Covid-19 : l’État doit-il sauver les compagnies aériennes ?

22 mai 2020

Introduction

En raison de la pandémie au Covid-19, tous les grands transporteurs aériens sont menacés de faillite.

Pour l’instant, le transport de marchandises leur assure un peu de revenus. S’ils font également du transport régional, celui-ci n’est rentable qu’au prix de la violation des règles les plus élémentaires de la distanciation sociale entre les passagers.

Beaucoup d’entre eux sont considérés, a tort, comme des fleurons nationaux; Air Canada pour le Canada, KLM pour les Pays-Bas, Lufthansa pour l’Allemagne, et ainsi de suite.

En réalité, ces entreprises ne sont nationales que de nom. Leurs actionnaires viennent de partout à travers le monde. Elles pratiquent l’évasion fiscale; leurs profits sont donc délocalisés dans des paradis fiscaux avant d’être dispersés aux actionnaires. Leurs dirigeants, grassement payés, font partie du jetset ayant œuvré d’un continent à l’autre.

On considère ces entreprises comme des fleurons parce qu’ils maintiennent leur siège social au pays (moyennant d’importantes déductions fiscales). Parce qu’ils transitent par un aéroport au pays : Toronto pour Air Canada, Paris pour Air France, Zurich pour Swiss Air, etc. Et parce que leurs ateliers de réparation sont également situés au pays.

À qui profite le sauvetage ?

Pendant que leurs avions sont cloués au sol, leurs ateliers de réparation ne fonctionnent pas. Ils ne paient pas de taxe d’aéroport. Leur personnel est au chômage forcé mais bénéficie des divers plans d’aide aux travailleurs.

Que ces compagnies fassent faillite ou non, pour l’instant, cela ne change rien pour leurs employés.

La seule différence, c’est que les actionnaires maintiennent la valeur de leur investissement et les dirigeants continuent de toucher les millions de dollars de rémunération.

Après avoir bénéficié de prêts garantis par l’État, si une compagnie décide de faire faillite quand même, ce sont les contribuables qui se trouvent, finalement, à payer la note.

Comme l’a fait Chrysler Canada, effaçant une dette de deux-milliards$ obtenue en vertu du plan canadien de sauvetage de l’industrie ontarienne de l’automobile en 2007.

Nous, Canadiens payons des taxes en retour de quoi l’État canadien nous protège.

Eh bien, les compagnies qui préfèrent payer leurs impôts dans des paradis fiscaux doivent s’adresser aux gouvernements de ces pays s’ils ont besoin d’un plan de sauvetage.

Tough Love

Selon l’idéologie néolibérale qui prévaut en Occident depuis les années 1980, le capitalisme doit servir de modèle aux États.

Or que ferait n’importe quel investisseur privé s’il était à la place de nos gouvernements ?

Il laisserait les compagnies aériennes moisir dans leur jus. Il attendrait qu’elles soient au bord de la faillite et les achèterait pour une bouchée de pain. Il les mettrait en veilleuse jusqu’à la fin de la pandémie. Et il les revendrait avec de juteux bénéfices dès que les vols internationaux reprendraient de nouveau.

Évidemment, les grands perdants seraient les spéculateurs à travers le monde qui perdraient leur mise. Dont font partie les fonds de placement qui gèrent nos fonds de pension. Mais puisque leur portefeuille d’actifs est très diversifié, leurs pertes seraient minimes.

Une transition écologique

L’époque actuelle constitue une occasion unique de rebâtir nos économies sur des bases nouvelles.

Supposons qu’un petit nombre de compagnies aériennes soient nationalisées au creux de leur valeur et que beaucoup d’autres soient abandonnées, c’est-à-dire laissées à elles-mêmes faire faillite.

Et après ?

À la reprise des vols internationaux de passagers, le nombre réduit de transporteurs et leur capacité insuffisante entraineront une nette majoration des prix.

Depuis des années, on sait que le transport aérien est une cause importante de pollution. En dépit de cela, le tourisme de masse se développe inexorablement. Il en est ainsi parce que voyager est de plus en plus abordable. Au point d’être accessible à des centaines de millions de personnes qui, évidemment, en profitent.

Cette accessibilité économique est due à l’apparition de transporteurs à rabais et à des plateformes de location de type Airbnb.

La seule manière de réduire la pollution causée par le tourisme international, c’est de rendre celui-ci onéreux. Il n’y a pas d’autres moyens.

Ce qui ne veut pas dire que les gens cesseront de voyager. Mais ils le feront localement, sur de plus courtes distances, en polluant moins.

Conclusion

Selon l’adage, tout le monde veut aller au ciel, mais personne ne veut mourir.

D’abord et avant tout, cette pandémie est une catastrophe humaine. C’est aussi une période de grandes difficultés économiques pour des milliers de petits entrepreneurs dans les domaines du tourisme, de la restauration, de la culture, etc.

Par contre, d’autres — centres de jardinage, épiceries, ateliers de couture, quincailleries — font des affaires d’or. Tout comme les thanatologues, évidemment.

Bref, les bouleversements actuels sont une occasion d’accélérer la transition vers une économie plus verte. Ce qui veut dire, entre autres, laisser s’effondrer certains secteurs de notre économie.

Il faut abandonner l’idée qu’on peut traverser cette pandémie sans que personne en sorte perdant.

Références :
Coronavirus : Les compagnies aériennes font la loi
Les compagnies aériennes, voyous corporatifs
Pétition pour exiger le remboursement des billets d’avion


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2 commentaires

| Économie, Politique canadienne | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


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