Le monorail électrique entre Montréal et Québec

4 décembre 2017
Au XVIIe congrès du PQ

Introduction

Au congrès de septembre dernier, les délégués du Parti Québécois se sont prononcés en faveur d’une politique industrielle verte visant, entre autres, à l’électrification des transports.

Et parmi les mesures détaillées, le PQ se prononçait en faveur d’un train ou monorail électrique interurbain menant, à terme, à la création d’un réseau panquébécois.

En dépit de l’ambition de cette décision — ou à cause d’elle — les médias n’en ont pas parlé. Comme s’il s’agissait d’une mesure farfelue, digne d’un roman de science-fiction.

Mais deux mois plus tard, la nouvelle mairesse de Montréal était élue après s’être engagée à promouvoir une nouvelle ligne de métro vers le nord-est de la métropole.

Du jour au lendemain, la promesse de l’amélioration du transport en commun est devenue un moyen de séduire l’électorat.

Le bluff de M. Couillard

Le programme politique du Parti libéral du Québec (PLQ) date de 2012. Pour l’instant, il ne contient aucun engagement au sujet de l’électrification des transports.

Trois semaines après l’élection de Valérie Plante, le PLQ tenait son congrès.

À cette occasion, le premier ministre s’est prononcé en faveur d’une liaison rapide entre Montréal et Québec qui entrerait en vigueur en 2026.

Pendant des années, M. Couillard a butiné les idées dans le programme politique de la Coalition Avenir Québec (CAQ) : on doit donc le féliciter de s’inspirer maintenant des bonnes idées du PQ.

À ses yeux, la nécessité d’un mode de transport rapide et moderne disqualifie le projet de train à grande fréquence (et non à grande vitesse) de VIA Rail, qualifié de projet d’un autre siècle.

Depuis ce temps, à l’Assemblée générale, le ministre des Transports répète à qui veut l’entendre que rien n’est décidé et qu’il s’agit simplement d’un appel aux idées lancé par le premier ministre auprès des Québécois.

L’inquiétude de la CAQ

Depuis longtemps, la compagnie ferroviaire VIA Rail a abandonné tout projet de TGV entre Montréal et Québec.

Mais elle a ce projet de train à grande fréquence de Toronto vers Montréal ou Québec.

Depuis une semaine, la Coalition Avenir Québec (CAQ) accuse le premier ministre de compromettre le projet de VIA Rail en soutenant un projet concurrent.

Selon cette formation politique, le bluff du premier ministre est de nature à faire avorter un projet sur le point d’aboutir, un projet comportant des milliards$ de retombées économiques pour le Québec.

Au contraire de ce qu’insinue la CAQ, le projet de VIA Rail stagne depuis des années. Le fédéral hésite à l’appuyer parce qu’il est conscient que ce projet couteux ne répond pas aux besoins actuels des Canadiens.

Augmenter la fréquence d’un train dont la lenteur demeure la même ne fait que disperser la même clientèle dans un plus grand nombre de trains. Cela diminue donc la rentabilité du transport ferroviaire de passagers.

En somme, la CAQ défend ce qui serait un gaspillage des fonds publics.

Pourquoi un monorail ?

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Autres considérations

Le rétablissement de la balance commerciale


Déficit commercial du Québec, de 1981 à 2012, en milliards de dollars
Balance_commerciale_30_ans

 
Le Québec doit rétablir sa balance commerciale. Celle-ci est devenue très déficitaire depuis Jean Charest (alors qu’elle était excédentaire sous le PQ).

Or l’achat d’hydrocarbures compte pour environ le tiers de cette saignée.

Le domaine de compétence constitutionnelle

Ce train ou ce monorail doit être de compétence provinciale. Parce qu’il doit être soumis aux lois du Québec (dont la loi de protection des consommateurs).

Si Montréal n’est qu’un arrêt dans une liaison Toronto-Québec, cette liaison (dont le tronçon québécois) devient de compétence fédérale.

Or si cela tombe sous son autorité, le fédéral pourra bloquer cet outil québécois de développement économique en se trainant les pieds comme il le fait pour le projet de train à grande fréquence de VIA Rail.

Regardez les cas de Bombardier et du chantier maritime de la Davie : dépendre du fédéral porte malheur lorsqu’il s’agit de savoir-faire québécois.

Il faut donc un système coordonné, mais pas intégré. En d’autres mots, il faut que les passagers aient à quitter le wagon de la liaison Québec-Montréal, à marcher, et à prendre le wagon Montréal-Toronto. Comme les passagers le font en changeant de ligne dans le métro de Montréal.

Le développement industriel

Le projet de liaison entre Montréal et Québec doit être un simple volet au sein d’un ambitieux projet de développement industriel. Voilà ce que dit le programme du PQ.

Il s’agit de créer une nouvelle grappe industrielle sur laquelle se grefferont toutes les technologies connexes, de la fabrication des matériaux composites à la conception, à la fabrication, et à l’assemblage des pièces. L’État ne doit pas développer tout cela, mais inviter des entreprises de haute technologie à se joindre à nous.

Au cœur de cette grappe industrielle se trouvera le développement d’une technologie (le moteur-roue) dont le Québec aura la propriété intellectuelle et qui servira à obliger les compagnies à s’installer au Québec si elles veulent en profiter.

La liaison Montréal-Quebec ne sera qu’une étape vers la création d’un réseau de transport rapide panquébécois. Celui-ci deviendra la vitrine de notre expertise technologique. Une technologie exportable en vue de la création d’autres réseaux de monorails à grande vitesse à travers le monde.

Quant au risque d’échouer, c’est une crainte que nous n’avions pas lorsque le Québec s’est lancé dans la construction de barrages hydroélectriques. Nos ingénieurs ont créé la technologie nécessaire.

Autant le Plan Nord était stupide, autant la création d’un réseau de transport panquébécois 100% électrique basée sur une technologie dont le Québec aura la propriété intellectuelle est un projet qui pourrait contribuer à inverser le déclin de l’économie québécoise depuis l’arrivée au pouvoir des Libéraux.

L’occupation du territoire

Au XIXe siècle, le train du Nord, soutenu par le curé Labelle, a favorisé le peuplement des Laurentides.

Des dizaines de municipalités ont vu le jour, grâce à ce train.

