Péréquation et transferts fédéraux

31 janvier 2014

Le gouvernement fédéral canadien transfère aux provinces de l’argent selon quatre mécanismes.

La remise de l’impôt provincial

C’est au gouvernement central que tous les Canadiens — sauf les Québécois — paient à la fois leur impôt fédéral et provincial. Les Québécois sont les seuls à payer leur impôt provincial directement au gouvernement de leur province. Donc, pour toutes les autres provinces, le fédéral remet aux gouvernements provinciaux l’argent qu’il collecte annuellement en leur nom.

Le financement des gouvernements des territoires

En plus de dix provinces, le Canada comprend trois territoires nordiques. D’Ouest en Est, ce sont successivement le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut.

Ils sont administrés par des gouvernements créés à l’initiative du gouvernement fédéral et financés presque totalement par lui. En effet, les gouvernements territoriaux ont relativement peu de ressources financières (les peuples autochtones du Canada étant dispensés de l’impôt sur le revenu).

L’an prochain, le gouvernement fédéral attribuera à ces gouvernement la somme de 3,3 milliards$, soit 29 650$ par habitant.

La contribution aux programmes provinciaux

Le troisième mécanisme est la subvention fédérale aux programmes de santé et aux programmes sociaux des provinces. Pour l’année 2013-2014, environ 42,5 milliards$ seront transférés de cette manière. Cela représente 68% du soutien fédéral aux provinces.

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Cette subvention se fait au prorata, c’est-à-dire qu’elle est proportionnelle à l’importance démographique de chaque province. Prenons un exemple.

Désireux d’inciter toutes les provinces à instaurer un programme d’assurance hospitalisation (en suivant l’exemple de la Saskatchewan), le gouvernement fédéral a promis de subventionner tout régime provincial d’assurance-maladie qui serait conforme à ses critères.

La santé étant un domaine de compétence constitutionnelle exclusif des provinces, le gouvernement canadien ne pouvait pas agir seul; il devait passer par les provinces. En s’engageant à subventionner les régimes provinciaux, il incitait les provinces à créer leur propre programme, conforme aux normes édictées par le gouvernement central.

Afin d’être juste et de faire en sorte que, idéalement, chaque Canadien reçoive la même qualité de soin, quelle que soit la province où il habite, la subvention fédérale est calculée par personne. Plus une province est populeuse, plus elle reçoit d’argent.

À elle seule, la subvention fédérale aux soins de santé représente près de la moitié du soutien fédéral aux provinces et territoires.

La péréquation

Inscrite dans la Constitution canadienne-anglaise de 1982, la péréquation est un mécanisme de redistribution de la richesse. Il vise à réduire l’écart de capacité fiscale qui découle de la situation économique de chaque province.

Le calcul des sommes versées est dynamique. Il varie selon la situation économique de chaque province.

Au cours de neuf des dix années qui ont précédé l’arrivée au pouvoir du premier ministre Jean Charest — en d’autres mots, sous les gouvernements péquistes de Jacques Parizeau, Lucien Bouchard et Bernard Landry — la croissance économique du Québec a été supérieure à la moyenne canadienne. Conséquemment, le gouvernement fédéral avait réduit le montant de la péréquation auquel le Québec avait droit.

Par la suite, durant les neuf années au cours desquelles le Parti libéral a été au pouvoir, la croissance économique du Québec est redescendue sous la moyenne canadienne. Si bien que notre province est passée du quatrième au neuvième rang canadien quant au revenu par personne.

Conséquemment, sous le gouvernement Charest, le gouvernement fédéral a ajusté à la hausse la péréquation versée au Québec, celui-ci s’étant appauvri.

C’est ce qui a permis à M. Charest, au cours débat télévisé de la campagne électorale de 2007, de se vanter d’avoir réussi à obtenir plus d’argent du fédéral que ses prédécesseurs péquistes, ce qui est rigoureusement vrai. Toutefois, il s’agissait d’une manière détournée de se vanter de la gestion désastreuse de l’économie québécoise par son gouvernement.

