Le colonialisme économique ‘canadian’

16 décembre 2018

Introduction

Sous la plume de son chroniqueur Konrad Yakabuski, Le Devoir publiait hier un texte qui présentait les Québécois comme des parasites vivant au crochet des provinces riches du Canada. Et ce, par le biais des transferts de péréquation.

À l’époque des gouvernements péquistes de Jacques Parizeau, de Lucien Bouchard et de Bernard Landry, le Québec s’était haussé au quatrième rang des provinces canadiennes quant au revenu disponible par personne.

À juste titre, le fédéral avait alors réduit les sommes versées au Québec à titre de péréquation.


Déficit commercial du Québec, de 1981 à 2012, en milliards de dollars
Balance_commerciale_30_ans

 
Le Québec connaissait alors des surplus commerciaux et l’équilibre de ses finances publiques.

Mais au cours des seize ans de gouverne libérale, le Québec a glissé progressivement jusqu’à l’avant dernier rang canadien (sous Jean Charest), pour finalement atteindre la queue sous Philippe Couillard.

En effet, la croissance économique du Québec a été en deçà de la moyenne canadienne douze des seize années au cours desquelles le Parti libéral a été au pouvoir.

Cet appauvrissement n’est pas lié directement à l’incompétence des divers ministres libéraux de l’Économie — dont Dominique Anglade — mais indirectement à leur passivité face au colonialisme du gouvernement fédéral canadien.

On ne voulait pas critiquer Ottawa par crainte d’alimenter l’indépendantisme québécois.

De quoi avait-on peur de parler ?

L’industrie aéronautique québécoise vs l’industrie automobile ontarienne

En 2009, le plan de sauvetage de l’industrie automobile ontarienne a consisté essentiellement en des prêts remboursables de 13,7 milliards$ consentis à GM et Chrysler, alors au bord de la faillite.

À l’époque, l’industrie aéronautique québécoise, durement frappée par la récession, n’a pas bénéficié d’un plan de sauvetage analogue.

En juillet 2015, on annonçait un prêt de cent millions$ pour Toyota Canada dont 57,8 millions$ d’Ottawa.

En mai 2016, la même compagnie recevait une subvention — c’est-à-dire un don — de 200 millions$, en bonne partie payée par le fédéral.

En 2017, lorsque Bombardier s’est retrouvé à court de liquidités après avoir investi plus de 5,4 milliards$ en R&D, le fédéral a consenti un prêt remboursable (donc au final, rien du tout) de 372,5 millions$, dont 248 millions$ — les deux tiers — à la condition que Bombardier maintienne ses activités en Ontario (où sont construits ses avions d’affaires Global 7000).

Ce prêt représente 3% des sommes consacrées au sauvetage de l’industrie automobile ontarienne.

Après ce prêt chiche, Ottawa accordait un don de 100 millions$ à un centre de recherche de Ford Canada.

En octobre 2018, le fédéral radiait le prêt consenti à Chrysler lors de la Grande Récession. Ce prêt et ses intérêts représentent la somme de 2,6 milliards$.

En février de cette année, Ottawa provoquait l’annulation d’un contrat québécois de vente d’hélicoptère civils aux Philippines représentant des retombées économiques de 2,7 milliards$ pour l’économie québécoise.

La délocalisation de la construction navale canadienne

À ce travail de sape s’ajoute la délocalisation de la construction maritime canadienne du Québec vers deux autres provinces.

Décidée en 2011 à la faveur d’un contrat de vingt milliards$ — porté à plus de 60 milliards$ avec les dépassements de couts — cette délocalisation ne laisse au Québec que des miettes.

On la justifie par une succession de motifs fuyants. La dernière raison officielle est que ‘le Québec ne fait pas partie de la stratégie maritime du Canada’ (sic).

Le Québec n’est pas la seule province dans ce cas. L’Alberta et la Saskatchewan n’en font pas partie parce qu’elles n’ont pas accès à la mer. L’Ontario parce qu’il n’y a pas de chantier maritime.

Le Québec, lui, n’en fait pas partie parce que l’État canadien en a décidé ainsi.

Ceci n’est pas nouveau. Depuis des décennies, l’armée canadienne refuse de donner au Québec sa juste part des contrats militaires du pays.

Ce qui est nouveau, c’est qu’on ne s’en cache plus; cette discrimination est maintenant reconnue officiellement. En effet, en jargon technocratique, ‘le Québec ne fait pas partie de la stratégie maritime du Canada’ signifie ‘nous ne voulons pas accorder de contrats au Québec’.

Le sauvetage de Bay Street

Lors de la Grande récession, l’aide accordée aux banques canadiennes a atteint 114 milliards$.

De cette somme, rien ne fut accordé aux Caisses populaires Desjardins sous le prétexte que celles-ci ont une charte québécoise, et non fédérale.

En d’autres mots, cette aide ne servit qu’à aider les banques ontariennes de Bay Street.

La part de ce sauvetage ontarien qui fut payée par le Québec correspond à une bonne partie de ce que notre province a reçu en péréquation durant la première décennie de ce siècle.

L’industrie laitière québécoise

À chaque nouveau traité de libre-échange, l’industrie laitière québécoise sert de monnaie d’échange pour sauver l’industrie pétrolière albertaine et l’industrie automobile ontarienne.

Lac-Mégantic

Au cout d’environ un milliard$, la tragédie de Lac-Mégantic est la pire catastrophe environnementale de l’histoire canadienne. Elle a été causée secondairement par le laxisme d’Ottawa (qui a préféré remettre la sécurité des Canadiens entre les mains d’aventuriers).

Avant cette tragédie, le fédéral payait la totalité des dommages causés par les catastrophes survenues au Canada anglais dans ses domaines exclusifs de compétence constitutionnelle.

Mais à Lac-Mégantic, le fédéral a décidé d’en payer seulement la moitié. « Nos règles ont changé » disait M. Harper. Évidemment.

L’industrie pétrolière

Les Québécois paieront leur juste part de l’achat du vieux pipeline Trans-Mountain (au prix de 4,5 milliards$), sans compter les frais qui seront occasionnés par l’augmentation de sa capacité.

À cela s’ajoute un plan, annoncé ce mois-ci, de 1,6 milliard$ pour redynamiser le secteur pétrolier et gazier du Canada.

Mélange d’investissements, de subventions et de prêts, ce plan représente à lui seul quatre fois le montant du prêt remboursable offert pour sauver Bombardier de la faillite (un prêt qui, une fois remboursé, n’aura rien couté au fédéral).

