L’industrie langagière au Québec

15 janvier 2020

En 2012, Price Waterhouse évaluait à 33 milliards$ le marché mondial de la traduction. Un marché dont le Canada représente le dixième et dont Montréal est une des capitales mondiales.

De nos jours, seulement au Québec, on estime ce marché à 2,5 milliards$. Il emploie six-mille traducteurs, dont le tiers est membre de l’Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés.

C’est sur cette industrie que s’appuient la postsynchronisation des films américains et la traduction en français des succès de librairie étrangers.

De la même manière, l’obligation imposée aux entreprises cotées en bourse d’offrir leurs prospectus en français crée de l’emploi pour les traducteurs du Québec

Mais la traduction se fait aussi dans le sens inverse. Le rayonnement culturel du Québec hors de la francophonie serait impossible sans la traduction de nos films, romans et manuels scolaires.

L’usage de l’anglais n’étant pas aussi universel qu’on le présume souvent, la traduction des manuels de l’utilisateur dans d’autres langues favorise l’exportation de produits de consommation fabriqués ici.

Le Québec influence même les législateurs étrangers en offrant une traduction de son Code civil en espagnol et en mandarin. À sa manière, le Québec contribue ainsi à la promotion de la démocratie et de l’État de droit dans un grand nombre de pays.

Ce rayonnement culturel et économique est facilité par la présence chez nous de néoQuébécois polyglottes.

L’activité des traducteurs étant indissociable de celui des terminologues et des correcteurs, cette symbiose explique le succès d’éditeurs de logiciels comme Druide Informatique, dont le correcteur d’épreuve Antidote est le meilleur au monde.

De la même manière, la reconnaissance vocale et l’analyse du langage sont les mamelles de l’intelligence artificielle. C’est qui explique les investissements massifs consentis chez nous dans ce domaine et qui ont fait de Montréal et de la ville de Québec des pôles majeurs de l’intelligence artificielle.

Référence : Montréal : capitale de la traduction

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Prix de l’électricité en Amérique du Nord

10 janvier 2020


 
Au 1er avril 2019, aucune grande ville nord-américaine n’offrait un tarif résidentiel d’électricité plus avantageux que celui du Québec.

Exprimés avant taxes, ces prix sont en dollars canadiens, par tranche de cent kWh.

Référence :
Comparatif des prix de l’électricité dans les grandes villes nord-américaines

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les poches percées de la classe moyenne

29 décembre 2019

En Amérique du Nord, tous les partis politiques ‘sérieux’ suivent la même recette pour séduire l’électorat.

Cette recette consiste à promettre l’instauration d’une série de nouvelles mesures ciblant une multitude de groupes particuliers. Et si on fait la somme de ces groupes particuliers, on obtient à peu près tout le monde.

Mais qui dit ‘nouvelles mesures’ dit ‘nouvelles dépenses’.

Puisqu’ils promettent également une réduction des taxes et des impôts, comment ces promesses seront-elles financées ?

C’est simple; par la rationalisation des finances publiques. Pas n’importe laquelle; celle qu’on effectue sans diminution de la qualité des services offerts à la population.

Il suffisait d’y penser…

Mais comment choisir un parti politique plutôt qu’un autre ? En analysant soigneusement les friandises qu’ils nous offrent.

Mais surtout, on doit distinguer diminution de taxes et diminution de taxes. Ce n’est pas pareil.

Les diminutions de taxes du Parti libéral du Canada favorisent les gens comme vous et moi alors que celles des Conservateurs ciblent les gens riches… C’est du moins ce que nous dit la propagande libérale.

Mais les Libéraux oublient de parler de la théorie du ruissèlement. Ce que n’oublient pas de faire les Conservateurs.

Ceux-ci affirment que l’argent qu’on place dans la poche des riches ruissèlera le long de leurs cuisses pour atteindre les gens prosternés à leurs pieds. C’est à dire vous et moi.

C’est la théorie du ruissèlement.

Mais les choses sont-elles aussi tranchées entre Libéraux et Conservateurs ?

Les baisses d’impôt du gouvernement Trudeau consenties depuis 2016 à la ‘classe moyenne’ représentent une diminution de revenus de 3,5 milliards$ par année pour l’État canadien.

C’est beaucoup. Pourtant, la plupart des gens de la classe moyenne n’ont pas vu cet argent passer. Où donc est-il allé ?

Le quiproquo provient du fait qu’on surestime les revenus de la classe moyenne. Conséquemment, on se trompe au sujet de ceux qui en font partie.

En 2017, selon Statistique Canada, le revenu annuel moyen au pays était de 46 700$. Toutefois, le revenu médian était d’environ 35 000$.

Cela signifie que la moitié des Canadiens gagnent annuellement moins que 35 000$ et l’autre moitié gagnent plus.

C’est donc à dire que la classe moyenne occupe une zone de part et d’autre de 35 000$ de revenus par année et non de 46 700$. Ce qui est très différent.

Selon le Directeur parlementaire du budget fédéral, 55 %
du 3,5 milliards$ donné à la ‘classe moyenne’ s’est retrouvé dans les poches de ceux qui gagnent plus de 90 600$ par année. C’est près du triple de la ligne de démarcation dont nous venons de parler.

Lorsque les firmes de relations publiques embauchées par Ottawa fournissent aux médias des exemples concrets des économies réalisées, elles surestiment ce qu’est la classe moyenne.

Au 55 % de réduction d’impôts qui va à ceux qui gagnent plus 90 600$, si on ajoute le pourcentage inconnu qui va à ceux qui gagnent entre la médiane et ce 90 600$, le résultat est que la moitié de la population canadienne en bas de cette médiane n’obtient que des miettes des baisses d’impôts du gouvernement Trudeau.

Références :
À qui profitent les baisses d’impôt d’Ottawa?
Revenu des particuliers (html)
Revenu des particuliers (PDF)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Écosse : l’union britannique ou européenne ?

23 décembre 2019
Les brumes de l’indécision

Le produit intérieur brut (PIB) de l’Écosse est de 277 milliards$Can (190 milliards d’euros).

C’est 42 374$ par habitant, soit un peu plus qu’au Québec (39 851$), qu’en France (39 463$), et que dans l’ensemble du Royaume-Uni (38 190$).

L’Écosse exporte la moitié de sa production de biens et de services.

Du 139,3 milliards$ exporté, le reste du Royaume-Uni en achète 83,7 milliards$ (60 %), les autres pays de de l’Union Européenne en prennent 25,5 milliards$ (18,3 %) et le reste — 30,1 milliards$, soit 21,6 % — se disperse aux quatre coins du monde.