Une liaison rapide entre Montréal et Québec transforme la ville de Québec en banlieue de Montréal et la métropole en banlieue de Québec.

Ce qui signifie que tout transfert urgent de document (contrats à être signé) ou d’objets concrets légers (prototypes industriels), peut être assuré. Ce qui favorise l’efficacité de l’économie québécoise.

Cela signifie également que la ‘Grande séduction’ des petites agglomérations (jugées à tort comme ennuyeuses) sera facilitée auprès des travailleurs qualifiés quand celles-ci se rapprocheront au point de n’être plus qu’à quelques heures des grands centres culturels du Québec.

Références :
Le déclin de l’économie québécoise
Pour le Québec : Programme électoral du Parti libéral du Québec
Train à grande fréquence: VIA Rail ouvre la porte à Québec
TrensQuébec : Couts de construction
Un train à grande fréquence vers Québec? Peut-être, mais c’est moins attrayant, dit le président de Via Rail (VIDÉO)

Paru depuis :
Liaison Québec-Montréal: Philippe Couillard revient sur ses positions (2017-12-14)

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 40-150 mm F/2,8 — 1/200 sec. — F/2,8 — ISO 2000 — 95 mm

Le monorail électrique entre Montréal et Québec
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Bilan économique de Jean Charest

27 novembre 2017

Introduction

En fin de semaine dernière, le Parti Libéral du Québec célébrait son 150e anniversaire.

À cette occasion, tous les anciens premiers ministres libéraux vivants furent invités, dont Jean Charest.

Cela est parfaitement légitime; n’importe quel autre parti aurait également invité ceux qui ont marqué son histoire.

Le premier ministre actuel, M. Philippe Couillard, n’avait pas besoin de se justifier. Mais il sentit le besoin de faire l’éloge des réalisations de son prédécesseur, présenté comme un grand bâtisseur du Québec.

Du strict point de vue économique, est-ce le cas ?

L’absence de stratégie industrielle

Sous le gouvernement Charest, la stratégie de développement industriel du Québec, c’était le Plan Nord.

Ce projet consistait à transférer sur le dos des contribuables tous les obstacles à ce que l’exploitation d’une mine devienne rentable. C’était le développement minier à n’importe quel prix.

On devait payer les routes, les chemins de fer et les aéroports, en plus des écoles, des hôpitaux et tout le reste. Et ce, afin de provoquer un boum minier éphémère, c’est-à-dire d’ici à ce que la Chine et l’Inde (situés à l’autre bout du monde) découvrent des gisements situés plus près d’eux.

Une fois ces sites miniers chinois ou indiens découverts, les travailleurs québécois auraient été en concurrence avec des gens qui gagnent dix fois moins qu’eux.

On était même prêt à payer un port en eau profonde afin de faciliter l’exportation du minerai brut sans avoir à le transformer au Québec. Bref, on payait pour créer des emplois ailleurs.

Il s’agissait d’un gaspillage de soixante-milliards$, répartis sur vingt ans.

Si le Plan Nord avait été mis en marche comme le voulait Jean Charest, nous aurions construit des infrastructures qui seraient totalement inutilisées aujourd’hui, les minières ayant stoppé tout développement ailleurs qu’en Afrique, en raison du ralentissement économique.

La croissance économique du Québec

Au cours de neuf des dix années qui ont précédé l’arrivée au pouvoir de Jean Charest — en d’autres mots, sous les gouvernements péquistes de Jacques Parizeau, Lucien Bouchard et Bernard Landry — la croissance économique du Québec a été supérieure à la moyenne canadienne.

Mais Jean Charest avait promis des réductions d’impôts de quatre-milliards$. Afin de dégager une telle somme, son gouvernement a coupé à tort et à travers, provoquant un ralentissement économique.

Si bien que dès la première année du gouvernement Charest, la croissance économique du Québec retomba sous la moyenne canadienne et l’est demeurée depuis… sauf au cours de la Grande récession.

Entre 2007 et 2010, la croissance économique chuta dans toutes les provinces, mais un peu moins au Québec. Si bien que cette décroissance économique fut 1% moindre au Québec. Dit autrement, la ‘croissance’ québécoise fut de 1% supérieure à la moyenne canadienne.

C’est ce qui permit à M. Charest d’affirmer — ce qui est vrai — que sous sa gouverne, le Québec avait mieux traversé cette récession que les autres provinces.

Toutefois, lorsqu’on considère l’ensemble de son administration, ce fut une catastrophe.

La balance commerciale


Déficit commercial du Québec, de 1981 à 2012, en milliards de dollars
Balance_commerciale_30_ans

 
La bonne performance économique des gouvernements dirigés par les premiers ministres Parizeau, Bouchard et Landry a été facilitée par l’amélioration de la balance commerciale du Québec, passant d’un déficit de six-milliards$ à la fin du gouvernement de Robert Bourassa à un surplus de sept-milliards$ huit ans plus tard.

Mais à l’arrivée au pouvoir de Jean Charest, la situation s’est inversée de manière inquiétante, atteignant annuellement près de trente-milliards$.

Les déficits commerciaux des États-Unis et de la France, pourtant importants, étaient en réalité trois fois moindres que le déficit du Québec lorsqu’on tenait compte de la taille de nos produits intérieurs bruts respectifs.

Le revenu disponible par personne

En gros, le revenu disponible par personne est le salaire brut moins l’impôt.

Sous les administrations péquistes de Parizeau, Bouchard et Landry, le Québec avait grimpé au quatrième rang canadien quant au revenu disponible par personne.

Nous étions donc, en moyenne, les quatrièmes plus riches au Canada.

La gestion économique du PQ avait été tellement bonne que le fédéral avait diminué la péréquation au Québec, ce qui est normal. La péréquation, c’est pour les provinces pauvres. Quand on est moins pauvre, on reçoit moins de péréquation.

Quelques années après la prise du pouvoir par Jean Charest — plus précisément en 2005 — nous étions déjà tombés au 7e rang.

Cet appauvrissement avait permis au premier ministre de se glorifier d’avoir obtenu plus d’argent du fédéral que sous les gouvernements péquistes.

En effet, appauvri, le Québec avait droit à davantage de péréquation canadienne. L’audace du premier ministre consistait donc à présenter avantageusement cet appauvrissement comme une grande réalisation de son administration.