L’industrie forestière

En plus de sa mollesse à s’opposer aux tarifs douaniers de Trump sur le bois d’œuvre, Ottawa a accordé une aide de 75 millions$ pour lutter contre l’épidémie de la Tordeuse des bourgeons de l’épinette dans l’Est du Canada.

Toutefois, seules les provinces maritimes seront éligibles. En effet, le programme concerne exclusivement celles-ci alors qu’aucun autre programme d’aide n’est prévu pour notre province. Pourtant, l’aire dévastée au Québec est à elle seule supérieure à celle des quatre provinces maritimes réunies.

Cette subvention fédérale donne un avantage compétitif à l’industrie forestière des maritimes contre celle du Québec.

La mise sous tutelle d’Hydro-Québec

La partie 2 du projet de loi C-69 s’intitule Loi sur la Régie canadienne de l’énergie. Ce projet de loi devrait être adopté par le Sénat canadien d’ici quelques jours.

Son article 355 interdit l’exportation d’électricité sauf conformément à un permis émis par le fédéral.

En clair, Ottawa veut mettre Hydro-Québec sous tutelle. La société continuera de fonctionner comme avant sauf que toutes ces grandes décisions devront dorénavant recevoir l’autorisation du fédéral.

Concrètement, pour Hydro-Québec, cela veut dire des délais supplémentaires et l’obligation de traduire en anglais les milliers de pages d’études et de documents techniques destinés à être soumis au Canadian Energy Regulator. Parce que si la fonction publique fédérale est à 92% unilingue anglais à Ottawa, imaginez à Calgary…

Bien plus : l’organisme situé à Calgary pourra faire pression pour que le gouvernement québécois facilite la réalisation de projets pétroliers albertain au Québec en retardant nos projets hydroélectriques. Ce sera donnant-donnant.

Le sabotage judiciaire

En plus de saboter l’économie du Québec, Ottawa a cherché à paralyser son système judiciaire.

Plus tôt cette année, le fédéral tentait de faire invalider toutes les lois du Québec par le biais d’une cause intentée par les dirigeant fédéralistes du Barreau du Québec (cause financée en sous-main par Ottawa).

Cette catastrophe judiciaire n’a été évitée que par une assemblée générale extraordinaire convoquée par des avocats membres de cette corporation professionnelle.

On peut imaginer le cout astronomique d’une paralysie totale des tribunaux — plus aucune loi provinciale n’étant valide — si l’opération hostile d’Ottawa avait réussi.

Tout ceci est tellement énorme qu’on a peine à croire que la machine de l’État canadien puisse à ce point haïr le Québec qu’elle est prête à y déclencher l’anarchie judiciaire, heureusement évitée de justesse.

Conclusion

Le fédéral est l’héritier du pouvoir colonial britannique. Mais contrairement aux autres pays colonisateurs, ses colonies ne sont pas sous les Tropiques; elles sont, à l’interne, encastrées dans son territoire.

Ce sont une constellation de réserves indiennes régies par un apartheid juridique visant à leur extermination et le Québec à qui on siphonne 50 milliards$ de taxes et d’impôts en contrepartie de 9 à 13 milliards$ de péréquation à la condition de se tenir tranquille.

En dressant la liste des dépenses d’Ottawa au Québec, même en y incluant la péréquation, on arrive à une somme inférieure à ce que les contribuables québécois versent au fédéral. Cela signifie que la péréquation, au fond, c’est notre argent que nous redonne le fédéral en nous faisant croire qu’il nous fait l’aumône.

Références :
Le biais du fédéral : industrie automobile ontarienne vs industrie aéronautique québécoise
Foresterie : le biais fédéral
La Davie et le petit pain fédéraliste
Lait : Trudeau capitule
La lourde responsabilité du gouvernement Harper dans la catastrophe de Lac-Mégantic
Le parasite
Le sabotage de la vente d’hélicoptères québécois par le ministre fédéral François-Philippe Champagne
Les miettes fédérales à Bombardier
Ottawa finance la demande d’annulation de toutes les lois du Québec
Ottawa verse 1,6 milliard de dollars pour redynamiser le secteur pétrolier et gazier
Ottawa veut mettre Hydro-Québec sous tutelle
Pétrole et péréquation: le chemin sera long
Un gouvernement de trop

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’espionnage de l’État canadien n’a pas de limite

10 décembre 2018


 
Par le biais de Statistique Canada, le gouvernement canadien veut obtenir automatiquement — et sans leur consentement — le détail des transactions effectuées par les citoyens canadiens, de leurs retraits bancaires aux paiements par carte de crédit, en passant par le solde de leur compte de banque.

Les données qu’exige de consulter Statistique Canada ne sont pas anonymes. L’organisme fédéral veut les noms des citoyens concernés afin, dit-il, de pouvoir effectuer des recoupements avec d’autres données et ainsi produire de meilleures statistiques.

C’est en octobre dernier que le réseau de télévision Global a révélé qu’à partir de janvier prochain, Statistique Canada forcera neuf banques à lui transmettre les données détaillées de 500 000 de leurs clients.

Le statisticien en chef du Canada, Anil Arora, justifie cette décision par le fait que son organisme éprouve des difficultés croissantes à convaincre un échantillon de citoyens choisis aléatoirement à consigner pendant un mois toutes leurs transactions et à lui transmettre ces données.

D’où l’idée d’espionner à leur insu des centaines de milliers de citoyens canadiens et — pourquoi pas — l’ensemble de la population canadienne lorsque Statistique Canada aura mis au point les logiciels qui permettront de le faire.

Les firmes de sondage prédisent tant bien que mal les résultats des élections à partir d’un échantillon aussi petit qu’un millier de répondants. Pourquoi Statistique Canada a-t-il besoin d’un échantillon aussi vaste qu’un demi-million de personnes si ce n’est pour mettre au point un système d’espionnage massif qui sera éventuellement étendu à l’ensemble de la population canadienne.

Évidemment ces données seront toujours incomplètes.

En juin 2017, le gouvernement Trudeau a permis aux iles Cook de s’ajouter à la liste des paradis fiscaux dans lesquels les entreprises et les riches canadiens pourront cacher leur argent à l’abri du fisc et à l’abri des savantes analyses de consommation de Statistique Canada.

On comprend donc mal comment ce même gouvernement tient tant à mettre son nez dans les finances des citoyens ordinaires alors qu’il est si indifférent à ce que fait de leur argent le 1% de la population du pays qui accapare une proportion croissance de la richesse du pays.

