Nous sommes tous des éponges

3 février 2017

Tous les attentats terroristes sont commis par des personnes exposées à de la propagande haineuse.

Or l’intolérance et la haine ont des degrés : l’envie de tuer est la forme extrême de la haine. Il n’y a pas pire.

La tuerie à l’Assemblée nationale en 1984 et celle au Métropolis en 2012 sont des actes terroristes commis par des personnes exposées à la propagande haineuse ‘antiséparatiste’.

L’attentat terroriste de Polytechnique en 1989 est l’aboutissement de l’exposition du jeune tueur à la misogynie paternelle.

En somme, le discours haineux est à la source de tout acte terroriste. Cette exposition peut être sociale ou limitée au cercle familial.

Dans le cas de la tuerie à l’université Concordia en 1992, il peut résulter d’un délire paranoïaque. Dans ce cas, l’exposition est interne, lié à des hallucinations suscitées par la maladie mentale.

À la suite de l’attentat antimusulman de Québec, il est insuffisant de pointer du doigt les propos d’un petit nombre de personnalités journalistiques ou politiques. Le problème est plus vaste.

Le discours dominant à Québec, dans la région de la Vieille capitale et même dans une bonne partie du Québec profond, est un discours d’intolérance suscité par la Droite québécoise. Une Droite influencée par l’idéologie haineuse républicaine incarnée par Donald Trump.

À l’international, on ne mettra jamais fin au terrorisme sans s’attaquer à l’idéologie haineuse de la dictature saoudienne.

Ce qui est vrai à l’international l’est aussi au Québec. Sauf que les relais de l’idéologie atimusulmane chez nous sont omniprésents puisqu’elle s’est infiltrée dans chacun d’entre nous.

Il suffit de lire attentivement les commentaires publiés sur le site du quotidien montréalais Le Devoir — je présume que c’est pire sur les médias sociaux — pour trouver de nombreux exemples suggérant que les Musulmans sont en train de prendre le contrôle du Québec et de pervertir ses valeurs fondamentales. Ou que les Musulmans d’ici sont soit des cellules dormantes de groupes terroristes ou soit des gens qui se réjouissent secrètement de leurs attentats à l’Étranger.

Dans la fable, le loup se convainc que la brebis trouble son breuvage. Ainsi, il se victimise afin de se justifier à attaquer sa proie. Voilà l’essence du discours contre la minorité musulmane d’ici.

L’attentat antimusulman de Québec a été un électrochoc. Depuis plusieurs jours les médias québécois effectuent un travail admirable pour donner la parole aux Musulmans, pour présenter les victimes et leurs familles, et surtout pour incarner ce que sont les Québécois musulmans.

Je souhaite que cette campagne de sensibilisation se poursuive parce des mentalités bien encrées ne changent pas du jour au lendemain; il suffirait d’un attentat ‘vengeur’ d’Al-Qaida et de l’État islamique pour que le naturel antimusulman revienne au galop.

Sur le même sujet :
La tuerie de Charlie Hebdo : les lacunes du renseignement (2e partie)

Paru depuis :
La haine, cette bombe (2017-02-04)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le prosélytisme de l’Arabie saoudite

15 février 2016
© 2010 — Google Maps

Le prosélytisme se définit comme un zèle ardent à recruter des adeptes.

Le wahhabisme est la religion d’État de l’Arabie saoudite. Il s’agit d’un mouvement polico-religieux fondamentaliste qui propose une interprétation rigoriste de l’Islam.

Sans renoncer à la technologie moderne — électricité, télévision, ordinateurs, etc.— le wahhabisme croit que les problèmes actuels du monde arabe ont pris naissance du fait qu’on se serait éloigné de la pureté originelle du monde islamique.

D’où la nécessité de retourner à ses sources, notamment en encadrant la société par des règles de droit et en épousant les coutumes qui prévalaient en Arabie au temps de Mahomet.

Ali Mohammed al-Nimr
 
Coupable d’avoir manifesté pour la Démocratie dans son pays, un jeune saoudien chiite (ci-dessus) a été condamné à être décapité alors que son cadavre sera crucifié et exposé publiquement jusqu’à la décomposition évidente des chairs. Ceci est un exemple des châtiments saoudiens qui tirent leur justification du fait qu’ils étaient coutumiers à l’époque de Mahomet ou dans les premiers siècles qui ont suivi son décès.

La barbarie de l’Arabie saoudite montre la similarité de son idéologie avec celle de l’État islamique : ce qui a fait dire à certains observateurs que l’Arabie saoudite est simplement un État islamique qui a réussi.

Depuis le premier choc pétrolier de 1973, la dictature saoudienne dépense annuellement des milliards de dollars pour propager le wahhabisme.

Dans un rapport datant de 2003, le Comité sénatorial américain sur le terrorisme, la technologie et la sécurité nationale publiait les témoignages d’experts venus témoigner devant lui. En voici quelques extraits :

Le problème auquel nous faisons face aujourd’hui est (…) le financement étatique d’une idéologie extrémiste qui constitue le terreau fertile à l’émergence (…) du terrorisme international. Cette idéologie extrémiste est le wahhabisme, une force majeure derrière des groupes terroristes comme Al-Qaida…
(…)
Les revenus pétroliers ont permis aux Saoudiens de propager cette interprétation fanatique et destructrice de l’Islam partout dans le monde musulman et notamment parmi les Musulmans occidentaux.
(…)
Al-Qaida et les terroristes du 11 septembre 2001 sont les produits du système de valeurs haineux et intolérant du wahhabisme.
(…)
Même si nous détruisions complètement Al-Qaida, une autre Al-Qaida surgirait si nous ne prenons pas soin de détruire également les racines de l’extrémisme musulman.

