La Grande démission aux États-Unis

20 novembre 2021

Introduction

Depuis décembre 2000, le gouvernement américain publie mensuellement des statistiques au sujet des travailleurs qui quittent volontairement leur emploi.

Leur nombre atteignit un sommet d’environ 4 478 000 démissions en aout 2019.

À titre de comparaison, en 2018, ce nombre mensuel était en moyenne de 3,5 millions (soit 21,8 % de moins).

En raison de la stagnation du revenu des salariés aux États-Unis depuis plus deux décennies, la seule manière d’augmenter sa rémunération était de papillonner d’un emploi à l’autre, d’où le nombre élevé de départs volontaires.

De janvier à aout 2021, plus de trente-millions de travailleurs américains ont quitté volontairement leur emploi.

Au mois de septembre dernier, le nombre d’embauches et de pertes d’emplois aux États-Unis ont été respectivement de 6,5 et de 6,2 millions.

Les pertes d’emplois ont consisté en 4,4 millions de démissions, de 1,4 million de licenciements et de 0,4 million de suppressions d’emploi. Ce qui est comparable à la situation qui prévalait avant la pandémie.

Avec la différence qu’une partie des démissionnaires ne font pas que quitter leur emploi; ils quittent le marché du travail. Ce dont ne tiennent pas compte les statistiques officielles.

Si bien que tout ce qu’on voit, c’est le nombre croissant des emplois qui ne trouvent pas preneur.

Travailler sous la terreur

Au cours de l’administration de Donald Trump, les mesures de mitigation adoptées par les États américains ont varié selon l’idéologie de leurs dirigeants.

Quand des gouverneurs instauraient les mesures recommandées par les autorités sanitaires, le président Trump incitait ses partisans à la révolte. Toutes les autorités compétentes ont fait face à des menaces de mort si elles osaient recommander les mesures appropriées.

Le bilan de ce régime de terreur, c’est qu’en 2020, l’espérance de vie aux États-Unis a diminué d’un an, en moyenne, et de 2,7 ans dans le cas précis des Américains à la peau très pigmentée.

Lorsqu’on dit que plus d’un demi-million d’Américains sont morts du Covid-19, cela signifie que des millions de collègues ont continué de travailler alors qu’ils apprenaient leur hospitalisation, leur admission aux soins intensifs, puis leur décès. Et tous se sont demandé qui serait le suivant.

Lorsque des employeurs étaient hostiles au port du masque, cela voulait dire qu’ils interdisaient à leurs employés de le porter sous menace de congédiement.

Et quand leur employeur l’obligeait, le salarié devait affronter l’hostilité de clients qui y étaient violemment hostiles.

Une pénurie aigüe de travailleurs

Partout aux États-Unis, les employeurs peinent à remplacer ceux qui ont démissionné ou ont de la difficulté à se doter du personnel nécessaire après une fermeture de leur établissement (restaurant ou hôtel, par exemple) depuis plusieurs mois.

Certains politiciens ont soutenu que les allocations versées aux chômeurs par Washington étaient trop généreuses. Mais la fin de ces subsides n’y a rien changé.

Même la croissance des salaires semble inefficace à inciter les chômeurs à retourner sur le marché du travail.

Où est donc le problème ?

Une occasion d’introspection

Avant la pandémie, beaucoup de jeunes adultes menaient une vie de fou, partagés entre leurs vies familiale, professionnelle et sociale.

Or la pandémie a été une occasion d’introspection.

Un grand nombre de jeunes ont réalisé qu’entre d’une part l’emploi rêvé pour lequel ils ont consacré des années de formation, et d’autre part la réalité concrète de l’exercice de ce métier ou de cette profession, il y avait un gouffre.

La Grande démission est essentiellement féminine

Au cours de la pandémie, les travailleuses ont été deux fois plus nombreuses à quitter le marché du travail que leurs collègues masculins.

Et ce, parce que beaucoup de pertes d’emploi se sont produites dans l’industrie de l’hospitalité — c’est-à-dire dans la restauration et dans l’hôtellerie — où les femmes représentaient une part importante des travailleurs.

De plus, les difficiles conditions de travail dans le secteur de la santé ont poussé bien des travailleuses à l’épuisement professionnel.

Quant à celles qui œuvraient dans le secteur de l’éducation, la polarisation violente des parents au sujet du port du masque à l’école a grandement atténué leur zèle à enseigner. Si bien que bien des enseignantes ont pris leur retraite prématurément.

Les fermetures d’écoles atteintes par des éclosions de Covid-19 ont obligé un des parents (le plus souvent la mère) à s’absenter du travail pour s’occuper d’un ou de plusieurs enfants. Ces absences subites et répétées du travail ont souvent occasionné leur licenciement.

Dans les États où les gouverneurs interdisent le port du masque à l’école, certains parents préfèrent garder leur enfant à la maison. À l’inverse, certains des parents qui sont violemment opposés au port du masque feront de même là où il est obligatoire.

Dans ce pays où il n’existe pas de garderies publiques, les garderies privées sont hors de prix pour de nombreuses familles. De plus, un nombre record de ces garderies ont fermé leurs portes au cours de la pandémie.

Si bien que le tiers des mères consacrent maintenant plus de temps à leur famille. Soit parce qu’elles ont réduit leurs heures de travail ou parce qu’elles ont quitté le marché du travail.

Tout cela réduit le nombre de femmes disponibles alors que le taux de chômage était déjà très bas avant la pandémie.

Si bien que la participation des femmes au marché du travail est le plus faible depuis trente ans. Ceci est la principale cause de la pénurie de travailleurs américains.

Les solutions

La Grande démission représente une importante perte de productivité pour l’économie américaine. Puisqu’elle est principalement féminine, l’intention du président Biden d’instituer un réseau de garderies publiques est essentielle.

Si le Congrès américain refuse cela pour des raisons partisanes ou idéologiques, le déclin économique des États-Unis face à la Chine se poursuivra.

D’autre part, prolonger la vie ‘utile’ d’un travailleur, c’est aussi profitable pour un employeur que de prolonger la vie de sa machinerie. Conséquemment, un régime public d’assurance maladie contribue à la santé des travailleurs et prolonge leur contribution à l’économique du pays.