L’an prochain, l’Alberta, la Colombie canadienne, la Saskatchewan et Terre-Neuve — les quatre provinces dites « riches » — ne recevront pas un sou de péréquation. Par habitant, l’Île-du-Prince-Édouard recevra 2 404$, le Nouveau-Brunswick 2 210$, la Nouvelle-Écosse 1 730$, le Manitoba 1 367$, le Québec 1 129$, et l’Ontario 145$.

Précisons qu’à cause de l’importance de sa population, le montant de péréquation qui sera versé au Québec l’an prochain représentera à lui seul 57,1% de l’ensemble de la péréquation versée aux provinces canadiennes, soit 9,2 milliards$.

Références :
Pure propagande!
Soutien fédéral aux provinces et aux territoires
Tommy Douglas

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le poumon de la Terre

30 janvier 2014

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En 2011, la NASA mettait en orbite un satellite météorologique conçu par la National Oceanic and Atmospheric Administration.

Depuis ce temps, celui-ci transmet des données climatiques qui ont permis d’améliorer notre compréhension des différents facteurs qui contribuent au climat.

En particulier, on a documenté la production d’oxygène par les différentes régions du globe. La carte ci-dessus, illustre la localisation de la végétation qui, au cours de l’été dans l’hémisphère nord, constitue le poumon de la Terre.

Références :
NASA Renames Earth-Observing Mission in Honor of Satellite Pioneer
National Oceanic and Atmospheric Administration
Suomi NPP

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le super héros et les salons de massage

28 janvier 2014


 
Introduction

En octobre dernier, la Gendarmerie royale du Canada procédait à l’arrestation de plusieurs ressortissants roumains accusés d’avoir forcé quatre jeunes femmes adultes à la prostitution. D’autre part, ils sont accusés également d’avoir fait entrer illégalement des familles roumaines (dont des enfants) au Canada.

Il n’en fallait pas plus pour que le nouveau maire de Montréal confonde les deux accusations et parle, quelques semaines plus tard, d’enfants et de juvéniles (sic) forcés de donner des massages érotiques à Montréal.

Les relations sexuelles impliquant un mineur sont illégales depuis toujours au Canada. Au cours des quarante dernières années, si les policiers avaient effectué une seule descente dans un salon de massage où des enfants sont réduits à l’esclavage sexuel, cette nouvelle aurait fait la manchette des quotidiens sensationnalistes du Québec. Or cela n’est pas arrivé.

Les policiers, évitent-ils d’effectuer des inspections ou des descentes dans les salons de massages depuis des décennies ? Attendaient-ils le feu vert du maire pour faire appliquer la loi ? Non. Les policiers n’ont pas réussi à faire la preuve de l’existence du travail d’enfants dans les salons de massage de Montréal parce que cet esclavage sexuel n’existe probablement pas.

Montréal, capitale du sexe en Amérique du Nord

Montréal est une ville de haute technologie où l’aéronautique, le multimédia et l’industrie biopharmaceutique occupent une place importante. Tout comme l’industrie touristique.

Depuis un siècle, Montréal est une ville de plaisir. Ce n’est pas la seule raison d’y venir, mais il est indéniable que c’est une facette importante de son attrait pour certains visiteurs.

En raison du puritanisme nord-américain, les retombées économiques de l’industrie du sexe constituent un tabou. On ne les évalue pas et on n’en parle pas parce que d’une part, cela manque totalement de rectitude politique et d’autre part, parce qu’il est difficile d’obtenir des données fiables à ce sujet.

À l’époque de la prohibition, l’alcool coulait à flots dans la métropole. Après la Deuxième Guerre mondiale, elle était devenue une ville de bordels. Puis, celle des danses à 5$. Aujourd’hui, on y vient pour nos festivals et parce que le sexe n’y est pas dispendieux.

Il serait préférable que les touristes visitent notre ville pour y voir des tulipes, comme à Ottawa, mais ce n’est pas le cas.

