Construction navale : des milliards$ au Canada anglais et du vent pour le Québec

24 mai 2019

La saignée sous Steven Harper

Depuis des décennies, le ministère canadien de la Défense refuse obstinément d’accorder au Québec sa juste part des contrats fédéraux. Tous les prétextes sont bons.

En 2011, le gouvernement canadien décidait de délocaliser la construction navale du Québec vers deux autres provinces. Cela fut fait à l’occasion de la plus importante entente d’approvisionnement de l’histoire canadienne.

Le chantier Irving de Nouvelle-Écosse obtenait deux contrats pour construire six navires de patrouille et quinze navires de combat, ce qui garantissait du travail à ses 1 800 employés jusqu’en 2040.

Le chantier Seaspan de Colombie-Britannique se voyait confier la tâche de construire six navires pour la Garde côtière et la Marine royale canadienne.

Le tout totalisait 36 milliards$. Avec les dépassements de couts, ces contrats approcheront les 60 milliards$. Peut-être même 80.

Ces dépassements de couts surviennent en dépit du fait qu’en Colombie-Britannique, on a toujours pas commencé à construire un seul navire et qu’Irving tarde à livrer son premier navire après cinq ans de retard.

De ces contrats, le Québec n’a pas reçu un centime.

Pour défendre ses intérêts, la Davie ne pouvait compter que le gouvernement du Québec. Or à l’époque, ce dernier était dirigé par un parti servile et corrompu dont la réaction s’est limitée à exprimer à voix basse sa profonde déception.

À la veille de l’élection de 2015, le gouvernement Harper veut faire oublier ses décisions de 2011. Avec la Davie, on s’empresse de négocier de gré à gré un contrat de 668 millions$ destiné à la conversion de l’Astérix (un navire commercial acheté en Europe) en navire de ravitaillement militaire.

668 millions$, c’est beaucoup. Mais c’est un pour cent des contrats accordés à la Davie et à Seaspan.

La juste part du Québec

Dans le cas particulier des contrats de construction navale, la part qui devrait revenir au Québec est de l’ordre de 60 %.

L’Alberta et la Saskatchewan n’ont pas accès à la mer. D’autres provinces n’ont pas de chantier de construction navale.

Bref, seuls le Québec (population de 8,1 millions), la Nouvelle-Écosse (0,9 million) et la Colombie britannique (4,7 millions) peuvent obtenir des contrats. De ces trois provinces, le Québec représente 60 % de la population.

La famine sous Justin Trudeau

Quelques jours après avoir été porté au pouvoir, Justin Trudeau reçoit une plainte d’Irving destinée à protester contre le contrat de l’Astérix accordé à la Davie.

Le milliardaire James-D. Irving, quatrième fortune du pays, veut la faillite de la Davie parce que c’est le seul obstacle à l’accroissement illimité de sa fortune personnelle. Les miettes accordées à la Davie lui sont insupportables.

Obéissant, Justin Trudeau décide de remettre en question le contrat négocié par les Conservateurs peu de temps avant les élections.

Les tractations secrètes qu’il mène afin de trouver des puces au contrat avec la Davie échouent quand l’affaire est ébruitée.

Furieux, le premier ministre règle le problème à la source.

Afin d’empêcher le gouvernement canadien d’accorder le moindre nouveau contrat à la Davie, il décide d’un blocus économique contre la Davie en excluant le Québec de la stratégie maritime du Canada. Nous verrons bientôt ce que signifie ce jargon bureaucratique.

Les prétextes

Dès le départ, les critères d’attribution des contrats de la marine canadienne étaient taillés sur mesure pour défavoriser la Davie.

Un passé sans subside

Des points de pénalités étaient attribués aux constructeurs qui avaient déjà reçu des subsides gouvernementaux.

En réalité, tous les chantiers maritimes au monde sont subventionnés par leur gouvernement respectif. Ce fut le cas de la Davie autrefois comme c’est le cas de nos jours pour Irwin et Seaspan. Par le biais, cette fois, des dépassements de couts.

Les subventions aux entreprises étant interdites par les traités de libre-échange signés par le Canada, le fédéral les déguise sous forme de dépassements de couts.

En somme, quand un contrat de 36 milliards$ finit par couter le double, on peut être certain qu’une partie indéterminée de cette somme est un cadeau à l’entreprise.

Cette partie est un secret d’État. Révélée, cela justifierait Washington d’imposer des pénalités au pays.

La saine gestion et la propriété canadienne

Lors de l’attribution des contrats, ces critères n’avaient pas d’importance puisque la Davie était alors bien gérée.

Toutefois, n’importe quelle compagnie qui perd plus de 90 % de ses contrats finit par se retrouver en difficultés financières. La Davie est devenue moribonde après avoir perdu cet appel d’offres. Conséquemment, elle a été vendue à des intérêts étrangers.

Ce transfert de propriété est devenu le nouveau prétexte qui, appliqué à postériori, justifiait l’absence de contrats accordés en 2011 à la Davie.

À l’inverse, le grand patron de la Seaspan, Kyle Washington, était un citoyen américain vivant principalement à Vancouver depuis des années. En lui accordant la citoyenneté canadienne en 2012, le fédéral justifiait, également à postériori, les contrats attribués à sa compagnie.

La règle de proximité

Le boycottage de la Davie étant toujours controversé, le fédéral a adopté un nouveau critère : la règle de proximité.

En vertu de cette règle, les chantiers maritimes qui ont accès directement à la mer (Irving et Seaspan) sont privilégiés par rapport au seul chantier maritime dont les nouveaux navires empruntent une autre voie navigable avant d’atteindre l’océan.

Que diraient Irving et Seaspan, si la règle de proximité se calculait (stupidement) à partir de la capitale canadienne, sous le prétexte qu’Ottawa peut ainsi en prendre plus rapidement possession de ses navires ?

Bref, tout ceci est parfaitement arbitraire.

La stratégie maritime canadienne

Comme une cible fuyante, le ministère de la Défense a adopté finalement un nouveau critère-choc sous Justin Trudeau; le Québec ne fait pas partie de la stratégie maritime canadienne.

Ah bon ? Mais qu’est-ce que cela signifie ?

Cela signifie que le fédéral refuse de donner des contrats maritimes au Québec.

Autrefois, personne n’aurait osé admettre officiellement la discrimination fédérale envers le Québec. De nos jours, on ne s’en cache même plus; les Québécois sont tellement aveugles que cette discrimination est maintenant une politique officielle du gouvernement colonial canadien.

Et personne ne s’en indigne…

Le baiser de Judas

À quelques mois des élections fédérales, Justin Trudeau annonçait cette semaine sa décision de renouveler entièrement la flotte de la Garde côtière canadienne au cout de 15,7 milliards$.

Évidemment, toujours pas un sou pour le Québec. Mais il y a de l’espoir pour la Davie; le Québec fait maintenant partie de la stratégie maritime canadienne. Cela signifie que le blocus économique contre la Davie est levé.

Justin Trudeau laisse entrevoir la possibilité que la Davie puisse soumissionner pour la construction de nouveaux navires en eaux peu profondes destinés à la recherche.

Évidemment s’il est réélu. Et si Irving ne l’appelle pas pour protester…

Conclusion

Lorsque Justin Trudeau est arrivé au pouvoir, il y avait 1 300 employés à la Davie. De nos jours, il n’en reste plus qu’environ 150.

Et maintenant que l’essentiel des contrats maritimes a été accordé pour les vingt prochaines années, la Davie pourra soumissionner pour les miettes restantes.

À moins, bien sûr, que de nouveaux critères, surgis de nulle part, ne l’empêchent de recevoir un sou du fédéral.

Il serait facile de personnifier la discrimination dont le Québec est victime à Ottawa.

Ce que nous ne devons jamais perdre de vue, c’est que cette discrimination est systémique; peu importe le gouvernement au pouvoir, elle persiste.

Elle persiste parce que le problème n’est pas au niveau de l’interface ministérielle.

Elle est au niveau de la machine de l’État canadien, une machine qui agit derrière cette interface ministérielle et qui perpétue l’état de droit colonial dont est victime le Québec.

