L’ALÉNA et les élections québécoises

10 septembre 2018

Avant-propos

En 2007, lors de la crise des prêts à haut risque (ou subprimes), Henri-Paul Rousseau — PDG de la Caisse de dépôt et placement du Québec — avait informé confidentiellement le premier ministre Jean Charest des pertes colossales subies par son institution financière.

Jean Charest avait alors décidé de déclencher prématurément des élections.

C’est seulement après l’issue du scrutin qu’on avait appris que la Caisse avait perdu quarante-milliards$ en spéculant sur ce qu’on appelle ‘le papier commercial’.

Grâce à cette ruse, Jean Charest passait d’un gouvernement libéral minoritaire à un gouvernement libéral majoritaire.

L’anguille sous roche

Au sujet de la renégociation de l’ALÉNA, la première date butoir imposée par Donald Trump était le 31 aout 2018.

Tous les observateurs s’entendent pour dire que le Canada devra céder sur la gestion de l’offre, bête noire de Donald Trump.

Déjà, lors de l’AECG — l’Accord économique et commerciale global entre le Canada et l’Union européenne — les producteurs de fromage du Québec avaient été sacrifiés sur l’autel du libre échange.

Seize-mille tonnes de fromages européens seront autorisées à être importées. Cela représente des pertes de 1,5 milliard$ pour les producteurs québécois, en contrepartie d’une compensation insuffisante de 250 millions$ par le fédéral.

Quant au Partenariat Trans-Pacifique, il fera passer en vingt ans l’importation de lait asiatique de 8 300 tonnes à 57 000 mille tonnes. Et ce, sans compensation financière d’Ottawa.

Le 1er octobre prochain, c’est le jour du vote à l’élection québécoise.

Si le fédéral se trouvait dans l’obligation d’annoncer de nouveaux sacrifices aux agriculteurs du Québec, il aura intérêt à le faire après la fermeture des boites de scrutin.

Dans le cas contraire, si les agriculteurs québécois ont encore le temps de voter, la meilleure manière pour eux de manifester leur colère contre cette nouvelle trahison du fédéral, ce sera de voter massivement pour un parti indépendantiste.

Or la gestion de l’offre touche directement plus de 6 900 fermes — principalement des exploitations familiales — desquelles dépendent 92 000 emplois directs et indirects.

Cela représente un faible pourcentage de l’électorat québécois. Toutefois, ce bloc de citoyens possède une influence considérable en raison de leur habitude d’obéir massivement aux mots d’ordre de leur syndicat professionnel et du capital de sympathie qu’ils ont accumulé auprès du public.

Bref, le gouvernement canadien pourrait très bien déterminer l’issue du scrutin. S’il veut un interlocuteur provincial fédéraliste, il aura tout intérêt à annoncer la défaite cuisante de Trump au sujet de la gestion de l’offre.

Ce qui est très improbable.

Références :
ALENA: les négociations achoppent sur le lait, répète Larry Kudlow
La façade ministérielle de l’État canadien
La gestion de l’offre, un éternel cheval de bataille pour les agriculteurs canadiens
La guerre du fromage complique l’entrée en vigueur de l’accord commercial entre l’Europe et le Canada
Le nouveau Partenariat Trans-Pacifique ouvre la porte à des tonnes de denrées étrangères

Paru depuis :
ALENA : des élus du Congrès se disent «frustrés» des «tactiques» du Canada (2018-09-19)

Votre évaluation :
Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

Laissez un commentaire »

| Agriculture, Économie, Politique québécoise | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


La soie d’Amérique

16 décembre 2017
Asclépiade commune (Asclepias syriaca)

Ce sont les Chinois qui, les premiers, ont eu l’idée de dérouler le long fil qui, enroulé sur lui-même, forme le cocon d’un papillon nocturne, le Bombyx du murier.

En se servant de ce fil pour tisser, on obtient un tissu blanc, doux et lustré.

La chenille du Bombyx du murier n’est pas la seule à fabriquer un cocon de soie. Tous les papillons de nuit font pareil. Même la toile des araignées est également composée de soie.

Chimiquement, la soie est formée de longs polymères d’acides aminés.

Beaucoup de plantes peuvent créer de tels polymères. Pensons au pissenlit dont chaque graine est suspendue à un petit parachute blanc appelé aigrette. Les poils des aigrettes sont formés de soie végétale.

L’asclépiade commune est une plante sauvage dont le fruit allongé s’ouvre à maturité pour libérer des graines dont chacune est connectée à un faisceau de minces fibres de soie végétale.

Ces fibres soyeuses, légères et lustrées, sont trop courtes pour être tissées. Mais elles ont la particularité d’être creuses et, conséquemment, de constituer un excellent isolant thermique et sonore.

Plus chaude et plus légère que le duvet, la soie de l’asclépiade est hypoallergène. Et contrairement au duvet, elle conserve ses propriétés isolantes même mouillée.

Ce qui la trempe, ce sont les huiles. Et parce qu’elle est totalement imperméable à l’eau, on peut utiliser la soie d’asclépiade pour éponger sélectivement les produits pétroliers répandus à la surface d’un cours d’eau : il suffit d’entourer les hydrocarbures de sacs de soie d’asclépiade pour faire régresser la nappe pétrolière.

Cultivée commercialement, l’asclépiade commune prend alors le nom de soyer du Québec.

Cette plante met trois ans à atteindre sa pleine maturité.

Elle pousse dans des sols pauvres, ne nécessite aucun engrais et produit son propre insecticide naturel puisque cette plante est toxique. Le sol n’a même pas besoin d’être labouré; on la laisser simplement pousser.

Seule la chenille du Monarque, indifférente à sa toxicité, se nourrit de ses feuilles.

Contrairement à la plante, le nectar et le pollen du soyer ne sont pas toxiques. Et comme le soyer est cultivé sans pesticide, les abeilles peuvent donc butiner ses fleurs sans danger.

Malheureusement, les entreprises qui se sont lancées dans la production de la soie d’Amérique (Encore 3 de Saint-Tite et Fibre Monark de Granby) ont dernièrement fait faillite.

Jusqu’ici, le gouvernement du Québec a accordé des subventions qui totalisent 1,2 million$ à ces entreprises mais n’a pas jugé bon participer à leur capital-actions.

Les producteurs de la Mauricie, regroupés en coopérative, cherchent donc de nouveaux débouchés.

Souhaitons-leur bonne chance.

Références :
Derome R. Les pionniers de la soie d’Amérique. Quatre-Temps 2016; vol.40 no 3: 8-12.
L’industrie automobile s’intéresse à l’asclépiade
Miel d’asclépiade: une première en Amérique
Soie
Un dur coup pour l’asclépiade

Détails techniques : 
Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 — 1/320 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 38 mm

Votre évaluation :
Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

Laissez un commentaire »

| Agriculture, Économie | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


L’avenir de l’agriculture

3 novembre 2017
Cliquez sur l’image pour démarrer

Pour ceux que cela intéresse, j’aimerais vous inviter à écouter une entrevue accordée par Bruno Parmentier, ancien directeur de l’école supérieure d’agriculture d’Angers.

Loin du dogmatisme de certains écologistes qui ne connaissent pas grand-chose à ce sujet, les propos de M. Parmentier s’appuient sur une vision de l’agriculture qui est à la fois historique et mondiale.

Petit reproche : à quelques reprises, l’intervieweur (hors champ) est un peu trop envahissant et aurait probablement dû se taire.

Votre évaluation :
Appréciation moyenne : 0 — Nombre de votes : 0

Laissez un commentaire »

| Agriculture | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


%d blogueurs aiment cette page :