Le déséquilibre budgétaire

Adoptée en 1996 par le gouvernement péquiste de Lucien Bouchard, la Loi sur l’équilibre budgétaire provoqua un redressement spectaculaire des finances publiques (qui s’étaient dégradées sous le gouvernement de Robert Bourassa).

Si bien que ce gouvernement réalisa le premier surplus budgétaire du Québec en quarante ans lors de l’exercice 1998-1999.

Mais en 2008, sous Jean Charest, le solde budgétaire du Québec est redevenu déficitaire et l’est demeuré jusqu’à tout récemment.

Le Fonds des générations

Lorsque le Fonds des générations a été créé en 2006 par le gouvernement Charest, nous étions à la fin d’un long cycle boursier hautement spéculatif où tout investissement à la bourse rapportait davantage que les taux d’intérêt des bonds du Trésor.

Le fonds a donc été créé en présumant que l’État pouvait s’enrichir plus facilement en spéculant en bourse plutôt qu’en payant ses dettes.

Pourtant, en 2006-2007, le fonds rapportait 0,99% alors que le taux de l’intérêt de la dette coutait 5,46%. En 2007-2008, c’était respectivement 1,6% vs 5,04%.

En 2008-2009, après l’éclatement de la bulle immobilière et la chute des marchés boursiers, c’était -21,88% vs +4,16%.

Durant la Grande récession, la valeur du fonds piqua donc du nez alors que notre dette continuait inexorablement d’augmenter.

Il fallut attendre 2011 pour que la valeur au marché du fonds remonte jusqu’à un rendement cumulatif de zéro pour cent. Comme si toutes les sommes investies depuis cinq ans n’avaient rapporté aucun intérêt.

Lorsque Jean Charest quitte le pouvoir l’année suivante, il était déjà évident que l’État aurait mieux fait de payer ses dettes plutôt que de spéculer à la bourse avec l’argent des contribuables.

Conclusion

La plus grande force et la plus grande faiblesse du Parti Libéral du Québec, c’est sa réputation de bon gestionnaire de l’économie québécoise.

C’est sa grande force parce que tout le monde le croit. Et c’est sa plus grande faiblesse parce que c’est faux.

Les années de Jean Charest en sont l’exemple parfait.

Mais le génie de Jean Charest fut de constamment montrer le côté positif des résultats désastreux de ses politiques économiques.

Il présenta donc ce colossal projet de gaspillage des fonds publics qu’est le Plan Nord comme s’il s’agissait d’un investissement majeur dans le développement économique du Québec.

Il se vanta d’avoir arraché plus d’argent au fédéral pour la péréquation quand, en réalité, c’était le résultat de l’appauvrissement du Québec sous sa gouverne.

Ce brillant communicateur a reçu un accueil triomphal parmi les siens en fin de semaine dernière. Espérons qu’un jour, les tribunaux québécois lui appendront davantage de modestie.

Références :
À quand l’arrestation de l’ex-premier-ministre Jean Charest ?
Le bilan économique du gouvernement Marois
Équilibre budgétaire: une loi mise à mal par la grande récession
L’Alberta a dilapidé sa richesse pétrolière avec de grosses dépenses
Le déclin de l’économie québécoise
Le Fonds des générations ou Quand l’État spécule à la bourse
Péréquation et transferts fédéraux
Perte de 40 milliards à la Caisse de dépôt – L’opposition fait front commun pour réclamer une enquête
Quelque chose de pourri

Note : Photo de M. Charest par le quotidien Le Devoir.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Vive les paradis fiscaux !

14 novembre 2017

Introduction

Il est de ces documents qui tombent mal.

Une semaine après l’éclatement du scandale des Paradise Papers, voilà le ministère des Finances du Québec qui publie un document de 246 pages qui, implicitement, se porte à leur défense.

Au contraire de son titre — Paradis fiscaux : plan d’action pour assurer l’équité fiscale — ce document est un plaidoyer qui justifie l’inaction du gouvernement Couillard.

En réplique au rapport de la Commission des finances publiques, remis en mars dernier et salué unanimement, ce document, préparé en secret par les hauts fonctionnaires du ministère, est publié au pire moment, alors que toute la planète se scandalise de l’ampleur du phénomène de l’iniquité fiscale.

Le lendemain de sa publication, le ministre des Finances écartait toute possibilité pour le Québec de se retirer des ententes avec des paradis fiscaux, parce que cela, disait-il, « entrainerait une hausse du fardeau fiscal au Québec ». Ceci est un contresens.

La lutte contre les paradis fiscaux a précisément pour but d’augmenter le fardeau fiscal de ceux qui y recourent.

Cela n’augmente pas le fardeau fiscal des gens comme vous et moi. Au contraire, dans la mesure où les riches se mettent à payer leur juste part des dépenses de l’État, le simple citoyen a moins à le faire.

Faits saillants du document

D’entrée de jeu, le document établit la distinction entre l’évasion fiscale et l’évitement fiscal. En réalité, l’évitement fiscal n’est que de l’évasion fiscale légalisée.

Puis le document souscrit au principe qui justifie les ententes fiscales avec les paradis fiscaux : éviter la double imposition.

En vertu de ce principe, les profits transférés dans un paradis fiscal seront imposés dans cette juridiction plutôt que dans le pays où ces profits ont été réalisés.

Or ce principe est complètement illogique. Tout profit réalisé au Québec doit être imposé au Québec. Est-il juste que ce même profit puisse l’être une deuxième fois s’il est transféré dans un paradis fiscal ? On s’en fout; ce n’est pas notre problème.

Puis le document suggère que les politiques du Québec soient coordonnées avec celle du gouvernement canadien. Il est évident qu’une telle coordination facilite les choses.

Mais qu’arrive-t-il si ce gouvernement est complice de l’évasion fiscale, comme le révèlent les Paradise Papers ? Ah, ce n’est pas prévu.

Le gouvernement Couillard se veut l’intendant régional du régime colonial canadien. Donc si le fédéral ne fait rien, on ne fait rien. Couché le bon chien.

Et l’argument central de ce laissé-faire : s’attaquer à l’évitement fiscal inciterait les compagnies à déplacer leurs activités à l’extérieur du Québec.