Cette machine étatique est dominée par un petit nombre de mandarins omnipotents, et par une multitude de tribunaux administratifs secrets (au sens qu’ils n’ont jamais à justifier publiquement leurs décisions).

Si les Québécois veulent que leurs impôts servent à développer leur économie, ils devront faire l’indépendance. Sinon leur argent servira essentiellement à développer l’économie des provinces anglophones du pays.

Le sort de la Davie, le dernier grand chantier maritime du Québec, en est le plus parfait exemple.

Références :
Asterix et Obelix
Chantier Davie: une enquête de la GRC lancée après une colère de Trudeau
Construction navale: le gouvernement Harper aurait faussé le jeu et favorisé Seaspan
Contrats fédéraux: la Davie devra encore patienter
Davie: les beaux sourires de Trudeau ne suffiront pas
Discussions avec la Davie : Mark Norman a agi avec l’autorisation du gouvernement Harper
La Davie et le petit pain fédéraliste
Ottawa entrouvre la porte à Davie
Sale job de la GRC
Shipbuilding in B.C. catches a second wind
Stratégie navale : où s’en va le gouvernement Trudeau?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le rideau de fer technologique

23 mai 2019
Huawei P40 Pro

Le 15 mai dernier, Donald Trump signait un décret présidentiel qui a eu pour conséquence de placer Huawei — le deuxième fabricant mondial de téléphones multifonctionnels — sur la liste des ‘entités’ avec lesquels les compagnies américaines ne peuvent commercer à moins d’une autorisation spéciale de Washington.

L’interdiction s’étend à la vente de brevets et au transfert technologique, dont les microprocesseurs des appareils mobiles de Huawei, basés sur l’architecture ARM, brevetée aux États-Unis.

Depuis, une cascade d’entreprises américaines ont annoncé la rupture de leurs liens commerciaux avec Huawei.

Selon le Washington Post, la fabrication des téléphones de Huawei nécessite la contribution d’une trentaine de compagnies américaines.

Cette contribution peut être matérielle, mais également logicielle.

C’est ainsi que les prochaines versions du système d’exploitation Android™ refuseront de s’installer sur les appareils Huawei. De plus, l’utilisateur ne pourra pas accéder à Gmail (le module de messagerie), à YouTube, à Google Maps, et au magasin Google Play.

Puisqu’Android™ est du logiciel libre, Huawei pourra facilement retirer les entraves du code source et créer sa variante parfaitement compatible avec ses téléphones comme elle le fait déjà sur ses modèles actuels.

En Chine, WeChat remplace déjà Gmail, Youku se substitue à YouTube et Baidu est le moteur de recherche national.

Mais Huawei n’a pas d’équivalent aux services logiciels de Google sur les marchés autres que chinois. À titre d’exemple, il sera difficile de convaincre un acheteur européen que Youku (où tout est ‘du chinois’) est aussi intéressant que YouTube.

Plus fondamentalement, rien n’égale la richesse du catalogue de Google Play. En raison de ses 2,5 millions d’applications, certains experts croient que Huawei mettra des années à créer une boutique aussi riche.

Mais la Chine pourrait nous étonner. Chez Huawei, quatre-vingt-dix-mille personnes travaillent en recherche et développement. La compagnie possède son propre campus universitaire à 27 km de Hong Kong.

Huawei n’a pas besoin de créer sa propre version de toutes les applications offertes sur Google Play. D’ailleurs, si la firme américaine purgeait de son catalogue les applications les moins populaires pour n’en laisser qu’un millier, peu de gens s’en rendraient compte.

L’actuel plan quinquennal de la Chine prévoit des investissements de 400 milliards$ uniquement pour la mise au point du 5G.

Non seulement ce pays produit 90% des terres rares essentielles aux appareils mobiles, mais la Chine détient 40% de tous les brevets-clés qui sont nécessaires au 5G.

En raison de ce pouvoir de marchandage, la Chine ne se laissera pas faire.

L’interdiction des transferts technologiques pénalise autant les entreprises américaines que chinoises. En fait, cela paralyse toute l’industrie.

Le rideau de fer technologique que Donald Trump dresse afin de protéger les États-Unis de la Chine subira le même sort que le rideau de fer qui devait protéger la Russie de l’influence occidentale.

Références :
A deeper tech concern is at the core of the U.S.-Huawei spat
Inside Huawei – a photo essay
L’affaire Huawei : dure pour le Canada, la vie de caniche américain
La téléphonie 5G : l’Asie contre les États-Unis
Le fabricant de processeurs ARM coupe les ponts avec Huawei
Réseau 5G: Huawei espère encore convaincre le Canada
The Trump administration owes the public answers about its restrictions on Huawei
Trump declares national emergency over threats against US technology amid campaign against Huawei

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 25mm F/1,2 — 1/60 sec. — F/5,6 — ISO 800 — 25 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La téléphonie 5G : l’Asie contre les États-Unis

9 mai 2019

 
Les communications, une priorité chinoise

Pour la première fois en 2011, la Chine s’est classée au premier rang mondial quant au nombre de demandes de brevets.

Selon le World Intellectual Property Indicators 2012, sur les 2 140 000 millions d’inventions dans le monde en 2011, 526 412 venaient de Chine, soit 24,6 % (en comparaison avec 23,5 % de provenance américaine).

Cette première place, la Chine l’a perdue puis regagnée depuis.

En 2015, le nombre de brevets chinois était supérieur au total des brevets américains, japonais, coréens et européens.

En Chine, le Treizième plan quinquennal de développement s’étend de 2016 à 2020. Il place le secteur des communications au niveau des grandes priorités nationales.

Il est donc normal qu’un jour, la technologie chinoise dépasse la technologie américaine dans certains domaines. C’est le cas aujourd’hui de la téléphonie mobile.

Après des investissements de l’ordre de 17,5 milliards$US depuis 2015, le réseau téléphonique chinois possède déjà la densité nécessaire à l’acheminement de quantités massives de données, comme c’est le cas en 5G.

Par kilomètre carré, il y a 1,37 tour Wifi (de relai ou de diffusion) en territoire chinois et 0,10 tour (treize fois moins) en territoire américain.

Bref, au niveau de l’acheminement des données sur son territoire, la Chine est plusieurs années en avance sur les États-Unis.

Les générations de la téléphonie mobile

La première génération de la téléphonie mobile (nommée 1G à postériori), débute avec la naissance du téléphone portable.

Les autres générations sont les suivantes :
• la 2G ajoutait le pouvoir d’échanger des textos,
• la 3G donnait accès à l’internet,
• la 4G augmentait la bande passante de manière à permettre la diffusion de vidéos en continu,
• la 5G devrait être environ cent fois plus rapide que la 4G.

Cette augmentation de la vitesse de transmission est liée à la rapidité des puces électroniques qui équipent le matériel téléphonique.

Ce matériel, c’est à la fois celui des réseaux téléphoniques (qui doivent avoir la puissance nécessaire) et les téléphones portables (qui doivent être capables de recevoir brutalement toutes ces données).

Les problèmes d’Apple

Jusqu’ici, Intel fabriquait les puces à modem des iPhone. Mais le 16 avril dernier, Intel abandonnait la course et renonçait à fabriquer des puces 5G.

Ce qui rend impossible le développement d’un iPhone 5G sans qu’Apple se trouve un nouveau fournisseur.

Or ils sont rares : ce sont l’américaine Qualcommm (chef mondial du 5G), la coréenne Samsung, et la chinoise Huawei.

Les deux derniers, Samsung et Huawei, sont aussi des fabricants de téléphones portables et donc, des compétiteurs directs d’Apple.

Quant à Qualcomm, un différend l’opposait à Apple jusqu’ici; Qualcomm poursuivait Apple, accusant celui-ci d’avoir violé ses brevets sur tous les modèles actuels d’iPhone.

Le 16 avril dernier, Apple et Qualcomm enterraient la hache de guerre. Coïncidence; c’était le jour où Intel décidait de jeter la serviette au sujet du 5G.

Mais Qualcomm vend ses puces chères. Plus chères que les autres. Et Apple, à genoux devant Qualcomm, n’est pas en position de forcer Qualcomm à baisser ses prix.

