Téléromans : s’adapter à tous les formats

18 janvier 2019
À l’hôtel de Délima Poudrier

C’est qui le réalisateur ?

Voilà la question que je me suis immédiatement posée lundi dernier en regardant le deuxième épisode de la quatrième saison du téléroman ‘Les Pays d’en haut’.

Le lendemain, en cherchant sur l’internet, j’ai appris que cette année, le réalisateur Yan Lanouette-Turgeon remplace Sylvain Archambault.

Le premier épisode de la saison ressemblait aux épisodes précédents; mêmes personnages, mêmes décors et mêmes costumes, le tout filmé dans des tonalités chaudes.

Le désespoir de Séraphin Poudrier

Toutefois, ce nouvel épisode se distingue par ses nombreux gros plans à la profondeur de champ minimale dans lesquels le visage des acteurs est sculpté par la lumière.

Le pardon à Donalda

Dans les deux premiers épisodes de la 4e saison, des objets inanimés, filmés également en gros plan, prennent à plusieurs reprises une signification symbolique; un pistolet sur le coin d’une table (au premier épisode), l’anneau de mariage que Séraphin s’est retiré du doigt, et les lunettes héritées de sa mère qu’il confie à Donalda.

Autre caractéristique : l’expressionnisme de la bande sonore.

Parmi les plus importantes, plusieurs séquences sont muettes. Ou, pour être plus précis, celles-ci sont sonores. Comme par exemple, lorsque l’idée de tuer sa femme traverse l’esprit d’un personnage, rien n’est dit et seul le bruit de sa respiration trahit ses pensées.

L’évanouissement de Pâquerette Deschamps

Et parmi tout cela, des séquences qui insufflent une bonne dose d’ironie qui vient alléger le propos.

Bref, cet épisode est un régal pour les cinéphiles. Il fait penser à un croisement entre le meilleur de Podz (dans Minuit, le soir, entre autres) et le meilleur de Friedrich-Wilhelm Murneau (dans ‘Sunrise’).

Je soupçonne que ce style répond à une nécessité; faire en sorte que les téléspectateurs puissent écouter ‘Les Pays d’en haut’ sur tous les types d’écrans actuels. Du téléviseur géant (qui profite de la haute résolution des images) au minuscule écran de téléphone multifonctionnel (où les gros plans font merveille).


Captures d’écran : © 2019 – Sovimage et Encore Télévision.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La Grande traversée

14 mai 2017
Le voilier L’Espérance

Depuis le 11 avril, la télévision de Radio-Canada présente la série hebdomadaire La Grande traversée.

Il s’agit d’une téléréalité dont le but est de montrer la traversée de l’Atlantique par dix jeunes volontaires dans des conditions proches de celle effectuée par les colons français venus s’installer au Canada au XVIIe siècle.

La série à la fois pédagogique et divertissante a été conçue par les Productions Rivard de Winnipeg et Zone3 de Montréal, auxquels se sont joints des télédiffuseurs.

La mise au point de cette série a été soigneusement planifiée. N’ont été choisis que des participants — six hommes et quatre femmes — qui descendent de colons français.

À la première émission, le participant consulte avec beaucoup d’émotion l’original du contrat signé par son ancêtre s’engageant à effectuer ce trajet de La Rochelle à Québec, il y a presque quatre-cents ans.

De plus, au cours du voyage, certains participants auront la surprise de recevoir des messages — de joyeux anniversaire, par exemple — écrits par des proches. Puisque le courrier, même de nos jours, n’est pas livré aux navires en mer, ces messages ont évidemment été écrits d’avance et conservés secrètement à bord jusqu’à la remise à leur destinataire.

Après avoir revêtu des habits neufs analogues à ceux portés par les gens du XVIIe siècle, les participants se procurent les vivres dont se nourrissaient les marins et colons du temps.

Ils s’embarquent sur un trois-mâts nommé L’Espérance. Étant donné que les bateaux de l’époque étaient moins sécuritaires que les navires d’aujourd’hui, on a évité de soumettre les participants aux risques d’un naufrage à bord d’un véritable voilier du XVIIe siècle.

Le bateau utilisé par nos jeunes voyageurs n’a porté le nom de L’Espérance qu’au cours de cette série.

