Deux siècles de colonisation n’ont réussi à faire de nous des Anglais. De la même manière, deux décennies d’occupation militaire américaine n’ont pas suffi à faire de l’Afghanistan un pays différent de ce qu’il a toujours été; très attaché à ses traditions, hyperreligieux, et où la poésie occupe une place centrale dans la vie culturelle.
Avec n’importe laquelle des trois grandes religions monothéistes, plus une société est religieuse, plus elle est machiste et misogyne.
Afin d’éviter un soulèvement populaire contre leur occupation du pays, les Américains y ont toléré le port généralisé de la burka, les mariages arrangés, et les crimes d’honneur. Toujours impunis.
Chaque année depuis deux décennies, une vingtaine de jeunes Afghanes s’immolent par le feu, désespérées d’être forcées d’épouser un mari dont elles ne veulent pas.
C’est cet aspect de l’Afghanistan que les médias occidentaux nous cachent depuis vingt ans.
Ils ont préféré mettre en évidence une poignée d’écoles clandestines pour fillettes, écoles peu fréquentées qui doivent leur existence à du financement étranger et qui disparaitront bientôt comme des châteaux de sable à la marée.
Après les attentats du 11 septembre 2001, les États-Unis se devaient de répliquer à la déclaration de guerre implicite d’Al-Qaïda.
Mais plutôt que d’installer un nouveau gouvernement en Afghanistan, puis de quitter le pays — comme ils l’ont fait en Italie et au Japon après la Deuxième Guerre mondiale — ils ont choisi l’occupation militaire comme en Allemagne.
Le but était d’empêcher le retour des camps d’entrainement d’Al-Qaïda. Comme si l’Afghanistan était le seul endroit au monde où on pouvait entrainer des terroristes. Depuis ce temps, Al-Qaïda entraine plutôt ses guerriers ailleurs, notamment au Pakistan, au Yémen et en Somalie.
Pour empêcher le retour au pouvoir des Talibans, ils ont financé la constitution d’une armée nationale forte officiellement de 300 000 hommes, équipés du meilleur matériel. Une armée qui a pris la poudre d’escampette quand 75 000 Talibans ont lancé leur dernière offensive pour reconquérir le pays en quelques jours.
Les premiers motivés par l’argent. Les seconds par la foi, par la promesse d’une récompense céleste et par patriotisme.
La leçon de cette occupation militaire est simple; un peuple qui n’est pas prêt à défendre la Démocratie de son propre sang ne la mérite pas.
Mais pas plus qu’au Vietnam, les Américains ne retiendront cette leçon parce que, comme tous les peuples Anglo-Saxons, ils sont incapables de résister à la tentation d’imposer leurs valeurs morales à ceux qui ne les partagent pas.
En vingt ans, cette occupation militaire a couté 2 000 000 000 000$ (deux-mille-milliards de dollars). Inutilement.
On peut penser que si cet argent avait été dépensé pour améliorer le sort du peuple américain, il n’y aurait pas aujourd’hui :
• deux-millions de familles américaines menacées d’éviction, parce que trop endettées,
• des dizaines de millions d’adolescents américains qui renoncent à des études supérieures parce qu’ils n’en ont pas les moyens, et
• plus de neuf-millions d’Américains qui ont perdu leur couverture médicale en perdant leur emploi alors que sévit la pire pandémie depuis un siècle.
Plus qu’un échec militaire, la guerre en Afghanistan est un échec moral.
Paru depuis :
Lives lost, poverty, an arms race, rights destroyed … the continuing cost of 9/11 (2021-09-12)
Bonjour
J’aimerais savoir si vous êtes bien l’auteur de l’article ci-bas :
https://jpmartel.com/divers/Afghanistan.htm
Tania
Oui, en effet, j’en suis l’auteur (d’où la similitude du point de vue).
Déjà, il y a quinze ans, j’anticipais ce qui arrive aujourd’hui; dès qu’un président américain débranche le respirateur artificiel qui maintient en vie le gouvernement de Kaboul…
« L’erreur des Américains au Vietnam, c’est d’y avoir défendu la démocratie d’un peuple habitué à ce que des étrangers (des Français d’abord, puis des Américains par la suite) versent leur sang pour leur bien. »
Donc pour vous, la colonisation qui se définit par l’envahissement d’un pays pour exporter toute sa richesse, détruire et éradiquer sa culture tout en imposant à ce peuple de nouvelle culture et religion … est considérée comme étant « verser leur sang pour leur bien »?
Deux siècles de colonisation pour les québécois est-il amer comme souvenir? Or, cela ne devrait pas pour les Vietnamiens car c’est un peuple qui mérite d’être oppressé et doit même avoir de la gratitude pour leur oppresseurs qui ont « versé leur sang pour leur bien »?
D’être pris dans un jeu géopolitique pour en voir son peuple mourir et dégrader par des forces extérieures, des deux côtés, est une preuve d’ignorance et d’inaction? Alors que d’être acteur du jeu pour ses propres intérêts, mis à part le drame humanitaire des soldats-Americans et Vietnamiens, est considéré comme un bienfaiteur pour la démocratie?
Je vous invite à lire les articles ci-bas.
• Les missionnaires et la politique coloniale française au Vietnam (1857-1914)
• Une rencontre transatlantique: les Viêt-Nam nés du mouvement anti-guerre en France et aux États-Unis (taille du fichier : 44.3 Mo)
• Causes, Origins, and Lessons of the Vietnam War
• Accord sur la cessation de la guerre et le rétablissement de la paix au Vietnam. Signé à Paris le 27 janvier 1973
Vous apportez ici des arguments très valables qui méritent réflexion.
Je vous remercie pour votre suggestion de lectures. Je me ferai un plaisir de regarder cela de plus près.