Selon les documents officiels d’Arabie saoudite, celle-ci a dépensé 281 milliards de riyals (environ 70 milliards de dollars américains) entre 1975 et 2002 à des activités dites islamiques, c’est-à-dire la promotion de son idéologie.

C’est 2,5 fois les sommes que l’URSS, ensuite la Russie, dépensaient au cours de la même période pour propager l’idéologie communiste.

Cet argent saoudien a servi à la construction de 1 359 mosquées, 210 centres islamiques, des dizaines d’écoles coraniques et à prendre le contrôle des quatre cinquièmes de toutes les maisons d’édition musulmane à travers le monde.

Selon le même comité sénatorial, le contrôle saoudien des mosquées signifie le contrôle des droits de propriété de l’édifice, de la formation et l’embauche d’imams, du contenu des prêches — par le biais de la télécopie des sermons en arabe expédiés à partir de la capitale saoudienne — le contrôle des feuillets imprimés distribués aux fidèles, des messages affichés aux babillards, et des livres vendus aux librairies des mosquées.

L’équivalent de la messe du dimanche pour les Chrétiens se déroule le vendredi chez les Musulmans. Au cours du ‘Printemps arabe’, c’est ce jour-là, plus précisément au sortir des mosquées sunnites, qu’ont eu lieu les Vendredis de la dignité, c’est-à-dire ces grandes protestations en Égypte et en Syrie contre les dirigeants de ces pays.

Cela n’est pas une coïncidence. C’est par les prêches incendiaires saoudiens, expédiés électroniquement au clergé sunnite, que l’Arabie saoudite est en mesure d’inciter à la révolte des millions de Musulmans qui, réagissant comme un seul homme, protestent contre leurs dirigeants, contre Charlie Hebdo, contre la destruction par le feu d’un exemplaire du Coran, etc.

Ces protestations surviennent le même jour, simultanément dans une multitude de villes ou de pays, parce qu’elles sont orchestrées.

En France, au début des années 1990, la construction de la mosquée de Lyon a bénéficié d’un don saoudien de 2,9 millions$. Selon les dépêches diplomatiques américaines révélées en 2011 par Wikileaks, cette mosquée serait un des centres de recrutement d’Al-Qaida en Europe.

Les largesses saoudiennes comprennent 5 millions$ au Centre culturel islamique de Belgique à Bruxelles, 5 millions$ annuellement au Centre islamique de Genève, 7,1 millions$ au Centro Cultural Islámico de Madrid et 70% des couts de construction du Centro islamico culturale d’Italia à Rome.

En 2013, la famille royale saoudienne a versé un don personnel de 681 millions$ au premier ministre de Malaisie.

Ce pays est connu pour ses lois discriminatoires à l’égard des minorités religieuses. Grâce à celles-ci, la proportion de Musulmans en Malaisie pays est passée d’environ 45 à 49% au début des années 1990, à plus de 60% de nos jours.

Références :
10 questions pour comprendre qui sont les imams en France
Évolution des prix du baril de pétrole
Grande mosquée de Lyon
La charia en Malaisie: impact sur les non musulmans
Le don saoudien de 681 millions au premier ministre malaisien
Les imams se verront bientôt délivrer des « certifications »
Terrorism: Growing Wahhabi Influence in the United States
Le scandale des ventes d’armes canadiennes à l’Arabie saoudite
L’État islamique : un trou noir
On a testé… suivre les conseils de « l’imam Google » pour se convertir à l’islam
The battle for Islam
Wahhabisme

Parus depuis :
Où sévit le terrorisme islamiste dans le monde? La réponse en carte (2016-03-24)
La Belgique, foyer du djihadisme (2016-03-26)
Les trois lectures de la violence djihadiste (2016-03-26)
« Un islam à la dérive » (2016-05-21)
1MDB: The inside story of the world’s biggest financial scandal (2016-07-28)
Pour un nouvel islam de France (2016-08-02)
Saudis and Extremism: ‘Both the Arsonists and the Firefighters’ (2016-08-25)
L’Arabie saoudite dévoilée (2016-11-15)
Saudi Arabia and Gulf states ‘support Islamic extremism in Germany,’ intelligence report finds (2016-12-14)
Aux sources du djihadisme belge (2017-03-22)

Le prosélytisme de l’Arabie saoudite
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les propos haineux d’un père

10 décembre 2015

Interrogé par le quotidien Le Parisien, le père du troisième membre du commando terroriste qui causé le carnage au Bataclan a déclaré : « Si j’avais su qu’il commettrait un jour une chose comme ça, je l’aurais tué avant.»

À mon avis, cette déclaration doit être interprétée de manière littérale.

En vertu de la Charia, l’homicide est punissable de la peine de mort sauf quand il s’agit du mari qui tue sa femme ou du père qui tue son enfant.

Ce témoignage du père suggère que le fils a grandi à Strasbourg dans un milieu familial où règne une conception rigoriste de la religion. Or justement, ce rigorisme fut probablement un terreau fertile à la radicalisation ultérieure du fils.

En comparaison, lorsqu’un père québécois apprend que son fils est un criminel, ses réactions sont le déni (‘mon fils n’est pas comme ça’), la déculpabilisation du fils (‘il s’est laissé influencer’), ou la honte.

Mais réagir en disant qu’on aurait préféré le tuer, cela trahit un sens aigu de l’honneur familial, aujourd’hui à peu près complètement disparu chez nous, mais jugé sacré dans d’autres sociétés.

Dans une famille où règne le fondamentalisme religieux, le pas à franchir pour commettre un attentat terroriste est plus facile (sans toutefois être inéluctable) : que ce soit un attentat contre une clinique d’avortement américaine (s’il s’agit du fondamentalisme chrétien) ou contre les symboles de la dépravation occidentale (s’il s’agit du wahhabisme).