Une des choses qui m’ont frappé au cours de cette pandémie, c’est que dans ce pays centré sur l’automobile, même les pauvres avaient besoin d’une auto pour faire la file dans une banque alimentaire.

Pour rendre le marché du travail plus attrayant, il faudra que le travailleur moyen perde moins de temps à voyager de la maison au travail et vice versa.

Quand un travailleur prend quotidiennement trente minutes pour aller et revenir du travail, c’est une heure de sa vie qui est perdue chaque jour. Après cinquante ans de carrière, c’est deux années de sa vie perdues dans le transport automobile.

Ce qui nécessite une révolution urbanistique dans toutes les grandes villes américaines et des investissements majeurs dans le transport en commun (ce qui fait également partie du plan Build Back Better du président Biden).

Dans un autre ordre d’idée, on doit se rappeler que le quart de tous les prisonniers au monde sont incarcérés aux États-Unis. Plus de vingt-millions d’Américains possèdent un dossier criminel. Or ce sont des gens qui, après avoir purgé leur peine, sont stigmatisés dans leur recherche d’un emploi. Ils contribuent à la demande de biens et de service sans contribuer à leur offre, accentuant le déséquilibre entre les deux.

Pour augmenter le nombre de personnes sur le marché du travail, les élus américains doivent atténuer le caractère répressif du système judiciaire de leur pays.

De plus, la police américaine devra cesser le profilage racial qui a pour résultat que de nombreuses personnes à la peau pigmentée voient leur permis de conduire révoqué à la suite de nombreuses infractions anodines du code de la route. Or sans auto, pas de travail dans l’Amérique d’aujourd’hui. Ce qui réduit d’autant le nombre de travailleurs disponibles.

Références :
Annual total separations rates by industry and region
‘An unbelievable sense of freedom’: why Americans are quitting in record numbers
Inégalités sociales aux États-Unis de 2000 à 2010
Job Openings and Labor Turnover Summary
L’urbanisme cellulaire
Pandémie de Covid-19 aux États-Unis
Part of the ‘great resignation’ is actually just mothers forced to leave their jobs
United States – Average Commute Time by State
Workers Are at the Heart of Our Economic Recovery
Workers quit their jobs at the fastest rate on record in 2019—here’s why

Paru depuis :
A record 4.5 million Americans quit their jobs in November (2022-01-04)

Sur le même sujet :
Réouverture des restaurants : certains ont claqué la porte pour toujours (2022-01-30)

Un commentaire

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les Pandora Papers : pour en finir avec les paradis fiscaux

7 octobre 2021

Évitement fiscal vs évasion fiscale

L’évitement fiscal consiste à utiliser légalement les failles du système fiscal d’un État afin d’y payer moins d’impôt.

Par contre, l’évasion fiscale consiste à utiliser différents stratagèmes comptables afin de déplacer frauduleusement les revenus réalisés dans un pays vers des pays à très faible taux d’imposition (surnommés ‘paradis fiscaux’).

Malheureusement, il suffit de permettre la délocalisation des profits pour blanchir l’évasion fiscale et ainsi la légaliser. C’est ce qu’ont fait de nombreux pays, dont le Canada.

Si bien qu’il n’y a pas de distinction entre les deux; l’évitement fiscal est de l’évasion fiscale légalisée.

Cette pratique est même officiellement encouragée pour permettre aux entreprises ‘canadiennes’ d’être plus concurrentielles.

Dans la mesure où n’importe quelle personne fortunée peut s’incorporer et jouir du même privilège, la légalisation de l’évasion fiscale équivaut à dispenser les possédants du financement des gouvernements, faisant ainsi reposer le poids fiscal de l’État sur les épaules de la classe moyenne.

Les documents de Pandore

Une fuite récente de 11,9 millions de documents confidentiels provenant de quatorze cabinets d’avocats permet de constater que l’évasion fiscale se porte bien.

Que ce soit les Luxembourg Leaks (révélés en 2014), les Panama Papers (révélés en 2016), les Paradise Papers (révélés en 2017), les Luanda Leaks (révélés en 2020), ou ces nouveaux documents (appelés documents de Pandore), le profil est le même; des centaines de responsables publics, des dizaines de chefs d’État et de milliardaires cachent leur argent dans des paradis fiscaux afin d’échapper au fisc, et ce en toute légalité.

Le Consortium international des journalistes d’investigation va plus loin. Il conclut que les sociétés créées dans les paradis fiscaux sont entourées d’un secret qui permet de cacher des flux d’argent illicites permettant la corruption, le blanchiment d’argent, l’évasion fiscale et le financement du terrorisme.

Les solutions

Abolir les paradis fiscaux

L’idée est évidente. Mais tout seul, ce moyen ne permet pas de mettre fin à l’évasion fiscale. Prenons un exemple.

N’importe quelle minière peut prétendre que son mode d’extraction est un secret industriel. Il lui suffit de transférer les droits d’auteur de ce procédé secret à sa succursale située aux Bahamas pour avoir le droit de collecter des droits d’utilisation auprès de chacune des succursales de cette minière à travers le monde (dont la canadienne).

En pareil cas, le flux d’argent n’est pas le résultat de la délocalisation des profits, mais le résultat du simple acquittement d’un droit d’utilisation. Le résultat est le même.

En somme, la délocalisation de la propriété intellectuelle permet une évasion fiscale impossible à combattre en raison des traités internationaux qui protègent les droits d’auteur.

Imposer une taxe minimale sur le chiffre d’affaires

En plus de l’impôt sur les profits, l’État peut imposer une taxe minimale sur le chiffre d’affaires qui est réalisé au pays. Cette taxe s’appliquerait également aux revenus des Canadiens qui ont choisi d’incorporer leurs activités professionnelles.

En somme, il s’agit d’une taxe de type GAFA qui s’ajoute à la TVA (ou Taxe sur la valeur ajoutée).

Punir les fraudeurs

Par le biais de la Foreign Account Tax Compliance Act (adoptée en 2010), les États-Unis obligent les banques étrangères à dévoiler les noms des Américains qui ont ouvert des comptes auprès d’elles. Le Canada ne possède pas une telle loi, préférant ne pas le savoir.