À la page 117, le document reconnait qu’il existe peu de données concernant l’ampleur du phénomène des paradis fiscaux et l’impact de ceux-ci en matière de pertes fiscales pour les pays touchés.

Ce qui ne l’empêche pas d’affirmer catégoriquement à la page 31 — comme le magicien qui sort soudainement un lapin de son chapeau — qu’une taxe sur les profits détournés au Québec pourrait entrainer une perte d’environ 68 000 emplois, une baisse du PIB de 7,5 milliards$ et une diminution des revenus fiscaux de 672 millions$.

Bref, ce serait la catastrophe.

La réalité

Sur les 468 753 sociétés en activité au Québec, des milliers sont des particuliers incorporés.

Pourquoi des avocats, des médecins, des copropriétaires de pharmacies, et divers professionnels fortunés s’incorporent-ils ? Pour sauver de l’impôt. Et pour en épargner encore plus, il leur suffit d’ouvrir un compte dans un paradis fiscal. Pourquoi devraient-ils y renoncer puisque c’est parfaitement légal ?

Il suffit d’avoir des amis ou des connaissances qui exercent une profession libérale ou qui possèdent une entreprise prospère pour savoir que le recours aux paradis fiscaux est monnaie courante.

Bref, il n’y a que le ministre des Finances qui feint de l’ignorer. Il fait semblant parce que ces personnes font partie de la clientèle-cible du Parti libéral.

Je ne peux pas croire que ces milliers de particuliers qui profitent des paradis fiscaux vont fermer leurs cabinets professionnels ou leurs lucratifs commerces de vente au détail afin de recommencer leur vie et de se partir une nouvelle clientèle ailleurs dans le but d’épargner quelques dizaines de milliers de dollars au fisc québécois. Et ce, sans savoir si quelques années plus tard, la province canadienne ou l’État américain dans lequel ils auront déménagé ne suivra pas l’exemple du Québec.

Regardez le compositeur Luc Plamondon. Il s’est établi en Irlande afin d’économiser de l’impôt. Nommez-moi un seul grand succès qu’il a créé depuis ce temps. Depuis qu’il y est, sa source créatrice s’est tarie. Déraciné, il est devenu un has-been.

Quant aux véritables entreprises internationales, elles sont au Québec non pas grâce aux paradis fiscaux, mais grâce aux généreuses subventions qu’elles ont reçues afin de s’installer chez nous et grâce à la présence d’une main-d’œuvre qualifiée et d’infrastructures qui rendent leurs opérations rentables.

Conclusion

L’argument central du document est que les bénéficiaires des tactiques d’évitement fiscal sont des gens importants dans l’économie québécoise et que si on s’attaque à eux, ils risquent de déménager leurs opérations sous d’autres juridictions et ainsi créer du chômage au Québec.

Cet argument est central au néolibéralisme; il ne faut surtout pas s’attaquer aux riches parce que cela pourrait nous retomber sur le nez.

Dans le film République, un abécédaire populaire, Alain Deneault — cité sur ce blogue — taille en pièces cette argumentation fallacieuse.

Alors que les Paradise Papers provoquent une indignation planétaire, on s’étonne que le gouvernement Couillard ait choisi ce moment pour afficher une position aussi réactionnaire.

Par-dessus tout, il est regrettable que nos impôts servent à produire ce genre de propagande néolibérale et à essayer de nous faire croire qu’il est dans notre intérêt d’accepter que la classe moyenne soit la seule à supporter le poids fiscal de l’État.

Références :
La filière canadienne
Le phénomène du recours aux paradis fiscaux
Paradis fiscaux : plan d’action pour assurer l’équité fiscale
Paradis fiscaux: Québec crée une escouade pour traquer les mauvais contribuables

Parus depuis :
Toujours plus d’intimité entre Bay Street et les paradis fiscaux (2017-11-25)
Où sont les 25 milliards dus au fisc? (2017-12-04)
Panama Papers : 500 millions récupérés dans le monde, rien au Canada (2018-01-09)
Gabriel Zucman : « Comprendre les implications de l’évasion fiscale » (2018-05-28)

Sur le même sujet :
Les réductions d’impôts consenties aux riches, stimulent-elles l’économie ?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’avenir de l’agriculture

3 novembre 2017
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Pour ceux que cela intéresse, j’aimerais vous inviter à écouter une entrevue accordée par Bruno Parmentier, ancien directeur de l’école supérieure d’agriculture d’Angers.

Loin du dogmatisme de certains écologistes qui ne connaissent pas grand-chose à ce sujet, les propos de M. Parmentier s’appuient sur une vision de l’agriculture qui est à la fois historique et mondiale.

Petit reproche : à quelques reprises, l’intervieweur (hors champ) est un peu trop envahissant et aurait probablement dû se taire.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La Grande séduction saoudienne

27 octobre 2017

Introduction

Du 24 au 26 octobre 2017 se tenait dans la capitale saoudienne la conférence Future Investment Initiative, réunissant au-delà de 3 500 participants provenant de 88 pays.

Le but de cette réunion était de faire la promotion d’un projet d’investissement colossal de 500 milliards$US en Arabie saoudite.

Vidéo promotionnelle de Neom (en anglais)

Ce projet vise la création d’une ville futuriste (appelée Neom) au sein d’une zone industrielle de 26 000 km², soit l’équivalent de 500 fois la surface de l’ile de Montréal. Cette zone serait située dans l’ouest de l’Arabie, à la jonction avec la Jordanie et l’Égypte.

Elle serait créée sur le modèle des zones économiques spéciales chinoises.

La ville proprement dite serait alimentée en énergie solaire et robotisée à l’extrême. Les bâtiments et des infrastructures resteraient immaculés grâce à l’absence de pollution atmosphérique.

L’approvisionnement alimentaire serait assuré grâce à l’agriculture verticale, au développement de cultures en zones arides et en eau de mer ainsi que l’utilisation de serres photovoltaïques.

En marge de cette conférence, une vaste offensive de relations publiques s’est déroulée.

Le prince héritier a accordé une entrevue à l’influent quotidien britannique The Guardian. Il ne l’a pas fait pour Le Monde puisque ce quotidien a l’habitude (comme Le Devoir) de reproduire intégralement les dépêches de l’Agence France-Presse (qu’il suffit de mettre dans sa poche).