De nos jours, Montréal est notamment la capitale du sexe en Amérique du Nord. Comme Paris fut la capitale européenne du sexe à la Belle Époque. A posteriori, on peut idéaliser le French Cancan, le Moulin rouge et Toulouse-Lautrec. Mais autrefois, on considérait cette danse comme vulgaire. Ce cabaret était reconnu comme un repère de courtisanes. Et le peintre frayait avec des femmes peu recommandables.

Idéalisera-t-on un jour les salons de massage d’ici ? C’est déjà fait; rappelez-vous de cette jeune universitaire qui, dans le film Le Déclin de l’empire américain, paie ses études en massant (et dont un client est le personnage incarné par le comédien Pierre Curzi).

Le prix caché de l’intolérance

La priorité donnée à la chasse aux salons de massage pose ici la question de l’allocation des ressources policières.

Depuis des années, lorsqu’éclate une querelle de ménage dans mon bloc appartement, les policiers arrivent sur les lieux en moins de dix minutes. Parce qu’on sait qu’un conflit domestique dégénère rapidement. Et lorsqu’il y a une victime, c’est habituellement une femme.

Suis-je enchanté à l’idée que dorénavant, les policiers pourraient prendre plusieurs heures parce qu’ils sont occupés ailleurs, à faire la chasse aux salons érotiques ?

Le cliché de la victimisation

Il y a plus de 260 salons de massage érotiques à Montréal. Ils pullulent (ou polluent, selon le point de vue) parce qu’il y a présentement une explosion de la demande. C’est une mode, comme l’ont été les danses à 5$.

Le maire charrie lorsqu’il affirme (c’est textuel) « Jour après jour, des milliers de femmes sont exploitées derrière des portes closes à Montréal. Et on ne fait rien. Il est urgent d’agir.»

Ce qui se passe entre adultes consentants dans 99,9% des salons de massage, ne regarde pas le maire de Montréal.

Et dans le 0,1% restant, les femmes qui sont forcées à exercer ce métier devraient plutôt cogner à la porte d’un poste de police ou d’un centre d’aide pour femmes plutôt que d’attendre le secours du super héros qui viendra les délivrer.

L’immense majorité des femmes qui travaillent dans des salons de massage érotique aimeraient faire autre chose. Tout comme beaucoup de travailleurs préféreraient gagner leur vie autrement. Il est donc excessif de prétendre que toute personne qui choisit à contrecœur d’exercer un métier est une victime.

Ce n’est pas vrai que les travailleuses de salons érotiques sauteront de joie lorsque le maire enverra ses policiers les délivrer de l’enfer du péché…

À constamment suggérer que les femmes sont des êtres sans volonté, incapables de se prendre en main, exploités par nous — les méchants mâles — qui les forçons à se voiler ou à se prostituer, on a peine à croire qu’une femme dirige maintenant l’État québécois. À mon avis, les femmes méritent mieux que de toujours être représentées par certains comme des perdantes.

Prouver ses dires par des descentes policières

Le maire de Montréal aurait pu très bien déclarer que des milliers de Montréalais se droguent et invoquer un devoir moral de les délivrer de l’enfer de la dépendance. En effectuant des descentes chez tout le monde, les policiers auraient bien fini par trouver quelque chose.

Mais cela n’est pas comme cela qu’on fonctionne en démocratie. Les forces policières ont le devoir d’intervenir contre un citoyen ou une entreprise précise lorsqu’on leur présente des preuves d’infractions commises par ce citoyen ou cette entreprise.

Effectuer des descentes chez tout le monde à partir d’accusations qui ne concernent qu’une minorité d’une population, cela est abusif. La ville s’expose ainsi à être des recours judiciaires dont les contribuables auront à payer les frais.

Conclusion

Depuis la sortie fracassante du maire contre les salons de massage, les policiers cherchent depuis deux mois à faire la preuve qu’il avait raison. En vain. De toute évidence, les déclarations du maire Coderre relativement à l’exclavage sexuel d’enfants dans les salons de massage de Montréal sont dépourvues de fondement.

