en nitrate.

Une douzaine de variétés de lichens, plusieurs variétés de champignons, environ 70 espèces de mousses et quelques plantes composent la toundra clairsemée qui apparait sur l’ile durant cette période.

La deuxième décennie

En raison de la pauvreté du sol, seules deux nouvelles espèces de plantes apparaissent de 1975 à 1985, portant le total à seulement 21 variétés de plantes.

La troisième phase

De 1985 à 1995, le nombre de plantes double, passant de 21 à 44. En 2007, elles sont au nombre de 64.

On doit cette explosion à l’installation d’une colonie de goélands dans la partie sud de l’ile vers 1986. Cette colonie a rapidement atteint plusieurs centaines de membres en quelques années. De nos jours, ils sont au nombre de 700.

Leur guano est un puissant fertilisant. Leurs plumes et leurs fientes apportent des graines venues d’ailleurs.

De plus, dès l’origine de l’ile, le vent avait amené de loin des semences très légères qui doivent cette légèreté au fait qu’elles ne possèdent pas grand réserve nutritive. Incapables de s’implanter en raison de la pauvreté du sol, elles étaient dormantes jusqu’ici.

Mais une fois le sol devenu moins hostile, ces semences dormantes depuis 20 à 25 ans se mettent à germer.

De nos jours, la toundra de l’ile couvre le quart de la surface du littoral et seulement 5% des étendues de gravier. Toutefois près des colonies d’oiseaux, cette couverture atteint de 40 à 100%, ce qui montre bien le rôle indispensable des oiseaux.

Au total, après un demi-siècle de végétalisation, les chercheurs estiment que les oiseaux ont transporté 75% des graines, le vent 16% et l’océan 9%, renversant la tendance des premières décennies de l’évolution de la vie sur l’ile.

Références :
Cossette-Civitella A. Surtsey, la roche devenue jardin en 50 ans. Quatre-temps 2016; vol. 40 no 2: 26-30.
Surtsey

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Eaux d’Anticosti : Couillard s’en mêle… ou s’emmêle

6 juillet 2016

En février 2015, à la suite d’une série de bourdes de ses ministres devant les caméras de télévision, le premier ministre leur a imposé le silence; avant d’accorder des entrevues, les ministres doivent obtenir l’autorisation du bureau du premier ministre et ils doivent répéter le plus fidèlement possible le message du parti.

C’est l’excellent journaliste Alexandre Shields du Devoir qui a révélé la décision gouvernementale du 15 juin dernier d’autoriser les pétrolières à puiser trente-millions de litres d’eau des rivières à saumon d’Anticosti à des fins de prospection.

Au Dakota du Nord, il est courant que les pétrolières utilisent l’eau des rivières pour effectuer de la fracturation hydraulique. Cette méthode consiste à injecter dans le sol de l’eau sous pression afin de briser le schiste et libérer les hydrocarbures emprisonnés dans la pierre.

Le Dakota du Nord est situé au centre de la partie Nord des États-Unis, à 360km des Grands Lacs. Anticosti est une ile située dans le golfe du Saint-Laurent.

On comprend mal comment le ministre de l’Environnement David Heurtel a pu autoriser les pétrolières à puiser de l’eau cristalline des rivières d’Anticosti — pour y ajouter du benzène, du sable et d’autres produits chimiques — quand c’est si simple de pendre de l’eau du Saint-Laurent à proximité.

Effectivement, selon le journaliste du Devoir, utiliser l’eau du Saint-Laurent était une suggestion d’un rapport gouvernemental remis au ministre de l’Environnement à la fin du mois de mai. Mais ce dernier en a décidé autrement.

Puisque les révélations du Devoir ont suscité la colère des habitants d’Anticosti et l’incompréhension de beaucoup de Québécois, le bureau du premier ministre a envoyé le ministre des Ressources naturelles au front afin de limiter les dégâts dans l’opinion publique.

Son mandat était double : défendre la décision de son collègue de l’Environnement et rejeter la faute sur le gouvernement péquiste de Mme Marois.

Mais cela n’a pas suffi; la controverse a rejoint le premier ministre.

Interrogé, celui-ci a répété dans ces propres mots le message du parti. Notez la similitude :

Ministre Arcand sur les ondes de Radio-Canada :

« Nous, on a un contrat. Un contrat qui a été signé par l’ancien gouvernement de Mme Marois. Nous, ce qu’on dit depuis le début, c’est qu’on respecte le contrat tel qu’il est.»