Le résultat final de tout cela, c’est qu’Apple traine la patte dans le développement des téléphones portables 5G.

Partie nulle, pour l’instant

Dans la course technologique qui les oppose, les États-Unis sont encore les chefs mondiaux dans la fabrication des puces 5G.

Pour ce qui est de l’équipement des réseaux téléphoniques, Huawei devrait continuer de dominer le marché en dépit des nuisances de Donald Trump.

Quant aux téléphones portables, les États-Unis doivent accuser leur retard; Apple sortira ses iPhones 5G des mois après ses concurrents asiatiques.

C’était à prévoir…

Références :
A deeper tech concern is at the core of the U.S.-Huawei spat
Apple had four terrible options to get the iPhone to 5G, so it went with the least of all evils
Chine vs Etats-Unis : qui gagne la course technologique ?
5G
Intel se retire du marché des puces 5G pour téléphones intelligents
La Chine, dragon de l’innovation
La Chine championne du monde des dépôts de brevet
Les priorités de la Chine dans le cadre d’un accord de libre-échange avec le Canada
World Intellectual Property Indicators 2012

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Merci à l’agronome Louis Robert

30 janvier 2019

Introduction

C’est aujourd’hui qu’on apprend le congédiement de Louis Robert. Ce dernier est un des agronomes les plus compétents et les plus respectés du Québec.

Depuis 32 ans, il était employé au ministère de l’Agriculture du Québec. Son congédiement serait une décision du nouveau ministre caquiste, M. André Lamontagne.

La politique agricole libérale

Comme n’importe quel autre ministre du gouvernement Charest, celui de l’Agriculture devait rapporter annuellement 100 000$ de dons à la caisse du Parti libéral du Québec.

Ce ministre n’avait donc pas avantage à indisposer les grands de l’agroalimentaire qui lui permettaient de conserver son poste ministériel en contribuant généreusement à la caisse de son parti.

Sous les gouvernements Charest et Couillard, le ministère de l’Agriculture du Québec est devenu un nid de magouilles destinées à l’assujettir aux volontés de l’industrie.

En 2016, le gouvernement Couillard haussait le montant maximal au-dessus duquel les municipalités doivent procéder à un appel d’offres, faisant passer cette limite de 25 000$ à 100 000$.

Concrètement, cela signifie que dans toutes les petites villes du Québec, la grande majorité des dépenses municipales s’effectuent dorénavant de gré à gré, en vertu du pouvoir discrétionnaire du maire ou du directeur général de la ville.

La loi 122 soustrayait également les municipalités de l’obligation de tenir des référendums lorsque leurs concitoyens l’exigent.

La politique agricole libérale se résumait donc à l’érosion de la démocratie municipale, à favoriser la corruption et le copinage, et à la transformation du ministre de l’Agriculture en paillasson de l’industrie agroalimentaire.

L’exemple du CÉROM

Financé à 68% par ce ministère, le Centre de recherche sur les grains (CÉROM) est une corporation à but non lucratif créée en 1997 et doté d’un budget de 4,4 millions$.

Il est dirigé par un Conseil d’administration formé majoritairement de représentants du secteur privé. Le gouvernement libéral a confié la direction du CÉROM à un lobbyiste enregistré dont les démarches visent officiellement à libéraliser l’utilisation des pesticides.

Principal bailleur de fonds du CÉROM, le ministère n’y occupe qu’un poste d’observateur, sans droit de vote.

Au ministère de l’Agriculture, on savait déjà que les chercheurs du CÉROM se plaignaient de tentatives d’intimidation et d’ingérence dans la diffusion et l’interprétation des résultats de recherche.

Toutes ces accusations prouvaient l’existence d’un verrou libéral qui empêchait la divulgation des résultats scientifiques préjudiciables au commerce des néonicotinoïdes.

En 2017, à ses supérieurs hiérarchiques, Louis Robert avait dénoncé l’ingérence du privé sur toute la recherche publique au sujet de l’utilisation des pesticides.

Insatisfait du peu de résultats de sa démarche et convaincu du danger de certains de ces produits, Louis Robert avait révélé cette affaire auprès de journalistes de Radio-Canada avec lesquels il avait partagé des documents accablants.

Envers qui la loyauté ?

Lorsque Jean Charest a accédé au pouvoir en 2003, le budget de l’État québécois était déjà équilibré.

La grande priorité des gouvernements libéraux a été la réduction de la taille de l’État, présentée comme une ‘réingénierie’ destinée à réduire le fardeau fiscal des contribuables.

Pour assurer l’atteinte de cet objectif, on a nommé aux postes décisionnels, de grands mandarins dont le talent se limitait à gérer la décroissance de leur ministère sans provoquer de protestations populaires.

Ceux qui ont excellé à cette tâche ne sont pas ceux qui ont effectué les coupures les plus intelligentes, mais ceux qui ont mieux imposé le mutisme au sujet de leurs décisions.

Pour ces personnes en position d’autorité, la loyauté à leur égard détermine le sort de leur carrière.

Le nouveau ministre de l’Agriculture est un homme d’affaires intelligent. Toutefois, ses connaissances actuelles en agriculture se limitent à savoir que ça sert à produire des aliments…

Les mandarins de son ministère ont profité de son inexpérience pour régler leurs comptes avec Louis Robert. Ils ont convaincu le ministre de congédier personnellement le lanceur d’alerte pour manque de loyauté.

Ce qui pose la question de savoir à qui un employé de l’État doit être loyal : aux peuples du Québec ou à des supérieurs hiérarchiques qui trahissent l’intérêt public.

Les agronomes sont des professionnels régis par un code de déontologie qui les distingue d’exécutants à qui on peut imposer la soumission aveugle aux ordres.

Voilà pourquoi je n’hésite pas à remercier publiquement Louis Robert d’avoir donné préséance aux intérêts de la nation sur toute autre considération.

D’autre part, si André Lamontagne veut éviter le surnom de ‘ministre à Monsanto’, il aurait intérêt à reconsidérer sa décision, punir ceux qui ont profité de son inexpérience pour le faire trébucher et aller au fond des choses en étatisant le CÉROM pour y placer majoritairement des représentants du public consommateur d’insecticides.

C’est ce public qui finance majoritairement le CÉROM par ses impôts. C’est lui qui se situe en haut de la pyramide alimentaire et qui accumule certaines des substances chimiques pulvérisées dans nos champs.

Il est donc normal que ce soit le peuple qui contrôle la recherche scientifique destinée à garantir l’innocuité de ces substances.

Les personnes désireuses d’écrire au ministre de l’Agriculture à ce sujet peuvent le faire en cliquant sur ceci.

Références :
Dissidence au sein de l’UMQ sur l’abolition des référendums
La liberté commande un meilleur contrôle
Le ministre de l’Agriculture a «personnellement autorisé» le congédiement d’un lanceur d’alerte
Les contrats «gré à gré» seront encadrés, promet Martin Coiteux
Mont-Joli n’a pas l’intention d’abuser du pouvoir accordé
Néonicotinoïdes: crise dans un centre de recherche agricole financé par Québec
Pesticides : quand le privé administre la recherche publique québécoise
Pesticides : un lanceur d’alerte congédié par le gouvernement du Québec
Pourquoi un tel empressement de Québec?
Pouvoir ou contre-pouvoir citoyen

Parus depuis :
Six contradictions du ministre de l’Agriculture à propos du lanceur d’alerte congédié (2019-02-12)
Centre de recherche sur les grains: trois administrateurs enregistrés comme lobbyistes (2019-02-07)
Des lobbyistes à la tête de la plupart des centres de recherche financés par le ministère de l’Agriculture (2019-03-18)
François Legault présente des excuses à Louis Robert (2019-06-12)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le fédéral, les paradis fiscaux et l’indépendance du Québec

28 janvier 2019

La lutte famélique contre les paradis fiscaux

Par souci d’économie, le gouvernement québécois de François Legault aimerait instaurer une déclaration de revenus unique (fédérale et québécoise) gérée par le Québec.

Citée par Le Devoir, une source fédérale indique que cette idée doit être rejetée parce que cela nuirait à la lutte contre l’évasion fiscale.