Quant au danger que la banque de données nominatives créée par Statistique Canada tombe en de mauvaises mains, on trouvera en annexe une liste d’organismes et de multinationales (dont Microsoft) qui, après avoir fait appel aux plus grands experts, croyaient vainement en l’invulnérabilité de leur système informatique.

Jusqu’ici, si les données de Statistique Canada n’ont jamais été piratées, c’est qu’elles n’avaient pas de valeur marchande. Mais en dressant la liste de toutes les transactions financières du pays, cela cessera d’être le cas. On peut donc anticiper l’inévitable…

Références :
Informations bancaires: le commissaire à la vie privée enquête sur Statistique Canada
Informations bancaires: Statistique Canada veut rassurer les citoyens
L’Accord avec les Îles Cook critiqué

Au sujet de l’espionnage de l’État :
The British Big Brother

Au sujet des paradis fiscaux :
Pour la déclaration obligatoire des investissements des élus dans les paradis fiscaux
Vive les paradis fiscaux !

Détails de la photo : Droits appartenant à Stokkete. Photo distribuée par la banque d’images Onepixel.


Annexe : Quelques victimes de piraterie informatique
 
2 million Facebook, Gmail and Twitter passwords stolen in massive hack (2013-12-04)
Target a été victime d’une gigantesque fraude informatique (2013-12-19)
Les données de 4,6 millions d’utilisateurs de Snapchat piratées (2014-01-02)
Aux États-Unis, le hold-up numérique du siècle (2014-01-13)
Le compte Twitter de Microsoft piraté par des activistes syriens (2014-01-13)
Des renseignements privés de 620 000 Albertains dans un portable volé (2014-01-23)
Barclays blasted over ‘catastrophic’ theft of thousands of customer files (2014-01-23)
Les NAS d’environ 900 contribuables ont été soutirés de l’Agence du revenu du Canada (2014-04-14)
Nouveau vol de données chez Orange: 1,3 million de personnes touchées (2014-05-06)
eBay urges users to reset passwords after cyberattack (2014-05-21)
La liste électorale du Québec vendue sur Internet (2014-05-29)
La cyberattaque a touché un système de données personnelles (2014-08-01)
Mozilla confirms leak of 76,000 developer email addresses (2014-08-05)
Des photos piratées de vedettes américaines dénudées circulent sur Internet (2014-09-01)
La poste américaine victime d’une attaque informatique (2014-11-10)
Attaque informatique: Sony tient une réunion avec ses employés (2014-12-15)
Une attaque informatique a permis de dérober 300 millions de dollars à des banques (2014-12-15)
L’attaque informatique contre le fisc américain serait liée à la Russie (2014-05-28)
OPM hack: China blamed for massive breach of US government data (2015-06-05)
Le vendeur de logiciels espions Hacking Team victime d’un piratage massif (2015-07-06)
Des millions d’adultères menacés par des pirates (2015-07-20)
Piratage contre le fisc américain: davantage de foyers touchés (2015-08-17)
5,6 millions d’empreintes digitales volées dans le piratage d’une agence américaine (2015-09-24)
Vol d’identités à l’École Polytechnique de Montréal : la liste s’allonge (2015-11-05)
VTech : 6,4 millions de comptes d’enfants piratés dont 1,17 en France (2015-12-02)
Massive database of over 190 million registered voters’ information leaked online (2015-12-02)
Anonymous publie des données sur 1 400 participants de la COP21 (2015-12-04)
Des informations confidentielles de sous-traitants du ministère de la défense publiées par Anonymous (2016-02-23)
50 millions de Turcs voient leurs données personnelles divulguées sur le Web (2016-04-07)
Des milliers de documents d’une loge maçonnique publiés sur le Web après un piratage (2016-04-21)
Les données personnelles de millions d’électeurs mexicains fuitent en ligne (2016-04-25)
Plus d’un million de profils du site de rencontres Beautifulpeople ont été dérobés (2016-04-26)
Mots de passe piratés (bis) : l’impossible protection? (2016-06-09)
Comment les pirates d’OurMine ont-ils hacké les comptes des patrons de la Silicon Valley ? (2016-07-19)
La Corée du Nord a piraté des courriels de responsables sud-coréens (2016-08-01)
Dropbox hack leads to dumping of 68m user passwords on the internet (2016-08-31)
Violation de confidentialité informatique à la Banque Nationale (2016-09-14)
500 millions de comptes piratés chez Yahoo! (2016-09-22)
Le site de rencontres AdultFriendFinder piraté, 412 millions de comptes compromis (2016-11-15)
Un milliard de comptes Yahoo supplémentaires piratés (2016-12-14)
McDonald’s Canada victime de piratage (2017-04-01)
Un pirate informatique a accédé à des renseignements sur des clients de Bell (2017-05-15)
Vol massif de renseignements personnels chez Equifax (2017-09-09)
Les données d’un million d’utilisateurs de Canoe.ca ont été piratées (2017-09-12)
Cent mille Canadiens touchés par le piratage d’Equifax (2017-09-20)
Uber a caché que les données de 57 millions de ses utilisateurs ont été piratées (2017-11-21)
Les données de 100 000 clients de Bell pourraient avoir été piratées (2018-01-23)
Equifax: 2,4 millions de personnes de plus affectées par le piratage massif (2018-03-01)
Des données de près de 700 000 lecteurs du site de « L’Express » accessibles en ligne (2018-03-01)
Des pirates menacent de révéler les données de 90 000 clients de BMO et Simplii (2018-05-30)
British Airways sonnée par un vol massif de données (2018-09-07)
Un piratage massif compromet l’identité de 1 milliard d’Indiens (2018-09-11)
Facebook révèle une faille de sécurité qui a compromis 50 millions de comptes (2018-09-28)
Gigantesque vol de données chez Marriott International (2018-11-30)
Le ministère des affaires étrangères victime d’un piratage (2018-12-13)
Les photos privées de 6,8 millions d’utilisateurs Facebook dévoilées par une faille de sécurité (2018-12-14)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Bombardier coupe de 2 500 postes au Québec

14 novembre 2018

Introduction

Des cinq-mille emplois que Bombardier abolira à travers le monde d’ici un an et demi, la moitié seront éliminés au Québec.

En raison de l’importante pénurie actuelle de main-d’œuvre au sein de l’industrie aéronautique québécoise, les analystes prédisent que les employés licenciés devraient trouver facilement un emploi ailleurs.