Qualifiant de ‘malheureux’ le contrat en question, le premier ministre ajoute, selon la Presse Canadienne :

« Le contrat étant ce qu’il est, on doit le suivre. C’est ce que nous faisons.»

Alors le contrat est ‘ce qu’il est’. Mais comment est-il, au juste, ce contrat ?

Le fameux contrat qui sert de paravent au gouvernement Couillard est essentiellement un contrat d’investissement.

Selon l’insinuation du ministre Arcand — reprise par le premier ministre — le contrat aurait également accordé la permission aux pétrolières d’utiliser l’eau des rivières à saumon d’Anticosti à leur guise.

Le message du premier ministre est simple. Nous, du Parti Libéral, sommes des victimes. Nous sommes obligés de donner suite à un funeste contrat signé par la méchante sorcière qui a dirigé le Québec avant nous.

Mais si cela est vrai, on se demande pourquoi le ministre de l’Environnement a décidé le 15 juin dernier d’accorder aux pétrolières une permission qu’elles avaient déjà. Une permission déjà accordée par la ‘méchante’ Mme Marois.

En somme, les justifications gouvernementales sont cousues de fils blancs. Comme la triste histoire d’Hansel et Gretel retenus prisonniers (ou comme Arcand et Heurtel dans la version libérale du conte pour enfants).

Mais plus gênant est le fait que le premier ministre s’est placé dans une situation d’extrême vulnérabilité. Toute sa crédibilité repose sur les modalités d’un contrat maintenu secret.

En justifiant une décision ministérielle aberrante sous le prétexte d’un ‘malheureux’ contrat qu’on ne peut pas révéler, le gouvernement motive ses adversaires politiques à en divulguer le contenu.

Si personne ne révèle le contenu de ce contrat, c’est que le premier ministre dit vrai. S’il a menti publiquement, il faut donc s’attendre à ce qu’un journaliste en reçoive mystérieusement une copie de la part d’un expéditeur anonyme.

Le suspense politique demeure donc entier…

Références :
Anticosti : 30 millions de litres d’eau pour 3 forages
La malhonnêteté intellectuelle du ministre Arcand
Pompage d’eau sur l’île d’Anticosti: Couillard, désolé, se dit lié par contrat
Quand le contrôle tue le message

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La malhonnêteté intellectuelle du ministre Arcand

5 juillet 2016

L’édition d’hier du quotidien Le Devoir nous apprenait que le gouvernement Couillard avait autorisé les pétrolières à puiser trente-millions d’eaux des rivières d’Anticosti afin de réaliser trois forages hydrauliques destinés à évaluer le potentiel énergétique de l’ile.

Les eaux des rivières d’Anticosti sont parmi les plus pures du Québec. Deux des rivières en question —  la Jupiter et la Sainte-Marie — abritent des populations de saumon considérées officiellement comme étant en voie de disparition.

À l’eau ainsi pompée, les pétrolières ajouteront du benzène, du sable et d’autres additifs chimiques nécessaires à la fracturation hydraulique du schiste de l’ile.

Une fois utilisés, les millions de litres d’eau souillés seront décontaminés selon un procédé inconnu et rejetés dans le fleuve Saint-Laurent.

Cette autorisation a été accordée le 15 juin par le ministre de l’Environnement du Québec, David Heurtel (qualifié par les environnementalistes de ‘paillasson des pétrolières’).

Au lieu d’obliger les pétrolières à puiser l’eau du fleuve, de qualité médiocre, le ministre Heurtel a préféré leur permettre de souiller les eaux cristallines des rivières à saumon d’Anticosti.

C’est ce même ministre Heurtel qui avait autorisé récemment la construction d’un complexe résidentiel dans un refuge de la Rainette Faux-grillon (une espèce menacée), contre l’avis de plusieurs experts. Une autorisation qui fut ultérieurement bloquée (à juste titre) par le gouvernement fédéral.

Puisque le coupable est le ministre Heurtel, que vient faire le ministre Arcand dans cette histoire ?

C’est que pour justifier la décision de son collègue, le ministre Arcand a déclaré sur les ondes de Radio-Canada : « Nous, on a un contrat. Un contrat qui a été signé par l’ancien gouvernement de Mme Marois. Nous, ce qu’on dit depuis le début, c’est qu’on respecte le contrat tel qu’il est

En d’autres mots, c’est la faute du gouvernement péquiste si les pétrolières sont autorisées à utiliser l’eau des rivières d’Anticosti.

