Le ‘génocide’ des Ouïgours en Chine

2 mars 2021
Ouïgours vendant des fruits séchés à Shanghai

Introduction

Le 22 janvier dernier, la Chambre des Communes du Canada adoptait une résolution conservatrice condamnant le génocide de la Chine contre sa minorité ouïgoure.

À cette occasion, tout le cabinet fédéral s’est abstenu de voter (y compris le premier ministre). La résolution a donc été adoptée unanimement par les députés qui ont choisi de s’exprimer.

De son côté, Wikipédia parle de génocide culturel des Ouïgours. Mais pas de génocide au sens strict, soit l’extermination massive de cette minorité chinoise.

Qu’en est-il ?

L’exemple vertueux du Canada

En Nouvelle-France, les colonisateurs français avaient développé des relations relativement harmonieuses avec tous les peuples autochtones d’Amérique du Nord, à l’exclusion des Iroquois (alliés militaires des Anglais).

Mais à partir de la conquête anglaise, le Canada s’est construit sur la dépossession violente des territoires occupés par des peuples autochtones.

Aujourd’hui éteint, le peuple des Béothuks habitait autrefois Terre-Neuve, devenue province canadienne en 1949.

Certains auteurs considèrent leur extermination (hommes, femmes et enfants) par la force des armes comme étant le premier génocide réussi en territoire canadien.

À cela s’ajoute, entre autres, le financement par Ottawa des pensionnats autochtones dont le but avoué était le génocide culturel des peuples autochtones du pays.

Les troubles sociaux au Xinjiang

Depuis leur migration vers l’Est le long de la Route de la soie, les Ouïgours (un peuple turcophone) habitent la province chinoise actuelle du Xinjiang.

À partir de la Révolution chinoise, de plus en plus de Hans — l’ethnie la plus importante en Chine — choisirent de s’établir au Xinjiang. De 1949 à 2010, la proportion de Hans passa de 6,7 % à 39 % dans cette province.

Encouragée par Beijing, cette colonisation suscita l’animosité des Ouïgours.

Au cours de la deuxième moitié des années 1980, des évènements violents opposèrent des Ouïgours aux forces gouvernementales.

Dans un premier temps, la réaction de Beijing fut de resserrer son contrôle sur les organismes de la région, dont les institutions islamiques (puisque les Ouïgours sont majoritairement de religion musulmane).

Toutefois, la contestation populaire s’intensifia, occasionnant environ deux-cents actes ‘terroristes’ entre janvier 1997 et avril 1999.

Fuyant vers les pays voisins que sont le Pakistan et l’Afghanistan, certains exilés tissèrent des liens avec les Talibans. Mais il faudra attendre 2008 pour que cette alliance porte ses fruits.

En 2009, de violentes émeutes firent officiellement 197 morts au Xinjiang, dont les trois quarts parmi les Hans.

De 2009 à 2014, la construction d’une ligne de TGV desservant le Xinjiang y a accéléré l’établissement de colons Hans.

La violence culmina en 2014, alors que trois-cents personnes succombèrent à des actes terroristes. Choquée, l’opinion publique chinoise exigea qu’on mette fin à ces désordres.

Xinjiang est alors devenu un terrain d’expérimentation des technologies dont la Chine possède la suprématie mondiale, notamment celles liées à la reconnaissance faciale.

Des mosquées sont détruites. Le port de la barbe est règlementé. Les femmes sont arrêtées parce qu’elles portent le voile. Des dissidents sont emprisonnés et des malfaiteurs, exécutés. Parler ouïgour à l’école est interdit.

De plus, l’État chinois a construit d’immenses camps de ‘rééducation’ dans lesquels on enseigne le mandarin (la langue principale de Chine). Entre cent-mille et un million d’Ouïgours y seraient internés.

Des milliers de Ouïgours parlant le mandarin sont réquisitionnés pour travailler dans d’autres régions de la Chine dans le cadre d’une politique officielle de lutte à la pauvreté.

Selon le Washington Post, on poserait des stérilets aux femmes ouïgoures sans leur consentement.

Cette pratique n’est pas sans rappeler la stérilisation forcée des femmes autochtones. Une pratique courante jusqu’aux années 1970 dans certaines provinces canadiennes, mais qui se poursuivrait encore à échelle réduite de nos jours.

Conclusion

Quelle que soit la gymnastique intellectuelle à laquelle se plie la propagande américaine pour nous le faire croire, il n’existe pas d’extermination de masse des Ouïgours en Chine.

La plus grande tuerie de masse qui a cours actuellement, c’est celle que fait le Covid-19 aux États-Unis; plus d’un demi-million de morts. C’est un scandale. Ces morts sont les victimes d’une classe politique qui préfère se quereller au sujet du port du masque plutôt que de protéger leur population comme le font la Chine et le Vietnam, deux pays communistes.

Toutefois, il est vrai que Beijing subventionne la colonisation des Hans au Xinjiang. Tout comme Ottawa, par le biais de sa politique des langues officielles, subventionne la colonisation du Québec par l’ethnie dominante du pays.

En plus, l’État chinois pratique un génocide culturel à l’égard des Ouïgours. Ce qui n’est pas sans rappeler celui que le Canada a longtemps pratiqué à l’égard de l’ensemble de ses peuples autochtones.

L’adoption par le Canada d’une résolution condamnant le ‘génocide’ des Ouïgours est un alignement de notre pays sur la propagande américaine.

Plutôt que de se préparer à l’émergence de la Chine comme première puissance mondiale, le Canada préfère mettre tous ses œufs dans le panier d’un voisin en déclin technologique et commercial.

Un voisin raciste et belliqueux, au bord de la guerre civile.

Si demain matin tous les Ouïgours déménageaient aux États-Unis, ils échapperaient ainsi aux politiques assimilatrices de Beijing, mais vivraient sous la terreur des suprémacistes blancs. Et dans trois générations, presque plus rien de leur culture serait encore vivant.

Les États-Unis constituent la plus puissante machine d’assimilation culturelle de toute l’histoire de l’Humanité. À coté d’eux, les Chinois sont des amateurs.

Références :
Génocide culturel des Ouïghours
La Chambre des communes reconnaît formellement le « génocide » des Ouïgours en Chine
L’affaire Huawei : dure pour le Canada, la vie de caniche américain
Les Ouïgours à l’épreuve du « vivre-ensemble » chinois
LGV Lanzhou – Ürümqi
Stérilisation des femmes autochtones au Canada

Complément de lecture :
«Casser la société ouïgoure» par le travail et le déplacement forcés (2021-03-06)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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