L’essence de soi

13 février 2012

Préambule

Les prothèses et implants destinés non pas à réparer le corps mais plutôt à décupler nos capacités feront-ils naître une humanité supérieure à ce que nous sommes ?

L’importance relative du corps

Pour répondre à cette question, procédons à l’inverse. Oublions toute rectitude politique et demandons-nous si l’ablation d’une partie du corps nous amoindrit.

Toute perte d’un membre est un handicap. Nous apprenons à connaître et à apprécier le monde par l’intermédiaire de notre corps. Nos jambes nous permettent de nous déplacer. Nos bras et nos mains saisissent les objets. Nos sens nous permettent de distinguer les objets entre eux selon la couleur, l’odeur, le goût, la texture, et le bruit qu’ils émettent.

Mais si nous perdons un bras, sommes-nous en partie ce que nous étions avant cette perte ? Si nous perdons tous nos membres, sommes-nous encore moins ce que nous étions ?

On ne se pose pas cette question lorsqu’il s’agit d’organes internes. Personne ne se demande si la résection d’une partie de l’intestin (pour enlever une tumeur) ou l’ablation de l’appendice nous prive en partie de ce que nous sommes.

Mais la partie visible de notre corps possède une importance particulière puisque c’est elle qui nous fait connaître aux yeux des autres. Elle est notre ambassadeur auprès des autres.

À la suite d’un accident qui me laisserait défiguré, si je me fais reconstruire le visage en Brad Pitt, je deviens Brad Pitt au premier coup-d’œil, jusqu’à ce qu’on découvre que je ne suis que le sosie de Brad Pitt. Mais il est clair que cette chirurgie modifie la manière avec laquelle les autres me perçoivent. Tout comme le ferait un implant mammaire chez une femme.

Avec ou sans ce masque de chair, je serais pourtant exactement la même personne. Mais pour les autres, il y aurait toute une différence.

De manière analogue, on pourrait altérer toutes les parties de notre corps (visibles ou non) et cela ne changerait rien à ce que nous sommes. Parce que l’essence de ce que nous sommes, c’est notre cerveau. Tout le reste, c’est de la quincaillerie. Notre corps n’est qu’une machine au service de notre intelligence.

Avec les années, nous pourrions éprouver une certaine tendresse pour ce compagnon stupide qui nous a si bien servi et qui nous définit aux yeux des autres. Et il serait compréhensible que cette tendresse s’amplifie au fur et à mesure que nous assistons, impuissants, à son déclin et à ses difficultés croissantes à donner suite à nos volontés. Comme ce vieil animal de compagnie qu’on se hésite à faire euthanasier, sachant qu’on n’en aura pas d’autres.

Le cerveau et la réalité

Les amateurs de réalité virtuelle connaissent bien ces casques qui donnent l’illusion d’être soudainement transportés dans un monde où les utilisateurs doivent affronter un environnement hostile.

De manière analogue, depuis la naissance, notre cerveau pourrait n’être qu’une masse flottante dans un bocal dans un laboratoire, connecté à des milliards d’électrodes et nous pourrions avoir la conviction intime, la certitude absolue d’interagir avec ce monde virtuel qui nous est soumis.

Toutes les « preuves » de notre existence pourraient alors se résumer à des influx nerveux qui nous font croire que nous touchons, que nous voyons, que nous sentons et que nous goûtons. Bref, toute notre vie pourrait n’être qu’une réalité virtuelle et nous n’aurions aucun moyen de nous assurer de sa véracité, trompés en permanence par des ordinateurs plus puissants qui nourriraient nos illusions.

Conclusion

On peut donc remplacer une multitude de parties de notre corps par des pièces plus performantes et cela ne ferait qu’améliorer la machine à notre service.

Et de la même manière que les appareils électroménagers libèrent la condition humaine de corvées séculaires, et que les moyens de transport modernes réduisent les distances, il est certain que des prothèses et implants destinés décupler nos capacités laisserons intacts les limites de notre intelligence et les pulsions de l’animal qui nous habite inconsciemment.

À l’opposé, les maladies dégénératives qui affectent notre cerveau (ex.: la maladie d’Alzheimer) transforment la personne atteinte en caricature de ce qu’elle était. Plus que tout handicap physique, ces maladies modifient la nature de ce que nous sommes, exposant les parents et amis à la frustration croissante d’être confrontés à d’une enveloppe corporelle illusoire qui renferme de moins en moins l’essence de la personne aimée.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Faits divers No 8

10 février 2012

Les trois pays qui comptent le plus d’internautes sont la Chine (485 millions), les États-Unis (245 millions) et l’Inde (112 millions).

