Quand le Labrador était gouverné par François Martel, sieur de Brouage

18 octobre 2018
Carte de l’Amérique du Nord, réalisée en 1689 (© — Musée Stewart)

Introduction

Il y a plusieurs lignées de Martel au Québec.

Celle dont je suis descendant est d’origine parisienne.

Apparues dans la colonie quelques années plus tard, deux autres lignées sont dites ‘de Brouage’.

Elles sont issues de deux frères nés d’une famille originellement installée à Brouage. Ce port est situé dans le sud-ouest de la France, dans une commune d’où provient Samuel de Champlain.

Bien avant leur naissance, les Martel de Brouage avaient quitté ce port pour la ville de Bastide-Clairence, située à 360 km plus au sud.

Ces deux frères sont Pierre-Gratien et Raymond Martel de Brouage. Ce dernier, le plus jeune, abandonnera son nom ‘de Brouage’ à son arrivée dans la colonie.

Voici quelques personnages qui marqueront l’ascension sociale des Martel de Brouage, de leur arrivée dans la colonie jusqu’à la fin du régime français.

François Bissot (1613-1673)

Sur ordre de Louis XIII, une première seigneurie fut créée en 1636 sur la rive sud du Saint-Laurent.

C’était la seigneurie de Lauzon. Son territoire correspondait aux limites de l’actuelle ville de Lévis, en face de Québec.

Pendant longtemps, aucun colon français n’y demeurait puisque ce territoire était périodiquement le théâtre de razzias d’Iroquois venus de ce qui est aujourd’hui l’État de New York.

Tout au plus, y venait-on pêcher l’anguille sur ses rives.

En 1647, un premier colon s’y installa, suivi de François Bissot l’année suivante.

Le 25 octobre de cette année-là, ce dernier épousa la petite-fille de Louis Hébert, premier apothicaire de la colonie.

François Bissot était plein d’audace et s’illustra rapidement par son sens de l’entreprise en construisant un moulin en 1655 et, grâce aux revenus qu’il en tira, la première tannerie de Nouvelle-France en 1668.

On y travaillait les peaux de bœufs, d’élans, de chevreuils, et même de marsouins et de phoques.

L’entreprise approvisionnait en bottes et souliers les troupes de la colonie. On estime que sept ans après sa fondation, la manufacture fabriquait huit-mille paires de souliers par année.

En 1670, sa fille Catherine Bissot (son 4e enfant) épouse Étienne Charest (dont nous parlerons dans quelques instants).

Deux ans après le décès de François Bissot en 1673, sa fille Claire-Françoise Bissot (son 5e enfant) épouse Louis Jolliet, qui deviendra le plus grand explorateur de l’Amérique du Nord.

Étienne Charest (1635-1699)

À son mariage avec Catherine Bissot en 1670, Étienne Charest est déjà l’associé et l’homme de confiance de son beau-père.

Lorsque ce dernier décède trois ans plus tard, c’est Étienne Charest qui prend ses affaires en main. Si bien qu’à son propre décès, 26 ans plus tard, Étienne Charest a acquis l’essentiel de la fortune de François Bissot.

Mais entretemps, en 1687, la plus âgée de ses filles, Marie-Charlotte, épouse Pierre-Gratien Martel de Brouage (1662-1696). Elle a alors 14 ans, lui 25.

Le jeune couple s’installe à Québec où tout le monde se connaissait.

Étienne Charest habitait une maison (située sur la rue du Sault-au-Matelot) qui avait une vocation commerciale puisque c’était également un des commerces les plus florissants de la capitale.

Non seulement y venait-on pour trouver chaussure à son pied, mais le commerce offrait une grande variété de produits.

Et pour approvisionner son commerce de Québec et sa manufacture de Lévis, Étienne Charest brassait des affaires jusqu’au Labrador où il s’occupait de la pêche de la morue et de la chasse aux phoques.

Sans avoir obtenu de concession du roi, Pierre-Gratien Martel de Brouage avait pris l’initiative d’y construire un poste de traite, acheter des goélettes et procéder à des aménagements à divers endroits le long de la côte de Labrador afin d’approvisionner le commerce de son patron Étienne Charest.

C’est d’ailleurs au cours d’une de ses tournées au Labrador que Pierre-Gratien Martel de Brouage disparut, le 1er septembre 1696.

Il laisse orphelin son fils, François Martel de Brouage (1692-1761), alors âgé de quatre ans.

Augustin Le Gardeur de Courtemanche (1663-1717)

L’année suivante, en 1697, sa veuve épouse en secondes noces Augustin Le Gardeur de Courtemanche. Ce denier était un brillant militaire et un diplomate.

Après ce mariage, Augustin Le Gardeur de Courtemanche décida de prendre en main les intérêts au Labrador de son épouse.

En 1702, il se fait accorder pour dix ans des concessions royales qui légalisent les activités qu’on y mène déjà.

En 1714, ces concessions sont transformées en concessions à vie alors que Louis XIV le nomme ‘Commandant pour le roi de la côte de Labrador’.