Puisque son économie et les emplois dépendent à ce point du commerce avec les iles britanniques, l’Écosse ne devrait-elle pas craindre les représailles économiques de Londres si le divorce écossais devait s’effectuer d’une manière qui déplairait à son puissant voisin ?

Il n’est pas possible de répondre à cette question sans connaitre la balance commerciale de l’Écosse. En d’autres mots, il faut se demander qui vend le plus à qui.

Si l’Angleterre vend plus à l’Écosse que l’inverse, c’est l’Angleterre qui a intérêt à ne pas indisposer l’Écosse et non le contraire.

Étonnamment, il ne semble pas y avoir de données récentes au sujet des exportations britanniques vers l’Écosse. Même les publications émises par le gouvernement écossais admettent cette lacune.

Toutefois, on sait qu’entre 1998 et 2012, la balance commerciale écossaise a affiché un déficit commercial d’environ dix-milliards de livres sterling par année si on exclut les ventes d’hydrocarbures écossaises extraites de la mer du Nord.

Cette exclusion se justifie par le fait que si l’Angleterre n’en voulait pas, d’autres pays se bousculeraient aux portes de l’Écosse pour en acheter.

En somme, si la situation n’a pas changé, l’Angleterre dépend plus de l’Écosse que l’inverse.

Tobacco Merchant’s House (1775)

Pendant des siècles, les marchands écossais ont été victimes de discrimination de la part des marchands londoniens. Quand les premiers avaient du succès dans un secteur de l’économie — le commerce du tabac avec la Virginie, par exemple — les seconds se faisaient octroyer un monopole royal à ce sujet.

Bref, le désir d’autonomie des Écossais prend racine profondément dans l’histoire et la culture de cette partie du monde.

Et aujourd’hui, une partie des Écossais — minoritaire à un premier référendum — font le pari que leur nation a plus d’avenir dans un marché de 446 millions de personnes (sur le continent européen) qu’avec les 61 millions de personnes qui habitent le reste du Royaume-Uni.

Références :
Export Statistics Scotland 2017
L’économie écossaise en dix chiffres
Scotland’s Economy : recent developments

Détails techniques des photos : Canon PowerShot G6
1re photo : 1/1250 sec. — F/2,8 — ISO 400 — 9,1 mm
2e  photo : 1/800 sec. — F/2,0 — ISO 50 — 7,2 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Crytomonnaies : la Libra et la DCEP chinoise

8 décembre 2019

La Libra, de Facebook

C’est en 2020 que devrait apparaitre Libra, la crytomonnaie promue par Facebook.

Contrairement au Bitcoin, dont la valeur est spéculative, le cours de la Libra sera stabilisé par des réserves équivalentes en devises que possèdera la fondation privée émettrice, la Facebook Global Holdings.

À l’origine, le projet de Facebook était appuyé par 28 partenaires financiers. Certains se sont retirés du projet depuis (eBay, Master Card, PayPal, Visa). Même s’il devait être abandonné de tous, Facebook a les reins suffisamment solides pour mener seul son projet à bon port.

Depuis 2015, il est possible aux États-Unis — et en France depuis 2017 — de transférer de l’argent à partir de Messenger.

L’expéditeur et le destinataire doivent évidemment avoir inscrit leur carte bancaire dans leurs profils Facebook respectifs. Comme PayPal le fait déjà sur eBay.

Toutefois, la procédure peut prendre jusqu’à trois jours en raison des délais imposés par les institutions financières intermédiaires.

Libra se veut une solution à ces délais; le transfert serait instantané comme le texte expédié par messagerie. De plus, Facebook assure qu’elle prendra à sa charge tous les frais de transaction normalement imposés par les banques concernées.

Non seulement la cryptomonnaie de Facebook est une solution de remplacement à Western Union et à PayPal, mais dans les pays du tiers-monde, la Libra offre aux épargnants la possibilité de se protéger d’une inflation galopante ou d’une dévaluation anticipée de la devise nationale.

En Inde, depuis février 2018, Facebook propose la Unified Payment Interface, une plateforme de paiement dématérialisé utilisée par un million de personnes.

La DCEP chinoise

En raison de la taille du marché intérieur chinois, le yuan est déjà une des devises les plus utilisées au monde.

Mais il n’y a pas de commerce électronique sans paiement électronique.

Afin de rendre son économie plus efficace, la Chine songe à implanter une monnaie électronique officielle qui serait émise par la Banque populaire de Chine.

L’objectif serait de supprimer les frais de transactions imposés par les banques, en plus de faciliter les flux monétaires entre elles.

Pour l’instant, cette devise électronique est connue sous le nom de Digital Currency for Electronic Payment (ou DCEP).

Les géants chinois de la distribution au détail — et les dirigeants de WeChat, équivalent chinois de Facebook — ont été avisés qu’ils seront obligés d’accepter les paiements en DCEP, ce qui en fera la devise électronique la plus acceptée au monde dès qu’elle sera offerte.

Les comptes en DCEP seront des comptes bancaires virtuels qui, à la différence de ceux en Bitcoin, seront garantis par la banque centrale du pays.

Il suffirait que celle-ci crée une carte de débit émise par les institutions bancaires du pays pour que la DCEP entre en compétition, au niveau du commerce de détail, non seulement avec les billets de banque chinois, mais également les cartes de crédit occidentales.

La carte de crédit chinoise UnionPay est déjà acceptée par 54 millions de commerces dans 174 pays. Il n’est pas exclu de penser qu’une carte de débit en DCEP puisse éventuellement la supplanter et menacer la suprématie de VISA et de MasterCard dans la vente au détail partout sur la planète.

Bien plus, il suffira aux employeurs de verser les salaires en DCEP et aux commerçants de l’accepter pour que toutes les succursales bancaires du pays ne servent plus qu’à émettre du crédit.

Si cela devait arriver, cela donnerait à l’État chinois le pouvoir de surveiller directement toutes les transactions financières du pays et de sévir contre les dissidents politiques en gelant leurs avoirs en DCEP.

Mais pourquoi la Chine songe-t-elle à faire de la DCEP une cryotomonnaie alors qu’il est beaucoup plus facile d’en faire une simple monnaie électronique ?

C’est que le principe de l’extraterritorialité des lois américaines repose sur le droit de regard que s’attribuent les États-Unis dès qu’une transaction est libellée en dollars américains.