Bref, ce n’est pas une catastrophe. Toutefois, il y a quelque chose d’anormal dans tout cela.

À la fin de 2015, le gouvernement Couillard a investi 1,3 milliard$ dans Bombardier.

Depuis, Airbus a mis la main gratuitement sur la CSeries et la moitié des employés remerciés par Bombardier à travers le monde sont au Québec.

Les contribuables, en ont-il eu pour leur argent ?

La survivance ou le progrès

En 2015, après avoir investi cinq-milliards$ en recherche et développement, Bombardier s’est retrouvé à court de liquidités. En d’autres mots, au bord de la faillite.

En raison de l’importance primordiale de l’industrie aéronautique dans l’économie du Québec, le gouvernement Couillard n’avait pas d’autre choix que de soutenir ce constructeur.

Toutefois, lorsqu’il est nécessaire d’aider une compagnie à genoux, on peut se permettre d’être exigeant.

Dans le texte Le derrière miraculeux de la ministre, j’ai eu l’occasion de ridiculiser l’incompétence de l’ex-ministre de l’Économie du Québec.

Son ‘sauvetage’ de Bombardier en est un exemple supplémentaire.

Le seul objectif du gouvernement Couillard fut de se protéger de l’accusation de ne rien faire.

Au lieu d’être un moyen de consolider une stratégie industrielle, le but de l’investissement de 1,3 milliard$ était politique, voire bassement électoral; perpétuer le présent le plus longtemps possible.

Est-ce que cet investissement protégeait les emplois chez Bombardier en 2015 ? Oui, en 2015. Les protégeaient-ils à l’avenir ? Non, comme on peut le voir aujourd’hui. Empêchait-il les dirigeants de Bombardier de se graisser la patte aux frais des contribuables ? Pas vraiment.

À l’époque, l’État se trouvait en position de force. On aurait pu exiger de Bombardier que la majorité des emplois créés à l’avenir par la CSeries le soient au Québec. Il n’a pas osé le faire. Trop peureux.

En raison de pressions de l’administration Trump, Bombardier investira environ 300 millions$US pour la construction d’une chaine de montage de la CSeries à Alabama, aux États-Unis, où devraient travailler entre 400 et 500 personnes.

De plus, rien n’empêche Bombardier de faire construire une partie de ses avions de l’autre côté de l’Atlantique si la demande européenne le justifie.

Conclusion

Pour que se développe l’économie du Québec, il ne suffit pas de vouloir conserver les emplois actuels; il faut en développer de nouveaux.

Évidemment, on peut se demander pourquoi créer de nouveaux emplois alors que présentement, les entreprises peinent à combler les milliers d’emplois vacants.

L’économie de tout pays est perpétuellement en mouvement. Il faut savoir délaisser les occupations anciennes pour embrasser des secteurs industriels novateurs qui font appel à une plus grande expertise.

Pendant des années, le Parti libéral du Québec a prétendu être un bon gestionnaire économique alors que la croissance du Québec à été en deçà de la moyenne canadienne douze des seize ans au cours desquelles il a été au pouvoir.

Le cas de Bombardier est une illustration parfaite de son incompétence. Au lieu que les investissements majeurs de Bombardier en R&D soient un prélude à l’essor fulgurant de ce fleuron qu’est l’industrie aéronautique, tout au plus serons-nous heureux qu’elle ne périclite pas.

Références :
Bombardier abolit 5000 postes et vend son programme d’avions Q Series
C Series: Bombardier réalise des progrès pour sa ligne d’assemblage en Alabama
Québec investit 1 milliard $US dans Bombardier

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Une gifle au prince héritier saoudien

29 octobre 2018

Introduction

Vision 2030 est un pharaonique projet de diversification de l’économie de l’Arabie saoudite conçu par le prince héritier de ce pays au cout de 500 milliards$.

Ce projet vise la création d’une ville futuriste créée sur le modèle des zones économiques spéciales chinoises.

Afin d’en faire la promotion, la conférence Future Investment Initiative de l’an dernier avait attiré 3 500 participants provenant de 88 pays.

Cette année, le froid créé par l’affaire Khashoggi a fait en sorte que de nombreuses entreprises ont boudé la deuxième édition de cette conférence.

L’Arabie saoudite, exportatrice de capitaux

Le but de Vision 2030 n’est pas d’attirer des investissements étrangers mais de diversifier l’économie saoudienne.

Depuis des décennies, des sociétés d’investissement organisent la fuite des capitaux saoudiens.

Lors des attentats du 11 septembre 2001, des membres de la famille royale saoudienne et de riches entrepreneurs — dont certains provenaient de la famille d’Oussama bin Laden — assistaient justement à une conférence donnée à Washington par des conseillers financiers américains.

Parmi les centaines d’avions qui voulaient quitter le territoire américain ce jour-là, celui transportant ces augustes investisseurs fut le seul autorisé à s’envoler et ainsi échapper aux questions des policiers chargés de l’enquête au sujet de ces attentats.

Les dirigeants de ce pays savent bien qu’un jour une révolution les chassera du pouvoir. Voilà pourquoi la majorité de leur fortune personnelle est investie à l’Étranger.

Ils y ont de grands hôtels, des stations de ski, des clubs sportifs, des compagnies aériennes, des vignobles, de grandes enseignes de commerce au détail, des marques prestigieuses, etc.

On estime que les Saoudiens possèdent 8% de l’économie américaine. Cela équivalut à plusieurs fois les fortunes combinées de Bill Gates et de Warren Buffett.

De plus, si Amazon et Apple sont les deux compagnies qui possèdent la plus grande capitalisation boursière, c’est seulement parce qu’Aramco (la pétrolière de l’État saoudien) n’est pas inscrite en bourse. Si elle l’était, sa valeur capitalisée serait de trois à quatre fois celle d’Apple.

Bref, l’Arabie saoudite est immensément riche et n’a pas besoin de capitaux étrangers.

Le déficit technologique de l’Arabie saoudite

Pour diversifier son économie, l’Arabie saoudite a besoin de combler son abyssal déficit technologique.

L’école publique saoudienne est aux mains du clergé wahhabite. Tout fait scientifique incontestable qui contredit l’interprétation littérale des textes sacrés de l’Islam (vieux de 1 500 ans) est une hérésie dont l’enseignement est passible de la peine de mort.