Quant à ses déclarations relatives au travail forcé de milliers de Montréalaises dans l’industrie du sexe, cela n’est vrai que dans une minorité des cas. Cela ne justifie pas les descentes policières au cas où.

Le nouveau maire de Montréal aime les médias; présentez-lui un micro sous le nez et il frétille de bonheur. Mais puisqu’on se lasse de tout, la surexposition médiatique dont il est l’objet depuis son élection risque de lui nuire à long terme, alors que les citoyens réclameront plus de contenu, et moins de contenant.

Dans ce cas-ci, la vacuité de ses propos au sujet des salons de massage est évidente. Il est à espérer que cela lui serve de leçon et qu’il choisisse dorénavant de manière plus judicieuse les combats pour lesquels il désire s’illustrer.

Références :
Coderre doit s’attaquer à la prostitution
Le maire Coderre veut éradiquer les salons de massage érotique
Un réseau de traite de personnes démantelé par la GRC

Parus depuis :
Montréal songe à tolérer les salons de massage érotique (2014-02-20)
Salons de massage: rien n’a changé à Montréal (2015-03-01)
Comment Paris est passée de « capitale de la prostitution » à « ville de l’amour » (2019-02-14)

Sur le même sujet : Une industrie montréalaise cachée mais florissante : rencontre avec un acteur porno (2015-01-28)

Détails techniques : Appareil Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 — 1/1000 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 40 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les paysages sauvages du Wyoming

26 janvier 2014

 

 
Il a fallu quatorze mois à Nicolaus Wegner pour réaliser Wyoming Wildscapes II, sa seconde vidéo consacrée à la beauté naturelle de l’État américain du Wyoming.

Le tournage s’est effectué durant 150 jours répartis entre octobre 2012 et décembre 2013. Après plus de 160 km de randonnée à trainer son lourd équipement photographique dans la neige, sous la pluie, au soleil cuisant, traversant les marécages, les prairies verdoyantes et escaladant les montagnes de son État, il a recueilli 125 000 photos dont 10 000 ont été utilisées à son projet.

Techniquement, cette vidéo en accéléré est une série de séquences par intervalles basée sur les techniques utilisées par le cinéma d’animation; des milliers d’images individuelles assemblées dans un film au rythme de 24 images à la seconde. L’écart entre chaque photo variait de trois à trente secondes.

Le résultat est d’une grande beauté.

Détails techniques : Appareils Canon EOS-1Ds Mark III et Canon EOS-5D DM2, objectifs Canon EF 16-35mm F/2,8L II et Canon EF 70-200mm F/4,0L.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Marie Tudor au TDP

24 janvier 2014

 
Marie Tudor (1516-1558) est née du premier mariage d’Henri VIII. Elle lui succéda après le court règne intermédiaire d’Édouard VI, son demi-frère, né du quatrième mariage — sur les sept — de leur père.

Elle fut véritablement la première reine d’Angleterre, précédant sur le trône Élisabeth 1re, sa demi-sœur (née du second mariage d’Henri VIII).

Son histoire inspira Victor Hugo qui en fit un drame plein de rebondissements dans lequel il mêla l’histoire de cette Marie 1re d’Angleterre avec celle d’une autre Marie 1re, cette fois d’Écosse, qui vécut de 1542 à 1587.

Sur les onze personnages de la pièce, seulement deux ont réellement existé. Les autres sont les fruits de l’imagination fertile du bouillant romancier. Essentiellement, ce dernier a écrit un drame romantique très, très, très librement inspiré de l’histoire.

Mais non seulement l’histoire — celle inventée de la pièce — se tient : elle est passionnante.

Jusqu’au 12 février prochain, le Théâtre Denise-Pelletier en présente une production d’une durée d’environ 2h15. Elle n’est interrompue que par un entracte puisqu’il n’y a pas une minute de temps mort dans ce spectacle (auquel je vous invite chaleureusement à assister).

