La baisse de fréquentation des lycées américains

27 septembre 2021


Avant-propos : Ce que les Américains appellent college équivaut approximativement aux Cégeps au Québec et aux lycées en France.

Aux États-Unis, l’école est un domaine de juridiction exclusive des États. Or la majorité d’entre eux sont dirigés par des gouverneurs républicains.

Ceux-ci ont la réputation d’être de meilleurs gestionnaires des dépenses publiques que leurs adversaires démocrates. Leur gestion néolibérale fait en sorte que l’école publique est sous-financée depuis des décennies.

En 2010, il y avait 15,1 millions d’étudiants admis dans les lycées publics et 5,9 millions dans des lycées privés. En 2021, on estime que leur nombre a baissé respectivement à 14,6 et 5,2 millions d’élèves.

Cette baisse de fréquentation s’explique en partie par l’augmentation des frais de scolarité au fil des ans, bien au-delà de l’augmentation des revenus des familles.

Pour l’année scolaire 2020-2021, 59,5 % des personnes admises sont des femmes et 40,5 % sont des hommes. C’est l’inverse de la situation qui prévalait en 1970.

Les demandes d’admission ont chuté de 1,5 million depuis cinq ans. Cette baisse s’est produite principalement chez les jeunes hommes puisqu’ils sont responsables de 71 % de cette baisse.

En raison des abandons, plus nombreux chez les étudiants masculins au cours de leurs études, il y aura bientôt deux diplômées pour chaque diplômé masculin.

Plusieurs raisons expliquent ces différences.

Dès qu’ils sont en âge de travailler, les occasions pour les jeunes hommes de gagner un salaire alléchant (par exemple, dans l’industrie de la construction, moins règlementée qu’au Québec) sont beaucoup plus nombreuses que pour les filles de leur âge.

De plus, les modèles de réussite que les jeunes garçons ont sous les yeux sont plus souvent ceux d’hommes peu instruits qui ont réussi à force d’audace que de brillants intellectuels derrière leurs lunettes épaisses.

D’autre part, les adolescentes sont plus disciplinées et ont davantage tendance à se concentrer sur leurs études.

De leur côté, les adolescents sont plus portés à un hédonisme qui résiste moins bien à l’attrait des jeux vidéos, de la pornographie et des drogues récréatives.

En raison du fait que l’adolescent qui a abandonné ses études se retrouvera souvent dans un milieu de travail multigénérationnel alors que son confrère encore au lycée est entouré d’un grand nombre de jeunes de son âge, ce dernier trouvera plus facilement une âme sœur.

Particulièrement s’il est hétérosexuel puisque les adolescentes y sont en surnombre.

Invité sur les ondes de CNN, l’intellectuel Scott Galloway déclarait ceci (la traduction suivra) : “College graduate women aren’t interested in mating with men who don’t have college degrees. If you look at the most unstable violent societies in the World, they all have one thing in common: they have young, depressed men, unattached to work, unattached to school and unattached to relationships. And our inability to provide the resources to encourage men to go to college is going to result in us producing too many of the most dangerous cohort in the World. (…) [Back when I applied to college], UCLA had a 70% admissions rate, now a 14% admissions rate. (…) This is a huge problem.

En voici la traduction :

Les lycéennes diplômées ne sont pas intéressées aux hommes sans diplôme. Or si vous regardez les sociétés violentes les plus instables du monde, elles ont toutes une chose en commun : elles ont beaucoup de jeunes hommes déprimés, peu intéressés à exercer un métier, sans affinité pour l’école et vivant seuls.

Et notre incapacité à fournir les ressources pour encourager les hommes à poursuivre leurs études nous amènera à produire trop de la cohorte la plus dangereuse qui soit.

[À l’époque où j’ai été admis aux études supérieures], l’Université de la Californie à Los Angeles avait un taux d’admission de 70 % : maintenant un taux d’admission de 14 %. (…)

Ceci est un énorme problème.

Références :
A Generation of American Men Give Up on College: ‘I Just Feel Lost’
College enrollment in the United States from 1965 to 2019 and projections up to 2029 for public and private colleges
College gender cap: Women outnumber men 60-40 (vidéo)
Coefficient de Gini

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’après-pandémie : le rattrapage scolaire

11 septembre 2021

L’année scolaire 2019-2020 s’est terminée abruptement avec le confinement décrété le 13 mars 2020 à l’ensemble de la population.

L’année suivante a été perturbée par les nombreuses fermetures d’école consécutives à l’insuffisance des mesures sanitaires.