On apprend donc l’existence, au niveau fédéral, d’une lutte contre l’évasion fiscale. Que donne-t-elle ?

En janvier 2018, Radio-Canada révélait que depuis la publication des Panama Papers en avril 2016, le fisc d’une douzaine de pays a récupéré une somme totale de plus d’un demi-milliard de dollars. Mais rien par le Canada.

Cela n’est pas surprenant. En octobre 2016, le gouvernement Trudeau faisait battre la motion M-42. Celle-ci visait à mettre un terme à l’évitement fiscal dans les paradis fiscaux.

En juin 2017, sous Justin Trudeau, le gouvernement fédéral a ajouté les iles Cook à la liste canadienne des endroits où les richissimes contribuables peuvent légalement cacher leur argent.

Ce qui n’a pas empêché la ministre du Revenu national d’annoncer fièrement que sa lutte à l’évasion fiscale lui aurait permis de récupérer 25 milliards$ (!!!) d’impôts impayés… sans qu’on sache où cet argent est passé.

Officiellement, les contribuables fautifs ont 25 milliards$ de moins à payer sans que le fédéral ait 25 milliards$ de plus dans ses coffres.

C’est ainsi que se solde la lutte fédérale aux paradis fiscaux; un véritable fiasco.

La double imposition

L’évitement fiscal n’est que de l’évasion fiscale légalisée. Et cette légalisation fédérale s’applique à l’impôt provincial uniquement parce que les provinces y consentent implicitement.

L’injustice qui permet aux riches d’éviter de payer leur juste part d’impôt est basée sur le souci d’éviter la double imposition.

Normalement, une multinationale doit payer au fisc canadien l’impôt sur les profits réalisés au Canada. Tout comme elle paie à l’Étranger l’impôt sur les profits réalisés ailleurs.

Le milieu des Affaires soutient que si une compagnie paie déjà de l’impôt ailleurs sur ses profits canadiens, il est injuste de l’obliger à payer une deuxième fois de l’impôt, cette fois au Canada, sur ces mêmes profits.

Mais pourquoi une compagnie serait-elle assez stupide pour déclarer dans un paradis fiscal les revenus qu’elle a réalisés au Canada ?

Si cette compagnie veut éviter la double imposition, il suffit qu’elle cesse de déclarer ses profits canadiens au fisc d’un autre pays. Et si un pays l’oblige à payer de l’impôt sur les profits réalisés partout à travers le monde, cette compagnie n’a qu’à quitter ce paradis fiscal et le problème est réglé.

L’injustice fiscale ou l’indépendance

Pour taxer les gains faits au Canada, on n’a pas besoin de savoir l’importance des avoirs à l’Étranger; il suffit de connaitre les profits réalisés au Canada et d’interdire les tours de passepasse qui permettent de les soustraire au fisc d’ici.

Essentiellement, ce que dit le fédéral, c’est que si le Québec veut s’attaquer aux paradis fiscaux, il doit faire son indépendance.

C’est seulement lorsqu’il aura rapatrié les pouvoirs souverains du Canada — pouvoirs inutilisés par Ottawa — que le Québec pourra créer une société basée, entre autres, sur l’équité fiscale.

Références :
Est-il juste que les riches paient autant d’impôt ?
L’Accord avec les Îles Cook critiqué
Où sont les 25 milliards dus au fisc?
Panama Papers : 500 millions récupérés dans le monde, rien au Canada
Paradis fiscaux: la permission de Trudeau
Pour la déclaration obligatoire des investissements des élus dans les paradis fiscaux

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| 2018-202X (années Legault), Économie, le prix du fédéralisme, Politique canadienne, Politique québécoise | Mots-clés : , , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Le colonialisme économique ‘canadian’

16 décembre 2018

Introduction

Sous la plume de son chroniqueur Konrad Yakabuski, Le Devoir publiait hier un texte qui présentait les Québécois comme des parasites vivant au crochet des provinces riches du Canada. Et ce, par le biais des transferts de péréquation.

À l’époque des gouvernements péquistes de Jacques Parizeau, de Lucien Bouchard et de Bernard Landry, le Québec s’était haussé au quatrième rang des provinces canadiennes quant au revenu disponible par personne.

À juste titre, le fédéral avait alors réduit les sommes versées au Québec à titre de péréquation.


Déficit commercial du Québec, de 1981 à 2012, en milliards de dollars
Balance_commerciale_30_ans

 
Le Québec connaissait alors des surplus commerciaux et l’équilibre de ses finances publiques.

Mais au cours des quinze ans de gouverne libérale, le Québec a glissé progressivement jusqu’à l’avant dernier rang canadien (sous Jean Charest), pour finalement atteindre la queue sous Philippe Couillard.

En effet, la croissance économique du Québec a été en deçà de la moyenne canadienne onze des quinze années au cours desquelles le Parti libéral a été au pouvoir.

Cet appauvrissement n’est pas lié directement à l’incompétence des divers ministres libéraux de l’Économie — dont Dominique Anglade — mais indirectement à leur passivité face au colonialisme du gouvernement fédéral canadien.

On ne voulait pas critiquer Ottawa par crainte d’alimenter l’indépendantisme québécois.

De quoi avait-on peur de parler ?

L’industrie aéronautique québécoise vs l’industrie automobile ontarienne

En 2009, le plan de sauvetage de l’industrie automobile ontarienne a consisté essentiellement en des prêts remboursables de 13,7 milliards$ consentis à GM et Chrysler, alors au bord de la faillite.

À l’époque, l’industrie aéronautique québécoise, durement frappée par la récession, n’a pas bénéficié d’un plan de sauvetage analogue.

En janvier 2013, le gouvernement fédéral accordait une aide de 250 millions$ à l’industrie automobile.

En juillet 2015, on annonçait un prêt de cent millions$ pour Toyota Canada dont 57,8 millions$ d’Ottawa.

En mai 2016, la même compagnie recevait une subvention — c’est-à-dire un don — de 200 millions$, en bonne partie payée par le fédéral.

En 2017, lorsque Bombardier s’est retrouvé à court de liquidités après avoir investi plus de 5,4 milliards$ en R&D, le fédéral a consenti un prêt remboursable (donc au final, rien du tout) de 372,5 millions$, dont 248 millions$ — les deux tiers — à la condition que Bombardier maintienne ses activités en Ontario (où sont construits ses avions d’affaires Global 7000).

Ce prêt représente 3% des sommes consacrées au sauvetage de l’industrie automobile ontarienne.

Après ce prêt chiche, Ottawa accordait en mars 2017 un don de 100 millions$ à un centre de recherche de Ford Canada.

En octobre 2018, le fédéral radiait le prêt consenti à Chrysler lors de la Grande Récession. Ce prêt et ses intérêts représentent la somme de 2,6 milliards$.

En février de cette année, Ottawa provoquait l’annulation d’un contrat québécois de vente d’hélicoptère civils aux Philippines représentant des retombées économiques de 2,7 milliards$ pour l’économie québécoise.

La délocalisation de la construction navale canadienne

À ce travail de sape s’ajoute la délocalisation de la construction maritime canadienne du Québec vers deux autres provinces.

Décidée en 2011 à la faveur d’un contrat de vingt milliards$ — porté à plus de 60 milliards$ avec les dépassements de couts — cette délocalisation ne laisse au Québec que des miettes.

On la justifie par une succession de motifs fuyants. La dernière raison officielle est que ‘le Québec ne fait pas partie de la stratégie maritime du Canada’ (sic).

Le Québec n’est pas la seule province dans ce cas. L’Alberta et la Saskatchewan n’en font pas partie parce qu’elles n’ont pas accès à la mer. L’Ontario parce qu’il n’y a pas de chantier maritime.

Le Québec, lui, n’en fait pas partie parce que l’État canadien en a décidé ainsi.

Ceci n’est pas nouveau. Depuis des décennies, l’armée canadienne refuse de donner au Québec sa juste part des contrats militaires du pays.

Ce qui est nouveau, c’est qu’on ne s’en cache plus; cette discrimination est maintenant reconnue officiellement. En effet, en jargon technocratique, ‘le Québec ne fait pas partie de la stratégie maritime du Canada’ signifie ‘nous ne voulons pas accorder de contrats au Québec’.

