Un amour maternel

15 février 2018

Le début de l’histoire…

Une semaine après son accouchement, Mme Salma Parbin fut peu à peu envahie par une certitude; le bébé que l’hôpital lui avait remis n’était pas le sien.

Sous l’insistance de son épouse, le mari s’adressa d’abord au surintendant de l’hôpital. Celui-ci refusa net de considérer l’affaire.

Mais comment la mère pouvait-elle en être si certaine ?

L’hôpital où elle avait accouché est situé dans l’État d’Assam. Cette partie de l’Inde est une mosaïque ethnique où se trouvent, entre autres, les Hindis (5,9% de la population) et les Bodos (4,8%).

Ces deux groupes ethniques se distinguent non seulement par la langue, mais également par des caractéristiques anatomiques; les Hindis ont des traits indo-européens tandis que les Bodos, d’origine sino-tibétaine, ont les yeux bridés.

Or le garçonnet qu’on a apporté à Mme Parbin et avec lequel elle a quitté l’hôpital avait des traits asiatiques.

En vertu du droit d’accès à l’information de l’hôpital, le mari put consulter le registre des naissances. Or celui-ci indiquait qu’une patiente nommée Sewali Boro (un patronyme typique des Bodos) avait donné naissance à un petit garçon à quelques minutes d’intervalle de son épouse.

L’instinct maternel

Depuis des siècles, on sait que les pleurs du nourrisson affamé déclenchent la lactation de celle qui le nourrit.

À partir entre autres de cette observation, on croit que l’instinct maternel est inné.


 
Ma mère (ci-dessus) — qui accoucha de cinq enfants et en adopta deux autres — n’en était pas convaincue.

Afin de récupérer, toutes mes amies qui ont confié leur bébé naissant à des nourrices étaient un peu froides à l’égard de leurs bébés. Plus une mère s’occupe de son enfant — en particulier l’enfant fragile qui demande plus de soins — plus elle en est viscéralement attachée.

…la fin de l’histoire

Six semaines après la naissance des garçons, les deux familles acceptèrent de se rencontrer. Mais pour les parents Boro, ce garçonnet — qu’ils soient ses géniteurs ou non — était devenu le leur.

Même l’époux de Mme Parbin était hésitant; peut-être après tout s’agissait-il là d’une coïncidence.

Pour en avoir le cœur net, Mme Parbin fit effectuer un test d’ADN. Quatre mois plus tard, les résultats furent catégoriques; il était impossible que celle-ci soit la mère biologique de l’enfant.

Forte de cette preuve, Mme Parbin porta plainte auprès des autorités et exigea qu’un test analogue soit effectué chez les Boro.

En raison des lenteurs administratives en Inde, il fallut attendre plus de deux ans pour que les résultats de ce second test, dévoilés en novembre 2017, confirment l’erreur médicale.

Mais depuis près de trois ans, Mme Parbin avait nourri son enfant, avait entendu les premiers mots qu’il lui avait adressés, l’avait vu faire ses premiers pas, et avait suivi son développement. Au point qu’elle avait réalisé qu’elle était chanceuse d’être la mère de cet adorable petit garçon, expressif et plein d’audace… malgré ses petits yeux rieurs.

L’idée de s’en séparer lui était devenue peu à peu insupportable.

Si bien que le mois dernier, lorsque la cour fut prête à entendre les représentations des deux familles, celles-ci s’entendirent pour que l’affaire soit abandonnée.

Ce qui tend à confirmer, après tout, que ma maman avait peut-être un peu raison…

Références :
Assam
Bodos (peuple)
Swapped at birth, boys likely to stay with parents who took them home
Two Indian families opt to keep sons who were swapped at birth

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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