Le site de Radio-Canada s’est contenté d’une entrevue avec la journaliste Clarence Rodriguez, chantre du régime et seule journaliste française accréditée en Arabie saoudite (selon sa page Twitter).

Officiellement, cette conférence vise à attirer des investissements. Mais ce n’est pas son véritable but.

Les problèmes structurels de l’économie saoudienne

En raison de l’insécurité permanente qui règne au Moyen-Orient, des firmes occidentales d’investissement (principalement américaines) y orchestrent une fuite des capitaux depuis des décennies.

Si bien que la famille royale saoudienne est lentement devenue propriétaire d’environ 8% de l’économie américaine, soit dix fois plus que les fortunes combinées de Bill Gates et Warren Buffett.

De plus, s’il est vrai que la capitalisation boursière d’Apple est, de temps en temps, la plus importante au monde, c’est seulement parce que la compagnie Aramco (la compagnie nationale saoudienne d’hydrocarbures) n’est pas inscrite en bourse.

On estime que la capitalisation d’Aramco est 3 000 milliards$, soit environ quatre fois celle d’Apple.

En dépit de la diminution de ses revenus pétroliers, l’Arabie ne manque pas d’argent. Au contraire, elle est immensément riche. Alors quel est son problème ?

Son problème est un abyssal déficit technologique.

L’école publique saoudienne est aux mains du clergé wahhabite.

Très bon à former des hommes de lettres (avocats en droit musulman, écrivains, poètes, fonctionnaires peu qualifiés), le système scolaire du pays ne forme que très peu de chercheurs, de scientifiques et de travailleurs qualifiés puisque souvent la science moderne entre en conflit avec l’interprétation rigoureuse des textes sacrés de l’Islam, vieux de 1 500 ans.

Le régime vante son taux élevé de scolarisation. Dans les faits, le système scolaire ne forme que des bons à rien que même les entreprises saoudiennes hésitent à embaucher comme travailleurs qualifiés. D’où le taux de chômage d’environ 40% chez les jeunes hommes du pays.

Quant aux femmes, l’accès aux études supérieures leur est théoriquement permis depuis des décennies. Mais encore là, leur tutelle masculine permanente et les interdits tatillons des forces de l’ordre font en sorte que très peu d’entre elles font des études supérieures (alors que les femmes forment la majorité des diplômés universitaires au Qatar, aux Émirats arabes unis et en Iran).

Si bien qu’en Arabie saoudite, les familles aisées envoient leurs adolescents masculins étudier dans les meilleurs lycées occidentaux.

Le chômage élevé chez les Saoudiens peu fortunés explique l’importance des mercenaires saoudiens au sein des groupes terroristes sunnites.

Jusqu’ici, l’Arabie saoudite avait tout misé son avenir postpétrolier sur le développement du tourisme religieux.

D’immenses complexes hôteliers ont été érigés sur les sites sacrés, occupés à saturation lors les quelques jours du pèlerinage annuel (Hajj), et sous-utilisés le restant du temps. Cet afflux soudain n’est pas sans causer des problèmes sécuritaires qui émergent régulièrement et que l’État saoudien n’arrive pas à juguler.

L’homme fort de la dictature saoudienne, le prince héritier Mohammed bin Salman, a résolu de diversifier l’économie de son pays. Cela implique d’y attirer des entreprises qui voudront faire profiter le pays des technologies avancées qui font cruellement défaut à cette dictature moyenâgeuse.

Mais voilà, comment attirer des investisseurs étrangers dans un pays où tous les petits écoliers apprennent qu’il faut tuer les Chiites, les Juifs et les Occidentaux ?

La grande séduction

À cette conférence, le prince héritier a estimé que son pays avait abandonné la modération en 1979 — c’est l’année de la Révolution iranienne — avec la montée en puissance de courants religieux extrémistes.

En somme, c’est la faute de l’Iran si l’Arabie saoudite s’est radicalisée.

En décembre 2015, dix-sept femmes ont été élues lors d’élections municipales en Arabie saoudite. La dictature saoudienne en a fait grand cas.

Toutefois, on doit savoir que dans l’éventualité où elles auraient eu à s’adresser à une foule, les candidates auraient dû le faire derrière un rideau. Bref, leur élection démontre que tout est possible en Arabie saoudite quand les tyrans du pays l’ordonnent.

Selon un décret promulgué le mois dernier, les femmes saoudiennes pourront conduire une automobile à partir de juin 2018.

À la fin d’une dépêche publiée récemment, l’Agence France-Presse écrivait que les Saoudiens attendent maintenant l’ouverture de salles de cinéma et plus divertissements, longtemps interdits par les milieux conservateurs.

Dans la mesure où en Iran, les femmes ont déjà le droit de conduire et qu’il existe déjà des salles de cinéma, on voit mal comment c’est la faute de l’Iran si tout cela n’existe pas encore en Arabie saoudite.

Mais par-dessus tout, si le prince héritier est tellement d’accord avec les idées réformatrices qu’exprimait Raïf Badawi sur son blogue, on ne comprend pas pourquoi il n’ordonne pas sa libération immédiate de prison.

En tant que ministre de la Défense, le prince héritier est responsable des bombardements saoudiens au Yémen.

Parmi les trois groupes d’insurgés opposés au président yéménite en exil, le prince hériter saoudien n’a choisi de bombarder que les insurgés chiites, en évitant soigneusement de nuire aux deux autres : les milices d’Al Qaida et celles affiliées à l’État islamique.

Ces dernières lui ont manifesté leur reconnaissance en faisant sauter quelques mosquées chiites en Arabie saoudite.

Il est donc difficile de savoir dans quelle mesure l’œcuménisme de façade du prince héritier s’inscrira à l’avenir dans la réalité saoudienne.

Les risques d’un investissement étranger en Arabie

Les États-Unis ont été incapables d’obtenir la collaboration de l’Arabie saoudite à l’enquête au sujet des attentats du 11 septembre 2001. Si bien qu’il n’existe aucune preuve formelle de l’implication de ce pays dans ces attentats.

L’Arabie saoudite n’est pas un État de droit. Il n’a pas de constitution. Les décisions des tribunaux sont soumises à l’arbitraire de la volonté royale. Bref, c’est une dictature absolue.

L’investissement étranger en Arabie saoudite est donc hautement risqué.