Il est important de se rappeler que le terrorisme religieux n’est pas une exclusivité musulmane; elle est associée à tous les milieux qui se croient investis de la mission divine de réaliser la Colère de Dieu.

Référence :
Le père du troisième kamikaze du Bataclan : «Si j’avais su, je l’aurais tué avant»

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Belgique : les mesures antiterroristes

24 novembre 2015

Pressé d’agir par les circonstances, le gouvernement belge a adopté dernièrement un plan en trois volets de lutte au terrorisme.

Le premier volet comprend des mesures contre les individus dangereux :
•  l’emprisonnement pour tous les djihadistes belges de retour au pays,
•  le port d’un bracelet électronique pour toutes les personnes fichées par les services d’analyse de la menace,
•  la création immédiate d’une liste de passagers dangereux dans les transports (avions et trains à grande vitesse), sans attendre celle que les autorités européennes doivent créer d’ici peu,
•  l’adoption d’un plan d’action spécial pour le quartier bruxellois de Molenbeek, qualifié à l’étranger de ‘Belgistan’ (voir note ci-dessous),
•  la déchéance de la nationalité belge en cas de condamnation pour terrorisme d’un citoyen possédant une double citoyenneté.

Suivent les mesures destinées à renforcer la sécurité :
•  les perquisitions pourront avoir lieu n’importe quand en matière de terrorisme,
•  avant que ne soit portée une accusation devant les tribunaux, la durée maximale des gardes à vue (appelées en Amérique du Nord « mise en état d’arrestation ») passera de 24h à 72h dans les cas de terrorisme,
•  l’interdiction de l’achat anonyme de cartes de téléphones pré-payées,
•  l’élargissement de l’éventail des méthodes de recherche antiterroriste (empreintes vocales et élargissement des écoutes téléphoniques, notamment concernant le trafic d’armes),
•  le renforcent des vérifications à l’embauche pour des emplois sensibles,
•  l’accroissement du réseau de caméras de surveillance et de reconnaissance des plaques minéralogiques.

Pour terminer, on a adopté des mesures contre la radicalisation :
•  les prêcheurs extrémistes étrangers seront expulsés,
•  tous les prédicateurs belges seront ‘screenés’ (selon le mot vague de la télévision belge) en vue de les assigner à résidence si cela est jugé approprié,
•  les lieux de culte non reconnus qui diffusent le djihadisme seront fermés,
•  les sites internet qui véhiculent la haine cesseront leurs activités.

Pour l’instant, 520 militaires vont être déployés pour renforcer la sécurité du royaume belge et les contrôles seront renforcés aux frontières.

Le cout des nouvelles mesures belges contre le terrorisme est estimé à 420 millions d’euros.

Note du 19 mars 2016 : Lors de l’arrestation à Molenbeek du dernier terroriste encore vivant ayant participé aux attentats de Paris, les policiers belges qui ont mené l’assaut ont dû se protéger des projectiles lancés par des habitants du quartier.

Références :
Lutte contre le terrorisme: mesures décidées par le Gouvernement fédéral & discours
Voici les 18 nouvelles mesures du gouvernement pour lutter contre le terrorisme

Paru depuis :
Attentats de Paris – Abdeslam arrêté à Bruxelles (2016-03-19)

À lire également :
La police italienne saisit 781 fusils à pompe turcs destinés à la Belgique (2015-11-26)
Guerre en Syrie : « Il y a un gouffre béant entre la télévision arabe et la télévision occidentale » (2015-12-16)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Terrorisme et transport ferroviaire de passagers

24 août 2015

À la suite des attentats du 11 septembre 2001, la sécurité du transport aérien a tellement été améliorée qu’un attentat semblable ne s’est répété nulle part ailleurs au monde depuis.

Mais on n’a rien fait quant au transport ferroviaire.

Si bien que le 11 mars 2004, un attentat a eu lieu dans des trains de banlieue de Madrid, tuant près de 191 personnes et en blessant 1 900 autres.

Les terroristes n’avaient pas lésiné sur les moyens : sur les treize bombes utilisées, dix ont explosé.

Qu’a-t-on fait depuis ?

En Espagne, on a instauré contrôle des bagages sur les trains longue distance.

De plus, sur l’Eurostar (le train qui relie la Grande-Bretagne à la France), on demande aux passagers d’arriver plus d’une demi-heure avant le départ et on leur fait passer un contrôle de sécurité comme dans un aéroport.

En 2006, sur le train qui m’amenait de Londres à Glasgow, il était interdit de photographier la partie du train qui servait de cantine. « Pour des raisons de sécurité », m’avait-on dit. Apparemment, c’était la seule mesure de sécurité à bord.

À l’embarquement, n’importe qui pouvait se présenter à la gare dix minutes avant le départ et prendre le train sans qu’aucune vérification des bagages ne soit exercée. La seule véritable mesure sécuritaire était constituée de quelques militaires armés qui arpentaient les gares à l’affût de passagers suspects.

Il suffisait donc d’avoir l’air normal pour pouvoir commettre n’importe quel attentat sur un train européen.

Profitant de ces graves lacunes, un individu armé jusqu’aux dents a tenté de commettre un carnage sur un train à grande vitesse (TGV) en partance d’Amsterdam pour Paris, le 21 aout dernier.

Plusieurs jours après cet incident, il est toutefois navrant de constater que les autorités cherchent encore des prétextes pour ne pas assumer leurs responsabilités.

En France, on compte renforcer le contrôle aléatoire des bagages, une mesure déjà existante. Or un tel contrôle n’a pas empêché le terroriste du TGV de prendre le train avec son arsenal. Tout au plus, le renforcement de cette mesure aurait augmenté les chances qu’on tombe sur lui. Mais pas nécessairement.