De plus, au Canada, il y a une justice pour les riches et une justice pour les pauvres.

C’est ce qui explique que de riches Canadiens condamnés à l’emprisonnement peuvent purger leur peine dans leur riche demeure, entourés de toutes les commodités et y donner même des réceptions.

C’est ce qui explique également qu’à la suite de la tragédie de Lac-Mégantic, par exemple, on a tenté de faire condamner des subalternes en évitant soigneusement d’accuser les vrais responsables, soit les patrons de la compagnie ferroviaire.

Lorsque le fisc canadien trouve qu’une riche personne est responsable d’évasion fiscale, il se contente de lui demander de verser les sommes dues, sans payer d’intérêts ni de pénalités.

Du coup, tous ceux qui sont tentés par la fraude fiscale ont intérêt à s’y adonner puisque dans le meilleur des cas, ils épargneront de l’argent et dans le pire, ils paieront ce qu’ils auraient payé de toute manière s’ils étaient demeurés honnêtes.

Les riches contribuables ont les moyens de se prendre un avocat et de faire trainer les procédures à leur sujet. Pour le ministère du Revenu, il devient alors plus économique de s’entendre à l’amiable avec les fraudeurs que d’engager des procédures couteuses en vue de leur condamnation.

Cette évaluation du rapport prix-bénéfice ne se justifie que dans une perspective néolibérale, en vertu de laquelle l’État est géré comme une entreprise privée. Et puisqu’il est impossible d’évaluer le prix de la justice sociale, on l’estime dépourvue de valeur.

C’est cette façon de voir les choses que partagent tous les partis politiques fédéraux susceptibles d’exercer le pouvoir.

Le Jour de la jalousie

Le 1er novembre, les Finlandais célèbrent la Journée nationale de la jalousie.

Ce jour-là, le ministère du Revenu rend public le revenu imposable de tous les citoyens. Il suffit d’en faire la demande pour apprendre combien gagne une célébrité, votre voisin, un dirigeant d’entreprise (votre patron, par exemple), ou un collègue qui effectue le même travail que vous.

Toutefois, depuis 2014, le ministère a décidé d’informer la personne concernée de l’identité des gens qui demandent à connaitre ses revenus. Ce qui a fait chuter dramatiquement le nombre de requêtes…

Ce qui n’empêche pas les journalistes de publier des articles comparatifs, soulignant au passage des rémunérations suspectes, suscitant les soupçons du fisc.

Retirer le droit fiscal du champ de pratique des avocats

Ce n’est pas une coïncidence si tous les grands scandales relatifs à l’évasion fiscale naissent de fuites de documents provenant de grands cabinets d’avocats-fiscalistes.

Dans tous les cas, ces cabinets ont pris contact avec des banques installées dans des paradis fiscaux, ont appris la manière de créer une constellation de sociétés-écrans destinée à opacifier les transferts de fonds, et ont développé pour leur clientèle un petit guide facile de la fraude fiscale basé sur un modus opérandi standardisé, propre à chaque cabinet d’avocats.

Et c’est derrière le paravent de leur secret professionnel que se cachent les fraudeurs.

Normalement, ce devrait être auprès d’un comptable que le contribuable prend conseil au sujet des moyens de payer le moins d’impôt possible.

Le rôle des avocats devrait se limiter à vulgariser publiquement le droit fiscal ou de l’expliquer privément à des comptables de manière à ce que ces derniers puissent conseiller le mieux possible leur clientèle.

Tant chez les comptables que chez les avocats, la loi permet la levée du secret professionnel lorsqu’il sert de paravent à la commission d’un délit.

Toutefois, les obstacles à la levée du secret professionnel sont beaucoup plus importants chez les avocats que chez les comptables.

Tout comme l’Ordre des comptables, le Barreau du Québec est le défenseur des utilisateurs des services de leurs membres. Mais à la différence du premier, le Barreau est aussi un puissant syndicat professionnel, farouche défenseur des privilèges de ses membres.

À titre d’exemple, j’ai eu l’occasion de travailler avec une avocate congédiée par le Barreau du Québec — elle y œuvrait à titre de syndic-adjointe — parce qu’elle avait osé porter plainte contre un avocat puissant…

D’autre part, les avocats poursuivis par l’État peuvent compter sur l’esprit de caste de leurs collègues nommés à la magistrature. Les comptables ne jouissent pas d’un tel avantage.

Bref, s’attaquer aux paradis fiscaux serait beaucoup plus facile à partir du moment où seuls les comptables auraient le droit de prodiguer leurs conseils fiscaux directement aux contribuables ou aux entreprises.

Y parvenir serait toutefois une tâche titanesque puisque la profession juridique en tire d’immenses bénéfices qu’elle défendra bec et ongles.

Conclusion

À la campagne électorale de 2015, Justin Trudeau promettait de mettre fin aux paradis fiscaux.

Fort de cette promesse, Gabriel Ste-Marie, député du Bloc Québécois, présentait en octobre 2016 la motion M-42 à la Chambre des Communes. Cette motion visait à mettre un terme à l’évitement fiscal à la Barbade, le principal paradis fiscal utilisé jusque-là par des Canadiens.

Étonnamment, un député libéral vota pour tandis que 172 députés libéraux votèrent contre. Tous les députés conservateurs votèrent contre. Seuls le NPD (39 votes), le Bloc Québécois (10 votes) et le Parti Vert (1 vote) ont appuyé la résolution.

Pire, en juin 2017, le gouvernement Trudeau ajoutait les iles Cook à la liste canadienne des endroits où les richissimes contribuables peuvent légalement cacher leur argent.

La conclusion est claire; peu importe ce qu’on nous promet, le Canada n’a pas l’intention de s’attaquer aux paradis fiscaux. En d’autres mots, tolérer les paradis fiscaux est le prix du fédéralisme canadien.

C’est une des nombreuses raisons qui m’incitent à être indépendantiste : la naissance d’un pays est une occasion de faire table rase du passé et notamment de l’établir sur des bases différentes de ces vieilles démocraties libérales, nées au XIXe siècle, sclérosées et impuissantes face à la montée des inégalités sociales.