Le sauvetage de Bay Street

Lors de la Grande récession, l’aide accordée aux banques canadiennes a atteint 114 milliards$.

De cette somme, rien ne fut accordé aux Caisses populaires Desjardins sous le prétexte que celles-ci ont une charte québécoise, et non fédérale.

En d’autres mots, cette aide ne servit qu’à aider les banques ontariennes de Bay Street.

La part de ce sauvetage ontarien qui fut payée par le Québec correspond à une bonne partie de ce que notre province a reçu en péréquation durant la première décennie de ce siècle.

L’industrie laitière québécoise

À chaque nouveau traité de libre-échange, l’industrie laitière québécoise sert de monnaie d’échange pour sauver l’industrie pétrolière albertaine et l’industrie automobile ontarienne.

Lac-Mégantic

Au cout d’environ un milliard$, la tragédie de Lac-Mégantic est la pire catastrophe environnementale de l’histoire canadienne. Elle a été causée secondairement par le laxisme d’Ottawa (qui a préféré remettre la sécurité des Canadiens entre les mains d’aventuriers).

Avant cette tragédie, le fédéral payait la totalité des dommages causés par les catastrophes survenues au Canada anglais dans ses domaines exclusifs de compétence constitutionnelle.

Mais à Lac-Mégantic, le fédéral a décidé d’en payer seulement la moitié. « Nos règles ont changé » disait M. Harper. Évidemment.

L’industrie pétrolière

Les Québécois paieront leur juste part de l’achat du vieux pipeline Trans-Mountain (au prix de 4,5 milliards$), sans compter les frais qui seront occasionnés par l’augmentation de sa capacité.

À cela s’ajoute un plan, annoncé ce mois-ci, de 1,6 milliard$ pour redynamiser le secteur pétrolier et gazier du Canada.

Mélange d’investissements, de subventions et de prêts, ce plan représente à lui seul quatre fois le montant du prêt remboursable offert pour sauver Bombardier de la faillite (un prêt qui, une fois remboursé, n’aura rien couté au fédéral).

L’industrie forestière

En plus de sa mollesse à s’opposer aux tarifs douaniers de Trump sur le bois d’œuvre, Ottawa a accordé une aide de 75 millions$ pour lutter contre l’épidémie de la Tordeuse des bourgeons de l’épinette dans l’Est du Canada.

Toutefois, seules les provinces maritimes seront éligibles. En effet, le programme concerne exclusivement celles-ci alors qu’aucun autre programme d’aide n’est prévu pour notre province. Pourtant, l’aire dévastée au Québec est à elle seule supérieure à celle des quatre provinces maritimes réunies.

Cette subvention fédérale donne un avantage compétitif à l’industrie forestière des maritimes contre celle du Québec.

La mise sous tutelle d’Hydro-Québec

La partie 2 du projet de loi C-69 s’intitule Loi sur la Régie canadienne de l’énergie. Ce projet de loi devrait être adopté par le Sénat canadien d’ici quelques jours.

Son article 355 interdit l’exportation d’électricité sauf conformément à un permis émis par le fédéral.

En clair, Ottawa veut mettre Hydro-Québec sous tutelle. La société continuera de fonctionner comme avant sauf que toutes ces grandes décisions devront dorénavant recevoir l’autorisation du fédéral.

Concrètement, pour Hydro-Québec, cela veut dire des délais supplémentaires et l’obligation de traduire en anglais les milliers de pages d’études et de documents techniques destinés à être soumis au Canadian Energy Regulator. Parce que si la fonction publique fédérale est à 92% unilingue anglais à Ottawa, imaginez à Calgary…

Bien plus : l’organisme situé à Calgary pourra faire pression pour que le gouvernement québécois facilite la réalisation de projets pétroliers albertain au Québec en retardant nos projets hydroélectriques. Ce sera donnant-donnant.

Le sabotage judiciaire

En plus de saboter l’économie du Québec, Ottawa a cherché à paralyser son système judiciaire.

Plus tôt cette année, le fédéral tentait de faire invalider toutes les lois du Québec par le biais d’une cause intentée par les dirigeant fédéralistes du Barreau du Québec (cause financée en sous-main par Ottawa).

Cette catastrophe judiciaire n’a été évitée que par une assemblée générale extraordinaire convoquée par des avocats membres de cette corporation professionnelle.

On peut imaginer le cout astronomique d’une paralysie totale des tribunaux — plus aucune loi provinciale n’étant valide — si l’opération hostile d’Ottawa avait réussi.

Tout ceci est tellement énorme qu’on a peine à croire que la machine de l’État canadien puisse à ce point haïr le Québec qu’elle est prête à y déclencher l’anarchie judiciaire, heureusement évitée de justesse.

Conclusion

Le fédéral est l’héritier du pouvoir colonial britannique. Mais contrairement aux autres pays colonisateurs, ses colonies ne sont pas sous les Tropiques; elles sont, à l’interne, encastrées dans son territoire.

Ce sont une constellation de réserves indiennes régies par un apartheid juridique visant à leur extermination et le Québec à qui on siphonne 50 milliards$ de taxes et d’impôts en contrepartie de 9 à 13 milliards$ de péréquation à la condition de se tenir tranquille.

En dressant la liste des dépenses d’Ottawa au Québec, même en y incluant la péréquation, on arrive à une somme inférieure à ce que les contribuables québécois versent au fédéral. Cela signifie que la péréquation, au fond, c’est notre argent que nous redonne le fédéral en nous faisant croire qu’il nous fait l’aumône.

Références :
Le biais du fédéral : industrie automobile ontarienne vs industrie aéronautique québécoise
Foresterie : le biais fédéral
La Davie et le petit pain fédéraliste
Lait : Trudeau capitule
La lourde responsabilité du gouvernement Harper dans la catastrophe de Lac-Mégantic
Le parasite
Le sabotage de la vente d’hélicoptères québécois par le ministre fédéral François-Philippe Champagne
Les miettes fédérales à Bombardier
Ottawa finance la demande d’annulation de toutes les lois du Québec
Ottawa renouvelle une aide de 250 millions à l’industrie automobile
Ottawa verse 1,6 milliard de dollars pour redynamiser le secteur pétrolier et gazier
Ottawa veut mettre Hydro-Québec sous tutelle
Pétrole et péréquation: le chemin sera long
Un gouvernement de trop

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’espionnage de l’État canadien n’a pas de limite

10 décembre 2018


 
Par le biais de Statistique Canada, le gouvernement canadien veut obtenir automatiquement — et sans leur consentement — le détail des transactions effectuées par les citoyens canadiens, de leurs retraits bancaires aux paiements par carte de crédit, en passant par le solde de leur compte de banque.

Les données qu’exige de consulter Statistique Canada ne sont pas anonymes. L’organisme fédéral veut les noms des citoyens concernés afin, dit-il, de pouvoir effectuer des recoupements avec d’autres données et ainsi produire de meilleures statistiques.

C’est en octobre dernier que le réseau de télévision Global a révélé qu’à partir de janvier prochain, Statistique Canada forcera neuf banques à lui transmettre les données détaillées de 500 000 de leurs clients.

Le statisticien en chef du Canada, Anil Arora, justifie cette décision par le fait que son organisme éprouve des difficultés croissantes à convaincre un échantillon de citoyens choisis aléatoirement à consigner pendant un mois toutes leurs transactions et à lui transmettre ces données.

D’où l’idée d’espionner à leur insu des centaines de milliers de citoyens canadiens et — pourquoi pas — l’ensemble de la population canadienne lorsque Statistique Canada aura mis au point les logiciels qui permettront de le faire.

Les firmes de sondage prédisent tant bien que mal les résultats des élections à partir d’un échantillon aussi petit qu’un millier de répondants. Pourquoi Statistique Canada a-t-il besoin d’un échantillon aussi vaste qu’un demi-million de personnes si ce n’est pour mettre au point un système d’espionnage massif qui sera éventuellement étendu à l’ensemble de la population canadienne.

Évidemment ces données seront toujours incomplètes.