Si le prince héritier devait sérieusement menacer les intérêts du clergé wahhabite, il suffirait d’une fatwa pour que sa vie soit menacée (comme celle de Salman Rushdie). Si cela devait être le cas, la valeur boursière des investissements étrangers en Arabie saoudite dégringolerait.

Aussi puissants que puissent être les tyrans du pays, il suffit d’un garde du corps résolu à se faire l’instrument de la volonté divine pour que le prince héritier aille fertiliser à sa manière le lopin de terre où il sera enterré.

Bref, il serait donc étonnant que ses idées réformatrices aillent très loin.

Références :
Irak et Corée : deux poids, deux mesures
I will return Saudi Arabia to moderate Islam, says crown prince
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Villes du futur : Neom, la mégapole high-tech voulue par l’Arabie saoudite
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La Grande séduction saoudienne
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Écrit par Jean-Pierre Martel


ALÉNA vs Accord de libre-échange canado-américain

25 septembre 2017
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Paru depuis :
La fin de l’ALENA ne serait pas catastrophique, dit une étude (2017-11-25)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Québec, paradis du « cheap labour » grâce au PLQ

13 septembre 2017

C’est aujourd’hui que Statistique du Canada nous apprenait que le revenu familial au Québec était un des plus faibles au Canada.

Par ailleurs, on sait que le taux de chômage diminue au Québec depuis 1992. Il est à un creux historique.

Dans une économie de libre marché, lorsqu’une ressource se raréfie, son prix augmente.

Dans le cas de la main-d’œuvre disponible, elle se raréfie et pourtant, son prix n’augmente pas.

Que se passe-t-il ?

C’est que sous la gouverne du Parti libéral (PLQ), le Québec est devenu le paradis du travail à bon marché.

Le gouvernement Couillard laisse des sièges sociaux — lieux de salaires très bien rémunérés — devenir des coquilles vides puisque les opérations sont déménagées hors du Québec.

Le PLQ justifie son laissez-faire sous le prétexte cela était l’inverse autrefois. En réalité, on achetait des compagnies américaines lorsque le dollar canadien valait plus que la devise américaine. La situation s’est complètement inversée depuis.

De plus, le PLQ n’a pas de stratégie industrielle. Pendant les années Charest, le Plan Nord faisait office de stratégie industrielle. Il s’agissait du plus gros projet de gaspillage des fonds publics (60 milliards$), destiné à soutenir artificiellement des projets miniers qui, autrement, ne seraient pas rentables. Heureusement, ce fut un flop.

Ce qui se crée au Québec depuis quinze ans, ce sont principalement des emplois précaires, près d’un salaire minimum que le PLQ hésite à faire augmenter. Si bien que le revenu disponible par personne — au 4e rang canadien sous Landry — est lentement tombé au dernier rang canadien sous les gouvernements libéraux.

Précisons qu’en gros, le revenu disponible par personne est le salaire brut moins l’impôt. Or depuis quinze ans, le PLQ n’augmente pas les impôts mais, à la place, augmente le tarifs des services gouvernementaux. Lorsqu’on tient compte de l’augmentation des tarifs, nous sommes encore plus pauvres.

Ce que confirme aujourd’hui Statistique Canada avec ses données sur le revenu des familles.

Références :
Baie-James vs Plan Nord
Le revenu des familles québécoises parmi les plus faibles au pays
Le chômage au Canada
Le chômage à un creux historique de 6% au Québec
Le revenu des familles québécoises parmi les plus faibles au pays

Paru depuis :
La pénurie touche davantage le «cheap labour» (2017-12-28)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Au Québec, hydroélectricité ou énergie solaire ?

9 août 2017

Introduction

À l’émission Y’a du monde à ’messe du 14 juillet 2017, deux invités (Yves Desgagné et Yann Perreau) ont reproché à François Legault (chef de la CAQ) de défendre l’hydroélectricité de préférence à l’énergie solaire.

Loin de moi l’idée de m’attaquer à l’énergie solaire. Toutefois, on doit comprendre que si le Québec a autant investi dans l’hydroélectricité, ce n’est pas parce que cette forme d’énergie était plus propre mais plutôt en raison de son abondance sur place. Ce qui donnait un avantage compétitif à l’économie québécoise.

En d’autres mots, le Québec a développé l’hydroélectricité chez lui pour les mêmes raisons que l’Arabie saoudite a développé son pétrole, le Qatar ses réserves gazières et le Dakota du Nord son pétrole de schiste.

Remplacer au Québec l’hydroélectricité par l’énergie solaire

Idéalement, la Terre reçoit du soleil un kW d’énergie par m². Après une heure, ce mètre carré a reçu un kW-heure (kWh). Après cent heures, 100 kWh. Après mille heures, 1 000 kWh. Et ainsi de suite.

Toutefois, selon les techniques actuelles, les panneaux solaires captent au maximum le quart de l’énergie qu’elles reçoivent.

Selon Wikipédia, une surface de 100 000 km², recouverte de panneaux solaires, suffirait à assurer les besoins mondiaux en électricité. En 2010, ces besoins étaient de 18 806 TWh.

En 1989, la production hydroélectrique du Québec était de 191,5 TWh. Par règle de trois, pour produire la même quantité d’électricité, il faudrait couvrir 1 018 km² de territoire québécois de panneaux solaires. Cela correspond à deux fois la superficie de l’ile de Montréal.

Il faudrait donc qu’à Montréal, tous les toits, cours arrière, voies de circulation, et espaces verts, soient recouverts de panneaux solaires. Multipliez cela par deux. Et ça, dans des conditions idéales d’ensoleillement… ce qui n’est pas le cas de ces temps-ci.

Pourquoi faut-il autant de surface ? Imaginez l’impact d’une colonne d’eau d’un mètre carré de coupe en chute libre sur des turbines installées à 150 mètres plus bas. C’est comme cela qu’est produite l’électricité au barrage Daniel-Johnson.

L’impact est tel que n’importe quel humain serait tué en une fraction de seconde. Par contre, l’exposition au soleil peut être mortelle, mais cela prend beaucoup plus de temps.

Bref, l’énergie cinétique de l’eau d’un barrage est considérablement plus puissante que celle d’un rayonnement électromagnétique capté par des panneaux solaires.