Sur les 3 200 établissements d’enseignement (publics ou privés), le tiers ont été des foyers d’éclosion de la pandémie. Et sur les 1 126 écoles atteintes, 460 ont été complètement ou partiellement fermées, soit une école sur sept.

Au 3 mai 2021 — donc vers la fin de cette année-là — les écoliers et le personnel scolaire représentaient 38,4 % de toutes les personnes officiellement atteintes au Québec par le Covid-19.

En 2021-2022, le gouvernement de la CAQ semble avoir décidé de laisser se propager le Covid-19 dans les écoles.

En dépit de l’imposition partielle du port du masque, l’année scolaire qui vient s’annonce pire en raison de la contagiosité extrême du variant Delta et de l’absence de dépistage systématique sauf lorsque la situation sera devenue ‘préoccupante’ (lire : catastrophique).

Après trois années consécutives de perturbations, les élèves auront accumulé un important retard de littéracie en plus de celui concernant l’apprentissage des autres matières scolaires.

Or toute pandémie a une fin. Dès qu’on aura vacciné la population des pays en voie de développement, ceux-ci cesseront d’être des incubateurs à variants et la pandémie s’éteindra.

À l’issue de cette pandémie, le retard scolaire devra être quantifié en vue d’être comblé.

Or pour ce faire, la solution est simple; allonger les années scolaires qui viennent jusqu’à ce que l’arriéré ait disparu.

Références :
Le Covid-19 à l’école primaire : la CAQ met en péril la santé de nos enfants
Covid-19 : une rentrée scolaire idéale en 2020
Rentrée scolaire 2021 : l’OMS se réveille
Précisions concernant le dépistage du variant Delta à l’école primaire

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés au Covid-19, veuillez cliquer sur ceci

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La Tortue Berlue

15 mai 2021
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La Tortue Berlue est une troupe de théâtre ambulante dont les marionnettes s’adressent aux enfants de 4 à 8 ans.

C’est dans un lieu familier — un autobus scolaire reconverti — que les enfants prennent place, fébriles en y pénétrant à l’idée d’être émerveillés…

Au cours d’une représentation, l’assistance n’est composée que d’enfants d’un même garderie (publique ou privée) ou d’une même classe; on rit davantage quand on est entre amis.

Après mille représentations dans des écoles partout au Québec — devant plus de 50 000 spectateurs — la compagnie théâtrale présentait hier son nouvel autobus.

Tous les critiques de théâtre et les journalistes culturels de la ville avaient été invités par communiqué au dévoilement qui avait lieu au marché Maisonneuve.

Et comme le hasard fait parfois bien les choses, je passais par là…

Ce nouvel autobus découle de la volonté de se produire dans une ‘salle de spectacle’ aménagée de manière à ce que les artisans d’un spectacle puissent suggérer l’impossible aux petits.

Sa production actuelle, ‘Henri Barbeau’, fut nommée au Prix des critiques de théâtre dans la catégorie ‘Meilleur spectacle Jeune public’.

Le ‘Henri’ de la pièce souffre d’anxiété de performance. La pièce montre comment Henri s’en est sorti.

Dommage que certains adultes ne puissent pas y assister…

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectifs Lumix Leica 42,5&nbdp;mm F/1.2 + filtre Hoya à densité neutre ND8 (1re photo) et PanLeica 8-18 mm (2e photo).
1re photo : 1/500 sec. — F/1,2 — ISO 200 — 42,5 mm
2e  photo : 1/60 sec. — F/4,0 — ISO 1250 — 18 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le petit rusé

8 février 2020

Le français est une langue précise. Or, pour communiquer efficacement, il faut s’exprimer clairement.

En mathématique, le verbe anglais To Find signifie ‘résoudre un problème’. Un sens que n’a pas le verbe Trouver.

Afin de vérifier la connaissance du théorème de Pythagore par ses élèves, au lieu de demander ‘Calculer la valeur de X’ ou ‘Trouver la valeur de X’ un professeur de géométrie a simplement demandé ‘Trouver X’.

Un de ses élèves a donné la réponse ci-contre.

Doit-on punir l’élève pour ne pas avoir fourni la réponse attendue de lui ou devrait-on le récompenser pour avoir répondu exactement à la question telle que (mal) posée ?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le plomb dans l’eau potable des écoles

13 août 2019


 
Introduction

En février 2019, l’Institut national de Santé publique du Québec (INSPQ) publiait un rapport au sujet de la présence de plomb dans l’eau potable des écoles et garderies du Québec.