En juin 2017, le gouvernement Trudeau a permis aux iles Cook de s’ajouter à la liste des paradis fiscaux dans lesquels les entreprises et les riches canadiens pourront cacher leur argent à l’abri du fisc et à l’abri des savantes analyses de consommation de Statistique Canada.

On comprend donc mal comment ce même gouvernement tient tant à mettre son nez dans les finances des citoyens ordinaires alors qu’il est si indifférent à ce que fait de leur argent le 1% de la population du pays qui accapare une proportion croissance de la richesse du pays.

Quant au danger que la banque de données nominatives créée par Statistique Canada tombe en de mauvaises mains, on trouvera en annexe une liste d’organismes et de multinationales (dont Microsoft) qui, après avoir fait appel aux plus grands experts, croyaient vainement en l’invulnérabilité de leur système informatique.

Jusqu’ici, si les données de Statistique Canada n’ont jamais été piratées, c’est qu’elles n’avaient pas de valeur marchande. Mais en dressant la liste de toutes les transactions financières du pays, cela cessera d’être le cas. On peut donc anticiper l’inévitable…

Références :
Informations bancaires: le commissaire à la vie privée enquête sur Statistique Canada
Informations bancaires: Statistique Canada veut rassurer les citoyens
L’Accord avec les Îles Cook critiqué

Au sujet de l’espionnage de l’État :
The British Big Brother

Au sujet des paradis fiscaux :
Pour la déclaration obligatoire des investissements des élus dans les paradis fiscaux
Vive les paradis fiscaux !

Détails de la photo : Droits appartenant à Stokkete. Photo distribuée par la banque d’images Onepixel.


Annexe : Quelques victimes de piraterie informatique
 
2 million Facebook, Gmail and Twitter passwords stolen in massive hack (2013-12-04)
Target a été victime d’une gigantesque fraude informatique (2013-12-19)
Les données de 4,6 millions d’utilisateurs de Snapchat piratées (2014-01-02)
Aux États-Unis, le hold-up numérique du siècle (2014-01-13)
Le compte Twitter de Microsoft piraté par des activistes syriens (2014-01-13)
Des renseignements privés de 620 000 Albertains dans un portable volé (2014-01-23)
Barclays blasted over ‘catastrophic’ theft of thousands of customer files (2014-01-23)
Les NAS d’environ 900 contribuables ont été soutirés de l’Agence du revenu du Canada (2014-04-14)
Nouveau vol de données chez Orange: 1,3 million de personnes touchées (2014-05-06)
eBay urges users to reset passwords after cyberattack (2014-05-21)
La liste électorale du Québec vendue sur Internet (2014-05-29)
La cyberattaque a touché un système de données personnelles (2014-08-01)
Mozilla confirms leak of 76,000 developer email addresses (2014-08-05)
Des photos piratées de vedettes américaines dénudées circulent sur Internet (2014-09-01)
La poste américaine victime d’une attaque informatique (2014-11-10)
Attaque informatique: Sony tient une réunion avec ses employés (2014-12-15)
Une attaque informatique a permis de dérober 300 millions de dollars à des banques (2014-12-15)
L’attaque informatique contre le fisc américain serait liée à la Russie (2014-05-28)
OPM hack: China blamed for massive breach of US government data (2015-06-05)
Le vendeur de logiciels espions Hacking Team victime d’un piratage massif (2015-07-06)
Des millions d’adultères menacés par des pirates (2015-07-20)
Piratage contre le fisc américain: davantage de foyers touchés (2015-08-17)
5,6 millions d’empreintes digitales volées dans le piratage d’une agence américaine (2015-09-24)
Vol d’identités à l’École Polytechnique de Montréal : la liste s’allonge (2015-11-05)
VTech : 6,4 millions de comptes d’enfants piratés dont 1,17 en France (2015-12-02)
Massive database of over 190 million registered voters’ information leaked online (2015-12-02)
Anonymous publie des données sur 1 400 participants de la COP21 (2015-12-04)
Des informations confidentielles de sous-traitants du ministère de la défense publiées par Anonymous (2016-02-23)
50 millions de Turcs voient leurs données personnelles divulguées sur le Web (2016-04-07)
Des milliers de documents d’une loge maçonnique publiés sur le Web après un piratage (2016-04-21)
Les données personnelles de millions d’électeurs mexicains fuitent en ligne (2016-04-25)
Plus d’un million de profils du site de rencontres Beautifulpeople ont été dérobés (2016-04-26)
Mots de passe piratés (bis) : l’impossible protection? (2016-06-09)
Comment les pirates d’OurMine ont-ils hacké les comptes des patrons de la Silicon Valley ? (2016-07-19)
La Corée du Nord a piraté des courriels de responsables sud-coréens (2016-08-01)
Dropbox hack leads to dumping of 68m user passwords on the internet (2016-08-31)
Violation de confidentialité informatique à la Banque Nationale (2016-09-14)
500 millions de comptes piratés chez Yahoo! (2016-09-22)
Le site de rencontres AdultFriendFinder piraté, 412 millions de comptes compromis (2016-11-15)
Un milliard de comptes Yahoo supplémentaires piratés (2016-12-14)
McDonald’s Canada victime de piratage (2017-04-01)
Un pirate informatique a accédé à des renseignements sur des clients de Bell (2017-05-15)
Vol massif de renseignements personnels chez Equifax (2017-09-09)
Les données d’un million d’utilisateurs de Canoe.ca ont été piratées (2017-09-12)
Cent mille Canadiens touchés par le piratage d’Equifax (2017-09-20)
Uber a caché que les données de 57 millions de ses utilisateurs ont été piratées (2017-11-21)
Les données de 100 000 clients de Bell pourraient avoir été piratées (2018-01-23)
Equifax: 2,4 millions de personnes de plus affectées par le piratage massif (2018-03-01)
Des données de près de 700 000 lecteurs du site de « L’Express » accessibles en ligne (2018-03-01)
Des pirates menacent de révéler les données de 90 000 clients de BMO et Simplii (2018-05-30)
British Airways sonnée par un vol massif de données (2018-09-07)
Un piratage massif compromet l’identité de 1 milliard d’Indiens (2018-09-11)
Facebook révèle une faille de sécurité qui a compromis 50 millions de comptes (2018-09-28)
Gigantesque vol de données chez Marriott International (2018-11-30)
Le ministère des affaires étrangères victime d’un piratage (2018-12-13)
Les photos privées de 6,8 millions d’utilisateurs Facebook dévoilées par une faille de sécurité (2018-12-14)

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| Économie, Piraterie, Politique canadienne | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Bombardier coupe de 2 500 postes au Québec

14 novembre 2018

Introduction

Des cinq-mille emplois que Bombardier abolira à travers le monde d’ici un an et demi, la moitié seront éliminés au Québec.

En raison de l’importante pénurie actuelle de main-d’œuvre au sein de l’industrie aéronautique québécoise, les analystes prédisent que les employés licenciés devraient trouver facilement un emploi ailleurs.

Bref, ce n’est pas une catastrophe. Toutefois, il y a quelque chose d’anormal dans tout cela.

À la fin de 2015, le gouvernement Couillard a investi 1,3 milliard$ dans Bombardier.

Depuis, Airbus a mis la main gratuitement sur la CSeries et la moitié des employés remerciés par Bombardier à travers le monde sont au Québec.

Les contribuables, en ont-il eu pour leur argent ?

La survivance ou le progrès

En 2015, après avoir investi cinq-milliards$ en recherche et développement, Bombardier s’est retrouvé à court de liquidités. En d’autres mots, au bord de la faillite.

En raison de l’importance primordiale de l’industrie aéronautique dans l’économie du Québec, le gouvernement Couillard n’avait pas d’autre choix que de soutenir ce constructeur.

Toutefois, lorsqu’il est nécessaire d’aider une compagnie à genoux, on peut se permettre d’être exigeant.

Dans le texte Le derrière miraculeux de la ministre, j’ai eu l’occasion de ridiculiser l’incompétence de l’ex-ministre de l’Économie du Québec.

Son ‘sauvetage’ de Bombardier en est un exemple supplémentaire.

Le seul objectif du gouvernement Couillard fut de se protéger de l’accusation de ne rien faire.