Décors simples, costumes historiques stylisés (ci-dessus), mise en scène haletante, comédiens irréprochables, et un spectacle dont on est surpris quand il est déjà fini.

Détails techniques : Appareil Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8
1re photo : 1/10 sec. — F/11,0 — ISO 6400 — 16 mm
2e  photo : 1/25 sec. — F/2,8 — ISO 6400 — 12 mm
3e  photo : 1/30 sec. — F/2,8 — ISO 6400 — 40 mm
4e  photo : 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 800 — 23 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Canada et le business de la torture

23 janvier 2014

Il y a deux jours, trois anciens procureurs internationaux rendaient public un rapport de 31 pages — commandité par le Qatar, qui appuie les rebelles syriens — démontrant que le régime de Bachar el-Assar est coupable de massacres et de tortures à grande échelle. Le document se base sur 55 000 photos prises de 11 000 personnes exécutées entre mars 2011 et aout 2013.

Ces trois anciens procureurs internationaux sont Desmond de Silva (ex-président du tribunal spécial pour la Sierra Leone), Geoffrey Nice (procureur en chef lors du procès de l’ex-président yougoslave Slobodan Milosevic), et David Crane (qui a fait condamner le président libérien Charles Taylor).

En Syrie, la torture est une industrie d’État. Tout comme l’abattage des animaux de boucherie, elle se pratique de manière rigoureuse. La photographie des corps est obligatoire. Elle permet l’établissement d’un certificat de décès et donne l’assurance qu’un ordre d’exécution a bien été respecté.

Depuis des années, la Syrie offre son expertise aux gouvernements étrangers. Ceux dont l’image de marque interdit une telle pratique chez eux peuvent donc s’adresser à la Syrie pour effectuer cette sale besogne. Évidemment, ces contrats sont rémunérés; on ne voit pas pourquoi la Syrie accepterait de procéder bénévolement.

C’est ainsi qu’en septembre 2002, l’ingénieur canadien Maher Arar est arrêté à New York par les autorités américaines à partir d’informations fournies par la Gendarmerie royale du Canada. Celle-ci décrivait M. Arar comme un « extrémiste islamiste soupçonné d’avoir des liens avec le mouvement terroriste Al-Qaida ». En réalité, il n’existait aucune preuve à ce sujet; que de vagues soupçons basés sur les aveux désespérés de quelqu’un d’autre, obtenus sous la torture.

Avec le silence complice du gouvernement canadien (informé de cette arrestation), les autorités américaines ont expédié M. Arar en Syrie dans le but d’y être torturé. À l’heure actuelle, il n’est pas possible d’affirmer que les États-Unis aient agi à la demande du Canada; le procès intenté contre des membres du gouvernement libéral de l’époque a échoué en raison de l’invocation du secret d’État.

Selon une nouvelle parue le 8 février 2012, le gouvernement canadien autorise officiellement le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) à utiliser des renseignements obtenus en violation du droit international. Cela se justifie par la nécessité de protéger la sécurité des Canadiens. Le gouvernement canadien n’autorise pas la pratique de la torture au pays mais encourage celle pratiquée ailleurs.

Dans les faits, à-peu-près n’importe qui avouera préparer un attentat terroriste au Canada s’il est suffisamment torturé. Lorsqu’elle devient un business, la torture peut donc connaître une croissance illimitée. Plus on torture, plus on obtient d’aveux. Et plus on est payé pour ces aveux, plus on peut mettre en œuvre de nouveaux moyens pour en obtenir davantage.

Le Canada ne veut pas risquer l’odieux de subventionner directement des pays tortionnaires. Il est donc partenaire du gouvernement américain, dont les dirigeants n’ont jamais hésité à faire l’apologie de la torture depuis les attentats du World Trade Center.

Ces temps-ci, le ministre des Affaires étrangères du gouvernement Harper peut bien s’indigner des pratiques du régime de Bachar el-Assar. La vérité, c’est que les photos rendues publiques ne font que documenter le résultat des méthodes que la Canada a lui-même encouragées et qui sont maintenant appliquées aux rebelles syriens.