Ce rapport a été rendu public le mois dernier.

Puisque la nouvelle année scolaire débutera dans quelques semaines, que doit-on en penser ?

Résultat des études

Il n’existe pas de seuil en deçà duquel le plomb est inoffensif; à n’importe quelle dose, il est neurotoxique. Évidemment, il l’est moins à dose faible.

Depuis l’interdiction de l’essence au plomb, de la peinture au plomb et des canalisations en plomb, les taux de plomb dans le sang des Canadiens ont diminué de 70 % entre 1978 et 2013.

Chez les enfants, les taux moyens de plomb dans le sang sont de 0,67 µg par décilitre au Canada et 1,0 µg/dl au Québec. Cette différence résulte de l’exposition plus grande au Québec à l’ensemble des sources possibles.

Puisque ce contaminant est omniprésent dans notre environnement, les organismes sanitaires ont adopté arbitrairement des taux maximums à ne pas dépasser dans l’eau du robinet.

Au Canada, ce seuil était autrefois de 25 µg/l, réduit à 10 µg/l en 2013 et réduit de nouveau à 5 µg/l en mars 2019 (soit après la rédaction du rapport de l’INSPQ).

Cette norme est trompeuse puisque les taux sont mesurés après avoir fait couler l’eau pendant cinq minutes, ce qu’à peu près personne ne fait dans la vraie vie.

De 2013 à 2016, on a fait des prélèvements dans 436 écoles et garderies du Québec. Le dépassement de l’ancienne norme de 10 µg/l a été observé dans 3 % des établissements et dans 8,5 % des cas lorsqu’on applique la nouvelle norme plus sévère de 5 µg/l.

Le pire cas (350 µg/l) avait été observé dans une garderie. Le rapport ne précise pas s’il s’agit d’une garderie publique ou privée. On a aussi mesuré 174 µg/l dans le cas d’une école.

Qu’arrive-t-il si on mesure le plomb sans laisser couler l’eau pendant 5 minutes ?

À Québec, en 2015-2016, des prélèvements effectués dans 29 écoles ont révélé une médiane très faible dans l’eau de premier jet (moins de 2 µg/l). Toutefois, dans un cas, on a mesuré une concentration de 559 µg/l.

À Montréal, en 2017, une étude effectuée auprès de 51 écoles a mesuré une médiane de 4,5 µg/l dans l’eau de premier jet et un dépassement de la teneur de plomb de 10 µg/l dans 15,7 % des cas. Le maximum mesuré fut de 20 µg/l.

Ailleurs au pays, les taux médians sont habituellement plus faibles qu’au Québec, mais les valeurs excessives sont parfois stratosphériques (par exemple, 13 200 µg/l).

Contribution relative du plomb scolaire

Il existe de nombreuses sources de plomb dans notre environnement.

On en trouve dans l’eau potable domestique. Il y en a dans la poussière de peinture au plomb libérée lorsqu’on détruit une maison ou qu’on décape un vieux meuble.

La littérature scientifique démontre que chez les enfants âgés entre 6 mois et 7 ans, les sols et les poussières constituent la principale source d’exposition au plomb, et non l’eau potable (sauf dans le cas des teneurs très élevées).

On sait avec certitude qu’il existe une corrélation inverse entre les taux sanguins de plomb et le quotient intellectuel. On sait que le plomb dans les breuvages et la nourriture fait augmenter les taux sanguins. La grande inconnue concerne l’importance relative de l’apport alimentaire parmi toutes les sources possibles.

En somme, il faut réduire la teneur du plomb dans l’eau potable. Mais ce n’est pas parce que l’eau potable d’une école dépasse la norme fédérale actuelle (5 µg/l) qu’il faut condamner ses robinets.

Voilà pourquoi l’INSPQ estime que la réduction du plomb dans l’eau potable des écoles doit être poursuivie sans qu’il soit nécessaire d’adopter des mesures exceptionnelles et urgentes.

Plus de transparence S.V.P.

L’INSPQ a choisi de taire le nom des établissements dans lesquels des concentrations excessives de plomb ont été observées afin de ne pas provoquer de panique ou des comportements ‘irrationnels’ chez les parents concernés.

Est-ce irrationnel de vouloir éviter que son enfant boive de l’eau qui dépasse de 70 fois la teneur maximale recommandée ?

Pour un décideur public, cacher la vérité est une solution de facilité qui trahit un mépris du peuple.