Voilà pourquoi le système scolaire saoudien forme des hommes de lettres (avocats en droit musulman, écrivains, poètes, fonctionnaires peu qualifiés), mais peu de chercheurs, de scientifiques et de travailleurs qualifiés.

Si bien qu’en Arabie saoudite, les familles aisées envoient leurs adolescents masculins étudier dans les meilleurs lycées occidentaux.

Le régime vante son taux élevé de scolarisation. Dans les faits, le système scolaire saoudien ne forme que des bons à rien que même les entreprises saoudiennes hésitent à embaucher comme travailleurs qualifiés. D’où le taux de chômage d’environ 40% chez les jeunes hommes du pays.

Environ 70% des emplois offerts aux Saoudiens le sont dans la fonction publique.

Le bilan de la Future Investment Initiative

À l’issue de la conférence de cette année, les dirigeants saoudiens se sont empressés de souligner qu’elle avait été un grand succès, permettant la signature de contrats évalués à cinquante-milliards de dollars.

Le message sous-jacent est clair; toute tentative de nous nuire est vaine. Notre influence est telle qu’elle nous permet de triompher de tous les obstacles.

La réalité est toute autre.

À l’édition de cette année, l’assistance a été constituée principalement d’hommes habillés à la manière musulmane, c’est-à-dire des Saoudiens et des alliés régionaux de l’Arabie saoudite.

Environ 68% des contrats signés cette année concernent Aramco, la pétrolière de l’État saoudien.

Les entreprises occidentales qui ont signé des contrats avec elle sont des pétrolières étrangères (dont la française Total), des entreprises américaines spécialisées dans la fourniture d’équipement pétrolier ou la recherche d’hydrocarbures, des banques et des fonds d’investissement spéculatifs.

Bref, rien pour diversifier l’économie du pays.

Le message est clair : si l’Arabie saoudite veut la technologie occidentale, elle devra s’occidentaliser.

Aussi bien dire que ce n’est pas demain la veille.

Maintenant que cette conférence a été un échec, on commence déjà à voir l’intérêt pour l’affaire Khashoggi s’estomper dans nos médias puisque ceux qui en tirent les ficelles ont atteint leur objectif.

Références :
Meurtre au consulat : du fait divers aux ressorts d’une crise internationale
Saudi conference shunned by west secures £39bn in deals
Vision 2030 : la Grande séduction saoudienne

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La gestion de l’offre

7 octobre 2018

Fluctuation des prix et production agricole

C’est seulement au XXe siècle que l’amélioration des moyens de transport et leur climatisation ont permis l’acheminement d’aliments sur de longues distances.

Conséquemment, les cultivateurs se sont mis à produire pour des marchés de plus en plus vastes, bien au-delà de leur village comme ils le faisaient depuis toujours.

De nos jours, l’agriculture met en concurrence des millions de producteurs qui adaptent, indépendamment les uns des autres, leur production en fonction de la fluctuation des prix.

Lorsque le prix d’un produit alimentaire augmente soudainement, plus d’agriculteurs se mettent à en produire.

Lorsque cet engouement est tel qu’il provoque une surproduction, cette dernière fait chuter les prix. Ce qui décourage la production.

Lorsque l’abandon est excessif, la pénurie qui en résulte fait augmenter les prix.

Et ainsi de suite.

La gestion de l’offre

Dans les années 1970, afin de contrer la fluctuation des prix, le gouvernement canadien a mis en place le système de la gestion de l’offre.

Un système analogue, limité au lait, fut créé en France, puis dans l’Union européenne à partir de 1984 et ce, jusqu’en 2015.

Au Canada, il s’applique à trois catégories de produits alimentaires qui correspondent à autant d’aliments de base : le lait, les œufs et la volaille (le poulet et la dinde).

Ce système comprend trois volets :
• le contrôle de la production
• le contrôle des prix
• la limitation des importations

Le contrôle des prix se fait en ajustant la production à la demande des consommateurs.

Pour limiter la production, tout producteur qui veut vendre du lait, des œufs ou de la volaille doit détenir un permis de production, c’est-à-dire un quota.

L’ensemble des quotas est revu à la hausse ou à la baisse chaque année en fonction des fluctuations de la demande canadienne.

À l’origine, ces quotas étaient gratuits. Mais puisqu’ils limitent l’accès au marché à tout nouveau producteur, les quotas déjà émis ont pris de la valeur depuis.

De nos jours, leurs prix peuvent atteindre des dizaines de milliers de dollars, ce qui décourage la relève.

Le prix de ces aliments est ajusté non seulement en fonction de la demande, mais également en tenant compte des couts de production des agriculteurs, ce qui leur garantit un revenu stable.

Cette garantie maintient en vie de plus petites unités de production qui, autrement, auraient fait faillite lors d’un effondrement de prix ou qui seraient incapables de faire face à la concurrence de gros producteurs mondiaux.

C’est ainsi que le Québec possède la moitié des fermes familiales de tout le pays. Cela assure la survie de nombreux villages et favorise une meilleure occupation du territoire.

La gestion de l’offre touche 69 000 fermes québécoises.

La stabilité des prix au Canada fait en sorte que les consommateurs canadiens paient moins cher lorsque les prix mondiaux s’emballent, et paient plus cher quand les prix s’effondrent comme c’est le cas actuellement pour le lait.

Des tarifs douaniers pouvant atteindre 300% s’appliquent aux produits sous gestion de l’offre importés au Canada.

La Chine, la Nouvelle-Zélande et le monde

Les Chinois ne boivent pas de lait à l’âge adulte. La consommation de lait est limitée aux nourrissons et aux enfants.

Comme tous les peuples qui cessent de boire du lait après l’adolescence, les Chinois font de l’intolérance au lactose. Chez eux comme chez les autres peuples, cette intolérance n’est pas innée puisqu’elle n’existe pas à l’enfance.

Adultes, les Chinois apprécient donc les préparations de lait fermenté (dont le yogourt), mais pas le lait nature.

Dans les années 2000, le gouvernement chinois a établi une norme minimale de teneur protéique de cet aliment afin de lutter contre la fraude par dilution du lait.

Toutefois, des distributeurs peu scrupuleux ont ajouté de la mélamine au lait qu’ils avaient pris l’habitude de diluer.

Or cette protéine est toxique pour les bébés; leur système digestif immature ne dégrade pas cette protéine en acides aminés inoffensifs, comme c’est le cas chez l’adulte.

Trois-cent-mille bébés chinois furent intoxiqués, provoquant six décès.