C’est ainsi qu’en 2018, une dirigeante de Huawei a été arrêtée au Canada parce qu’une succursale de Huawei située à Hong Kong a vendu à une entreprise iranienne des ordinateurs alors que la transaction a été effectuée hors du sol américain. Ce qui viole non pas l’embargo décrété par l’ONU, mais celui décrété par Washington, beaucoup plus sévère. Le tout parce que la transaction était en dollars américains.

En devenant cryptée, la transaction en DCEP devient totalement opaque. L’émetteur peut voir l’argent qui disparait de son compte alors que le destinataire voit l’argent arriver dans le sien sans que personne sache très bien ce qui est survenu entre les deux.

Même si elle devait transiter sur des serveurs américains — autre critère qui justifierait l’extraterritorialité des lois américaines — Washington ne sait pas d’où vient l’argent, à qui elle est destinée et combien d’argent a été transféré.

Non seulement une cryptomonnaie stable dont la valeur est garantie comporte d’énormes avantages, mais elle constitue une menace à la suprématie que possèdent la City de Londres et Wall Street sur l’économie mondiale.

Et ce, en raison de l’incertitude que font planer les États-Unis en s’arrogeant un droit de regard sur la grande majorité des transactions financières effectuées par ces deux capitales financières.

Pour l’instant, rien n’empêcherait ces deux capitales d’offrir des services financiers libellés en DCEP. Mais connaissant Washington, on peut s’attendre à ce que la DCEP soit aussitôt interdite sous le prétexte qu’elle peut servir au blanchiment d’argent (ce qui est vrai aussi pour le Bitcoin). En réalité, la véritable raison sera qu’elle représente une menace à la suprématie américaine.

Concrètement, une telle interdiction signifie que vous et moi ne pourrons pas encaisser des fonds en DCEP dans des banques canadiennes.

À l’heure actuelle, douze pays sont l’objet de sanctions économiques de la part des États-Unis. Ce sont autant de pays qui seront heureux de se joindre à la deuxième économie mondiale (la Chine) pour faire commerce en DCEP.

Références :
A Chinese digital currency is the real threat, not Facebook’s Libra
DCEP: China’s National Digital Currency Overview
La Chine, puissance dominante du bitcoin, la crypto-monnaie libertaire
L’affaire Huawei : dure pour le Canada, la vie de caniche américain
Le chinois UnionPay vient défier Visa et Mastercard en Europe
Les premiers partenaires de la crypto-devise chinoise seraient Alibaba et Tencent
Libra (cryptomonnaie)
Vous pouvez désormais envoyer de l’argent à vos amis sur Facebook Messenger

Paru depuis :
Banque de France vs Facebook : Paris dégaine son propre projet de monnaie dématérialisée (2019-12-09)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Effets du protectionnisme américain contre la Chine

6 novembre 2019

La Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement a publié hier un rapport au sujet des effets de la guerre commerciale que se livrent les États-Unis et la Chine sur le commerce américain.

En gros, les États-Unis ont imposé une taxe de 25 % sur 200 milliards$US d’importations chinoises, de 15 % sur une autre tranche de 125 milliards$US de biens importés de Chine, alors qu’une dernière tranche de 175 milliards n’était pas affectée.

Si l’objectif de Donald Trump était qu’on produise de nouveau aux États-Unis des biens que les États-Unis ont pris l’habitude d’importer de Chine, cette politique est un échec.

C’est un échec parce que la différence des couts de production entre la Chine et les États-Unis est beaucoup plus grande que 25 %.

D’ailleurs, si les États-Unis imposaient des tarifs douaniers suffisamment importants, démarrer une nouvelle usine prend du temps et exige souvent l’acquisition d’une certaine expertise qui n’est pas à la portée de n’importe quel investisseur.

Ces taxes ont eu deux effets.

Le premier effet est une augmentation des importations en provenance de fournisseurs alternatifs. Même chose pour les importateurs chinois qui se sont également approvisionnés ailleurs.

Puisque cette guerre commerciale a débuté à l’été de 2018, on a comparé les importations américaines au cours de la première moitié de 2018 avec celles de la première moitié de 2019.

En provenance de la Chine, elles furent respectivement de 130 milliards$US et de 95 milliards$US, soit une baisse de 35 milliards$US (soit environ le quart du 130 milliards$US).

Environ 63 % de cette baisse a été compensée par une augmentation de l’approvisionnement auprès d’autres pays.

C’est ainsi que les exportations de Taïwan vers les États-Unis ont augmenté de 4,2 milliards$US, principalement en fourniture de bureau.

Le Mexique a augmenté ses exportations de 3,5 milliards$US en produits agroalimentaires, en matériel de transport et en machinerie électrique.

L’Union européenne a augmenté les siennes de 2,7 milliards$US.

Après le Vietnam, le Japon et la Corée du Sud, le Canada est au septième rang des bénéficiaires, avec une hausse des exportations vers les États-Unis estimée en 0,9 et 1,5 milliard$US.

En tout, c’est 21,4 milliards$US sur les 35 milliards$US perdus par la Chine qui ont été gagnés par des fournisseurs alternatifs. Le reste, soit 14 milliards$US, est dû à une baisse de la demande américaine, provoquée en partie par des pénuries d’approvisionnement.

Quant à la majorité des exportations chinoises — 95 milliards$US dans la première moitié de 2019 — elles se sont poursuivies en dépit des tarifs douaniers. Les taxes payées par les importateurs américains ont été refilées aux consommateurs américains sous forme de hausses de prix.

Quant à la Chine, si ses exportations vers les États-Unis ont baissé sur les produits tarifés, il n’est pas exclu de penser que cette baisse ait été compensée par une augmentation des ventes sur d’autres marchés.

Par exemple, après un recul de ses ventes au pire de la campagne américaine contre Huawei, cette compagnie a augmenté ses ventes à l’international de 23,2 % au premier trimestre de 2019.

Références :
Trade and trade diversion effects of United States tariffs on China
Guerres commerciales : les gagnants et les perdants
Les ventes de Huawei en hausse
Key Statistics and Trends in Trade Policy 2018

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Écrit par Jean-Pierre Martel


RONA : l’audace des traitres

3 novembre 2019

L’histoire d’une trahison

Après avoir échoué à acheter RONA en 2012, la compagnie Lowe’s était revenue à la charge avec une offre à peu près identique en 2016, offre qui fut acceptée.

La différence, c’était que le dollar canadien valait 1,05$US en 2012 et 0,75$US en 2016. De plus, RONA avait procédé à un rachat de ses actions. Donc Lowe’s en avait moins à acheter.

Conséquemment, même si le prix offert par action passait de 14,50$ à 24$, le montant total (en argent américain) était à peu près le même.

La valeur boursière (c’est-à-dire spéculative) de l’entreprise avait baissé, ce qui rendait la même offre plus intéressante pour les actionnaires.

Mais ce qui a fait toute la différence, c’est que l’américaine graissait la patte des membres du Conseil d’administration de RONA sous forme d’indemnités de départ. Dont 4,1 millions$ pour le président de l’époque.

Or, entre 2012 et 2016, le Conseil d’administration de RONA était devenu composé majoritairement d’Ontariens pour qui la défense d’un fleuron de l’économie québécoise ne voulait rien dire.

L’achat avait été facilité par le gouvernement Couillard qui avait permis (ou ordonné ?) qu’Investissement-Québec se départisse de sa minorité de blocage.

La ministre libérale de l’économie de l’époque, Dominique Anglade déclarait :

« Ce qui est important pour nous c’est que les emplois soient maintenus au Québec, que les fournisseurs québécois puissent profiter de cette transaction pour exporter et profiter des marchés étrangers et que le siège social soit maintenu au Québec. (…)
Mon rôle sera de m’assoir avec le PDG de l’organisation dans les prochaines semaines et de m’assurer que tout ce qui est présenté sur papier sera respecté.»

Ce que le gouvernement Couillard négligeait de dire, c’est que les fleurons font partie du patrimoine économique d’un pays.

De la même manière que les États interdissent l’exportation d’œuvres d’Art qui représentent la quintessence du génie national, tout politicien qui reste les bras croisés face à l’acquisition étrangère de fleurons économiques fait acte de trahison puisqu’il remet le contrôle d’un secteur de son économie à l’hégémonie d’intérêts étrangers.

Les victimes collatérales

À l’époque de la vente de RONA, Pierre-Karl Péladeau (du PQ) et François Legault (de la CAQ) prévoyaient que Lowe’s ne tiendrait pas ses promesses et que peu à peu, de plus en plus de produits américains se retrouveraient sur les tablettes des anciens magasins RONA.

Depuis, le siège social canadien est demeuré à Boucherville. Mais les véritables décisions se prennent maintenant en Caroline du Nord. D’où l’annonce récente de la suppression d’une soixantaine d’emplois à Boucherville.

Invité à réagir à ces mises à pied, le premier ministre François Legault a déclaré 

« Je ne veux pas commencer à lancer des séries de boycottages, […] mais moi j’essaie d’acheter québécois, dans des magasins québécois.»

En somme, plutôt que de dire que ces licenciements découlent de l’absence de stratégie industrielle des gouvernements Charest et Couillard, le premier ministre souligne qu’il préfère favoriser l’émergence de nouveaux géants de la distribution de matériaux de construction qui soient strictement québécois.

Voilà ce qui est une politique intelligente.

Mais l’opposition libérale ne l’entend pas ainsi. Elle accuse le premier ministre de nuire à l’économie du Québec en soulignant que les marchands affiliés à Lowe’s sont des Québécois et que de nombreux produits offerts dans leurs magasins sont produits au Québec.

Depuis Donald Trump, il est évident que même les alliés militaires des États-Unis sont considérés comme des ennemis dont il faut saper l’économie.

Or dans toute guerre commerciale, il y a des victimes collatérales. Les marchands Lowe’s et Home Depot situés au Québec sont du nombre.

Les réseaux de distribution des matériaux de construction sont des vases communicants. Quand les consommateurs délaissent une chaine au profit d’une autre, la première doit licencier du personnel parce que ses ventes baissent alors que la seconde fait le contraire parce que ses ventes augmentent.

En invitant les Québécois à délaisser les chaines américaines au profit des réseaux québécois de distribution — Canac ou Patrick Morin, par exemple — François Legault défend les intérêts québécois, trahis par ses prédécesseurs libéraux.

Les vertus du nationalisme économique dans ce cas-ci

Lowe’s et Home Depot sont deux grandes multinationales qui délocalisent leurs profits dans des paradis fiscaux.

Leurs centres de décision sont situés à l’étranger : cette distance représente un handicap pour des producteurs québécois qui veulent leur offrir leurs produits et qui, en plus, doivent le faire en anglais.

Ce n’est pas le cas des chaines vraiment québécoises.

Les sites web de ces dernières ont été conçus au Québec, ce qui favorise l’expertise d’ici dans ce domaine.

Et lorsque ces distributeurs québécois ont du succès, leurs patrons, devenus immensément riches, exercent leur mécénat au Québec.

Voilà pourquoi le nationalisme économique est sain; ne dit-on pas que charité bien ordonnée commence par soi-même…

Conclusion

Depuis plus d’une semaine, il ne se passe pas une période de questions à l’Assemblée nationale sans que l’opposition libérale tente de placer le premier ministre dans l’embarras pour avoir exprimé son nationalisme économique.

Dans leur lutte aveugle contre le nationalisme québécois sous toutes ses formes, le Parti libéral du Québec n’a de cesse que de trahir les intérêts du Québec.

Au contraire, c’est par le nationalisme économique et par la bienveillance des politiques préférentielles de l’État que nous reconstruirons, au fil des décennies, ce qu’a détruit ce parti hypocrite.

Dans ce processus de reconquête économique, il sera donc normal que les franchisés québécois de chaines américaines périclitent au profit de franchisés québécois de chaines québécoises.

Références :
Dans un livre-choc, l’ex-PDG de RONA, Robert Dutton, se vide le cœur pour le Québec inc
Des fournisseurs québécois touchés par la vente à Lowe’s
Jacques Daoust contre la vente de RONA: Couillard dit ne pas avoir été impliqué
La vente de Rona : une bonne affaire pour le Québec?
Le derrière miraculeux de la ministre
Legault et Fitzgibbon veulent encourager les quincailleries d’ici
Pourquoi Lowe’s ferme-t-il des magasins Rona?
Québec n’empêchera pas l’achat de Rona
Vente de Rona: plus de 40 millions pour les patrons

Paru depuis :
Les grands défis de la quincaillerie (2019-11-23)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Mark Norman, le ‘Dreyfus’ canadien

3 septembre 2019

Introduction

À la fin du XIXe siècle, le capitaine français Alfred Dreyfus était condamné pour espionnage (au profit de l’Allemagne) à partir de preuves circonstancielles dépourvues de valeur.

Le Canada a récemment connu sa propre affaire Dreyfuss : à partir de preuves circonstancielles également dépourvues de valeur, le vice-amiral Mark Norman a été accusé faussement d’avoir divulgué des secrets d’État en transmettant au chantier maritime Davie des informations ultraconfidentielles.

À la différence de Dreyfus, Mark Norman n’a jamais été condamné, la ‘preuve’ de la poursuite s’écroulant comme un château de cartes lors des audiences préparatoires au procès.

Prérequis à la compréhension de l’affaire

Pour comprendre l’affaire Norman, il faut savoir deux choses.

Premièrement, depuis des décennies, l’armée canadienne refuse obstinément de donner au Québec sa juste part de ses contrats militaires du pays.

Ce refus se justifie par la crainte fédérale que tout investissement militaire chez nous soit perdu le jour où le Québec accèdera à l’indépendance.

Les investissements qu’on craint de perdre, ce n’est pas tellement un entrepôt qui se trouverait du mauvais côté de la frontière. Il arrive souvent qu’un contrat militaire serve à développer de nouvelles technologies. Or c’est cela que le Canada perdrait lors de l’accession du Québec à l’indépendance.

Le problème est que pour l’instant, les Québécois paient des taxes à Ottawa. Si on leur fait payer le prix de l’indépendance même s’ils ne la font pas, ils sont tout aussi bien de la faire puisqu’alors, ils en bénéficieraient des avantages.

Deuxièmement, on doit distinguer entre l’interface ministérielle de l’État canadien et la machine étatique qui se cache derrière elle.

Marcel Masse, à l’époque où il était ministre de la Défense, pestait ouvertement contre la discrimination de son ministère envers le Québec. Mais il a été impuissant à y changer quoi que ce soit.

Parce que le véritable pouvoir à Ottawa s’exerce derrière l’interface ministérielle de l’État canadien. L’affaire SNC-Lavalin en est un parfait exemple.

Le contexte

En juin 2010, le gouvernement conservateur de Stephen Harper faisait connaitre son intention de renouveler la flotte vieillissante de la marine canadienne.

Cela signifiait l’attribution d’une série de contrats totalisant, à l’origine, 36 milliards de dollars.

À l’époque, le ministre de la Défense était Peter-Gordon MacKay, député de Nova-Centre, une circonscription où sont situés les chantiers maritimes Irving.

De plus, le gouvernement Harper était minoritaire.

On fait donc comprendre au ministre que même si la part du gâteau que son ministère attribuerait à Irving était raisonnable, ses adversaires politiques prétendraient le contraire.

D’où l’idée de confier cette décision à un comité d’experts indépendants. Ce que le ministre accepte.

L’armée canadienne en profite pour y nommer des personnes qualifiées, mais qui sont particulièrement hostiles aux intérêts du Québec.

À la remise de leurs recommandations, c’est la consternation. Le zèle du comité dépasse tout ce qu’on aurait pu imaginer; il recommande la délocalisation complète de la construction navale du Québec vers deux autres provinces.

Conséquemment, aucun contrat n’ira au plus grand chantier maritime canadien, situé à Lévis, au Québec. Pas un centime.

Entretemps, à l’issue de l’élection fédérale de mai 2011, le gouvernement Harper est devenu majoritaire.

Reconnus pour leur défense des intérêts du Québec, les députés du Bloc Québécois ont été décimés par des députés antimilitaristes du NPD pour qui un contrat militaire donné à l’un ou à l’autre, c’est du pareil au même.

À Ottawa, cette délocalisation passe donc comme lettre à la poste.

Mais qu’en est-il de la réaction du gouvernement québécois ?

Le Parti libéral du Québec craint les affrontements avec le fédéral. Ce qui, de son point de vue, ferait ‘le jeu des séparatistes’.

À l’Assemblée nationale, le gouvernement Charest répète qu’il est ‘en discussion’ avec le fédéral au sujet de la Davie et qu’il a bon espoir d’en arriver à une entente. Sa stratégie est d’étirer le temps jusqu’à ce que ce sujet ne soit plus d’actualité.

Effectivement, quelques mois après l’annonce fédérale (en octobre 2011), le Printemps érable éclate (en février 2012), reléguant la défense de la Davie aux oubliettes.

Le spectre de l’élection fédérale de 2015

Au fur et à mesure que l’élection fédérale de 2015 approche, le cabinet Harper prend conscience que le boycottage de la Davie risque de compromettre la réélection des douze députés conservateurs du Québec.

On décide donc d’entamer avec la Davie des négociations secrètes en vue de lui accorder un contrat de 670 millions$. Ce contrat sera accordé de gré à gré comme l’ont été tous les contrats dans cette affaire.

Il s’agit de convertir un pétrolier en navire de ravitaillement. Le navire sera renommé Astérix, du nom de ce héros gaulois résistant aux envahisseurs romains, une allusion se prêtant à toutes les interprétations…

Cette dépense de 670 millions$, cela correspond à 2 % des contrats de 36 milliards$ accordés à la Nouvelle-Écosse et à la Colombie-Britannique. C’est peu. Mais le tout enrobé d’un peu de flafla, les électeurs québécois ne devraient y voir que du feu.

Pour mener à bien ces négociations secrètes, le Conseil des ministres choisit le vice-amiral Mark Norman (ci-contre).

Au passé irréprochable, ce soldat est unanimement reconnu pour sa loyauté incontestable envers son pays. C’est également le deuxième militaire le plus important de l’armée canadienne.

L’affaire est menée rondement. Si bien que Stephen Harper annoncera le contrat à la veille des élections de 2015.

Les dessous d’une rivalité

Le grand gagnant des contrats de renouvèlement de la flotte canadienne, ce sont les chantiers maritimes Irving, situés en Nouvelle-Écosse.

En plus des chantiers maritimes, la famille Irving possède tous les médias écrits du Nouveau-Bunswick. Ceux-ci sont imprimés sur du papier à la fois produit par les papeteries Irving et transporté sur ses lignes ferroviaires Irving. De plus, les installations industrielles Irving sont alimentées par le pétrole issu des raffineries Irving. Etc.

Au sein de la famille de James-D. Irving, les membres du clan qui possèdent le chantier naval veulent la faillite de la Davie parce que c’est le seul obstacle à l’accroissement illimité de leur fortune personnelle.

Le contrat de rajeunissement de la flotte de la marine canadienne n’est plus de 36 milliards$. Avec les dépassements de couts, il atteint déjà 60 milliards$. Il pourrait même dépasser les 80 milliards$ puisque pas un seul navire n’a encore été livré, et ce après cinq ans de retard.