Référence : Indian computer tablet could herald an internet revolution


 
Les mesures prises pour diminuer le plomb dans l’essence, la peinture et la tuyauterie ont entrainé une diminution de plomb dans le sang des Montréalais; alors que le niveau préoccupant est estimé à 0,1 µg/ml, cette concentration est passée de 0,2 µg/ml au début des années 1970 à environ 0,03 µg/ml aujourd’hui.

Référence : Incompréhension autour du plomb dans l’eau


 
Chaque hiver, les unités de déneigement ramassent treize millions de mètres cubes de neige à Montréal. Si on faisait une boule de toute cette neige, celle-ci aurait un diamètre de 288 m, soit 1,5 fois la hauteur de l’édifice principal de la Place Ville-Marie.

Référence : Montréal, douée pour l’hiver


 
Quinze à vingt pour cent des nouveaux cas d’infection par le SIDA au Canada sont des immigrants. Les requérants étrangers atteints du SIDA sont apparemment privilégiés puisque l’immense majorité d’entre eux — environ 90% — voient leurs demandes d’immigration acceptées par les autorités canadiennes alors que ce pourcentage est beaucoup plus faible dans le cas de ceux qui ne sont pas atteints de cette maladie.

Référence : VIH chez les nouveaux arrivants: «Un risque pour la santé publique»


 
En 2011, les ventes aux enchères d’œuvres d’Art (peintures, installations, sculptures, dessins, estampes, photographies) ont atteint la somme record de 11,54 milliards$.

Les acheteurs chinois occupent la première place avec 41,4% du marché (pour la deuxième année consécutive), suivis, loin derrière, par les acheteurs américains (23,6%), anglais (19,36 %), français (4,50%) et allemands (1,85%).

Référence : Les ventes aux enchères flambent, dopées par les achats de Chine


 
À cause d’un déficit démographique (résultant de l’infanticide des bébés de sexe féminin), les Chinoises prennent aujourd’hui leur revanche en se laissant désirer. 93% d’entre elles sont toujours célibataires à 24 ans. En fait, l’âge moyen du mariage se situe entre 28 et 30 ans. Cela a des conséquences importantes sur le taux de fertilité en Chine car si le concubinage est fréquent, le mariage est un passage obligé pour enfanter.

Le divorce augmente dans les grandes villes depuis octobre 2003; c’est depuis cette date qu’il n’est plus nécessaire d’avoir l’accord de son employeur, ni du Parti communiste, pour divorcer. Dans la capitale chinoise, 39% des couples finissent par se séparer, à la demande de l’épouse dans 70% des cas.

Référence : Arnault C, Ces Chinoises qui refusent le mariage, La revue, 2011, 17: 54-7.


 
Entre 2006 et 2011, la croissance démographique du Québec (4,7%) a été inférieure à la moyenne canadienne (5,9%). Toutefois, au cours de cette période, notre province a connu la deuxième plus importante croissante démographique du G8 (derrière le Canada, au premier rang). En effet, le Québec a devancé les États-Unis (4,4%), le Royaume-Uni (3,5%), Italie (3,2%), la France (2,8%),le Japon (0%), la Russie (0,1%) et l’Allemagne (-0,8%).

Référence : Ricard F, Il y a différentes façons de lire un rapport (en réponse à “Démographie – Contrer le déclin”)


Liste de tous les faits divers (des plus récents aux plus anciens)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le prince charmant

9 février 2012

Les membres du Comité de sélection en étaient certains : le communicateur exceptionnel capable de trouver les mots qui suscitent l’adhésion, le leader confiant qui s’impose tout naturellement à ses collaborateurs, le chef compétent auréolé de ses succès antérieurs, le visionnaire qui suscite l’admiration, c’était lui.

Et comme les chefs d’entreprise ont un flair infaillible pour déceler les êtres hors du commun, c’est sans hésitation que les membres du Conseil d’administration de la Chambre de commerce et d’industrie de la Haute-Vienne — il ne s’agit pas ici de la capitale autrichienne mais plutôt d’un département du Limousin — ont nommé Philippe Gaillard, 52 ans, au poste de Directeur de l’aéroport international de Limoges.