Le solaire au Québec et dans le monde

On peut installer des panneaux solaires partout.

L’Ontario a adopté des politiques fiscales qui ont encouragé les citoyens à devenir des producteurs privés d’énergie solaire. Conséquemment, on a installé des panneaux solaires sur les toits des maisons et des bâtisses agricoles. Ceci est bien.

Mais on a aussi créé des fermes solaires — c’est à dire des champs couverts de panneaux solaires — sur des exploitations agricoles à faible rendement, les détournant de leur vocation agricole, moins payante. Est-ce cela que nous voulons ?

Ferme de panneaux solaires et d’éoliennes près de Lisbonne

L’an dernier, en survolant le Portugal, je me suis rendu compte que ce pays avait installé ses fermes solaires sur des sols rocailleux impropres à l’agriculture.

Dans des pays très ensoleillés, le développement de l’énergie solaire correspond à une mise en valeur d’une partie du territoire inexploité.

Au Québec, je ne connais pas de vastes étendues de sol rocailleux et désertique. Même dans la toundra québécoise, on trouve des lichens et des plantes rares qu’il serait inapproprié de condamner à disparaitre en les recouvrant de panneaux solaires.

Bref, la place du solaire dans l’économie québécoise est celle d’une source énergétique d’appoint pour alimenter du matériel urbain (des parcomètres, par exemple), ou des maisons (comme en Allemagne), mais certainement pas comme remplacement à l’énergie hydroélectrique.

Conclusion

M. François Legault avait raison.

Je pense que vous l’aviez deviné avant que je le dise…

Références :
Énergie au Québec
Énergie solaire photovoltaïque
Production d’électricité

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 — 1/2000 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 23 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Une culture de fraude bien ancrée chez Desjardins

2 août 2017
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Introduction

On apprenait aujourd’hui que Desjardins Sécurité financière (DSF) avait accepté de payer 1,5 million$ de pénalité pour deux fraudes.

La fraude de l’assurance prêt étudiant

C’est par le biais des Caisses populaires Desjardins que l’État québécois accorde ses prêts étudiants. Ces prêts sont garantis par l’État.

En échange de ce monopole, les Caisses Desjardins doivent assurer le suivi du remboursement du prêt à la fin des études de l’étudiant de manière à ce que l’État n’ait pas à le faire.

Les étudiants qui ne convenaient pas d’un calendrier de remboursement se voyaient automatiquement imposer une assurance remboursement dont ils devaient payer la prime.

Il y a une infinité de raisons qui peuvent expliquer le défaut de convenir d’un calendrier dont la négligence à prévenir la caisse d’un changement d’adresse. Peu importe, la prime s’appliquait.

Le suivi était donc financé légalement par les honoraires versés par l’État aux Caisses populaires et illégalement par une pénalité imposée unilatéralement par DSF auprès de ceux qui compliquaient sa tâche.

Cette fraude a duré onze ans. Elle a concerné 127 784 étudiants québécois et rapporté 22 millions$ à DSF et 1,7 million$ à la Fédération des Caisses populaires Desjardins.

Elle été sanctionnée par une pénalité d’un million$ pour DSF et le dixième par la Fédération des Caisses populaires Desjardins. Une aubaine.

La fraude à l’assurance vie épargne

À leur insu, 385 000 détenteurs d’une assurance vie épargne obtenue de Desjardins se voyaient protégés par une assurance cancer spécifique dont ils payaient une prime supplémentaire.

Dans ce cas-ci, l’Autorité des marchés financiers a imposé à DSF une pénalité de 450 000$.

Conclusion

En mars 2013, je publiais le texte VISA Desjardins et les pourrisseurs d’entreprise dans lequel je recommandais à Desjardins des destituer les responsables d’une fraude à sa division DSF.

Précision que cette troisième fraude n’a toujours pas été sanctionnée quatre ans après avoir été dénoncée.

Après avoir obtenu les coordonnées des détenteurs de carte VISA Desjardins, DSF leur proposait gratuitement une assurance solde de crédit applicable à leur carte VISA Desjardins.

Il s’agissait d’une protection offerte aux détenteurs qui deviendraient incapables de payer leur solde en cas de décès, de mutilation, d’invalidité, de perte involontaire d’emploi, ou de maladie grave.

Proposée comme gratuite, cette protection ne l’était pas puisque des frais s’appliquaient dès qu’un achat était effectué à l’aide de cette carte. En réalité, cette assurance n’était gratuite que lorsqu’on n’utilisait pas sa carte de crédit. Or toute carte est faite pour qu’on s’en serve.

À l’époque, j’avais suggéré à DSF de congédier le directeur des ventes ou le responsable de cette fraude.

En s’abstenant de punir les responsables, Desjardins a maintenu en place des gens qui ont continué de saper la confiance du public à l’égard de Desjardins. Si bien que cette institution financière est condamnée aujourd’hui à payer 1,5 million$.

Peut-être aurait-il été plus sage de mettre à la porte les vauriens à la tête de DSF pendant qu’il en était encore temps…

Références
Desjardins sanctionné lourdement par l’AMF
VISA Desjardins et les pourrisseurs d’entreprise

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif Lumix 12-35mm F/2,8 — 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 13 mm

Une culture de fraude bien ancrée chez Desjardins
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Québec, paradis de l’exploration pétrolière

28 juillet 2017

Introduction

Avant d’aller plus loin, distinguons deux mots similaires : exploration et exploitation.

L’exploration pétrolière consiste à chercher du pétrole et, si on en trouve, à évaluer la quantité présente, de même que la profitabilité de son extraction.

L’exploitation pétrolière est l’extraction, le transport et la vente du pétrole trouvé.

Il faut un permis du gouvernement québécois pour procéder à l’exploration pétrolière et un autre pour l’exploitation pétrolière. L’obtention de l’un n’entraine pas automatiquement l’obtention de l’autre.

Si de nombreux permis de recherche d’hydrocarbures ont été accordés, aucune compagnie ne possède actuellement de permis d’exploitation d’un site pétrolier situé au Québec.

Lorsque les quotidiens La Presse et Le Devoir publient aujourd’hui des textes annonçant la fin de l’exploitation pétrolière à Anticosti, il s’agit d’une figure de style puisque l’exploitation pétrolière, à Anticosti comme ailleurs, n’a jamais débuté.