Ces dépassements de cout se justifient en partie par des modifications apportées au devis après que le contrat a été accordé à Irving. Par exemple, lorsque le ministère se rend compte qu’il a oublié de demander quelque chose.

Mais une autre partie, secrète, est en réalité une subvention déguisée. En d’autres mots, c’est un don.

La fortune des Irving est estimée entre 10 à 12 milliards$. Elle pourrait doubler ou tripler uniquement à la faveur des dépassements de couts des contrats de la marine canadienne.

La seule chose qui pourrait mettre fin à ce pillage du Trésor public, c’est que l’État canadien retire aux chantiers Irving ses contrats pour les confier à la Davie. Ce qui sera impossible si, entretemps, la Davie a fait faillite.

Aux ordres d’Irving

Retenez bien les dates.

C’est le 4 novembre 2015 que Justin Trudeau entre en fonction à titre de premier ministre du Canada.

La peinture des murs de son bureau n’est pas encore sèche qu’il est informé qu’une lettre importante a été reçue par son ministre de la Défense.

Dans celle-ci, datée du 17 novembre 2015, James (Jimmy) Irving, en sa qualité de codirecteur général des chantiers maritimes Irving, exprime le vœu que le gouvernement Trudeau sursoie à la décision gouvernementale d’accorder le contrat de conversion de l’Astérix.

Il désire qu’on étudie une contre-offre qui sera présentée conjointement par Irving et l’américaine Maersk.

On ne sait pas précisément à quel jour cette lettre arrive sur le bureau de Trudeau.

Mais on sait que le 20 novembre 2015 — trois jours après la date de la lettre — Trudeau ordonne qu’on réévalue le contrat accordé à la Davie.

Évidemment, lorsqu’une décision déjà prise est réévaluée, ce n’est jamais pour trouver des arguments supplémentaires qui la justifient. C’est toujours pour lui trouver des puces.

Le 21 novembre 2015 (le lendemain), le site web iPolitics dévoile le contenu de la lettre d’Irving, une nouvelle aussitôt reprise par tous les journaux du pays.

Justin Trudeau, qui passe alors aux yeux de tous comme un valet d’Irving, est furieux; c’est une de ses toutes premières décisions en tant que chef d’État et voilà qu’elle fuite le lendemain dans les journaux.

Le premier ministre possède son propre ministère personnel qu’on appelle le Bureau du Conseil privé. Les mandarins les plus puissants y siègent, de même qu’un très petit nombre de ministres.

En somme, c’est le lien entre la machine de l’État canadien et son interface ministérielle.

À quel niveau s’est produite la fuite ? D’emblée, on exclut la possibilité que cela provienne du cabinet du premier ministre, où se trouvent les personnes en qui il a le plus confiance. Mais est-ce au niveau du Bureau du Conseil privé ? Du ministère de la Défense ? De l’armée canadienne ?

Se sentant trahi, le premier ministre ne décolère pas.

Le Bureau du Conseil privé sera celui qui portera plainte officiellement auprès de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) afin qu’on trouve le ou les responsables de cette fuite.

L’ouverture de cette enquête — qui fait en sorte que la police débarque avec ses gros sabots au sein de l’appareil de l’État canadien — fait éclater un conflit qui couvait déjà entre la machine de l’État canadien et son interface ministérielle.

Ce conflit est antérieur à l’arrivée au pouvoir de Justin Trudeau. Il remonte à l’époque où le bureau de Stephen Harper en menait large. La main de fer du chef conservateur maintenait le couvercle sur la marmite; celle-ci débordera sous Trudeau.

La férocité des intrigues de palais

Les fonctionnaires du ministère de la Défense, du ministère des Approvisionnements et du Conseil du Trésor ont toujours été hostiles au contrat de l’Astérix; il a été accordé par-dessus leur tête, sans consultation préalable avec l’armée.

De manière sournoise, on va détourner la colère de Trudeau contre le vice-amiral Norman, celui sans qui cette entente ne serait pas intervenue.

À la question : D’après vous, qui aurait pu faire ça ? La réponse est évidente. Le vice-amiral a aidé la Davie à obtenir le contrat. Il y connait des gens. Il a leurs numéros de téléphone et leurs adresses électroniques. Probablement qu’il s’y a fait des amis. Si le contrat qu’il a négocié patiemment pendant des semaines tombe à l’eau, c’est tout son travail qui s’écroule.

Si on n’a pas encore l’arme du crime, on a déjà le mobile.

En réalité, à chacune des étapes de la négociation secrète entre le cabinet Harper et la Davie, le vice-amiral recevait un mandat qui l’autorisait à procéder.

Mais tous ces documents sont archivés.

Normalement, les discussions du Conseil des ministres sont ultraconfidentielles. S’il le juge approprié, un cabinet peut accepter de lever la confidentialité de ses propres documents. Mais la loi lui interdit de révéler ceux des administrations précédentes.

Incapable d’obtenir les documents du Conseil des ministres, la police se tourne vers le ministère de la Défense. Encore là, leurs recherches ne mènent à rien.

Ce que les enquêteurs policiers ignorent, c’est qu’à ce ministère, on utilise des pseudonymes pour préserver le secret des communications internes.

C’est ainsi que le vice-amiral était surnommé Kraken, The Boss ou C34, selon le niveau hiérarchique qui émettait le message.

Sans connaitre au moins un de ses surnoms, toute recherche à son sujet était vaine. Or personne ne leur avouera le secret.

Si bien qu’au fil des mois, l’enquête piétine.

Exaspérés par ces enquêteurs qui fouinent dans leurs affaires, les fonctionnaires expriment de plus en plus ouvertement leur conviction que Norman est le coupable.

Le message est simple : branchez-vous, accusez Norman et fichez-nous la paix.

Justin Trudeau sait que la GRC a un suspect. Il en connait même le nom.

En tant que plaignant officiel, le Bureau du Conseil privé est informé du déroulement de l’enquête. De plus, la GRC a besoin de la collaboration de certains grands mandarins pour comprendre le fonctionnement de la machine complexe de l’État canadien.

Le 1er février 2018, à une assemblée publique à Edmonton, Justin Trudeau se fait demander la question suivante : « Quand votre gouvernement cessera-t-il sa chasse aux sorcières contre le vice-amiral Mark Norman, un homme qui a loyalement servi son pays depuis plus de trente ans ? ».

Piqué au vif, le premier ministre commet l’imprudence de répondre qu’il a approuvé la suspension du vice-amiral Norman (survenue en janvier 2017), que l’enquête contre lui est avancée, et qu’elle aboutira inévitablement à une plainte devant les tribunaux.