Entré en fonction le 1er novembre dernier, ce dernier vient d’être congédié après avoir accompli en quelques mois, « un boulot formidable. Il a même été d’une compétence qui laisse pantois » selon une source connaissant particulièrement bien le fonctionnement de l’aéroport.

Qu’est-ce qui a poussé la Chambre de commerce — à qui est confiée la gestion de l’aéroport — à démettre de ses fonctions une personne aussi exceptionnelle ? Tout simplement parce que M. Gaillard est un imposteur, un incompétent et un bandit.

En effet, les tribunaux de Pontoise, d’Agen, de Périgueux et de Bordeaux avaient déjà jugé et condamné Jean-Philippe-Olivier Gaillard à des peines de prison ferme. Sa première condamnation remonte à 1994. Depuis, il a passé au total deux ans en prison. Ces délits comprennent les dégradations de biens par incendie, faux et usage de faux, escroquerie, abus de confiance, et vols.

Mythomane, M. Gaillard avait présenté un casier judiciaire vierge lors de son recrutement. Titulaire, disait-il, d’un diplôme d’ingénierie de la navigation aérienne, il avait ébloui les membres du Comité de sélection par son aisance, son humour et son charme. Évidemment, au sein de ce comité, seules des personnes soupçonneuses et mesquines auraient eu à l’esprit de vérifier les dires d’un candidat d’une telle qualité.

M. Gaillard a été démasqué grâce à une femme qui, après avoir vu sa photo sur le site internet de l’aéroport, a dénoncé l’usurpateur.

Références :
Aéroport : le directeur qui s’était inventé un CV, est débarqué
LIMOGES – Le patron de l’aéroport était un imposteur

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Canada et ses amis tortionnaires

8 février 2012

À la suite de l’élimination d’Osama Ben Laden, de nombreux adversaires politiques du président Obama ont tenté de minimiser son mérite en soutenant que la traque réussie du chef d’Al-Qaida n’aurait pas été possible sans les mesures dites courageuses — nommément l’autorisation d’utiliser la torture à la prison de Guantanamo — prises par son prédécesseur républicain.

Depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale, plus précisément depuis la Convention de Genève, en 1951, la torture est contraire au droit international. Si bien que les dirigeants américains qui ont autorisé et défendu l’usage de la torture, de même que ceux qui l’ont pratiquée, sont légalement des criminels de guerre.

C’est ainsi que la conférence du 11 février 2011 que devait tenir en Suisse l’ex-président G.W. Bush a été annulée par ses organisateurs. Une semaine plus tôt, Amnistie Internationale avait présenté aux procureurs genevois et fédéraux, une analyse juridique détaillée concernant la responsabilité pénale de George Bush dans des actes de torture qu’il avait autorisés.

Glenn L. Carle, un officier du CIA aujourd’hui à la retraite, était chargé de surveiller le déroulement des séances de torture des détenus à Guantanamo en 2002. Son verdict est sans équivoque : « Les techniques coercitives ne permettent pas d’obtenir des informations utiles et fiables.»

Selon la sénatrice Dianne Feinstein, présidente du Comité sénatorial de renseignement, la torture pratiquée à Guantanamo n’a permis d’obtenir aucune information qui ait mené à la capture du chef d’Al-Qaida.

Interrogée par Le Devoir, Mme Sainte-Marie, la porte-parole d’Amnistie internationale au Québec, explique : « …le premier objectif (des personnes torturées) est de faire cesser la torture et pour cela, on dit n’importe quoi. Alors se fier sur ces informations peut faire au contraire perdre du temps en lançant les enquêteurs sur de fausses pistes.»

À la demande du Canada, la Syrie a torturé Ahmed el-Maati, soupçonné de préparer des attentats terroristes contre l’édifice du parlement canadien et contre des centrales nucléaires ontariennes. Sous la torture, il a révélé le nom de deux complices, dont Maher Arar (totalement innocent), à qui le gouvernement conservateur a finalement accordé une compensation de 10,5 millions de dollars pour la torture qu’il a subie lui aussi en Syrie.

Comme on s’en doute, les pays qui acceptent de torturer un citoyen canadien à la demande du Canada ne le font pas bénévolement : la torture est une affaire de gros sous. Mais il est illogique de payer pour de la torture si on refuse de considérer les informations qu’on obtient.