Son véritable nom est le Picton Castle. Construit en 1928, c’était d’abord un chalutier à moteur britannique. Après avoir été utilisé comme démineur au cours de la Seconde Guerre mondiale et comme cargo après ce conflit, il est finalement vendu en 1993 à son propriétaire actuel qui en fera un navire-école canadien après l’avoir transformé en trois-mâts barque au cours d’une rénovation qui aura couté deux-millions de dollars.

On voit une représentation du Picton Castle à la 26e minute du troisième épisode.

Tout comme les colons français du XVIIe siècle, les participants de l’émission ne sont pas de simples passagers; ils doivent aider les véritables matelots du voilier et participer à des corvées comme le nettoyage du pont supérieur et de la cale.

On a donc deux classes de personnes à bord qui habitent des parties différentes du bateau.

Il y a l’équipe professionnelle, habillée normalement, qui mange de la nourriture fraiche, habite des cabines chauffées, et qui a accès à toutes les commodités modernes. Cette équipe est composée d’officiers supérieurs unilingues anglais et de matelots francophones bilingues. Leur langue de travail est l’anglais.

Puis il y a nos dix participants francophones — un du Manitoba, une d’origine acadienne et les huit autres Québécois — qui vivent en commun dans la cale non chauffée et éclairée la nuit à la chandelle. Leur l’hygiène corporelle est celle du XVIIe siècle (la crasse sous leurs ongles en témoigne). Ils se nourrissent de portions insuffisantes de pain sec, d’ognions, de carottes, de lard et de légumineuses, de trois œufs par jour (à eux dix) et d’une poule ou deux abattues chaque semaine (ce qui diminuera inévitablement leur portion quotidienne d’œufs).

Et comme plusieurs de ces jeunes sont des citadins habitués à voir les poulets sous cellophane, la mise à mort des volailles est perçue comme une tragédie grecque.

Non seulement vivent-ils affamés (comme leurs ancêtres), mais ils doivent s’accommoder du mal de tête causé par le jeûne, le mal de mer et les vomissements qui diminuent encore plus leur apport calorique.

L’intérêt de cette série découle non seulement de son originalité et de son aspect éducatif, mais également du soin qu’on a pris à caractériser chaque participant et à mettre en valeur ses talents — de leadeurship, de navigateur, de cuisinier, de débrouillardise, etc.— ce qui accentue l’impact des moments d’émotion qu’il éprouve et que partagent alors les téléspectateurs qui s’en seront attachés.

Le seul irritant (mineur) de cette série vient du commanditaire principal — une banque fondée en 1867 — et qui, trois fois par émission, se dira «…fière de célébrer le 150e anniversaire du Canada…» alors que toute cette série prouve que le monde n’est pas né avec cette banque; le Canada lui est bien antérieur.

Née durant la Renaissance, la Nouvelle-France était formée de trois parties; l’Acadie, le Canada et la Louisiane. Le Canada correspondait alors à la vallée du Saint-Laurent.

Et c’est ce Canada qui, s’étendant vers l’ouest et vers l’est au cours des siècles, deviendra le Canada tel que nous le connaissons aujourd’hui avec l’adhésion de Terre-Neuve en 1949.

Conçue pour célébrer le 150e anniversaire d’une des formes politiques adoptée par le Canada au cours de son histoire (la confédération de 1867), la série est aussi le reflet actuel du pays dans la mesure où on y met en présence des officiers anglophones qui ont autorité sur des passagers-matelots francophones, une domination qui — il fallait s’y attendre — ne sera pas sans incident au cours de cette Grande traversée.

Références :
Picton Castle Crew
History of the Barque Picton Castle
La grande traversée : l’aventure commence dès le 11 avril à la télé
Picton Castle

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Ce soir-là, il y a 50 ans…

9 février 2014
Guitare Epiphone Casio Revolution comme celle utilisée au Ed Sullivan Show

Coïncidence, il y a cinquante ans comme aujourd’hui, le 9 février tombait un dimanche. Et comme à tous les dimanche soirs, l’Ed Sullivan Show présentait live les solistes et groupes populaires de l’heure à son auditoire de 73 millions de personnes.

Ce 9 février là, un nouveau groupe britannique faisait sa première apparition à la télévision américaine : les Beatles.

