Covid-19 et l’hôpital chinois de Montréal

29 juin 2020


 
Des CHSLD modèles

La majorité des Québécois décédés du Covid-19 vivaient dans des CHSLD (l’équivalent des EHPAD français).

Dans la région montréalaise (la plus atteinte au Québec), quatre de ces résidentes ont été totalement épargnées par le Covid-19 jusqu’ici :
• le Pavillon Camille-Lefebvre (public – 135 résidents)
• le Centre d’hébergement Father-Dowd (public – 134 résidents)
• le Château Westmount (privé – 112 résidents)
• le CHSLD Dante (public – 100 résidents).

Dans deux autres cas, un très petit nombre de résidents en ont été atteints, sans que personne n’en décède :
• l’Hôpital chinois de Montréal (public – 128 résidents)
• le CHSLD Marie-Rollet (public – 110 résidents).

À l’exception du Pavillon Camille-Lefebvre, tous les CHSLD montréalais dépendaient d’un CIUSSS. Nés de la réforme libérale du Dr Barrette, les CIUSSS sont des énormes structures administratives regroupant divers établissements, dont des CHSLD.

Or tout ce qui est lourd est lent.

L’inertie des politiques sanitaires au Québec

À juste titre, le gouvernement a confié la lutte contre le Covid-19 à la direction de la Santé publique (DSP). Conséquemment, les CIUSSS appliquent les directives reçues de la DSP.

Tous les experts de la DSP sont capables de lire et de comprendre des études scientifiques. Mais plutôt que de tenir compte immédiatement de toute découverte importante au sujet de la pandémie, la DSP a choisi d’être à la traîne de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et d’ajouter sa lourdeur administrative à celle de l’OMS.

À Genève, quand l’OMS adopte une résolution, celle-ci apparait dans le procès-verbal rédigé quelques jours plus tard.

Une fois le procès-verbal adopté à la réunion suivante, on rédige un projet de communiqué qui doit être approuvé par la haute direction de cet organisme.

Une fois toutes ces étapes franchies, l’OMS publie sa directive.

La DSP québécoise en prend connaissance, l’approuve et la communique aux CIUSSS.

Ces derniers la mettent donc en application des semaines après la publication de l’étude scientifique qui a justifié la nouvelle directive de l’OMS.

Voilà pourquoi la DSP a été si lente à prendre conscience de l’importance du port du masque, malgré l’expérience probante des pays d’Extrême-Orient.

Ces délais ne sont pas les seules raisons qui expliquent le manque de réactivité des autorités sanitaires au Québec.

Deux jours avant l’apparition du premier cas de Covid-19 au Québec, le directeur de la Santé publique du Québec partait en vacances au Maroc pour deux semaines (du 26 février au 8 mars).

Au retour des vacances du Dr Arruda, le premier ministre a été informé que le Covid-19 avait commencé à faire des ravages chez nous et a immédiatement décidé d’ordonner le confinement de la province.

Le cas de l’hôpital chinois de Montréal

Depuis des années, l’hôpital chinois de Montréal est une résidence pour ainés. Ses pensionnaires sont surtout des Québécois d’origine chinoise et son personnel est issu à 70 % de la communauté chinoise.

En raison des liens avec des parents demeurés en Chine, on y était bien au fait de la dangerosité d’une pandémie imminente.

Dès janvier, les employés et les pensionnaires de cette résidence avaient pris l’habitude de porter un masque.

Pour le CIUSSS Centre-Sud (qui a autorité sur l’hôpital chinois), cette réaction de son personnel et de ses pensionnaires était anormale et trahissait une anxiété excessive.

La coordinatrice nommée par le CIUSSS a donc fait venir un médecin de la DSP afin d’atténuer leurs craintes.

Le message du porte-parole de la DSP fut clair. Il y a bien un nouveau virus en Chine, mais tout cela est loin de nous. Le masque de protection ne doit pas être porté car il est susceptible de créer de la panique.

Au cours des six premières semaines de la pandémie au Québec, les CIUSSS et la DSP luttaient contre le port du masque par le personnel de soutien et les pensionnaires asymptomatiques des CHSLD. Ce combat rétrograde est un des nombreux facteurs qui expliquent l’hécatombe survenue en CHSLD.

À l’époque, les employés (autres que les médecins et les infirmières) étaient menacés de représailles s’ils portaient un masque, même acheté à leurs frais. Par manque de personnel, les employés symptomatiques en attente d’un test de diagnostic étaient forcés de travailler pareil, propageant ainsi le Covid-19.

En dépit de ce contexte, le personnel et les résidents de l’hôpital chinois persistèrent à porter le masque.

Heureusement, le CIUSSS Centre-Sud fit exception pour eux.

Maintenant que la situation s’améliore au Québec, on sent le besoin d’honorer les CHSLD qui se sont bien acquittés de leur devoir de protéger leurs résidents.

L’hôpital chinois de Montréal est l’un d’eux.

Son exemple est la preuve qu’il est souvent utile de permettre l’expression de différences culturelles au sein de la société québécoise puisque la richesse de l’expérience humaine est un avantage pour la survie de notre espèce.

Références :
CHSLD: la recette pour résister au virus
Covid-19 : l’utilisation ‘judicieuse’ des masques
Le premier cas de COVID-19 au Québec est confirmé
Résumé des mesures à prendre contre le Covid-19
Voyage au Maroc : le Dr Arruda s’est absenté 12 jours au début de la crise

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2 commentaires

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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