Selon une nouvelle parue hier, le gouvernement canadien autorise désormais le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) à utiliser des informations obtenues par la torture lorsque la sécurité des Canadiens est en danger, ce qui est toujours le cas lorsqu’une personne est soupçonnée de préparer un attentat terroriste.

Le gouvernement n’autorise pas la pratique de la torture au pays mais se réserve le droit de la commander aux pays qui l’exercent. En somme, le Canada officialise une politique déplorable qu’il exerce secrètement depuis des années. De plus, le gouvernement acquittera sans gène les déboursés nécessaires à l’obtention de renseignements auprès des criminels de guerre amis avec lesquels il fait déjà affaire.

Bref, le Canada se déclare officiellement client de le business de la torture. Tout cela conformément aux valeurs morales que le gouvernement Harper prêche depuis toujours.

Si les pays qui pratiquent la torture sont le moindrement intelligents, il leur suffit d’ajouter la question « Aviez-vous le projet de commettre un acte terroriste au Canada ? » pour accroitre leurs revenus. En effet, tous les torturés finiront par reconnaître une telle intention si on augmente leur souffrance suffisamment.

Et si la seconde question concerne la cible de leur projet d’attentat, cela n’est pas compliqué : il y a un parlement dans toutes les capitales du Monde, des hôtels de ville dans toutes les municipalités, des gares ferroviaires et des terminus d’autobus dans toutes les grandes villes. Le torturé n’a que l’embarras du choix. Il lui suffit de connaître le nom d’une grande ville canadienne pour donner une réponse crédible. Si le torturé est incapable d’indiquer un lieu, le tortionnaire peut lui suggérer la réponse : « Oui mais où ? À Ottawa, à Toronto, à Montréal, à Vancouver…».

Bref, la politique officielle du gouvernement Harper est rien de moins qu’un appel implicite à la torture, enrobé d’une bonne intention soit celle de protéger la population canadienne.


Post-Scriptum : Le 18 avril 2018, le gouvernement libéral de Justin Trudeau a annoncé son intention d’amender le projet de loi C-59 afin d’interdire l’utilisation des informations obtenues sous la torture par les agences de renseignements canadiens.

Références :
Ahmad El-Maati
Bin Laden Raid Revives Debate on Value of Torture
L’élimination d’Osama Ben Laden
Le président George W. Bush annule sa venue en Suisse
Ottawa autorise les services secrets à utiliser des informations obtenues sous la torture
The Torture Apologists
Torture: oui dans certains cas, dit Ottawa

Parus depuis la publication de ce billet :
Torture et sécurité publique – Une odieuse légitimation de la torture (2012-02-11)
Ottawa n’acceptera plus jamais les informations obtenues sous la torture (2018-04-18)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La raison du plus fort est toujours la meilleure

6 février 2012

La vidéo ci-dessous se veut la transmission exacte d’un incident naval qui se serait produit à proximité des côtes espagnoles. En réalité, il s’agit d’un faux. Mais l’histoire est amusante.

À l’origine, cette plaisanterie est apparue sur l’Internet il y a plus d’une décennie sous la forme d’un incident naval — tout aussi faux — entre le Canada et les États-Unis. Ce sont des correspondants américains qui me l’avaient racontée en avril 2000.

J’ai choisi la version espagnole parce qu’elle est un peu plus détaillée et mieux écrite.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Occupons Montréal au chaud

5 février 2012
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Jeudi dernier, la chef de l’opposition à l’hôtel de ville de Montréal accusait l’administration municipale de permettre à plusieurs employés d’une firme privée de gestion de projets, de travailler en permanence dans les bureaux de la Ville, d’avoir accès aux ordinateurs de la municipalité et de rédiger des sommaires décisionnels, c’est-à-dire les documents sur lesquels les élus se basent pour prendre des décisions et approuver l’octroi de contrats.

Cette accusation de copinage me semblait tellement invraisemblable que j’avais décidé de ne pas en parler, convaincu qu’un démenti officiel rétablirait les faits.

Mais depuis, un des dirigeants de cette firme a confirmé qu’au cours des derniers mois, de trois à cinq de ses employés travaillaient dans les locaux de la Ville — à la demande de la municipalité, a-t-il précisé — à des fins de « coordination ».

L’information a été confirmée également par le Président du comité exécutif, M. Michael Applebaum. Ce dernier juge tout à fait normal que des firmes externes s’installent dans les locaux de la Ville et que leurs employés préparent et rédigent les dossiers destinés à aider les élus à prendre leurs décisions.