Post-Scriptum : Le 18 avril 2018, le gouvernement libéral de Justin Trudeau a annoncé son intention d’amender le projet de loi C-59 afin d’interdire l’utilisation des informations obtenues sous la torture par les agences de renseignements canadiens.

Références :
Ahmad El-Maati
Le Canada et ses amis tortionnaires
Maher Arar
Massacres en Syrie : peut-on se fier au rapport du Qatar ?
Ottawa autorise les services secrets à utiliser des informations obtenues sous la torture
Rapport sur les événements concernant Maher Arar
Syrian regime document trove shows evidence of ‘industrial scale’ killing of detainees
Torture et sécurité publique – Une odieuse légitimation de la torture

Parus depuis :
Ottawa complice de la torture de Canadiens en Syrie (2016-09-18)
Ottawa n’acceptera plus jamais les informations obtenues sous la torture (2018-04-18)

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| Politique canadienne, Sécurité, Sociologie, Terrorisme | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Icare : du théâtre techno fascinant

22 janvier 2014
Noëlla Huet (Coryphée), Robert Lalonde (Dédale, père d’Icare) et Renaud Lacelle-Bourdon (Icare)

Jusqu’au 8 février prochain, le Théâtre du Nouveau Monde présente Icare. Il s’agit d’une pièce du montréalais Olivier Kemeid, qui s’appuie fortement sur des effets spéciaux de l’entreprise multidisciplinaire Lemieux Pilon 4D Art.

En 2011, j’avais détesté la production précédente de cette compagnie au TNM, soit La Belle et la bête. Conséquemment, mes attentes étaient minimales; j’espérais simplement y entendre une histoire fidèle au mythe, ce qui est le cas.

L’opéra et le théâtre ont recours à la machinerie et aux effets spéciaux depuis des siècles. De nos jours, les pièces du metteur en scène Robert Lepage font une place importante au multimédia.

Dans Icare, cette tendance technologique trouve son aboutissement ultime. Peut-on qualifier ces effets d’envahissants ? Très certainement. Mais le résultat est une forme théâtrale nouvelle, où l’expérience sensorielle du spectateur occupe une place prépondérante.

Dans cette pièce, la vue, l’ouïe et la raison sont tour à tour sollicitées par une imagerie spectaculaire, une musique planante, et un texte intéressant dans lequel la vérité est peu à peu dévoilée par une série de retours en arrière.

Si la trame musicale qui accompagne la pièce est à ce point séduisante qu’elle pourrait s’écouter seule, si certains effets visuels font de jolis clips vidéo (ci-dessous), la pièce, elle, perdrait de sa lisibilité si elle était privée de ces deux éléments. Bref, ce spectacle est davantage que la somme d’un texte, d’un accompagnement sonore, et de vidéos; il s’agit d’une intégration exceptionnellement réussie de ces trois composantes.

Sur scène, deux bons comédiens et une mezzo-soprano remarquable, sont assistés par trois acteurs virtuels.

De partout, la créativité suinte de cette pièce. Mais au lieu d’avoir affaire ici à une œuvre d’art aussi précieuse qu’ésotérique, les artisans de cette production théâtrale nous présentent un spectacle original, accessible et éblouissant.

Chaudement recommandé.

Détails techniques : Appareil Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 — 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 400 — 17 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les déraillements ferroviaires et la roulette russe du gouvernement Harper

20 janvier 2014

Dans les jours qui ont suivi la catastrophe de Lac-Mégantic — la plus importante catastrophe ferroviaire et environnementale de l’histoire canadienne — n’importe quel gouvernement responsable aurait pris immédiatement les mesures suivantes :
— la saisie des actifs de la compagnie de transport en raison d’une couverture de risque insuffisante,
— la création d’un fonds d’indemnisation indépendant de la compagnie mais financé conjointement par elle et par la compagnie mère américaine, et
— l’interdiction d’emprunter son réseau privé en ruine jusqu’à ce qu’il soit réparé.