La fin de l’exploration pétrolière à Anticosti

Plus tôt aujourd’hui, on annonçait une entente intervenue entre l’État québécois et trois des cinq pétrolières qui possèdent des permis d’exploration sur l’ile.

En raison de la générosité des montants accordés, il y a lieu de croire qu’une entente similaire interviendra avec les deux autres pétrolières concernées.

L’entente met fin à une dispute commerciale née de la rupture unilatérale par le gouvernement Couillard du contrat d’investissement conclu entre le gouvernement Marois et les pétrolières.

Aujourd’hui, ces dernières renoncent à poursuivre l’État, cessent toute activité de prospection sur l’ile, et abandonnent implicitement tout espoir d’y extraire des hydrocarbures à des fins commerciales.

Cet abandon est d’autant plus facile pour elles que la commercialisation du pétrole d’Anticosti n’est pas rentable.

Absence de rentabilité des hydrocarbures d’Anticosti

À ce jour, l’exploration pétrolière a démontré que le sous-sol d’Anticosti renferme des dizaines de millions de barils de pétrole.

Ce pétrole est présent sous forme d’une multitude de gouttelettes dispersées dans le roc de l’ile. Toutefois, la concentration des hydrocarbures est trop faible pour qu’il soit rentable de briser cette roche pour en extraire le pétrole.

Les techniques actuelles ne permettent que de récupérer 1,2 % du pétrole qui s’y trouve. Pour en extraire 100 %, il faudrait réduire tout le sous-sol d’Anticosti en poudre, ce qui est impensable.

Même à 100$ du baril, extraire ce 1,2 % permettrait d’obtenir 50 milliards$ de pétrole. Sauf que cela couterait 120 milliards$ pour l’extraire.

Non seulement le pétrole serait extrait à perte mais il faudrait construire des milliers de kilomètres de pipelines pour acheminer ce pétrole déficitaire aux marchés.

Fondamentalement, ce qui protège Anticosti de l’exploitation commerciale de ses gisements pétroliers, c’est l’absence de rentabilité.

Paradoxalement, les millions$ que versera le gouvernement Couillard favorisent l’exploration pétrolière au Québec plutôt qu’ils ne le découragent.

L’État éponge les pertes des pétrolières

Le seul endroit au monde où l’État rembourse les pertes des pétrolières lorsque leur prospection s’avère non rentable, c’est au Québec.

Récapitulons.

En 2008, le gouvernement Charest ordonne à Hydro-Québec de cesser sa recherche infructueuse du pétrole à Anticosti et l’oblige à céder ses droits à Pétrolia en vertu d’une entente secrète.

Deux ans plus tard, Pétrolia annonce la découverte de l’équivalent de quarante-milliards de barils de pétrole à Anticosti.

Cette déclaration fracassante a donné naissance à la rumeur selon laquelle le gouvernement Charest avait vendu la poule aux œufs d’or pour une bouchée de pain à des pétrolières amies.

Pour en avoir le cœur net, le gouvernement péquiste de Mme Marois s’est engagé à investir 56,7 millions de dollars (sur les 115 millions$ originellement prévus) dans le capital-actions de Pétrolia à la condition que cet argent serve exclusivement à la recherche d’énergie fossile (et non à payer des augmentations de salaire à ses dirigeants).

De plus, en vertu de cette entente, la collectivité québécoise recueillerait 60 % des bénéfices d’une éventuelle exploitation si celle-ci s’avérait être rentable.

Mais de retour au pouvoir, les Libéraux en ont décidé autrement. Présumant à juste titre que les nouveaux forages ne révèleraient rien de plus que ce qu’on savait déjà, le gouvernement Couillard rompt le contrat, s’exposant ainsi à des poursuites, ce qui fut le cas.

Plutôt que de dépenser 56,7 millions$ comme le prévoyait le gouvernement Marois à fixer une fois pour toutes le potentiel pétrolier de l’ile (ce qui fait travailler les ouvriers de ce secteur industriel), le gouvernement Couillard dépensera une somme équivalente ou supérieure qui ira dans les coffres des pétrolières afin de régler un conflit qu’il a provoqué.

Conclusion

Si l’État québécois avait laissé les pétrolières moisir dans leur jus, celles-ci y penseraient deux fois avant d’entreprendre de nouvelles activités de prospection en sol québécois. Mais en épongeant leurs pertes, le gouvernement Couillard diminue le risque spéculatif de la recherche d’hydrocarbures au Québec.

En d’autres mots, l’entente intervenue est un brillant exercice de manipulation de l’opinion publique, applaudie unanimement par les groupes environnementaux. En réalité, sous le voile de la protection d’Anticosti, le gouvernement Couillard assume la recherche d’hydrocarbures au Québec lorsque celle-ci s’avère non rentable.

Finalement, tout comme les sommes versées à Bombardier, rien n’empêchera les dirigeants des pétrolières de s’accorder de généreuses primes à partir de l’argent public.

Lorsque cette entente sera étendue aux deux autres pétrolières, on estime qu’entre 100 et 200 millions$ de l’argent des contribuables auront été dépensés dans ce dossier.

La saga de la recherche pétrolière à Anticosti aura été une longue succession de magouilles et de gaspillage des fonds publics. Sa conclusion n’y fait pas exception.

Dans le cas de certaines des pétrolières concernées, celles-ci ont obtenu des permis d’exploration sans se livrer à aucune activité de prospection. En revendant leurs permis inutilisés, elles réalisent un pourcentage de profit faramineux.

Cette saga se résume en deux phrases. En 2008, le gouvernement libéral de Jean Charest accorde des permis d’exploration sur Anticosti pour une bouchée de pain : neuf ans plus tard, le gouvernement libéral de Philippe Couillard les rachète à prix d’or après qu’ils se soient avérés sans valeur.

Références :
Anticosti : payer 200 millions$ pour une pétrolière qui vaut 16,5 millions$
Finie l’exploitation pétrolière à Anticosti
Finis les projets d’exploitation pétrolière et gazière sur l’île d’Anticosti
L’ABC du pétrole d’Anticosti
Pétrole sur Anticosti : c’est officiellement la fin

Le Québec, paradis de l’exploration pétrolière
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Écrit par Jean-Pierre Martel


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