En particulier, pourquoi ne pas créer un pays où règne la déclaration publique obligatoire de le fortune personnelle (un peu comme en Finlande) et où tout secret professionnel dans le domaine fiscal serait aboli ?

Références :
Est-il juste que les riches paient autant d’impôt ?
Évasion fiscale
« Journée de la jalousie » : quand la Finlande rend publics les revenus fiscaux de tous ses citoyens
Le Canada et les paradis fiscaux
La DPCP et l’esprit de caste
Le fédéral, les paradis fiscaux et l’indépendance du Québec
Motion M-42 : résultats du vote
Pandora Papers
Pour la déclaration obligatoire des investissements des élus dans les paradis fiscaux
Si le Canada voulait vraiment lutter contre les paradis fiscaux…
Une machine à déterrer l’hypocrisie
Vive les paradis fiscaux !

Paru depuis :
Les intouchables : KPMG a caché l’argent de riches clients (2022-06-21)

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| Économie, le prix du fédéralisme, Politique canadienne | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Tomates Demers : entre néolibéralisme et capitalisme sauvage

5 juin 2021

Pendant que l’entreprise Productions horticoles Demers s’apprête à entreprendre la construction d’une immense serre de production maraichère à Lévis — un investissement de 70 millions de dollars — Radio-Canada nous apprenait la grossière insalubrité des logements dans lesquels la compagnie entasse ses 70 à 95 travailleurs saisonniers ‘importés’ du Guatemala.

Il n’y a pas de place au Canada pour l’exploitation de l’homme par l’homme. Particulièrement celle cautionnée par l’État.

Les entreprises agricoles dont les récoltes nécessitent l’embauche de travailleurs étrangers doivent répondre à des normes.

Mais comme dans le cas du transport ferroviaire, le gouvernement fédéral compte sur l’autodiscipline des entreprises. Donc peu d’inspecteurs, peu d’inspections et, lorsque des abus sont portés à son attention, on préfère ‘accompagner’ l’entreprise, c’est-à-dire l’inciter à améliorer ses façons de faire.

C’est ainsi que le ministère des Transports a laissé opérer la MMA jusqu’à la catastrophe de Lac-Mégantic au cours de laquelle 47 Québécois sont morts.

En soi, il n’y a pas de mal à s’abstenir de sévir chaque fois qu’une lacune est observée.

Mais il y a des lacunes dont la gravité est telle que l’État ne peut en être complice. Or ‘accompagner’ au lieu d’exiger des correctifs immédiats, c’est être complice.

Plus tôt cette semaine, la ministre fédérale expliquait au Téléjournal que l’entreprise Demers était sous surveillance, qu’elle avait reçu plusieurs avis d’infraction et qu’on était rendu à l’étape de l’application de sanctions.

Mais pourquoi en arrive-t-on à l’étape des sanctions qu’après 47 morts causées par un transporteur ferroviaire, ou après un reportage télévisé qui provoque l’indignation populaire ?

On peut bien blâmer le gouvernement Trudeau. Mais croit-on sérieusement que les choses seraient différentes sous un gouvernement conservateur ?

Peu importe le parti au pouvoir à Ottawa, il n’est que l’interface ministérielle d’une machine étatique convertie depuis des années au néolibéralisme.

Une machine affairée à donner au Canada un avantage compétitif en faisant de notre pays un paradis du capitalisme sauvage, où les entreprises pourront prospérer en faisant impunément fi de normes que personne ne fait respecter.

Références :
La face cachée des tomates Demers
La façade ministérielle de l’État canadien
La lourde responsabilité du gouvernement Harper dans la catastrophe de Lac-Mégantic

Paru depuis :
Travailleurs étrangers : les serres Demers rénovent leurs logements en piètre état (2021-09-09)

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| Agriculture, Immigration, Insalubrité, Politique canadienne | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Microsoft et le paradis irlandais

3 juin 2021

Lorsque des programmeurs rédigent du code informatique, ce code — illisible pour le commun des mortels — est protégé par des droits d’auteurs. Comme s’il s’agissait d’une œuvre littéraire.

Or tout roman, livre de poésie, ou bande dessinée est protégé par des droits d’auteur jusqu’à 70 ans après le décès de son auteur.

Par exemple, chaque fois qu’on achète un livre qui n’est pas encore tombé dans le domaine public, une partie du prix d’achat est versé aux détenteurs du droit d’auteur, c’est-à-dire l’écrivain ou ses héritiers.

La somme que vous payez sert à acquitter de votre droit d’utilisation.

De la même manière, chaque fois que vous renouvelez en ligne votre abonnement à une version infonuagique de Word, d’Excel ou de n’importe quel logiciel payant de Microsoft, une partie de cette somme sert à acquitter votre droit d’utilisation.

Légalement, les Victor Hugo et les Émile Zola du code informatique sont des tâcherons. Le fruit de leur travail ne leur appartient pas. Dans la mesure où ils étaient payés pour programmer, les droits d’auteur découlant de leurs créations ‘littéraires’ appartiennent à leur employeur.

Chez Microsoft, dès que du code informatique est protégé par des droits d’auteur, ces droits sont donnés ou vendus pour une somme symbolique à la filiale irlandaise de cette compagnie. Apple fait pareil.

Le résultat, c’est que toutes les filiales de Microsoft à travers le monde doivent donner une partie de leurs recettes à la filiale irlandaise, détentrice exclusive des droits.

C’est ainsi que cette filiale a réalisé l’an dernier des profits de 375 milliards de dollars canadiens en collectant les droits d’utilisation perçus par toutes les autres filiales de Microsoft.

Et de cette somme — qui correspond aux trois quarts du produit intérieur brut (PIB) irlandais — le gouvernement de ce pays n’a pas perçu un seul centime d’impôt puisque les profits de cette succursale sont aussitôt délocalisés aux Bermudes, un paradis fiscal.

C’est donc à dire que les politiques accommodantes de l’Irlande à l’égard du grand capital international profitent très peu au peuple irlandais puisque des compagnies comme Microsoft laissent une empreinte fiscale nulle ou presque dans le pays.