Un soudain vent de fraicheur s’élevait sur la musique pop américaine. Et plus rien ne fut comme avant…

Jusqu’au 30 mars 2014, le Musée Pointe-à-Callière présente l’exposition célébrant le cinquantième anniversaire des deux concerts qu’ont donnés les Beatles à Montréal, sept mois après leur premier passage à la télévision américaine.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif Lumix 12-35mm F/2,8 — 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 1600 — 12 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Visiteur du Futur

23 avril 2013
Liste des épisodes des trois saisons

La série la plus populaire du Web francophone est « Le Visiteur du Futur ».

Il s’agit d’une série fantastico-comique originaire de France dont chaque épisode dure environ cinq minutes. Elle est construite autour de deux personnages principaux : le personnage-titre (qui n’a pas de nom) et Raphaël (ou Raph, incarné par le créateur de la série). Autour d’eux gravitent une kyrielle de personnages secondaires.

Je me suis tapé ce matin l’intégrale de la saison 1. À part l’épisode 6 (en panne d’inspiration) et l’avant-dernier (excessivement bavard), l’ensemble constitue un divertissement amusant, réalisé avec des moyens limités par de jeunes talents. À voir.

Référence : Le Visiteur du futur

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Musée Éden et l’iPod de Charlemagne

19 mai 2010
© 2010 — Toxa/Sovimage (image tirée d’un épisode sur Tou.TV)

Depuis déjà deux mois, j’écoute la série télévisée « Musée Éden » sur le site Tou.tv.

Ce téléroman est absolument extraordinaire. Le scénario est plein de rebondissements, la photographie est exceptionnelle, les acteurs généralement excellents, bref tout y est admirable. Chaque épisode a d’ailleurs coûté près d’un million de dollars (600 000 euros). Le neuvième et dernier épisode de la première saison se termine par un plan qui est l’un des plus beaux que j’ai vus à la télé de toute ma vie.

L’histoire tourne autour d’un musée ayant réellement existé au début du XXe siècle et sur l’hypothèse selon laquelle certains des meurtres de Jack l’Éventreur auraient été commis par un médecin montréalais d’origine écossaise.

Évidemment, c’est un téléroman de gars, avec des personnages plus grands que nature, une histoire sadique à souhait, un univers brutal et sale, mais aussi deux histoires d’amour en parallèle afin d’humaniser un peu le propos.

L’écueil de n’importe quel téléroman dont l’action se situe dans le passé, c’est l’anachronisme, par exemple Charlemagne écoutant son iPod.

Dans « Musée Éden », l’anachronisme, c’est cette montre que porte le comédien Jean-Nicolas Verreault (jouant le rôle de l’époux de la propriétaire du musée) dans le huitième épisode de la sérié (photo ci-dessus).

Donc, nous somme à Montréal en 1910. À cette époque, les hommes ne portent pas encore de montre-bracelet, mais plutôt des montres de gousset (ou montres de poche).

À la fin du XIXe siècle, on avait bien inventé des montres-bracelet pour femme mais lorsqu’on a voulu en faire pour homme, plusieurs années plus tard, ce fut un échec commercial retentissant, les hommes refusant d’en porter puisque cela faisait trop efféminé selon eux.

C’est seulement lors de la Première guerre mondiale, qu’on s’est rendu compte des inconvénients de la montre de poche.

En effet, lorsqu’on devait coordonner l’attaque simultanée de soldats de plusieurs tranchées contre des positions hostiles, on devait déclencher cette attaque à un moment très précis. Imaginez le soldat, chargé comme un mulet, qui doit déboutonner son long manteau imperméable — appelé “Trench-coat” du mot “Tranchée” — afin de consulter sa montre de gousset, puis reboutonner son manteau d’une main, tenant peut-être son fusil de l’autre, et finalement qui gravit l’escalier qui lui permet de sortir de sa tranchée pour s’exposer au feu de l’ennemi…

D’où l’habitude qu’on a prise alors d’attacher, à l’aide de lanières de cuir, sa montre à son poignet. On trouve encore aujourd’hui sur eBay de ces vieilles montres, énormes, datant de cette époque. Évidemment, après la guerre, la mode de la montre-bracelet s’est imposée d’elle-même.

Donc une montre-bracelet pour homme en 1910, c’est un peu comme l’iPod de Charlemagne…

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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