The prime minister added, without elaborating, that the case against Norman was “very much underway in terms of investigation and inevitably court processes.

Trudeau avait déjà fait une déclaration semblable le 6 avril 2017.

Il s’agit d’une erreur capitale de sa part; aux yeux de tous, il apparait désormais comme celui qui tire les ficelles de l’enquête policière.

En réalité, les choses ne sont pas aussi simples.

Sous la pression des déclarations publiques du premier ministre, les enquêteurs finissent par affirmer sous serment avoir acquis la conviction que Norman est le coupable, en dépit de la faiblesse de la preuve qu’ils soumettent à la Direction des poursuites pénales (DPP).

En ce début de 2018, la DPP est indisposée par un autre dossier. C’est celui que le premier ministre pilote de manière expéditive et qui irrite la DPP au plus haut point : le Régime d’accord de poursuite suspendue.

La loi à ce sujet sera adoptée en juin 2018. La DPP estime ne pas avoir été suffisamment consultée. En somme, elle croit que Justin Trudeau lui a passé cette loi sur le corps.

La DPP est habituée à juger de la valeur d’une enquête policière. Même quand les policiers se disent persuadés que quelqu’un est coupable, elle sait qu’une tonne de soupçons ne vaut pas un gramme de preuve.

La DPP est assez puissante pour tenir tête à Trudeau; c’est ce qu’elle a fait dans le dossier SNC-Lavalin. Mais dans ce cas-ci, elle décide de donner à Trudeau un cadeau empoisonné, soit celui de donner l’impression qu’elle obéit à ses ordres.

Conséquemment, elle dépose sa plainte le 9 mars 2018.

Victime d’intrigues de palais, le vice-amiral devient ainsi le premier haut gradé accusé d’avoir violé le Code criminel en laissant filtrer des informations confidentielles du Cabinet fédéral.

La DPP sait que les audiences devraient débuter à proximité du déclenchement des élections. Elle connait bien la politique. Qu’elle se garde bien de faire… officiellement.

Finalement, le vent tourne

C’est l’avocate embauchée par Mark Norman — une pitbull de la profession juridique — qui fera le travail à la place de la police.

L’avocate a obtenu les témoignages des anciens ministres conservateurs, jamais interrogés par la GRC. Ceux-ci affirment que les négociations du vice-amiral Norman avec la Davie se déroulaient dans le cadre étroit des mandats issus du Conseil des ministres.

Le 7 mai 2019, tel que prévu, la DPP doit capituler lors d’une audience préparatoire devant la Cour de l’Ontario; elle retire sa plainte. Le tout ne durera que quinze minutes.

Une semaine plus tard, la Chambre des communes adoptait à l’unanimité une motion s’excusant auprès du vice-amiral Norman pour ce que l’État canadien lui a fait subir. Le premier ministre et le ministre de la Défense ont quitté les Communes avant le vote.

Quel contraste entre la réaction de Justin Trudeau à l’issue de cette affaire et celle du premier ministre François Legault qui, récemment, avait la grandeur d’âme de s’excuser publiquement d’avoir injustement congédié Louis Robert, un agronome tout aussi dévoué à l’intérêt public que le soldat Mark Norman.

Références :
Bureau du Conseil privé (Canada)
Chantier Davie: une enquête de la GRC lancée après une colère de Trudeau
Code Name ‘Kraken’: How Mark Norman’s lawyers allege military used pseudonyms to hide records
Construction navale : des milliards$ au Canada anglais et du vent pour le Québec
Discussions avec la Davie : Mark Norman a agi avec l’autorisation du gouvernement Harper
Irving head pressed Trudeau cabinet to stall deal for new supply ship
« J’ai agi avec intégrité » : l’accusation contre le vice-amiral Mark Norman suspendue
J.D. Irving
La Davie et le petit pain fédéraliste
Les dessous d’Irving
La façade ministérielle de l’État canadien
L’affaire Mark Norman, ou la torpille qui n’a jamais explosé
Sale job de la GRC
Trudeau says case against Vice-Admiral Norman will ‘inevitably’ lead to ‘court processes’
Witness at Mark Norman hearing alleges DND attempts to keep files hidden from public view

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le suicide des Inuits : Greenpeace vs Huawei

2 août 2019

Le suicide des Inuits

La partie arctique du territoire québécois porte le nom de Nunavik. C’est là que vivent les 13 000 Inuits du Québec — autrefois appelés ‘Esquimos’ — répartis dans quatorze villages.

En 2018, trente-six Inuits québécois se sont enlevé la vie. Au cours des six premiers mois de cette année, il y en a eu 19, soit légèrement plus qu’au cours de la même période l’an dernier.

Le taux de suicide chez les Inuits est neuf fois plus élevé que dans l’ensemble de la population canadienne. Chez leurs ados, c’est trente fois la moyenne du pays.

Alors on fait des réunions. On adopte des résolutions. On met sur pied des centres d’appels afin d’offrir un support psychologique.

Mais en dépit de tout, l’hécatombe continue.

L’impérialisme culturel de Greenpeace

En 2016, l’avocate Alethea Arnaquq-Baril a réalisé un documentaire de 82 minutes intitulé Inuk en colère (sic).

Ce film est une critique sévère du boycottage par Greenpeace de ce qui constituait la principale source de revenus des Inuits, soit la vente de la fourrure.

Non seulement ce boycottage a ruiné leur économie, mais fait augmenter de manière soudaine et durable le taux de suicide chez les Inuits, particulièrement chez les adolescents.

Toujours en vigueur, ce boycottage se justifie par le désir de protéger les bébés phoques d’une mort cruelle. En réalité, les Inuits n’ont jamais pratiqué la chasse aux blanchons, réservée aux populations du golfe du Saint-Laurent, à mille kilomètres de chez eux.

Accusée de participer au génocide des populations autochtones du Canada, la multinationale néerlandaise tient à préciser qu’elle ne s’oppose qu’à la chasse ‘commerciale’ de la fourrure.

En réalité, la chasse ‘commerciale’ des phoques n’existe pas en tant que telle.

Les phoques sont la seule source alimentaire des Inuits (si on exclut les onéreuses importations aériennes de nourriture).

Le documentaire montre que lorsqu’un Inuit revient de chasse, l’animal est dépecé, partagé immédiatement avec les autres membres de sa communauté et mangé cru (puisque la cuisson détruirait le peu de vitamine C que contient la chair animale).

Cette culture du partage est une caractéristique fondamentale de toutes les sociétés dont la survie est menacée.