En conférence de presse, M. Applebaum s’est livré à une attaque en règle contre la chef de l’opposition, accusant celle-ci de ne rien comprendre au fonctionnement de la ville.

Cette dernière n’est pas la seule : moi non plus, je ne comprends pas.

De nos jours, les télécopieurs, les logiciels de messagerie électronique ou de vidéo-conférence, permettent aux gens de travailler de concert sans proximité physique. Quelle est cette idée de permettre à une entreprise avec laquelle on entretient une relation contractuelle de venir camper en permanence dans ses locaux de l’Hôtel de ville ?

Le salaire des employés municipaux sont déterminés par des conventions collectives rigides. Lorsqu’une firme de gestion possède des antennes dans les bureaux mêmes de l’Hôtel de ville, elle est en mesure d’écrémer la municipalité de ses employés les plus brillants en leur offrant de meilleurs salaires. Elle peut prendre connaissance des arguments de ceux qui contestent à l’interne ses rapports. Elle peut même connaitre les noms de ceux qui sont réticents au renouvellement de son contrat avec la ville. En somme, elle pousse à la clandestinité les employés municipaux qui sont en désaccord avec elle.

Plutôt que d’abattre une pluie d’injures contre la chef de l’opposition, j’inviterais les dirigeants municipaux à nous expliquer les mesures qu’ils ont entreprises afin d’éviter qu’au nom de la coordination, l’hospitalité ne se transforme en copinage suspect ou que tout ne dérive vers la relation incestueuse.

Références :
Mainmise du privé sur des projets de Montréal?
Montréal juge «mensongères» les allégations de Louise Harel
Montréal trouve normal que le privé s’installe dans ses locaux
Prête-noms: Applebaum demande à Harel de démissionner
Vision Montréal exige une enquête sur les liens entre la Ville et une firme privée

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les mauvaises lectures

4 février 2012

L’édition de ce matin du Devoir publie l’article Radiographie des magazines masculins. Ce texte est une critique de l’étude « Postures viriles: ce que dit la presse masculine » de l’auteure féministe Lori Saint-Martin.

Précédemment, l’auteure s’était intéressée aux revues féminines québécoises qu’elle avait trouvé bourrées de stéréotypes dépassés relatifs à la subordination des femmes aux hommes, et obsédées par la beauté et la jeunesse.

Quant aux magazines masculins, ils véhiculent, selon l’auteure, les stéréotypes les plus bêtes, tant au sujet des hommes que des femmes, qu’au sujet des rapports entre les sexes.

Selon ces magazines, le mâle québécois aime le sport, les sorties, les gadgets et les voitures. Il cultive le goût du risque et de la séduction. C’est un fonceur. Il aime la chasse aux animaux sauvages et aux filles. Celles-ci se doivent d’être jeunes, belles et pleines d’émotions, ce qui les rend très compliquées.

L’univers masculin est fait de force, d’action et d’autonomie. Celui des femmes est lié aux apparences, à la fragilité et à la séduction. Quand les femmes ne sont pas de mignonnes subalternes, ce sont, au contraire, des castratrices, des contrôlantes, responsables de la débandade des hommes.

Alors que les revues féminines donnent le goût aux femmes d’être autrement (plus désirables, plus compréhensives), les magazines masculins propagent l’idée que les hommes sont très bien comme ils sont.

Ni l’auteure, ni le journaliste (qui résume et endosse son propos) ne traitent d’un aspect fondamental, qui est de savoir pourquoi les lecteurs achètent ces publications.

À mon avis, les gens achètent des revues et des quotidiens en fonction de ce qu’ils pensent déjà, de ce qu’ils sont ou de ce qu’ils aspirent à devenir. De la même manière que l’adolescent désire s’habiller en fonction du clan ou du groupe social auquel il désire s’associer, les gens achètent des publications en votant avec leur argent.

À titre d’exemple, ce n’est pas le Journal de Montréal et ses chroniqueurs qui abrutissent les lecteurs de ce quotidien : c’est l’abrutissement d’une partie du public qui fait vendre ce torchon.

Le lecteur achète un quotidien pour découvrir l’actualité dans une perspective qui est déjà la sienne. Et ce qu’il y apprend vient renforcer son point de vue sur le Monde et valide ses opinions et ses préjugés.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Vienne — Le Sud-Est de la Vieille ville

3 février 2012

 

 
Cette vidéo ne vise pas à illustrer un trajet particulier mais regroupe des photos qui n’ont en commun que d’avoir été prises dans cette partie de la ville.