Le scandale a fait chuter la production intérieure, boudée par les consommateurs chinois. Ces derniers se sont rabattus sur le lait importé.

En conséquence, la Chine devenait le premier importateur mondial de produits laitiers. C’est ainsi que les importations de lait en poudre sont multipliées par neuf de 2008 à 2014.

Afin de combler cette demande, la Nouvelle-Zélande est devenue un des principaux fournisseurs du marché chinois.

Ce pays de moins de cinq-millions d’habitants produit autant de lait que la France. Environ 95% de sa production est exportée (principalement en Chine), faisant de la Nouvelle-Zélande le premier exportateur mondial de produits laitiers.

Depuis, la Chine a entrepris de reconquérir son marché national alors que la consommation chinoise diminuait légèrement en 2014, pour la première fois depuis des années. Ces deux facteurs ont pris de court les industriels néozélandais qui anticipaient une augmentation des importations chinoises.

La surproduction néozélandaise, associée à la surproduction européenne consécutive à l’abandon des quotas en avril 2015, a fait chuter le cours mondial du lait en 2015-2016.

Mondialisation et gestion de l’offre

Comme l’agriculteur d’autrefois qui cultivait tout ce dont il avait besoin, qui coupait le bois des arbres à proximité et qui chassait à l’occasion, le Canada ne compte sur personne pour faire vivre ses producteurs laitiers et ses producteurs d’œufs et de volaille.

Grâce à son système de gestion de l’offre, le Canada vit en autarcie… du moins en ce qui concerne les aliments concernés.

Bref, la gestion de l’offre est l’antithèse de la mondialisation.

Pour certains pays, la gestion de l’offre est le grain de sable intolérable qu’il faut expulser des bottes du capitalisme triomphant.

Strictement parlant, la gestion de l’offre n’est pas une mesure anticapitaliste puisque chaque ferme sous gestion de l’offre est une unité de production capitaliste.

Mais dans le processus d’accaparement des ressources mondiales aux mains du grand capital, ce petit capitalisme à visage humain fait figure de village gaulois qui s’oppose à l’Empire romain.

À chaque négociation en vue de la signature d’un nouveau de libre-échange, la gestion subit de nouveaux revers.

Les ratés de la mondialisation

La mondialisation conduit inexorablement à la concentration des ressources entre les mains d’un nombre toujours plus faible de producteurs.

C’est ainsi que certains médicaments ne sont plus produits qu’en Inde ou en Chine.

Il suffit d’un problème d’approvisionnement — causé par un conflit interethnique ou interreligieux, une catastrophe naturelle locale, un conflit ouvrier ou des bris mécaniques — pour provoquer une pénurie de médicaments partout à travers le monde.

Quand un des rares fabricants du médicament valsartan modifie sa méthode de production pour réduire encore davantage ses couts (et augmenter ses bénéfices), des millions de personnes seront exposés à la toxicité de dérivés qui ont échappé à ses méthodes d’analyse.

Dans le domaine agricole, la mondialisation entraine un gaspillage des ressources. Mentionnons la destruction massive de millions de litres de lait produits en trop, l’alternance d’années maigres et d’années grasses et ses faillites en série dans le premier cas, le matériel agricole jeté à la ferraille parce qu’il ne trouve plus preneur lors de ventes aux enchères à la suite de faillite, etc.

Et pour soutenir les agriculteurs en difficulté à chaque phase de chute des prix, les gouvernements leur offrent des milliards$ pour compenser leurs pertes.

C’est ainsi que le gouvernement américain a versé 22,2 milliards$ en subventions à ses producteurs laitiers en 2015. Ces subventions prennent la forme d’aide à l’irrigation des champs, des crédits à l’exportation, des prêts à taux avantageux, le rachat des surplus, etc.

On calcule qu’ils représentent 35 cents américains du litre de lait, soit 73% des profits que les producteurs en tirent.

Avec la gestion de l’offre, l’agriculteur n’a pas besoin de subventions de l’État. Mais ce que le citoyen épargne en tant que contribuable, il le paie en tant que consommateur par le biais du prix plancher de l’aliment.

Avec la différence qu’on peut s’abstenir d’acheter du lait, mais on ne peut éviter de payer ses impôts…

Références :
Aperçu de l’industrie laitière
Crise laitière de 2015
La gestion de l’offre
La gestion de l’offre, un éternel cheval de bataille pour les agriculteurs canadiens
Le Canada peut-il régler les problèmes de l’industrie laitière américaine?
Les ambitions de la Nouvelle-Zélande et de la Chine
Les pénuries de médicaments
Les producteurs de lait américains reçoivent 35 $ l’hectolitre en subventions
Quota laitier en Europe
Scandale du lait frelaté en 2008
Quota laitier en Europe
Valsartan: des médicaments potentiellement cancérigènes en circulation pendant trois ans

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Lait : Trudeau capitule

1 octobre 2018
Le premier ministre Justin Trudeau

Introduction

« C’est une bonne journée pour le Canada » a déclaré le premier ministre Justin Trudeau en annonçant la conclusion in extrémis d’un accord commercial avec les États-Unis.

Bonne nouvelle pour le Canada peut-être, mais de quel Canada s’agit-il ? De toute évidence, c’est un Canada dont le Québec ne fait pas partie.

Alors que le président Trump qualifie l’accord d’historique et de merveilleux (‘wonderful’), le gouvernement Trudeau essaie de sauver la face en insistant sur ce qui n’a pas été perdu. Mais a-t-il gagné quelque chose ?

’Pas tellement’, comme dirait une électrice le soir d’un débat télévisé.

Du côté des ‘plus’

Le seul gain majeur du nouvel accord est la disparition presque totale du chapitre 11 de l’ALÉNA.

Conçu pour éroder la souveraineté des petits pays comme le Canada et le Mexique, ce chapitre accordait aux investisseurs le droit de poursuivre les pays lorsque leurs gouvernements adoptaient de nouvelles mesures préjudiciables à leurs intérêts.

L’ardeur américaine en faveur du chapitre 11 s’est considérablement refroidie lorsque cette disposition a été invoquée par une pétrolière canadienne pour poursuivre le gouvernement Obama.

Cet abandon permettra à un gouvernement du Québec de révoquer sans compensation le droit d’expropriation accordé par le gouvernement Couillard aux pétrolières.

Mais pour ce faire, il faudra attendre un autre gouvernement que celui que les Québécois s’apprêtent à porter au pouvoir aujourd’hui.

