Les euphémismes raciaux

La journaliste Caroline Montpetit, blâmée pour avoir utilisé le terme « Blancs » dans un texte traitant du racisme envers les Autochtones, signait hier dans Le Devoir un article qui se moque subtilement des excès de rectitude politique.

La politesse exige qu’on évite d’offenser les gens inutilement. Il est donc normal d’éviter toute appellation péjorative.

Mais quelle est la différence entre parler d’un « Blanc » ou d’une « personne de race blanche » ? On me répondra que le premier réduit la personne à la couleur de sa peau alors que dans le deuxième cas, on insiste pour dire qu’il s’agit d’un être humain : toutefois comme cela est vague, on caractérise cette personne par sa carnation. Quelle belle nuance. Mais à mon avis, c’est un peu « bonnet de couleur blanche, blanche est la couleur du bonnet ».

Il y a des années, à la cafétéria de l’université de Montréal, un étudiant de descendance indienne (c’est-à-dire relatif à l’Inde) m’avait engueulé à cause des sévices que les Blancs ont infligés à son peuple. J’avais été affecté par son agressivité — après tout, nous étions à table — mais pas par ses propos : ce n’est pas parce que des Anglais au XIXe siècle ont massacré des Indiens que je dois me sentir coupable de cela simplement parce que j’ai la même couleur de peau qu’eux.

Donc pour moi, je ne vois rien de péjoratif à être qualifié de « Blanc » et je ne vois pas de raison qui justifie qu’on doive éviter ce terme comme s’il l’était. En Chine, les Occidentaux sont qualifiés de « Long nez » : même si cela ne m’offense pas, je préfère « Blanc ».

De la même manière, à mon avis, il n’y a pas de honte à être « Noir ». Évidemment on peut préférer « personne de race noire », ou « personne de couleur », ou « Afro-machinchouette » mais dans tous les cas, on fait référence plus ou moins subtilement à la pigmentation cutanée. En effet, un Blanc d’Afrique du Sud immigré aux États-Unis ou un Algérien ne sera pas qualifié d’« Afro-Américain » : on fait donc ainsi allusion à la couleur de la peau et non à la lignée ancestrale, comme on voudrait bien le croire.

Quant au terme « Juif », il ne fait pas référence à une race. Les Juifs forment un groupe religieux, ethnique et culturel largement hétérogène mais, au risque d’offenser quelques lecteurs Néo-Nazis, ils ne forment pas une race. Il n’y a donc pas de « race juive ».

Je travaille à Montréal dans un établissement fréquenté par de nombreux Juifs orthodoxes. Ce qui m’avait frappé au début, c’est que cette clientèle avait généralement une peau laiteuse (je m’attendais à voir des carnations olivâtres typiques de peuples méditerranéens), beaucoup d’yeux bleus (comme chez les peuples nordiques) et des traits fins dans la très grande majorité des cas. En fait, ils auraient des cheveux blonds qu’on les prendrait pour des Scandinaves.

Quant à « Peaux rouges », une expression utilisée pour qualifier les Autochtones qui utilisaient un enduit rouge pour se protéger des moustiques, il est rarement utilisé de nos jours, tout comme le terme « Jaunes » pour parler des peuples asiatiques.

À mon avis, on a tort de privilégier des euphémismes par politesse ou par crainte d’offenser. C’est en évitant d’appeler certains traits physiques par leur nom qu’on suggère — paradoxalement — aux personnes qui les possèdent, qu’il s’agit de caractéristiques honteuses à nos yeux.

Référence :
Faut-il appeler un chat un chat?

Les euphémismes raciaux
Votre évaluation :

3 commentaires à Les euphémismes raciaux

  1. Naomi Velasco dit :

    Bonjour et félicitations pour votre blogue monster, parcontre -loin d’être une experte dans la matière- je tiens à souligner que malgré le fait que les patriarches ( traditionnellement Abraham, Isaac et Jacob ) soient d’origine syrienne (plus précisément semitique) par la loi juive, le statut de juif ne peut qu’être donné si la mère de l’enfant est juive elle-même (une descendante directe de Rachel ou Léah) ou par la conversion au judaisme. Alors, ( en théorie ) qu’importe l’origine ethnique du père, l’enfant est juif. Donc, lors de l’exil après la deuxième destruction du temple de Jérusalem, selon la tradition, dix tribus furent “perdues” disséminées de par le monde. Deux tribus et demi ( si je ne me trompe pas ) survécurent, mais elles aussi avant immigré

  2. Naomi Velasco dit :

    Bonjour et félicitations pour votre excellent blogue.

    Par contre (sans être experte dans la matière) je tiens à souligner que malgré l’origine syrienne (plus précisément sémitique) du patriarche Abraham et que le territoire israélien se trouve en Méditerranée — ce qui pourrait justifier qu’on imagine qu’un Juif serait, en conséquence, d’apparence “olivâtre” — selon la loi juive le statut de Juif ne peut être attribué que si la mère de l’enfant est elle-même juive (une descendante directe de Rachel ou Leah) ou par conversion au judaïsme.

    Donc (en théorie) qu’importe l’origine ethnique du père (ou de la mère si elle était déjà convertie au judaïsme avant le moment de la conception de l’enfant, si je ne me trompe pas) l’enfant est juif.

    Par tradition juive, lors du deuxième exil du peuple juif après la deuxième destruction du temple de Jérusalem (le premier s’étant fait principalement en Babylone antique) la trace de dix tribus d’Israël fut perdue.

    Deux tribus et une certaine partie d’une autre tribu (si je ne me trompe pas, encore) ont survécus jusqu’à aujourd’hui par l’immigration de celles-ci vers d’autres contrées.

    Ce qui fait qu’aujourd’hui il y a trois principales ethnies juives: les Ashkenazim qui suivent la tradition des Juifs de l’Europe Centrale-Est (une grande majorité est d’origine allemande ou française expliquant les yeux bleus et la finesse des traits généralement retrouvée dans la communauté juive orthodoxe d’Outremont qui elle, est majoritairement Ashkénaze), les Sépharades qui suivent la tradition des Juifs qui étaient établis en Espagne et au Portugal, et finalement les Juifs mizrahim qui proviennent d’Afrique du Nord.

    Finalement, ma connaissance étant limitée, je ne vais pas aller jusqu’à affirmer de manière inappropriée qu’il y a une “race” juive étant donné les différentes ethnies retrouvées aujourd’hui chez les Juifs, mais en fin de compte, je veux reconnaître qu’il y a “un” peuple juif et que malgré cela, qu’aujourd’hui en 2011, personne, n’importe où, ne devrait pas avoir à plaider envers autrui, comme Villon, en rappelant que nous sommes tous frères humains.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :