Pensionnats autochtones : le froid entre le Canada et le Vatican

Le 11 juin 2021

La leçon papale

Afin d’honorer une promesse faite trois ans plus tôt, le pape Jean-Paul II avait rencontré cinq-mille Autochtones venus l’accueillir à Fort-Simpson le 20 septembre 1987.

À cette occasion, après avoir idéalisé le travail des missionnaires catholiques, le pape déclarait :

…j’affirme votre droit à une juste et équitable mesure d’auto-gouvernement et à la possession des terres propres et des ressources appropriées, indispensables pour le développement d’une économie vitale, adaptée aux besoins de l’actuelle génération et de celles de l’avenir.
(…)
Je voudrais rappeler qu’à l’aube de la présence de l’Église dans le Nouveau Monde, mon prédécesseur Paul III proclama en 1537 les droits des peuples indigènes de cette époque. Il affirma leur dignité, défendit leur liberté et déclara qu’on ne pouvait pas les réduire à l’esclavage ou les priver de leurs biens ou de leurs propriétés.

Ceci a toujours été la position de l’Église.

Tout comme le fameux ‘Vive le Québec libre’ du général de Gaulle en 1967, les appels vingt ans plus tard de Jean-Paul II en faveur de l’autodétermination des peuples Autochtones du Canada avaient créé un froid diplomatique entre notre pays et le Vatican.

Le charnier de la honte

Justin Trudeau est le premier chef d’État du pays à reconnaitre les sévices dont ont été victimes les Autochtones du pays.

Alors que ses efforts de réconciliation n’ont pas encore donné grand-chose de concret, la découverte d’un charnier dans lequel les corps de 215 enfants autochtones ont été jetés a ravivé les plaies vives des Autochtones et suscité l’indignation internationale.

Après avoir réagi par de l’embarras, le premier ministre canadien s’est rapidement ressaisi en exigeant des excuses du Vatican.

C’est comme si Ottawa disait : “Ce charnier est une initiative de cette communauté religieuse catholique. C’est de sa faute. Le Vatican doit s’en excuser.

Effectivement, aucune loi, aucun règlement, ni aucune norme fédérale n’a jamais exigé qu’on manque à ce point de respect pour la dépouille des Autochtones du pays.

Après s’être fait faire la morale par Jean-Paul II en 1987, voilà qu’Ottawa remet au Vatican la monnaie de sa pièce.

La véritable faute des autorités religieuses

Les Autochtones ont le plus faible niveau de vie au pays. Ils n’ont jamais eu la volonté ni les moyens d’envoyer leurs enfants pensionnaires dans des écoles privées.

Fondamentalement, si des communautés religieuses ont fait construire et mis sur pied des pensionnats autochtones, c’est parce qu’elles se sont laissé corrompre par l’argent du fédéral.

Autrement, ces maisons d’enseignement n’auraient jamais existé parce que non rentables.

De plus, c’est Ottawa qui peuplait ces pensionnats en ordonnant aux forces policières d’arracher littéralement les enfants autochtones des bras de leurs mères.

La création des pensionnats autochtones découle d’une volonté étatique de procéder au génocide culturel des peuples autochtones du pays. D’en faire de nouveaux citoyens, parlant anglais, capables de lire et d’écrire, mais incapables d’effectuer les tâches nécessaires à leur survie en forêt.

Du point de vue autochtone, on en faisait des bons à rien.

Au début, créer un pensionnat autochtone était payant. Voilà pourquoi ils se sont multipliés rapidement partout au Canada, surtout dans les provinces anglophones.

Le Québec fut la dernière province où une communauté religieuse se laissa corrompre. Un siècle après le premier pensionnat autochtone au Canada anglais, c’est en 1931 que les Oblats de Marie Immaculée créèrent le premier établissement du genre au Québec.

Et parce que ces maisons d’enseignement dépendaient exclusivement de l’argent d’Ottawa, dès qu’elles étaient créées, elles étaient prises dans l’engrenage des politiques génocidaires canadiennes.

Il suffisait à Ottawa d’adopter une certaine rigueur budgétaire pour que les sommes allouées aux pensionnats diminuent.

Alors que fait-on ? Eh bien, on économise, par exemple, sur les frais de chauffage l’hiver. On se justifie en se disant qu’après tout, ces ‘gens-là’ sont habitués à vivre au froid.

Aux compressions budgétaires fédérales suivantes, on diminue la qualité de la nourriture ou les portions. Souvent les deux.

Et de compressions en compressions, les pensionnats autochtones sont passés d’établissements carcéraux en camps de concentration pour la durée des études de leurs pensionnaires.

Conclusion

Lorsqu’on prétend à l’infaillibilité, il est difficile de reconnaitre ses torts…

D’une manière ou d’une autre, les excuses du Vatican viendront. Elles viendront pour les principales victimes; les enfants autochtones.

Mais elles ne viendront jamais pour ces centaines de religieuses — victimes collatérales — qui croyaient entrer en religion pour accomplir le bien, mais dont la vie a été gâchée.

Une vie qui a été gâchée par des prélats corrompus par l’argent d’Ottawa et qui ont transformé ces religieuses en agentes de répression, distribuant les punitions corporelles et assujettissant les élèves aux privations les plus diverses au fur et à mesure que diminuait l’aide d’Ottawa.

Du coup, tout cela ne doit pas détourner notre attention vers les vrais coupables, au premier rang desquels le père de la Confédération canadienne, le premier ministre John-A. Macdonald, créateur de cette machine génocidaire.

Une machine sur laquelle reposent les assises du Canada puisque depuis la conquête anglaise, le Canada s’est construit sur la dépossession violente des terres occupées par les Autochtones.

Références :
La destruction des Indiens des Plaines. Maladies, famines organisées, disparition du mode de vie autochtone
Nettoyer la statue de Macdonald, un gaspillage des fonds publics
Pape Jean-Paul II – Visite apostolique 1987
Pensionnats : après la douleur et la honte, quoi ?
Pensionnats autochtones : la honte canadienne
Téléjournal, 20 septembre 1987
Trudeau déçu du refus du Vatican de s’excuser pour les pensionnats autochtones

Complément de lecture : Le génocide des Béothuks à Terre-Neuve

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Un commentaire à Pensionnats autochtones : le froid entre le Canada et le Vatican

  1. André dit :

    Excellente mise au point.

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