Tout au plus, cela permet aux politiciens néolibéraux du pays de vanter un rapport PIB per capita au deuxième rang en Europe (derrière le Luxembourg), de même qu’une croissance illusoire du PIB national.

Cette richesse factice entraine que les Irlandais sont les deuxièmes plus taxés par la Commission européenne puisque la contribution par habitant des membres de l’Union européenne est basée sur ce PIB par personne, gonflé artificiellement dans ce cas-ci.

En réalité, au lieu d’être les deuxièmes plus riches d’Europe, les Irlandais ont un pouvoir d’achat légèrement sous la moyenne européenne (plus précisément au 12e rang), derrière la plupart des pays d’Europe de l’Ouest, mais devant les anciennes républiques soviétiques.

Références :
Microsoft Irish subsidiary paid zero corporate tax on £220bn profit last year
Multinationals make Ireland’s GDP growth ‘clearly misleading’
Sauvetage économique de l’Irlande : miracle ou mirage ?

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| Économie, Informatique | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Quand Desjardins protégeait ses escrocs

2 juin 2021
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Préambule

En 2013, par courrier recommandé, j’avais signalé à la direction du Mouvement Desjardins une fraude qui avait cours à sa filiale Desjardins Sécurité financière.

Je suggérais alors le congédiement des responsables, une suggestion à laquelle Desjardins ne devait donner suite qu’après que les fraudeurs changèrent de cible pour s’attaquer, non plus aux clients de Desjardins, mais à l’institution financière elle-même.

Ce qui était prévisible.

Entretemps, Desjardins fut condamné à payer plus d’un million de dollars de pénalités pour une fraude à l’assurance prêt étudiant et à payer 450 000$ pour une autre fraude, celle-ci à l’assurance vie épargne.

L’affaire du vol des données

Après avoir décelé des transactions suspectes et lui-même porté plainte à la police à la fin de 2018, Desjardins annonçait en juin 2019 avoir été victime d’un vol de données concernant huit-millions de ses clients.

Cette fraude, réalisée par des escrocs à son emploi, a occasionné des déboursés de cent-huit-millions de dollars par l’institution financière en frais juridiques, en services de surveillance et en protection contre le vol d’identité.

À ce sujet, le quotidien La Presse nous apprend aujourd’hui que si certains dirigeants de Desjardins avaient à cœur l’honnêteté de l’institution — notamment ceux qui ont porté plainte auprès de la police — d’autres se sont évertués à protéger les escrocs.

En 2018, les allégations contenues dans la plainte de Desjardins étaient suffisamment sérieuses pour que la police propose à Desjardins l’embauche d’une taupe.

Ce que la haute direction de Desjardins accepta, prévenue néanmoins de l’importance de conserver secrète l’opération policière et de protéger cette taupe de tout congédiement par un supérieur hiérarchique.

Mais entre la plainte à la police en 2018 et l’annonce publique du vol massif de données quelques mois plus tard, le policier-enquêteur avait suscité la méfiance des fraudeurs; c’était un senteux, quelqu’un qui ne se mêlait pas de ses affaires.

Dans les semaines qui ont précédé l’annonce publique, Desjardins avait effectué sa propre enquête interne. À cette occasion, les escrocs se sont empressés unanimement de faire porter le blâme à la taupe et d’insister pour son congédiement afin de s’en débarrasser.

Effectivement, afin de gagner leur confiance, la taupe avait elle aussi participé à la vente des données de Desjardins, une technique policière nécessaire afin d’infiltrer un groupe criminel opaque.

Même si la haute direction du Mouvement Desjardins savait que tout congédiement de la taupe risquait de compromettre l’enquête policière en cours, elle laissa ses supérieurs hiérarchiques le mettre à la porte.

Dans le cadre de ce congédiement, ceux-ci s’étaient adressés aux tribunaux afin de faire saisir du matériel que la taupe possédait chez elle.

Ces documents constituaient les preuves incriminantes qu’elle avait accumulées au cours de son infiltration.

Quand les policiers-enquêteurs voulurent avoir accès à cette preuve, le Mouvement Desjardins s’y opposa, invoquant le caractère ‘privilégié’ de ces informations. Ce qui retarda le travail des policiers.

Références :
Diagnostic — Les leçons du vol de données chez Desjardins
Gros train de vie pour des suspects liés à la fuite
Une culture de fraude bien ancrée chez Desjardins
VISA Desjardins et les pourrisseurs d’entreprise

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif Lumix 12-35mm F/2,8 — 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 13 mm

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| Économie, Justice | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Canada et les paradis fiscaux

15 avril 2021

La bonté d’Ottawa pour les riches

C’est en avril 2016 qu’éclatait le scandale des Panama Papers.

Malgré cela, en octobre 2016, le gouvernement Trudeau faisait battre la motion M-42 présentée par Gabriel Ste-Marie, député du Bloc Québécois. Celle-ci visait à mettre un terme à l’évitement fiscal dans les paradis fiscaux.

En juin 2017, sous Justin Trudeau, le gouvernement fédéral ajoutait même les iles Cook à la liste canadienne des endroits où les richissimes contribuables peuvent légalement cacher leur argent.

Cinq ans après l’éclatement de ce scandale, l’Agence du revenu du Canada n’a toujours pas porté d’accusation criminelle contre les neuf-cents contribuables canadiens impliqués dans ce scandale.

Selon le fédéral, 60 % d’entre eux se conformaient à leurs obligations de déclaration fiscale, ce qui ne justifiaient pas une vérification.

Mais comment sait-on qu’ils s’étaient conformés à leurs obligations fiscales si on n’a pas pris la peine de vérifier ?

C’est qu’on a vu qu’ils payaient un petit ‘pourboire’ d’impôt au Canada. Ce qui donne le droit de cacher son argent dans un paradis fiscal.

Après cinq ans de vérification, le gouvernement fédéral a récolté la somme considérable de… 21 millions de dollars, soit une moyenne annuelle de quatre-millions$.

Ce qui est probablement moindre que les sommes déboursées par le fédéral en rémunération pour les fiscalistes et avocats qui ont travaillé sur ces dossiers.

Pendant ce temps, le gouvernement du Québec a œuvré sur les cas qui concernaient des entreprises d’ici.