Cela implique que les compagnies qui dépendent du transport ferroviaire pour acheminer leur production soient obligées d’utiliser le transport routier, beaucoup plus onéreux.

On aurait pu s’attendre à ce que le gouvernement Harper, responsable au second degré de ce désastre, paie la totalité des frais de cette catastrophe et dédommage les compagnies affectées pour les déboursés supplémentaires que cela leur occasionne.

Mais le gouvernement Harper ne l’entend pas ainsi. Il a remis la sécurité du transport ferroviaire entre les mains d’aventuriers dans le but d’économiser et n’entend payer que des cacahouètes pour la catastrophe qu’il a causée indirectement.

Après le déraillement d’un train à Frontenac le 10 juin 2013, impliquant un train de la compagnie MMA et transportant du pétrole, il a préféré attendre les résultats des enquêtes — habituellement lentes et laborieuses — de Transport Canada plutôt que d’ordonner l’inspection d’urgence de son réseau. Il a espéré que cela ne se reproduise pas.

Deux mois plus tard, 47 personnes décédaient à Lac-Mégantic, tuées par un train fou de la MMA. Encore là, le gouvernement Harper s’est trainé les pieds. Il a même autorisé la MMA à poursuivre ses opérations, reprises le 18 décembre 2013, se croisant les doigts pour que cela ne se reproduise pas.

Et voilà que 22 jours plus tard, plus précisément le 9 janvier 2014, un troisième train de la MMA déraillait à Nantes, sans toutefois faire de victime. Depuis, toujours rien d’Ottawa : on prie pour que cela ne se reproduise pas.

Combien faudra-t-il de morts supplémentaires pour que le gouvernement Harper prenne enfin ses responsabilités ?

De toute évidence, tant que les citoyens de Lac-Mégantic choisiront la voie du dialogue positif et de l’à-plat-ventrisme suggérée par leurs gens d’affaires, ils devront malheureusement s’attendre à être les sujets d’un calcul cynique : mettre leur vie en danger coûte moins cher que de la protéger.

Références :
Déraillement… discret!
Déversement de diesel près de Lac-Mégantic
Lac-Mégantic : des citoyens prennent la parole
Plaidoyer pour la saisie des actifs de la MMA

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Finance et banques

17 janvier 2014

 
Croissance_financeLe secteur financier se compose des banques, des fonds d’investissements, des assureurs, des firmes de vérification comptable et des maisons de courtage.

Dans la décennie qui a précédé la crise financière internationale de 2007, l’importance du secteur financier s’est accrue considérablement dans les pays anglo-saxons.

C’est ainsi que ce secteur représentait 5,4% de la valeur ajoutée au Royaume-Uni en 2000 : il en représentait 9,4% en 2011. Le quartier des affaires de Londres — appelé « The City » parce qu’il correspond au Londres intra-muros médiéval — génère à lui seul 22% de toute la valeur ajoutée de la capitale britannique.

Seule la Suisse possède un secteur financier proportionnellement plus important pour son économie.

La crise financière ayant décimé les plus petites banques, le secteur bancaire britannique est aujourd’hui dominé à 75% par quatre grandes institutions : HSBC (4e au monde), la Banque royale d’Écosse (12e), Barclays (15e) et Lloyds Banking Group (18e). En 2011, ces quatre banques ont généré des profits de 43,6 milliards$ (29,4 milliards d’euros).

En ordre décroissant, les dix plus grosses banques au monde sont : ICBC (Chine), JP Morgan Chase (ÉU), Bank of America (ÉU), HSBC Holdings (Royaume-Uni), China Construction Bank (Chine), Citygroup (ÉU), Mitsubishi Financial Group (Japon), Wells Fargo (ÉU), Banque de Chine, et Banque agricole de Chine.

Si la Chine semble si bien représentée, c’est que son secteur bancaire est plus concentré. Globalement, ce sont les banques américaines (une multitude) qui possèdent les actifs les plus importants au monde.