Une réaction parentale irrationnelle serait, par exemple, de changer son enfant d’école ou de le retirer du système public afin de l’envoyer au privé ou de faire son éducation à domicile.

Dans les faits, il est facile de faire comprendre à ce parent qu’il suffit de donner à son enfant de l’eau embouteillée ou traitée par un système capteur de métaux lourds.

De plus, la révélation des noms des écoles et garderies fautives oblige ces institutions à agir. Une pression qu’elles n’ont pas lorsqu’on cultive le secret.

Selon la professeure Michèle Prévost de l’école Polytechnique de Montréal, dans 95% des cas, lorsqu’il y a trop de plomb dans l’eau potable, le problème se situe dans les 50 derniers centimètres de la robinetterie. Donc il n’est pas nécessaire de changer toute la tuyauterie de l’école.

De plus, on peut très bien changer un nombre limité de robinets par étage et indiquer clairement que seuls ceux-ci peuvent servir d’abreuvoirs.

On peut donc remettre à plus tard l’intention de changer les robinets qui ne servent qu’à se laver les mains ou à prélever l’eau des employés responsables de l’entretien.

Références :
Des taux inquiétants de plomb dans l’eau des écoles
Eau contaminée: Legault est préoccupé, mais pas alarmé
Nos écoles ont du plomb dans l’eau
Plomb
Présence de plomb dans l’eau des écoles et des garderies
Recommandations pour la qualité de l’eau potable au Canada
Silences de plomb

Parus depuis :
Le Québec sous-évalue le plomb dans l’eau (2019-10-16)
Plomb dans l’eau: des milliers de garderies échappent à tout contrôle (2019-11-14)

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 25mm F/1,2 — 1/80 sec. — F/1,2 — ISO 500 — 25 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Hommage aux professeurs d’école primaire

1 novembre 2011

Tout le monde connait le rôle essentiel d’une mère aimante sur développement de ses enfants. Mais s’arrête-t-on à penser sur la contribution des professeurs d’école ?

Avant d’arriver à l’école, l’enfant n’a qu’une connaissance sensorielle du monde. Comme un chiot ou un jeune félin, il ne pense qu’à s’amuser. Son vocabulaire est rudimentaire. Il sait comment se comporter afin d’éviter les punitions et obtenir des récompenses. Il est familier avec ses parents, les voisins, ses petits amis et leurs parents. Au-delà, il ne connaît du monde que l’univers enchanté des émissions pour enfants. Plein de sujets de conversation des adultes le dépassent.

À la fin de la sixième année, il sait lire, écrire et compter. Il a tous les outils pour apprendre par lui-même et pour devenir un citoyen. Il peut découvrir les trésors de la littérature, distinguer les produits autrement que par leurs formes et leurs couleurs (il peut faire l’épicerie), s’orienter par le nom des rues, et compléter un questionnaire. Il pourrait lire les directives d’un employeur s’il avait l’âge de travailler.

En plus d’écrire (donc discuter sur l’internet et sur un téléphone portable), il connait maintenant près de trois mille mots. Il a le vocabulaire nécessaire pour exprimer sa pensée plus clairement et plus précisément.

Il sait compter jusqu’à un million, si ce n’est jusqu’à l’infini. Il sait additionner, soustraire, multiplier et diviser. Il est prêt pour la géométrie et les autres disciplines qu’il apprendra bientôt.

À tous les trois ans depuis l’an 2000, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) mène une enquête destinée à mesurer la performance des systèmes éducatifs de divers pays auprès des jeunes de quinze ans, soit un peu au-delà du primaire.

En 2009, soit la dernière fois qu’une telle enquête a été menée, le Canada était au dixième rang mondial pour les mathématiques (la France et les États-Unis étaient respectivement au 22e et au 30e rang), au 8e rang pour les sciences (la France et les États-Unis étaient respectivement au 27e et au 23e rang) et au 6e rang pour la lecture (la France et les États-Unis étaient respectivement au 22e et au 17e rang).

Alors que des voix s’élèvent au Québec pour instaurer la précarité des enseignants et une rémunération à la performance, je dis merci pour le travail extraordinaire que vous accomplissez. J’apprécie votre courage et votre ténacité en dépit des obstacles sur votre chemin.

Références :
Britain’s got a talent deficit
Programme PISA
Au primaire – Que faut-il avoir appris à la fin de la 6e année ?