À sa mort, quatre ans plus tard, son beau-fils François Martel de Brouage lui succède grâce aux représentations que Philippe de Rigaud de Vaudreuil, gouverneur de Nouvelle-France, effectue en sa faveur auprès du duc d’Orléans, Régent du royaume depuis la mort de Louis XIV.

Dans les documents officiels signés à Versailles, François Martel de Brouage est appelé ‘le sieur de Brouage’. Ni son prénom ni son véritable nom de famille ne sont mentionnés.

François Martel, sieur de Brouage

À 25 ans, François Martel devient donc commandant du roi de la côte du Labrador, poste qu’il occupa de 1718 à 1761.

Ses fonctions l’obligent à revenir régulièrement à Québec pour se ravitailler et faire rapport de ses activités. Puis à regagner le Labrador de mai à novembre, quand les icebergs ne sont plus une menace à la navigation. Durant l’été, il est rejoint par son épouse et ses cinq filles.

Contrairement à la vallée du Saint-Laurent où règne l’harmonie depuis la Grande Paix de Montréal de 1701, les relations sont conflictuelles entre les Esquimaux et les pêcheurs venus de France écumer les riches bancs de poissons du Labrador.

De plus, des conflits surgissent entre les marins qui évacuent les frustrations accumulées en mer en se battant dans les débits de boissons où ils s’entassent. Sans compter les capitaines frustrés de rester en retrait en mer parce que les quais sont encombrés.

Malgré le confort relatif dont il s’entoure, François Martel connait une difficulté croissante à convaincre ses filles de passer tout l’été au Labrador.

Si bien qu’il multipliera ses absences à Québec, surtout à partir de 1754.

Informé que des capitaines français procurent illégalement des armes et des munitions aux Esquimaux, Louis XV écrit en 1759 au gouverneur Vaudreuil pour l’informer des lacunes du travail du sieur de Brouage.

À la veille de la conquête, le blocus qu’imposait la flotte anglaise empêcha cette lettre d’atteindre son destinataire.

Si bien que François Martel conserva son poste jusqu’à la fin du régime français.

Références :
François Bissot
Jean Talon
La famille Martel de Brouage
Martel, Raymond
Sarrazin J. Quand le Labador était français… Forces 1970; no 13: 4-18.
Seigneurie de Lauzon

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’allégeance à la reine et les périls du PQ

18 octobre 2018

Pour tout peuple conquis, rien n’est plus révélateur de son assujettissement que d’être obligé de prêter allégeance à ses conquérants ou à leurs descendants.

Dans un commentaire publié par Le Devoir en 2015, j’avais déclaré que je n’hésiterais pas à revêtir le niqab — ce vêtement féminin qui ne laisse visibles que les yeux de celle qui le porte — si j’avais l’obligation de prêter serment à la reine d’Angleterre.

C’est un peu ce qu’ont fait hier les nouveaux députés de Québec Solidaire (QS).

En vertu de la Canadian Constitution, tout nouvel élu doit prononcer le serment suivant afin de pouvoir siéger à l’Assemblée nationale :

Je, (nom du député), jure que je serai fidèle et porterai vraie allégeance à Sa Majesté la reine Élisabeth II.

À cela, une loi adoptée en 1982 sous le gouvernement de René Lévesque a fait ajouter :

Je, (nom du député), déclare sous serment que je serai loyal envers le peuple du Québec et que j’exercerai mes fonctions de député avec honnêteté et justice dans le respect de la constitution du Québec.

Après s’être entendus avec le secrétaire général de l’Assemblée nationale (devant qui le serment doit être prêté), les députés de QS ont juré fidélité à la reine, en privé, dans une salle adjacente au Salon rouge.

Puis, en public dans le Salon rouge, ils ont déclaré leur loyauté à la population du Québec.

Autrefois, les députés péquistes avaient l’habitude de compléter le texte du serment par des ajouts qui en ridiculisaient la teneur. On ignore ce qu’ils ont fait cette fois-ci.

Dans un texte récent, je me réjouissais d’avance de la surenchère que se livreraient QS et le PQ pour rallier les Québécois à la cause indépendantiste.

La séance d’assermentation d’hier a donné une idée — anodine, il est vrai — de cette nouvelle rivalité.

Non seulement le PQ doit-il craindre que QS lui glisse le tapis sous les pieds mais il aurait bien tort de présumer qu’un gouvernement de la Coalition Avenir Québec (CAQ) sera aussi servile à l’égard du gouvernement fédéral que le gouvernement invertébré de Philippe Couillard.

On doit se rappeler que le méfiance à l’égard d’Ottawa — sous forme d’une vague hostilité à l’égard des ‘Anglais’ — fait partie de l’ADN du peuple francoQuébécois.

Or le Québec profond a voté caquiste. Il serait raisonnable de penser que la députation caquiste se fasse l’écho de ce ressentiment, ce qui compliquera les efforts péquistes de se faire une nouvelle clientèle électorale.

Au-delà de cette compétition à trois, on doit réaliser que la défaite cuisante du PQ aux dernières élections, loin d’annoncer la fin du mouvement indépendantiste, dresse la table pour son renouveau.

Références :
Le serment d’allégeance selon les députés péquistes
Québec solidaire prête serment à la reine en cachette

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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