Du côté des ‘moins’

la protection accrue de la propriété intellectuelle

Le nouvel accord ne contient rien de neuf pour combattre la piraterie dont sont victimes les citoyens qui sont des créateurs de contenu.

Mais il prolongera la durée des brevets détenus par les grandes corporations et protègera mieux leurs marques de commerce (dont les noms de domaines sur l’internet).

Ce qui retardera, par exemple, la mise en marché de copies de médicaments brevetés et fera augmenter les couts de l’assurance médicaments défrayés par les provinces.

une nouvelle brèche dans la gestion de l’offre

Déjà, lors de l’AECG — l’Entente économique et commerciale global entre le Canada et l’Union européenne — les producteurs de fromage du Québec avaient été sacrifiés sur l’autel du libre échange.

Seize-mille tonnes de fromages européens pourront être importées en vertu de l’AECG. Cela représente des pertes de 1,5 milliard$ pour les producteurs québécois, en contrepartie d’une compensation insuffisante de 250 millions$ par Ottawa.

Quant au Partenariat Trans-Pacifique, il fera passer en vingt ans l’importation de lait asiatique de 8 300 tonnes à 57 000 mille tonnes. Et ce, sans compensation financière d’Ottawa.

Une fois de plus, la gestion de l’offre a été amputée. Cette fois non pas dans le but d’obtenir des gains au profit de l’industrie automobile ontarienne, mais pour la protéger d’éventuels et hypothétiques tarifs douaniers que menaçait d’imposer Trump.

En vertu du nouvel accord, les fermiers américains obtiennent une part de 3,5% du marché du lait canadien. Ce marché est évalué à seize-milliards$ dont les trois quarts sont produits du Québec.

C’est une perte annuelle de 420 millions$ pour les petites fermes laitières familiales du Québec, au profit des producteurs laitiers industriels américains.

Seront exclus de la gestion de l’offre les produits laitiers de classe 7, c’est-à-dire le lait en poudre, les concentrés de protéines laitières, et les substances laitières utilisées dans la fabrication des laits maternisés.

Pour compenser cette perte du marché intérieur, les producteurs canadiens ne pourront pas augmenter leurs ventes à l’Étranger puisque le gouvernement Trudeau a accepté de limiter les exportations de produits laitiers à travers le monde, c’est-à-dire non seulement aux États-Unis, mais également partout ailleurs.

En contrepartie, Ottawa a promis des subsides aux producteurs laitiers du Canada. Dans la mesure où il n’a pas respecté antérieurement cette promesse, on ne voit pas pourquoi il devrait tenir parole aujourd’hui.

Et, contre toute attente, si Ottawa décidait de dédommager les producteurs laitiers, ce ne serait qu’une question de temps pour qu’un parti politique canadien remettre en question cette dépense annuelle de 420 millions$ et fasse campagne contre les ‘assistés sociaux agricoles’ du Québec.

Conclusion

Dans la belle relation sadomasochiste que Justin Trudeau entretient avec Trump, il est évident que cette capitulation du premier ministre canadien est un jour sombre pour le Canada.

Puisque toutes les circonscriptions où se concentrent les fermes laitières du Québec votent pour des partis fédéralistes provinciaux, on ne voit pas ce qu’Ottawa aurait à craindre de la colère futile des agriculteurs québécois.

Références :
ALENA : Trump salue un « accord historique », Trudeau une « bonne journée pour le Canada »
« Il ne pouvait pas y avoir pire entente pour les producteurs laitiers » du Québec, dit leur président
Trump heralds ‘wonderful new trade deal’ to replace Nafta after Canada talks
Un nouvel accord de libre-échange entre le Canada, les Etats-Unis et le Mexique
U.S., Canada and Mexico just reached a sweeping new NAFTA deal. Here’s what’s in it.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 75mm F/1,8 — 1/160 sec. — F/1,8 — ISO 1250 — 75 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Taux de chômage selon les régions du Québec

19 septembre 2018

Source : Téléjournal de Radio-Canada.
 

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’ALÉNA et les élections québécoises

10 septembre 2018

Avant-propos

En 2007, lors de la crise des prêts à haut risque (ou subprimes), Henri-Paul Rousseau — PDG de la Caisse de dépôt et placement du Québec — avait informé confidentiellement le premier ministre Jean Charest des pertes colossales subies par son institution financière.

Jean Charest avait alors décidé de déclencher prématurément des élections.

C’est seulement après l’issue du scrutin qu’on avait appris que la Caisse avait perdu quarante-milliards$ en spéculant sur ce qu’on appelle ‘le papier commercial’.

Grâce à cette ruse, Jean Charest passait d’un gouvernement libéral minoritaire à un gouvernement libéral majoritaire.

L’anguille sous roche

Au sujet de la renégociation de l’ALÉNA, la première date butoir imposée par Donald Trump était le 31 aout 2018.

Tous les observateurs s’entendent pour dire que le Canada devra céder sur la gestion de l’offre, bête noire de Donald Trump.

Déjà, lors de l’AECG — l’Accord économique et commerciale global entre le Canada et l’Union européenne — les producteurs de fromage du Québec avaient été sacrifiés sur l’autel du libre échange.

Seize-mille tonnes de fromages européens seront autorisées à être importées. Cela représente des pertes de 1,5 milliard$ pour les producteurs québécois, en contrepartie d’une compensation insuffisante de 250 millions$ par le fédéral.

Quant au Partenariat Trans-Pacifique, il fera passer en vingt ans l’importation de lait asiatique de 8 300 tonnes à 57 000 mille tonnes. Et ce, sans compensation financière d’Ottawa.

Le 1er octobre prochain, c’est le jour du vote à l’élection québécoise.

Si le fédéral se trouvait dans l’obligation d’annoncer de nouveaux sacrifices aux agriculteurs du Québec, il aura intérêt à le faire après la fermeture des boites de scrutin.

Dans le cas contraire, si les agriculteurs québécois ont encore le temps de voter, la meilleure manière pour eux de manifester leur colère contre cette nouvelle trahison du fédéral, ce sera de voter massivement pour un parti indépendantiste.

Or la gestion de l’offre touche directement plus de 6 900 fermes — principalement des exploitations familiales — desquelles dépendent 92 000 emplois directs et indirects.

Cela représente un faible pourcentage de l’électorat québécois. Toutefois, ce bloc de citoyens possède une influence considérable en raison de leur habitude d’obéir massivement aux mots d’ordre de leur syndicat professionnel et du capital de sympathie qu’ils ont accumulé auprès du public.