Au lieu d’être un moyen de consolider une stratégie industrielle, le but de l’investissement de 1,3 milliard$ était politique, voire bassement électoral; perpétuer le présent le plus longtemps possible.

Est-ce que cet investissement protégeait les emplois chez Bombardier en 2015 ? Oui, en 2015. Les protégeaient-ils à l’avenir ? Non, comme on peut le voir aujourd’hui. Empêchait-il les dirigeants de Bombardier de se graisser la patte aux frais des contribuables ? Pas vraiment.

À l’époque, l’État se trouvait en position de force. On aurait pu exiger de Bombardier que la majorité des emplois créés à l’avenir par la CSeries le soient au Québec. Il n’a pas osé le faire. Trop peureux.

En raison de pressions de l’administration Trump, Bombardier investira environ 300 millions$US pour la construction d’une chaine de montage de la CSeries à Alabama, aux États-Unis, où devraient travailler entre 400 et 500 personnes.

De plus, rien n’empêche Bombardier de faire construire une partie de ses avions de l’autre côté de l’Atlantique si la demande européenne le justifie.

Conclusion

Pour que se développe l’économie du Québec, il ne suffit pas de vouloir conserver les emplois actuels; il faut en développer de nouveaux.

Évidemment, on peut se demander pourquoi créer de nouveaux emplois alors que présentement, les entreprises peinent à combler les milliers d’emplois vacants.

L’économie de tout pays est perpétuellement en mouvement. Il faut savoir délaisser les occupations anciennes pour embrasser des secteurs industriels novateurs qui font appel à une plus grande expertise.

Pendant des années, le Parti libéral du Québec a prétendu être un bon gestionnaire économique alors que la croissance du Québec à été en deçà de la moyenne canadienne douze des seize ans au cours desquelles il a été au pouvoir.

Le cas de Bombardier est une illustration parfaite de son incompétence. Au lieu que les investissements majeurs de Bombardier en R&D soient un prélude à l’essor fulgurant de ce fleuron qu’est l’industrie aéronautique, tout au plus serons-nous heureux qu’elle ne périclite pas.

Références :
Bombardier abolit 5000 postes et vend son programme d’avions Q Series
C Series: Bombardier réalise des progrès pour sa ligne d’assemblage en Alabama
Québec investit 1 milliard $US dans Bombardier

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| 2018-202X (années Legault), Économie, Politique québécoise | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Une gifle au prince héritier saoudien

29 octobre 2018

Introduction

Vision 2030 est un pharaonique projet de diversification de l’économie de l’Arabie saoudite conçu par le prince héritier de ce pays au cout de 500 milliards$.

Ce projet vise la création d’une ville futuriste créée sur le modèle des zones économiques spéciales chinoises.

Afin d’en faire la promotion, la conférence Future Investment Initiative de l’an dernier avait attiré 3 500 participants provenant de 88 pays.

Cette année, le froid créé par l’affaire Khashoggi a fait en sorte que de nombreuses entreprises ont boudé la deuxième édition de cette conférence.

L’Arabie saoudite, exportatrice de capitaux

Le but de Vision 2030 n’est pas d’attirer des investissements étrangers mais de diversifier l’économie saoudienne.

Depuis des décennies, des sociétés d’investissement organisent la fuite des capitaux saoudiens.

Lors des attentats du 11 septembre 2001, des membres de la famille royale saoudienne et de riches entrepreneurs — dont certains provenaient de la famille d’Oussama bin Laden — assistaient justement à une conférence donnée à Washington par des conseillers financiers américains.

Parmi les centaines d’avions qui voulaient quitter le territoire américain ce jour-là, celui transportant ces augustes investisseurs fut le seul autorisé à s’envoler et ainsi échapper aux questions des policiers chargés de l’enquête au sujet de ces attentats.

Les dirigeants de ce pays savent bien qu’un jour une révolution les chassera du pouvoir. Voilà pourquoi la majorité de leur fortune personnelle est investie à l’Étranger.

Ils y ont de grands hôtels, des stations de ski, des clubs sportifs, des compagnies aériennes, des vignobles, de grandes enseignes de commerce au détail, des marques prestigieuses, etc.

On estime que les Saoudiens possèdent 8% de l’économie américaine. Cela équivalut à plusieurs fois les fortunes combinées de Bill Gates et de Warren Buffett.

De plus, si Amazon et Apple sont les deux compagnies qui possèdent la plus grande capitalisation boursière, c’est seulement parce qu’Aramco (la pétrolière de l’État saoudien) n’est pas inscrite en bourse. Si elle l’était, sa valeur capitalisée serait de trois à quatre fois celle d’Apple.

Bref, l’Arabie saoudite est immensément riche et n’a pas besoin de capitaux étrangers.

Le déficit technologique de l’Arabie saoudite

Pour diversifier son économie, l’Arabie saoudite a besoin de combler son abyssal déficit technologique.

L’école publique saoudienne est aux mains du clergé wahhabite. Tout fait scientifique incontestable qui contredit l’interprétation littérale des textes sacrés de l’Islam (vieux de 1 500 ans) est une hérésie dont l’enseignement est passible de la peine de mort.

Voilà pourquoi le système scolaire saoudien forme des hommes de lettres (avocats en droit musulman, écrivains, poètes, fonctionnaires peu qualifiés), mais peu de chercheurs, de scientifiques et de travailleurs qualifiés.

Si bien qu’en Arabie saoudite, les familles aisées envoient leurs adolescents masculins étudier dans les meilleurs lycées occidentaux.

Le régime vante son taux élevé de scolarisation. Dans les faits, le système scolaire saoudien ne forme que des bons à rien que même les entreprises saoudiennes hésitent à embaucher comme travailleurs qualifiés. D’où le taux de chômage d’environ 40% chez les jeunes hommes du pays.

Environ 70% des emplois offerts aux Saoudiens le sont dans la fonction publique.

Le bilan de la Future Investment Initiative

À l’issue de la conférence de cette année, les dirigeants saoudiens se sont empressés de souligner qu’elle avait été un grand succès, permettant la signature de contrats évalués à cinquante-milliards de dollars.

Le message sous-jacent est clair; toute tentative de nous nuire est vaine. Notre influence est telle qu’elle nous permet de triompher de tous les obstacles.

La réalité est toute autre.

À l’édition de cette année, l’assistance a été constituée principalement d’hommes habillés à la manière musulmane, c’est-à-dire des Saoudiens et des alliés régionaux de l’Arabie saoudite.

Environ 68% des contrats signés cette année concernent Aramco, la pétrolière de l’État saoudien.

Les entreprises occidentales qui ont signé des contrats avec elle sont des pétrolières étrangères (dont la française Total), des entreprises américaines spécialisées dans la fourniture d’équipement pétrolier ou la recherche d’hydrocarbures, des banques et des fonds d’investissement spéculatifs.

Bref, rien pour diversifier l’économie du pays.

Le message est clair : si l’Arabie saoudite veut la technologie occidentale, elle devra s’occidentaliser.

Aussi bien dire que ce n’est pas demain la veille.

Maintenant que cette conférence a été un échec, on commence déjà à voir l’intérêt pour l’affaire Khashoggi s’estomper dans nos médias puisque ceux qui en tirent les ficelles ont atteint leur objectif.

Références :
Meurtre au consulat : du fait divers aux ressorts d’une crise internationale
Saudi conference shunned by west secures £39bn in deals
Vision 2030 : la Grande séduction saoudienne

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| Économie, Géopolitique | Mots-clés : , , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


La gestion de l’offre

7 octobre 2018

Fluctuation des prix et production agricole

C’est seulement au XXe siècle que l’amélioration des moyens de transport et leur climatisation ont permis l’acheminement d’aliments sur de longues distances.

Conséquemment, les cultivateurs se sont mis à produire pour des marchés de plus en plus vastes, bien au-delà de leur village comme ils le faisaient depuis toujours.

De nos jours, l’agriculture met en concurrence des millions de producteurs qui adaptent, indépendamment les uns des autres, leur production en fonction de la fluctuation des prix.

Lorsque le prix d’un produit alimentaire augmente soudainement, plus d’agriculteurs se mettent à en produire.

Lorsque cet engouement est tel qu’il provoque une surproduction, cette dernière fait chuter les prix. Ce qui décourage la production.