Dans le cadre de son programme de divulgation volontaire, une partie des compagnies prises la main dans le sac se sont empressées de payer 21,2 millions de dollars dus.

À cela s’ajoute une facture impayée de 11,8 millions de dollars contestée par les entreprises concernées.

Ailleurs dans le monde, les entreprises éclaboussées par le scandale des Panama Papers ont payé les sommes suivantes auprès de leurs gouvernements respectifs (en impôts impayés et en pénalités) :
• Grande-Bretagne : 317 357 857 $
• Allemagne : 245 655 024 $
• Espagne : 209 040 782 $
• France : 178 647 605 $
• Australie : 172 832 626 $
• Colombie : 111 599 195 $
• Equateur : 105 843 708 $
• Italie : 82 232 116 $
• République Tchèque : 45 781 159 $
• Norvège : 42 472 057 $
• Islande : 32 049 373 $
• Mexique : 27 080 169 $
• Danemark : 26 823 108 $
• Suède : 24 226 101 $
• Belgique : 23 269 832 $

Un changement de cap ?

Le président Joe Biden a annoncé récemment son intention de revoir la fiscalité des entreprises.

Le but est de financer son plan d’investissement massif dans les infrastructures du pays.

Il ne s’agit pas seulement des infrastructures au sens conventionnel (routes, ponts, aéroports, aqueducs, égouts, etc.) mais également tout ce qui est un prérequis à la croissance économique au XXIe siècle.

À cette fin, le président américain veut hausser le taux minimum d’imposition des entreprises et établir une taxe minimale sur leurs profits, même ceux réalisés à l’Étranger. Ce qui, évidemment, mettrait fin aux paradis fiscaux.

Concrètement, si le Canada néglige de percevoir les impôts auprès de ses entreprises, Washington empochera les sommes dues à sa place.

On peut donc anticiper une détermination nouvelle du Canada à instaurer un minimum de justice fiscale au pays.

Références :
Est-il juste que les riches paient autant d’impôt ?
L’Accord avec les Îles Cook critiqué
Les entreprises canadiennes plus présentes dans les paradis fiscaux
Impôt des entreprises : une réforme américaine et un message pour le reste du monde
Le fédéral, les paradis fiscaux et l’indépendance du Québec
M-42 Évitement fiscal
Panama Papers
Panama Papers : Québec recouvre davantage en impôts impayés qu’Ottawa
Pour la déclaration obligatoire des investissements des élus dans les paradis fiscaux

Paru depuis :
Les efforts de l’ARC n’ont mené à aucune accusation (2021-06-21)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le mirage de la théorie du ruissèlement

20 décembre 2020

À qui profite l’enrichissement des riches ?

Une des assises fondamentales du néolibéralisme est la théorie du ruissèlement.

Selon cette théorie économique, plus l’État favorise l’enrichissement des riches, plus ceux-ci démarrent de nouvelles entreprises et font augmenter l’activité économique.

Et par le biais des emplois ainsi créés, cette richesse profite à l’ensemble de la société.

C’est sous les règnes de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan (dans les années 1980) que la théorie du ruissèlement est devenue un dogme parmi les milieux conservateurs.

En réalité, personne n’en a jamais fait la démonstration. Ce qui n’empêche pas les milieux conservateurs de proclamer la réussite (en réalité fictive) des politiques fiscales de Reagan et de Thatcher.

En 2015, le Fonds monétaire international a effectué une étude qui concluait :

“…l’augmentation de la part du revenu des pauvres et de la classe moyenne augmente la croissance économique, tandis qu’une augmentation de la part du revenu des 20 % supérieurs entraine une croissance plus faible.”

Enrichir le peuple profite à tous

Les adversaires du néolibéralisme soutiennent, au contraire, que nous vivons dans une société de consommation. Or le moteur de la consommation, ce sont les dépenses du peuple.

Plus ce dernier s’enrichit, plus il consomme. Et plus il consomme, plus des entrepreneurs s’affairent à répondre à cette demande. Ce qui crée de l’emploi, et contribue à la prospérité des entreprises et de leurs propriétaires.

Depuis plusieurs décennies, la croissance modeste des revenus des familles est accaparée à l’achat de produits technologiques dispendieux (téléphones multifonctionnels, tablettes, ordinateurs portables, etc.). Ce qui fait que le pouvoir d’achat pour tout le reste stagne.

Dans un contexte de stagnation de l’économie, une nouvelle entreprise ne peut réussir qu’aux dépens d’entreprises rivales. Les emplois créés en raison de la réussite de la première sont annulés par la suppression d’emplois chez les autres.

Si bien que si on accorde des réductions fiscales aux riches, la seule source assurée d’enrichissement devient la spéculation boursière, c’est-à-dire acheter à la hausse les actions déjà détenues par d’autres actionnaires. Bref, on ne fait qu’encourager l’économie futile et non l’économie réelle.

Comme un papier buvard reliant pauvres et riches, la théorie de la capillarité économique soutient que l’enrichissement du peuple finit par profiter aux riches.

Qu’en est-il vraiment ?

On peut donc opposer la théorie de la capillarité économique à la théorie du ruissèlement.

Dans les faits, laquelle s’avère fondée ?

C’est à répondre à cette question que se sont consacrés des chercheurs de la London School of Economics and Political Science. Leur rapport vient d’être publié.

Chez dix-huit pays membres de l’OCDE, les chercheurs ont étudié l’effet des réductions de la charge fiscale consenties aux riches au cours des 50 dernières années sur différents indicateurs économiques.

Leur rapport est dévastateur; de 1965 à 2015, les réductions de taxes et d’impôt pour les riches ont entrainé un accroissement des disparités économiques, et ont exercé un effet nul sur la croissance économique et sur le chômage.

Références :
Classes et couches sociales
La “théorie du ruissellement”, fable des années 1980
The Economic Consequences of Major Tax Cuts for the Rich
Théorie du ruissellement

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Glyphosate : le ministre Lamontagne rit de nous

8 décembre 2020
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Pour la première fois cet été, une centaine de producteurs de blé du Québec ont empoisonné leurs céréales au glyphosate (le Roundup™ de Monsanto) avant de les récolter.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, il ne s’agit pas d’un accident; c’est volontairement que ces agriculteurs ont agi ainsi. Leur but était d’arrêter la croissance de leur blé et de simplifier sa récolte.