En réalité, c’est ce que laisse entendre le ministre mais, techniquement, ce n’est pas ce qu’il a dit. Et pour cause. Parce que le fameux contrat dont il parle ne précise rien à ce sujet.

Retour en arrière.

Entre 2002 et 2007, Hydro-Québec avait investi 9,8 millions de dollars en travaux d’exploration pétrolière à Anticosti. Mais au début de 2008, la société d’État a cédé ses droits à l’entreprise Pétrolia en vertu d’une entente secrète.

Les travaux d’exploration de Pétrolia commencèrent à l’été de 2010.

Quelques mois plus tard, le président de cette compagnie déclarait fièrement que le sous-sol d’Anticosti possédait le potentiel pétrolier terrestre le plus élevé au Québec.

Cette déclaration a donné naissance à la rumeur selon laquelle le gouvernement corrompu de Jean Charest avait vendu la poule aux œufs d’or pour une bouchée de pain à des pétrolières amies.

En réalité, de 2002 à 2007, Hydro-Québec cherchait du pétrole conventionnel (en creusant un trou pour voir si le pétrole en jaillissait) alors que Pétrolia effectuait des forages et des analyses de la pierre en vue de l’extraction des hydrocarbures par fracturation hydraulique.

Cette dernière méthode consiste à injecter de l’eau (incompressible) sous pression afin de briser le schiste et en libérer les hydrocarbures emprisonnés dans la pierre.

Afin d’en savoir davantage sur le potentiel énergétique d’Anticosti, le gouvernement péquiste de Mme Marois a décidé d’un investissement de 115 millions de dollars dans le capital-action de la pétrolière à la condition que cet argent serve exclusivement à la recherche d’énergie fossile.

Cet investissement spéculatif donnait l’assurance que si Anticosti était riche en hydrocarbures, les Québécois bénéficieraient de cette richesse puisque, en vertu du contrat négocié par l’ex-ministre Martine Ouellet, le peuple du Québec aurait recueilli 60% des bénéfices d’une éventuelle exploitation… si cela était rentable.

Jusqu’ici, une vingtaine de puits ont été creusés. Si chacun d’eux avait nécessité la ponction de dix millions de litres d’eau des rivières d’Anticosti, les 200 millions de litres d’eau auraient déjà fait baisser substantiellement le niveau de l’eau des rivières de l’ile. Tous ses habitants d’Anticosti en auraient eu connaissance.

C’est donc à dire que le ministre Arcand ment effrontément.

Les Libéraux dirigent le Québec de manière presque continue depuis 2003. La seule grande décision économique qu’a eue le temps de prendre l’éphémère gouvernement Marois, c’est d’ordonner la fermeture de la centrale nucléaire Gentilly-II — une économie de quatre milliards$ pour les contribuables — dont la réfection avait été décidée en catimini par les Libéraux.

Voilà donc une manie libérale qui frise la misogynie que d’accuser continuellement une femme qui a été à la tête de l’État pendant 18 mois d’être responsable de tous les problèmes actuels du Québec alors qu’ils relèvent trop souvent de l’incompétence du gouvernement Couillard.

Le 7 juin dernier, le ministre Arcand présentait le projet de loi 106 dont un article cède aux pétrolières le droit d’expropriation.

Dans les faits, cela accorde à ces compagnies un pouvoir d’extorsion (sous la menace de l’expropriation) leur permettant de faire main basse sur n’importe quelle terre du Québec. Quel magnifique cadeau à TransCanada dont le pipeline Énergie-Est doit traverser le Québec.

C’est évidemment un scandale. Deux jours plus tard, j’ai réclamé publiquement sur ce blogue la démission du ministre Arcand.

Cette nouvelle déclaration du ministre le confirme; ce n’est qu’un scélérat — c’est-à-dire un être perfide et malhonnête — qui déshonore la respectabilité de la fonction qu’il occupe.

Conséquemment, je le réitère; ce ministre qui a appris l’intégrité morale de son maitre, Jean Charest, doit être démis de ses fonctions.

Références :
Anticosti: Hydro-Québec aurait cédé un trésor
Anticosti — 30 millions de litres d’eau pour 3 forages
L’ABC du pétrole d’Anticosti
Le mystère d’Anticosti
Projet de loi 106 : le ministre Arcand doit démissionner

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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