Le président de la Société nationale des chemins de fers français croit irréaliste d’étendre le système des aéroports aux gares en raison du nombre trop important de voyageurs dans les gares.

Précisons que le réseau ferroviaire français est constitué de trois mille gares, et que cinq millions de Français empruntent chaque jour quinze mille trains, soit vingt fois plus que ceux qui prennent l’avion.

Citée par le quotidien Le Monde, une source près des autorités règlementaires européennes déclare :  « …si on sécurise à outrance (sic) les trains à grande vitesse, les terroristes se mettront à cibler les trains roulant à moins de 160 km/h. »

Il y a donc des gens en position d’autorité qui n’ont pas encore compris que les terroristes s’attaquent à des êtres humains et non à des modes de transport.

Si les terroristes s’en prennent à des passagers de trains ou d’avions, c’est que les gens s’y entassent. Ailleurs, ils font sauter des mosquées le jour de la prière ou des marchés publics, pour les mêmes raisons.

Que le train soit rapide ou non, que de soit un train de banlieue ou de longue distance, que ce soit un métro souterrain ou un train de surface, cela n’a aucune importance pour le terroriste. Celui-ci veut terroriser et pour ce faire, frapper l’imaginaire par le moyen de la barbarie.

On trouvera ci-dessous des photos qui montrent les mesures de sécurité auxquelles doivent s’astreindre les passagers à toutes les stations du métro de Shanghai. Personne n’entre dans ce métro sans s’y soumettre. Précisons que les passagers n’y subissent pas de fouille corporelle à moins, exceptionnellement, qu’ils aient un comportement suspect.


 
À Paris, le métro a été construit à une époque où la capitale française était beaucoup moins peuplée. De nos jours, la largeur des bouches du métro est à peine suffisante pour accommoder l’achalandage actuel aux heures de pointe. De plus, dans bien des cas, les couloirs entre les bouches et les quais sont trop courts et trop étroits pour qu’on pense y ajouter un véritable contrôle sécuritaire.

Puisqu’on ne peut pas modifier le tracé du métro, il faudra un jour déplacer les bouches du métro parisien pour accommoder son achalandage devenu excessif. Cela sera une nécessité dans un avenir moyennement rapproché. Pourquoi ne pas déclencher un tel chantier dès maintenant et en profiter pour y ajouter des mesures sécuritaires à la Shanghai ?

D’ici là, il suffit d’ajouter des détecteurs de métal connectés à des sirènes d’alarme à l’entrée de toutes les gares pour déceler automatiquement tout individu armé. On ne décèlerait pas les bombes, mais il serait néanmoins impossible prendre le train ou le métro en étant armé comme l’était le terroriste du TGV.

Quant aux métros canadiens, plutôt que de gaspiller un demi-milliard de dollars par année à bombarder futilement l’État islamique, si on avait appliqué cette somme à sécuriser les gares et les métros du pays, le transport de passagers serait déjà parfaitement sécuritaire au pays.

Mais certains politiciens préfèrent parler de sécurité plutôt que de l’instaurer.

Références :
Attaque dans le Thalys : la sécurité dans les gares en question
Attaque du Thalys : Bruxelles veut accélérer son travail sur la sécurité et la sûreté des trains européens
Attentats de Madrid du 11 mars 2004
Attentats du 11 septembre 2001
Sécuriser les trains contre les attentats, débat récurrent depuis le 11-Septembre

Détails techniques des photos :
1re photo : Panasonic GH1, objectif Lumix 14-45 mm — 1/30 sec. — F/4,5 — ISO 125 — 20 mm
2e photo  : Panasonic GH1, objectif Lumix 20 mm — F/1,7 — 1/40 sec. — F/1,7 — ISO 100 — 20 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Terrorisme : le manque de jugement du premier Ministre du Québec

14 février 2015

Introduction

À la fin du mois dernier, M. Couillard déclarait que l’intégrisme religieux était un choix personnel, digne de respect.

Le premier ministre a aussi plaidé en faveur des liens qui unissent le Québec aux pays qui bafouent les droits de la personne en général et ceux des femmes en particulier. « Il faut maintenir ces liens parce que la plus certaine façon de les rendre encore plus radicaux et éloignés de nos valeurs, c’est de les maintenir dans l’isolement. »

Donnons à M. Couillard le bénéfice du doute et présumons qu’il parlait des liens diplomatiques. De plus, supposons qu’il ne voulait pas vraiment dire qu’on doive éviter de critiquer les pays qui bafouent les droits des femmes, contrairement à ce que sa déclaration suggère.

Pour couronner le tout, il y a quelques jours, M. Couillard a indiqué que son gouvernement s’attaquerait non pas à l’intégrisme mais plutôt au radicalisme dont le meilleur exemple, selon lui, est l’option indépendantiste du Parti québécois.

Pauvre monsieur Couillard.

Le radicalisme politique violent

En 2012, l’attentat au Métropolis a été perpétré par un terroriste fédéraliste. Cet attentat a fait un mort et un blessé grave.

En 1984, la tuerie à l’Assemblée nationale du Québec a été perpétrée par un terroriste fédéraliste. Il a fait trois morts et treize blessés.

En 1970, des terroristes indépendantistes — le Front de libération du Québec — ont fait un mort.

Peu importe les efforts que M. Couillard tentera pour nous convaincre que ses adversaires politiques représentent un danger sécuritaire, le bilan du radicalisme politique au Québec est simple : depuis quarante ans, les terroristes fédéralistes ont tué quatre fois plus de personnes que les terroristes indépendantistes.