À 0:18, voici le portail de l’église des Ursulines, suivi du portail de son ancien cloitre, adjacent. Tous deux ont été construits de 1665 à 1675 par l’architecte Anton Erhard Martinelli.

De 0:22 à 0:33, on voit la façade de l’Auberge à la carpe bleue, construite au XVIIe siècle, et qui se caractérise par la plaque qui lui donne son nom, située au-dessus d’une frise de putti.


 
À 0:35, c’est le portail du Palais Erdödy-Fürstenberg (1724), suivi de 0:37 à 0:41, par l’édifice de la Fondation des dames savoyardes (1688).

De 0:42 à 1:05, c’est la visite de l’église des Oblats de Saint-François de Sales, consacrée à Sainte Anne. Construite de 1629 à 1634, elle fut remaniée par les Jésuites au début du XVIIIe siècle.


 
L’église Sainte-Anne n’est pas très grande mais elle est extraordinairement belle. Les fresques des voûtes sont de Daniel Gran (1694-1757). Ce dernier créa également les fresques de la Salle d’apparat de la Bibliothèque nationale (que nous avons vue dans la vidéo consacrée au Palais impérial).

À 1:17, c’est un aperçu du Palais Rottal, construit de 1750 à 1754.

De 1:35 à la fin de la vidéo, la plupart des photos ont été prises dans la rue de Carinthie (Kärntner Strasse). Cette rue commerciale piétonne est très populaire et qui constitue la frontière choisie pour séparer le Sud-Est et le Sud-Ouest du quartier (qui sera le sujet de notre prochaine vidéo).


Voir aussi : Liste des diaporamas de Vienne

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le sénateur Boisvenu, apôtre de la vengeance

2 février 2012
« Le brasier de la haine »

Au début de l’adolescence, je m’étais laissé envahir par la haine. J’étais pensionnaire dans un collège et je me heurtais à la sévérité d’un surveillant zélé.

Aujourd’hui, avec le recul du temps, il m’apparait clairement que mon sentiment de l’époque était totalement injustifié. Mais cette expérience me fut profitable.

Il m’avait suffi de quelques jours pour réaliser que la haine était sans effet sur la personne haïe mais était plutôt destructrice à l’égard de celui qui déteste. Je pouvais être ulcéré contre quelqu’un mais cela n’empêchait pas cette personne de bien digérer. Même si j’avais passé mes nuits à imaginer des calamités susceptibles de s’abattre sur ce surveillant, ces nuits d’insomnie auraient été les miennes et non les siennes.

Si bien que plus jamais j’ai permis à la haine s’installer en moi. Face à une injustice présumée, l’indignation, une colère passagère peut-être, mais jamais la haine.

En 2002, Julie Boisvenu était assassinée par un récidiviste libéré en vertu d’une grossière erreur de jugement de la Commission des libérations conditionnelles. Ce jour-là, l’assassin a fait plusieurs victimes; Julie (privée de sa vie) et ses parents (dévastés par le chagrin).

Chez le père de Julie, le chagrin s’est transformé en colère. Une colère qui a motivé Pierre-Hugues Boisvenu à militer pour les droits des victimes d’actes criminels.

Avec les années, cette colère s’est transformée en haine. Or la haine est un cancer : elle prive de leur humanité les gens qui haïssent. Elle les transforme en zombies, aveuglés par la vengeance.

Hier matin, à son arrivée au caucus du Parti conservateur, M. Boisvenu a déclaré : « Moi je dis toujours : dans le fond, il faudrait que chaque assassin ait le droit à sa corde dans sa cellule. Il décidera de sa vie ».

Cette incitation au suicide des personnes condamnés pour meurtre a fait scandale. Un scandale d’autant plus compréhensible que quelques uns de ces condamnés, des années plus tard, s’avèreront avoir été victimes d’erreurs judiciaires.

Il serait facile de penser qu’il s’agit-là d’une boutade d’un homme public inexpérimenté. Ce n’est pas le cas. Il suffit de prendre connaissance du parcours politique de M. Boisvenu pour être convaincu qu’il est intimement habité par la vengeance, par la nécessité de punir coûte que coûte les criminels, et qu’aucune punition, aussi sévère soit-elle, ne peut réparer leurs méfaits.