Bref, le gouvernement canadien pourrait très bien déterminer l’issue du scrutin. S’il veut un interlocuteur provincial fédéraliste, il aura tout intérêt à annoncer la défaite cuisante de Trump au sujet de la gestion de l’offre.

Ce qui est très improbable.

Références :
ALENA: les négociations achoppent sur le lait, répète Larry Kudlow
La façade ministérielle de l’État canadien
La gestion de l’offre, un éternel cheval de bataille pour les agriculteurs canadiens
La guerre du fromage complique l’entrée en vigueur de l’accord commercial entre l’Europe et le Canada
Le nouveau Partenariat Trans-Pacifique ouvre la porte à des tonnes de denrées étrangères

Paru depuis :
ALENA : des élus du Congrès se disent «frustrés» des «tactiques» du Canada (2018-09-19)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le protectionnisme se joue à deux

3 septembre 2018
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Le Canada achète plus de biens et de services américains que n’importe quel autre pays au monde, et ce sans tenir compte de son poids démographique.

En d’autres mots, les États-Unis vendent plus aux trente-six millions de Canadiens qu’aux 1,3 milliard de Chinois.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Doit-on attirer au Québec l’industrie de la cryptomonnaie ?

21 juin 2018


 
Introduction

Les cyptomonnaies sont des devises numériques ‘encryptées’ (d’où leur nom). Elles n’ont de cours légal dans aucun pays.

Un grand livre de comptes, ouvert et consultable par tous, répertorie l’ensemble des transactions depuis l’origine.

Ces devises utilisent un système de validation informatique sophistiqué afin de lutter contre la contrefaçon. Le protocole de chiffrement est conçu de manière à être très résistant aux attaques informatiques.

La plus connue des crytomonnaies est le Bitcoin, créé en 2009.

En raison de l’appréciation du prix de celui-ci, cette cryptomonnaie peut être achetée en unités entières ou en fraction d’unité. C’est ainsi qu’on peut se procurer un millième de Bitcoin.

Le minage

Tout achat ou vente de cryptomonnaie est validé par les ordinateurs qui composent le réseau. Chaque ordinateur ayant contribué à cette validation se voit attribuer un certain montant de monnaie électronique, au prorata de sa participation au calcul.

Même si les frais de transaction sont bien moindres que ceux exigés pour l’achat de titres financiers conventionnels, l’industrie des cryptomonnaies est suffisamment lucrative pour avoir donné naissance à une multitude de fermes informatiques appelées ‘mines de cryptomonnaie’.

Concrètement, une mine de Bitcoin est un vaste entrepôt abritant des centaines ou des milliers d’ordinateurs alignés sur des tablettes qui s’élèvent du plancher au plafond.

Cette industrie est très énergivore. Non seulement à cause de la consommation électrique liée aux calculs informatiques, mais surtout en raison de la chaleur dégagée par les microprocesseurs.

Cette chaleur ne peut pas simplement être évacuée. Une mine de cryptomonnaie ne peut opérer que sous climatisation intense à défaut de quoi les microprocesseurs surchauffent et grillent.

Ceux qui créent ces mines sont à la recherche de pays dont les tarifs électriques sont bas et qui se caractérisent par une longue et froide période hivernale, ce qui réduit d’autant leurs frais de climatisation.

Parmi les endroits privilégiés pour établir une mine de cryptomonnaie, il y a l’Islande et le Québec. L’un et l’autre ont des tarifs électriques industriels assez semblables. Ils diffèrent par leur capacité de production.

Le ministère islandais de l’Industrie reçoit en moyenne une demande par jour de la part de mineurs souhaitant s’établir dans ce pays.

Ici, Hydro-Québec déclare ‘crouler’ sous des demandes. Au point que ces mines pourraient accaparer 40% de sa capacité de production.

L’absence de retombées économiques

Posséder une stratégie industrielle, c’est choisir.

Sous le prétexte qu’Hydro-Québec possède actuellement de grands surplus d’énergie, l’Institut économique de Montréal (le chantre du néolibéralisme au Québec) voudrait que la société d’État offre ses tarifs électriques les plus avantageux à ceux qui voudraient établir ici des mines de cryptomonnaie.

De nos jours, pour inciter les gouvernements à leur accorder des faveurs, les investisseurs font miroiter leur intention de créer de l’emploi. C’est ce que font les mineurs de cryptomonnaie.

En réalité, ces mines créent très peu d’emplois permanents.

Les ordinateurs et les étagères sont achetés en gros à l’Étranger et acheminés par cargo. Ce qui est plus économique que de les acheter d’un détaillant local.

L’entreprise est enregistrée dans un paradis fiscal, ce qui fait que ses profits sont délocalisés et qu’elle ne paiera pas d’impôt au Québec.

Les seuls revenus que peut anticiper l’État québécois sont :
• l’électricité vendue au prix coutant,
• les taxes des entreprises qui effectueront les réparations du matériel, et
• l’impôt payé par la poignée d’employés (des inspecteurs de matériel et des gardiens de sécurité).

Bref, des miettes.

Une stratégie de développement industriel digne de ce nom doit être basée sur la valeur ajoutée. Dans le cas des mines de cryptomonnaie, peu de la richesse qu’elles créent profite à la société québécoise.

Le seul avantage est de réduire une capacité excédentaire de production que nous utilisons partiellement lors des pointes de consommation.

Ces surplus seraient beaucoup mieux utilisés à attirer des entreprises qui créeront de la richesse au pays, à électrifier les transports et, de manière générale, à rebâtir l’économie du Québec après des années de laisser-faire.

Bref, on ne peut pas inciter des industriels à investir des centaines de millions$ au Québec puis, une décennie plus tard, leur dire de dégager parce que nous aimerions soudainement consacrer notre électricité à quelque chose de plus utile. Il nous faut donc voir plus loin que le bout de notre nez.

Références :
Cryptomonnaie
Cryptomonnaies : le tarif dissuasif d’Hydro-Québec suscite l’indignation
Hydro-Québec va-t-il débrancher le bitcoin?
Québec gèle temporairement les chaînes de bloc

Détail de l’image composite : Les droits d’auteur de la partie de gauche appartiennent à Vectorfusionart tandis que ceux de l’image du Bitcoin appartiennent à Zhu Difeng. Ces photos sont distribuées par la banque d’images Onepixel.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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