Cette utilisation de la peur par M. Couillard et cette déformation grossière des faits à des fins bassement partisanes sont indignes de sa fonction de chef d’État.

Coran et Charia

Ce qui distingue le Musulman « ordinaire » de l’intégriste islamique, c’est que le premier croit au Coran alors que le second respecte lui aussi le Coran, mais désire l’application intégrale de la Charia (un recueil de loi islamique datant des premiers siècles de l’Islam).

Cette distinction est fondamentale. Le Musulman « ordinaire » ne représente aucun danger sécuritaire. Contrairement aux idées reçues, le Coran ne prévoit aucune punition terrestre ni pour le blasphème ni pour l’apostasie.

C’est la Charia qui prévoit la peine de mort pour l’un et l’autre. De plus, ce sont les intégristes qui se croient investis de la Mission Divine de punir eux-mêmes les blasphémateurs et les apostats en les assassinant.

Le temps que M. Couillard et ses stratèges prennent à tenter de démoniser leurs adversaires politiques est du temps perdu. Ce temps perdu retarde le moment où son gouvernement se consacrera aux « vraies affaires », soit le radicalisme religieux saoudien, le mieux organisé et le mieux financé de tous.

Face à la montée de l’intolérance à l’égard des Musulmans d’ici, il est du devoir du premier Ministre d’affronter les préjugés en disant et en répétant à satiété que croire à la Bible juive, aux Saints Évangiles chrétiens ou au Coran, c’est pareil aux yeux de l’État; cela n’est pas identique, mais cela revient au même. Voilà ce que M. Couillard doit dire aux Québécois.

De plus, une mosquée, ce n’est rien d’autre qu’un local. Ce local n’est pas dangereux. Ce qui pourrait être dangereux, c’est ce qu’on prêche dans ce local.

Si on y prêche le Coran, pas de problème. Par contre, si on y prêche le respect scrupuleux de la Charia, on y promeut des croyances arriérées contraires aux valeurs québécoises. Voilà ce que M. Couillard doit dire.

Malheureusement, son refus de condamner l’intégrisme musulman et son refus d’utiliser ses bonnes relations personnelles avec le régime saoudien afin d’obtenir la libération inconditionnelle de Raïf Badawi, l’ont rendu suspect à beaucoup de Québécois et lui ont fait perdre l’autorité morale dont il a besoin pour calmer les esprits.

On ne peut pas maintenir la paix sociale au Québec, en laissant se répandre les préjugés, la suspicion, voire même la haine, à l’égard de citoyens respectables.

De plus, il est futile d’essayer d’empêcher des croyants de se réunir pour prier; cela est de la persécution religieuse.

L’islamophobie qui s’est emparée récemment du Québec est une honte. Et j’accuse publiquement M. Couillard d’en être partiellement responsable en s’abstenant de rassurer les Québécois.

Ce dernier n’a pas su faire preuve de leadership en défendant des citoyens au-dessus de tout soupçon accusés injustement. Ce que M. Couillard défend depuis le début, ce sont les intégristes alors qu’il laisse les Musulmans qui partagent nos valeurs en proie aux préjugés et à la suspicion.

Je ne comprends pas comment un parti politique responsable du Printemps érable et — par son immobilisme — de la montée de l’intolérance religieuse, puisse accuser ses adversaires d’aimer la chicane. Au contraire, le parti de la chicane, c’est le Parti libéral du Québec.

Depuis le début, M. Couillard fait preuve d’un grossier manque de jugement. Nous savons tous que des intérêts saoudiens sont au coeur du financement du terrorisme international. C’est peine perdue de tenter de nous convaincre que les intégristes saoudiens sont nos amis. Ils ne le sont pas.

Lorsqu’on sait que l’Arabie saoudite n’a même pas de constitution et que la Charia y fait office de code pénal, il est clair que tout dans nos valeurs s’oppose à l’obscurantisme de la dictature monarchique de ce pays.

De plus, confier implicitement la lutte à l’intégrisme aux municipalités du Québec, c’est abdiquer de ses responsabilités. C’est laisser l’esprit de clocher décider des enjeux sociaux du Québec.

M. Couillard doit se ressaisir, cesser les petites manigances idéologiques et se comporter en chef d’État.

Références :
L’Arabie saoudite et le financement d’Al-Qaida
L’intégrisme est un choix personnel, juge le premier ministre
Radicalisme: Péladeau et Drainville dénoncent les propos de Couillard
Sécurité: Couillard se fait rassurant

Paru depuis : Le Forum musulman affirme que les musulmans sont instrumentalisés (2015-02-20)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La révocation du passeport des djihadistes canadiens

5 février 2015

Le 30 janvier dernier, le gouvernement canadien annonçait le projet de loi C-51, destiné à instaurer un certain nombre de mesures antiterroristes. Celles-ci rejoignent parfaitement celles que je proposais douze jours plus tôt.

Aujourd’hui, j’aimerais proposer une mesure supplémentaire. Il s’agit de donner aux services de renseignement le pouvoir de révoquer le passeport des citoyens canadiens lorsqu’ils ont des raisons de croire que ces citoyens sont partis à l’étranger combattre en faveur d’organisations terroristes.

Précisons qu’il n’est pas question ici de révoquer la citoyenneté canadienne des présumés djihadistes — ce qui en ferait des apatrides — mais simplement leur passeport. Ce dernier n’est qu’un document administratif qui atteste de leur citoyenneté. Ce n’est pas la citoyenneté elle-même.

En se présentant au comptoir de sa compagnie aérienne ou à un poste frontalier, la personne concernée apprend que le passeport qu’elle détient n’est plus valide : elle doit donc en obtenir un nouveau auprès du consulat ou de l’ambassade la plus proche.