Lorsque l’abandon est excessif, la pénurie qui en résulte fait augmenter les prix.

Et ainsi de suite.

La gestion de l’offre

Dans les années 1970, afin de contrer la fluctuation des prix, le gouvernement canadien a mis en place le système de la gestion de l’offre.

Un système analogue, limité au lait, fut créé en France, puis dans l’Union européenne à partir de 1984 et ce, jusqu’en 2015.

Au Canada, il s’applique à trois catégories de produits alimentaires qui correspondent à autant d’aliments de base : le lait, les œufs et la volaille (le poulet et la dinde).

Ce système comprend trois volets :
• le contrôle de la production
• le contrôle des prix
• la limitation des importations

Le contrôle des prix se fait en ajustant la production à la demande des consommateurs.

Pour limiter la production, tout producteur qui veut vendre du lait, des œufs ou de la volaille doit détenir un permis de production, c’est-à-dire un quota.

L’ensemble des quotas est revu à la hausse ou à la baisse chaque année en fonction des fluctuations de la demande canadienne.

À l’origine, ces quotas étaient gratuits. Mais puisqu’ils limitent l’accès au marché à tout nouveau producteur, les quotas déjà émis ont pris de la valeur depuis.

De nos jours, leurs prix peuvent atteindre des dizaines de milliers de dollars, ce qui décourage la relève.

Le prix de ces aliments est ajusté non seulement en fonction de la demande, mais également en tenant compte des couts de production des agriculteurs, ce qui leur garantit un revenu stable.

Cette garantie maintient en vie de plus petites unités de production qui, autrement, auraient fait faillite lors d’un effondrement de prix ou qui seraient incapables de faire face à la concurrence de gros producteurs mondiaux.

C’est ainsi que le Québec possède la moitié des fermes familiales de tout le pays. Cela assure la survie de nombreux villages et favorise une meilleure occupation du territoire.

La gestion de l’offre touche 69 000 fermes québécoises.

La stabilité des prix au Canada fait en sorte que les consommateurs canadiens paient moins cher lorsque les prix mondiaux s’emballent, et paient plus cher quand les prix s’effondrent comme c’est le cas actuellement pour le lait.

Des tarifs douaniers pouvant atteindre 300% s’appliquent aux produits sous gestion de l’offre importés au Canada.

La Chine, la Nouvelle-Zélande et le monde

Les Chinois ne boivent pas de lait à l’âge adulte. La consommation de lait est limitée aux nourrissons et aux enfants.

Comme tous les peuples qui cessent de boire du lait après l’adolescence, les Chinois font de l’intolérance au lactose. Chez eux comme chez les autres peuples, cette intolérance n’est pas innée puisqu’elle n’existe pas à l’enfance.

Adultes, les Chinois apprécient donc les préparations de lait fermenté (dont le yogourt), mais pas le lait nature.

Dans les années 2000, le gouvernement chinois a établi une norme minimale de teneur protéique de cet aliment afin de lutter contre la fraude par dilution du lait.

Toutefois, des distributeurs peu scrupuleux ont ajouté de la mélamine au lait qu’ils avaient pris l’habitude de diluer.

Or cette protéine est toxique pour les bébés; leur système digestif immature ne dégrade pas cette protéine en acides aminés inoffensifs, comme c’est le cas chez l’adulte.

Trois-cent-mille bébés chinois furent intoxiqués, provoquant six décès.

Le scandale a fait chuter la production intérieure, boudée par les consommateurs chinois. Ces derniers se sont rabattus sur le lait importé.

En conséquence, la Chine devenait le premier importateur mondial de produits laitiers. C’est ainsi que les importations de lait en poudre sont multipliées par neuf de 2008 à 2014.

Afin de combler cette demande, la Nouvelle-Zélande est devenue un des principaux fournisseurs du marché chinois.

Ce pays de moins de cinq-millions d’habitants produit autant de lait que la France. Environ 95% de sa production est exportée (principalement en Chine), faisant de la Nouvelle-Zélande le premier exportateur mondial de produits laitiers.

Depuis, la Chine a entrepris de reconquérir son marché national alors que la consommation chinoise diminuait légèrement en 2014, pour la première fois depuis des années. Ces deux facteurs ont pris de court les industriels néozélandais qui anticipaient une augmentation des importations chinoises.

La surproduction néozélandaise, associée à la surproduction européenne consécutive à l’abandon des quotas en avril 2015, a fait chuter le cours mondial du lait en 2015-2016.

Mondialisation et gestion de l’offre

Comme l’agriculteur d’autrefois qui cultivait tout ce dont il avait besoin, qui coupait le bois des arbres à proximité et qui chassait à l’occasion, le Canada ne compte sur personne pour faire vivre ses producteurs laitiers et ses producteurs d’œufs et de volaille.

Grâce à son système de gestion de l’offre, le Canada vit en autarcie… du moins en ce qui concerne les aliments concernés.

Bref, la gestion de l’offre est l’antithèse de la mondialisation.

Pour certains pays, la gestion de l’offre est le grain de sable intolérable qu’il faut expulser des bottes du capitalisme triomphant.

Strictement parlant, la gestion de l’offre n’est pas une mesure anticapitaliste puisque chaque ferme sous gestion de l’offre est une unité de production capitaliste.

Mais dans le processus d’accaparement des ressources mondiales aux mains du grand capital, ce petit capitalisme à visage humain fait figure de village gaulois qui s’oppose à l’Empire romain.

À chaque négociation en vue de la signature d’un nouveau de libre-échange, la gestion subit de nouveaux revers.

Les ratés de la mondialisation

La mondialisation conduit inexorablement à la concentration des ressources entre les mains d’un nombre toujours plus faible de producteurs.

C’est ainsi que certains médicaments ne sont plus produits qu’en Inde ou en Chine.

Il suffit d’un problème d’approvisionnement — causé par un conflit interethnique ou interreligieux, une catastrophe naturelle locale, un conflit ouvrier ou des bris mécaniques — pour provoquer une pénurie de médicaments partout à travers le monde.

Quand un des rares fabricants du médicament valsartan modifie sa méthode de production pour réduire encore davantage ses couts (et augmenter ses bénéfices), des millions de personnes seront exposés à la toxicité de dérivés qui ont échappé à ses méthodes d’analyse.

Dans le domaine agricole, la mondialisation entraine un gaspillage des ressources. Mentionnons la destruction massive de millions de litres de lait produits en trop, l’alternance d’années maigres et d’années grasses et ses faillites en série dans le premier cas, le matériel agricole jeté à la ferraille parce qu’il ne trouve plus preneur lors de ventes aux enchères à la suite de faillite, etc.

Et pour soutenir les agriculteurs en difficulté à chaque phase de chute des prix, les gouvernements leur offrent des milliards$ pour compenser leurs pertes.

C’est ainsi que le gouvernement américain a versé 22,2 milliards$ en subventions à ses producteurs laitiers en 2015. Ces subventions prennent la forme d’aide à l’irrigation des champs, des crédits à l’exportation, des prêts à taux avantageux, le rachat des surplus, etc.

On calcule qu’ils représentent 35 cents américains du litre de lait, soit 73% des profits que les producteurs en tirent.

Avec la gestion de l’offre, l’agriculteur n’a pas besoin de subventions de l’État. Mais ce que le citoyen épargne en tant que contribuable, il le paie en tant que consommateur par le biais du prix plancher de l’aliment.

Avec la différence qu’on peut s’abstenir d’acheter du lait, mais on ne peut éviter de payer ses impôts…

Références :
Aperçu de l’industrie laitière
Crise laitière de 2015
La gestion de l’offre
La gestion de l’offre, un éternel cheval de bataille pour les agriculteurs canadiens
Le Canada peut-il régler les problèmes de l’industrie laitière américaine?
Les ambitions de la Nouvelle-Zélande et de la Chine
Les pénuries de médicaments
Les producteurs de lait américains reçoivent 35 $ l’hectolitre en subventions
Quota laitier en Europe
Scandale du lait frelaté en 2008
Quota laitier en Europe
Valsartan: des médicaments potentiellement cancérigènes en circulation pendant trois ans

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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