Et comme un zombie, le sénateur Boisvenu est aveugle face à ses propres contradictions : il rationalise sa haine des meurtriers en souhaitant leur suicide afin de réaliser d’importantes économies dit-il. Mais il défend bec et ongles le projet de loi C-10 qui provoquera une croissance astronomique des coûts du système carcéral.

Sans avoir vécu un drame similaire au sien, beaucoup de personnes partagent son avis. Ce n’est pas mon cas. Au contraire, je trouve troublant que le Porte-parole officiel du gouvernement canadien en matière de Justice et de criminalité soit hanté par des démons intérieurs et soit quelqu’un dont l’âme a été privée de toute humanité à la suite d’un drame personnel odieux. On ne confie pas un pistolet chargé à un enfant qu’on vient de gifler.

Références :
À chaque assassin sa corde?
Le sénateur Boisvenu retire ses propos controversés sur l’option du suicide donnée aux assassins

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Près de mille interruptions de service en 2011 dans le métro de Montréal

1 février 2012

Station Place-des-Arts
 
Dans mon billet du 24 novembre dernier, je m’interrogeais sur la fiabilité du métro de Montréal, qui me semblait beaucoup plus sujet à des pannes que ceux de Barcelone, Berlin, Bruxelles, Paris, Prague, Shanghai et Vienne (que j’ai empruntés depuis une décennie).

Voilà qu’aujourd’hui, Radio-Canada nous apprend qu’il y a eu 980 interruptions de services en 2011. C’est 23,4% de plus que les 794 interruptions répertoriées en 2006.

Selon le Directeur du métro à la Société de transport de Montréal, M. Dominique Lemay, les trains du métro parcourent une distance totale 29% plus grande depuis 2006. Par conséquent, les arrêts plus élevés de seulement 23% représentent donc une amélioration de la fiabilité du métro.

Imaginez que le président de Microsoft vienne vous dire qu’il est normal que votre ordinateur plante 23% plus souvent parce Windows contient 29% de plus de code informatique. Seriez-vous satisfait de sa réponse ?

La question fondamentale est de savoir s’il est normal que des usagers du métro aient à subir près de mille pannes par année.

Si on veut que les Québécois délaissent l’automobile pour le transport en commun, il va falloir qu’on améliore de manière substantielle la fiabilité du réseau. Or à Montréal, le métro est la clé du système.

L’autobus est plus lent que l’automobile en raison de ses arrêts fréquents. Durant la saison froide, on attend généralement plus longtemps à attendre l’autobus au grand vent qu’on attendrait à réchauffer sa voiture. De plus, sur certaines lignes (ex.: Hochelaga vers l’Est), le respect des horaires laisse à désirer.

Donc l’argument-clé pour convaincre l’automobiliste à abandonner sa voiture, c’est le plaisir d’emprunter le métro. Il est au chauffé l’hiver, il est peu bruyant, il est confortable, on peut y téléphoner sans danger (puisqu’on y conduit pas), on peut y lire, et on peut même y courtiser une personne inconnue. Bref, le bonheur total… en théorie.

Toutefois, dans une société orientée vers la performance, sa fiabilité douteuse est totalement inacceptable. Et on est en droit d’exiger des dirigeants du métro plus de remèdes et moins d’excuses à leur laxisme navrant.

Le métro est beaucoup plus qu’un simple moyen de transport à Montréal : c’est une vitrine de l’expertise québécoise en matière de transport en commun. Près d’un million de touristes visitent la métropole du Canada chaque année. Parmi eux, il y a des décideurs publics qui pourraient un jour avoir à adopter un devis de Bombardier pour la construction d’un métro dans leur ville. Quel intérêt verront-ils à lui accorder le contrat quand notre métro est si loin de susciter l’admiration et l’envie ?

Références :
Augmentation du nombre d’arrêts de service dans le métro de Montréal
Peut-on se fier au métro de Montréal ?

Parus depuis :
Pannes dans le métro : la STM en mode solutions (2013-02-06)
Une autre panne majeure dans le métro (2013-05-21)
Le métro n’a «pas de problèmes de fiabilité», dit la STM (2013-05-31)
Système informatique du métro – La STM et Alstom ont été dépassés (2013-08-13)
Autobus, métro : « On est entassés comme des bêtes » (2016-02-19)
Métro de Montréal: vers un record de pannes (2017-11-24)
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| Transport en commun, Urbanisme | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


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