Si cette personne a réussi à se rendre jusqu’au contrôle frontalier d’un aéroport canadien, elle est déportée dans le pays d’où elle vient jusqu’à ce qu’elle normalise sa situation.

Si cette personne possède une double citoyenneté, elle peut rentrer au pays sous cette autre citoyenneté mais son séjour au pays devient limité à quelques mois et, possiblement, conditionnel à l’obtention d’un visa.

De manière générale, dans le but d’obtenir un passeport, il y a deux procédures; la procédure standard (qui prend de dix à vingt jours) et le service urgent (qui prend 24h si on accepte de payer des frais supplémentaires de 100$, ou de deux à neuf jours si on paie 50$).

On n’a pas besoin de justifier pourquoi on recourt au service expresss : il suffit de payer.

En demandant un nouveau passeport, la personne soupçonnée d’être djihadiste devra se soumettre à un interrogatoire des services des renseignements. Aucun passeport ne lui sera délivré sans cet interrogatoire, d’une durée maximale d’une journée.

Si le requérant répond aux questions de manière satisfaisante, le passeport lui sera délivré comme il le serait à n’importe quel autre demandeur.

Par opposition, si le requérant ne répond pas d’une manière jugée satisfaisante, la délivrance du passeport sera conditionnelle à l’acceptation de porter un bracelet électronique. Ce bracelet devra être porté tant et aussi longtemps que les services de renseignement canadien le jugeront approprié.

Évidemment, une fois au pays, la personne concernée pourra s’adresser aux tribunaux civils afin de faire lever toute entrave à sa liberté.

Références
Dépôt d’un projet de loi antiterroriste qui ratisse large
La tuerie de Charlie Hebdo : les lacunes du renseignement (4e partie)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La tuerie de Charlie Hebdo : les lacunes du renseignement (3e partie)

17 janvier 2015

De la fin de la Deuxième Guerre mondiale jusqu’à l’effondrement du mur de Berlin, le monde se divisait en deux clans hostiles; les Communistes et le monde libre.

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, nous sommes entrés dans un autre monde bipolaire; les terroristes et nous.

Tous les services de renseignement s’emploient à les différencier. Mais se peut-il qu’on ne naisse pas terroriste ? Et si on le devient, comment empêcher cette radicalisation ?

La plus grande menace terroriste qui plane actuellement sur les pays occidentaux est celle des milieux intégristes musulmans, mieux organisée et mieux financée que toute autre.

Si l’exclusion sociale prédispose à la criminalité, elle ne semble pas avoir grand importance dans la genèse du terrorisme, en dépit de ce que terrorisme en Europe semble suggérer.

Comme nous l’avons vu dans le second volet de cette trilogie, cette genèse nécessite seulement la rencontre de deux pré requis : un élément déclencheur et l’exposition à des idées radicales.

Si on devait enquêter auprès de chaque terroriste afin de savoir quel a été, dans son cas, cet élément déclencheur qui l’a bouleversé et rendu réceptif à une idéologie extrémiste violente, on obtiendrait sans doute autant de réponses qu’il aura de répondants.

Dans tous les cas où ce déclencheur est connu, il fait partie du contentieux déjà connu entre Musulmans et pays occidentaux. Ce contentieux s’articule autour de deux pôles : le conflit israélo-palestinien et la multiplication des guerres suscitées par les pays occidentaux dans des pays musulmans.

La guerre coloniale qu’Israël livre en Palestine

Tous les prétextes sont bons pour déposséder les Palestiniens de leurs terres, pour détruire leurs sources de revenus, pour massacrer ceux d’entre eux qui se révoltent, et pour implanter des colonies juives.

Fondamentalement, les dirigeants israéliens font aujourd’hui ce que les autorités britanniques ont fait pour affamer, puis décimer les peuples autochtones de l’Amérique du Nord afin de peupler leur territoire de braves pionniers européens.

Les 16 et 17 septembre 1982, alors que les camps palestiniens de Sabra et Chatila au Liban sont encerclés par l’armée israélienne et que la population y avait été désarmée, l’armée israélienne laisse entrer les milices chrétiennes qui y tueront hommes, femmes et enfants pendant deux jours. Le massacre fit entre 800 et 3 500 victimes. Ce carnage suscita une indignation généralisée, même en Israël.

À travers le monde, la population palestinienne est estimée à environ 11 millions de personnes, dont 3,7 millions en Palestine. On comprend donc l’importance de ce massacre pour ce peuple.

Au cours de la Seconde intifada, les soldats israéliens tiraient des balles réelles sur des adolescents arabes qui leur lançaient des pierres. De plus, l’armée israélienne postait des tanks devant les hôpitaux bombardés, tanks qui avaient pour mission de tirer sur les ambulances qui y apportaient des blessés.

Depuis quelques années, le gouvernement canadien est devenu l’allié inconditionnel d’Israël, contrairement au gouvernement américain qui exprime régulièrement des réserves précisément au sujet de cette politique coloniale.

Le Canada endosse totalement les politiques israéliennes en territoires occupés. Notre pays considère que les Palestiniens doivent éviter toute violence et accepter passivement la dépossession dont ils sont l’objet, comme les autochtones canadiens, idéalement, auraient dû le faire quand le colonisateur britannique les a confinés à des réserves indiennes.

Évidemment le zèle canadien expose notre pays (ses représentants et la population qui les porte au pouvoir), au ressentiment de ceux qui sont opposés violemment à cette politique coloniale.

La politique extérieure du gouvernement Harper augmente donc les risques que des attentats terroristes soient commis au pays.

La prévention du terrorisme au pays passe donc vers une révision de notre politique extérieure afin de la purger de ses éléments extrémistes et inutilement provocants.