Compléments de lecture :
Classement de l’OCDE – Le Québec, élève modèle en mathématiques (2013-12-03)
D’autorité? (2019-02-23)
Une urgence nationale (2019-09-20)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le rayonnement de l’enseignement universitaire

9 mars 2011

De nos jours, l’Internet constitue un réservoir inépuisable de connaissance. Mais on y trouve de tout, du meilleur comme du pire. Si bien que l’internaute moyen perd beaucoup de temps à trouver l’information fiable.

Familier avec son domaine de connaissance, le professeur est l’expert impliqué dans la transmission du savoir. Assister à son enseignement, c’est comme avaliser d’un seul coup, les années de sa recherche de la vérité. Le professeur est donc une ressource exceptionnelle. Au risque d’être accusé d’impérialisme culturel, j’oserais même dire qu’il est un pilier de notre Civilisation, basée sur la lumière des connaissances et des faits.

Par comparaison avec l’an 2000, on estime que le nombre d’étudiants universitaires aura doublé en 2015. Cette croissance varie selon les continents : 42 % aux Amériques, 54 % en Europe, 85 % en Afrique et au Moyen-Orient, et 186 % en Asie (dont 55 millions rien que pour l’Inde et la Chine).

Lors d’un voyage en Chine, j’ai vu la publicité promotionnelle d’une université chinoise. C’est à faire peur : des pavillons modernes et immaculés, des milliers d’étudiants proprets qui pratiquent le Tai-chi — parfaitement synchronisés — en début de journée, un campus noyé dans la verdure, etc. Bref, une armée du savoir prête à conquérir le monde.

Ici, nous avons des professeurs d’université qu’on tente de persuader que leur avenir personnel passe par le développement de joint-ventures avec l’industrie, des universités endettées jusqu’au cou, et des étudiants qui dépensent plus en rave, en automobile d’occasion et en bière qu’ils dépensent en frais universitaires. De plus, le taux d’obtention d’un diplôme du secondaire chez les jeunes québécois de moins de 20 ans est de 63,5 % chez les garçons et de 74,7 % chez les filles. Et ce, après « normalisation » des notes, après les mesures destinées à éviter aux cancres le traumatisme psychologique de l’échec et après qu’on ait fait savoir à tous les professeurs trop sévères qu’ils sont « déviants » et qu’ils nuisent à la moyenne de l’école…

Pourtant, la bataille de la connaissance représente un enjeu stratégique national, non seulement en ce qui concerne les étudiants d’ici, mais relativement aux étudiants étrangers. Les États-Unis l’ont compris depuis longtemps et Harvard est un bel outil d’influence. Ce qui est en jeu, c’est l’influence respective des pays à attirer les futures élites mondiales.

Dans la mondialisation des études universitaires, les États-Unis, le Royaume-Uni et la France sont les trois principaux pôles d’attraction.

Au Québec, les droits de scolarité pour étudiants étrangers sont les mêmes pour toutes les universités (12,400$ à 13 829$) et sont fixés par le ministère de l’Éducation. Depuis 2008, les programmes de 1er cycle universitaire en administration, droit, sciences pures, mathématique, génie et informatique sont déréglementés. Mais ils ne le sont pas pour la médecine et les autres sciences de la Santé.

Encore plus que maintenant, l’avenir appartient aux pays qui auront su inculquer à leur jeunesse le goût du savoir autant que celui de la créativité.

Le Québec est un terreau extraordinaire de création. Il est remarquable qu’un « petit » peuple (au point de vue démographique) comme le nôtre réussisse à donner naissance à autant d’artisans doués dans l’industrie cinématographique ou dans des spectacles acrobatiques, à autant de programmeurs brillants de jeux vidéo, de chanteurs exceptionnels, etc.

Notre handicap, c’est celui de la formation universitaire. En Asie, la motivation à l’obtention d’un diplôme universitaire est beaucoup plus grande qu’ici. Mais le respect des traditions et de l’autorité, souhaitables dans une certaine mesure, est un handicap à leur créativité. C’est à nous d’en profiter. Le ferons-nous ?

Références :
Combattre le décrochage scolaire
Des enseignants dénoncent la diplomation facile au cégep
Éduquer au XXIe siècle
La bataille de la matière grise est engagée
Le coût des études pour les étudiants étrangers

Parus depuis :
La charge de la brigade légère (2019-11-06)
Refus massif d’étudiants africains francophones : Ottawa accusé de « discrimination » (2021-11-28)
Rejet des étudiants francophones : le ministre du Travail du Québec interpellé (2022-03-31)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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