Les cinq plus grosses banques françaises sont : BNP Paribas (11e rang mondial), Crédit Agricole (13e), Groupe BPCE (22e), Société générale (28e) et le Crédit mutuel (35e).

Parmi la liste des 50 plus grosses banques mondiales, le Canada a deux institutions : la Banque Royale du Canada (41e) et la Banque de Nouvelle-Écosse (49e). La Suisse en a également deux : le Crédit Suisse (30e) et UBS (32e).

Références :
Secteur financier
Top 50 Banks
UK banks: how powerful are they?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Vente des rails du CN à l’AMT : y a-t-il anguille sous roche ?

16 janvier 2014

Officiellement, l’Agence métropolitaine des transports (AMT) invoque l’amélioration du service aux passagers comme motif de son intention de faire l’acquisition de 33km de voie ferrée appartenant au transporteur ferroviaire Canadien National (CN). Mais est-ce la véritable raison ?

Parmi les 6 400 nominations politiques du gouvernement Charest, il y a celle de Joël Gauthier — un ex président de la Commission-Jeunesse du Parti libéral du Québec — à la présidence de l’AMT de 2003 à 2012.

Durant son administration controversée, l’AMT a fait l’acquisition de trains bimodes (à moteurs électrique et à mazout). Utilisés en mode diesel, ces trains transportent 68 000 litres de mazout, ce qui comporte un risque considérable lors de la traversée du tunnel du Mont-Royal.

Pour des raisons sécuritaires évidentes, le CN interdit aux trains de l’AMT d’emprunter ses voies en modes autres qu’électrique. Ce que conteste l’AMT; cette dernière a toujours prétendu que ses locomotives bimodes répondaient aux plus hautes normes de sécurité. En annexe à la deuxième référence ci-dessous, on trouvera des exemples du déni de l’AMT.

Puisque le ministère des Transports du Québec n’a jamais statué à ce sujet, on peut se poser la question suivante : se pourrait-il que le véritable motif de cette acquisition est de permettre à l’AMT d’utiliser enfin ses trains en mode diesel — ce qui représente l’avantage de diminuer ses coûts d’opération — en dépit d’un risque sécuritaire considérable pour les passagers, notamment lors de la traversée du tunnel du Mont-Royal ?

Les trains bimodes sont tellement volumineux qu’ils passent de justesse dans le tunnel du Mont-Royal. Conséquemment, il n’y a pas suffisamment d’espace entre les parois du tunnel et la carrosserie de ces trains pour permettre aux passagers de sortir du train immobilisé dans le tunnel, en cas d’incendie.

Les pompiers ne peuvent atteindre un wagon en flamme, bloqués à l’avant par la locomotive et à l’arrière par les autres wagons. De plus, si les passagers peuvent se déplacer de wagon en wagon jusqu’au wagon de queue, ils en deviennent prisonniers, incapables d’emprunter les sorties, trop proches des parois du tunnel. Quant à la sortie au centre de l’arrière du train, cette porte est normalement verrouillée : il n’est pas certain que les employés qui survivraient à une catastrophe en aient la clé.

Puisqu’aucune mesure de sécurité n’est implantée aux différentes gares des trains de banlieue, n’importe quel malfaiteur pourra emprunter les trains bimodes avec un sac à dos bourré d’explosifs et s’assoir le plus près possible des réservoirs chargés de dizaines de milliers de litres mazout : il lui suffira d’attendre la traversée du tunnel pour transformer son train en gigantesque brasier explosif, brulant vifs tous les passagers, emprisonnés dans le tunnel.

Comme l’ont malheureusement appris les citoyens de Lac-Mégantic : tout ce qui peut arriver finit toujours par survenir…

Tant que l’AMT n’aura pas renoncé définitivement à utiliser ses trains en mode diesel et tant qu’elle continuera à prétendre qu’ils sont sécuritaires, il y a lieu de craindre la vente des rails du CN à l’AMT.

Références :
Feu vert à l’AMT pour l’achat de la voie du CN
Tunnel du mont Royal : un cadeau pour les terroristes

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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