Ceci étant dit, on aurait bien tort de croire qu’il suffirait d’adopter une politique extérieure rose-bonbon pour nous soustraire à la menace terroriste. Afin d’attirer du financement, les groupes terroristes ont besoin de réussir leurs attentats quelque part, n’importe où.

Les guerres suscitées en pays musulmans

La guerre du Golfe (1990-1991)

D’aout 1990 à février 1991, les États-Unis ont mené une coalition de 34 pays afin de délivrer un pays arabe, le Koweït, envahi par un pays voisin, l’Irak. Cette guerre justifiée par le Droit international a fait 1 100 morts et à peu près autant de blessés.

La guerre d’Afghanistan (2001-2014)

Les attentats du 11 septembre 2001 à New York étaient implicitement une déclaration de guerre contre les États-Unis. Leur réaction — la guerre d’Afghanistan — se justifiait donc par la légitime défense.

Dans un premier temps, les États-Unis se sont contentés de fournir une aide logistique aux rebelles Afghans (l’Armée du Nord) afin qu’ils chassent les Talibans du pouvoir.

Puis, à la demande des nouveaux dirigeants du pays, les pays occidentaux ont occupé l’Afghanistan.

Selon Wikipedia, cette guerre et cette occupation étrangère se sont soldées par la mort de plus de 20 000 personnes parmi la population civile.

La guerre d’Irak (depuis 2003)

La Guerre d’Irak et l’occupation militaire qui a suivi avaient pour but de libérer le pétrole irakien de l’embargo international dont il était l’objet et lui permettre d’être écoulé librement sur les marchés mondiaux afin d’en abaisser le prix.

Le décompte des pertes civiles en Irak varie selon les études. Il serait compris entre 100 000 et 1 450 000 morts.

La guerre civile libyenne (depuis 2011)

À l’occasion du Printemps arabe, divers soulèvements ont éclaté en Libye. Les pays membres de l’OTAN ont armé les rebelles et ont procédé au bombardement des défenses gouvernementales libyennes.

Après la chute du dictateur libyen, les mercenaires étrangers qui ont participé à ce renversement sont repartis avec leurs armes. Certaines de ces milices se sont mises depuis au service d’Al-Qaida au Sahel.

La guerre civile syrienne (depuis 2011)

Après avoir soutenu et armé les rebelles jugés modérés au régime de Bachar el-Assad, les États-Unis ont assisté, impuissants, à la montée en force des milices radicales de l’État islamique.

Celles-ci ont profité du vide créé par l’effondrement de l’état syrien pour créer une vaste zone de chaos et de violence en Syrie et en Irak.

Selon Wikipédia, le nombre de morts reliés à la guerre civile syrienne serait de l’ordre de 100 000 à 130 000.

La mondialisation du chaos

Le développement des moyens de transport a favorisé les échanges transfrontaliers. De nos jours, les appareils photo et les caméras captent des images prêtes immédiatement à être diffusées à travers le monde. Grâce à l’internet, textes et photos voyagent à la vitesse de la lumière.

Mais la mondialisation du commerce et de la finance s’est accompagnée de la confrontation d’idées et de cultures très différentes, voire opposées, qui s’ignoraient jusqu’ici en raison de l’éloignement.

Dans un premier temps, les gouvernements occidentaux ont puisé dans cette somme colossale d’information pour prouver leur supériorité morale et justifier la mission civilisatrice de leurs interventions militaires à l’étranger.

En semant la guerre et la désolation, les pays occidentaux ont favorisé les contrats d’armements au bénéfice de leur industrie militaire. Dans les pays atteints et les pays voisins, ils ont favorisé la fuite des capitaux et celle des cerveaux à leur avantage.

En contrepartie, ils ont favorisé l’émergence de dizaines de milliers de guerriers dont la seule expertise est dans l’art de piller, de violer et de détruire.

Ces barbares vivent à quelques heures de route d’Europe et à une dizaine d’heures de vol d’Amérique. Leurs idées sont à quelques millisecondes des ordinateurs de nos adolescents.

Selon un adage, celui qui sème le vent récolte la tempête. Il peut donc sembler naïf de penser qu’on peut semer la mort et la désolation sans susciter la haine et le désir de revanche.

C’est pourtant ce phénomène auquel nous assistons. Mais puisque nos gouvernements ne sont pas prêts à modifier leur politique étrangère prédatrice à l’égard des pays musulmans producteurs de pétrole, ils en sont réduits à essayer de contenir le mal qu’ils ont créé.

Dans le dernier texte de cette série, nos passerons en revue les moyens de lutte défensive contre le terrorisme.

Références :
Armée syrienne libre
Deuxième guerre civile libyenne
Guerre civile syrienne
Guerre d’Afghanistan (2001-2014)
Guerre d’Irak
Guerre du Golfe
La guerre en Irak ou l’aveuglement collectif américain
La mission canadienne en Afghanistan ou la perpétuation de coutumes arriérées
Le décès d’Ariel Sharon, criminel de guerre
Loi sur les Indiens
Mouammar Kadhafi
Première guerre civile libyenne
Syrie : la Turquie et les Etats-Unis à la rescousse de Kobané

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’Arabie saoudite et le financement d’Al-Qaida

10 décembre 2010
© 2010 — Google Maps

Avant le régime taliban en Afghanistan

Oussama ben Laden est l’un des 54 enfants — nés des 22 épouses —de Mohammed Ben Laden, un entrepreneur saoudien. Ce dernier est propriétaire de la Bin Laden Construction group, une des plus riches entreprises de construction au monde et détentrice de nombreux contrats d’exclusivité avec le gouvernement saoudien. Les actifs globaux du Groupe Ben Laden sont évalués à cinq milliards de dollars.