Contrairement au maïs québécois, principalement destiné à l’alimentation du bétail, le blé québécois est essentiellement destiné à l’alimentation humaine.

Apparue en Saskatchewan dans la deuxième moitié de la décennie précédente, l’utilisation controversée du glyphosate en prérécolte a entrainé la chute des exportations canadiennes de blé vers l’Italie, passant d’un million de tonnes en novembre 2017 à 290 000 tonnes en aout 2018.

Dans l’Ouest canadien, cette pratique est devenue tellement commune qu’il est difficile de trouver du blé récolté normalement qui ne soit pas contaminé par du glyphosate aspergé sur des champs voisins. Si bien que même le blé bio de Saskatchewan trouve difficilement preneur auprès des producteurs de pâtes en Italie.

L’utilisation des défoliants en pré-récolte n’a pas été homologuée au Canada. Avant que cette pratique ne se généralise au Québec, il serait important de sévir contre elle.

Au contraire, grâce aux démarches de l’industrie agrochimique, l’assurance récolte du Québec a remboursé cet été l’achat des herbicides et les couts de pulvérisation en prérécolte du glyphosate et du Diquat (un herbicide interdit en Europe en raison de sa toxicité).

Le 1er décembre dernier, à la période de questions orales de l’Assemblée nationale du Québec, la députée Émilie Lessard-Therrien (de Québec Solidaire) a cherché à savoir la position du ministère de l’Agriculture à ce sujet.

C’est le sourire aux lèvres que le ministre André Lamontagne a refusé à trois reprises de condamner cette pratique, préférant accompagner nos agriculteurs.

Rappelons que c’est ce même ministre qui, en janvier 2019, était tout fier d’annoncer le congédiement de Louis Robert — l’agronome le plus respecté du Québec — au grand plaisir de l’industrie agrochimique dont le ministre Lamontagne est le plus dévoué serviteur.

À la suite du tollé que ce congédiement avait provoqué, le premier ministre lui-même s’en était excusé et conséquemment, Louis Robert avait retrouvé ses fonctions.

Ceci étant dit, que se soit au sujet de son combat contre l’arsenic dispersé par les cheminées de la Fonderie Horne sur la ville de Rouyn-Noranda ou au sujet des pesticides dans nos assiettes, la députée Lessard-Therrien mérite nos remerciements.

Références :
Des résidus de glyphosate dans les bières allemandes et suisses
La corruption généralisée des agronomes québécois
Le glyphosate plein l’assiette
Les céréales canadiennes contaminées au glyphosate
Merci à l’agronome Louis Robert

Paru depuis :
Cancers liés au Roundup — Bayer perd de nouveau en appel (2021-08-10)

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| 2018-202X (années Legault), Agriculture, Économie, Environnement, Politique québécoise, Pollution | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Le glyphosate plein l’assiette

2 décembre 2020


 
Les céréales sont à la base de l’alimentation humaine. Ils sont tellement importants que le gouvernement canadien n’a jamais autorisé la commercialisation de blé transgénique au pays.

En février 2019, l’émission La semaine verte nous apprenait que les agriculteurs de la Saskatchewan utilisaient le glyphosate (le Roundup™ de Mosanto) en prérécolte.

Puisque le glyphosate est mortel pour le blé (ce dernier n’étant pas transgénique), que vient faire le glyphosate dans la culture de cette céréale ?

C’est qu’aucun champ n’est parfaitement plat. Après la pluie, certaines parties du champ demeurent détrempées plus longtemps. Et les plantes qui y poussent murissent plus lentement.

Pour ne pas avoir à attendre après les ‘retardataires’, on tue tous les plants à l’herbicide. Ils sèchent en quelques jours. Puis on les récolte.

Si le blé n’était pas réduit en farine, il serait impossible de semer ses grains; ils sont empoisonnés au glyphosate.

Apparue en Saskatchewan, cette technique agricole s’est répandue au Québec cet été.

Non seulement est-elle pratique pour l’agriculteur, mais elle aussi très économique; l’assurance récolte du Québec — payée à 60 % par les contribuables — rembourse l’achat des herbicides et les couts de pulvérisation.

C’est ainsi que 99 agriculteurs québécois ont obtenu dernièrement un remboursement moyen de 1 047 $ pour l’achat de pesticides et les couts de pulvérisation. Aucune demande n’a été refusée par le ministère de l’Agriculture.

Le remboursement concerne non seulement le glyphosate (cancérogène probable selon l’OMS), mais également l’épandage du Diquat (un herbicide interdit en Europe en raison de sa toxicité).

On invoque des raisons climatiques particulières cette année. Mais qu’on ne s’y trompe pas; cela n’est qu’un prétexte. L’an prochain, on invoquera d’autres raisons.

La décision de rembourser l’épandage de glyphosate en prérécolte a été prise à la suite des représentations de Christian Overbeek, président des Producteurs de grains du Québec.

Celui-ci est également un lobbyiste enregistré dont les démarches visent officiellement à libéraliser l’utilisation des pesticides.

Puisqu’au Québec, on ne peut acheter de pesticide que sur ordonnance d’un agronome, de plus en plus d’agriculteurs achètent ces produits sur l’internet.

Ceux qui continuent de s’approvisionner au Québec obtiennent facilement une ordonnance à ce sujet en raison de la corruption généralisée des agronomes québécois (dont l’Ordre professionnel aurait dû être mis sous tutelle il y a bien longtemps).

Autrefois, il suffisait d’acheter du pain fait avec de la farine de blé du Québec (comme ceux de la boulangerie St-Méthode) pour éviter de consommer du pain fait avec du blé empoisonné au glyphosate.

Depuis que les agriculteurs d’ici sont tombés dans la facilité, la manière de consommer du pain sain est soit de le faire soi-même à partir de farine bio ou d’acheter du pain bio (comme ceux que vend Première Moisson).

Incidemment, leur pain intégral au levain (à 6,29$ la miche de 625 g) et leur pain de blé Khorasian biologique (à 5,20$ la miche de 500 g) sont chaudement recommandés.

Références :
Du glyphosate dans nos aliments
La corruption généralisée des agronomes québécois
L’argent des Québécois a payé l’usage controversé de pesticides
Les céréales canadiennes contaminées au glyphosate
Notre pain contaminé par les herbicides

Parus depuis :
Santé Canada veut autoriser plus de pesticide glyphosate sur des aliments (2021-07-19)
Encore et toujours plus de glyphosate (2021-07-22)

Paru depuis :
Cancers liés au Roundup — Bayer perd de nouveau en appel (2021-08-10)

Détails de la photo : Droits appartenant à Matt Gibson. Photo distribuée par la banque d’images OnePixel.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : l’État doit-il sauver les compagnies aériennes ?

22 mai 2020

Introduction

En raison de la pandémie au Covid-19, tous les grands transporteurs aériens sont menacés de faillite.

Pour l’instant, le transport de marchandises leur assure un peu de revenus. S’ils font également du transport régional, celui-ci n’est rentable qu’au prix de la violation des règles les plus élémentaires de la distanciation sociale entre les passagers.

Beaucoup d’entre eux sont considérés, a tort, comme des fleurons nationaux; Air Canada pour le Canada, KLM pour les Pays-Bas, Lufthansa pour l’Allemagne, et ainsi de suite.

En réalité, ces entreprises ne sont nationales que de nom. Leurs actionnaires viennent de partout à travers le monde. Elles pratiquent l’évasion fiscale; leurs profits sont donc délocalisés dans des paradis fiscaux avant d’être dispersés aux actionnaires. Leurs dirigeants, grassement payés, font partie du jetset ayant œuvré d’un continent à l’autre.

On considère ces entreprises comme des fleurons parce qu’ils maintiennent leur siège social au pays (moyennant d’importantes déductions fiscales). Parce qu’ils transitent par un aéroport au pays : Toronto pour Air Canada, Paris pour Air France, Zurich pour Swiss Air, etc. Et parce que leurs ateliers de réparation sont également situés au pays.

À qui profite le sauvetage ?

Pendant que leurs avions sont cloués au sol, leurs ateliers de réparation ne fonctionnent pas. Ils ne paient pas de taxe d’aéroport. Leur personnel est au chômage forcé mais bénéficie des divers plans d’aide aux travailleurs.

Que ces compagnies fassent faillite ou non, pour l’instant, cela ne change rien pour leurs employés.

La seule différence, c’est que les actionnaires maintiennent la valeur de leur investissement et les dirigeants continuent de toucher les millions de dollars de rémunération.

Après avoir bénéficié de prêts garantis par l’État, si une compagnie décide de faire faillite quand même, ce sont les contribuables qui se trouvent, finalement, à payer la note.

Comme l’a fait Chrysler Canada, effaçant une dette de deux-milliards$ obtenue en vertu du plan canadien de sauvetage de l’industrie ontarienne de l’automobile en 2007.

Nous, Canadiens payons des taxes en retour de quoi l’État canadien nous protège.

Eh bien, les compagnies qui préfèrent payer leurs impôts dans des paradis fiscaux doivent s’adresser aux gouvernements de ces pays s’ils ont besoin d’un plan de sauvetage.

Tough Love

Selon l’idéologie néolibérale qui prévaut en Occident depuis les années 1980, le capitalisme doit servir de modèle aux États.

Or que ferait n’importe quel investisseur privé s’il était à la place de nos gouvernements ?

Il laisserait les compagnies aériennes moisir dans leur jus. Il attendrait qu’elles soient au bord de la faillite et les achèterait pour une bouchée de pain. Il les mettrait en veilleuse jusqu’à la fin de la pandémie. Et il les revendrait avec de juteux bénéfices dès que les vols internationaux reprendraient de nouveau.

Évidemment, les grands perdants seraient les spéculateurs à travers le monde qui perdraient leur mise. Dont font partie les fonds de placement qui gèrent nos fonds de pension. Mais puisque leur portefeuille d’actifs est très diversifié, leurs pertes seraient minimes.

Une transition écologique

L’époque actuelle constitue une occasion unique de rebâtir nos économies sur des bases nouvelles.

Supposons qu’un petit nombre de compagnies aériennes soient nationalisées au creux de leur valeur et que beaucoup d’autres soient abandonnées, c’est-à-dire laissées à elles-mêmes faire faillite.

Et après ?

À la reprise des vols internationaux de passagers, le nombre réduit de transporteurs et leur capacité insuffisante entraineront une nette majoration des prix.

Depuis des années, on sait que le transport aérien est une cause importante de pollution. En dépit de cela, le tourisme de masse se développe inexorablement. Il en est ainsi parce que voyager est de plus en plus abordable. Au point d’être accessible à des centaines de millions de personnes qui, évidemment, en profitent.

Cette accessibilité économique est due à l’apparition de transporteurs à rabais et à des plateformes de location de type Airbnb.

La seule manière de réduire la pollution causée par le tourisme international, c’est de rendre celui-ci onéreux. Il n’y a pas d’autres moyens.

Ce qui ne veut pas dire que les gens cesseront de voyager. Mais ils le feront localement, sur de plus courtes distances, en polluant moins.

Conclusion

Selon l’adage, tout le monde veut aller au ciel, mais personne ne veut mourir.

D’abord et avant tout, cette pandémie est une catastrophe humaine. C’est aussi une période de grandes difficultés économiques pour des milliers de petits entrepreneurs dans les domaines du tourisme, de la restauration, de la culture, etc.

Par contre, d’autres — centres de jardinage, épiceries, ateliers de couture, quincailleries — font des affaires d’or. Tout comme les thanatologues, évidemment.

Bref, les bouleversements actuels sont une occasion d’accélérer la transition vers une économie plus verte. Ce qui veut dire, entre autres, laisser s’effondrer certains secteurs de notre économie.

Il faut abandonner l’idée qu’on peut traverser cette pandémie sans que personne en sorte perdant.

Références :
Coronavirus : Les compagnies aériennes font la loi
Les compagnies aériennes, voyous corporatifs
Pétition pour exiger le remboursement des billets d’avion


Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés au Covid-19, veuillez cliquer sur ceci

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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