Non comestible, la peau des phoques sert à confectionner des vêtements. Et lorsque tout le monde est vêtu chaudement, le reste des peaux constituaient autrefois une source de revenus appréciable.

Ce n’est plus le cas. Sans avenir, un certain nombre d’Inuits préfèrent s’enlever la vie que de poursuivre une existence misérable.

Huawei

Le 22 juillet dernier, la succursale canadienne de la compagnie chinoise Huawei annonçait avoir obtenu la permission d’Ottawa de déployer d’ici 2025 un réseau téléphonique 4G dans plus de soixante-dix villages nordiques canadiens, dont une cinquantaine (la part du lion) au Québec.

Le 4G est une technologie inoffensive déjà utilisée par des milliards d’êtres humains à travers le monde sans aucun problème, même lorsqu’elle repose sur du matériel téléphonique fabriqué par Huawei.

Si on ajoute les neuf villages cris et les onze communautés innus aux quatorze villages inuits, on est loin du compte de cinquante communautés québécoises qui bénéficieront de ce déploiement.

C’est donc à dire qu’un certain nombre de villages québécois peuplés principalement de non-Autochtones en bénéficieront aussi.

Mais oublions le cas de ces derniers puisque c’est hors sujet.

Ce qu’il faut retenir, c’est que d’ici quelques années, l’arrivée du 4G permettra de susciter l’esprit d’entreprise au sein des communautés inuites qui sont actuellement réduites à la misère sociale notamment par l’impérialisme culturel pavé de bonnes intentions de Greenpeace.

L’offre de Huawei, c’est un moyen concret qui aidera les Inuits à faire rayonner leur culture, à offrir des biens et des services au reste de la planète, et lentement bâtir une économie qui fera reculer les problèmes sociaux auxquels ils sont confrontés.

Références :
Huawei sous les projecteurs alors qu’elle déploiera le 4G dans le Grand Nord
Les limites du charme
Suicides: le Nord s’enfonce dans la crise

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Boycottons les vins australiens

17 juillet 2019
Un vignoble québécois

Introduction

L’Organisation mondiale du commerce (OMC) entendra demain et vendredi la plainte logée l’an dernier par l’Australie contre le Canada.

L’Australie reproche à Ottawa de violer ses obligations internationales en tolérant dans quelques provinces (dont le Québec) des modes de distribution qui favorisent ‘injustement’ les producteurs locaux au détriment de ses producteurs de vins à elle.

La production de certains vignobles québécois est tellement limitée que leurs vins ne peuvent être offerts en succursale de la SAQ puisque ces produits seraient constamment en rupture de stock.

Le gouvernement québécois a donc décidé de permettre à ces petits producteurs d’offrir leurs vins dans les épiceries et dépanneurs de leur région, sans avoir à passer par les entrepôts de la SAQ.

Depuis 2016, la loi 88 permet donc aux vins québécois d’être vendus directement à l’épicerie.

Par contre, les épiceries québécoises ne peuvent obtenir de vin importé qu’en s’approvisionnant auprès des entrepôts de la Société des alcools du Québec (qui impose sa marge de profit, ce qui en fait monter le prix).

Voilà ce que l’Australie juge discriminatoire.

Mondialisation et OMC

La mondialisation est un processus qui a débuté il y a des milliers d’années avec l’invention de la roue. Cette dernière permettait l’offre de marchandises bien au-delà de ce qu’on pouvait livrer à pied.

Avec l’amélioration des moyens de transport, ce phénomène a pris une ampleur considérable dans la deuxième moitié du XXe siècle.

Mais il repose sur des couts de transport négligeables.

Ce qui nécessite qu’on maintienne bas le prix des hydrocarbures, notamment par le déclenchement de guerres dans les pays producteurs. Ce qui les obligent à maintenir maximale leur production afin de soutenir l’effort de guerre.

Ce mode de développement mène la planète à sa perte.

D’où l’idée de favoriser l’achat de produits locaux dont l’empreinte environnementale est généralement moindre que leurs alternatives qui parcourent des milliers de kilomètres pour nous arriver.

La question est donc de savoir dans quelle mesure la liberté de l’accès aux marchés doit primer sur toute préoccupation environnementale.

La parole citoyenne

Au Québec, les producteurs australiens vendent seize fois plus de vin que nos producteurs. Ailleurs, la concurrence québécoise n’existe pas.

Mais cette industrie milliardaire en veut plus; comme le loup de la fable, l’industrie viticole australienne accuse indirectement la SAQ de troubler son breuvage.

Le simple citoyen se croit impuissant face aux accords commerciaux négociés en catimini par le gouvernement fédéral alors que ce dernier accepte une perte de la souveraineté du peuple sans que le peuple, justement, ait à se prononcer.

Dans ce cas-ci, nous avons affaire à un produit de consommation — le vin australien — dont nous pouvons nous passer en raison des nombreuses alternatives provenant d’ailleurs.

Quelle belle occasion de donner une leçon à ce grand capital dont la recherche effrénée de profits conduit au saccage de la planète.

D’où l’idée, simple, de boycotter les vins australiens.

D’ici à ce que l’OMC rende son jugement, j’ignore si l’Australie peut encore retirer sa plainte. Mais même s’il est trop tard, une chute brutale et permanente des ventes de vins australiens au Québec sera de nature à dissuader d’autres pays à suivre l’exemple de l’Australie.

De plus, aucun traité international ne peut forcer le citoyen à acheter un produit dont il ne veut pas. Donc l’OMC ne peut rien faire contre chacun d’entre nous.

C’est la loi du marché. Or le marché, c’est nous.

Au-delà de nos actions individuelles, il serait bon qu’elles soient appuyées par nos institutions.

La Société des alcools du Québec pourrait mettre bien en évidence, dans la section des vins australiens, une grande affiche où on pourrait lire : ‘Chaque fois que vous achetez un vin australien, une partie de votre argent servira à nuire à l’économie du Québec’.

Les employés de la SAQ devraient être formés pour être capables de bien répondre aux questions que susciterait cet avis.

Quant au gouvernement de la CAQ, j’imagine que son nationalisme économique serait compatible avec un tel boycottage, ce qui trancherait avec l’immobilisme niais du gouvernement qui l’a précédé.

Références :
Le sort du vin québécois en épicerie débattu lundi à l’OMC
Litige canado-australien sur le vin: le Québec à l’OMC

Paru depuis :
Devrait-on boycotter des vins? (2019-08-23)

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 — 1/500 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 26 mm

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| 2018-202X (années Legault), Économie, Politique québécoise | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


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