En 1979, le prince Turki Al Fayçal — chef des services secrets de l’Arabie saoudite de 1977 à 2001 — offre 200 millions de dollars à Oussama ben Laden afin qu’il organise le départ des volontaires saoudiens désirant s’impliquer en Afghanistan contre l’invasion russe de ce pays.

Oussama ben Laden se rapproche alors de Gulbuddin Hekmatyar, un chef fondamentaliste local et principal bénéficiaire des 3,3 milliards de dollars d’aide officielle des États-Unis aux rebelles afghans contre les Russes (un montant à peu près équivalent étant, dit-on, fourni par l’Arabie saoudite).

Quelques années plus tard, en 1994, la montée des Talibans coïncidera avec leur saisie de l’importante réserve d’armes de Gulbuddin Hekmatyar (dont nous venons de parler) à Kandahar. Cette prise leur permettra de prendre le contrôle de la moitié du pays.

En février 1989 les Soviétiques annoncent leur retrait d’Afghanistan. Les États-Unis et l’Arabie saoudite ayant atteint leur objectif, arrêtent le financement et le soutien logistique massif aux rebelles en 1990.

À son retour en Arabie saoudite, Oussama ben Laden est accueilli en héros. Dans les mosquées, les écoles, et à l’université, il organise des conférences au sujet de son combat contre l’armée soviétique. Il recueille alors des fonds de sympathisants servant à financer sa milice.

Lors de la Première guerre du Golfe (1990-1991), Oussama ben Laden propose au roi d’Arabie d’utiliser cette milice pour défendre le pays contre une possible invasion des troupes irakiennes. Le roi refuse et préfère ouvrir son territoire à l’armée américaine.

Furieux, Ben Laden s’indigne que des soldats non-musulmans viennent souiller le sol sacré de l’Islam (l’Arabie saoudite étant la Terre sainte selon les Musulmans). Il va jusqu’à accuser de corruption la dynastie régnante dans ce pays.

En représailles, l’Arabie saoudite le prive de sa nationalité en 1994. Il reste discrètement en relation avec certains membres du régime saoudienc: en effet, avec ses 7,000 princes, la famille royale est peu unie.

Durant le régime des Talibans (1997-2001)

Le régime des Talibans ne sera reconnu officiellement que par trois pays : l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Pakistan.

En 1999, le prince saoudien Turki Al Fayçal (à titre de chef des services secrets de l’Arabie saoudite), verse 267 millions$ à un chef taliban en Afghanistan.

Tout au cours de ce régime, l’Arabie saoudite, principale puissance sunnite, inspire intellectuellement et finance les madrasas, ces écoles coraniques à la base du mouvement taliban. Par le radicalisme de leur enseignement, ces écoles s’avéreront des pépinières de terroristes.

Le 11 septembre 2001, les attentats-suicides d’Al-Qaida sont perpétrés aux États-Unis par 19 terroristes dont 15 étaient de nationalité saoudienne. Ces attaques provoquent la Guerre en Afghanistan (où sont basés les camps d’entrainement d’Al-Qaida). Entretemps, les États-Unis tentent par tous les moyens de tarir les sources de financement d’Al-Qaida (comme ils le font présentement avec WikiLeaks).

Après le renversement du régime taliban

Peu après la fin officielle de cette guerre, des milliers de Talibans non-afghans (dont beaucoup de Saoudiens) décèdent au cours du massacre à la prison de Mazar-i-Sharif. Ceux qui ne s’y trouvaient pas retournent dans leur pays d’origine. Certains d’entre eux constituent depuis des cellules dormantes d’Al-Qaida en Arabie et des sympathisants donateurs.

En 2003, les experts s’accordaient pour dire qu’une grande partie des revenus d’Al-Qaida provenaient de donateurs saoudiens. Leurs dons sont versés soit directement, soit par le biais d’organismes de charité ou d’écoles coraniques servant de paravent au financement de cette organisation terroriste.

En décembre 2006, plus d’une trentaine d’ecclésiastiques saoudiens se prononcent contre l’invasion de l’Irak et invitent tous les Sunnites à s’y opposer. En 2007, près de la moitié des insurgés étrangers en Irak sont des Saoudiens qui combattent pour Al-Qaida.

« Les donateurs privés en Arabie saoudite demeurent la principale source mondiale de financement de groupes terroristes sunnites », tels qu’Al-Qaida et les talibans afghans et pakistanais, déplorait l’ambassade américaine en Arabie dans cette note datée de 2009 et révélée par WikiLeaks cette semaine.

L’ambassade estime également qu’une partie de cette somme est collectée auprès de sympathisants à l’occasion du pèlerinage annuel à La Mecque et du Ramadan.

De plus, les hauts responsables talibans, lorsqu’ils se rendent en Arabie saoudite pour participer à des discussions sur le thème de la réconciliation, se livrent également à la collecte d’argent.

Références :
Action Request for Senior Level Engagement on Terrorism Finance
Documents Back Saudi Link to Extremists
Dasht-i-Leili massacre
L’Afghanistan vu d’ici
Oussama ben Laden
Saudi Arabia: In al-Qaeda’s Sights
Saudi Arabia’s Dubious Denials of Involvement in International Terrorism
Saudi Arabia’s Links to Terrorism
Saudis faulted for funding terror
Taliban
US embassy cables: Hillary Clinton says Saudi Arabia ‘a critical source of terrorist funding’
WikiLeaks cables portray Saudi Arabia as a cash machine for terrorists

Parus depuis :
Des princes saoudiens auraient financé al-Qaïda (2015-02-05)
« Swissleaks » : HSBC abritait aussi des « parrains du terrorisme » (2015-02-11)

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